{"id":814,"date":"2008-11-04T15:01:47","date_gmt":"2008-11-04T13:01:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=814"},"modified":"2008-11-04T15:01:47","modified_gmt":"2008-11-04T13:01:47","slug":"jacobopedia","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/11\/jacobopedia\/","title":{"rendered":"Jacobop\u00e9dia"},"content":{"rendered":"<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/symbole_anarchiste_simple.png\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/livres-anar-logo.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-242\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/livres-anar-logo.png\" alt=\"logo livre anarchiste\" width=\"162\" height=\"172\" \/><\/a>On ne compte plus les d\u00e9clinaisons nationales de Wikip\u00e9dia. Les encyclop\u00e9dies libres et on line fleurissent comme les moblots tombaient \u00e0 Gravelotte. Et, dans ce foisonnement de portails d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance universelle, l\u2019honn\u00eate cambrioleur trouve une place particuli\u00e8re permettant de valoriser soit une r\u00e9gion, soit un mouvement politique. Nous avons r\u00e9cemment \u00e9crit tout le \u00ab\u00a0bien\u00a0\u00bb que l\u2019on pouvait du papier biographique inscrit dans la maison m\u00e8re. Une biographie dans un dictionnaire, tout en visant la synth\u00e8se, est forc\u00e9ment et par d\u00e9finition r\u00e9ductrice.<!--more-->\u00a0Il est alors regrettable de retrouver dans <a href=\"http:\/\/fra.anarchopedia.org\/Accueil\">Anarchop\u00e9dia<\/a> les errements lupiniens. A vrai dire, le serveur ne fait que reprendre mot pour mot l\u2019article pr\u00e9cit\u00e9 qui n\u2019\u00e9claire pas vraiment la vie du voleur politique. M\u00eame remarque pour les sites en langue \u00e9trang\u00e8re de Wikip\u00e9dia. Plus int\u00e9ressantes nous paraissent les lignes glan\u00e9es sur le web dico picard. Dans cet article, point de filiation lupinienne et gommage des aspects aventureux de la vie de Jacob. Encore moins de reprise des biographies \u00ab\u00a0autoris\u00e9es\u00a0\u00bb, et surtout tr\u00e8s romanc\u00e9es, qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 celle publi\u00e9e \u00e0 <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/\">l\u2019Atelier de Cr\u00e9ation Libertaire<\/a>. De l\u00e0 une certaine force de persuasion. Dans <a href=\"http:\/\/www.encyclopedie.picardie.fr\/index.php\/Accueil\">PICARDIA<\/a>, la vie de l\u2019anarchiste se focalise essentiellement sur la geste des Travailleurs de la Nuit et sur le proc\u00e8s d\u2019Amiens. L\u2019histoire de Jacob \u00e9claire celle d\u2019un espace. Appara\u00eet par exemple le nom du pr\u00e9sident Wehekind qui dut affronter les attaques dialectiques du dangereux ill\u00e9galiste jug\u00e9. Dans <a href=\"http:\/\/berrypedia.org\/doku.php\">BERRYPEDIA<\/a>, l\u2019article biographique se veut en revanche plus g\u00e9n\u00e9raliste. Il n\u2019en insiste pas moins sur le param\u00e8tre politique de la probl\u00e9matique jacobienne. Comment en effet comprendre les motivations d\u2019un homme cambriolant par conviction et id\u00e9al libertaires\u00a0? Comment saisir sa vie de bagnard et celle d\u2019homme libre et honn\u00eate sans replacer le quidam dans son contexte historique\u00a0? Sans le passer par le prisme de l\u2019engagement\u00a0? Il est vrai que nous avons \u00e9crit le texte en question. Le droit de dire ne se mendie pas, il se prend. On n\u2019est jamais mieux servi que par soi-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/symbole_anarchiste_simple.png\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-picardia.