{"id":6205,"date":"2026-05-11T08:48:07","date_gmt":"2026-05-11T06:48:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=6205"},"modified":"2026-05-11T08:48:07","modified_gmt":"2026-05-11T06:48:07","slug":"mauvais-garcons-jolis-momes","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2026\/05\/mauvais-garcons-jolis-momes\/","title":{"rendered":"Mauvais gar\u00e7ons &amp; jolis m\u00f4mes"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Mauvais-garcons-jolis-momes-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6206\" width=\"213\" height=\"326\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Mauvais-garcons-jolis-momes-1.jpg 326w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Mauvais-garcons-jolis-momes-1-196x300.jpg 196w\" sizes=\"(max-width: 213px) 100vw, 213px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Cr\u00e9\u00e9es en 2022, les \u00e9ditions associatives et parisiennes <em>Hors Champ<\/em> se sont donn\u00e9es pour \u00ab\u00a0but de pr\u00e9server la m\u00e9moire des homosexualit\u00e9s et des marginalit\u00e9s\u00a0\u00bb. Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un int\u00e9ressant volume au titre \u00e9vocateur\u00a0: <em>Mauvais gar\u00e7ons &amp; jolis m\u00f4mes<\/em>. Le sous-titre, nettement moins accrocheur, vient alors relever une premi\u00e8re de couverture assez froide et \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique pour le moins minimaliste\u00a0; il va \u00e9clairer un lectorat non initi\u00e9\u00a0: <em>la sexualit\u00e9 au bagne 1748 \u2013 1953<\/em>. L\u2019\u00e9tude historique nous emm\u00e8ne donc dans les bagnes portuaires de l\u2019hexagone, en Guyane mais aussi en Nouvelle-Cal\u00e9donie et \u00e0 Biribi car l\u2019institution p\u00e9nitentiaire coloniale et militaire n\u2019aurait pas encore \u00ab\u00a0livr\u00e9 tous ses secrets\u00a0\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce qu\u2019affirme la quatri\u00e8me de couverture d\u2019un livre non-cartonn\u00e9 de 292 pages au papier glac\u00e9, richement illustr\u00e9, au graphisme soign\u00e9, mais h\u00e9las pas \u00e0 la port\u00e9e de toutes les bourses. 35\u20ac tout de m\u00eame&nbsp;! Le texte de pr\u00e9sentation insiste donc sur l\u2019aspect novateur de cette longue et \u00ab&nbsp;in\u00e9dite&nbsp;\u00bb recherche effectu\u00e9e par Julien Gomez-Estienne et Philippe Collin, qui auraient r\u00e9uni \u00ab&nbsp;un corpus exceptionnel&nbsp;\u00bb pour \u00ab&nbsp;une immersion saisissante dans cet univers&nbsp;\u00bb. L\u2019\u00e9tude, fort convaincante dans son ensemble, est-elle pour autant \u00ab&nbsp;incontournable&nbsp;\u00bb&nbsp;? L\u2019\u00e9logieux propos doit \u00eatre nuanc\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Si l\u2019on excepte l\u2019approximatif premier et le tr\u00e8s voyeuriste dernier des neuf chapitres qui fa\u00e7onnent l\u2019ensemble, convenons d\u2019une lecture fort plaisante \u00e0 la suite d\u2019une \u00e9criture pointue et d\u00e9monstrative. L\u2019analyse des sources permet alors de saisir la sexualit\u00e9 bagnarde comme partie int\u00e9grante d\u2019un syst\u00e8me total, tel qu\u2019aurait pu le d\u00e9finir le sociologue canadien Erwin Goffman dans les ann\u00e9es 1960 tant il est vrai que les camps de travaux forc\u00e9s, du fait de leur caract\u00e8re ferm\u00e9 au sens