{"id":5963,"date":"2025-10-04T01:10:00","date_gmt":"2025-10-03T23:10:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5963"},"modified":"2025-09-29T12:46:39","modified_gmt":"2025-09-29T10:46:39","slug":"je-vous-ecris-de-saint-laurent","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2025\/10\/je-vous-ecris-de-saint-laurent\/","title":{"rendered":"Je vous \u00e9cris de Saint-Laurent"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-par-Ubaud-vers-1929.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5536\" width=\"180\" height=\"266\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-par-Ubaud-vers-1929.jpg 485w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-par-Ubaud-vers-1929-203x300.jpg 203w\" sizes=\"(max-width: 180px) 100vw, 180px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Le d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel du 6 ao\u00fbt 1929 ordonne la lib\u00e9ration du for\u00e7at 37664. L\u2019intense campagne men\u00e9e par le Secours Rouge Internationale et le Parti Communiste a port\u00e9 ses fruits. Ou presque\u2026 Paul Roussenq est libre&nbsp;; il signe aux \u00eeles du Salut le proc\u00e8s-verbal de notification de la mesure de cl\u00e9mence le 30 septembre. Roussenq est d\u00e9sormais for\u00e7at de 4<sup>e<\/sup> cat\u00e9gorie 1<sup>e<\/sup> section&nbsp;; il porte matricule 16185. Pour autant la fin des travaux forc\u00e9s ne signifie pas le retour en France<strong>. <\/strong>L\u2019article 6 du d\u00e9cret-loi imp\u00e9rial du 30 mai 1854 impose un temps de r\u00e9sidence dans la colonie, \u00e9gal \u00e0 celui de la condamnation si celle-ci est inf\u00e9rieure \u00e0 huit ans. C\u2019est ce que l\u2019on appelle le doublage. Au-del\u00e0 d\u2019une peine de huit ann\u00e9es, la r\u00e9sidence obligatoire devient perp\u00e9tuelle. Paul Henri Roussenq, condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans en 1908, n\u2019est ainsi que libre de v\u00e9g\u00e9ter \u00e0 Saint-Laurent o\u00f9 il d\u00e9barque au d\u00e9but du mois d\u2019octobre. L\u2019honn\u00eate homme, qui a pass\u00e9 plus de onze ans dans les cachots de l\u2019\u00eele Saint-Joseph, doit th\u00e9oriquement se signaler aux services de police de la colonie deux fois par an et ne pas se trouver autre part que dans la commune p\u00e9nitentiaire. Il doit aussi subvenir par lui-m\u00eame \u00e0 ses besoins.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>D\u00e8s le 5 septembre, <em>L\u2019Humanit\u00e9 <\/em>exige son retour en m\u00e9tropole&nbsp;; la campagne en faveur de L\u2019Inco reprend de plus belle&nbsp;; elle est relay\u00e9e en province par les organes de presse r\u00e9gionaux affili\u00e9s au PCF. Elle ne manque pas de s\u2019offusquer d\u2019un retard estim\u00e9 volontaire pour transmettre la nouvelle de la lib\u00e9ration et d\u2019\u00e9gratigner au passage la SFIO et la Ligue des Droits de l\u2019Homme qui, pourtant, a multipli\u00e9 les demandes de recours en gr\u00e2ce et les courriers en faveur du bagnard r\u00e9fractaire. Pendant cinq num\u00e9ros du 7 d\u00e9cembre 1929 au 4 janvier 1930, <em>La Provence Ouvri\u00e8re et Paysanne<\/em> est l\u2019un de ces organes de presse instrumentalisant Roussenq pour en faire une victime de la bourgeoisie et du syst\u00e8me militaro-capitaliste. Paul Roussenq est un h\u00e9ros de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>En publiant une dizaine de lettres du bagnard, rest\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent in\u00e9dites, le journal nous donne un document important sur la vie mis\u00e9rable des lib\u00e9r\u00e9s \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni, \u00ab&nbsp;libre(-s) de crever de faim ou de se pendre&nbsp;\u00bb, sur l\u2019organisation de la commune p\u00e9nitentiaire mais aussi sur le cimeti\u00e8re de la ville ou encore sur les violences des surveillants militaires, sur la lourdeur des r\u00e8glements, des obligations et des interdictions impos\u00e9s aux hommes punis, etc. il nous renseigne sur l\u2019importance des r\u00e9seaux de soutien pour la survie du bagnard. Bien s\u00fbr, Roussenq exag\u00e8re quand il raconte coucher dehors pour \u00e9viter l\u2019infect asile de nuit alors qu\u2019il dort dans une chambre lou\u00e9e rue Jean-Jacques Rousseau, dans le quartier des lib\u00e9r\u00e9s. Il oublie au passage de mentionner l\u2019aide de 200 francs mensuel que lui accorde le SRI. Mais son t\u00e9moignage demeure particuli\u00e8rement \u00e9clairant. Albert Londres \u00e9crivait en 1923 que \u00ab&nbsp;le bagne commence \u00e0 la lib\u00e9ration&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Ici Roussenq lui emboite le pas&nbsp;: \u00ab&nbsp;Me voil\u00e0 donc au bagne N\u00b0 2&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"955\" height=\"286\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5966\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg 955w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-300x90.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-768x230.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 955px) 100vw, 955px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>La Provence ouvri\u00e8re et paysanne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>7 d\u00e9cembre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>VICTIME DES CONSEILS DE GUERRE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>Du bagne num\u00e9ro 2<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>PAUL ROUSSENQ relate la vie mis\u00e9rable des \u00ab&nbsp;lib\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques mois, la presse \u00e9mergeant aux fonds secrets s&rsquo;\u00e9vertua \u00e0 \u00e9crire que Paul Roussenq \u00e9tait \u00ab graci\u00e9 \u00bb. La v\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait tout autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Roussenq qui est au bagne depuis 1908 pour avoir br\u00fbl\u00e9 40 francs d&rsquo;effets militaires, venait de \u00ab b\u00e9n\u00e9ficier \u00bb des neuf mois qui lui restaient \u00e0 faire. C&rsquo;est que nos bons bourgeois appellent une \u00ab gr\u00e2ce \u00bb. Certes, \u00e0 ce moment-l\u00e0, on s&rsquo;est bien gard\u00e9 de dire que Roussenq, victime des conseils de guerre, \u00e9tait astreint \u00e0 la r\u00e9sidence forc\u00e9e, ce qui \u00e9quivaut au bagne num\u00e9ro 2, comme d&rsquo;ailleurs nos camarades lecteurs l&rsquo;apprendront en lisant les lettres \u00e9mouvantes de Roussenq lui-m\u00eame que nous a transmises sa bonne m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ILES DU SALUT, 30 septembre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ch\u00e8re m\u00e8re,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le s\u00e9maphore des Iles du Salut o\u00f9 je suis employ\u00e9, vient de recevoir un t\u00e9l\u00e9gramme provenant de Cayenne et qui annonce que, par d\u00e9cret du 6 ao\u00fbt 1929, le Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique me fait remise du restant de ma peine (neuf mois).