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-817\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-picardia.png\" alt=\"Logo Picardia\" width=\"154\" height=\"110\" \/><\/a><\/span>ALEXANDRE JACOB <span class=\"contributeurarticle\">par Picardia, publi\u00e9 le <em>06\/05\/08<\/em><\/span> <\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"top;\"><span style=\"Times New Roman;\">Portrait de l&rsquo;anarchiste Alexandre Jacob, arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Abbeville, jug\u00e9 \u00e0 Amiens.<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong>\u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.\u00a0\u00bb<\/strong> <\/span><\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\"><span class=\"mw-headline\"><span style=\"12pt;\"><strong>L&rsquo;enfance <\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alexandre Jacob naquit le 29 septembre 1879 \u00e0 Marseille. \u00c0 11 ans, il obtint son certificat d&rsquo;\u00e9tudes avec la mention \u00ab\u00a0passable\u00a0\u00bb. R\u00eavant d&rsquo;\u00eatre capitaine, il embarqua comme mousse pour un voyage sur les c\u00f4tes occidentales africaines. A 12 ans, il partit en qualit\u00e9 de novice-timonier en direction de Noum\u00e9a via Suez, Djibouti et Sidney. A terre, il recevait, d&rsquo;un jeune homme dont son p\u00e8re avait la tutelle, ses premiers \u00e9l\u00e9ments d&rsquo;\u00e9ducation anarchiste\u00a0; c&rsquo;est avec lui qu&rsquo;il se mit \u00e0 lire des brochures s\u00e9ditieuses et \u00e0 assister \u00e0 des conf\u00e9rences libertaires. <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob tomba malade \u00e0 16 ans\u00a0; une fi\u00e8vre persistante l&rsquo;obligea \u00e0 rester \u00e0 terre pour se soigner. Apr\u00e8s divers petits emplois et diverses activit\u00e9s de propagande, il mit en pratique ses th\u00e9ories anarchistes\u00a0: le 1er avril 1899, avec trois amis, il simula une descente de police dans un bureau du mont-de-pi\u00e9t\u00e9 \u00e0 Marseille\u00a0; ils \u00e9pluch\u00e8rent les comptes, firent semblant de retrouver des bijoux vol\u00e9s, saisirent l&rsquo;ensemble des objets de valeur, conduisirent le commissionnaire du mont-de-pi\u00e9t\u00e9 au palais de justice o\u00f9 ils l&rsquo;abandonn\u00e8rent devant la porte du procureur de la R\u00e9publique avant de s&rsquo;enfuir avec le butin. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\"><strong><span class=\"mw-headline\"><span style=\"12pt;\">Cambrioleur perfectionniste et id\u00e9aliste <\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Erigeant le cambriolage en v\u00e9ritable science, Jacob passa sa vie dans l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9, arr\u00eat\u00e9 plusieurs fois, s&rsquo;\u00e9vadant \u00e0 plusieurs reprises. Les cibles \u00e9taient les riches, le projet \u00e9tait de les punir. Les vols \u00e9taient parfois sign\u00e9s de provocations verbales, comme chez le juge de paix Mulot, au Mans\u00a0: \u00ab\u00a0Aux juges de paix, nous faisons la guerre. Attila\u00a0\u00bb, ou dans la cath\u00e9drale de Tours\u00a0: \u00ab\u00a0Dieu Tout-Puissant, retrouve Tes voleurs. Attila\u00a0\u00bb. Anecdote r\u00e9v\u00e9latrice\u00a0: Jacob \u00e9tait en train de cambrioler \u00e0 Rochefort, chez un enseigne de marine nomm\u00e9 Viaud, lorsqu&rsquo;il se rendit compte que ce dernier \u00e9tait en fait l&rsquo;\u00e9crivain Pierre Loti\u00a0; il rebroussa aussit\u00f4t chemin. Jacob, parfois en d\u00e9saccord avec ses amis moins altruistes, s&rsquo;\u00e9tait toujours tenu \u00e0 son projet initial\u00a0: faire du vol non pas une r\u00e9appropriation personnelle mais une attaque contre le monde des puissants. <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le 21 avril 1903, Il se rend \u00e0 Abbeville pour une nouvelle s\u00e9rie de cambriolages. L&rsquo;aventure s&rsquo;arr\u00eate l\u00e0\u00a0: Jacob fut arr\u00eat\u00e9 au petit matin apr\u00e8s une longue traque narr\u00e9e dans les <em>Souvenirs d&rsquo;un r\u00e9volt\u00e9<\/em>. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\"><strong><span class=\"mw-headline\"><span style=\"12pt;\">Le proc\u00e8s d&rsquo;Amiens <\/span><\/span><\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le juge Hatt\u00e9 instruisit l&rsquo;affaire pendant pratiquement deux ans\u00a0; il r\u00e9unit finalement un \u00e9norme acte d&rsquo;accusation de 161 pages comportant plus de 20 000 pi\u00e8ces (156 cambriolages r\u00e9pertori\u00e9s). <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Pendant ce temps, des anarchistes cr\u00e9aient, le 1er novembre 1904, un hebdomadaire libertaire \u00e0 Amiens\u00a0: <em>Germinal<\/em>. Le proc\u00e8s y prit une place pr\u00e9pond\u00e9rante. Des r\u00e9unions, des conf\u00e9rences furent organis\u00e9es \u00e0 Amiens\u00a0; il s&rsquo;agissait de pr\u00e9parer ce moment de confrontation entre les voleurs et leurs juges, de donner toute son ampleur au projet de Jacob et de ne pas le laisser choir dans la rubrique des faits divers. Le proc\u00e8s se d\u00e9roula du 8 au 22 mars 1905. Les quotidiens aussi bien locaux que nationaux et certains journaux \u00e9trangers y envoy\u00e8rent des journalistes\u00a0; il fallut, pour assurer l&rsquo;ordre, faire venir un bataillon d&rsquo;infanterie qui occupa l&rsquo;int\u00e9rieur du palais de justice d&rsquo;Amiens. <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Il servit de tribune pour Jacob, qui fut condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Bagnard en Guyane, aux \u00eeles du Salut pendant un quart de si\u00e8cle, il tente dix-sept fois de s\u2019\u00e9vader. Il met fin \u00e0 ses jours le 28 ao\u00fbt 1954.<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><\/strong>\u00a0<\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/berrypedia-logo.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-815\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/berrypedia-logo.jpg\" alt=\"Logo Berryp\u00e9dia\" width=\"157\" height=\"160\" \/><\/a>BERRYPEDIA<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Mis en ligne le 26\/10\/08<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob Alexandre Marius<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">(dit Georges, Escande, F\u00e9rau, Jean Concorde, Attila, Barrabas) <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">N\u00e9 le 28 septembre 1879 \u00e0 Marseille, mort \u00e0 Reuilly (Indre) le 28 ao\u00fbt 1954, fils de Joseph (ouvrier boulanger et marin) et de Maris Berthou, anarchiste ill\u00e9galiste, bagnard, marchand forain. <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">27 ao\u00fbt 1954, hameau de Bois Saint Denis, Reuilly, Indre. Alexandre Jacob r\u00e9dige sa derni\u00e8re lettre. Il la destine \u00e0 son amante qui n\u2019ignore rien du suicide \u00e0 venir. Quelques jours plus tard, l\u2019article \u00ab\u00a0Un homme\u00a0\u00bb du Canard Encha\u00een\u00e9 dresse du d\u00e9funt un portrait presque hagiographique. D\u00e9fense de l\u2019Homme , par l\u2019entremise de Pierre Valentin Berthier et de Robert Passas, fait l\u2019\u00e9loge de celui que le Dictionnaire Biographique du Mouvement Ouvrier Fran\u00e7ais de Jean Maitron qualifie en 1972 de \u00ab\u00a0dernier des grands voleurs anarchistes\u00a0\u00bb. Alexandre Jacob cumule les comparaisons, \u00e0 commencer