{"id":6242,"date":"2026-06-06T01:10:00","date_gmt":"2026-06-05T23:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=6242"},"modified":"2026-05-31T18:09:09","modified_gmt":"2026-05-31T16:09:09","slug":"premier-semestre-1916-aux-iles-du-salut","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2026\/06\/premier-semestre-1916-aux-iles-du-salut\/","title":{"rendered":"Premier semestre 1916 aux \u00eeles du Salut"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6243\" width=\"264\" height=\"269\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-1.jpg 640w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-1-294x300.jpg 294w\" sizes=\"(max-width: 264px) 100vw, 264px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Si le for\u00e7at 34777 d\u00e9clare vivre comme \u00ab&nbsp;un ermite&nbsp;\u00bb aux \u00eeles du Salut le 7 f\u00e9vrier et se placer sous la fraternit\u00e9 de Saint Antoine, patron des marins, des naufrag\u00e9s\u2026 et des prisonniers, les liens avec le monde des hommes libres et honn\u00eates, aussi t\u00e9nu soit-il, lui permet de r\u00e9sister et de briser l\u2019oppression carc\u00e9rale. La correspondance avec Marie, sa m\u00e8re, est alors doublement salvatrice. Elle maintient d\u2019abord les r\u00e9seaux de soutien et les codes utilis\u00e9s invitent \u00e0 la prudence pour ce premier trimestre 1916. Les nouvelles vont vite, le conflit s\u2019enlise. \u00c0 Verdun, les Allemands ont \u00e9t\u00e9 stopp\u00e9s. Mais Jacob, plus sensible \u00e0 la lecture du <em>Courrier de Gen\u00e8ve<\/em>, n\u2019est pas dupe du bourrage de cr\u00e2ne orchestr\u00e9 dans la presse nationale. La famille imaginaire de Barrabas entre ainsi en sc\u00e8ne dans le conflit mondial qui secoue le monde.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Jacques se rapproche de Marie. Jacob ne l\u2019estime gu\u00e8re m\u00eame s\u2019il reconnait sa camaraderie. Le malheur rapprochant les personnes, il conseille \u00e0 sa m\u00e8re d\u2019accepter sa compagnie. Jacques Sautarel, ancien compagnon des Travailleurs de la Nuit, connait une certaine aisance gr\u00e2ce \u00e0 son travail de bijoutier. Mais son fils est mort au front. Nous ne savons pas o\u00f9\u00a0? Julien est prisonnier en Pom\u00e9ranie\u00a0; il souffre de la claustration et du froid mais ne d\u00e9sesp\u00e8re pas quitter son stalag. On appr\u00e9ciera l\u2019ironie de Jacob qui translate sa d\u00e9tention \u00e9quatoriale en Europe du Nord. Toutefois la malveillance d\u2019Octave n\u2019est pas faite pour arranger pas les choses. Il faut donc se montrer prudent, mettre en sommeil les projets d\u2019\u00e9vasion et signaler la surveillance polici\u00e8re aux copains du <em>Libertaire<\/em> m\u00eame si Louis \u2013 Matha\u00a0? \u2013\u00a0 ne semble plus aussi appr\u00e9ci\u00e9 qu\u2019avant. Il faut dire qu\u2019avec le Manifeste des Seize, publi\u00e9 le 28 f\u00e9vrier dans le quotidien syndicaliste <em>La Bataille<\/em>, nombre de libertaire \u00e0 suite de Grave et de Kropotkine se rallient \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019Union Sacr\u00e9e contre l\u2019Allemagne. Matha, ancien camarade tr\u00e8s proche de Jacob, ne signe pas le manifeste mais il est de ceux-l\u00e0. La maison anarchie se scinde encore plus. Malgr\u00e9 tout, Tante et Bonne Voisine, que l\u2019on peut imaginer libertaires, servent encore de boite aux lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ce r\u00e9seau peut, dans un deuxi\u00e8me temps, aider Marie dans les d\u00e9marches qu\u2019elle entreprend et surtout dans le financement de l\u2019achat et de l\u2019envoi de livres pour le bagnard anarchiste qui d\u00e9bute concr\u00e8tement son \u00e9tude de criminologie. Cela co\u00fbte cher et le maigre salaire d\u2019une couturi\u00e8re ne peut suffire \u00e0 \u00e9tancher la soif de savoir de Jacob. Les demandes de lectures sont impressionnantes et r\u00e9v\u00e8lent qu\u2019il est au fait de la connaissance universitaire de son temps dans le domaine du droit. S\u2019il mentionne Beccaria, s\u2019il annote compl\u00e8tement <em>L\u2019Esprit des lois<\/em> de Montesquieu, il semble s\u2019attacher \u00e0 la question de l\u2019enfance d\u00e9linquante et aux liens entre crime et sexualit\u00e9. Il veut int\u00e9grer les \u00e9tudes de Tarde, Lombroso, Cuche ou encore Mendousse, Vidal, Hesse et Fer\u00e9 pour une recherche qu\u2019il entend mener logiquement de mani\u00e8re empirique. Les lettres \u00e0 Marie Jacob r\u00e9v\u00e8lent ainsi la connaissance aigue du bagnard en mati\u00e8re \u00e9ditoriale&nbsp;; ainsi focalise-t-il ses demandes de livres majoritairement sur la maison d\u2019\u00e9dition, F\u00e9lix Alcan, fond\u00e9e en 1883 et sp\u00e9cialis\u00e9e dans les domaine philosophiques, psychologique, dans les sciences sociales naissantes et dans les \u00e9tudes juridiques.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019oublions pas que le matricule 34777 se trouve enferm\u00e9 dans un panoptique \u00e0 ciel ouvert d\u2019\u00e0 peine 62 ha, les trois \u00eeles comprises. Il n\u2019y a rien \u00e0 faire aux \u00eeles du Salut. L\u2019\u00e9tude en criminologie vient ainsi rompre l\u2019ennui carc\u00e9ral&nbsp;; elle augmente la connaissance des lois et r\u00e8glements qui r\u00e9gissent le bagne. Elle permet donc une meilleure r\u00e9sistance \u00e0 l\u2019AP en organisant un discours plus efficace en commission disciplinaire ou dans les courriers de r\u00e9clamation. Mais c\u2019est la saison des pluies en Guyane et l\u2019extr\u00eame humidit\u00e9 ne vient pas arranger les probl\u00e8mes de sant\u00e9. Jacob souffre d\u2019arthrite&nbsp;; son \u00e9criture devient p\u00e9nible \u00e0 lire. Fort heureusement le passage \u00e0 la seconde classe lui donne plus de temps et de libert\u00e9 ; il dort d\u00e9sormais en hamac et non plus sur les bats flancs des cases de Royale ou de Saint-Joseph. Sa vie d\u2019homme reclus s\u2019am\u00e9liore. Jacob peut alors envisager de nouvelles perspectives\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"342\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1024x342.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5501\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1024x342.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-300x100.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-768x257.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1536x513.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-2048x685.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>1<sup>er<\/sup> janvier 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Si les souhaits avaient la moindre influence sur la navigation du devenir, tu devines bien la qualit\u00e9 et le volume de ceux que je t\u2019adresserais \u00e0 l\u2019occasion du nouvel an ; mais, h\u00e9las ! l\u00e0 comme en toutes choses, nous nous fichons le beaupr\u00e9 dans l\u2019\u00e9cubier et les souhaits, les plus raisonnables aussi bien que les plus extravagants, encore que sinc\u00e8res, n\u2019en demeurent pas moins que des mots claironn\u00e9s \u00e0 vide<a>.<\/a> Cependant, cette coutume a du bon : si elle n\u2019existait pas, il faudrait l\u2019\u00e9tablir. Car il est utile que les hommes qui se jalousent, s\u2019entre-d\u00e9vorent durant 364 jours se fassent risette, se congratulent le 365<sup>e<\/sup>. La politesse est la vaseline de la vie sociale ; sans cette pommade, ce serait par trop cuisant. Mais, entre nous, nous pouvons nous en passer en ne faisant pas plus de cas de ce jour que d\u2019un autre. Donc\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Comme je l\u2019avais pr\u00e9vu, les imprim\u00e9s avaient fil\u00e9 sur Cayenne ; n\u00e9anmoins, je les ai re\u00e7us : rien n\u2019y manquait. Je t\u2019ai dit d\u00e9j\u00e0 de r\u00e9duire le nombre de journaux \u00e0 un seul organe : <em>Le Temps<\/em> ou <em>Le Journal de Gen\u00e8ve<\/em>. \u00c0 choisir, j\u2019aimerais m\u00eame mieux ce dernier, dont la facture et l\u2019agencement me plaisent et auquel je suis habitu\u00e9. Pas fameuse cette <em>Guerre au jour le jour<\/em> ; je m\u2019\u00e9tais fait une tout autre opinion de cette publication. Le nom et la qualit\u00e9 de l\u2019auteur me faisaient augurer d\u2019une plume plus objective<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\">[1]<\/a>. Somme toute, cela n\u2019a aucune valeur historique. Entreprise de librairie et, \u00e0 ce prix-l\u00e0, le papier est trop cher. J\u2019ai lu aussi un ouvrage analogue, de G. Hanotaux, mais d\u2019un genre plus \u00e9lev\u00e9<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. En pr\u00e9face, on y lit : \u00ab Il ne s\u2019agit pas d\u2019un livre de cabinet, mais d\u2019une \u0153uvre d\u2019action et de combat. \u00bb Avec cet avertissement, on sait au moins \u00e0 quoi s\u2019en tenir. Aussi bien, en pleine m\u00eal\u00e9e, l\u2019objectivit\u00e9 historique n\u2019est pas possible ; il faut pour cela le recul d\u2019un bon demi-si\u00e8cle, et encore la v\u00e9rit\u00e9 n\u2019en reste pas moins une apparence, car il en est du sens historique comme de celui de mon toucher. Ma main remue ; mais comment et pourquoi remue-t-elle ? De d\u00e9duction en d\u00e9duction, je suis oblig\u00e9 de convenir que je n\u2019en sais rien ; de m\u00eame que l\u2019on ne saura jamais (\u00e0 moins d\u2019\u00e9mettre des hypoth\u00e8ses s\u00e9duisantes ou des affirmations gratuites) l\u2019ant\u00e9c\u00e9dent premier de tous les faits qui, group\u00e9s, constituent la trag\u00e9die actuelle. Faut-il te dire de ne plus m\u2019en continuer l\u2019envoi ? C\u2019est bien assez, c\u2019est m\u00eame trop des ouvrages que je t\u2019ai demand\u00e9s. Je l\u2019avais un peu trop prise \u00e0 la lettre cette d\u00e9claration de loi Asquith<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>. Je m\u2019aper\u00e7ois que, en fait de paix, \u00e7a ne continue que de plus belle, et \u00e0 une allure\u2026 Il faut \u00eatre tr\u00e8s m\u00e9fiant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de ces informations dont la plupart n\u2019ont d\u2019autre but que de donner le change. D\u2019ailleurs, la guerre n\u2019est qu\u2019un jeu de cache-cache. Depuis plusieurs jours, les nouvelles que l\u2019on re\u00e7oit ici manquent plut\u00f4t de relief. J\u2019attends impatiemment les journaux qui, je l\u2019esp\u00e8re, seront mieux inform\u00e9s. Pour tes d\u00e9marches, je ne crois pas utile que tu les poursuives. Peine et temps perdus. Ce sont l\u00e0 des questions tr\u00e8s complexes dont la solution d\u00e9pend plut\u00f4t des exigences des \u00e9v\u00e9nements que d\u2019une ou plusieurs sollicitations. Laisse faire pipi au m\u00e9rinos !