{"id":6025,"date":"2025-11-03T01:10:00","date_gmt":"2025-11-03T00:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=6025"},"modified":"2025-10-16T06:28:45","modified_gmt":"2025-10-16T04:28:45","slug":"lenfer-nimois-du-bagne-9","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2025\/11\/lenfer-nimois-du-bagne-9\/","title":{"rendered":"L&rsquo;Enfer n\u00eemois du bagne 9"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le_Republicain_du_Gard-29-janvier-1936-IDS-vue-generale.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-6026\" width=\"369\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le_Republicain_du_Gard-29-janvier-1936-IDS-vue-generale.jpg 737w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le_Republicain_du_Gard-29-janvier-1936-IDS-vue-generale-300x184.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 369px) 100vw, 369px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Le R\u00e9publicain du Gard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mercredi 29 janvier 1936<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;Enfer du Bagne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(M\u00c9MOIRES D&rsquo;UN CONDAMN\u00c9 MILITAIRE)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>par Paul ROUSSENQ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(SUITE)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019institution des porte-cl\u00e9s, condamn\u00e9s auxiliaires au service de l\u2019Administration ne pouvait l\u00e9galement couvrir ces s\u00e9vices abominables.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il ne faut pas parler en Guyane de l\u00e9galit\u00e9. Le silence \u00e9tait de rigueur aux Incos, de jour et de nuit. D\u00e9fense de fumer. Ils couchaient aux fers sur la planche, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te. \u00c0 leurs pieds se trouvaient des bo\u00eetes vides de conserves, pour satisfaire \u00e0 leurs besoins naturels.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne leur donnait la soupe du soir qu&rsquo;une fois accomplie l&rsquo;op\u00e9ration du ferrage.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi il advenait qu&rsquo;au moment du repas quelqu&rsquo;un \u00e9prouvait le besoin d&rsquo;aller \u00e0 la selle, la diarrh\u00e9e s\u00e9vissant \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat end\u00e9mique&nbsp;; les voisins, d\u00e8s lors, en prenaient plus avec le nez qu&rsquo;avec une pelle\u2026<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>M\u00eame \u00e9tant hospitalis\u00e9s, les incorrigibles \u00e9taient riv\u00e9s aux fers sur leur couche de souffrance, malgr\u00e9 l&rsquo;opposition des m\u00e9decins. C&rsquo;\u00e9tait le r\u00e8glement qui le voulait ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque l&rsquo;homme venait \u00e0 d\u00e9c\u00e9der alors seulement on enlevait les fers \u00e0 un cadavre.<\/p>\n\n\n\n<p>De tels agissements se passent de commentaires. Comme l&rsquo;a si bien dit Albert Londres, il faudrait \u00e0 chaque instant employer des superlatifs quand en traite des choses du Bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux locaux disciplinaires, il existait des cachots blind\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;on cuisait litt\u00e9ralement. On pouvait y crier, c&rsquo;\u00e9tait en vain, aucun appel ne parvenait au dehors, de ces s\u00e9pulcres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait six mois de bonne conduite pour \u00eatre d\u00e9class\u00e9 des Incorrigibles et retourner dans un p\u00e9nitencier ordinaire. Mais si l&rsquo;on savait le jour o\u00f9 l&rsquo;on rentrait au camp disciplinaire quiconque ne pouvait pr\u00e9voir celui o\u00f9 on en sortait. Cela pouvait durer des ann\u00e9es. Au moment o\u00f9 le d\u00e9classement paraissait imminent, alors que les conditions requises allaient \u00eatre au point, une tuile arrivait, qui remettait tout en jeu. Il fallait attendre six mois de plus et m\u00eame davantage.