par celle avec le c\u00e9l\u00e8bre h\u00e9ros cr\u00e9\u00e9 par Maurice Leblanc. Le 6 septembre 1954, soit neuf jours apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s du vieux Marius, le magazine Noir et Blanc titrait\u00a0: \u00ab\u00a0Le mod\u00e8le d\u2019Ars\u00e8ne Lupin vient de mourir\u00a0\u00bb. Le mythe, depuis, a fait son chemin, tant \u00e0 Reuilly que partout dans l\u2019hexagone. Alexandre Jacob ne fut pourtant ni le gentleman cambrioleur n\u00e9 de l\u2019imagination d\u2019un romancier bourgeois et normand en mal de reconnaissance litt\u00e9raire, ni m\u00eame un nouveau Mandrin du XIXe si\u00e8cle ins\u00e9cure et finissant et encore moins un autre Papillon tentant la Belle 17 fois au bagne des \u00eeles du Salut, revenu de l\u2019enfer guyanais et reniant \u00e0 la fin de sa vie les principes de sa jeunesse. Tous ces clich\u00e9s dissimulent mal une authentique figure de l\u2019anarchisme, \u00ab\u00a0un cas t\u00e9moin\u00a0\u00bb de l\u2019ill\u00e9galisme dont Alain Sergent fut le premier en 1950 \u00e0 narrer les faits et gestes dans <strong>Un anarchiste de la Belle Epoque<span style=\"normal;\">.<\/span><span style=\"normal;\"> <\/span><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong><\/strong><\/span><\/span><span style=\"Times New Roman;\">Marseille<\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">La vie d\u2019Alexandre Jacob est enti\u00e8rement vou\u00e9e \u00e0 la cause libertaire. A onze ans, le \u00ab\u00a0minot\u00a0\u00bb marseillais, certificat d\u2019\u00e9tude en poche, suit l\u2019exemple paternel et s\u2019engage comme mousse. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai vu le monde<\/em> \u2013 d\u00e9clare-t-il lors de son proc\u00e8s \u00e0 Amiens en 1905 \u2013 <em>et il n\u2019est pas beau<\/em>\u00a0\u00bb. Jacob abandonne la navigation et fr\u00e9quente de plus en plus les cercles anarchistes de la m\u00e9tropole des Bouches du Rh\u00f4ne. 1897, \u00e0 l\u2019occasion du voyage pr\u00e9sidentiel de F\u00e9lix Faure dans le Midi, la police arr\u00eate deux jeunes apprentis chimistes et lecteurs assidus de <strong>L\u2019Indicateur anarchiste<\/strong>, brochure que leur a remise le provocateur Lecca. A sa sortie de prison, la police marseillaise ne l\u00e2che plus Alexandre Jacob. Le jeune homme peine \u00e0 trouver un emploi stable. Le vol du Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille, le 31 mars 1899, marque son entr\u00e9e dans la famille des ill\u00e9galistes et sonne comme une r\u00e9ponse aux injustices subies. Quatre hommes, d\u00e9guis\u00e9s en policiers, proc\u00e8dent au Mont de Pi\u00e9t\u00e9 de Marseille, rue du Petit Saint Charles, \u00e0 l\u2019inventaire du fond de d\u00e9p\u00f4t et embarque le sieur Gil sous le pr\u00e9texte de recel. L\u2019homme est d\u00e9pos\u00e9 directement au Palais de justice de la ville tandis que les quatre voleurs filent vers l\u2019Espagne avec un butin estim\u00e9 \u00e0 environ 400 000 francs. Le lendemain, tout Marseille rit aux \u00e9clats. Mais Jacob est arr\u00eat\u00e9 quelques temps plus tard \u00e0 Toulon. Il simule la folie pour \u00e9viter les 5 ans de r\u00e9clusion, pour lesquels il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 par contumace. Le 19 avril 1900 il s\u2019\u00e9vade de l\u2019asile Montperrin \u00e0 Aix en Provence avec la complicit\u00e9 de l\u2019infirmier Roy\u00e8re. D\u00e8s lors, Alexandre Jacob organise sa reprise individuelle. A S\u00e8te, chez Ernest Saurel (ancien compagnon de Cas\u00e9rio) il met au point la premi\u00e8re brigade des Travailleurs de la Nuit. <\/span><\/p>\n<p style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Travailleur de la Nuit<\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">La bande de voleurs agit au nom de l\u2019anarchie. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence des propagandistes par le fait, le sang ne doit pas couler, sauf pour d\u00e9fendre sa libert\u00e9. Centralisation oblige, les Travailleurs se fixent \u00e0 Paris. Ils utilisent le train pour cambrioler en province et \u00e0 l\u2019\u00e9tranger (Belgique, Allemagne, Italie, etc.). Le principe d\u2019un pourcentage revers\u00e9 aux organisations anarchistes est vite remis en cause par certains membres. Mais nombre de compagnons dans le besoin, <strong>Le Libertaire<\/strong> de S\u00e9bastien Faure et <strong>La Guerre Sociale<\/strong> de Gustave Herv\u00e9 \u00e0 Paris, <strong>Germinal<\/strong> \u00e0 Amiens ont amplement b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des largesses de Jacob. Les quelques cent cinquante cambriolages (certainement trois \u00e0 quatre fois plus) que la police lui attribue d\u00e9fraient d\u2019autant plus la chronique qu&rsquo;il sait joindre l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 \u00e0 la raillerie. De temps \u00e0 autres, des billets (sign\u00e9s Attila) sont laiss\u00e9s chez les victimes (militaires, cur\u00e9s, notaires, rentiers, nobles) d\u00e9pit\u00e9es\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Dieu des voleurs, recherches les voleurs de ceux qui en ont vol\u00e9 d\u2019autres<\/em>\u00a0\u00bb Rouen, \u00e9glise Saint Sever 14 f\u00e9vrier 1901\u00a0; \u00ab\u00a0<em>Au juge de paix, nous d\u00e9clarons la guerre<\/em>\u00a0\u00bb Le Mans, vol Hulot, 9 juin 1901.<br \/>\nParis, 6 octobre 1901, 76 rue Quincampoix\u00a0: le bijoutier Bourdin rentre chez lui et d\u00e9couvre un logement vide. Alexandre Jacob, Honor\u00e9 Bonnefoy et Jules Clarenson sont pass\u00e9s par l\u2019appartement du dessus. Jules Dassin reprend la sc\u00e8ne du fameux cambriolage en 1954 dans son film Du Rififi chez les hommes\u00a0: un trou dans le plancher, un parapluie dans le trou pour \u00e9viter le bruit de la chute des gravats. Le vol est estim\u00e9 \u00e0 plus de 120 000 francs. L\u2019entreprise d\u00e9lictueuse, bas\u00e9e sur des mouvements rapides semble p\u00e9renne. Elle conna\u00eet toutefois de nombreux accrocs. A Orl\u00e9ans, le 27 f\u00e9vrier 1901, Jacob manque de se faire prendre et tire sur l\u2019agent Couillot pour prot\u00e9ger sa fuite. Son ami et complice Roy\u00e8re est arr\u00eat\u00e9. Ferrand et Vaillant, deux autres Travailleurs, tombent \u00e0 Nevers au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1903, Clarenson \u00e0 Mont\u00e9 Carlo un an plus t\u00f4t. Le 22 avril 1903, Alexandre Jacob, F\u00e9lix Bour et L\u00e9on P\u00e9lissard sont arr\u00eat\u00e9s dans des circonstances dramatiques\u00a0: un cambriolage avort\u00e9 \u00e0 Abbeville, une fuite pr\u00e9cipit\u00e9e dans la campagne picarde, une rixe sanglante et mortelle avec deux policiers \u00e0 la gare de Pont R\u00e9my et une battue qui aboutit, par ricochet, au d\u00e9mant\u00e8lement complet d\u2019une bande estim\u00e9e de plus de quarante personnes. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">Accus\u00e9 et condamn\u00e9<\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">Selon l\u2019expression du juge Hatt\u00e9, charg\u00e9 d\u2019une instruction qui dure pr\u00e8s de deux ans, \u00ab\u00a0<em>On est en pleine anarchie<\/em>\u00a0\u00bb. Les 23 co-accus\u00e9s ne professent pourtant pas tous des principes libertaires. Mais cela justifie un proc\u00e8s sous haute surveillance militaire et une ville, Amiens, en \u00e9tat de si\u00e8ge. La presse nationale et quelques journaux \u00e9trangers se complaisent \u00e0 dresser les crimes des \u00ab\u00a0quarante voleurs\u00a0\u00bb ou encore de \u00ab\u00a0la bande sinistre\u00a0\u00bb du 8 au 22 mars 1905. Alexandre Jacob se saisit de l\u2019occasion pour passer de la propagande par le vol \u00e0 celle par la parole. Il se r\u00e9v\u00e8le rh\u00e9teur et parvient \u00e0 d\u00e9velopper toute une th\u00e9orie ill\u00e9galiste\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend<\/em>\u00a0\u00bb. Ses discours font mouche et l\u2019homme \u00e9tonne par sa verve, sa truculence et ses r\u00e9parties caustiques visant tout \u00e0 la fois juges et victimes\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Madame \u00e9tait \u00e0 son ch\u00e2teau pendant que je suis entr\u00e9 chez elle, c\u2019est toujours des malheureux que j\u2019ai d\u00e9valis\u00e9s<\/em>\u00a0\u00bb\u00a0! Il se lance surtout dans de longs monologues justifiant et l\u00e9gitimant ses cambriolages. \u00ab\u00a0<em>La propri\u00e9t\u00e9, c\u2019est le vol<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crivait Proudhon en 1848. \u00ab\u00a0<em>J\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre voleur que vol\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb rajoute Jacob 57 ans plus tard. La sentence de la justice ami\u00e9noise tombe sans surprise le 22 mars 1905\u00a0: les travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">Bagnard<\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">\u00ab\u00a0<em>J\u2019ai cess\u00e9 cette lutte du fait de mon arrestation mais je l\u2019ai reprise au bagne sous une autre forme et par d\u2019autres moyens<\/em>\u00a0\u00bb \u00e9crit Alexandre Jacob \u00e0 Jean Maitron en 1948. Le matricule 34777 d\u00e9barque aux \u00eeles du Salut le 13 janvier 1906. Se consid\u00e9rant comme \u00ab\u00a0un prisonnier de guerre sociale\u00a0\u00bb, il adopte d\u00e8s le d\u00e9part l\u2019attitude caract\u00e9ristique des anarchistes intern\u00e9s au bagne. Son opposition \u00e0 l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire lui vaut de nombreux passages devant la commission disciplinaire. Il est \u00e9galement jug\u00e9 sept fois par le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial de Saint Laurent du Maroni pour meurtre (celui du for\u00e7at Capelletti en 1908), \u00e9vasion et tentative d\u2019\u00e9vasion. Il doit subir quelques trois ann\u00e9es de r\u00e9clusion dans les cachots de l\u2019\u00eele Saint Joseph. Malgr\u00e9 l\u2019\u00e9puisement physique, Jacob parvient \u00e0 survivre\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Aujourd\u2019hui j\u2019ai regagn\u00e9 deux kilos. Il est vrai que j\u2019avais mes chaussettes. Je p\u00e8se 39 kilos. J\u2019en pesais 65 il y a un an<\/em>\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Marie Jacob, 2 f\u00e9vrier 1911). De nombreuses fois, le matricule 34777 tente de se soustraire \u00e0 la surveillance de ses ge\u00f4liers. Il entretient une correspondance salvatrice avec sa m\u00e8re qui, \u00e0 Paris, maintient et cr\u00e9e des r\u00e9seaux de solidarit\u00e9. Par le biais des \u00e9poux Aron (Romanitza artiste et Andr\u00e9 avocat), elle r\u00e9ussit \u00e0 int\u00e9resser les milieux politiques et gouvernementaux (Pierre Laval, Anatole de Monzie) au sort de son fils. Dans le contexte de critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du bagne faisant suite aux articles d\u2019Albert Londres en 1923, Francis Million du Peuple et Louis Roubaud du Quotidien lancent dans leur journal une campagne en faveur de la lib\u00e9ration de Jacob. Elle r\u00e9unit en f\u00e9vrier