{"id":744,"date":"2008-12-13T06:37:42","date_gmt":"2008-12-13T04:37:42","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=744"},"modified":"2008-12-13T06:37:42","modified_gmt":"2008-12-13T04:37:42","slug":"lettre-ouverte-a-georges-arnaud","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/12\/lettre-ouverte-a-georges-arnaud\/","title":{"rendered":"Lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"italic;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/aranaud-georges.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-747\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/aranaud-georges-213x300.jpg\" alt=\"Georges Arnaud\" width=\"149\" height=\"236\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/derniere-photographie-de-jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-642\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/derniere-photographie-de-jacob-171x300.jpg\" alt=\"derni\u00e8re photographie de Jacob\" width=\"128\" height=\"236\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/georges-arnaud1.jpg\"><\/a>En avril 1954, Alexandre Jacob, dit Marius, file sur ses 75 ans. La lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud, qu\u2019il fait publier dans le n\u00b066 du mensuel <em>D\u00e9fense de l\u2019Homm<\/em>e de Louis Lecoin, r\u00e9v\u00e8le une pens\u00e9e politique toujours aussi pointue et alerte. Nous sommes ainsi loin, tr\u00e8s loin de l\u2019image de l\u2019ermite, vivant reclus dans sa maisonnette du hameau de Bois Saint Denis, dans ce Berry o\u00f9 il ne se passerait rien.<!--more-->\u00a0Georges Arnaud a donn\u00e9, au printemps 1953, <\/span>une s\u00e9rie d\u2019articles sur les prisons fran\u00e7aises dans le quotidien <em>L\u2019Aurore<\/em>. Il n\u2019en fallait pas moins pour susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat et les critiques acerbes du vieil anarchiste sur l\u2019ouvrage <em>Prison 53<\/em>, compilation des dits articles, paru quelques mois apr\u00e8s. La lettre de Jacob est \u00e9crite rapidement. L\u2019ancien bagnard signale d\u00e8s le 12 octobre 1953 \u00e0 son ami Pierre Valentin Berthier avoir eu le temps d\u2019envoyer et de r\u00e9cup\u00e9rer des mains d\u2019Andr\u00e9, alias Alain Sergent, le manuscrit o\u00f9 il reprend point par point le propos d\u2019Arnaud. Le texte appara\u00eet \u00e9galement dans la correspondance entre Jacob et Josette Passas. Nous pouvons alors suivre les tribulations de cette lettre ouverte avant et apr\u00e8s sa publication par <em>D\u00e9fense de l\u2019Homme<\/em>. Car, si l\u2019ancien bagnard souligne avec ironie \u00ab\u00a0<em>la noble ambition<\/em>\u00a0\u00bb du refus de l\u2019auteur du <em>Salaire de la peur<\/em> de prendre position sur le sujet,<span style=\"yes;\">\u00a0 <\/span>il d\u00e9nonce vertement les erreurs d\u2019interpr\u00e9tation de ce dernier sur la peine de mort, sur le principe de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration, sur la criminalit\u00e9 plus particuli\u00e8rement, etc. L\u2019occasion \u00e9tait trop belle pour l\u2019\u00ab\u00a0<em>ex-professeur de droit criminel \u00e0 la Facult\u00e9 des \u00eeles du Salut<\/em>\u00a0\u00bb de d\u00e9velopper une pens\u00e9e p\u00e9nale, toute empreinte d\u2019anarchie, o\u00f9 le d\u00e9linquant se pare des habits du vaincu de guerre sociale. Le vieux marchand forain ne peut ainsi que d\u00e9montrer l\u2019hypocrite notion d\u2019honn\u00eatet\u00e9 et d\u00e9clamer en conclusion sa haine des pratiques p\u00e9nitentiaires fran\u00e7aises sans jamais faire cas de sa propre et douloureuse exp\u00e9rience. Un texte d\u2019une br\u00fblante actualit\u00e9.<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"italic;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-66.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-748\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-66-200x300.jpg\" alt=\"D\u00e9fense de l\\'Homme n\u00b066\" width=\"200\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-66-200x300.jpg 200w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/defense-de-lhomme-66.jpg 214w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a><\/span><\/span><\/span>D\u00e9fense de l\u2019homme<\/span><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">N\u00b066, avril 1954<\/span><\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"italic;\">Lettre ouverte \u00e0 <\/span>Georges Arnaud<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">auteur de \u00ab Prisons 53\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cher monsieur et camarade,<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">J&rsquo;ai lu et relu votre ouvrage (Julliard \u00e9diteur) avec un grand int\u00e9r\u00eat. Ces questions-l\u00e0 me passionnent. En entreprenant votre reportage, vous vous \u00eates interdit, dites-vous, tout plaidoyer comme tout r\u00e9quisitoire \u00e0 l&rsquo;endroit du r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire fran\u00e7ais, vous astreignant ainsi \u00e0 marcher sur la corde raide de la pure objectivit\u00e9 jusqu&rsquo;au fair-play. Noble ambition mais si sujette \u00e0 d\u00e9faillance. Est-ce \u00e0 dire que vous avez sacrifi\u00e9 \u00e0 la complaisance ? Ce n&rsquo;est pas ma pens\u00e9e. Au contraire, j&rsquo;estime que, dans l&rsquo;ensemble, votre reportage est une des enqu\u00eates les plus honn\u00eates qui aient \u00e9t\u00e9 faites sur le monde des prisons. Parfois vous \u00e9levez si haut le ton de la protestation et cela avec de tels accents de sinc\u00e9rit\u00e9 que force m&rsquo;est de vous tirer le chapeau. Cepen\u00addant &#8230; cependant, \u00e0 l&rsquo;endroit de la peine de mort, vos convictions n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 sans me troubler profond\u00e9ment. C&rsquo;est ainsi que, page 108, vous opinez sur ce sujet par les lignes que voici: \u00ab\u00a0Ce n\u2019\u00e9tait pas que le personnage parut m\u00e9riter la moindre sympathie. C&rsquo;est un personnage dont le proc\u00e8s fut aussi retentissant que son crime avait \u00e9t\u00e9 monstrueux : il avait tu\u00e9 son enfant afin de faire de la peine \u00e0 sa femme car il en \u00e9tait toujours \u00e9pris. Ce genre d&rsquo;incoh\u00e9rence est peut-\u00eatre la seule justification \u00e0 la peine de mort. Que cette brute expie aussi durement que possible, je n&rsquo;y vois rien \u00e0 redire.\u00bb L\u00e0, je ne tire plus le chapeau. J&rsquo;en suis pein\u00e9 pour vous. Il est vrai que, page 111, votre conviction sur le m\u00eame sujet donne un autre son de cloche absolument oppos\u00e9, je cite : \u00ab\u00a0\u2026 On se sou\u00advient que cet homme &#8211; c&rsquo;est le mot du dictionnaire &#8211; \u00e9tait coupable de pas mal de meurtres dont celui, je<em> <\/em>crois bien, de sa pro\u00adpre soeur ; qu&rsquo;il fut condamn\u00e9 a mort et b\u00e9n\u00e9\u00adficia de la cl\u00e9mence pr\u00e9sidentielle : tout Paris, ou \u00e0 peu pr\u00e8s, s&rsquo;\u00e9tait \u00e9mu de ce que l&rsquo;on allait guillotiner en sa personne le produit monstrueux d&rsquo;une soci\u00e9t\u00e9 folle, comme si tout meurtrier, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, n&rsquo;\u00e9tait pas dans ce cas.\u00bb Alors &#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Puis, page 240, vous revenez \u00e0 votre pre\u00admi\u00e8re opinion en excipant, il est vrai, .d&rsquo;un cas d&rsquo;esp\u00e8ce : celui du crime passionnel. Je cite encore : \u00ab\u00a0&#8230; Il en est de m\u00eame pour le pro\u00adbl\u00e8me de la peine de mort. D\u00e9cider, ainsi que le bon sens l&rsquo;exige, que les criminels passion\u00adnels en soient seuls justiciables \u00bb. Vous ad\u00admettez ainsi, que dis-je, vous approuvez sans r\u00e9serves l\u2019application de la peine capitale en\u00advers les meurtriers passionnels, la reprouvant par antith\u00e8se \u00e0 l&rsquo;endroit des assassins. Cela est d\u00e9fendable mais seulement sous l&rsquo;angle de l&rsquo;exception. Mort aux faibles &#8211; Stendhal avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9crit \u00ab P\u00e9rissent; les faibles\u00bb. L&rsquo;assassin est ainsi consid\u00e9r\u00e9 comme sup\u00e9rieur au meur\u00adtrier. De fait l&rsquo;assassin est \u00ab l&rsquo;homme fort \u00bb qui combine, suppute, appr\u00e9cie, juge, p\u00e8se, mesure, r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de son acte\u00a0;il pr\u00e9m\u00e9dite, pour parler le langage p\u00e9nal ; alors que, presque toujours, le meurtrier pas\u00adsionnel n&rsquo;agit que sous l&#8217;empire de la passion ; son appareil nerveux surclasse son raisonne\u00adment : c&rsquo;est un impulsif, presque un fou. Illustr\u00e9e par les doctes pr\u00e9ceptes d&rsquo;un Clausewitz et autres Jiromi, cette th\u00e8se n&rsquo;est donc soutenable qu&rsquo;en fonction de la personnalit\u00e9. Elle ne saurait \u00eatre admise pour justifier le principe m\u00eame de la peine de mort.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">La question de l&rsquo;abolition ou du maintien de la peine de mort ne saurait \u00eatre r\u00e9solue par des peut-\u00eatre, des si, des mais, mais stric\u00adtement sous l&rsquo;angle des donn\u00e9es biologiques, de la responsabilit\u00e9. La fameuse boutade de A. Karr n&rsquo;est qu&rsquo;une niaiserie de nantis. L&rsquo;agresseur, ce n&rsquo;est pas seulement le criminel, c&rsquo;est surtout, indirectement l&rsquo;Etat, la soci\u00e9t\u00e9. C&rsquo;est du reste votre propre opinion. Aussi bien, page 23, vous dites : \u00ab\u00a0&#8230; Cette notion de d\u00e9fense sociale m&rsquo;int\u00e9resse, quant \u00e0 moi, \u00e0 un tout autre titre. Qui dit d\u00e9fense dit com\u00adbat. La prison, est ainsi \u00e0 tous les stades le combat de la soci\u00e9t\u00e9 contre l&rsquo;homme.