{"id":965,"date":"2009-11-21T06:41:10","date_gmt":"2009-11-21T04:41:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=965"},"modified":"2009-11-21T08:45:48","modified_gmt":"2009-11-21T06:45:48","slug":"les-tournees-de-marius","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2009\/11\/les-tournees-de-marius\/","title":{"rendered":"Les tourn\u00e9es de Marius"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/carte-de-lindre.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-966\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/carte-de-lindre-251x300.jpg\" alt=\"Les tourn\u00e9es de Marius, 1939\" width=\"155\" height=\"172\" \/><\/a><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">17 janvier 1931. Le tribunal de commerce de la Seine inscrit \u00e0 son registre la naissance de la tr\u00e8s honorable maison de vente Marius. L\u2019ancien chef d\u2019atelier Jacob de l\u2019entreprise Marivaux est devenu marchand forain. Il<span style=\"yes;\">\u00a0 <\/span>porte le matricule 494323 et parcourt les march\u00e9s de la r\u00e9gion parisienne. Sur son \u00e9tal\u00a0: du tissu, des articles de bonneterie. Mais l\u2019honn\u00eate commer\u00e7ant ne rentre semble-t-il pas dans ses fonds et quitte la capitale pour venir s\u2019installer dans l\u2019Yonne, non loin d\u2019Auxerre.<!--more--><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Certains, \u00e0 l\u2019image de Bernard Thomas, May Picqueray et William Caruchet, ont pu avancer l\u2019id\u00e9e d\u2019un exode motiv\u00e9 par la d\u00e9liquescence du mouvement libertaire parisien et par l\u2019emploi occup\u00e9 pr\u00e9c\u00e9demment. Il est vrai qu\u2019il peut y avoir dichotomie entre la direction d\u2019une \u00e9quipe d\u2019ouvriers et d\u2019ouvri\u00e8res et un esprit libre, sans dieu ni ma\u00eetre. Nous n\u2019adh\u00e9rons que tr\u00e8s partiellement \u00e0 ce point de vue. Si l\u2019ancien for\u00e7at Barrabas peut choisir une nouvelle vie professionnelle, c\u2019est justement parce que l\u2019ancienne le lui permet au grand dam de ses patrons. <\/span><span style=\"Times New Roman;\">Nous avons, dans les articles en date du <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/05\/le-travailleur-libre\/#more-324\">20 mai 2008<\/a> et du <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/08\/jean-valjean-1935\/#more-580\">21 ao\u00fbt 2008<\/a>, \u00e9voqu\u00e9 la vente d\u2019un brevet pour la fabrication de mannequins vestimentaires. L\u2019argent r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 permet la cr\u00e9ation de l\u2019enseigne Marius et l\u2019achat du fonds de commerce.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab\u00a0Le voyage\u00a0\u00bb peut ainsi commencer, il dure dix-huit ans. C\u2019est dans ce cadre, autorisant une certaine libert\u00e9, qu\u2019Alexis Danan rencontre <em>Jean Valjean 1935<\/em> \u00e0 Amboise sur les bords de la Loire. Et le journaliste de dresser le portrait d\u2019un bagnard r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9, vivant tr\u00e8s bien des ventes de ses marchandises. Jacob dispose en 1939 d\u2019un patrimoine de 528000 francs. Cette fortune confirmerait donc pour nous l\u2019hypoth\u00e8se du d\u00e9part parisien motiv\u00e9 par une entreprise commerciale d\u00e9ficiente dans la capitale. En Touraine et dans le Val de Loire, le commer\u00e7ant ambulant voit donc son capital prosp\u00e9rer. Alexis Danan indique que les tourn\u00e9es de Jacob passent par Montrichard, Blois et Amboise. Alain Sergent signale \u00e9galement Valan\u00e7ay et Orl\u00e9ans dans sa biographie d\u2019<em>Un anarchiste de la Belle Epoque<\/em><span style=\"normal;\">.