<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;ROUSSENQ, ajoute le t\u00e9l\u00e9gramme, est vers\u00e9 dans la 4<sup>e<\/sup> Cat\u00e9gorie, 1<sup>re<\/sup> section, en prendra le num\u00e9ro matricule 16.185.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 dire que je ne peux rentrer en France ; que le for\u00e7at \u00ab&nbsp;intra muros&nbsp;\u00bb, condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de travaux forc\u00e9s N\u00b0 37.664, devient le for\u00e7at hors les murs condamn\u00e9 au bagne perp\u00e9tuel qu&rsquo;est la lib\u00e9ration dans un trou entour\u00e9 par la brousse, en l&rsquo;occurrence St-Laurent du Maroni. J&rsquo;aurais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 Saint Gilles.<\/p>\n\n\n\n<p>Encore une gr\u00e2ce au compte-gouttes. Je ne doute pas que le prol\u00e9tariat fran\u00e7ais ne juge s\u00e9v\u00e8rement cette parodie de cl\u00e9mence.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est carr\u00e9ment se moquer de la volont\u00e9 populaire. Le Conseil G\u00e9n\u00e9ral du Gard (\u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9) des conseils municipaux, une foule de groupements, comit\u00e9s, sections et nombre de journaux \u2013 sans compter les p\u00e9titions \u2013 n&rsquo;ont-ils pas r\u00e9clam\u00e9 MON RETOUR EN FRANCE ?<\/p>\n\n\n\n<p>Alors pourquoi ce geste mesquin et inutile ?<\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e8re- t-on qu&rsquo;avant de c\u00e9der au v\u0153u unanime, je laisserai mes os dans le cimeti\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e0 la Guyane.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est \u00e0 croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bruit se r\u00e9pand dans le p\u00e9nitencier qua je. suis \u00ab graci\u00e9 \u00bb, chacun de me f\u00e9liciter, de me dire : \u00ab Tu vas rentrer en France ? Je les d\u00e9trompe am\u00e8rement. Et. chacun de s&rsquo;en indigner.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils savent bien que je suis ici, au milieu d&rsquo;eux \u00ab pour la peau \u00bb (pour rien) et depuis plus de vingt et un ans !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c7a les d\u00e9passe&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>On me fait signer un proc\u00e8s-verbal de lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>ILES DU SALUT, 1<sup>er<\/sup> Octobre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je suis mis en cellule Jusqu&rsquo;\u00e0 mon d\u00e9part pour St-Laurent, capitale et tombeau des lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On pr\u00e9tend, en effet, qu&rsquo;\u00e9tant lib\u00e9r\u00e9 je ne dois pas c\u00f4toyez les hommes en cours de peine : ne m\u00e9langeons pas les serviettes avec les torchons&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ils ont du souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, je me morfonds, gratuitement entre quatre murs.<\/p>\n\n\n\n<p>Dr\u00f4le de lib\u00e9ration&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><strong>2 Octobre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On me fait aller \u00e0 la caisse o\u00f9 je per\u00e7ois la somme de 141 fr. 93 centimes, produit de mon p\u00e9cule !<\/p>\n\n\n\n<p>Bon gar\u00e7on et g\u00e9n\u00e9reux, le caissier me donne deux centimes en plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Me voil\u00e0 riche\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><strong>3 Octobre.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A six heures du soir un surveillant m&rsquo;accompagne jusqu&rsquo;au bateau.<\/p>\n\n\n\n<p>J&#8217;embarque sur l\u2019\u00ab OYAPOC \u00bb auquel Albert LONDRES fit une r\u00e9clame dont son capitaine fut m\u00e9diocrement satisfait.<\/p>\n\n\n\n<p>En route pour Saint-Laurent !<\/p>\n\n\n\n<p><strong>EN MER<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je fais route avec un d\u00e9port\u00e9 dont la peine perp\u00e9tuelle est commu\u00e9e en celle de 20 ans de d\u00e9tention. C&rsquo;est un brave bonhomme, nomm\u00e9 LALLEMAND, \u00e2g\u00e9 de 65 ans. Il me raconte ses peines et je l&rsquo;\u00e9coute. Quant \u00e0 moi, je ne peux en \u00ab placer une \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La mer est bonne, ls temps est doux et le ciel \u00e9toil\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 dans l&#8217;embouchure du fleuve \u00ab&nbsp;MARONI \u00bb et l&rsquo;avoir remont\u00e9 pendant deux heures, nom arrivons en vue de Saint-Laurent.<\/p>\n\n\n\n<p>En face le port, le vapeur \u00ab EDITH CAVEL \u00bb qui se brisa sur une roche, il y a trois ans, dresse au-dessus des flots sa carcasse ravag\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je prends pied sur l&rsquo;appontement.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/111RueMineurs-coll-Arnauld-Heuret-min-1024x645.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5969\" width=\"308\" height=\"194\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/111RueMineurs-coll-Arnauld-Heuret-min-1024x645.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/111RueMineurs-coll-Arnauld-Heuret-min-300x189.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/111RueMineurs-coll-Arnauld-Heuret-min-768x484.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/111RueMineurs-coll-Arnauld-Heuret-min-1536x968.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/111RueMineurs-coll-Arnauld-Heuret-min-2048x1290.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 308px) 100vw, 308px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT DU MARONI, le 4 Octobre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peine d\u00e9barqu\u00e9, j&rsquo;aper\u00e7us tout le long de l&rsquo;appontement une foule de lib\u00e9r\u00e9s venus l\u00e0 dans l&rsquo;espoir de d\u00e9charger le bateau, mais s&rsquo;il y a beaucoup d&rsquo;appel\u00e9s, il y aura peu d&rsquo;\u00e9lus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l\u00e0 plusieurs centaines de pauvres h\u00e8res, v\u00eatus de haillons et pieds nus. Sur leur visage cadav\u00e9rique, se lit la faim qui les tenaille.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mesure que je p\u00e9n\u00e8tre dans le village, j\u2019en rencontre d&rsquo;autres d\u00e9ambulant ou bien seuls, en groupe sur l&rsquo;herbe. Je savais \u00e7a et je ne m&rsquo;en \u00e9tonne pas.<\/p>\n\n\n\n<p>On me d\u00e9livre la tenue de sortie des lib\u00e9r\u00e9s : un complet bleu, une chemise, un chapeau de feutre et des galoches. Apr\u00e8s cela, il ne faut plus compter sur rien. Ainsi fagot\u00e9 et le mince p\u00e9cule en poche, on est compl\u00e8tement libre de crever de faim ou de se pendre, \u00e0 moins que l&rsquo;on vole et que l&rsquo;on rapine Si l&rsquo;on se fait prendre, on a le vivre et le g\u00eete \u00e0 la prison des lib\u00e9r\u00e9s, quand on ne retourne pas au bagne N\u00b01.