<\/p>\n\n\n\n<p>Un r\u00e9gime de terreur pesait, sur ce camp des maudits \u00ab&nbsp;le camp des hommes nus&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque des autorit\u00e9s sup\u00e9rieures ayant droit de contr\u00f4le venaient inspecter r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 des \u00e9poques d\u00e9termin\u00e9es, on savait les traiter princi\u00e8rement. Le chef de camp et ses subordonn\u00e9s avaient mille pr\u00e9venances pour eux. On les gavait de gibier et de champagne. Personne n&rsquo;osait formuler de r\u00e9clamation \u00e0 ces manitous si bien h\u00e9berg\u00e9s Les uns pensaient que c&rsquo;\u00e9tait bien inutile, et les autres redoutaient les immanquables repr\u00e9sailles.<\/p>\n\n\n\n<p>Un Procureur G\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;une haute valeur morale, de race noire, venait d&rsquo;\u00eatre install\u00e9 \u00e0 Cayenne qui devait s&rsquo;inscrire d&rsquo;une pierre blanche dans les annales du bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait le Procureur G\u00e9n\u00e9ral L\u00e9ontel. Ses premiers actes t\u00e9moign\u00e8rent de son caract\u00e8re. Durant les mois pr\u00e9c\u00e9dents, le camp de Charvein avait \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre d&rsquo;assassinats l\u00e9gaux, de mutilations, d\u2019abus de pouvoir scandaleux. Des condamn\u00e9s, usant de leur droit de r\u00e9clamation avaient adress\u00e9 des plaintes par \u00e9crit aux autorit\u00e9s sup\u00e9rieures afin de les mettre au courant.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, ces lettres avaient \u00e9t\u00e9 certes par le Chef de camp, qui les avait d\u00e9chir\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>On en retrouva des morceaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cet intervalle, un inco vint \u00e0 quitter le camp de Charvein \u00e9tant au terme de sa peine des travaux forc\u00e9s. Un de ses camarades de cha\u00eene lui confia une longue lettre adress\u00e9e au Procureur G\u00e9n\u00e9ral, et qu\u2019il devait mettre \u00e0 la poste \u00e0 Saint-Laurent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le service des postes \u00e9tant ind\u00e9pendant de la Tentiaire, la lettre d\u00fbment timbr\u00e9e sur les lieux devait arriver \u00e0 destination.<\/p>\n\n\n\n<p>Le messager parvint \u00e0 dissimuler cette lettre, lors de la fouille rituelle op\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occasion des d\u00e9classements, pr\u00e9cis\u00e9ment pour \u00e9viter toute commission clandestine.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Maximilien-Liontel.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5222\" width=\"177\" height=\"260\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Maximilien-Liontel.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Maximilien-Liontel-205x300.jpg 205w\" sizes=\"(max-width: 177px) 100vw, 177px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Le Procureur G\u00e9n\u00e9ral re\u00e7ut effectivement cette lettre, qui d\u00e9taillait des choses horribles. Sans plus tarder, il embarqua \u00e0 destination de Saint-Laurent, pour se rendre de l\u00e0 \u00e0 Charvein au moyen du \u00ab\u00a0pousse\u00a0\u00bb roulant sur rails Decauville qui relie ces deux points. Mais le t\u00e9l\u00e9phone avait fonctionn\u00e9 entre Cayenne et Saint-Laurent, la Direction \u00e9tait alert\u00e9e \u00e0 toutes fins utiles. Lorsque le Procureur arriva \u00e0 la capitale administrative il ordonna de le diriger sur Charvein, le Chef de Camp du lieu dit qu&rsquo;il \u00e9tait inform\u00e9 de cette visite inopin\u00e9e. Grand branle-bas, pr\u00e9paratifs de r\u00e9ception et le reste. Le pousse v\u00e9hiculant le visiteur arrive tout l&rsquo;\u00e9tat-major du camp est l\u00e0 pour lui souhaiter la bienvenue. La lettre qu&rsquo;avait