<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, ma foi, c\u2019est [illisible] peu pr\u00e8s toujours la m\u00eame chose : il pleut, il vente, il soleille : le barom\u00e8tre baisse cependant que l\u2019app\u00e9tit monte, mais la ration ne varie pas. N\u00e9cessit\u00e9 oblige. De ton bord, je veux dire \u00e0 Paris, o\u00f9 \u00e0 pr\u00e9sent tu dois \u00eatre retourn\u00e9e, \u00e7a ne doit pas \u00eatre bien gai non plus. Rigueurs de l\u2019hiver, rigueurs de la guerre accompagn\u00e9es du triste cort\u00e8ge de toutes leurs cons\u00e9quences, voil\u00e0 qui ne fait pas un riant tableau. Soigne-toi, ma bien bonne ; m\u00e9nage-toi, ne sois pas imprudente et surtout ne te prive pas pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong>. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-1024x582.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5166\" width=\"839\" height=\"476\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-1024x582.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-300x171.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-768x437.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 839px) 100vw, 839px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>7 f\u00e9vrier 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le courrier pr\u00e9c\u00e9dent ayant eu quelques jours de retard, je n\u2019ai pu r\u00e9pondre plus t\u00f4t aux deux lettres que j\u2019ai re\u00e7ues de toi. Tu t\u2019efforces de me consoler, de me pr\u00e9parer au r\u00e9sultat de tes d\u00e9marches comme si je n\u2019avais pas pass\u00e9 l\u2019\u00e2ge des illusions. C\u2019est une mis\u00e8re de se tourmenter en vain. Que le destin voile le ciel d\u2019un nuage sombre ou nous m\u00e9nage la clart\u00e9 d\u2019un beau jour, faisons en sorte de nous trouver toujours \u00e0 la hauteur des circonstances. Avec une telle optique morale, le plaisir n\u2019est jamais un dissolvant et la douleur est toujours un stimulant. C\u2019est cela seul qui importe.<a> <\/a>Ne te mets pas en peine pour moi, ma bien bonne. Comme le diable je me suis fait ermite et, bien que ma Th\u00e9ba\u00efde soit sem\u00e9e de longues \u00e9pines, j\u2019y puis cependant go\u00fbter de grandes et saines joies intellectuelles. S\u2019imposer volontairement quelques \u00ab tu dois \u00bb imp\u00e9ratifs ; rire l\u00e0 o\u00f9 les autres g\u00e9missent ; supporter fi\u00e8rement l\u2019indigence, la rechercher m\u00eame en ayant honte d\u2019avoir honte, voil\u00e0 qui s\u2019appelle vivre, et, au besoin, peut justifier le savoir-mourir.<a> <\/a>Se rendre compte de l\u2019absolue vanit\u00e9 des choses et malgr\u00e9 cela (\u00e0 cause m\u00eame de cela) convenir qu\u2019il est plus vain encore de parler de vanit\u00e9. Dans ce conflit de pens\u00e9es, c\u2019est L\u2019Eccl\u00e9siaste qui a raison : \u00ab Un ciron vivant vaut mieux qu\u2019un \u00e9l\u00e9phant crev\u00e9. \u00bb[4] Tout le reste n\u2019est que vains bavardages. Va, ma bien bonne, ne te tracasse pas pour des riens. Nous ne sommes plus au temps merveilleux o\u00f9 l\u2019on renversait les murailles au son des trompettes. Aujourd\u2019hui, on emploie \u00e0 ce moyen des obus de 1 000 kilos. C\u2019est l\u2019\u00e9loquence de l\u2019heure. C\u2019est donc te dire qu\u2019une vulgaire supplique, quels que soient son fondement et sa sinc\u00e9rit\u00e9, ne saurait avoir raison des pr\u00e9jug\u00e9s de tout un peuple. Remise \u00e7a dans le cafouchon des espoirs sans regret et qu\u2019il n\u2019en soit plus question.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, te voil\u00e0 revenue \u00e0 Paris. S\u2019il faut en croire les c\u00e2blogrammes de ces jours-ci, tu aurais pu choisir un autre moment. Il est question de zeppelins, de bombes, de maisons, atteintes et de pas mal de victimes. Devant la r\u00e9alit\u00e9 du fait, mon seul espoir est que tu ne sois pas du nombre. Encore que tu habites un quartier \u00e9loign\u00e9 de tout monument rep\u00e9rable, je ne suis pas sans souci. Sait-on jamais. Aussi bien, tu dois comprendre avec quelle anxi\u00e9t\u00e9 j\u2019attends le courrier de mars. Que l\u2019air de la campagne t\u2019ait fait du bien, c\u2019est possible ; mais, d\u2019apr\u00e8s ce que tu me dis, pour le c\u00f4t\u00e9 mat\u00e9riel, tu ne devais pas y \u00eatre des mieux. Quelles que soient les m\u00eames compensations qui ne peuvent [illisible], chez les autres, cela ne vaut jamais chez soi. Il est vrai que je te parle d\u2019avantages, de compensations comme si je ne te connaissais pas. Derri\u00e8re ce pr\u00e9tendu int\u00e9r\u00eat mat\u00e9riel, il devait bien y avoir de tapi cet autre int\u00e9r\u00eat moral, je veux dire ce besoin de sacrifice qui est particulier, d\u2019ailleurs, \u00e0 toutes les natures fortes et richement dou\u00e9es. Et c\u2019est m\u00eame cela, j\u2019imagine, qui te cause une pointe de m\u00e9lancolie justifi\u00e9e par ces mots : \u00ab On n\u2019avait plus besoin de moi. \u00bb Cela choque, cela d\u00e9pla\u00eet, j\u2019en conviens. Cependant, \u00e0 la r\u00e9flexion, il faut bien avouer qu\u2019il ne saurait en \u00eatre autrement. La vie aussi est une guerre o\u00f9 il faut se r\u00e9signer \u00e0 \u00eatre gland quand on ne peut pas \u00eatre cochon. Et m\u00eame quand on a le rare avantage de pouvoir \u00eatre le compagnon de saint Antoine, faut-il constamment se t\u00e2ter les cuisses et ne pas se dissimuler que, t\u00f4t ou tard, cela aussi sera de succulents jambons qui feront les d\u00e9lices d\u2019un ver, d\u2019un poisson ou d\u2019une plante. Une noble dame dit un jour \u00e0 sa prog\u00e9niture : \u00ab Mon fils, ne vous permettez que des folies qui vous fassent plaisir. \u00bb \u00c0 mon tour de te dire : \u00ab Ne te permets que des sacrifices sans regret. \u00bb Le plaisir et la joie que nous procure une action doivent nous payer de toutes leurs cons\u00e9quences, en bien ou en mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Au dernier courrier, le prochain arrive demain, j\u2019ai re\u00e7u, outre tes lettres, un colis d\u2019imprim\u00e9s&nbsp;: <em>Le Temps<\/em> et <em>La Guerre sociale<\/em>. \u00c0 ce courrier, j\u2019esp\u00e8re recevoir <em>Le Journal de Gen\u00e8ve<\/em>, le seul qu\u2019\u00e0 l\u2019avenir je te prie de m\u2019adresser. Comme faits, il les r\u00e9sume tous, avec, en plus, des renseignements plus \u00e9tendus. Pour le <em>Larousse<\/em> en deux volumes, si tu peux me l\u2019envoyer, il me tiendra lieu, dans une \u00e9troite mesure, de sainte Genevi\u00e8ve. Quant aux autres ouvrages, j\u2019attends de recevoir le catalogue de chez F\u00e9lix Alcan pour te les d\u00e9signer. Marius Roblot, \u00e0 qui je te prie de pr\u00e9senter mes amiti\u00e9s, pourrait t\u2019aider de ses conseils et de ses lumi\u00e8res pour l\u2019achat de ces ouvrages. Il les obtiendrait \u00e0 meilleur compte que toi. Je compatis au sort vraiment douloureux de notre cousin <strong>Marius<\/strong>. \u00c0 son \u00e2ge et sans vraies affections autour de lui, c\u2019est bien triste. Qu\u2019y faire ? Il y a tellement de choses tristes en ce moment et m\u00eame toujours. Puisque tu es \u00e0 Paris, j\u2019esp\u00e8re que tu ne manqueras pas d\u2019aller \u00e0 <strong>Colombes<\/strong>. C\u2019est bient\u00f4t sa f\u00eate. Tu lui feras plaisir.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong>. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"330\" height=\"239\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-249\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1.jpg 330w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1-300x217.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>8 f\u00e9vrier 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019instant, je re\u00e7ois tes trois ch\u00e8res lettres, et les deux colis, s\u2019ils n\u2019ont pas vagabond\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 Cayenne comme cela leur arrive depuis quelques mois, me seront remis demain. Par ma derni\u00e8re, tu verras que je ne suis pas autrement affect\u00e9 de ce silence : je m\u2019y attendais. D\u2019ailleurs, il ne peut en \u00eatre diff\u00e9remment. Toi, ma bien bonne, et je te comprends, tu fais de cette question le nombril du monde, alors que les dirigeants, qui ont d\u2019autres chats \u00e0 fouetter, s\u2019en d\u00e9sint\u00e9ressent compl\u00e8tement. Aussi bien, je te le r\u00e9p\u00e8te, ne te tracasse pas en vain. Nous avons fait ce que nous avons pu, sinc\u00e8rement, sans fard ni arri\u00e8re-pens\u00e9e, et il importe peu ce que d\u2019autres pensent ou ne pensent pas. Lorsque, comme nous, on en est arriv\u00e9 au soir de la vie et qu\u2019en scrutant aux tr\u00e9fonds de notre conscience on peut franchement s\u2019avouer que l\u2019on n\u2019a jamais trahi quelqu\u2019un et toujours respect\u00e9 la parole donn\u00e9e, cela d\u00e9passe de beaucoup toutes les vaines approbations d\u2019autrui. Sans l\u2019honneur, cette forme de l\u2019honneur, je n\u2019estimerais pas qu\u2019il vaille la peine de vivre. Pr\u00e9jug\u00e9, disent quelques-uns ; possible. Mais ce pr\u00e9jug\u00e9 m\u2019est cher, je puis dire nous est cher, et quoi qu\u2019il puisse nous en co\u00fbter, continuons \u00e0 l\u2019arroser de nos joies et de nos peines afin que, robuste, il vive en nous jusqu\u2019\u00e0 notre dernier souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas encore lu le torpillage du <em>Ville-de-La Ciotat<\/em>[5], mais je l\u2019avais vaguement appris par les c\u00e2bles. Te souviens-tu du jour o\u00f9 tu me conduisis \u00e0 bord ? Chez moi, le souvenir en est rest\u00e9 vivace. Je me rappelle jusqu\u2019au nom du lieutenant qui me re\u00e7ut, M. Aillaud. Par la suite, il fut mon professeur d\u2019hydrographie. Je lui dois le peu que j\u2019ai appris en cette mati\u00e8re. Figure-toi que, en 1900, je le revis \u00e0 l\u2019Exposition. Il commandait alors <em>La Seyne<\/em> en station \u00e0 Aden. Sur la proposition qu\u2019il me fit de me prendre \u00e0 son bord, je dus refuser \u2013 tu comprends pourquoi. N\u2019aurais-tu point re\u00e7u ma lettre dans laquelle je te demandais le catalogue F. Alcan ? Tes lettres ne m\u2019en disent mot. J\u2019en ai besoin afin de t\u2019\u00e9viter d\u2019inutiles d\u00e9penses. Ne m\u2019envoie jamais de livres reli\u00e9s mais simplement broch\u00e9s, car, dans le premier genre, ils subissent ici un examen qui les transforme en quelque chose de d\u00e9labr\u00e9 et de