<\/p>\n\n\n\n<p>Belles perspectives&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ces mis\u00e9rables, quelques-uns re\u00e7oivent des secours de leur famille, ce qui leur permet de subsister. Quant \u00e0 trouver du travail, il ne faut pas y songer.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur 600 lib\u00e9r\u00e9s qui v\u00e9g\u00e8tent \u00e0 Saint-Laurent, il y a du travail pour une centaine et encore pas r\u00e9guli\u00e8rement Les d\u00e9brouillards sont ceux qui jouent des coudes pour se faire embaucher au d\u00e9chargement des rares bateaux qui arrivent ; ceux qui peuvent acqu\u00e9rir un canot pour faire la p\u00eache dans le fleuve ; les ouvriers qui ont un m\u00e9tier, les peintres, ma\u00e7ons, serruriers, ferblantiers, boulangers, tailleurs, etc.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autres s&rsquo;\u00e9tablissent gargotiers, cordonniers, coiffeurs, brocanteurs, charrons, etc.., dans des cabanes du des hangars. Ce sont les aristocrates du lieu.<\/p>\n\n\n\n<p>En fin de compte, y a dix pour cent des lib\u00e9r\u00e9s qui ont la possibilit\u00e9 de se livrer \u00e0 un travail quelconque et assur\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On m&rsquo;a remis mon livret de lib\u00e9r\u00e9. Il contient une foule de stipulations, d\u00e9fenses, prohibitions, obligations et restrictions qui enserrent le lib\u00e9r\u00e9 ainsi qu&rsquo;une mouche au milieu d&rsquo;une toile d&rsquo;araign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me faudrait quatre pages pour les \u00e9noncer et une rame de papier pour les d\u00e9tailler. Je le ferai plus tard. On m&rsquo;a retir\u00e9 tout mon paquetage de for\u00e7at en cours de peine, avant que de me d\u00e9livrer le costume administratif des lib\u00e9r\u00e9s \u2013 qui n&rsquo;est pas de rigueur \u2013 mais constitue seulement le strict n\u00e9cessaire pour ne pas sortir tout nu du greffe.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois donc, dans la limite de mes possibilit\u00e9s actuelles, me procurer un deuxi\u00e8me complet de rechange, une chambre et quelques objets et meubles indispensables.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cela, j&rsquo;ai 140 francs en poche.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce ne sont pas les chambres qui manquent. Nombre de maisons (?) en bois s\u00e9par\u00e9es de cloisons, en contiennent des quantit\u00e9s, la plupart inoccup\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles sont toutes les m\u00eames : quatre cloisons de planches, une porte fermant \u00e0 clef<\/p>\n\n\n\n<p>et une fen\u00eatre fermant avec un crochet (une lucarne plut\u00f4t).<\/p>\n\n\n\n<p>Cela co\u00fbte 30 francs, par mois de location, payables d&rsquo;avance.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici maintenant mes achats calcul\u00e9s sur ma bourse :<\/p>\n\n\n\n<p>Un hamac pliant ;<\/p>\n\n\n\n<p>Une couverture d&rsquo;occasion&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Un complet de rechange&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Une chemise ;<\/p>\n\n\n\n<p>Une paire d\u2019espadrilles ;<\/p>\n\n\n\n<p>Une table et un banc rudimentaires&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Une assiette, une cueill\u00e8re et un verre ;<\/p>\n\n\n\n<p>Une lampe et un couteau.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;en ai l\u00e0 pour 103 francs, plus 30 francs de chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant achet\u00e9 de quoi pouvoir \u00e9crire apr\u00e8s avoir mis de c\u00f4t\u00e9 trois francs pour des timbres, il me reste 1a somme de 15 francs en poche, ayant vendu mes galoches que Je ne puis porter.<\/p>\n\n\n\n<p>Le courrier va arriver vers le 15 ; j&rsquo;ai trente sous \u00e0 d\u00e9penser par jour jusque-l\u00e0. Si je ne re\u00e7ois pas un mandat de secours, Je ne me vois pas blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>Aujourd&rsquo;hui, un camarade lib\u00e9r\u00e9 que j&rsquo;ai connu aux Iles. m&rsquo;a invit\u00e9 \u00e0 partager son repas, d&rsquo;autres m&rsquo;ont retenu pour ce soir et demain.<\/p>\n\n\n\n<p>Au sein de cette affreuse mis\u00e8re, il y a des gestes de solidarit\u00e9. (A suivre).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"955\" height=\"286\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5966\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg 955w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-300x90.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-768x230.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 955px) 100vw, 955px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>La Provence ouvri\u00e8re et paysanne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>14 d\u00e9cembre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>\u00ab&nbsp;Il est clair que le Gouvernement ne veut pas me voir en France&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>D\u00e9clare la noble victime des Conseils de guerre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Les Hebdomadaires Communistes du Midi ont commenc\u00e9 la publication des premi\u00e8res lettres adress\u00e9es par Paul Roussenq \u00e0 sa m\u00e8re, d\u00e8s sa \u00ab lib\u00e9ration \u00bb du bagne num\u00e9ro 1.<\/p>\n\n\n\n<p>Parmi ces lettres, il en est une o\u00f9 le \u00ab lib\u00e9r\u00e9 num\u00e9ro 161.85&nbsp;\u00bb d\u00e9crit \u00e0 ses amis la mis\u00e8re atroce qui attend tous les malheureux rejet\u00e9s du bagne. (Cette lettre nous l&rsquo;ins\u00e9rerons \u00e0 son heure). En conclusion, il lance un cri d&rsquo;appel : au secours.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet appel a \u00e9t\u00e9 entendu aussi bien par le Comit\u00e9 Central du S.R.I. que par les militants de N\u00eemes lesquels, en accord avec la m\u00e8re Roussenq, ont exp\u00e9di\u00e9 de l&rsquo;argent, du linge de corps, des effets, des livres, etc., etc.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais cela ne suffit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Que chacun de nous continue l&rsquo;agitation en faveur du retour en France de Roussenq ; que les organisations r\u00e9volutionnaires votent des ordres du jour dans ce sens et les adressent au ministre de la Guerre ; que partout l&rsquo;on cite le cas Paul Roussenq, que l&rsquo;on \u00e9tale le scandale qu&rsquo;est le maintien au bagne d&rsquo;un homme qui a br\u00fbl\u00e9 ses effets militaires en 1908 !<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n&rsquo;est que devant l&rsquo;attitude r\u00e9solue du prol\u00e9tariat que nous arriverons \u00e0 faire c\u00e9der le Gouvernement. Donc pour le Retour en France de Roussenq, redoublons d&rsquo;\u00e9nergie, multiplions les initiatives, alertons les travailleurs tant que nous n&rsquo;aurons obtenu satisfaction compl\u00e8te.