propre, peuvent se comparer dans leur fonctionnement \u00e0 l\u2019asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s. Il est d\u2019ailleurs dommage que les auteurs qui utilisent les \u00e9crits de Paul Roussenq n\u2019aient pas mentionn\u00e9 le po\u00e8me <em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em> que L\u2019Inco d\u2019Albert Londres commence \u00e0 \u00e9crire dans les cachots de la r\u00e9clusion sur l\u2019\u00eele Saint-Joseph&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour tout observateur qui le scrute et le sonde,<\/p>\n\n\n\n<p>Le bagne est en petit ce qu\u2019en grand est le monde<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la pudeur n\u2019est point, en ce milieu pervers<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 se montrent \u00e0 nu le vice et les travers&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Autrement dit, le bagne \u2013 qu\u2019il soit militaire, m\u00e9tropolitain ou colonial peu importe \u2013 offre un concentr\u00e9 des rapports sociaux libres dans un milieu ferm\u00e9 et presqu\u2019exclusivement masculin. La sexualit\u00e9, analys\u00e9e avec le prisme de l\u2019hygi\u00e9nisme et de l\u2019homophobie latente des sources utilis\u00e9es, s\u2019inscrit de facto dans un double m\u00e9canisme&nbsp;: celui d\u2019une vie normale dans un cadre hors-norme engendrant relations affectives ou tarif\u00e9e, et celui de la survie o\u00f9 le \u00ab&nbsp;m\u00f4me&nbsp;\u00bb s\u2019affilie \u00e0 un \u00ab&nbsp;ca\u00efd&nbsp;\u00bb, dans un panoptique \u00e0 ciel ouvert o\u00f9 le passif est domin\u00e9, m\u00e9pris\u00e9, violent\u00e9 par l\u2019actif mais aussi choy\u00e9, prot\u00e9g\u00e9, aim\u00e9 parfois. C\u2019est ce que rel\u00e8vent les docteurs Cazanove, Huchon ou encore Rousseau que les auteurs citent abondamment tout en mentionnant parfois leur rejet moral de la pratique homosexuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est d\u2019ailleurs curieux que Philippe Collin n\u2019utilise pas sur ce point les \u00e9crits de son grand-p\u00e8re L\u00e9on dont les \u00e9ditions Libertalia, par notre entremise, avaient publi\u00e9 en 2015 les souvenirs de bagne sous le titre <em>Des hommes et des bagnes<\/em>. Le m\u00e9decin de la coloniale, qui navigua entre 1907 et 1910 sur le vapeur <em>La Loire<\/em> puis officia sur le Caillou cal\u00e9donien jusqu\u2019en 1913, a eu tout loisir pour observer de pr\u00e8s et commenter les m\u0153urs honteuse et sexuelles des hommes punis. Il \u00e9voque alors \u00ab&nbsp;la nature r\u00e9pugnante&nbsp;\u00bb des relations de Marcel Jadot (p.32), la soumission passive du p\u00e9dophile Soleilland (p.86), ou encore \u00ab&nbsp;la r\u00e9putation de basse moralit\u00e9&nbsp;\u00bb de l\u2019anarchiste Gallo (p.201). Avec le camp de la rel\u00e9gation \u00e0 Saint-Jean-du-Maroni, qu\u2019il visite fort probablement en 1909, il ne peut s\u2019emp\u00eacher de d\u00e9clamer une homophobie virulente, li\u00e9e forc\u00e9ment \u00e0 la promiscuit\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;L\u2019agglom\u00e9ration de tels individus donne un milieu des plus favorables aux vices les plus abjects. Certains soirs, le camp offre un spectacle assez comparable \u00e0 celui de certains boulevards ext\u00e9rieurs.