pitoyable. Et puis, broch\u00e9s, ils sont moins chers. En outre du <em>Larousse<\/em>, il me faudrait aussi, \u00e9dit\u00e9 r\u00e9cemment par la m\u00eame maison (13-17, rue Montparnasse) <em>La Science fran\u00e7aise<\/em>, introduction par Lucien Poincar\u00e9. Deux volumes \u00e0 5 francs l\u2019un. Avec la r\u00e9duction indiqu\u00e9e, cela ferait 7,50 francs. Outre le gros int\u00e9r\u00eat de cet ouvrage, la sociologie y \u00e9tant trait\u00e9e par Durkheim, cela \u00e9viterait l\u2019achat d\u2019autres \u0153uvres du m\u00eame auteur qui, au point de vue criminologiste, fait autorit\u00e9. Il m\u2019a sembl\u00e9 t\u2019avoir d\u00e9sign\u00e9 : <em>D\u00e9lits et Peines<\/em>, de Beccaria<a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> (Biblioth\u00e8que nationale) ; <em>L\u2019Esprit des lois<\/em>, de Montesquieu (Flammarion) ; <em>\u0152uvres choisies<\/em>, de Lamarck. Tu dois concevoir que, avant que de me mettre au travail, il faut que je dig\u00e8re et m\u2019assimile un tas de syst\u00e8mes, de th\u00e9ories afin de les comparer avec la r\u00e9alit\u00e9. Et cela demande non seulement du temps, mais encore et surtout de la bonne humeur, de l\u2019\u00e9quilibre, de la tranquillit\u00e9, toutes choses qui ont la sant\u00e9 pour base. Certes, ce n\u2019est pas que je sois malade, malade, mais je me suis connu mieux portant\u2026 quand j\u2019avais 20 ans. On ne peut pas avoir \u00e9t\u00e9 et \u00eatre. Le m\u00e9canisme de la vie est fait de telle sorte qu\u2019il ne peut faire machine arri\u00e8re. Il est m\u00eame fort heureux qu\u2019il en soit ainsi, car un printemps \u00e9ternel ne me para\u00eet pas quelque chose de d\u00e9sirable.<\/p>\n\n\n\n<p>Vraiment, je ne me souviens plus de ce g\u00e9n\u00e9reux camarade qui, \u00e0 Laon, te confia un secours pour moi ; mais, \u00e0 d\u00e9faut du nom, je me souviens du geste et te prie de le remercier en mon nom. De m\u00eame, n\u2019oublie pas d\u2019adresser au cousin <strong>Marius<\/strong> l\u2019expression sinc\u00e8re de mes sentiments tr\u00e8s affectueux. Je t\u2019en ai d\u00e9j\u00e0 dit un mot dans ma derni\u00e8re, je me fais une id\u00e9e de ce que doit \u00eatre son sort. Sans \u00eatre malade ce serait intol\u00e9rable. Que doit-ce \u00eatre avec la compagnie d\u2019un cancer.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong>, \u00e0 M. et Mme Bonnard ainsi qu\u2019aux<\/p>\n\n\n\n<p>camarades. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n\n<p>P.-S. En plus des deux volumes de <em>La Science fran\u00e7aise<\/em>, il y a des notices dont tu te renseigneras sur le prix. Au reste, fais-t\u2019en donner un sp\u00e9cimen que tu m\u2019adresseras.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-248\" width=\"288\" height=\"126\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg 320w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 288px) 100vw, 288px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>15 f\u00e9vrier 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai bien re\u00e7u tes deux derniers colis. Il m\u2019a \u00e9t\u00e9 remis : trente num\u00e9ros du <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em>, douze des <em>Hommes du jour<\/em>, un \u00e9ph\u00e9m\u00e9ride et les <em>Souvenirs de la maison des morts<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><strong>[7]<\/strong><\/a><\/em>. La Feuille litt\u00e9raire <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em> m\u2019a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9e. Immorale ou plut\u00f4t estim\u00e9e comme telle, elle sera sans doute \u00ab autodafi\u00e9e \u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Amen ! Sans m\u2019\u00e9lever contre cette mesure, qui, aussi bien ne me pr\u00e9judicie en rien, mon go\u00fbt \u00e9tant orient\u00e9 vers des \u0153uvres plus s\u00e9rieuses et le dommage mat\u00e9riel se montant seulement \u00e0 3 sous non [illisible], je suis n\u00e9anmoins surpris qu\u2019un auteur latin comme Longus qui eut comme traducteur fran\u00e7ais l\u2019une des gloires de l\u2019\u00c9glise et l\u2019un des p\u00e8res du concile de Trente, l\u2019\u00e9v\u00eaque Jacques Amyot, ait pu, au XXe si\u00e8cle, subir un pareil sort. Passons.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu me demandes toujours si je puis recevoir des m\u00e9dicaments. Non, ma bien bonne. Des imprim\u00e9s rien plus. Il n\u2019est pas m\u00eame permis de recevoir des objets d\u2019\u00e9critoire : plumes, papiers, etc. \u00c0 cet \u00e9gard, les instructions minist\u00e9rielles sont formelles et elles sont rigoureusement appliqu\u00e9es. Si tu demandais toi-m\u00eame l\u2019autorisation au d\u00e9partement des Colonies, il est possible qu\u2019on te l\u2019accorde. Essaye, mais n\u2019exag\u00e8re pas : je veux dire de borner la demande pour l\u2019envoi d\u2019objets d\u2019\u00e9critoire, rien autre. D\u2019ici l\u00e0, je me d\u00e9brouillerai. Au pis-aller, il me restera toujours la ressource de d\u00e9plumer le croupion d\u2019un coq ou d\u2019un canard, afin de me procurer de ces vieilles plumes aujourd\u2019hui d\u00e9su\u00e8tes, mais jadis si estim\u00e9es. Sympt\u00f4me de r\u00e9gression sociale ? Si \u00e7a se bornait \u00e0 cela, le mal serait l\u00e9ger. En attendant, faisons comme Siey\u00e8s : vivons.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que je me rende compte de tout ce qu\u2019a de p\u00e9nible la situation momentan\u00e9e de <strong>Julien<\/strong>, je ne partage pas ta mani\u00e8re de voir. Momentan\u00e9e, elle n\u2019est donc pas d\u00e9sesp\u00e9rante comme il me semble te l\u2019avoir \u00e9crit. La guerre finie, tous les prisonniers seront rendus. Certes, en Pom\u00e9ranie, je n\u2019ignore pas qu\u2019il ne doit point y faire chaud, l\u2019hiver surtout. Mais c\u2019est peu de chose que cela. L\u2019essentiel est qu\u2019il ne soit pas malade. Au reste, m\u00eame s\u2019il devait ne plus avoir les bons soins de M. Gratien, sa vie ne serait plus en danger. Bless\u00e9 mais gu\u00e9ri, et, de plus, d\u00e9cor\u00e9, je ne m\u2019explique pas ses r\u00e9criminations. Il est vrai que la captivit\u00e9 donne de l\u2019humeur. Il en verra bien d\u2019autres. Somme toute, n\u2019attache pas un gros int\u00e9r\u00eat \u00e0 cette question. Si tes bons offices se heurtent \u00e0 la moindre des difficult\u00e9s, n\u2019insiste pas. En pays ennemi, la censure est tr\u00e8s vigilante et, bien souvent, avec les meilleures intentions du monde, vous pourriez d\u00e9terminer un r\u00e9sultat tout oppos\u00e9 \u00e0 celui d\u00e9sir\u00e9<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi, ma bien bonne, comment va ta sant\u00e9 ? Dans chacune de tes lettres, tu me dis toujours : assez bien, tr\u00e8s bien m\u00eame ; mais ne serait-ce pas l\u00e0 un maternel mensonge&nbsp;? L\u2019\u00e9loignement n\u2019est pas, chez moi, une cause de myopie. Et cela me tracasse, me peine. Bien que j\u2019\u00e9prouve un vif plaisir, et, partant, un tr\u00e8s sensible soulagement \u00e0 mon sort en m\u2019attelant au travail intellectuel dont je t\u2019ai parl\u00e9, il ne faudrait pas que tu me fisses myst\u00e8re de ton imp\u00e9cuniosit\u00e9. Les temps sont durs et, apparemment, ils deviendront plus p\u00e9nibles encore. Il faut s\u2019attendre que la chert\u00e9 de la vie atteigne des proportions que n\u2019ont pas connues les Parisiens pendant le si\u00e8ge de 1871. D\u00e9j\u00e0, des neutres refusent syst\u00e9matiquement l\u2019escompte des papiers des bellig\u00e9rants. Cela est \u00e9loquent et s\u2019accorde mal avec l\u2019optimisme b\u00e9at et de commande que l\u2019on claironne un peu partout. Aussi bien, je suis perplexe. D\u2019une part, je voudrais bien pouvoir employer les quelques ann\u00e9es qui me restent \u00e0 vivre \u00e0 l\u2019\u00e9tude de ce probl\u00e8me. Chez moi, ce n\u2019est pas un engouement, un primesaut, une fantaisie, mais une id\u00e9e qui a \u00e9t\u00e9 m\u00fbrie par le temps, et qui, loin de me quitter, s\u2019impose de plus en plus. Il y a l\u00e0 quelque chose de neuf \u00e0 tenter, quelque chose que les scientistes ignorent ou feignent d\u2019ignorer. De m\u00eame qu\u2019une fourmi pourrait \u00e9clater d\u2019un rire hom\u00e9rique en face de telles ou telles affirmations d\u2019un naturaliste, de m\u00eame celles des criminologues peuvent para\u00eetre audacieuses \u00e0 un criminel. D\u2019autre part, je suis effray\u00e9, ou, pour mieux dire, retenu par un sentiment de pudeur bien compr\u00e9hensible, lorsque je pense aux frais que cela d\u00e9terminerait. Au bas mot, il s\u2019agirait d\u2019une centaine de francs. S\u2019il s\u2019agissait d\u2019une fantaisie romantique, don d\u2019une niaiserie quelconque, l\u2019analyse psychologique y suffirait. Mais ce que je me promets est autre chose. Il me faut des documents l\u00e9gaux (ce qui n\u2019est pas tr\u00e8s cher) ainsi que plusieurs ouvrages de criminologie (ce qui l\u2019est plus). J\u2019en ai dress\u00e9 la liste, mais je ne te l\u2019adresserai qu\u2019apr\u00e8s que tu m\u2019auras franchement mis \u00e0 l\u2019aise. D\u2019ailleurs, j\u2019attends avant tout <em>La Science fran\u00e7aise<\/em> dont la richesse en questions consid\u00e9r\u00e9es m\u2019\u00e9vitera peut-\u00eatre l\u2019achat d\u2019ouvrages similaires. Pour le moment, adresse-moi seulement <em>L\u2019\u00c2me du criminel<\/em>, de M. de Fleury, chez Alcan, 2,50 francs&nbsp;; <em>Les Maladies de la volont\u00e9<\/em>, de Th. Ribot, chez Alcan, 2,50 francs ; <em>La Justice criminelle en France<\/em>, de J. Jourdan<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a>, chez Alcan, 0,60 franc. D\u2019un prix abordable, cet achat ne gr\u00e8vera pas trop ton budget. C\u2019est moins cher qu\u2019un flacon de Glob\u00e9ol et \u00e7a me fera plus de bien. \u00c0 propos de Glob\u00e9ol, j\u2019ai remarqu\u00e9 qu\u2019en Suisse le flacon se vendait 4,50 francs alors qu\u2019en France (pays de production) on le tarifen 6,50 francs. C\u2019est \u00e9conomiquement logique mais choquant.