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9gionaux communistes et en particulier le \u00ab Travailleur du Languedoc \u00bb ont men\u00e9 une vive campagne pour le retour en France de Roussenq. Celui-ci en est. fortement touch\u00e9 et il nous exprime toute sa gratitude dans la lettre re\u00e7ue par la r\u00e9daction centrale \u00e0 N\u00eemes que nous publions ci-apr\u00e8s :<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saint-Laurent du Maroni<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 15 octobre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>CAMARADE REDACTEUR,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On s&rsquo;est d\u00e9cid\u00e9 dans les milieux dirigeants de donner un semblant de satisfaction \u00e0 l&rsquo;opinion publique en me faisant remise du restant de ma peine : une dizaine de mois.<\/p>\n\n\n\n<p>On a eu l&rsquo;impudeur de me maintenir la r\u00e9sidence perp\u00e9tuelle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Me voil\u00e0 donc au bagne N\u00b0 2 ; j&rsquo;ai chang\u00e9 de num\u00e9ro matricule mais ma situation pr\u00e9sentement, est encore plus pr\u00e9caire.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans ressources, sans travail, sans aide, sans assistance, j&rsquo;attends\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ma gr\u00e2ce (?) a \u00e9t\u00e9 sign\u00e9e le 6 ao\u00fbt ; une lettre de ma m\u00e8re du 23 ao\u00fbt me montre qu&rsquo;elle en est encore dans l&rsquo;ignorance.<\/p>\n\n\n\n<p>Certes, on ne s&rsquo;est pas vant\u00e9 de ce fait d&rsquo;armes de m&rsquo;avoir graci\u00e9 en me maintenant au bagne&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce courrier d&rsquo;octobre je n&rsquo;ai encore rien re\u00e7u, mes lettres ont d\u00fb \u00eatre adress\u00e9es aux Iles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il me reste \u00e0 remercier de tout c\u0153ur les travailleurs, les militants du Gard et le \u00ab Travailleur du Languedoc \u00bb pour leurs efforts ininterrompus en ma faveur depuis trois ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est clair que le gouvernement ne veut pas me voir en France \u2013 il ne veut pas de ce t\u00e9moignage vivant sorti du tombeau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je garde confiance dans la volont\u00e9 de la classe ouvri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Re\u00e7ois mon cher camarade mon salut fraternel.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul ROUSSENQ, lib\u00e9r\u00e9 n\u00b0 16185<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cimetiere-transportes-Saint-Laurent-du-Maroni.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5971\" width=\"317\" height=\"202\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Les lettres poignantes de Paul Roussenq \u00e0 sa m\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Saint-Laurent du Maroni, 6 octobre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ch\u00e8re M\u00e8re,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On vient de me remettre ta lettre du 23 ao\u00fbt contenant celles de M. REMY et de mon camarade CLAVEL &#8211; et une coupure du journal \u00ab&nbsp;LA DEFENSE \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est bizarre qu&rsquo;\u00e0 cette date vous n&rsquo;ayiez pas encore eu connaissance de ma remise de peine.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis rendu compte de la somme de travail que s&rsquo;est impos\u00e9e la vaillante organisation du Secoure Rouge en envoyant communication du dossier de mon affaire \u00e0 toutes les sections de la Ligue des Droits de l&rsquo;Homme. Il est \u00e9vident qu&rsquo;ainsi que le parti socialiste qui marque une continuelle r\u00e9gression de m\u00eame l&rsquo;esprit de la Ligue n&rsquo;a fait que s&#8217;embourgeoiser depuis BUISSON.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis persuad\u00e9 que le Comit\u00e9 Central de la Ligue a re\u00e7u le mot d&rsquo;ordre du Gouvernement de faire le silence sur mon cas.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le ne me trompe pas la section de Saint-Gilles s&rsquo;est dissoute depuis quelques temps d\u00e9j\u00e0 et c&rsquo;est ce qu&rsquo;elle avait de mieux \u00e0 faire.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u00e9anmoins, nous devons savoir gr\u00e9 aux quelques sections qui se sont \u00e9lev\u00e9es contre mon maintient ind\u00e9fini au bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux comit\u00e9s d\u00e9partementaux du Secours Rouge, c&rsquo;est avec un bel ensemble qu&rsquo;ils ont r\u00e9pondu aux directives de l&rsquo;organisation centrale. Vous aurez \u00e9t\u00e9 tous bien d\u00e9\u00e7us lorsque vous aurez appris qu&rsquo;un exil ind\u00e9fini m&rsquo;\u00e9tait impos\u00e9 du fait d&rsquo;une mesure \u00e9troite et mesquine prise pour donner un semblant de satisfaction \u00e0 l&rsquo;opinion publique.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle-ci sous la pression des organisations militantes, va de nouveau faire entendre sa voix pour protester contre cette duperie, mais qu&rsquo;en r\u00e9sultera-t-il ?<\/p>\n\n\n\n<p>je ne me fais pas d&rsquo;illusions, connaissant trop la tactique des manitous pr\u00e9pos\u00e9s aux bureaux des Gr\u00e2ces.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un an on me transformera ma r\u00e9sidence perp\u00e9tuelle, en dix ans ; dans deux ans on transformera ces dix ans en cinq, puis en deux. Enfin, si j&rsquo;ai le tort de respirer encore apr\u00e8s tous ces d\u00e9lais d&rsquo;ajournement, on se d\u00e9cidera \u2013 bien \u00e0 contre-c\u0153ur \u2013 \u00e0 me l\u00e2cher<\/p>\n\n\n\n<p>\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je viens d&rsquo;entendre le premier chant du coq dans le voisinage.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis minuit je suis lev\u00e9, ne pouvant dormir \u00e0 cause des punaises qui infestent ces taudis de planches.<\/p>\n\n\n\n<p>Oblig\u00e9 de tenir la fen\u00eatre ferm\u00e9e ainsi que la porte \u2013 pour ne pas livrer passage aux moustiques \u2013 il fait une chaleur lourde dans l&rsquo;ambiance d&rsquo;un air confin\u00e9. Tout \u00e0 l&rsquo;heure, je marchais de long en large et je me figurais dans un cachot moins le hamac et la lampe.<\/p>\n\n\n\n<p>Celle-ci dont la m\u00e8che brule \u00e0 l&rsquo;air libre, d\u00e9gage des flocons noir\u00e2tres de fum\u00e9e de p\u00e9trole, et je ne m&rsquo;\u00e9tonne pas de cracher noir dans cette atmosph\u00e8re ainsi vici\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici les verres de lampe sont de sortie. D&rsquo;ailleurs la forme de ces lampes de fortune ne permettrait pas leur adaptation.<\/p>\n\n\n\n<p>Je sortais bien un peu dehors faire un tour et respirer l&rsquo;air pur de la nuit mais si un agent me rep\u00e8re, il me conduit au poste et l&rsquo;on me dresse une contravention qui me vaut huit jours de contrainte par corps par suite de non-paiement de l&rsquo;amende.<\/p>\n\n\n\n<p>En effet, de neuf heures du soir au lever du soleil, il est fait d\u00e9fense aux lib\u00e9r\u00e9s de circuler dans les rues \u2013 de stationner m\u00eame au seuil des chambres.