<\/p>\n\n\n\n<p>De v\u00e9ritables agences matrimoniales, des maisons de tol\u00e9rance existent sur le camp et aux alentours dans la brousse. Dans cette autre Cyth\u00e8re, on voit les plus jeunes s\u2019affubler de noms f\u00e9minins et se lier d\u2019une amiti\u00e9 \u00e9troite \u2013 en g\u00e9n\u00e9ral \u00e9ph\u00e9m\u00e8re \u2013 avec des gars plus robustes qui forment l\u00e0 une v\u00e9ritable aristocratie musculaire. On est p\u00e9d\u00e9raste par paresse, par profit, par vice. D\u2019autres, moins volages, font des associations, de v\u00e9ritables m\u00e9nages, qui durent. On les appelle des \u00ab faiseurs de soupe \u00bb. On cite des cas, v\u00e9ritablement inou\u00efs, o\u00f9 le d\u00e9but de ces unions particuli\u00e8res fut marqu\u00e9 par une petite \u00e9vasion, un invraisemblable voyage de noces, sous la for\u00eat vierge.&nbsp;\u00bb (p.163)<\/p>\n\n\n\n<p>Cyth\u00e8re, l\u2019antique et mythologique \u00eele des amours et des rencontres galantes n\u2019a pas visiblement enflamm\u00e9 l\u2019imagination et l\u2019inspiration que des seuls artistes, peintres, po\u00e8tes, \u00e9crivains et compositeurs depuis le XVIIIe si\u00e8cle. Le vocable utilis\u00e9 par L\u00e9on Collin, est mentionn\u00e9 \u00e0 la page 102 du livre de Collin et Gomez-Estienne pour commenter le propos du D<sup>r<\/sup> Rousseau. L\u00e0, il est fait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019ouvrage anonyme <em>Le bataillon de Cyth\u00e8re<\/em>, \u00e9dit\u00e9 en 1902 par P. Fort et r\u00e9v\u00e9lant le monde de la prostitution \u00e0 la \u00ab&nbsp;Belle \u00c9poque&nbsp;\u00bb. Les deux m\u00e9decins, sources majeures de l\u2019histoire p\u00e9nitentiaires et coloniale, s\u2019inscrivent donc dans une culture commune pour d\u00e9peindre les relations sexuelles au bagne. Il est curieux que seul Rousseau soit abondamment utilis\u00e9 quand Collin ne sert de r\u00e9f\u00e9rence que tr\u00e8s rarement (notamment une phrase pour remarquer le caract\u00e8re sexuel des tatouages). Il est vrai aussi que L\u00e9on Collin livre seulement un t\u00e9moignage, des souvenirs l\u00e0 o\u00f9 le docteur Rousseau analyse en 1930 un syst\u00e8me \u00e9liminatoire de mani\u00e8re empirique.<\/p>\n\n\n\n<p>La sexualit\u00e9 bagnarde n\u2019est pas la sexualit\u00e9 au bagne, loin s\u2019en faut et, fort judicieusement, les auteurs \u00e9voquent les relations avec les surveillants et les rapports h\u00e9t\u00e9rosexuels ou encore l\u2019homosexualit\u00e9 f\u00e9minine. Par manque de source, l\u2019analyse de ces liaisons s\u2019en trouve in\u00e9vitablement r\u00e9duite. Pour autant, en fouillant un peu plus, c\u2019est-\u00e0-dire en enrichissant \u00ab&nbsp;ce corpus exceptionnel&nbsp;\u00bb, les auteurs auraient ainsi pu montrer la sexualit\u00e9 \u00e0 la lib\u00e9ration du bagnard ou encore la sexualit\u00e9 des femmes bagnardes. Nous savons par exemple que Marius Metge qui, lui, fut r\u00e9ellement membre de la bande \u00e0 Bonnot (pas comme Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 accus\u00e9 \u00e0 tort d\u2019\u00eatre un des protagonistes du braquage de la rue Ordener le 21 d\u00e9cembre 1911) \u00e9tait en m\u00e9nage avant son probable empoisonnement par sa maitresse en 1933. La correspondance priv\u00e9e d\u2019Alexandre Marius Jacob avec sa derni\u00e8re compagne Josette Passas, fourmille d\u2019anecdotes sur la sexualit\u00e9 