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ta derni\u00e8re, tu me disais de me d\u00e9p\u00eacher, de mettre mon travail au propre, sans r\u00e9fl\u00e9chir qu\u2019on ne fait pas une \u00e9tude de ce genre avec la m\u00eame c\u00e9l\u00e9rit\u00e9 que ce qu\u2019un canard fait caca. Songe qu\u2019en outre de la m\u00e9thode exp\u00e9rimentale : observations, \u00e9tudes psychologiques, remarques et notations de faits, il me faudra lire, penser, ruminer, dig\u00e9rer et assimiler une trentaine d\u2019ouvrages sans attraits litt\u00e9raires mais purement scientifiques et philosophiques. Si la faim de la connaissance et le go\u00fbt pour ce probl\u00e8me n\u2019\u00e9taient pas chez moi des mobiles d\u00e9terminants, ce serait un vrai travail de for\u00e7at, une peine, un ch\u00e2timent. Et puis, je ne dispose pas de beaucoup de temps. La duret\u00e9 relative de l\u2019effort physique qu\u2019il me faut fournir au labeur quotidien m\u2019oblige \u00e0 quelque repos. Parfois, je reviens du travail litt\u00e9ralement ext\u00e9nu\u00e9 de fatigue et je n\u2019ai gu\u00e8re le c\u0153ur \u00e0 penser et si je pense, c\u2019est \u00e0 des banalit\u00e9s, aux niaiseries de la vie ambiante. Par l\u00e0, tu vois qu\u2019il s\u2019agit d\u2019un travail de longue dur\u00e9e que j\u2019estime \u00e0 deux ou trois ans, si ce n\u2019est plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Te souviens-tu de ce code de justice maritime (couverture bleue) que tu m\u2019envoyas en 1910 ? Si oui, tu devrais bien aller ou \u00e9crire au libraire-\u00e9diteur (c\u2019est, je crois, dans les environs de la Bourse) afin d\u2019avoir le catalogue. On le donne presque toujours gratuitement. Ce doit \u00eatre la m\u00eame librairie dont la sp\u00e9cialit\u00e9 est les textes l\u00e9gaux : ordonnances, bulletins des lois, d\u00e9crets, etc. Le contexte de la loi de mai 1854 sur les travaux forc\u00e9s m\u2019est indispensable pour traiter convenablement de l\u2019historique de cette peine. C\u2019est pourquoi, au lieu d\u2019acheter chaque texte s\u00e9par\u00e9ment, ce qui revient trop cher, nous ferons mieux qu\u2019en 1910, en achetant un ouvrage contenant un ensemble de textes choisis et traitant du m\u00eame sujet. Avec le catalogue, je pourrai alors te d\u00e9signer exactement ce qu\u2019il me faut. Si mes souvenirs ne me trompent pas, je me le rem\u00e9more \u00e0 l\u2019instant, c\u2019est \u00e0 la librairie Lavausselle qu\u2019il te faut t\u2019adresser. Demande le catalogue concernant les textes l\u00e9gaux : lois et d\u00e9crets relatifs aux services administratifs et judiciaires.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>5 mars<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quelques jours, les c\u00e2blogrammes nous ont appris l\u2019offensive ennemie sur Verdun<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a>. Jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, encore que l\u2019assaut continue, les lignes, dit-on, n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 perc\u00e9es. C\u2019est d\u2019un bon augure. Fossoyeurs et chirurgiens doivent avoir de la besogne. Quelle h\u00e9catombe ! Et penser que l\u2019on ne peut pas, absolument pas, pr\u00e9voir quand cette trag\u00e9die finira.<\/p>\n\n\n\n<p>Le courrier, qui devait normalement arriver aujourd\u2019hui, n\u2019est pas m\u00eame annonc\u00e9. Il est probable qu\u2019il n\u2019arrivera pas avant demain ou mardi. D\u2019o\u00f9 la difficult\u00e9 de te pouvoir r\u00e9pondre courrier par courrier. Ce sera donc pour le prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong> et aux camarades. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"784\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-2-1024x784.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6250\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-2-1024x784.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-2-300x230.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-2-768x588.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-2-1536x1176.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-2.jpg 1600w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>9 mars 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai re\u00e7u qu\u2019une seule lettre \u2013 du 28 janvier ! \u2013 et point d\u2019imprim\u00e9s. Sans doute que ta lettre de f\u00e9vrier ainsi que les colis ont d\u00fb vagabonder jusqu\u2019\u00e0 Cayenne. \u00c0 force de r\u00e9cidive, \u00e7a devient presque normal. Ton insistance au sujet des Fontenelle et du Voltaire m\u2019\u00e9tonne car il y a beau temps que je t\u2019en ai accus\u00e9 r\u00e9ception. N\u2019aurais-tu pas re\u00e7u ma lettre ? Je crois plut\u00f4t \u00e0 un oubli de ta part.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 mars<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Me voil\u00e0 rassur\u00e9. Ta lettre du 13 f\u00e9vrier, d\u2019abord, les journaux de Paris, ensuite, ont dissip\u00e9 nos craintes relatives \u00e0 la visite de ce Zeppelin. J\u2019ai re\u00e7u aussi les deux Montesquieu, le Beccaria, le Samarca et plusieurs journaux divers dont une s\u00e9rie compl\u00e8te du <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em>. J\u2019ai lu notamment ces quelques articles sur la criminalit\u00e9 \u00e0 propos de la guerre. La th\u00e8se pour n\u2019a pas plus de valeur que la th\u00e8se contre. De part et d\u2019autre, on argumente avec les armes \u00e9mouss\u00e9es autant que pu\u00e9riles de la logique de sentiment. Des phrases et rien de positif, m\u00e9pris de la r\u00e9alit\u00e9 ; enthousiasme chez l\u2019un, d\u00e9nigrement syst\u00e9matique chez l\u2019autre. Somme toute, des coups de b\u00e2ton dans l\u2019eau. Encore que le d\u00e9sir de vivre implique la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une somme d\u2019illusions, ne nous en cr\u00e9ons pas d\u2019inutiles et surtout de dissolvantes. Extirpe \u00e7a de la liste de tes \u00ab espoirs possibles \u00bb et n\u2019en parlons plus. Je n\u2019ai point pris note des titres des trois ouvrages que je t\u2019ai demand\u00e9s au dernier courrier. Aussi bien, si parmi ceux que je te d\u00e9signe ci-apr\u00e8s, il s\u2019y trouvait un ouvrage d\u00e9j\u00e0 demand\u00e9, tu ferais en sorte de ne pas me l\u2019envoyer derechef. 1) <em>Criminalit\u00e9 compar\u00e9e<\/em>, par G. Tarde ; 2) <em>Du dressage \u00e0 l\u2019\u00e9ducation<\/em>, par P. Mendousse ; 3) <em>D\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence et criminalit\u00e9<\/em>, par Ch. F\u00e9r\u00e9. Prix de chaque ouvrage : 2,50 francs. Il va de soi que lorsqu\u2019un \u00e9diteur consent \u00e0 une remise de 25 %, il ne se charge plus du franco de port. Il faut choisir : ou la remise ou le franco de port. D\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale (sauf pour les livres historiques et de collection antiquaire) la valeur commerciale d\u2019un livre est en rapport avec son poids. Il suit de l\u00e0 que, lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019achat important, il faut consid\u00e9rer non seulement l\u2019escompte de la remise, mais encore le poids global des ouvrages, de fa\u00e7on \u00e0 calculer si les frais d\u2019envoi ne sont pas sup\u00e9rieurs \u00e0 la remise. \u00c0 mon sens, le franco de port est pr\u00e9f\u00e9rable lorsqu\u2019il s\u2019agit de deux ou trois ouvrages du prix de ceux que je t\u2019ai indiqu\u00e9s, cependant que la remise de 25 % me para\u00eet \u00eatre plus avantageuse pour des livres qui, bien que plus pesants, sont aussi beaucoup plus chers. Calcule, fais la diff\u00e9rence et proc\u00e8de pour le mieux. M\u00eame en ce moment, n\u2019importe quel libraire t\u2019accordera le franco de port. Mais pour la remise, il n\u2019y a que le libraire-\u00e9diteur des ouvrages consid\u00e9r\u00e9s. Tu trouveras ci-inclus la liste des ouvrages dont j\u2019ai besoin. D\u2019ores et d\u00e9j\u00e0, tu peux te renseigner pour des occasions, mais ne fais aucun achat avant que je t\u2019en avise. Avant toute acquisition, il me faut poss\u00e9der les documents l\u00e9gaux que je t\u2019ai indiqu\u00e9s comme se pouvant trouver r\u00e9unis sous le titre, plus approchant qu\u2019exact, de <em>Lois et d\u00e9crets relatifs \u00e0 la transportation<\/em>. Dans le cas o\u00f9 tu ne le trouverais pas chez l\u2019\u00e9diteur Lavausselle, tu iras voir chez Octave Dion, 8, place de l\u2019Od\u00e9on. Le prix en est, je crois, de 5 francs.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien que ma situation p\u00e9nale ne soit pas encore am\u00e9lior\u00e9e, et que, partant, je ne puisse gu\u00e8re disposer de temps pour travailler, il est cependant possible que dans un avenir plut\u00f4t prochain je sois mieux plac\u00e9. C\u2019est donc te dire de m\u2019adresser ces documents l\u00e9gaux le plus t\u00f4t possible afin que je ne perde point de temps. Je b\u00fbche ferme et voudrais profiter de la bonne disposition d\u2019esprit dans laquelle il me semble avoir pris pied pour travailler sans discontinuer. Le moindre arr\u00eat, le plus l\u00e9ger repos incite \u00e0 la paresse intellectuelle.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 avril<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Une bonne nouvelle qui sans doute te fera plaisir en te faisant mieux augurer de l\u2019avenir : j\u2019ai \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 de 2e classe. Je vais donc \u00eatre lev\u00e9 de l\u2019isolement et mis dans une case o\u00f9 le lit de camp en planches est remplac\u00e9 par un hamac. Mes os y gagneront mais je crains que ma qui\u00e9tude n\u2019y perde. Le bruit des mots n\u2019est pas trop favorable \u00e0 l\u2019\u00e9tude. Il est vrai que l\u2019on peut s\u2019ext\u00e9rioriser par la pens\u00e9e. Ce n\u2019est pas pour l\u2019heure que je t\u2019ai parl\u00e9 de l\u2019intervention de M. L. Langn\u00e8s du minist\u00e8re des Colonies, mais pour plus tard, alors que j\u2019aurai obtenu la 1<sup>re<\/sup> classe et termin\u00e9 mon travail. Tu le vois, rien ne presse, ma bien bonne. Soigne-toi bien, ne fais pas d\u2019imprudence et surtout gare aux taubes et aux zeppelins. Ma sant\u00e9 est bonne, tr\u00e8s satisfaisante. Ces jours-ci, j\u2019ai pris des injections hypodermiques de cacodylate de soude et cette m\u00e9dication m\u2019a bien r\u00e9ussi. Tu dois voir par l\u00e0 que je n\u2019ai nullement besoin des secours m\u00e9dicamenteux que tu voudrais<\/p>\n\n\n\n<p>pouvoir m\u2019adresser. Sinc\u00e8rement, je n\u2019en ai pas besoin.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu n\u2019oublieras pas, j\u2019esp\u00e8re, de me communiquer le r\u00e9sultat de ta p\u00e9tition au sujet de l\u2019autorisation des objets d\u2019\u00e9critoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong> et aux camarades.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n\n<p>P.