\u00bb Et page 241, vous \u00e9crivez.: \u00ab &#8230; S&rsquo;agit-il au con\u00adtraire d&rsquo;un homme, au raisonnement sain qui a fait choix de la manie criminelle de propos d\u00e9lib\u00e9r\u00e9, l&rsquo;\u00e9tat social actuel porte la princi\u00adpale, responsabilit\u00e9 de ce choix &#8230; \u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">C\u2019est vous dire que de telles contradictions sont g\u20acmantes. D\u00e9pouill\u00e9e de tout le fatras des morales, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une seule justifica\u00adtion de la peine de mort ; c&rsquo;est celle dont Fran\u00e7ois 1<sup>er<\/sup> fit sa devise: \u00ab Parce que tel est mon bon plaisir. \u00bb Cela est clair, cynique, sans bavures !<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Il faut adopter carr\u00e9ment ce point de vue d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;hypocrisie ou, si l\u2019on veut, si l&rsquo;on pr\u00e9tend rester dans \u00ab l&rsquo;humain \u00bb, on doit ap\u00adporter une \u00ab certaine prudence\u00bb dans l&rsquo;exer\u00adcice de la vindicte.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">J\u2019ai beaucoup appr\u00e9ci\u00e9 la r\u00e9ponse que Si\u00admenon fit un jour \u00e0 la radio, \u00e0 une question qui lui fut pos\u00e9e : \u00ab j&rsquo;aimerais mieux me loger une balle dans la t\u00eate que de juger un hom\u00adme.\u00a0\u00bb Voil\u00e0 un langage qui serre l&rsquo;humain de beaucoup plus pr\u00e8s que vous ne le faites vous-m\u00eame quand vous abordez la question.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Par ailleurs, si je m&rsquo;en r\u00e9f\u00e8re \u00e0 la page 126 de votre ouvrage, il me semble que vous avez manqu\u00e9 d&rsquo;objectivit\u00e9 en certains points de votre enqu\u00eate sur les pratiques p\u00e9nitentiaires. Il fallait ,c&rsquo;est \u00e9vident, voir, fouiller, appr\u00e9\u00adcier, commenter. Mais il fallait le faire sans perdre de vue le sort atroce de l&rsquo;homme en cage, ce sort tragique qui d\u00e9passe en horreur l\u2019immensit\u00e9 du crime qui a pu \u00eatre commis.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Vous dites, en parlant de votre passage dans les ge\u00f41es des vaincus de la \u00ab derni\u00e8re fra\u00eeche et glorieuse\u00bb: \u00ab J&rsquo;y suis rentr\u00e9 sans haine, sans chauvinisme &#8230;\u00bb Vraiment, il n&rsquo;y parait pas. Ce que vous \u00e9crivez sur ces prison\u00adniers \u2013 je dis bien ces prisonniers, car ils ne &lsquo;ont plus rien d&rsquo;autre \u2013 c&rsquo;est plus que de la haine, c&rsquo;est une charge de mauvais go\u00fbt. De reporter vous vous \u00e9rigez en juge. Que celui-l\u00e0 ait forniqu\u00e9 le pape et celui-ci viol\u00e9 la Sainte Vierge, il me semble que c&rsquo;est en dehors de votre mission. Le juge a d\u00e9j\u00e0 pro\u00adnonc\u00e9 et il est inutile de battre des mains quand la matraque judiciaire s&rsquo;est abattue.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un ancien d\u00e9tenu, exer\u00e7ant \u00e0 la prison la profession de pharmacien, a relev\u00e9 vos diatribes dans une lettre que vous publi\u00e9e \u00e0 la page 254. Ce d\u00e9tenu n&rsquo;a pas absolument tort dans les reproches qu&rsquo;il vous adresse. Je tiens \u00e0 vous accorder en passant qu&rsquo;il d\u00e9passe la mesure lorsqu&rsquo;il pr\u00e9tend que vous ramperiez devant tel g\u00e9n\u00e9ral si, au lieu d&rsquo;\u00eatre vaincu, il eut \u00e9t\u00e9 vainqueur. Je crois que c&rsquo;est une hy\u00adpoth\u00e8se absurde tant vous me paraissez d&rsquo;une nature peu apte \u00e0 la reptation.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cependant, supposons que l&rsquo;un de ces hobe\u00adreaux en r\u00e9chappe et, commentant noir sur blanc votre visite, note votre attitude insolente. Ne serait-il pas autoris\u00e9 \u00e0 dire de vous ce que vous dites de lui et de ses pareils ? Je sais bien, vous \u00e9crirez que votre \u00ab m\u00e9\u00adpris \u00bb d&rsquo;homme libre est d&rsquo;une autre qualit\u00e9 que la morgue insolente qui anime ces sou\u00addards. Fats, impertinents, ils sont ancr\u00e9s dans la croyance que leur derri\u00e8re distille l&rsquo;encens. Ils en sont \u00e9coeurants. Et leur attitude n&rsquo;a pas d\u00fb \u00eatre \u00e9trang\u00e8re \u00e0 vos apostrophes. Mais, \u00e0 quelque mince diff\u00e9rence pr\u00e8s, est-ce que tous les militaires professionnels, sous tous les drapeaux, ne sont pas b\u00e2tis de la m\u00eame ma\u00adni\u00e8re? Certes, je sais fort bien que ce sont l\u00e0 des ennemis indiscutables d&rsquo;une saine so\u00adci\u00e9t\u00e9. Que dans le monde \u00e9trange o\u00f9 nous vivons, ce ne sont pas des asociaux. Dans la pourriture ambiante, ils repr\u00e9sentent m\u00eame une \u00e9lite. Les trait\u00e9s de morale les \u00e9l\u00e8vent jusqu&rsquo;aux nues. En fonction de la raison pa\u00adtriotique, de la raison d&rsquo;Etat dont ils sont les supports, leurs comportements, et j&rsquo;ajouterai leurs crimes m\u00eames, sont propos\u00e9s \u00e0 l\u2019admira\u00adtion des foules. Les actes qu&rsquo;on leur impute, qu&rsquo;on leur reproche, ont \u00e9t\u00e9<em> <\/em>accomplis en bonne, conscience, conform\u00e9ment aux plus \u00e9prouv\u00e9s des statuts sociaux. Les