mars 1925 de nombreux t\u00e9moignages de soutien\u00a0: Albert Londres, le docteur Louis Rousseau, l\u2019ancien Travailleur de la Nuit Jacques Sautarel, le gestionnaire des \u00eeles du Salut Alric, etc. Le 14 juillet de cette ann\u00e9e, une gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle ordonne le rapatriement de Jacob en m\u00e9tropole. Sa peine vient d\u2019\u00eatre commu\u00e9e en cinq ans de r\u00e9clusion \u00e0 purger en France. <\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">De Paris \u00e0 Reuilly<\/span><\/p>\n<p><span style=\"Times New Roman;\">Apr\u00e8s un passage par Saint Nazaire, Rennes et Melun, Alexandre Jacob se retrouve \u00e0 la prison centrale de Fresnes. Il est finalement lib\u00e9r\u00e9 le 31 d\u00e9cembre 1927. Il travaille imm\u00e9diatement comme chef d\u2019atelier pour le compte de l\u2019entreprise Marivaux, fabrique de bibelots et sous-traitant du magasin Le Printemps \u00e0 Paris, mais opte en 1931 pour le commerce ambulant. Il s\u2019installe en 1935 dans l\u2019Yonne, \u00e0 Fleury la Vall\u00e9e, lieu-dit Les Fr\u00e9chots, puis dans le Berry. Entre temps, il participe activement \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du livre du docteur Louis Rousseau <strong>Un m\u00e9decin au bagne<\/strong> en 1930. Il fr\u00e9quente assid\u00fbment les n\u00e9o-malthusiens (Eug\u00e8ne et Jeanne Humbert) ainsi que certains pacifistes (Louis Louvet). En 1936 il part pour l\u2019Espagne libertaire et r\u00e9publicaine en guerre avant de retrouver ses amis (Pierre Valentin Berthier, Louis Briselance, Bernard Bouquerau) sur les march\u00e9s du Val de Loire. Le commerce de bonn\u00e8terie de Marius est florissant. L\u2019homme s\u2019installe \u00e0 Reuilly, au hameau de Bois Saint Denis, \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1939. Il sait se faire accepter par ce qu\u2019il nomme avec une certaine affection \u00ab\u00a0les indig\u00e8nes\u00a0\u00bb du cru. Mais la seconde guerre mondiale vient ruiner cette petite aisance financi\u00e8re. Marie Jacob d\u00e9c\u00e8de en 1941\u00a0; Paulette, la femme du vieux marchand forain, en 1950. Jacob pense d\u00e8s lors de plus en plus au suicide refusant l\u2019id\u00e9e de d\u00e9pendance et pr\u00e9f\u00e9rant \u00ab\u00a0<em>mourir en bonne sant\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb en \u00ab\u00a0<em>faisant la nique \u00e0 toutes ces infirmit\u00e9s qui guettent la vieillesse. Elles sont l\u00e0, ces salopes, pr\u00eates \u00e0 me d\u00e9vorer. Bien peu pour moi. J\u2019ai v\u00e9cu, je puis mourir<\/em>\u00a0\u00bb (lettre \u00e0 Guy Denizeau, 17 ao\u00fbt 1954)\u00a0; La biographie que lui consacre Alain Sergent (ancien collaborateur reconverti dans l\u2019\u00e9criture) en 1950 provoque la rencontre et l\u2019amiti\u00e9 avec un jeune instituteur dr\u00f4mois\u00a0: Robert Passas. Josette, la femme de ce dernier \u00e0 qui Jacob vient de d\u00e9clarer sa flamme, passe un mois chez lui. Quelques jours apr\u00e8s le d\u00e9part de son amante, il met son projet \u00e0 ex\u00e9cution. Alexandre le voleur, Jacob le bagnard, Marius le forain est mort le 28 ao\u00fbt 1954.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On ne compte plus les d\u00e9clinaisons nationales de Wikip\u00e9dia. Les encyclop\u00e9dies libres et on line fleurissent comme les moblots tombaient \u00e0 Gravelotte. Et, dans ce foisonnement de portails d\u2019acc\u00e8s \u00e0 la connaissance universelle, l\u2019honn\u00eate cambrioleur trouve une place particuli\u00e8re permettant de valoriser soit une r\u00e9gion, soit un mouvement politique. 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