{"id":5998,"date":"2025-10-27T01:10:00","date_gmt":"2025-10-27T00:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5998"},"modified":"2025-10-14T06:28:46","modified_gmt":"2025-10-14T04:28:46","slug":"lenfer-nimois-du-bagne-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2025\/10\/lenfer-nimois-du-bagne-2\/","title":{"rendered":"L&rsquo;enfer n\u00eemois du bagne 2"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le_Republicain_du_Gard-21-janvier-1936-depart-forcats.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5999\" width=\"317\" height=\"247\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le_Republicain_du_Gard-21-janvier-1936-depart-forcats.jpg 707w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le_Republicain_du_Gard-21-janvier-1936-depart-forcats-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 317px) 100vw, 317px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Le R\u00e9publicain du Gard<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mardi 21 janvier 1936<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>L&rsquo;ENFER DU BAGNE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(M\u00c9MOIRES D&rsquo;UN CONDAMN\u00c9 MILITAIRE)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>par Paul ROUSSENQ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(SUITE)<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>La nourriture des for\u00e7ats<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Sur le papier \u2013 si les r\u00e8glements en la mati\u00e8re avaient \u00e9t\u00e9 strictement observ\u00e9s \u2013 la nourriture aurait pu para\u00eetre plus que suffisante, autant que vari\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y a loin de la coupe aux l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>En principe, donc, nous avions droit \u00e0 ceci&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>750 grammes de pain de bonne qualit\u00e9&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>250 grammes de viande fraiche quatre jours par semaine. Les autres jours&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>200 grammes de viande de conserve ou bien&nbsp;:<\/li>\n\n\n\n<li>180 grammes de lard&nbsp;; avec 50 centilitres de bouillon.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Pour le repas du soir et cinq fois par semaine&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>100 grammes de l\u00e9gumes secs (haricots blancs ou rouges, lentilles ou pois cass\u00e9s), et les deux autres jours de la semaine&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>60 grammes de riz.<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Nous avons droit en outre \u00e0&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>8 grammes de graisse&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>12 grammes de sel&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>15 grammes de sucre, et\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>12 grammes de caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9, il en \u00e9tait tout autrement.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Les b\u0153ufs abattus, provenant du Venezuela, \u00e9taient des b\u00eates an\u00e9mi\u00e9es, ayant souffert du voyage&nbsp;; le personnel administratif et de surveillance se r\u00e9servant les moins mauvais morceaux \u2013 chose bien naturelle \u2013 \u00e0 la population p\u00e9nale \u00e9choyait le restant, ou les os tenaient une place de choix. Or, les os rentrent en ligne de compte dans la ration des condamn\u00e9s. Ceux-ci retir\u00e9s apr\u00e8s cuisson de la viande et compte tenu des fuites (nous en reparlerons), nous trouvions dans notre gamelle, un m\u00e9lange savamment dos\u00e9 de viande, de nerfs et de peu atteignant le poids de 90 \u00e0 100 grammes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bouillon, blanc comme de l\u2019eau de savon, \u00e9tait au niveau de la mati\u00e8re premi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Les jours de viande de conserves, la plupart du temps c\u2019\u00e9tait bo\u00eetes de \u00ab&nbsp;singe&nbsp;\u00bb avari\u00e9es. Quant au lard, on le faisait cuire \u00e0 peine pour que, pesant davantage, les rations fussent plus r\u00e9duites.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au repas du soir, on nous d\u00e9livrait des l\u00e9gumes secs qui ne voulaient pas cuire ou qui \u00e9taient moisis et le riz \u00e9tait cuit \u00e0 l\u2019eau, purement et simplement. La graisse se passait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la marmite.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne le pain, il \u00e9tait le plus souvent mangeable&nbsp;; il arrivait cependant qu\u2019il \u00e9tait agr\u00e9ment\u00e9 de milliers de charan\u00e7ons et aussi que les farines laissaient \u00e0 d\u00e9sirer.<\/p>\n\n\n\n<p>Le quart de caf\u00e9 qui nous \u00e9tait allou\u00e9 au r\u00e9veil ne risquait pas de nous \u00e9nerver, car les cuisiniers avaient soin de s\u2019en r\u00e9server la majeure partie pour des destinations diverses. Nous expliquerons ces trafics tout au long dans un chapitre appropri\u00e9. Ils ont d\u2019ailleurs \u00e9t\u00e9 d\u00e9nonc\u00e9 par des plumes autoris\u00e9es, de m\u00eame que tant d\u2019abus commis par nombre d\u2019agents d\u2019Administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-Republicain-du-Gard-1936-Enfer-du-Bagne.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5985\" width=\"304\" height=\"138\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-Republicain-du-Gard-1936-Enfer-du-Bagne.jpg 511w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-Republicain-du-Gard-1936-Enfer-du-Bagne-300x136.