amender dans le sens de I&rsquo;humain? Il serait ridicule de le penser. A la rigueur, on pourrait, tenter d&rsquo;amender un gangster, eut-il de nombreux hold-up \u00e0 son palmar\u00e8s. Un gangster peut tr\u00e8s bien se muer en agent d&rsquo;affaires, en boursier, en politicien, voire en ministre. Pour les mili\u00adtaires, c&rsquo;est impossible, tout amendement; c&rsquo;est-\u00e0-dire tout abandon de ce qu&rsquo;ils consi\u00add\u00e8rent comme des charges glorieuses, ne peut signifier que d\u00e9ch\u00e9ance. Reste l&rsquo;expiation que vous semblez admettre, d\u00e9sirer, mais quelle expiation? Expiation de quoi ? D&rsquo;avoir fait leur m\u00e9tier de soldats, de militaires. Pas pr\u00e9cis\u00e9ment, me direz-vous. Tr\u00e8s exactement parce qu&rsquo;ils ont viol\u00e9 les lois de la guerre. Quelle candeur ! Les lois de la guerre. La supr\u00eame loi de la guerre, c&rsquo;est de vaincre ; le bon, , le mauvais, le juste, l&rsquo;injuste, le permis, le d\u00e9fendu, c&rsquo;est toujours Brennus qui en d\u00e9cide, en l\u00e9gif\u00e8re en jetant sa lourde \u00e9p\u00e9e, dans la balance. Dresde, Katyn, Hiroshima ne surclas\u00adsent-ils pas Tulle et autres Oradour ? Le crime des crimes, c&rsquo;est la guerre elle-m\u00eame. Qu&rsquo;on la supprime !<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dans vos commentaires, vous semblez faire grand cas du primairisme, cette niaiserie. Avant de poursuivre, une pr\u00e9cision : si par primairisme, vous entendez, de la fa\u00e7on indiqu\u00e9e en note 11 la page 51, \u00ab condamn\u00e9 pour la<em> <\/em>premi\u00e8re fois \u00bb. La sauce du terme con\u00addamn\u00e9 peut faire avaler le fricot primaire. Mais si, comme le comprennent les auteurs de droit p\u00e9nal, il s&rsquo;agit d&rsquo;individus ayant com\u00admis une infraction pour la premi\u00e8re fois, la notion de primairit\u00e9 devient une rigolade. En mati\u00e8re de vol, d&rsquo;abus de confiance, d&rsquo;escro\u00adquerie, de manoeuvres abortives, et j&rsquo;en passe, il est absolument impossible de constater, de pr\u00e9ciser la primairit\u00e9. Une de vos lectrices en donne de nombreux exemples va1ables. Assur\u00e9ment, la premi\u00e8re touche exis\u00adte, peut exister et r\u00e9v\u00e8le alors un vrai pri\u00admaire. Mais dans combien de cas ? D&rsquo;ailleurs, au fond, que prouve ce primairisme \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du reclassement possible du sujet. Rien ou \u00e0 peu pr\u00e8s. La qualit\u00e9 morale du sujet ne r\u00e9side pas dans un mot, une \u00e9tiquette, une cat\u00e9gorie, un classement, mais dans son idiosyncrasie. C&rsquo;est ainsi que la terminologie p\u00e9nale arriverait \u00e0 fabriquer ce plaisant ph\u00e9nom\u00e8ne: le r\u00e9cidiviste primaire. Exemple: condamn\u00e9 \u00e0 deux ans de prison et cinq ans d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour. Six condamnations pour infraction \u00e0 l&rsquo;interdiction de s\u00e9jour, pass\u00e9 \u00e0 la rel\u00e9ga\u00adtion. Or, il n&rsquo;y a pas, dans ce cas, de nouveaux \u00ab\u00a0glissements de moralit\u00e9 \u00bb, tout d\u00e9coulant de l\u2019infraction premi\u00e8re. Sur le plan de la qualit\u00e9 morale, ce r\u00e9cidiviste est bel et bien un vrai primaire.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Page 186, en lisant votre ironique remarque au sujet de l&rsquo;envoi \u00e0 Tatahouine de ce lib\u00e9r\u00e9 de la prison mod\u00e8le d&rsquo;OErmingen, pour par\u00adfaire son amendement, j&rsquo;avoue que, de prime abord, j&rsquo;\u00e9pousai votre opinion. Puis, \u00e0 la r\u00e9\u00adflexion, je dus admettre que la d\u00e9cision de l&rsquo;Etat \u00e9tait d\u00e9fendable. Mieux, je dirai la seule logique. En effet, la caserne n&rsquo;est-elle pas la meilleure \u00e9cole pour compl\u00e9ter le dressage de la prison mod\u00e8le. Dans ce cas, l&rsquo;Etat fait preuve de r\u00e9alisme. Apres le dressage par le travail force, la d\u00e9fense de ses privil\u00e8ges par les armes. Tatahouine rejoint ainsi OErmin\u00adgen. Et de ce circuit va \u00e9clore un parfait citoyen !<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Au d\u00e9but de votre ouvrage, vous publiez un fragment de lettre qu&rsquo;un de vos amis vous a adress\u00e9e : <span style=\"yes;\">\u00a0<\/span>page 9: \u00abTon enqu\u00eate m&rsquo;inqui\u00e8te. Le loup ne se fait pas si facilement ermite mais tu as bien vite pris le ton de la maison. Ta conclusion d&rsquo;hier vendredi, saluant avec \u00e9motion l&rsquo;humanit\u00e9 de certains gardiens m&rsquo;a sembl\u00e9 inqui\u00e9tante. Il me semble qu&rsquo;il est jus\u00adtement des vocations (tu as dit le mot) qui sont une bonne fois aberrantes, inhumaines et seulement dignes de m\u00e9pris.\u00bb Et de riposter par : \u00ab Cette lettre me para\u00eet tr\u00e8s sotte.