au bagne&nbsp;; les auteurs n\u2019utilisent que la lettre de 1932 que Jacob adresse au d\u00e9put\u00e9 Laffont et dans laquelle il vilipende l\u2019homophobie des \u00e9lus r\u00e9publicains \u00e0 l\u2019Aquarium et met en avant une pratique sexuelle par d\u00e9faut dans un milieu masculin. Accessoirement Jacob parle aussi de masturbation et signale l\u2019h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 quand le bagnard acc\u00e8de \u00e0 la 1<sup>e<\/sup> classe de for\u00e7ats, pouvant ainsi approcher le sexe dit faible par le biais des femmes de surveillants. Jacob rapporte alors qu\u2019il ne s\u2019est pas priv\u00e9 \u00e0 partir d\u2019avril 1920&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/philippe-collin.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3885\" width=\"121\" height=\"174\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/philippe-collin.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/philippe-collin-208x300.jpg 208w\" sizes=\"(max-width: 121px) 100vw, 121px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>C\u2019est donc bien par l\u2019utilisation des sources plus que par la d\u00e9monstration et le style que cet ouvrage fort bien construit p\u00eache. Il est vrai que Philippe Collin n\u2019\u00e9crit jamais aussi bien que quand il cosigne ses textes. L\u2019essayiste \u2013 historien amateur versait dans le roman \u00e0 pr\u00e9tention biographique et historique dans le tr\u00e8s m\u00e9diocre <em>Matricules<\/em> chez Orphie en 2020\u00a0; il \u00e9tait particuli\u00e8rement d\u00e9cevant et lourd dans l\u2019appareil critique qu\u2019il fournit \u00e0 la r\u00e9\u00e9dition du livre d\u2019Albert Londres au Mercure de France en 2025. Ici, la double \u00e9criture est fluide, d\u00e9monstrative, p\u00e9dagogique. On apprend et on comprend tout un syst\u00e8me.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est dommage en fin de compte de constater une fort mauvaise utilisation des dites sources car cela remet forc\u00e9ment en cause le s\u00e9rieux de la recherche en lui donnant un aspect particuli\u00e8rement brouillon, facile et paresseux. Quelques exemples suffiront. Prenons le cas du D<sup>r<\/sup> Rousseau, qui arrive en Guyane en 1920 et non en 1921 (p.48) et dont les mentions sont r\u00e9currentes mais, dans beaucoup trop de cas, sans renvoi de page. Ainsi en est-il par exemple aux pages 68, 81, 154, 170 ou encore175. Quatre dessins de portrait de bagnard tatou\u00e9 sont publi\u00e9s aux pages 82, 110, 170 et 179. Ils seraient issus du <em>M\u00e9decin au bagne<\/em> alors que le seul dessin que l\u2019on trouve en page de garde de l\u2019\u00e9dition originale du livre du D<sup>r<\/sup> Rousseau c\u2019est celui pr\u00e9sentant le <em>M\u00e9canisme \u00e9liminatoire de la transportation<\/em>&nbsp;; une sorte de sch\u00e9ma r\u00e9alis\u00e9 par Alexandre Jacob qui fut l\u2019ami de l\u2019auteur. En r\u00e9alit\u00e9 les dessins reproduits dans l\u2019ouvrage de Collin-Gomez se trouvent dans le livre du D<sup>r<\/sup> Huchon, <em>Quand j\u2019\u00e9tais au bagne<\/em>, \u00e9dit\u00e9 en 1933 et respectivement aux pages 65, 45, en 1<sup>e<\/sup> de couverture et page 61&nbsp;! L\u2019histoire de Lhinares, dit P\u00e9p\u00e8te est narr\u00e9e p.102 et proviendrait de la p.207 du livre de Rousseau. V\u00e9rification