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"normal;\">A cette \u00e9poque, Marius le forain r\u00e9side au lieu-dit Les Fr\u00eachots, commune de Fleury la vall\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 que Marie Jacob attend son fis venu faire le \u00ab\u00a0rembour\u00a0\u00bb (le r\u00e9approvisionnement du stock, le chargement) de sa camionnette dans laquelle il loge entre deux ventes. Nous savons par l\u2019interview (r\u00e9alis\u00e9 le 19 f\u00e9vrier 2002) de Madeleine Briselance, ni\u00e8ce de Louis Briselance et amie de Jacob, qui l\u2019a connue adolescente \u00e0 l\u2019\u00e9poque, que l\u2019anarchiste s\u2019approvisionne probablement sur Orl\u00e9ans, Lyon et Toulouse. Avec Marie Jacob r\u00e9side aussi la compagne du forain. C\u2019est de elle dont il est question dans l\u2019interview donn\u00e9 \u00e0 Alexis Danan en 1935. Mais le couple que forme Jacob avec la femme Berthelot ne tient gu\u00e8re plus de deux ans. Ce n\u2019est cependant pas cette raison qui le pousse \u00e0 changer de r\u00e9sidence en 1939 et \u00e0 restreindre son aire de tourn\u00e9es. Marie Jacob est malade et le fils entend certainement \u00eatre le plus pr\u00e8s possible de sa m\u00e8re, qu\u2019il laisse pendant son temps de travail. Le nouveau domicile est \u00e9galement assez proche de celui de ses amis. Une nouvelle compagne, Pauline Charron, tient la maison, du hameau de Bois Saint Denis, achet\u00e9e comptant chez Ma\u00eetre Barges, notaire \u00e0 Reuilly dans l\u2019Indre. Elle s\u2019occupe \u00e9galement de soigner Marie Jacob. Les tourn\u00e9es de Marius ont donc chang\u00e9 \u00e0 partir de 1939. Le lundi, Jacob pose son barnum \u00e0 Vatan, puis se trouve le lendemain \u00e0 Valen\u00e7ay. Le mercredi, il vend ses chaussettes, tissus et chemises \u00e0 Romorantin et se dirige ensuite soit sur Gra\u00e7ay, soit sur Vierzon. Le march\u00e9 du vendredi permet \u00e0 Jacob d\u2019installer son banc forain sur la place centrale du village de Reuilly, \u00e0 quelques kilom\u00e8tres de sa maison. <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/reuilly-jour-de-marche.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-967\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/reuilly-jour-de-marche.jpg\" alt=\"Reuilly, jour de march\u00e9\" width=\"280\" height=\"182\" \/><\/a>Le samedi, Alexandre Jacob est \u00e0 Issoudun. \u00ab\u00a0<\/span><span style=\"italic;\">D\u00e9tail<\/span>\u00a0\u00bb qu\u2019il ignore et que nous narre Pierre Valentin Berthier en 1995 dans les Ecrits \u00e9dit\u00e9s par L\u2019Insomniaque, Alexandre Jacob app\u00e2te le chaland \u00ab\u00a0<em>\u00e0 cot\u00e9 d\u2019une pharmacie o\u00f9 finissait d\u2019exercer un potard octog\u00e9naire de la vieille \u00e9cole, Octave Martinet, celui-l\u00e0 m\u00eame qui, le 31 octobre 1870, avait combattu aux cot\u00e9s de Blanqui dans l\u2019assaut de l\u2019h\u00f4tel de ville<\/em>\u00a0\u00bb. A ce trajet r\u00e9gulier vient se surajouter la fr\u00e9quentation non moins r\u00e9guli\u00e8re des foires de l\u2019Indre, du Cher et du Loir et Cher que l\u2019on peut retrouver dans n\u2019importe quel almanach r\u00e9gional de ce temps.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alexis Danan <span style=\"yes;\">\u00a0<\/span>conclut, en 1935, son article en signifiant \u00e0 son lecteur que son sujet a fait la paix avec la soci\u00e9t\u00e9. \u00ab\u00a0<em>Alexandre Jacob n\u2019a pas d\u2019histoire non plus que d\u2019histoires<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0\u00e9crit alors le journaliste. Pourtant, et comme l\u2019\u00e9crit Alain Sergent, l\u2019homme est de temps \u00e0 autre rattrap\u00e9 par son pass\u00e9. A l\u2019occasion de l\u2019une ou de l\u2019autre de ses tourn\u00e9es \u00e0 Orl\u00e9ans, il rencontre l\u2019agent Couillot, sur qui il avait tir\u00e9 en 1901 et qui depuis avait mont\u00e9 en grade. Sergent se plait \u00e0 raconter que le policier en profite pour demander une remise \u00e0 l\u2019anonyme forain\u00a0! \u00ab\u00a0<em>Un autre jour<\/em>\u00a0\u00bb, nous dit encore le biographe, \u00e0 Valen\u00e7ay, Alexandre Jacob se sent observ\u00e9. L\u2019inspecteur Bony, qui n\u2019est pas encore le z\u00e9l\u00e9 collaborateur de la Gestapo, m\u00e8ne une filature \u00e0 la suite d\u2019un cambriolage commis \u00e0 Paris et qui rappelle le casse op\u00e9r\u00e9 en 1901 dans la rue Quincampoix. Le souvenir des Travailleurs de la Nuit reste tenace \u00e0 la S\u00fbret\u00e9 parisienne.