\u00bb Sotte ? Je ne crois pas. Ce lecteur a raison dans l&rsquo;absolu. Mais un reportage, pour \u00eatre objectif, humain, ne peut \u00eatre con\u00e7u que dans le relatif. On ne peut pas qualifier d&rsquo;Olivier le Daim des ge\u00f4liers qui se comportent en Saint Vincent de Paul. Les m\u00e9priser parce que rouages d&rsquo;Etat ? A ce compte, il faudrait peut \u00eatre en arriver \u00e0 m\u00e9priser l&rsquo;inoffensif facteur, l&rsquo;instituteur, l&rsquo;infirmier. Nous ne vivons pas dans l&#8217;empyr\u00e9e mais sur une terre ingrate et c&rsquo;est pourquoi j&rsquo;admets votre opinion sur ces bons mercenaires, m\u00eame si, pour quelques-uns, la bont\u00e9 est \u00e9tay\u00e9e par des miradors pourvus de mitrailleuses. Mais je fais mienne aussi l&rsquo;opinion du \u00ab lecteur \u00e0 la sotte lettre \u00bb en ce qui concerne les tortionnaires dont la pratique courante est de frapper, d&rsquo;estropier, de faire p\u00e9rir par le froid, les d\u00e9tenus dont ils ont la garde. Et c&rsquo;est le plus grand nombre, la forte majorit\u00e9. C&rsquo;est ce qu&rsquo;il ne faut quand m\u00eame pas trop oublier\u00a0!<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En note de la page 44, vous traduisez du langage truand cette locution: \u00ab N&rsquo;affranchis\u00adsez jamais une cave\u00a0\u00bb<em> <\/em>(Ne vous confiez jamais \u00e0 un honn\u00eate homme). Ainsi \u00ab cave\u00bb (2\u00a0: Au service de l&rsquo;Identit\u00e9 Judiciaire l&rsquo;album o\u00f9 figurent les malfaiteurs recherch\u00e9s ou en puissance de m\u00e9faits, se nomme l&rsquo;Album D. K. V. Humour policier ou hasard lexicologique ? En fait, les caves ce sont bien en r\u00e9alit\u00e9 ceux qui sont en taule) si\u00adgnifie honn\u00eate homme. Honn\u00eate homme, cette expression \u00e9voque en moi une foule de souve\u00adnirs. J&rsquo;ai souvent tr\u00e8s commun\u00e9ment entendu prononcer le terme, soit qu&rsquo;on l&rsquo;applique \u00e0 soi-m\u00eame, soit qu&rsquo;il s&rsquo;adresse \u00e0 autrui. Et ce gal\u00advaudage de termes ressuscite en moi un autre souvenir vieux de plus de soixante ans. Dans le golfe de Saint-Vincent, \u00e0 Ad\u00e9la\u00efde (Austra\u00adlie), le commandant demanda au pilote, au moment o\u00f9 le navire doublait l\u2019\u00eele des Kan\u00adgourous: \u00ab Dites donc, pilote, y a-t-il encore des kangourous sur l\u2019\u00eele ? \u00bb &#8211; \u00abYes, plainty, mais ils sont tr\u00e8s rares. \u00bb Cette r\u00e9ponse ambigu\u00eb me fait faire un rapprochement significa\u00adtif &#8230; Kangourou : l\u2019honn\u00eate homme. En d&rsquo;autres termes, en serait-il de l&rsquo;honn\u00eate homme comme du kangourou : l&rsquo;honn\u00eate homme, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;homme n&rsquo;ayant jamais commis une infraction relevant du code p\u00e9nal ? Essayer de r\u00e9pondre \u00e0 cette question, c&rsquo;est aborder le probl\u00e8me p\u00e9nitentiaire sous son vrai visage. Et en pro\u00adfondeur.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Toutes les lois p\u00e9nales, toutes les ordonnances, tous les d\u00e9crets, tous les r\u00e8glements d&rsquo;administration publique sont con\u00e7us, r\u00e9dig\u00e9s, ap\u00adpliqu\u00e9s en fonction de ce postulat : la criminalit\u00e9 est l&rsquo;exception, l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 la r\u00e8gle. La criminalit\u00e9, la d\u00e9linquance sont repr\u00e9sent\u00e9es par quelques dizaines de milliers de criminels-\u00adn\u00e9s contre 40 millions de purs. Un tr\u00e8s petit point de t\u00e9n\u00e8bres dans un infini de lumi\u00e8re ! Vu sous l&rsquo;optique de la moralit\u00e9, c&rsquo;est h\u00e9las ! le plus grand, le plus \u00e9hont\u00e9 des mensonges. Nous sommes tous des d\u00e9linquants en puis\u00adsance. Et cette appr\u00e9ciation ne comporte aucun sens p\u00e9joratif. Ce n&rsquo;est pas un jugement mais une simple constatation. La criminalit\u00e9, la d\u00e9\u00adlinquance sont la r\u00e8gle et la parfaite honn\u00eatet\u00e9, une tr\u00e8s rare exception. En fait, il ne peut pas en \u00eatre<em> <\/em>autrement. Cela d\u00e9coule de la structure sociale. Dans une soci\u00e9t\u00e9 comme la notre, ax\u00e9e sur le vol, et dont le profit, le gain, la soif de richesses et du pouvoir, de m\u00eame que l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 du simple besoin, sont le moteur, il est fatal que la fraude, le vol, le crime soient \u00e0 l\u2019honneur !