<\/p>\n\n\n\n<p>Hier apr\u00e8s-midi, j&rsquo;ai visit\u00e9 le cimeti\u00e8re. Il est divis\u00e9 en deux, d&rsquo;une part les personnes dont le casier judiciaire est plus blanc que leur \u00e2me et conscience, d&rsquo;autre part les condamn\u00e9s et lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ceux qui ont eu la chance ou le talent de se soustraire \u00e0 la fl\u00e9trissure (?) des lois, ont des tombes plus ou moins honorables et plus ou moins fleuries.<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite des \u00e9ternels regrets, le P. P. L. de rigueur s&rsquo;y voit aussi bien pour les femmes que pour les hommes :<\/p>\n\n\n\n<p>Ci-git Mathilde RABOT,<\/p>\n\n\n\n<p>Regrets \u00e9ternels de sa famille<\/p>\n\n\n\n<p>P. P. L.<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;y regarde pas de si pr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au cimeti\u00e8re des parias, vaste n\u00e9cropole anonyme, il ne se distingue pas pr\u00e9cis\u00e9ment par la prodigalit\u00e9 des ornements fun\u00e9raires. Adoss\u00e9 \u00e0 sa s\u00e9lecte contrepartie, ce n&rsquo;est qu&rsquo;une vaste \u00e9tendue herbeuse o\u00f9 s&rsquo;alignent une infinit\u00e9 de monticules l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Une haie de bambous imp\u00e9n\u00e9trable borde l&rsquo;asile des morts.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux Iles du Salut j&rsquo;entendais dire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Un tel ne vas pas tarder d&rsquo;aller aux requins \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ici, l&rsquo;on dit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Notre sort, c&rsquo;est d&rsquo;aller aux bambous&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"955\" height=\"286\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5966\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg 955w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-300x90.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-768x230.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 955px) 100vw, 955px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>La Provence ouvri\u00e8re et paysanne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>21 d\u00e9cembre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>LES LETTRES DE PAUL ROUSSENQ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>\u00ab Elle est belle la \u00ab\u00a0lib\u00e9ration\u00a0\u00bb \u00bb ECRIT LE \u00ab&nbsp;GRACI\u00c9&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vendredi 13 d\u00e9cembre, \u00e0 la s\u00e9ance du matin, notre camarade B\u00e9ron<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a>, au nom de la fraction communiste, a \u00e9voqu\u00e9 devant la Chambre le \u00ab cas Roussenq \u00bb, ce fils de travailleurs honn\u00eates qui apr\u00e8s avoir jet\u00e9 un cro\u00fbton de pain \u00e0 la t\u00eate du pr\u00e9sident de la Correctionnelle venant de le condamner pour \u00ab\u00a0vagabondage&nbsp;\u00bb (d\u00e9lit que l&rsquo;on ne rel\u00e8ve jamais contre les bourgeois d\u00e9s\u0153uvr\u00e9s), fut gratifi\u00e9 d&rsquo;un an et un jour de prison. Cette peine lui valut de faire la connaissance avec les bataillons de discipline ; l\u00e0, exc\u00e9d\u00e9 des coups qu&rsquo;il avait re\u00e7us et pour protester contre la mis\u00e8re physique et morale dont il \u00e9tait \u00e0 la fois le t\u00e9moin et la victime, Roussenq br\u00fbla \u2013 un jour qu&rsquo;il \u00e9tait en cellule \u2013 ses effets de treillis d&rsquo;une valeur de 40 francs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ce geste, Roussenq fut traduit devant le conseil de guerre de Tunis. Impitoyable selon leurs habitudes les G. D. V. prononc\u00e8rent contre le soldat qui les accablait de son m\u00e9pris, 20 ANS DE BAGNE.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela se passait en octobre 1908&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ces faits ont \u00e9t\u00e9 rappel\u00e9s \u00e0 la Chambre des d\u00e9put\u00e9s par le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la fraction communiste, notre camarade B\u00e9ron, lequel, avec juste raison, eut soin de souligner que \u00ab si Roussenq avait \u00e9mis des ch\u00e8ques sans provisions, s\u2019il s&rsquo;\u00e9tait appel\u00e9 Klotz<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, il serait en libert\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>B\u00e9ron d\u00e9non\u00e7a \u00e9galement avec vigueur, malgr\u00e9 les vocif\u00e9rations de la meute radicalo-conservatrice et S.F.I.O., le scandale de la \u00ab gr\u00e2ce&nbsp;\u00bb dont on a tenu \u00e0 faire b\u00e9n\u00e9ficier Roussenq tout en maintenant contre lui la \u00ab r\u00e9sidence forc\u00e9e&nbsp;\u00bb ce qui \u00e9quivaut au bagne num\u00e9ro 2.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ailleurs c&rsquo;est autour de cette \u00ab gr\u00e2ce \u00bb et pour en expliquer le sens aux travailleurs de France que Roussenq a \u00e9crit les lettres publi\u00e9es par notre journal et par la \u00ab D\u00e9fense \u00bb, organe du Secours Rouge International.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces lettres doivent \u00eatre comment\u00e9es dans les r\u00e9unions prol\u00e9tariennes ; elles doivent nous permettre \u00e0 ext\u00e9rioriser le \u00ab cas Roussenq \u00bb, car il fait partie de notre lutte contre la bourgeoisie, pour la lib\u00e9ration de tous les condamn\u00e9s civils ou militaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant, c\u00e9dons la plume au valeureux \u00ab bagnard \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT-DU-MARONI,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE 7 OCTOBRE 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ch\u00e8re M\u00e8re,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;\u00e9tait hier dimanche.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce jour-l\u00e0 ne diff\u00e8re pas des autres pour les lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de trouver du travail.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, il y a des usines et un personnel pour les services municipaux. Alors ?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien simple : l&rsquo;\u00e9dilit\u00e9 et les employeurs ont recours \u00e0 la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale, en passant des contrats avantageux avec l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pourquoi les lib\u00e9r\u00e9s n&rsquo;ont pas de travail et sont sur le pav\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque, par hasard on consent \u00e0 les employer on leur donne des salaires de famine : dix \u00e0 douze francs par jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce soir un lib\u00e9r\u00e9 chantait dans les rues ayant bu un coup, un \u00ab chasseur d&rsquo;hommes \u00bb est venu, lui a mis la main au collet et l&rsquo;a men\u00e9 au poste.