faite aussi bien dans l\u2019\u00e9dition originale que dans la r\u00e9\u00e9dition de Nada, nous ne la retrouvons pas\u2026 sauf dans <em>Extermination \u00e0 la fran\u00e7aise<\/em> des \u00e9ditions de La Pigne, aux pages 157-158. En 2020 nous r\u00e9\u00e9ditions le petit volume des \u00e9ditions L\u2019Insomniaque sorti 20 ans plus t\u00f4t et reprenant des extraits des lettres d\u2019Alexandre Jacob \u00e0 sa m\u00e8re Marie. Nous y rajoutions trois des nouvelles que l\u2019ancien bagnard \u00e9crit en 1927 \u00e0 la prison de Fresnes et qui sont aujourd\u2019hui conserv\u00e9es au CIRA Marseille. Parmi ces trois nouvelles <em>La comique histoire du m\u00f4me \u00e0 P\u00e9p\u00e8te<\/em> dont est issu l\u2019extrait faussement attribu\u00e9 au D<sup>r<\/sup> Rousseau. Philippe Collin aurait d\u00fb le savoir ou bien alors il n\u2019a pas lu l\u2019ouvrage pour lequel il a mis 35\u20ac de souscription cette ann\u00e9e-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cas de Marcel Picard, m\u00b036190, est abord\u00e9 p.89-90. Le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;homme au masque&nbsp;\u00bb, photographi\u00e9 par Albert Ubaud vers 1930 illustre la th\u00e9matique du tatouage sexuel p.88&nbsp;; Picard est un m\u00f4me et le masque qu\u2019il porte sur le visage lui a \u00e9t\u00e9 inflig\u00e9 comme punition \u00e0 Biribi. L\u2019auteur de cette partie s\u2019appuie sur les souvenirs de l\u2019ancien fonctionnaire de l\u2019AP conserv\u00e9s au mus\u00e9e Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-R\u00e9 mais aussi sur ceux de Dieudonn\u00e9 pour dresser \u00e0 son lectorat une vie \u00e9difiante de malheurs&nbsp;; il est surprenant qu\u2019il n\u2019ait pas fait appel aux<em> hommes punis<\/em> de Marius Larique alors que, r\u00e9guli\u00e8rement, il \u00e9voque la s\u00e9rie de reportage parus dans le magazine <em>D\u00e9tective<\/em> et dont le livre est issu en 1931. En effet, les souffrances de Marcel Picart y sont racont\u00e9es p.39 \u00e0 43. Il aurait aussi pu s\u2019appuyer sur le fonds 1Y des Archives Territoriales de Guyane \u00e0 Remire-Montjoly qui contient une lettre du masque, en date du 25 avril 1927 et adress\u00e9e au gouverneur de la colonie dans laquelle le for\u00e7at de 1<sup>e<\/sup> classe demande un an avant sa lib\u00e9ration \u00e0 \u00eatre autoris\u00e9 \u00e0 r\u00e9sider \u00e0 Cayenne pour pouvoir \u00ab&nbsp;plus facilement trouver un m\u00e9decin qui voudra m\u2019enlever mes tatouages que j\u2019ai sur la figure.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Julien-Gomez-Estienne.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6209\" width=\"122\" height=\"178\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Julien-Gomez-Estienne.jpg 389w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Julien-Gomez-Estienne-206x300.jpg 206w\" sizes=\"(max-width: 122px) 100vw, 122px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Francis Lagrange enfin illustre largement l\u2019ouvrage de Philippe Collin et Julien Gomez-Estienne et c\u2019est tout \u00e0 fait logiquement que sont reproduits les dessins et tableaux du peintre bagnard. Seulement, lorsque la monographie s\u2019attache p.183 et 184 \u00e0 mettre en lumi\u00e8re les rapports entre for\u00e7ats et surveillants, pourquoi donc s\u2019appuyer