<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Avez-vous fait, quelquefois, cher camarade, la p\u00e8che au mulet? C&rsquo;est tr\u00e8s amusant, toute l&rsquo;astuce du poisson ressemble \u00e0 celle que l&rsquo;hom\u00adme emploie dans la m\u00eal\u00e9e sociale. On amorce avec un pastis fait de mie de pain et de morue. On pi\u00e8ge, puis on attend la touche. Mais la touche ne se manifeste que rarement. Impa\u00adtient, on l\u00e8ve la ligne et l&rsquo;on s&rsquo;aper\u00e7oit alors que l&rsquo;app\u00e2t a disparu. Volatilis\u00e9. Myst\u00e8re ? Que non. Le mulet, au lieu de foncer horizontale\u00adment sur l&rsquo;hame\u00e7on, y va, du dessous, et su\u00e7ant menues bouch\u00e9es par menues bouch\u00e9es, d\u00e9\u00adpiaute artistement l&rsquo;hame\u00e7on et dispara\u00eet pour dig\u00e9rer. Ca, c&rsquo;est la mani\u00e8re de \u00ab l&rsquo;honn\u00eate homme l\u00e9gal \u00bb. Parfois un mulet impatient, mal \u00e9duqu\u00e9 ou un peu fada, fonce sur l&rsquo;app\u00e2t horizontalement et se trouve pinc\u00e9. Ca, c&rsquo;est la mani\u00e8re du d\u00e9linquant. Ce qui, en termes plus clairs, revient a dire que le criminel, le d\u00e9lin\u00adquant est un honn\u00eate homme qui n&rsquo;a pas r\u00e9ussi. En inversant la proposition, on a la d\u00e9finition de l&rsquo;honn\u00eate homme. Pas vu : pas pris. Pas vu: honn\u00eate. Pris: criminel. Mais ce criminel, un milli\u00e8me de seconde avant son arrestation, \u00e9tait un honn\u00eate homme. C&rsquo;est la d\u00e9couverte de sa maladresse qui a chang\u00e9 son \u00ab \u00e9tiquette de moralit\u00e9 \u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">C&rsquo;est cependant toujours le m\u00eame homme !<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Votre critique sur la qualit\u00e9 du travail dans les prisons de France est tr\u00e8s pertinente, vos suggestions sont saines, raisonnables. Mais ce sont l\u00e0 des visions d&rsquo;avenir pouvant s&rsquo;adapter \u00e0 une soci\u00e9t\u00e9 propre, \u00e0 peu pr\u00e8s propre. Aussi bien ne pr\u00e9sentent-elles dans notre monde pourri qu&rsquo;un non-sens, une gageure de d\u00e9rai\u00adson. Je m&rsquo;explique. Donner le go\u00fbt du travail aux d\u00e9tenus ? Bon. Leur apprendre ainsi un m\u00e9tier afin que, de retour dans le circuit, ils puissent s&rsquo;y d\u00e9fendre, y vivre comme y vivent les classes laborieuses. Parfait. Mais vous avez \u00e9galement \u00e9crit : \u00ab II y a les imb\u00e9ciles, il y a aussi les intelligents.\u00bb Talleyrand avait dit d\u00e9j\u00e0: \u00ab II y ales tondeurs, il y a les ton\u00addus.\u00bb En sorte que, en gros, vous entendez, dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, que redressement et amendement consistent \u00e0 transformer tondeur en tondu. Ne vaudrait-il pas mieux, pour \u00e9viter les d\u00e9ceptions, inculquer aux \u00ab captur\u00e9s\u00bb d&rsquo;au\u00adtres professions que celles que vous indiquez ; au diable la truelle, le marteau, l&rsquo;al\u00e8ne, l&rsquo;ai\u00adguille, la lime. Donnez des le\u00e7ons d&rsquo;agiotage sur l\u2019art de d\u00e9placer les capitaux sans l&rsquo;aide de pince-monseigneur ; des le\u00e7ons de politique sur l&rsquo;art de mentir aux fadas avec profit de sin\u00e9cures. Bref, des le\u00e7ons de choses prati\u00adques, honn\u00eates, l\u00e9gales, leur assurant une exis\u00adtence heureuse et r\u00e9publicaine. Croyez-vous que les r\u00e9cidivistes r\u00e9sisteraient \u00e0 une telle \u00e9ducation ? C&rsquo;est \u00e0 essayer\u00a0!<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un Anglais c\u00e9l\u00e8bre a \u00e9crit: \u00abLe r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire d&rsquo;une nation refl\u00e8te son degr\u00e9 de civilisation. \u00bb On ne saurait mieux dire. Et ainsi envisag\u00e9es, les pratiques p\u00e9nitentiaires fran\u00e7aises correspondent plut\u00f4t \u00e0 une bonne vieille barbarie qu&rsquo;\u00e0 une civilisation. Certes, il est vrai que depuis l&rsquo;\u00e9poque dite de la lib\u00e9ration, ces pratiques ont \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement adoucies. La nourriture est meilleure, un peu plus substantielle, l&rsquo;usage du tabac encore que rationn\u00e9 est autoris\u00e9. La r\u00e8gle du silence ab\u00adsolu est en quelque sorte abrog\u00e9e. Un centre d&rsquo;orientation plus spectaculaire qu&rsquo;efficace a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 ; quelques rares maisons ont \u00e9t\u00e9 sp\u00e9\u00adcialement affect\u00e9es \u00e0 \u00ab l&rsquo;amendement \u00bb, au dressage, afin de pouvoir, si possible, reclasser le sujet dans le circuit civique. Mais, dans l&rsquo;ensemble du r\u00e9gime, c&rsquo;est toujours la vieille r\u00e8gle d&rsquo;expiation et de ch\u00e2timent qui subsiste. On frappe, on assomme, on tue par le froid. La maxime de Gabriel Tarde : \u00ab Faire souffrir sans faire mourir ou faire mourir sans faire souffrir est toujours celle qu&rsquo;illustrent les pra\u00adtiques p\u00e9nitentiaires en France, en l&rsquo;an 1954.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Vous semblez croire, pour le moins esp\u00e9rer, que ces vieilles pratiques sont sur le point d&rsquo;expirer. Le vent, dites-vous, est \u00e0 la r\u00e9forme. La r\u00e9forme, c&rsquo;est-\u00e0-dire en substance l&rsquo;id\u00e9e-cl\u00e9 de l&rsquo;individualisation de la peine dont le professeur L. Saleilles fut le promoteur vers la fin du XIXe si\u00e8cle et qui est reprise aujour\u00add&rsquo;hui par les professeurs Lainiel-Lavistine et Stonciu.