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Au-delà de la solitude et des institutions
Chapitre 1 : « Cinq lieux »

Janusz Korczak était un Juif polonais. Et un merveilleux conteur pour les enfants, et un médecin, et le directeur d’un orphelinat de Varsovie. Quand les enfants furent envoyés dans un camp d’extermination, on lui donna la possibilité de partir pour une autre destination. Il choisit de rester avec les enfants. À Vidaråsen, on a donné son nom à l’une des maisons, sur une petite colline.

Des fenêtres de cette maison on peut voir presque tout le village. La grange et les serres sont près du centre. Autour, les ateliers. Un peu plus à la périphérie, on voit les maisons, en bois, le matériau de construction habituel en Norvège.
On dénombre cinq villages de ce genre en Norvège. Vidaråsen est le « village-mère ». Il a vingt ans, dans le sud du pays. À une demi-heure de voiture de Tønsberg, une ville moyenne à présent, une capitale à l’époque viking.
Vidaråsen comprend 150 personnes, 12 vaches et veaux, 1 cheval, 30 poules, 20 moutons et un nombre indéterminé de chats. En hiver, les élans lui rendent de fréquentes visites, ainsi que les cerfs, les lièvres et les renards. Vidaråsen abrite un four qui vend du pain à l’extérieur, une menuiserie, un atelier de poterie, un atelier de poupées, un atelier de travail du bois, une ferme et deux serres biodynamiques et, un temps, un atelier de fabrication de bougies. Ce que cela signifie - et à quelles conséquences sociales cela conduit - sera décrit en temps voulu. L’édifice le plus impressionnant de Vidaråsen : le « Hall », un énorme bâtiment pour les événements publics, conférences, pièces de théâtres, assemblées du village, concerts. Trois cents personnes peuvent s’y asseoir. Les musiciens aiment y jouer, pour la qualité de l’acoustique et la qualité du public. Le village possède encore une chapelle et une boutique/cafétéria. Les environs de Vidaråsen ne correspondent pas au stéréotype du paysage norvégien : pas de vues spectaculaires, juste de petites collines, un ruisseau, pas de lacs. En ce sens, c’est un soulagement d’arriver au village suivant, à deux heures de voiture, un peu en haut d’une vallée avec une vue impressionnante de petites villes, de forêts, et puis des montagnes au loin à l’ouest. Au-delà et en haut de ce village, une vaste forêt. Et là, vous pouvez marcher des journées entières avant d’atteindre la prochaine maison. C’est le pays des trolls et des « hulders », les figures magiques du temps jadis. Asbjørnsen et Moe, les frères Grimm de la Norvège, ont parcouru cette forêt, écouté ses habitants, puis publié ce qu’ils estimaient respecter les limites de la décence. Ce village s’appelle Solborg/Alm. Cinquante personnes y vivent, avec le nombre habituel d’animaux. Les légumes et un atelier de métallurgie jouent un rôle important dans la production. En plus d’un atelier de tissage et un autre de meubles, le village gère une école et un jardin d’enfants, les deux pour enfants ordinaires.
Hogganvik se situe sur la côte ouest de la Norvège. Le fjord y est juste là où s’arrête le jardin. Une carte postale quand il fait beau. Mais en règle générale, il pleut. L’air humide en provenance d’Angleterre atteint les collines derrière Hogganvik et tombe sous forme de pluies acides sur les 45 personnes qui vivent là avec leurs vaches et leurs veaux. Hogganvik fut la plus grande ferme de la région. À présent, on a rajouté une maison. Ça ne suffit pas. La côte ouest de la Norvège est la patrie de croyants assurés que leur foi en Dieu représente la seule possible. On n’y accepte pas facilement la version villageoise de cette foi. Ce qui engendre des difficultés et, concrètement, limite bien des possibilités d’expansions pour le village.
Tel n’est pas le cas plus au nord. Jøssåsen se trouve près des montagnes, 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, ce qui fait beaucoup pour un lieu tellement au nord. Les fruits ne peuvent pas y pousser, et seulement les plus robustes des légumes. Là, 40 personnes vivent, cultivent la terre et travaillent dans des magasins. Ce village-ci a été chaleureusement accueilli par les gens du cru. Car, les communautés locales perdant leur population, il apporte une nouvelle vitalité à la région. Et puis la Norvège est ainsi faite que le niveau de spontanéité augmente à mesure que l’on va plus au nord. Un peu le contraire de l’Italie.
Vallersund, petit dernier de cette famille de cinq. Au bout d’une péninsule dans la Mer du Nord, un vieux port pour les bateaux de pêche qui allaient au nord pour pêcher la morue, ou pour le traditionnel et important commerce avec les bateaux russes. Poisson norvégien, grain russe. Le bâtiment le plus important du village date du XVIIIe siècle. Un petit entrepôt date d’un peu plus tard, de même qu’une grange aux blés. Ils servent de réserve pour les années noires sans poisson ou les années de guerre et de blocus. Le village a bâti de nouvelles maisons. Plus haut tourne l’éolienne, la plus élevée de Norvège. Sa capacité permet de vendre l’électricité superflue à la compagnie électrique municipale.
Aujourd’hui trente personnes vivent à Vallersund. Les ateliers sont moins développés : les activités de construction ont absorbé la plus grande partie des énergies. En plus du travail de la terre, la pêche est l’activité naturelle du lieu. L’ostréiculture commence.
Nous allons bientôt en savoir plus sur ces villages. Rapprochons-nous d’abord de ceux qui y vivent.