sur <em>Les filles de Loth<\/em> bande-dessin\u00e9e que nous avons publi\u00e9es aux \u00e9ditions de La Pigne en avril 2024\u00a0? L\u2019auteur de ce passage signale alors des repr\u00e9sentations cod\u00e9es et des fantasmes partag\u00e9s\u00a0et \u00e9voque \u00ab\u00a0le recueil <em>Les filles de Loth<\/em>, plus explicite, r\u00e9alis\u00e9 pour le sous-pr\u00e9fet de Guyane\u00a0\u00bb apr\u00e8s mars 1952, date de la prise de fonction de Lucien Vochel. Mais sait-il, cet auteur, que le bagne est d\u00e9finitivement ferm\u00e9 en 1946 et que le 19 mars de cette ann\u00e9e la loi d\u00e9partementalisation \u00e9rige les quatre vieilles colonies fran\u00e7aises en d\u00e9partement, donc en partie int\u00e9grante du territoire, organis\u00e9 en pr\u00e9fecture et sous-pr\u00e9fecture. Le pr\u00e9fet n\u2019est plus le gouverneur\u00a0; le pr\u00e9fet n\u2019a plus donc de rapport avec des bagnards ou consid\u00e9r\u00e9s comme tels. C\u2019est vrai qu\u2019en Guyane le popote vit en marge, mal vu de la bonne soci\u00e9t\u00e9. Mais Lagrange vit de son art et a pignon sur rue. Le libidineux sous-pr\u00e9fet Vochel a pass\u00e9 donc une commande non avouable \u00e0 un homme libre. D\u2019ailleurs, si l\u2019auteur avait attentivement regard\u00e9 cette BD, il aurait pu remarquer qu\u2019en page 36, alors que Sarah et Ruth s\u2019appr\u00eatent \u00e0 violer leur p\u00e8re Loth, Flag a incrust\u00e9 le dessin de la normalit\u00e9 sexuelle comme une \u00e9quation\u00a0: un sexe masculin\u00a0plus un sexe f\u00e9minin. Il a aussi malicieusement r\u00e9solu l\u2019in\u00e9narrable question du sexe des anges, p.45, en dessinant un phallus ail\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame en faisant fi de cet anachronisme flagrant (sic) et d\u2019une parfois fain\u00e9ante analyse, il convient alors d\u2019\u00e9prouver une certaine g\u00eane au regard de la malencontreuse gestion des sources et par voie de cons\u00e9quence de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des affirmations donn\u00e9es. Prenons comme exemple le po\u00e8me <em>Le Condamn\u00e9 \u00e0 mort<\/em> que Jean Genet \u00e9crit en 1942. Il est affirm\u00e9 p.247 que le texte a \u00e9t\u00e9 chant\u00e9 par \u00c9tienne Daho en 1998 puis par Rapha\u00ebl en 2006 et c&rsquo;est vrai. Mais ce ne sont l\u00e0 que des interpr\u00e9tations car le po\u00e8me a \u00e9t\u00e9 mis en musique d\u00e8s 1961 par H\u00e9l\u00e8ne Martin, enregistr\u00e9 par Francesca Solleville l&rsquo;ann\u00e9e suivante puis interpr\u00e9t\u00e9e magistralement par Marc Ogeret en 1970. Est-ce pour ce genre d&rsquo;approximations que l\u2019on ne trouve gu\u00e8re de commentaires sur les illustrations de l&rsquo;ouvrage\u00a0? Est-ce pour cela encore que celui-ci se termine sans conclusion et est nanti d\u2019une maigre et maladroite rubrique\u00a0: <em>sources et bibliographie<\/em>\u00a0? Maigre car on aurait aim\u00e9 savoir les dossiers consult\u00e9s, tant et si bien que l\u2019on pourrait croire que cette \u00e9tude ne s\u2019appuie que sur des sources \u00e9crites et, si tel \u00e9tait le cas, cela reviendrait \u00e0 dire que ces recherches ne sont pas si in\u00e9dites qu\u2019il est affirm\u00e9 en 4<sup>e<\/sup> de couverture. Maladroite par exemple, ou \u00e9gotique, car Albert Londres qui devrait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une