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Or, depuis plus de deux lustres, ces prati\u00adques p\u00e9nitentiaires sont en usage dans beau\u00adcoup de prisons am\u00e9ricaines. II y a quelque temps, j&rsquo;ai re\u00e7u la visite de deux convicts ayant s\u00e9journ\u00e9 dans ces maisons. Ce qu&rsquo;ils m&rsquo;ont relat\u00e9 est tellement en opposition avec les pratiques p\u00e9nitentiaires fran\u00e7aises que je croyais entendre la narration d&rsquo;un conte de f\u00e9es. Et, cependant, cela n&rsquo;est pas un conte. Je ne puis, faute de place, en faire ici l\u2019expos\u00e9. Qu&rsquo;il me suffise de dire que la peine est strictement privative de libert\u00e9. Pas de brimades. Cachot, mise aux fers, camisole de force, pain sec en sont bannis. Pas de mesure \u00e9liminatoire. Le sujet est trait\u00e9 sans m\u00e9pris, sans rancune. L&rsquo;ambiance est plut\u00f4t celle d&rsquo;une clinique que celle d&rsquo;une prison. On s&rsquo;efforce d&rsquo;amender, on ne r\u00e9prime pas. Le personnel est tr\u00e8s sp\u00e9cia\u00adlis\u00e9 : psychologue, sociologue, psychiatre, psychanalyste.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">De m\u00eame qu&rsquo;une voiture accident\u00e9e sur la route est conduite au garage, chez le m\u00e9cani\u00adcien pour qu&rsquo;il en fasse la r\u00e9paration, de m\u00ea\u00adme on conduit en prison un d\u00e9linquant pour \u00ab \u00e9purer \u00bb ses mauvaises tendances. De m\u00eame qu\u2019une voiture ne peut sortir du garage avant d&rsquo;\u00eatre r\u00e9par\u00e9e, de m\u00eame le d\u00e9linquant n&rsquo;est remis dans \u00ab le circuit \u00bb que lorsqu&rsquo;on estime qu&rsquo;il est amend\u00e9, r\u00e9par\u00e9. C\u2019est l&rsquo;id\u00e9e-ma\u00eetresse du syst\u00e8me : aux Etats-Unis, on poss\u00e8de quel\u00adques \u00ab visions d&rsquo;avenir \u00bb en la mati\u00e8re. En France, sur ce terrain comme sur tant d&rsquo;autres, on ne rumine que sur le pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En confrontant ces deux syst\u00e8mes, le fran\u00e7ais et l&rsquo;am\u00e9ricain, loin de moi la pens\u00e9e de m&rsquo;\u00e9lever contre l&rsquo;un pour applaudir \u00e0 l&rsquo;autre. Je constate sans plus. L&rsquo;oiseau n&rsquo;aime pas la cage quels que soient les am\u00e9nagements et le<span style=\"1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>confort qu&rsquo;on puisse y apporter.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Au surplus, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;humanit\u00e9 du syst\u00e8me, la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration du condamn\u00e9 pourrait \u00eatre une chose durable et magnifique si ce dernier n&rsquo;\u00e9tait in\u00e9vitablement replong\u00e9 dans une soci\u00e9t\u00e9 corrompue qui fabrique constamment des criminels. .<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"5.25pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dans le \u00ab Mercure de France \u00bb du 1<sup>er<\/sup> jan\u00advier 1925, on peut<em> <\/em>lire sous la plume de Me Maurice Gar\u00e7on (dont le p\u00e8re, professeur de droit p\u00e9nal, r\u00e9digea, avec son confr\u00e8re L\u00e9veill\u00e9, le r\u00e8glement du bagne, le postulat que voici : \u00ab Le principe qui doit dominer est celui de l&rsquo;\u00e9limination pour toujours afin que les honn\u00eates gens puissent vivre en paix.\u00a0\u00bb Ce principe correspond aussi en France \u00e0 celui de l&rsquo;opinion pu\u00adblique. Il suffit pour s&rsquo;en convaincre de lire, pa\u00adges 251, 256, 267 \u00e0 272, les r\u00e9actions de quel\u00adques-uns de vos lecteurs. Elles r\u00e9sument bien celles de la majorit\u00e9 de l&rsquo;opinion. Les honn\u00eates gens, les \u00ab vernis \u00bb, ceux qui ont eu la chance ou l&rsquo;habilet\u00e9 d&rsquo;esquiver adroitement l&rsquo;hame\u00e7on, de le d\u00e9piauter de l&rsquo;app\u00e2t sans y mordre, n&rsquo;admettront jamais qu&rsquo;une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 clairvoyante inspire un r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire dans le genre du syst\u00e8me am\u00e9ricain.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"5.25pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Envisag\u00e9e sous l&rsquo;angle d&rsquo;une humanisation relative, cette r\u00e9forme serait \u00e9videmment sou\u00adhaitable. Les prisonniers \u00e9chappant aux brima\u00addes, aux abus de pouvoir dont ils sont victimes, ce serait d\u00e9j\u00e0 un progr\u00e8s. Mais le probl\u00e8me n&rsquo;en resterait pas moins entier.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"5.25pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Vu de plus haut, c&rsquo;est la structure sociale tout enti\u00e8re qu&rsquo;il faudrait changer. Quand des chaussures trop \u00e9troites provoquent des cors aux pieds, il est tout indiqu\u00e9 de faire appel au p\u00e9dicure. Si \u00e7a ne gu\u00e9rit pas, \u00e7a soulage. Mais des chaussures mieux adapt\u00e9es \u00e0 la pointure des pieds peuvent supprimer cors et frais de p\u00e9dicure. Une soci\u00e9t\u00e9 mieux adapt\u00e9e aux be\u00adsoins de l&rsquo;humain pourrait \u00e9galement suppri\u00admer bien des maux.