-S. C\u2019est bien entendu, n\u2019est-ce pas ? Tu ne m\u2019enverras les ouvrages indiqu\u00e9s ci-apr\u00e8s que lorsque je t\u2019en ferai la demande. <em>Le Crime et la Peine<\/em>, par Proal<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>, 10 francs ; <em>Le Crime, causes et rem\u00e8des<\/em>, par Lombroso<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a>, 10 francs ; <em>La Sociologie criminelle<\/em>, par Enrico Ferri<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a>, 10 francs&nbsp;; <em>La Criminologie<\/em>, par Garofalo<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>, 7,50 francs ; <em>Les Lois de l\u2019imitation<\/em>, par G.Tarde<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\">[16]<\/a>, 7,50 francs&nbsp;; <em>L\u2019Id\u00e9e de culpabilit\u00e9<\/em>. \u00c9tudes sociales et p\u00e9nales<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\">[17]<\/a> : <em>L\u2019Individualisation de la peine<\/em>, par Saleilles<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>, 6 francs ; <em>La Morale sexuelle<\/em>, par Wilm<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>, 5 francs ; <em>Demi-fous et demi-responsables<\/em>, par Grasset<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>, 5 francs ; <em>La Lutte contre le crime<\/em>, par Lanessan<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\">[21]<\/a>, 6 francs ; <em>La Criminalit\u00e9 dans l\u2019adolescence<\/em>, par Duprat<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>, 6 francs ; <em>Ali\u00e9n\u00e9s et Anormaux<\/em>, par J. Roubinovitch<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>, 6 francs ; <em>code d\u2019instruction criminelle<\/em> et <em>code p\u00e9nal<\/em>, 4,50 francs.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"653\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-1024x653.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5506\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-1024x653.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-300x191.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-768x490.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto.jpg 1509w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>12 avril 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Royale<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9sesp\u00e9rais d\u2019avoir de tes nouvelles lorsque, au dernier moment, j\u2019ai enfin re\u00e7u ta lettre. Ai-je besoin de te dire le plaisir qu\u2019elle m\u2019a caus\u00e9 ? \u00c0 vrai dire, que tu m\u2019\u00e9crives plusieurs, lettres ou une seule, cela importe peu, puisque je les re\u00e7ois toutes au m\u00eame courrier. Il vaut m\u00eame mieux m\u2019en adresser une seule, un peu plus longue, que plusieurs. Par ces temps-ci, il ne saurait y avoir de menues \u00e9conomies. Le r\u00e9sultat de ta d\u00e9marche ne me surprend pas. J\u2019aurais beau me muer en saint qu\u2019il ne varierait pas. C\u2019est la logique des bureaux. Il y a un clich\u00e9, vrai ou erron\u00e9, toujours le m\u00eame, dont on use invariablement pour opposer une fin de non-recevoir \u00e0 toutes les demandes analogues.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au meurtre invoqu\u00e9, il ne s\u2019agit pas des infractions qui ont d\u00e9termin\u00e9 mon envoi au bagne, mais de celle que je commis en 1908 pendant que je subissais ma peine<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a>. Je ne vois pas tr\u00e8s bien la relation de cause \u00e0 effet que l\u2019on tire de cette infraction pour en induire un rejet ; mais il ne faut pas chercher \u00e0 comprendre. Ne te chagrine pas pour cela, ma bien bonne. Plus tard, je mettrai ordre \u00e0 cela. Je m\u2019adresserai \u00e0 M<sup>e<\/sup> Hatt\u00e9 qui, avec sa probit\u00e9 intellectuelle, ne se refusera pas, j\u2019esp\u00e8re, \u00e0 faire rectifier par le parquet g\u00e9n\u00e9ral d\u2019Amiens la calomnie qui te touche tant. Encore que je ne manque pas de susceptibilit\u00e9, je t\u2019avouerai que cela m\u2019indiff\u00e8re. Pourquoi se heurter \u00e0 la mauvaise foi d\u2019un renseignement qui, probablement, \u00e9mane plut\u00f4t de l\u2019\u00e9tourderie d\u2019un saute-ruisseau transcripteur n\u00e9gligent que de l\u2019appr\u00e9ciation r\u00e9fl\u00e9chie d\u2019un magistrat. Encore un coup, patiente. Lorsque j\u2019estimerai le moment opportun, je tenterai moi-m\u00eame une d\u00e9marche, qui, esp\u00e9rons-le, aura un r\u00e9sultat plus heureux que celles que tu as vainement faites jusqu\u2019ici. L\u2019essentiel est de conserver une sant\u00e9 sinon vigoureuse, du moins satisfaisante. Sous ce rapport, je suis assez bien favoris\u00e9. Il n\u2019en est pas de m\u00eame de toi, para\u00eet-il. Bien que, je ne m\u2019alarme pas, cependant il ne faut rien n\u00e9gliger pour combattre cette affection qui, bien que l\u00e9g\u00e8re, pourrait \u00eatre symptomatique de d\u00e9sordres plus graves. S\u2019il s\u2019agit d\u2019un trouble nerveux, le meilleur me semble de recourir aux m\u00e9dications arsenicales : ars\u00e9niate en solution, cacodylate de soude en injections hypodermiques. S\u2019il s\u2019agit d\u2019une simple gingivite, le citron y rem\u00e9diera \u00e9nergiquement. Mais y a-t-il des citrons ? Et, en supposant qu\u2019il y en ait, sont-ils \u00e0 un prix \u00e0 la mesure de tes moyens ? Quoi qu\u2019il en soit, ne n\u00e9glige aucun moyen de te soigner et de te bien soigner. Surtout, ne te surm\u00e8ne pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas encore re\u00e7u les imprim\u00e9s, mais je pense les avoir sous peu, j\u2019entends les colis exp\u00e9di\u00e9s par la poste. Quant au colis postal, je ne le recevrai qu\u2019au retour du courrier local. Que de tracas je te cause avec tous ces livres. Je n\u2019avais pas song\u00e9 \u00e0 la rigueur de la saison. Cette dame a bien raison de ne pas vouloir que tu coures Paris avec une temp\u00e9rature si basse. \u00c0 propos de cette dame, ne crains-tu pas d\u2019abuser de ses bons offices et de sa bont\u00e9 ? Avec tous les cuisants soucis qui r\u00e9sultent des \u00e9v\u00e9nements pr\u00e9sents, tu sais, ma bien bonne, il ne faut pas oublier que chacun a fort \u00e0 faire pour soi et les siens sans encore s\u2019occuper des choses dont l\u2019int\u00e9r\u00eat peut lui para\u00eetre plus banal sinon nul. Autant que tu le pourras, \u00e9vite donc de lui susciter des ennuis. Le mot est peut-\u00eatre un peu fort, mais, enfin tu dois comprendre ce que je veux te dire. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 fort gentil de sa part de te passer les <em>Journal de Gen\u00e8ve<\/em> sans que tu lui prennes son temps, sans compter la peine pour l\u2019achat des ouvrages que je t\u2019ai indiqu\u00e9s. C\u2019est pourtant bien simple. Au sujet de ceux que je t\u2019ai dit de m\u2019adresser, il te suffit d\u2019\u00e9crire \u00e0 l\u2019\u00e9diteur en le chargeant de l\u2019exp\u00e9dition. De cette mani\u00e8re, non seulement tu n\u2019auras pas \u00e0 te d\u00e9ranger pour l\u2019achat, mais encore l\u2019envoi sera fait par les soins et aux frais de l\u2019\u00e9diteur. Du reste, pour plus de simplification et de compr\u00e9hension, tu n\u2019auras qu\u2019\u00e0 copier le brouillon ci-apr\u00e8s :<\/p>\n\n\n\n<p>Madame Marie Jacob<\/p>\n\n\n\n<p>1, passage \u00c9tienne-Delaunay<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Paris, XIe arrondissement<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Monsieur F\u00e9lix Alcan, \u00c9diteur<\/p>\n\n\n\n<p>108, bd Saint-Germain<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 Paris, VIe arrondissement<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur,<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous prie de vouloir bien exp\u00e9dier \u00e0 l\u2019adresse de M. A. Jacob, matricule 34777, aux \u00eeles du Salut, Guyane fran\u00e7aise, les ouvrages ci-apr\u00e8s d\u00e9sign\u00e9s :<\/p>\n\n\n\n<p>Titre des ouvrages &nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;Nom d\u2019auteurs Prix<\/p>\n\n\n\n<p>Ci-joint un mandat-postal de (tant), montant global des ouvrages.<\/p>\n\n\n\n<p>Veuillez agr\u00e9er, Monsieur, mes salutations distingu\u00e9es,<\/p>\n\n\n\n<p>Marie Jacob<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il s\u2019agira d\u2019achats plus importants, en supposant que tu ne trouves pas d\u2019occasions, nous verrons alors de traiter pour la r\u00e9duction. M\u00eame en ce cas, point n\u2019est besoin de te d\u00e9ranger. C\u2019est si simple de traiter par correspondance. J\u2019y pense. <strong>Tante<\/strong>, qui a \u00e9t\u00e9 libraire, peut fort bien obtenir la r\u00e9duction de 25 %<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Elle est d\u2019ailleurs accord\u00e9e \u00e0 tous les commer\u00e7ants du livre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne te mets pas en peine pour M. Gratien de la [illisible]. Certes, si sans trop te d\u00e9ranger tu as l\u2019occasion de le pouvoir consulter, tu peux t\u2019informer et m\u2019en faire part. Il est toujours bon de s\u2019instruire \u00e0 cet \u00e9gard. Mais n\u2019en fais pas une affaire capitale. Au besoin, je me documenterai moi-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Le changement de r\u00e9gime disciplinaire que je t\u2019ai annonc\u00e9 dans ma derni\u00e8re n\u2019est pas pour me d\u00e9plaire, tu le penses bien. De toutes les mani\u00e8res, je suis mieux. Par la suite, si j\u2019obtenais un emploi me permettant de donner plus de temps \u00e0 l\u2019\u00e9tude, je n\u2019en serais que mieux encore. \u00c0 l\u2019occasion, je le solliciterai. Ce mois-ci, je n\u2019ai pas perdu mon temps. J\u2019ai annot\u00e9 tout le Montesquieu. Quel boulot ! J\u2019en ai la migraine et m\u00eame un peu de fi\u00e8vre. L\u00e9gers inconv\u00e9nients qu\u2019une grande joie compense.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 noter. L\u2019avertissement \u00e9crit \u00e0 l\u2019encre bleue et plac\u00e9 en t\u00eate de cette lettre ne concerne pas les imprim\u00e9s : livres, revues, journaux, etc., mais seulement l\u2019envoi de tout autre objet non pr\u00e9vu par les instructions minist\u00e9rielles.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong> et \u00e0 <strong>Louise<\/strong>, qui, vraiment, l\u2019a \u00e9chapp\u00e9 belle. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"320\" height=\"240\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vuesurlilestjosephdepuislaroyale-11.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-946\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vuesurlilestjosephdepuislaroyale-11.jpg 320w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/vuesurlilestjosephdepuislaroyale-11-300x225.