re\u00e7u le Procureur mentionnait que le Chef de Camp avait coutume de dire aux condamn\u00e9s r\u00e9calcitrants\u00a0: \u00ab\u00a0vous pouvez toujours \u00e9crire \u00e0 qui vous voudrez, Gouverneur et Procureur ; avec un canard, je leur bouche le bec\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pas plut\u00f4t descendu du pousse, le Procureur G\u00e9n\u00e9ral \u00e9tait accost\u00e9 par le Chef de Camp qui se tortillait. C&rsquo;\u00e9tait des&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Monsieur le Procureur G\u00e9n\u00e9ral par ci, Monsieur le Procureur par l\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce magistrat le toisant d&rsquo;un air s\u00e9v\u00e8re lui lan\u00e7a sur un ton p\u00e9remptoire&nbsp;:&nbsp;\u00ab&nbsp;Tr\u00eave de plaisanterie&nbsp;! Conduisez-moi aux locaux disciplinaires et faites rentrer tous les travailleurs sans exception&nbsp;; je veux interroger tout le monde, il n&rsquo;y aura pas de canard pour me boucher le bec&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Stup\u00e9faction du Chef de Camp et de son entourage, qui durent s&rsquo;ex\u00e9cuter.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Procureur se fit ouvrir tous les cachots et toutes les cellules, m\u00eame les locaux que l&rsquo;on disait ne contenir personne. Tout le monde fut interrog\u00e9, apr\u00e8s assurance formelle du Procureur que personne ne serait molest\u00e9 par la suite. Les t\u00e9moignages recueillis furent consign\u00e9s sur des proc\u00e8s-verbaux apr\u00e8s confrontations. Un cadavre fut d\u00e9terr\u00e9, qui avait \u00e9t\u00e9 enterr\u00e9 huit jours auparavant, et le Procureur constata que le corps portait de multiples coups de sabre. Des malades qui se consumaient dans les cachots et auxquels toute visite m\u00e9dicale avait \u00e9t\u00e9 refus\u00e9e, furent dirig\u00e9s par ses soins sur l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Laurent au moyen du pousse qui l&rsquo;avait amen\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Le personnel de surveillance du camp fut \u00e9vacu\u00e9 d\u00e8s le lendemain matin et remplac\u00e9 aussit\u00f4t Par un personnel nouveau. Le Procureur avait pass\u00e9 la nuit sur les lieux sans prendre aucun repos, ni d&rsquo;autre nourriture que les victuailles qu&rsquo;il avait emport\u00e9es de Cayenne pour remplacer le canard symbolique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette inspection m\u00e9morable, porta ses fruits : le chef de camp fut r\u00e9voqu\u00e9, ainsi que plusieurs surveillants D&rsquo;autre furent en outre condamn\u00e9s \u00e0 la prison. Enfin tous les porte-cl\u00e9s arabes furent cass\u00e9s et condamn\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Les \u00e9vasions<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La plupart des journaux entretiennent leurs cr\u00e9dules lecteurs dans cette croyance qu&rsquo;au Bagne on s&rsquo;en va comme l&rsquo;on veut.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s eux, les bagnards tirent leur r\u00e9v\u00e9rence \u00e0 ces messieurs de la Tentiaire avec une facilit\u00e9 remarquable. Ceux qui restent, sont des for\u00e7ats volontaires qui daignent rester sur les lieux afin que le Bagne ne ferme pas ses portes. Rien n&rsquo;est plus faux.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul ROUSSENQ.<\/p>\n\n\n\n<p>(A suivre) (Tous droits de reproduction r\u00e9serv\u00e9s)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le R\u00e9publicain du Gard Mercredi 29 janvier 1936 L&rsquo;Enfer du Bagne (M\u00c9MOIRES D&rsquo;UN CONDAMN\u00c9 MILITAIRE) par Paul ROUSSENQ (SUITE) L\u2019institution des porte-cl\u00e9s, condamn\u00e9s auxiliaires au service de l\u2019Administration ne pouvait l\u00e9galement couvrir ces s\u00e9vices abominables. Mais il ne faut pas parler en Guyane de l\u00e9galit\u00e9. 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