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00ab&nbsp;chasseurs d&rsquo;hommes&nbsp;\u00bb sont des condamn\u00e9s en cours de peine \u2013 des arabes \u2013 Ce sont des d\u00e9lateurs mis \u00e0 l&rsquo;index par la population p\u00e9nale et qui sont charg\u00e9s \u2013 concurremment avec la police et les surveillants \u2013 de poursuivre les \u00e9vad\u00e9s, de reconduire au camp les condamn\u00e9s qu&rsquo;ils surprennent, chez les bistros, d&rsquo;arr\u00eater les lib\u00e9r\u00e9s qu&rsquo;ils trouvent en contravention.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont \u00e0 la solde de l&rsquo;administration et de la commune \u00e0 la fois, le maire \u00e9tant le commandant du p\u00e9nitencier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils jouissent d&rsquo;avantages que leur situation p\u00e9nale ne comporte pas, mais qu&rsquo;on leur accorde n\u00e9anmoins ; ils habitent des cabanes isol\u00e9es \u00e0 proximit\u00e9 du village, ont jardins et poulaillers et des effets civils.<\/p>\n\n\n\n<p>Beaucoup sont en m\u00e9nage avec des n\u00e9gresses et ont des enfants. Ils sont arm\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est scandaleux que des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s en cours de peine, soient charg\u00e9s de la police en dehors de l&rsquo;enceinte du camp p\u00e9nitencier et jouissent de toutes les pr\u00e9rogatives civiles.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ill\u00e9gal et pourtant cela est.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Saint-Laurent-du-Maroni-douane-et-appontement-commerce.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5248\" width=\"339\" height=\"224\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Saint-Laurent-du-Maroni-douane-et-appontement-commerce.jpg 732w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Saint-Laurent-du-Maroni-douane-et-appontement-commerce-300x198.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 339px) 100vw, 339px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Dans le courant de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, ayant port\u00e9 mes pas du c\u00f4t\u00e9 du port, je m&rsquo;\u00e9tais assis sur un des bancs plac\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ombre des arbres. Mais un agent y a mis bon ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai appris ainsi que les bancs des promenades publiques ne sont pas \u00e0 l&rsquo;usage des lib\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis estim\u00e9 heureux d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9pargn\u00e9 d&rsquo;une contravention. Pourtant mon livret ne m&rsquo;avait pas pr\u00e9venu de cette d\u00e9fense, mais il y a bien d&rsquo;autres chinoiseries tracasseries consacr\u00e9es par des arr\u00eat\u00e9s municipaux et des circulaires du Gouverneur qui renforcent celles dont le livret fait \u00e9tat.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, nous autres lib\u00e9r\u00e9s ne devons pas marcher sur le gazon des promenades, l&rsquo;acc\u00e8s de nombre d&rsquo;\u00e9tablissements nous est interdit. Nous sommes trait\u00e9s en vrais parias que nous sommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faudra que je note soigneusement sur mon calepin tout ce qu&rsquo;il faut \u00e9viter de faire et qui n&rsquo;est pas consign\u00e9 sur mon livret. L&rsquo;autre jour, j&rsquo;ignorais que je ne devais pas sortir, heureusement que je n&rsquo;ai pas rencontr\u00e9 l&rsquo;AUTORIT\u00c9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais donc me documenter aupr\u00e8s des anciens. On m&rsquo;a fait voir l&rsquo;asile de nuit, vieux b\u00e2timent l\u00e9preux situ\u00e9 \u00e0 200 m\u00e8tres du village.<\/p>\n\n\n\n<p>Il contient des lits de camp et beaucoup de vermine. L\u00e0 se donnent rendez-vous tous ceux qui n&rsquo;ont pas de chambre.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est le seul palliatif que la bienfaisance officielle accorde \u00e0 la mis\u00e8re des lib\u00e9r\u00e9s et encore la charit\u00e9 n&rsquo;y est-elle pour rien : on a construit cette b\u00e2tisse, afin de parquer en lieu s\u00fbr les lib\u00e9r\u00e9s sans abri, pour ne pas qu&rsquo;ils aient l&rsquo;excuse par force majeure, des vagabondages nocturnes et de leurs suites\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 part \u00e7a, pas un morceau de pain ne leur est donn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La mendicit\u00e9 est inconnue ici.<\/p>\n\n\n\n<p>On vole quand on peut, on cr\u00e8ve de faim, mais on ne tend pas la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a bien pour l&rsquo;opinion publique fran\u00e7aise, un Comit\u00e9 d&rsquo;aide et assistance aux lib\u00e9r\u00e9s notamment pour leur trouver du travail, mais cette institution th\u00e9orique ne fonctionne pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a une Soci\u00e9t\u00e9 Protectrice des Animaux, les lib\u00e9r\u00e9s de la Guyane sont moins que des b\u00eates, puisque personne ne s&rsquo;occupe d&rsquo;eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils n&rsquo;ont que la sollicitude de la police et des tribunaux et vraiment, c&rsquo;est un bien pour eux.<\/p>\n\n\n\n<p>La prison des lib\u00e9r\u00e9s les sauve de l&rsquo;inanition, c&rsquo;est le seul refuge qui leur est offert.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans travail, sans argent, sans ressource, ces hommes sont dans la n\u00e9cessit\u00e9 in\u00e9luctable de s&rsquo;attaquer \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9. S&rsquo;ils sont pris, la prison les nourrira, s&rsquo;ils ont l&rsquo;impunit\u00e9, ils se nourriront eux-m\u00eames et boiront par-dessus le march\u00e9. Car la boisson, ici, c&rsquo;est le seul plaisir qu&rsquo;ils puissent se procurer.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ma part, ce plaisir-l\u00e0 ne me tente pas<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAINT.LAURENT-DU-MARONI,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>LE 20 NOVEMBRE 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mon cher camarade<\/strong><a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a><strong>.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On ne m&rsquo;a remis que ces jours-ci ta lettre du 16 septembre qui aurait pu moisir aux Iles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Tu chantes victoire, mon pauvre ami, mais moi je ne suis pas en liesse, tu peux le croire.<\/p>\n\n\n\n<p>Ecris \u00e0 M. Antoine MESCLON, rue de Gergovie, 79 \u00e0 Paris XIV<sup>e<\/sup>, et demande lui son livre : \u00ab&nbsp;CE QUE J&rsquo;AI SUBI EN 15 ANS DE BAGNE&nbsp;\u00bb page 233 et suivantes, et tu verras ce que doit \u00eatre ma \u00ab lib\u00e9ration \u00bb. De la page 292 \u00e0 301, l&rsquo;auteur a consacr\u00e9 une \u00e9tude sur mon cas (\u00e9dit\u00e9 par l&rsquo;auteur en 1924).<\/p>\n\n\n\n<p>Je comptais recevoir de l&rsquo;argent au courrier d&rsquo;octobre. Rien n&rsquo;est arriv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis un mois, je vis de fruits que je vais cueillir ; j&rsquo;ai revendu le peu de mobilier que j&rsquo;avais achet\u00e9, et je couche \u00e0 la belle \u00e9toile, l&rsquo;asile de nuit \u00e9tant infect.