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>8 mai 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le <em>Larousse<\/em> ne m\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 remis. Ce retard est-il d\u00fb \u00e0 l\u2019encombrement des colis r\u00e9sultant des \u00e9v\u00e9nements ou bien \u00e0 un oubli de l\u2019administration locale ? R\u00e9flexion faite, la premi\u00e8re de ces raisons me para\u00eet la plus probable. En ce cas, je ne le toucherai pas avant la fin de ce mois. L\u2019essentiel est qu\u2019il ne soit pas perdu. Sans compter que le dommage serait sensible, cela me retarderait encore plus dans mon travail qui, faute d\u2019outils, n\u2019avance gu\u00e8re. Occupe-toi activement de ce recueil de textes de lois et de r\u00e8glements que je t\u2019ai indiqu\u00e9 comme se pouvant trouver chez l\u2019\u00e9diteur Lavausselle<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a>. Dans le m\u00eame genre d\u2019ouvrages, il me faut aussi : 1) <em>Trait\u00e9 de science et de l\u00e9gislation p\u00e9nitentiaire<\/em>, par Cuche<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>, 1 vol., chez Pichon et Durand-Auzias, Paris ; 2) <em>Cours de droit criminel et de science p\u00e9nitentiaire<\/em>, par Vidal<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>, m\u00eame \u00e9diteur que le pr\u00e9c\u00e9dent, \u00e9dition 1911. Puis, dans un genre diff\u00e9rent mais utile \u00e0 consulter : <em>Les Criminels peints par eux-m\u00eames<\/em>, par R. Hesse<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>, prix 3,50 francs, \u00e9diteur Grasset, 61, rue des Saints-P\u00e8res, Paris. Il va de soi que tu trouveras ces ouvrages chez n\u2019importe quel libraire. Tu peux tabler sur l\u2019envoi franco. En traitant par correspondance, comme je te l\u2019ai conseill\u00e9 d\u00e9j\u00e0, tu \u00e9viteras perte de temps et fatigue. J\u2019ignore le prix des deux premiers ouvrages cit\u00e9s. S\u2019il \u00e9tait sup\u00e9rieur \u00e0 10 francs tu m\u2019en informerais. Je verrais alors de choisir des auteurs d\u2019un prix plus abordable s\u2019il y en a. J\u2019ai calcul\u00e9 le total approximatif de cette d\u00e9pense. Elle me para\u00eet pouvoir atteindre 200 francs, au lieu de 100 que je t\u2019avais indiqu\u00e9. Le cours Biblian \u00e9tant \u00e0 1500, j\u2019en ai induit qu\u2019elle ne te g\u00eanerait pas trop. Par la suite, et pour longtemps, il y aura amortissement. Sauf l\u2019envoi de journaux qui, au besoin, se peuvent supprimer, je n\u2019aurai plus besoin de rien. \u00c0 ce sujet, tu es incorrigible. Je veux dire que tu m\u2019envoies un tas de journaux que je ne te demande pas et que, \u00e0 te dire vrai, je ne lis m\u00eame pas. <em>Le Journal de Gen\u00e8ve<\/em>, c\u2019est une chose, les journaux fran\u00e7ais, c\u2019en est une autre. Avec l\u2019un, et non sans pr\u00e9cautions, on peut encore se faire une opinion ; avec les autres, c\u2019est, si j\u2019ose dire, la carte forc\u00e9e. Et il ne peut pas en \u00eatre autrement. Cela est utile, n\u00e9cessaire, indispensable m\u00eame. Lorsque Fauvelet lisait les papiers publi\u00e9s \u00e0 Napol\u00e9on, ce dernier lui disait : \u00ab Passez, passez les journaux fran\u00e7ais. Ceux-l\u00e0 ne disent que ce que je veux. Lisez seulement les autres, les \u00e9trangers. \u00bb Ainsi c\u2019est bien compris, n\u2019est-ce pas ? Les journaux de Gen\u00e8ve. <em>Barca<\/em>. Pour le papier, il nous faudra obtenir l\u2019autorisation minist\u00e9rielle. Les ordres sont formels, et l\u2019autorit\u00e9 locale, bien que toute bienveillante, ne peut enfreindre ces instructions. C\u2019est ainsi que le peu de papier que tu m\u2019as adress\u00e9 m\u2019a \u00e9t\u00e9 confisqu\u00e9. Je n\u2019ai touch\u00e9 que les plumes, le crayon et les enveloppes.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme toi, depuis environ trois mois, je souffre d\u2019une affection nerveuse, que je crois nerveuse. La douleur se localise dans les deux pouces de la main. Par moments, je suis oblig\u00e9 de m\u2019arr\u00eater d\u2019\u00e9crire. Les doigts se crispent et l\u2019\u00e9criture devient tout \u00e0 fait illisible pour tout autre que moi. Il se peut que ce soit de l\u2019arthritisme, bien que le r\u00e9gime alimentaire plut\u00f4t frugal auquel je suis soumis depuis plus d\u2019une d\u00e9cade n\u2019y dispose gu\u00e8re<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>. Au fond, ce n\u2019est pas dangereux, c\u2019est tr\u00e8s supportable, et, sans mon travail, je m\u2019en soucierais peu. Je t\u00e2che d\u2019y rem\u00e9dier en disciplinant ma main \u00e0 un travail graphique r\u00e9gulier et toujours le m\u00eame. J\u2019en esp\u00e8re de bons r\u00e9sultats.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019avoir sollicit\u00e9, j\u2019ai obtenu un emploi s\u00e9dentaire qui me permet assez de loisir pour travailler s\u00e9rieusement \u00e0 mon \u00e9tude. Relativement \u00e0 ma condition, je n\u2019ai pas \u00e0 me plaindre de mon sort. Du reste, \u00e0 quoi cela peut-il servir de se plaindre ? Et pourquoi se plaindre ? Le sort n\u2019est-il pas la cons\u00e9quence in\u00e9vitable, fatale, d\u2019un encha\u00eenement de causes et d\u2019effets imputables non seulement aux autres et aux choses mais encore \u00e0 nous-m\u00eames&nbsp;? Niaiserie que de dire c\u2019est la faute \u00e0 Untel, \u00e0 ceci et \u00e0 cela. Il n\u2019y a point de faute, mais une n\u00e9cessit\u00e9 biologique qui, implacable, nous d\u00e9termine tant\u00f4t vers le bien, tant\u00f4t vers le mal, selon nos besoins et int\u00e9r\u00eats. Si l\u2019on savait examiner \u00e0 la loupe le non-pouvoir du non-vouloir, nos id\u00e9es sur le m\u00e9rite et le d\u00e9m\u00e9rite y perdraient beaucoup de leurs vaines pr\u00e9tentions. Mais il ne faut pas exiger l\u2019impossible. Ressort puissant de nos actions, cette vanit\u00e9 nous est autant utile que l\u2019eau aux poissons. Ainsi, encore que je ne fasse pas illusion, il me pla\u00eet de me mentir \u00e0 moi-m\u00eame en \u00ab croyant \u00bb que c\u2019est \u00e0 ma conduite que je dois l\u2019am\u00e9lioration du r\u00e9gime disciplinaire dont je b\u00e9n\u00e9ficie.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici encore un hiver de pass\u00e9 \u2013 un hiver de pass\u00e9 ! Comme si ce n\u2019\u00e9tait pas nous et nous seuls qui passions. Enfin! il faut bien laisser ses droits \u00e0 l\u2019habitude mensong\u00e8re du langage humain. Nous voici, dis-je, \u00e0 une saison plus cl\u00e9mente. J\u2019aime \u00e0 croire que tu n\u2019auras pas trop souffert des rigueurs de la temp\u00e9rature qui, \u00e0 ce qu\u2019on dit, a \u00e9t\u00e9 excessive \u00e0 Paris. Il me tarde de recevoir ta ch\u00e8re lettre pour \u00eatre rassur\u00e9 \u00e0 ce sujet. Sauf retard, le courrier est attendu demain.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est pr\u00e9f\u00e9rable que tu ne quittes pas Paris. On tient bon \u00e0 Verdun et l\u2019\u00e9vacuation de Paris n\u2019est pas, pour cette ann\u00e9e, dans les choses possibles. Quant \u00e0 la fin du conflit, je ne crois pas qu\u2019on puisse s\u00e9rieusement la pr\u00e9voir. Il y a un si\u00e8cle, l\u2019Europe coalis\u00e9e a mis exactement vingt-deux ans pour mater l\u2019h\u00e9g\u00e9monie r\u00e9volutionnaire et napol\u00e9onienne, de 1793 \u00e0 1815. Ce pr\u00e9c\u00e9dent historique nous induit \u00e0 nous poser cette question&nbsp;: sommes-nous assez jeunes pour voir la fin de la guerre ? Sans doute, les moyens militaires ne sont plus les m\u00eames qu\u2019il y a un si\u00e8cle. Cependant tout est relatif. C\u2019est ainsi qu\u2019en se basant sur la puissance des engins de guerre on \u00e9valuait la dur\u00e9e du conflit \u00e0 plusieurs mois \u00e0 peine, alors que, par des moyens appropri\u00e9s aux m\u00e9thodes nouvelles, la guerre dure depuis bient\u00f4t deux ans et rien de vraiment objectif n\u2019autorise d\u2019en pr\u00e9voir une fin prochaine. Donc, dans les circonstances pr\u00e9sentes, le mieux est de consid\u00e9rer le temps de guerre comme normal plut\u00f4t qu\u2019accidentel et momentan\u00e9. Arrange tes affaires, accommode ta vie avec ce point de vue : j\u2019ai id\u00e9e que tu t\u2019en trouveras bien.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>12 mai<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Re\u00e7u deux lettres. Quant au colis postal contenant les deux <em>Larousse<\/em>, bien qu\u2019ils n\u2019aient pas \u00e9t\u00e9 torpill\u00e9s comme tu l\u2019as suppos\u00e9, je ne les ai pas encore touch\u00e9s. Ce sera, j\u2019esp\u00e8re pour la fin de ce mois. Le dernier envoi (journaux et livres) me sera sans doute remis demain\u2026 ou jours suivants. Dans ma derni\u00e8re, je t\u2019ai donn\u00e9 les instructions voulues pour l\u2019achat de ce recueil de textes l\u00e9gaux r\u00e9glementaires. C\u2019est bien chez l\u2019\u00e9diteur Lavausselle que tu le trouveras. Les colis ne m\u2019ayant pas encore \u00e9t\u00e9 remis, je n\u2019ai pu consulter le catalogue ; n\u00e9anmoins, je crois pouvoir t\u2019assurer que le titre est bien celui que je t\u2019ai indiqu\u00e9 : <em>Lois, d\u00e9crets et r\u00e8glements relatifs \u00e0 la transportation<\/em>. Ach\u00e8te l\u2019\u00e9dition la plus r\u00e9cente de fa\u00e7on qu\u2019il soit \u00e0 jour.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9gard des ouvrages dont je t\u2019ai adress\u00e9 la liste, rien ne presse pour le moment. Je ne tiens pas \u00e0 m\u2019encombrer. Borne-toi \u00e0 m\u2019envoyer ceux que je te d\u00e9signe \u00e0 chaque courrier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne manque pas d\u2019aller \u00e0 <strong>Colombes<\/strong>. Et, si parfois <strong>Octave<\/strong> se montrait par trop exigeant, tu n\u2019aurais qu\u2019\u00e0 tenir pour nulle la demande de <strong>Julie<\/strong>. Cela simplifierait tout. Somme toute, elle peut bien s\u2019arranger elle-m\u00eame<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\">[31]<\/a> .<\/p>\n\n\n\n<p>Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Pierre-Martin.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6252\" width=\"201\" height=\"261\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Pierre-Martin.jpg 270w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Pierre-Martin-231x300.