source, est mis en bibliographie dans sa r\u00e9\u00e9dition par le Mercure de France en 2025. Il est vrai que Philippe Collin est l\u2019artisan de cette r\u00e9\u00e9dition. L\u2019essayiste-historien est parvenu \u00e0 enrichir son champ lexical, a all\u00e9g\u00e9 son style et \u00e0 \u00e9tablir une int\u00e9ressante monographie qui r\u00e9p\u00e9tons-le et c\u2019est son premier et principal atout, apparait richement illustr\u00e9e. S\u2019il persiste \u00e0 m\u00e9connaitre l\u2019histoire de l\u2019anarchie, en ne retenant par exemple que la violence homophobe d\u2019un Liard-Courtois, et a ob\u00e9r\u00e9 un mouvement qui marque pourtant l\u2019histoire des p\u00e9nitentiers guyanais, il est tout de m\u00eame parvenu \u00e0 fournir une chronique int\u00e9ressante o\u00f9 l\u2019emploi du futur a presque disparu. Pour autant, de fortes nombreuses scories viennent entacher cette \u00e9tude pas si in\u00e9dite que cela puisque le 15 novembre 2021, cet \u00e9crivant parvenait \u00e0 faire publier l\u2019exposition virtuelle, <em>Crimes et m\u0153urs au bagne colonial de Guyane<\/em>, sur Criminocorpus, site internet d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire de la justice, des crimes et des peines\u00a0et qui est :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;tir\u00e9e d\u2019un article de Philippe Collin intitul\u00e9 <em>De la sexualit\u00e9 dans les bagnes coloniaux<\/em> et s\u2019int\u00e9resse \u00e0 l\u2019histoire des m\u0153urs des for\u00e7ats au sein du bagne colonial de Guyane durant les XIXe et XXe si\u00e8cles. \u00c0 travers une riche iconographie issue de fonds divers (Archives nationales, Archives d\u00e9partementales de la Charente-Maritime, Mucem, mus\u00e9e Nic\u00e9phore-Ni\u00e9pce, Criminocorpus, Mus\u00e9e Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-R\u00e9 et Gallica), elle repose tout \u00e0 la fois sur une analyse du regard et des repr\u00e9sentations port\u00e9es par les m\u00e9decins, les voyageurs, les journalistes, etc. \u00e0 l\u2019encontre des bagnards ainsi qu\u2019\u00e0 la pr\u00e9sentation des trajectoires de certains d\u2019entre eux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis, le mus\u00e9e Balaguier de La-Seyne-sur-Mer, dont Julien Gomez-Estienne est le conservateur, est venu enrichir cette tr\u00e8s belle et tr\u00e8s riche iconographie. Il faut alors lire <em>Mauvais gar\u00e7ons &amp; jolis m\u00f4me<\/em> si l\u2019on veut saisir la vie des hommes punis et l\u2019histoire d\u2019un syst\u00e8me concentrationnaire cherchant \u00e0 rabaisser ceux de la marge car, la conclusion inexistante de cet ouvrage est que, m\u00eame dans un lieu de mort, il y a de la vie et, l\u00e0 o\u00f9 il y a de la vie, il y a du sexe, des hommes, des femmes et donc de l\u2019Histoire\u2026 avec un grand H.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cr\u00e9\u00e9es en 2022, les \u00e9ditions associatives et parisiennes Hors Champ se sont donn\u00e9es pour \u00ab\u00a0but de pr\u00e9server la m\u00e9moire des homosexualit\u00e9s et des marginalit\u00e9s\u00a0\u00bb. Fortes de sept ouvrages, elles proposent quatre ans plus tard un int\u00e9ressant volume au titre \u00e9vocateur\u00a0: Mauvais gar\u00e7ons &amp; jolis m\u00f4mes. 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