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah&nbsp;! cette brume des tropiques, apr\u00e8s minuit, comme elle glace le corps&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Elle est belle la lib\u00e9ration&nbsp;! ce n&rsquo;est pas ce que j&rsquo;avais attendu.<\/p>\n\n\n\n<p>Si je ne re\u00e7ois pas des secours r\u00e9guli\u00e8rement tous les mois, je retournerai au bagne. Je pr\u00e9f\u00e8re \u00e7a que de crever de faim \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien fraternellement,<\/p>\n\n\n\n<p>Paul ROUSSENQ<\/p>\n\n\n\n<p>Cette lettre a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue il y a \u00e0 peine dix jours par un camarade de Roussenq, habitant St-Gilles (Gard) qui a bien voulu nous la communiquer. Elle d\u00e9peint dans quel \u00e9tat de d\u00e9nuement complet se trouvent le \u00ab&nbsp;lib\u00e9r\u00e9.&nbsp;\u00bb Sur le contenu de cette lettre, nous y reviendrons samedi prochain.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"955\" height=\"286\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5966\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg 955w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-300x90.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-768x230.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 955px) 100vw, 955px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>La Provence ouvri\u00e8re et paysanne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>28 d\u00e9cembre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>LES LETTRES DE PAUL ROUSRENQ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>Les \u00ab lib\u00e9r\u00e9s&nbsp;\u00bb sont appel\u00e9s \u00e0 crever de faim<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>\u00c9CRIT LE \u00ab&nbsp;GRACI\u00c9&nbsp;\u00bb.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le Parti Communiste, par l&rsquo;intervention \u00e0 la tribune de la Chambre du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 de la fraction communiste a pos\u00e9 le cas Roussenq devant le pays ouvrier et paysan.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0, il est vrai, le Secours Rouge avait, fait conna\u00eetre la situation scandaleuse dans laquelle se trouvait, ce travailleur de Saint-Gilles, bagnard depuis 1903 pour avoir d\u00e9truit 40 francs d&rsquo;effets militaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Et B\u00e9ron jetait \u00e0 la face des repr\u00e9sentants de la bourgeoisie qui hurlaient de rage : \u00ab Si Roussenq avait \u00e9mis des ch\u00e8ques sans provisions, s&rsquo;il s&rsquo;\u00e9tait appel\u00e9 Klotz, il serait libre \u00bb. Au moment m\u00eame o\u00f9 le d\u00e9put\u00e9 communiste faisait cette allusion, l&rsquo;on nous transmettait la derni\u00e8re lettre de Roussenq que nous avons ins\u00e9r\u00e9e samedi dernier. Et par cette lettre nous apprenions que depuis un mois celui que l&rsquo;on a \u00ab graci\u00e9&nbsp;\u00bb vit de fruits qu&rsquo;il va cueillir dans les champs, et couche \u00e0 la belle \u00e9toile.<\/p>\n\n\n\n<p>La souffrance morale et physique qu&rsquo;endure Roussenq est telle, qu&rsquo;il envisage m\u00eame son retour au bagne. \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re \u00e7a, \u00e9crit-il, que de continuer \u00e0 crever de faim&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e9rons que les envois qu\u2019ont effectu\u00e9s les organisations ouvri\u00e8res de N\u00eemes et le Comit\u00e9 Central du S. R. I. seront enfin parvenue \u00e0 Roussenq et adouciront quelque peu cette vie de mis\u00e8re qu&rsquo;il tra\u00eene depuis plus de 21 ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutefois, pour aujourd&rsquo;hui, nous retenons cette accusation accablante port\u00e9e par le \u00ab bagnard graci\u00e9 \u00bb contre le r\u00e9gime capitaliste : \u00ab&nbsp;Ici, il est impossible de trouver du travail. Pourtant, il y a des usines et un personnel pour les services municipaux. Alors ? C&rsquo;est bien simple : l&rsquo;\u00e9dilit\u00e9 et les employeurs ont recours \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre p\u00e9nale, en passant des contrats avantageux avec l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant aux \u00ab lib\u00e9r\u00e9s \u00bb ils n&rsquo;ont que le droit de crever de faim ou de retourner au bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>En attendant les industriels multiplient leurs b\u00e9n\u00e9fices en surexploitant la main d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale Tout ceci au nom de la d\u00e9mocratie capitaliste ch\u00e8re au parti de Renaudel, Blum, Paul Faure et autres Boncour.<\/p>\n\n\n\n<p>Revenons \u00e0 ces lettres dont chacune nous rapproche davantage de celui que le prol\u00e9tariat saura d\u00e9finitivement arracher du bagne.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/P1140829-1K-JPEG.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5974\" width=\"302\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/P1140829-1K-JPEG.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/P1140829-1K-JPEG-300x201.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/P1140829-1K-JPEG-768x514.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 302px) 100vw, 302px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT-DU-MARONI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 8 octobre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je ne croyais pas que Saint-Laurent fut si important. Il est compos\u00e9 de trois quartiers&nbsp;: officiel, indig\u00e8ne et chinois.<\/p>\n\n\n\n<p>Le quartier officiel renferme les bureaux de la direction, les \u00e9difices publics ; poste, douanes, mairie, \u00e9coles, les logements des administrateurs et agents p\u00e9nitentiaires. Il est construit de pierres et de briques Au quartier indig\u00e8ne grouille la population des noirs et des lib\u00e9r\u00e9s, dans des baraquements de planches. Mais l\u00e0 aussi sont les grands commer\u00e7ants ainsi que le bureau de police. La gendarmerie, la prison de camp de transportation et l&rsquo;h\u00f4pital mixte. Une vaste caserne y abrite quelques soldats.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant suite \u00e0 celui-ci, le quartier chinois en est comme le prolongement. Ce sont des p\u00e9cheurs qui habitent l\u00e0. On y voit aussi des noirs bosh, venus de la Guyane hollandaise dans leurs l\u00e9g\u00e8res pirogues taill\u00e9es dans des troncs d&rsquo;arbres et qui emportent toute la famille. Un simple pagne leur sert de v\u00eatement. Ce sont de beaux types anatomiques. Ils marchent lentement et fi\u00e8rement, la t\u00eate rejet\u00e9e en arri\u00e8re avec un balancement du corps. Les enfants courent tout nus.<\/p>\n\n\n\n<p>Des Indiens viennent aussi apporter \u00e0 Saint-Laurent le produit de leur p\u00eache et de leur chasse.<\/p>\n\n\n\n<p>Le march\u00e9 est situ\u00e9 dans le quartier indig\u00e8ne. On y vend de tout et tr\u00e8s cher : Un pain de 400 grammes vaut un franc quarante.