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>13 mai 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai encore re\u00e7u une de tes ch\u00e8res lettres, la troisi\u00e8me. Je t\u2019assure, ma bien bonne, que tu t\u2019alarmes bien \u00e0 tort \u00e0 mon sujet. En toute sinc\u00e9rit\u00e9, je ne suis pas malade, pas m\u00eame indispos\u00e9. Il y a bien, il est vrai, ces douleurs dans les doigts ; mais c\u2019est si peu de chose, c\u2019est une cons\u00e9quence si naturelle des aventures que j\u2019ai eues qu\u2019il serait d\u00e9plac\u00e9 d\u2019y accorder quelque souci. Vivre, c\u2019est s\u2019user. Et tous les discours du monde ne changeront rien \u00e0 cela. Par ailleurs, je me porte bien. Il faut m\u00eame remonter bien haut dans l\u2019\u00e9chelle de mes ann\u00e9es pour retrouver une sant\u00e9 aussi satisfaisante que celle dont je jouis en ce moment. Absolument localis\u00e9e au sternum, l\u2019ost\u00e9ite a \u00e9t\u00e9 parfaitement gu\u00e9rie par l\u2019intervention chirurgicale. La plaie est compl\u00e8tement ferm\u00e9e depuis plus d\u2019un an, sans r\u00e9cidive. Je soup\u00e7onnais, cependant, que, \u00e0 l\u2019\u00e9tat larv\u00e9, elle \u00e9voluait tr\u00e8s lentement et se remanifesterait inopin\u00e9ment. Je me suis tromp\u00e9 et tu dois penser que mon erreur m\u2019est ch\u00e8re. Encore que les environs du si\u00e8ge op\u00e9r\u00e9 soient sensibles au toucher, je veux dire \u00e0 la pression, je ne ressens plus aucune douleur. Il va de soi que je ne te dis pas cela pour ta qui\u00e9tude mais bien parce que c\u2019est vrai. Ainsi, plus de soucis \u00e0 ce sujet. Ne t\u2019inqui\u00e8te pas davantage de m\u2019envoyer des m\u00e9dicaments. \u00c0 l\u2019occasion, et l\u2019occasion n\u2019est pas \u00e0 d\u00e9sirer, j\u2019aurais ici tous les soins d\u00e9sirables. Au surplus, il ne faut pas accorder une foi aveugle \u00e0 tous ces toniques pr\u00e9sent\u00e9s et prescrits \u00e0 grand renfort de publicit\u00e9. On ne radoube pas des tissus comme une coque de navire. On peut survivre \u00e0 de fortes secousses mais personne n\u2019a encore pu revivre. Ne nous embarrassons pas d\u2019illusions inutiles. C\u2019est bien assez de se montrer complaisant \u00e0 l\u2019\u00e9gard de celles qui nous conduisent agr\u00e9ablement au dernier terme. Somme toute, ne te mets pas en peine pour moi. Pense plut\u00f4t \u00e0 toi, dont la situation apparemment plus facile est en r\u00e9alit\u00e9, en raison du conflit actuel, bien plus p\u00e9nible que la mienne. Il est d\u00e9j\u00e0 fort heureux pour moi que tu puisses m\u2019adresser tous ces ouvrages que je t\u2019ai demand\u00e9s. Je ne d\u00e9sire rien de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce moment, tu sais, il faut savoir faire la part des choses. C\u2019est quand on souffre la vie qu\u2019il est bon de l\u2019\u00e9ponger, en oubliant les rancunes et les inimiti\u00e9s. Le malheur rapproche. Je te dis cela au sujet de <strong>Jacques<\/strong>, de sa famille. Bien s\u00fbr, son caract\u00e8re est loin de pouvoir cousiner avec le n\u00f4tre, mais, diff\u00e9rence de go\u00fbt et de m\u0153urs \u00e0 part, ce n\u2019est pas un m\u00e9chant homme. \u00c0 tout prendre, \u00e0 l\u2019heure critique, il s\u2019est bien conduit. Et cela seul importe. Quant \u00e0 <strong>H\u00e9l\u00e8ne<\/strong>, je prends sinc\u00e8rement part \u00e0 l\u2019affection, que j\u2019esp\u00e8re l\u00e9g\u00e8re, dont elle a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9e. Je crois t\u2019avoir inform\u00e9e d\u00e9j\u00e0 que je lui avais \u00e9crit en r\u00e9ponse d\u2019une lettre, toute amicale, qu\u2019elle m\u2019avait adress\u00e9e de Paris. Depuis, et il y a bient\u00f4t deux ans de cela, je n\u2019ai plus re\u00e7u de ses nouvelles. Si tu as l\u2019occasion de la voir, offre-lui mes amiti\u00e9s et mes souhaits de prompte gu\u00e9rison. Bien que sans intimit\u00e9, je connais bien la personne dont elle est l\u2019h\u00f4te. Son p\u00e8re, je parle de <strong>Louis<\/strong>, doit avoir aujourd\u2019hui un \u00e2ge respectable. Il serait \u00e0 d\u00e9sirer que ses mani\u00e8res le fussent aussi, car, d\u2019apr\u00e8s ce que <strong>Lise<\/strong> m\u2019en a dit, il ne s\u2019est pas pr\u00e9cis\u00e9ment comport\u00e9 comme un preux \u00e0 l\u2019endroit d\u2019<strong>H\u00e9l\u00e8ne<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><strong>[32]<\/strong><\/a><\/strong>. Que veux-tu, la vie aussi est une guerre, et une guerre qui, encore que plus hypocrite, est tout autant implacable que l\u2019autre. Comme dit l\u2019autre, vivre c\u2019est assassiner. Il n\u2019y a pas que la mitraille qui tue ; il y a des sourires homicides. \u00c0 l\u2019instar des animaux (sommes-nous autre chose que cela ?), les forts d\u00e9vorent les faibles. Le mot historique mais l\u00e9gendaire de Brennus sera toujours d\u2019actualit\u00e9 : vae victis, c\u2019est la vie. C\u2019est \u00e0 chacun de s\u2019arranger pour \u00eatre celui qui jette l\u2019\u00e9p\u00e9e dans la balance.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne m\u2019est pas encore possible de pouvoir t\u2019accuser r\u00e9ception des colis. Je pr\u00e9sumais les toucher aujourd\u2019hui, en vain. Comme \u00e0 l\u2019ordinaire, un ordinaire assez r\u00e9cent d\u2019ailleurs et peu explicable, je ne les recevrai que dans plusieurs jours. C\u2019est bien emb\u00eatant, mais il faut passer par l\u00e0. Ce sera donc pour le prochain courrier.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong> et aux camarades. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"1024\" height=\"342\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1024x342.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5501\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1024x342.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-300x100.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-768x257.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1536x513.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-2048x685.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>3 juin 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je regrette de ne pouvoir t\u2019accuser r\u00e9ception du <em>Larousse<\/em>. Si le bateau de l\u2019administration arrive demain, j\u2019esp\u00e8re le recevoir. Je t\u2019en informerai au courrier prochain.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne te mets pas en peine pour les ouvrages que je t\u2019ai d\u00e9sign\u00e9s. Avec la crise que nous traversons, beaucoup d\u2019ouvrages \u00e9puis\u00e9s ne sont pas r\u00e9\u00e9dit\u00e9s : de l\u00e0 la difficult\u00e9 de les trouver. D\u2019autre part, il n\u2019est pas certain que l\u2019on m\u2019autorise \u00e0 les recevoir. En sorte que, pour \u00e9viter tout tracas, il vaut mieux que tu cesses tout envoi. Plus tard, apr\u00e8s la guerre, lorsque le commerce de la librairie sera r\u00e9organis\u00e9, il sera toujours temps d\u2019y revenir. Au reste, pour le moment, j\u2019ai assez d\u2019ouvrages pour m\u2019occuper. Je te le r\u00e9p\u00e8te, ne te chagrine pas pour cela. Ma sant\u00e9 est bonne, mon sort relativement satisfaisant. Dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, on ne peut exiger mieux. Ton cas m\u2019inqui\u00e8te autrement. Tu me dis bien ne pas \u00eatre malade, mais est-ce bien vrai ? Ce n\u2019est pas que l\u2019affection dont tu t\u2019es plainte soit grave, mais elle est symptomatique de l\u00e9sions plus s\u00e9rieuses. Tu te surm\u00e8nes trop, tu ne prends pas assez de repos. Mauvais calcul qui pourrait bien, si tu n\u2019y rem\u00e9dies, d\u00e9terminer une rechute d\u00e9plorable. R\u00e9fl\u00e9chis bien et fais en sorte que le sentiment c\u00e8de la place \u00e0 la raison. Encore un coup, pr\u00eacherai-je dans le d\u00e9sert ?<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma derni\u00e8re, je t\u2019ai conseill\u00e9 de ne pas donner suite \u00e0 la demande de <strong>Julie<\/strong>, en raison des agissements d\u2019<strong>Octave<\/strong>. Les temps sont assez p\u00e9nibles sans en aggraver la rigueur par des d\u00e9marches qui, bien qu\u2019innocentes, pourraient cependant \u00eatre mal comprises de sa famille. Tu sais bien, que, comme intelligence, ce ne sont pas des aigles. S\u2019il fallait leur donner un nom d\u2019oiseau, celui all\u00e9gorique de sansonnet leur conviendrait plut\u00f4t. Donc, malgr\u00e9 les conseils \u00e0 coup s\u00fbr contraires que l\u2019on a d\u00fb te donner \u00e0 <strong>Colombes<\/strong>, laisse les choses en l\u2019\u00e9tat<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas encore re\u00e7u les colis annonc\u00e9s dans ta derni\u00e8re. La distribution en est depuis quelques mois tr\u00e8s tardive. C\u2019est tout juste si j\u2019ai le temps, et c\u2019est l\u2019essentiel, de pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 tes lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>Excuse-moi si je ne suis pas plus long. Mes doigts ne vont pas mieux (\u00e0 l\u2019\u00e9criture, tu dois t\u2019en apercevoir) et il m\u2019est p\u00e9nible d\u2019opposer de pr\u00e8s le pouce aux autres doigts. Sympt\u00f4mes de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence, rhumatisme, arthritisme, scl\u00e9rose ? Je n\u2019en sais rien. L\u2019attention, j\u2019entends la contention d\u2019esprit, n\u2019est pas trop alt\u00e9r\u00e9e. J\u2019associe assez bien les id\u00e9es, la sp\u00e9culation ne m\u2019est pas p\u00e9nible. Ce qui m\u2019induit \u00e0 penser que ce n\u2019est rien de grave. D\u2019ailleurs, si cela persistait, j\u2019irais voir le m\u00e9decin.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong> et aux camarades, sans oublier <strong>Louise<\/strong> que tu as bien fait d\u2019aller visiter. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6243\" width=\"235\" height=\"240\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-1.jpg 640w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Otto-Dix-1-294x300.jpg 294w\" sizes=\"(max-width: 235px) 100vw, 235px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>27 juin 1916<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Tu n\u2019as pas \u00e9t\u00e9 en retard pour m\u2019exp\u00e9dier ces livres&nbsp;! Moi qui, dans ma derni\u00e8re, te disais de ne plus m\u2019en envoyer. Je ne m\u2019attendais certes pas que tu sois si prompte. Que de d\u00e9penses je te fais faire l\u00e0 ! Et c\u2019est bien ce que j\u2019aurais voulu, apr\u00e8s r\u00e9flexion, \u00e9viter. Non pas que j\u2019ai renonc\u00e9 \u00e0 mon projet ; mais parce que je craignais que, contrairement \u00e0 ce que tu m\u2019assures, tu ne sois malade et, p\u00e9cuniairement, plut\u00f4t g\u00ean\u00e9e. Enfin, ma lettre est arriv\u00e9e trop tard. Pour le moment, arr\u00eate tout envoi d\u2019ouvrages. Outre que les \u00e9ditions sont presque toutes \u00e9puis\u00e9es, ceux que je poss\u00e8de me suffisent amplement pour le moment. Apr\u00e8s la guerre nous verrons. Quant \u00e0 la liste de ceux que tu m\u2019as indiqu\u00e9s dans ton courrier de mai, ils sont d\u2019une \u00e9cole aujourd\u2019hui pour ainsi dire morte et ne peuvent, cons\u00e9quemment, m\u2019\u00eatre d\u2019aucune utilit\u00e9. Ne te mets pas en peine pour moi, ma bien bonne. Je te le r\u00e9p\u00e8te, ma sant\u00e9 est bonne. Et cela r\u00e9sume tout. Mes douleurs dactyles m\u2019ont pass\u00e9. Simple malaise caus\u00e9 sans doute par la saison pluvieuse. Rien de grave. C\u2019est toi qui m\u2019inqui\u00e8tes. Tu te surm\u00e8nes trop. Une bonne fois pour toutes, \u00e9coute-moi et m\u00e9nage tes forces. Tu seras bien avanc\u00e9e si, un jour, \u00e0 cause du travail excessif, tu tombes gravement malade. Soigne-toi bien et ne te prive pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas utile que tu refasses une deuxi\u00e8me demande. Le r\u00e9sultat serait le m\u00eame. Je me procurerai moi-m\u00eame ce qu\u2019il me faudra. Ce que je t\u2019ai dit des ouvrages peut aussi bien s\u2019appliquer aux journaux. Encore que je les lise avec int\u00e9r\u00eat, je peux fort bien m\u2019en passer. C\u2019est te dire qu\u2019\u00e0 cet \u00e9gard tu en useras au mieux de tes moyens. Tu dois bien penser que je ne suis pas le seul \u00e0 en recevoir. Cette sorte de lecture ne fait pas d\u00e9faut et je n\u2019en manquerai pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai pas encore touch\u00e9 les derniers envois annonc\u00e9s et ne puis, cons\u00e9quemment, t\u2019en accuser r\u00e9ception. Encore que je n\u2019aie pas <em>Le Matin<\/em>, je sais, n\u00e9anmoins, ce que contient l\u2019article dont tu me parles. Je l\u2019ai lu il y a deux mois d\u00e9j\u00e0 alors qu\u2019il parut dans un journal de la colonie. \u00c0 te dire vrai, je ne fonde pas grand espoir sur ces sortes de nouvelles, toutes sp\u00e9culatives d\u2019ailleurs. Cela a tout juste la valeur d\u2019une opinion, rien de plus. C\u2019est peu de chose, tu en conviendras. Tant que la question ne sera pas port\u00e9e devant le Parlement, le reste ne vaut pas la peine qu\u2019on s\u2019y arr\u00eate. En arrivera-t-on l\u00e0 ? J\u2019en doute. Une telle mesure, bien que faisant partie des choses possibles, me semble trop choquer la tradition et la l\u00e9galit\u00e9 pour \u00eatre r\u00e9alisable. Enfin, attendons. Quoi qu\u2019il advienne, je suis de ceux qui sont pr\u00eats.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, comme tu me l\u2019as promis, tu vas voir <strong>Jacques<\/strong> et <strong>H\u00e9l\u00e8ne<\/strong>, adresse-leur mes amiti\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne sois pas surprise si tu n\u2019as pas re\u00e7u des nouvelles de <strong>Colombes<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><strong>[34]<\/strong><\/a><\/strong>. D\u2019apr\u00e8s ce que tu m\u2019en as dit, il a d\u00fb y avoir une quinzaine de jours de retard. Ce sera donc pour le prochain courrier. Il me tarde.<\/p>\n\n\n\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res \u00e0 <strong>tante<\/strong>, \u00e0 ta <strong>bonne voisine<\/strong> et aux camarades.<\/p>\n\n\n\n<p>Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Alexandre<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u00e9once Rousset (1850-1938), saint-cyrien, bless\u00e9 et prisonnier durant la guerre de 1870, servit aussi en Alg\u00e9rie et en Nouvelle-Cal\u00e9donie. D\u00e9put\u00e9 nationaliste de la Meuse entre 1902 et 1906, il publie en 1908 une <em>Histoire populaire de la guerre de 1870-71<\/em> qui connait un r\u00e9el succ\u00e8s. Anciennement proche de Foch, il publie entre 1914 et 1916, <em>La guerre au jour le jour en trois volumes<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Pendant la Grande Guerre<\/em> parait chez Plon en 1916. Gabriel Hanotaux (1853-1944), diplomate, historien et r\u00e9publicain mod\u00e9r\u00e9, fut ministre des affaires \u00e9trang\u00e8res dans le gouvernement M\u00e9lines de 1896 \u00e01898&nbsp;; impliqu\u00e9 dans l\u2019expansion coloniale fran\u00e7aise, il prend une part active dans la crise soudanaise avec l\u2019incident de Fachoda en 1898. Il entre \u00e0 l\u2019Acad\u00e9mie fran\u00e7aise un an plus t\u00f4t et \u0153uvre au d\u00e9but du si\u00e8cle pour le rapprochement franco-\u00e9tasunien.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Premier ministre lib\u00e9ral anglais de 1908 \u00e0 1916, Herbert Henry Asquith (1852-1928) fit adopter par le parlement le home rule, projet d\u2019autonomie pour l\u2019Irlande, en 1912. Il fut aussi un des organisateurs de la triple entente. IL doit d\u00e9missionner en d\u00e9cembre 1916 et c\u00e9der sa place \u00e0 Lloyd Georges apr\u00e8s les critiques subies sur sa gestion de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Dans l\u2019Eccl\u00e9siaste 9, la vraie citation est : \u00ab Un chien vivant vaut mieux qu\u2019un lion mort \u00bb ; le ciron est un insecte de la famille des acariens.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Le premier bateau sur lequel Jacob, \u00e0 11 ans, s\u2019\u00e9tait embarqu\u00e9 comme mousse.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Beccaria (1738-1794) est en quelque sorte le cr\u00e9ateur de la th\u00e9orie p\u00e9nale : un des premiers \u00e0 imaginer un syst\u00e8me o\u00f9 les peines seraient calcul\u00e9es en fonction et proportionnellement aux d\u00e9lits commis.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Publi\u00e9 en 1862, le&nbsp;livre de Fiodor Dosto\u00efevski se d\u00e9roule dans un bagne en Sib\u00e9rie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Attribu\u00e9 \u00e0 l\u2019auteur grec du IIe et IIIe si\u00e8cle, Longus, le roman pastoral <em>Daphnis et Chlo\u00e9<\/em> narre les aventures amoureuses d\u2019un couple adolescent de bergers.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Jacob \u00e9voque une surveillance accrue autour de lui : il explique sa position par cette m\u00e9taphore fil\u00e9e du prisonnier de guerre pour finir sur une m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis de la censure.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Jacob cherche aussi \u00e0 consulter les adeptes de l\u2019approche psychologique du crime. Tous sont des th\u00e9oriciens contemporains.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> L\u2019op\u00e9ration allemande, baptis\u00e9e Gericht, commence le lundi 21 f\u00e9vrier 1916 \u00e0 4h du matin, par un tir de r\u00e9glage sur le palais \u00e9piscopal de Verdun. La bataille dure dix mois et provoque plus de 700.000 morts et bless\u00e9s. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1892.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Paris, Schleicher, 1899.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Paris, Rousseau, 1893.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1890.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1890.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Chapitre du livre <em>Etudes sociale et p\u00e9nales<\/em> de Gabriel Tarde, Paris, Masson, 1892.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1898.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1907. Le nom exact de l\u2019auteur est Antoine Wylm.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1907.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1910.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1909.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Paris, F\u00e9lix Alcan, 1910.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Celle que lui valut le meurtre de Capeletti.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Tante, est une des bo\u00eetes aux lettres de Marie Jacob permettant la r\u00e9ception de courriers clandestins. S\u2019agit-il d\u2019un ou d\u2019une anarchiste, de Louis Matha qui le fut en 1910 avec sa compagne Laurentine Sauvraz, dite Louise Silvette&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Il est possible que le nom soit mal orthographi\u00e9 et qu\u2019il s\u2019agisse de Charles Lavauzelle.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale de droit et de jurisprudence, F.Pichon, 1905.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Paris, Librairie g\u00e9n\u00e9rale de droit et de jurisprudence, Arthur Rousseau, 1901.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Paris, Grasset, 1912.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Cette infirmit\u00e9 n\u2019ira pas en s\u2019arrangeant, l\u2019\u00e9criture est souvent quasiment illisible, ce qui ne facilite pas la lecture des manuscrits.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Jacob indique \u00e0 sa m\u00e8re que, si elle remarquait des tracasseries polici\u00e8res, elle ne tienne pas compte d\u2019une de ses demandes et qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re se d\u00e9brouiller tout seul.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Si Louis semble d\u00e9signer Louis Matha et Lise Marie Jacob elle-m\u00eame, ce passage cod\u00e9 semble sugg\u00e9rer des tensions au <em>Libertaire<\/em>&nbsp;; il se pourrait que derri\u00e8re H\u00e9l\u00e8ne dont on apprend la mort en ao\u00fbt 1916 se cache l\u2019anarchiste Pierre Martin, dit Le Bossu, particuli\u00e8rement virulent contre l\u2019Union Sacr\u00e9e et le Manifeste des Seize.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Encore et toujours une exhortation \u00e0 la vigilance face \u00e0 la surveillance de la police.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Colombes (li\u00e9 \u00e0 Colombat ou encore Colombani) serait donc une des \u00ab bo\u00eetes aux lettres \u00bb du courrier clandestin que Jacob envoyait \u00e0 sa m\u00e8re. Ce qui tarde \u00e0 Jacob, c\u2019est peut-\u00eatre des nouvelles de sa demande de costumes en caoutchouc pour pr\u00e9parer sa nouvelle tentative d\u2019\u00e9vasion.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si le for\u00e7at 34777 d\u00e9clare vivre comme \u00ab&nbsp;un ermite&nbsp;\u00bb aux \u00eeles du Salut le 7 f\u00e9vrier et se placer sous la fraternit\u00e9 de Saint Antoine, patron des marins, des naufrag\u00e9s\u2026 et des prisonniers, les liens avec le monde des hommes libres et honn\u00eates, aussi t\u00e9nu soit-il, lui permet de r\u00e9sister et de briser l\u2019oppression carc\u00e9rale. 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