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Mais l\u2019homme est reconnu, estim\u00e9 dans la profession et c\u2019est en toute logique qu\u2019une grande partie de ses amis exercent le m\u00eame m\u00e9tier que lui\u00a0: Louis et Georges Briselance, Bernard Bouquereau, Guy Denizeau. Notons encore, et comme exception, le jeune journaliste Pierre Valentin Berthier, correspondant \u00e0 Issoudun du <em>Journal du D\u00e9partement de l\u2019Indre<\/em>, et rencontr\u00e9 sur le march\u00e9 de cette ville. Mais la seconde guerre mondiale vient ruiner la relative aisance du vieux Marius. Alexandre Jacob ne se livre pas au march\u00e9 noir. Alain Sergent sugg\u00e8re \u00ab\u00a0<em>un soucis de moralit\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb. La lettre de l\u2019anarchiste \u00e0 Jean Maitron, le 2 juin 1949, donne une toute autre hypoth\u00e8se\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-2-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-584\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-2-1-271x300.jpg\" alt=\"Jacob dans Voil\u00e0\" width=\"139\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-2-1-271x300.jpg 271w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-2-1.jpg 290w\" sizes=\"(max-width: 139px) 100vw, 139px\" \/><\/a>\u00ab\u00a0<em>Pendant la guerre, j\u2019aurais pu, comme la plupart de mes confr\u00e8res, r\u00e9aliser une fortune et me trouver ainsi ce jour \u00e0 l\u2019abris du besoin. Je ne l\u2019ai pas fait, non par motif d\u2019\u00e9thique, mais juste que je ne pouvais le faire. Ma pauvre m\u00e8re au lit, avec deux jambes cass\u00e9es, ma compagne gravement malade, pr\u00e9lude de son infirmit\u00e9 pr\u00e9sente. Circonstances qui m\u2019interdirent tout d\u00e9placement. Or les affaires fructueuses ne se traitant pas par correspondance, mais en personne, j\u2019ai du me contenter de commercer avec de minces r\u00e9partitions, au compte-gouttes. (\u2026) Pr\u00e9sentement, je manque de liquidit\u00e9 pour me r\u00e9approvisionner<\/em>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">L\u2019anarchiste voit donc fondre sa fortune. Le r\u00e9approvisionnement du stock devient difficile \u00e0 r\u00e9aliser et les ventes se font au rythme al\u00e9atoire des arriv\u00e9es de produits. Les circonstances sont parfois favorables au forain qui avoue \u00e0 Josette Passas le 19 juin 1954 disposer encore de quelques pi\u00e8ces de tissus, assimil\u00e9 \u00e0 du nylon et provenant d\u2019un ballon sonde \u00ab\u00a0<em>barbot\u00e9 aux Allemands<\/em>\u00a0\u00bb onze ou douze ans plus t\u00f4t. De cette rapine occasionnelle, l\u2019anarchiste en tire une \u00e9toffe d\u2019environ 5 m\u00b2 qu\u2019il s\u2019empresse de vendre aux habitants de Reuilly. Significative aussi est cette anecdote que nous narre avec humour Roland H\u00e9nault dans son livre <em>Les saveurs de la terre<\/em> (p.142) consacr\u00e9 au village de Reuilly\u00a0et \u00e0 son in\u00e9narrable vin\u00a0: \u00ab\u00a0<em>H\u00e9l\u00e8ne Malb\u00e8te (\u2026) me rappelle plaisamment qu\u2019au cours de l\u2019hiver 1943, il avait touch\u00e9 un lot de magnifiques chaussettes mauves qui r\u00e9chauff\u00e8rent les mollets des laboureurs de Reuilly malgr\u00e9 leur teinte insolite. La mode sur les coteaux reuillois fut donc aux couleurs voyantes. L\u2019avant-garde involontaire de Saint Germain des Pr\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob vit donc p\u00e9niblement les ann\u00e9es de guerre, ce qui n\u2019emp\u00eache pas la r\u00e9sistance \u00e0 la fin du conflit d\u2019effectuer une perquisition chez le vieil anarchiste. Cela n\u2019emp\u00eache pas non plus les pouvoirs publics, peu de temps apr\u00e8s la lib\u00e9ration, de l\u2019accuser et de le condamner pour fraude fiscale \u00e0 partir d\u2019une facture de tissus ne correspondant pas au m\u00e9trage enregistr\u00e9. Le pr\u00e9sident Claustres, du tribunal d\u2019Issoudun envoie l\u2019honn\u00eate Marius en prison pour une quinzaine de jours. Alexandre Jacob a 65 ans\u00a0; sa r\u00e9sistance physique est de fait amoindrie. En 1951, quelques temps apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de sa femme Pauline, le vieux forain Jacob cesse son activit\u00e9 professionnelle.