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Quoi qu&rsquo;il en soit, dans l&rsquo;\u00e9tat actuel des choses, j&rsquo;estime que la vindicte exerc\u00e9e dans les \u00e9tablissements p\u00e9nitentiaires constitue une des plus grandes abominations de l&rsquo;\u00e9poque et je crie : A bas les prisons, toutes les prisons!<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alexandre JACOB,<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">ex-professeur de droit criminel \u00e0 la Facult\u00e9 des \u00eeles du Salut.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Lettre d\u2019Alexandre Jacob \u00e0 Pierre Valentin Berthier<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"Times New Roman;\">12 octobre 1953<\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">(\u2026) Andr\u00e9, \u00e0 qui j\u2019avais adress\u00e9 le manuscrit de la lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud pour son Prison 53, me l\u2019a retourn\u00e9. Le genre picaresque, truand, ne lui convient pas, il pr\u00e9f\u00e8rerait du Vaugelas. Comme je l\u2019ai \u00e9crit pour me distraire, que je ne fais rien quand je peux l\u2019\u00e9viter sur commande, je le mets au rencard et n\u2019en parlons plus. (\u2026)<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Lettres d\u2019Alexandre Jacob \u00e0 Josette Passas<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong>Mercredi 23 septembre 1953<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Mah\u00e9 m\u2019a \u00e9crit en me promettant de s\u2019occuper de la lettre \u00e0 Girard alias Arnaud. Il le conna\u00eet, j\u2019attends sa r\u00e9ponse. Genre picaresque, truand, truculent. Je vous l\u2019adresserai apr\u00e8s publication. Dans Combat certainement.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong>Vendredi 6 novembre 1953<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Robert m\u2019a demand\u00e9 \u00e0 temps la lettre \u00e0 Arnaud. Je n\u2019en suis pas satisfait. J\u2019ai relu Prison 53 et c\u2019est une toute autre analyse critique qu\u2019il convient de traiter ce livre qui est unique en mati\u00e8re de science p\u00e9nitentiaire. J\u2019envoie donc la copie \u00e0 Robert. Il me dira son opinion sans m\u00e9nagement comme il convient. J\u2019y joins une lettre adress\u00e9e au minist\u00e8re des colonies en 1920. C\u2019est un genre qui ne me plait pas, il me faut de la bagarre. Mais, vu le cas, je ne pouvais pas suivre mon penchant.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Mardi 17 novembre 1953<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">J\u2019ai enfin re\u00e7u la r\u00e9ponse de Mah\u00e9, il se d\u00e9robe en \u00e9voquant un cas de conscience. Heureusement que Berthier, qui ignore mon dessein, m\u2019a trouv\u00e9 et envoy\u00e9 ce bouquin. Mah\u00e9 m\u2019a adress\u00e9 son dernier livre, ce reportage sur les auberges de jeunesse. Je vous le passerai. La lettre d\u2019Arnaud foutez-la au feu. Si j\u2019ai le temps je la referai d\u2019une tout autre facture.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong>Dimanche 31 janvier 1954<\/strong><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">Je viens de finir la lettre au proc que je te pris de me taper. Je la lui enverrai tap\u00e9e car elle est trop p\u00e9nible \u00e0 lire. Il n\u2019y a que toi qui me lis presque couramment. Andr\u00e9 m\u2019avait propos\u00e9 une autre dactylo de ses amies. Mais j\u2019ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 te l\u2019adresser \u00e0 toi parce que tu me l\u2019as offert. J\u2019ai craint que tu n\u2019aies pas \u00e9t\u00e9 contente si j\u2019avais envoy\u00e9 le texte \u00e0 Andr\u00e9. Fais pour le mieux ma ch\u00e9rie. (\u2026) Par la suite, je t\u2019adresserai la r\u00e9ponse du proc qui me sera communiqu\u00e9e par la gendarmerie. De fait, il n\u2019y a rien de d\u00e9lictueux. J\u2019ai fait en sorte de l\u2019\u00e9viter. Et si \u00e7a vaut la peine, je ferai du tout un papier pour Lecoin. Il ne m\u2019a pas encore r\u00e9pondu pour la lettre ouverte \u00e0 G.Arnaud. Je pr\u00e9sume qu\u2019il en a adress\u00e9 le texte \u00e0 Arnaud, ce qui est honn\u00eate et mani\u00e8re d\u2019accrocher un collaborateur.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dimanche 23 mai 1954<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p><span style=\"AR-SA;\">Figure-toi que l\u2019institutrice qui fait le cours moyen \u00e0 Reuilly est abonn\u00e9e \u00e0 D\u00e9fense de l\u2019Homme. Elle fait lire la lettre \u00e0 Arnaud dans le bled. Ce qui me vaut des questions que j\u2019\u00e9lude pour la plupart.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En avril 1954, Alexandre Jacob, dit Marius, file sur ses 75 ans. La lettre ouverte \u00e0 Georges Arnaud, qu\u2019il fait publier dans le n\u00b066 du mensuel D\u00e9fense de l\u2019Homme de Louis Lecoin, r\u00e9v\u00e8le une pens\u00e9e politique toujours aussi pointue et alerte. 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