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 304px) 100vw, 304px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Le travail sous une pluie battante ou sous un soleil de plomb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les Iles du Salut, le travail est de tout repos. En effet, sur ces rochers il n\u2019y a aucune culture, \u00e0 peine quelques maigres jardins.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des routes corniches qui bordent la mer&nbsp;; il y en a d\u2019autres qui relient les divers points de chaque \u00eelot. Sur ces routes, l\u2019herbe pousse. Les for\u00e7ats sont charg\u00e9s de l\u2019extirper en permanence. On commence \u00e0 un point d\u00e9termin\u00e9, chacun est muni d\u2019un bout de cercle de barrique recourb\u00e9&nbsp;; on gratte la terre avec cet outil improvis\u00e9, en restant accroupi&nbsp;; on se r\u00e9unit en groupe et on discute tout en faisant marcher machinalement la raclette. Au bout d\u2019un certain temps, on est revenu au point de d\u00e9part et\u2026 l\u2019herbe ayant repouss\u00e9, on recommence \u00e0 l\u2019extirper\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cela continue en permanence&nbsp;: il faut bien occuper les for\u00e7ats&nbsp;! A noter que ce genre de travail n\u2019a pas les pr\u00e9f\u00e9rences des condamn\u00e9s. Non seulement il est monotone, mais encore il est passablement incommodant.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, des milliers de fourmis, rouges et noires, se glissent dans les chaussures, grimpent apr\u00e8s les jambes qu\u2019elles font enfler de leurs piqures.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, ce travail ne rapporte rien par lui-m\u00eame, et les for\u00e7ats aime bien se \u00ab&nbsp;d\u00e9brouiller&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y en a certes qui sont mieux lotis&nbsp;: jardiniers, infirmiers, plantons et comptables, cuisiniers, gar\u00e7ons de famille (lisez domestiques chez les surveillants, mari\u00e9s, etc.). Ceux-l\u00e0 remplissent un emploi qui les nourrit, si l\u2019on peut dire. Ils ont la possibilit\u00e9 d\u2019am\u00e9liorer leur ration, d\u2019acheter du tabac au moyen de tripotages ad\u00e9quats aux emplois qu\u2019ils occupent. Nous y reviendrons au chapitre de la d\u00e9brouille.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 la \u00ab&nbsp;Grande Terre&nbsp;\u00bb o\u00f9 les hommes tombent comme des mouches<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En Guyane m\u00eame, \u00e0 la \u00ab\u00a0Grande Terre\u00a0\u00bb comme on dit l\u00e0-bas, c\u2019est une autre paire de manches. Certes, il y a aussi des \u00ab\u00a0embusqu\u00e9s\u00a0\u00bb, mais les camps forestiers comptent dans leur sein la presque totalit\u00e9 des effectifs. Le reste est confin\u00e9 au si\u00e8ge central des divers p\u00e9nitenciers, o\u00f9 sont \u00e9tablis les services administratifs et m\u00e9dicaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les camps forestiers, \u00e9loign\u00e9s des agglom\u00e9rations, les d\u00e9frichements, le d\u00e9bitage et le charroi des pi\u00e8ces de bois ne sont pas un mince travail dans des terrains mar\u00e9cageux, sous un soleil de plomb ou sous une pluie battante. La maladie y fait des ravages terribles&nbsp;; sans cesse ces camps forestiers sont renouvel\u00e9s en hommes \u00e0 mesure qu\u2019ils sont \u00e9limin\u00e9s par la maladie et la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Arm\u00e9s de lourdes haches, les hommes vont abattre les g\u00e9ants de la for\u00eat, qu\u2019ils d\u00e9bitent ensuite par st\u00e8res&nbsp;; d\u2019autres sont charg\u00e9s de d\u00e9raciner les \u00ab&nbsp;chicots&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire ce qui reste des arbres abattus du ras du sol aux racines.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres encore ont la mission de d\u00e9brousser, d\u2019extirper les grandes herbes, les arbustes et les \u00e9pines, et d\u2019amener les grosses pi\u00e8ces \u00e0 pied d\u2019\u0153uvre \u00e0 la scierie.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous ces travaux sont tr\u00e8s p\u00e9nibles, non seulement en eux-m\u00eames, mais encore en raison de l\u2019insalubrit\u00e9 du climat et du manque de nourriture. Il va sans dire que le vin est un article de contrebande.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul ROUSSENQ.<\/p>\n\n\n\n<p>(A suivre) (Tous droits de reproduction r\u00e9serv\u00e9s)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le R\u00e9publicain du Gard Mardi 21 janvier 1936 L&rsquo;ENFER DU BAGNE (M\u00c9MOIRES D&rsquo;UN CONDAMN\u00c9 MILITAIRE) par Paul ROUSSENQ (SUITE) La nourriture des for\u00e7ats Sur le papier \u2013 si les r\u00e8glements en la mati\u00e8re avaient \u00e9t\u00e9 strictement observ\u00e9s \u2013 la nourriture aurait pu para\u00eetre plus que suffisante, autant que vari\u00e9e. Mais il y a loin de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6022],"tags":[5683,2070,1654,2449,6025,2808,1404,6023,3705,6024,1241,321,3704],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5998"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5998"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5998\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":6003,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5998\/revisions\/6003"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5998"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5998"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5998"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}