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le \u00ab\u00a0voyage\u00a0\u00bb est termin\u00e9. L\u2019homme vit retir\u00e9, mais pas reclus, dans sa maison du hameau de Bois Saint Denis. Ses amis viennent r\u00e9guli\u00e8rement le voir mais ne parviennent pas \u00e0 le convaincre de l\u2019inutilit\u00e9 d\u2019un suicide qu\u2019il envisage pourtant comme une mort librement choisie apr\u00e8s \u00ab\u00a0<em>une vie faite d\u2019heurs et de malheurs<\/em>\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Guy Denizeau, 17 ao\u00fbt 1954)<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-1-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-583\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-1-1-300x219.jpg\" alt=\"Voil\u00e0, 18 mai 1935\" width=\"300\" height=\"219\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-1-1-300x219.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voila-1-1.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>Alexis Danan<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jean Valjean 1935<\/span><\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Voil\u00e0<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"Times New Roman;\">18 mai 1935<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Quand il grimpe le raide escalier du passage Delaunay, \u00e0 Bagnolet, il y a tout juste vingt-cinq ans, deux mois et huit jours qu\u2019il n\u2019a pas vu sa m\u00e8re\u00a0: plus de la moiti\u00e9 de sa vie. On lui trouve tout de suite quelque occupation chez un ami charitable. Mais Jacob ne s\u2019accommoderait point de complaisance. Trop fier pour \u00e9marger au budget de l\u2019amiti\u00e9, il entend rendre dix fois la valeur des salaires re\u00e7us. Il \u00e9tudie les proc\u00e9d\u00e9s de fabrications de l\u2019usine, les amendes, prend des brevets, accro\u00eet dans la proportion du simple au double le chiffre d\u2019affaire de la maison, et puis, un beau jour r\u00e9clame son compte. L\u2019atmosph\u00e8re d\u2019un atelier clos l\u2019accable. Homme libre, il a besoin d\u2019espace. Il ach\u00e8te un lot de bonneterie, et, chauss\u00e9 de brodequins de soldat et sa camelote au dos, il s\u2019en va parcourir les march\u00e9s, \u00e0 grandes enjamb\u00e9es et ses larges narines de marin humant le vent.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"Times New Roman;\">La maison Marius, lingerie, confection, bonneterie en tous genres, Alexandre Jacob propri\u00e9taire, est une honorable maison de commerce.<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Sa m\u00e8re m\u2019avait dit\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Vous le trouverez samedi \u00e0 Blois, dimanche \u00e0 Amboise, lundi \u00e0 Montrichard. Vous reconna\u00eetrez bien son barnum\u00a0: il est bleu et rouge \u00e0 l\u2019enseigne Marius.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">J\u2019ai trouv\u00e9 Jacob, boutiquier forain, \u00e0 Amboise sur le Mail, au bord de la Loire. Haut, les traits \u00e9pais, la face un peu mafflue et rase, l\u2019\u0153il aigu derri\u00e8re des b\u00e9sicles d\u2019acier, des m\u00e8ches blanches s\u2019\u00e9chappant d\u2019un \u00e9troit b\u00e9ret \u00e9trangement pos\u00e9 sur sa t\u00eate, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un bonnet de p\u00e2tissier, un foulard marron \u00e0 poids autour du cou, v\u00eatu d\u2019un bleu de m\u00e9canicien et chauss\u00e9 de sabots. Il h\u00e9lait la pratique d\u2019une voix chantante qui fleurait l\u2019ail, la mar\u00e9e fra\u00eeche et le soleil.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Donnez un petit coup d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019\u00e9talage, mesdames, en passang\u2026.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Une paysanne rougeaude s\u2019approche, marchande une chemise de gar\u00e7on, qu\u2019elle juge un peu courte, pour obtenir un rabais.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Trop courte, protesta Jacob. T\u00e9, si elle \u00e9tait plus large, vous croyez que je vous la laisserais pour cinq francs\u00a0? De la p\u00e9cale d\u2019Alsace, dites.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Une autre trouve la chemise trop longue.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Trop longue\u00a0? Vous y faites un pli et puis cocagne\u00a0!<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Il est si jovial, si bon enfant, si entra\u00eenant qu\u2019\u00e0 la fin les paysannes tourangelles lui r\u00e9pondent avec l\u2019accent de la rue Paradis.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2-perso-rue.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-968\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2-perso-rue.jpg\" alt=\"Marie et Alexandre Jacob devant la camionnette\" width=\"134\" height=\"207\" \/><\/a><\/span><\/span>&#8211; Allez \u00ab\u00a0la\u00a0\u00bb voir, derri\u00e8re, m\u2019a-t-il dit tout de suite.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">C\u2019est la voiture qu\u2019il voulait dire. Il \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Tout va bien, la voiture et la sant\u00e9\u00a0\u00bb. Elle est son orgueil et l\u2019autre moiti\u00e9 de sa vie, la premi\u00e8re \u00e9tant sa m\u00e8re de qui avec une pointe d\u2019inqui\u00e9tude il m\u2019a demand\u00e9 d\u00e8s la pr\u00e9sentation\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Vous l\u2019avez trouv\u00e9 bien, pas vrai\u00a0?<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Je lui fais des compliments sur sa voiture.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; 16 billets, me dit-il. Et ici 20 de camelote.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Il est fier de sa r\u00e9ussite, pour la libert\u00e9 merveilleuse qu\u2019elle assure d\u2019aller et venir, plus que pour ce qu\u2019il en tire de gain d\u2019argent. Il n\u2019a gu\u00e8re plus de besoins qu\u2019\u00e0 vingt-trois ans. Il boit de l\u2019eau, fume deux ou trois pipes par jour, ne mange autant que possible que des fruits. La Touraine est sa contr\u00e9e d\u2019\u00e9lection qui abonde en foires. Il y circule pour se prouver sa force, insensible d\u00e9sormais \u00e0 l\u2019appel des ch\u00e2teaux et des cath\u00e9drales. Plus rien en le tente que la route malgr\u00e9 les gendarmes que, d\u2019aventure, on y voit. Mais les gendarmes vont \u00e0 bicyclette et la poussi\u00e8re, \u00e0 l\u2019occasion, vient de lui. C\u2019est un homme heureux. Il m\u2019a fait une confidence\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Je vais me mettre en m\u00e9nage, je crois.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; A cinquante-six ans, M. Jacob\u00a0?<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Eh quoi\u00a0? Ca va se d\u00e9cider demain \u00e0 Montrichard. C\u2019est la femme d\u2019un copain. Il est tellement \u00ab\u00a0obnubil\u00e9\u00a0\u00bb par ses id\u00e9es, qu\u2019il la n\u00e9glige, la pauvre. Alors, moi, je vais lui dire comme \u00e7a, franchement\u00a0: \u00ab\u00a0Ecoute, vieux, faut ce qu\u2019il faut. Si tu peux la rendre heureuse, garde-toi la. Sinon, faut comprendre les choses, pas vrai\u00a0? Je me l\u2019emm\u00e8ne\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob heureux n\u2019a pas d\u2019histoire, non plus que d\u2019histoires. M. Chanel avait raison\u00a0: il n\u2019a point fait parler de lui. Pourtant, il est all\u00e9 un jour chez le commissaire. Il avait appel\u00e9 le garde-champ\u00eatre\u00a0: \u00ab\u00a0t\u00eate de cul de lampe\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob invoqua l\u2019arbitrage du maire qui est imprimeur\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Un cul-de-lampe, pas vrai Monsieur le Maire\u00a0? C\u2019est une figure d\u2019art et, par cons\u00e9quent \u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le garde-champ\u00eatre, flatt\u00e9, finit par remercier Jacob, avec chaleur, pour la courtoise comparaison.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\">\u00a0<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>17 janvier 1931. Le tribunal de commerce de la Seine inscrit \u00e0 son registre la naissance de la tr\u00e8s honorable maison de vente Marius. L\u2019ancien chef d\u2019atelier Jacob de l\u2019entreprise Marivaux est devenu marchand forain. Il\u00a0 porte le matricule 494323 et parcourt les march\u00e9s de la r\u00e9gion parisienne. 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