<\/p>\n\n\n\n<p>La viande 10 francs le kilog.<\/p>\n\n\n\n<p>Une petite salade 0 fr. 50.<\/p>\n\n\n\n<p>Un chou 2 francs, une botte de radis 1 fr. 50, une tomate grosse comme une pomme 1 franc.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fruits et les l\u00e9gumes du pays sont \u00e0 l&rsquo;avenant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des bistros et des gargotiers, mais pas un h\u00f4tel ni un caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT-DU-MARONI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 9 octobre 1929<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Il y a quelques jours un lib\u00e9r\u00e9 nomm\u00e9 FAYOT se tra\u00eene \u00e0 la visite m\u00e9dicale rong\u00e9 par l&rsquo;ankylostomiase, il ne peut plus absorber aucun aliment et vomi tout ce qu&rsquo;il prend. Le m\u00e9decin ne fait aucun cas de cette \u00e9pave humaine. S&rsquo;il fallait hospitaliser tous les lib\u00e9r\u00e9s malades ! FAYOT rampe jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;or\u00e9e de la brousse, se couche sous un arbre et y r\u00e2le deux jours et deux nuits. Hier matin \u00e0 la premi\u00e8re heure, des lib\u00e9r\u00e9s l&rsquo;ayant trouv\u00e9 mort, s&rsquo;en vont pr\u00e9venir la police. On ne vient qu&rsquo;\u00e0 trois heures du soir pour enlever le corps. Les fourmis rouges avaient d\u00e9vor\u00e9 les yeux du cadavre.<\/p>\n\n\n\n<p>Relevons-nous, ici, d&rsquo;un pays civilis\u00e9 ? on bien sommes-nous \u00e0 la merci d&rsquo;ignobles brutes qui nous r\u00e9gissent en son nom&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>En tout cas il se passe des choses qui d\u00e9passent l&rsquo;imagination.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout r\u00e9cemment une corv\u00e9e de condamn\u00e9s traversait le quartier officiel, L&rsquo;un d\u2019eux demande \u00e0 son surveillant d&rsquo;aller se laver. Ce dernier l&rsquo;autorise, mais un de ses coll\u00e8gues qui passait rappelle le condamn\u00e9. Celui-ci veut passer outre et le garde &#8211; chiourme l&rsquo;ayant rejoint le saisit par le bras. Le condamne fait un mouvement pour sa d\u00e9gager de cette \u00e9treinte : alors, le garde-chiourme fait respecter \u00ab l\u2019autorit\u00e9 \u00bb ! Et comment&nbsp;!&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce sont l\u00e0 des incidents ordinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme tous les autres ce surveillant criminel ne sera pas inqui\u00e9t\u00e9 ; \u00e7\u00e0 lui sera une bonne pour l\u2019avancement.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul ROUSSENQ<\/p>\n\n\n\n<p>Lib\u00e9r\u00e9 n\u00b016185<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"955\" height=\"286\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5966\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo.jpg 955w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-300x90.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Provence-ouvriere-et-paysanne-logo-768x230.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 955px) 100vw, 955px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>La Provence ouvri\u00e8re et paysanne<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>4 janvier 1930<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>Les lettres de la victime des Conseils de guerre :<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-luminous-vivid-amber-background-color has-background\"><strong>PAUL ROUSSENQ<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>La publication de ces lettres magnifiques empreintes d&rsquo;un sentiment de classe qui n&rsquo;est m\u00eame pas dissimul\u00e9 ont eu un \u00e9cho profond au sein de la classe ouvri\u00e8re et paysanne touch\u00e9e dans vingt-et-un d\u00e9partements par nos hebdomadaires communistes du Midi s&rsquo;imprimant \u00e0 N\u00eemes. Et il n&rsquo;est point rare, depuis d\u00e9j\u00e0 plusieurs semaines, de recevoir des lettres que l&rsquo;on nous prie de communiquer au \u00ab bagnard \u00bb. Chacune de ces lettres renferme un r\u00e9quisitoire contre le r\u00e9gime capitaliste, seul coupable de l&rsquo;envoi et du maintien au bagne, depuis 1908, d&rsquo;un homme \u00e0 qui l\u2019on ne peut rien reprocher sinon sa force de caract\u00e8re, son cran, son intelligence, qui ont fait de Paul Roussenq un r\u00e9volt\u00e9 continuel devant toutes les canailleries dont sont victimes de la part de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire les malheureux qui doivent laisser leur os \u00e0 la Guyane.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, \u00e0 la faveur de cette publication des lettres de Roussenq la dictature capitaliste appara\u00eetra plus \u00e9vidente \u00e0 ceux qui, jusqu&rsquo;\u00e0 maintenant, croyaient en la \u00ab justice \u00bb dans une d\u00e9mocratie bourgeoise.<\/p>\n\n\n\n<p>Brutalement le drame \u00e9pouvantable de ce soldat condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de bagne pour une peccadille est pos\u00e9 par nous&nbsp;; de ce drame, nous rapprochons le vaudeville, la com\u00e9die que fut l&#8217;emprisonnement de l&rsquo;ancien ministre des finances Klotz ; nous greffons aussi cette sc\u00e8ne de m\u0153urs bourgeoise, un de Rayssac, noyant son enfant (pour \u00e9viter qu&rsquo;un \u00ab b\u00e2tard \u00bb ne vienne ternir le nom port\u00e9 par la famille du ci-devant) condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s\u2026 qu&rsquo;il ne fera pas<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors \u00e7a en est trop, le voile se d\u00e9chire et la grande masse des travailleurs voit, dans toute sa nudit\u00e9, une classe au pouvoir secourant les siens ; les parasites, les d\u00e9prav\u00e9s, les industriels assassins d&rsquo;ouvriers, les maquereaux de la politique, de la finance, du grand n\u00e9goce, et frappant impitoyablement l&rsquo;autre classe, les salari\u00e9s de toutes conditions parmi lesquels se trouvaient Paul Roussenq avant la condamnation odieuse prononc\u00e9e contre lui par le conseil de guerre de Tunis.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il ne suffit pas de clamer son indignation contre le maintien au bagne de Roussenq ; il faut batailler pour exiger son retour en France et aussi pour la lib\u00e9ration totale de tous les emprisonn\u00e9s pour leur action de classe. Pour cela il faut renforcer, en y adh\u00e9rant, l&rsquo;action que m\u00e8ne le Secours Rouge International.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous voulons croire que ceux qui nous ont \u00e9crit et l&rsquo;ensemble de nos lecteurs entendront cet appel. Et reprenons, l\u00e0 o\u00f9 nous l&rsquo;avons laiss\u00e9e, la publication de la correspondance du \u00ab&nbsp;lib\u00e9r\u00e9&nbsp;\u00bb n\u00b0 16185.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT-LE-MARONI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 10 octobre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai aper\u00e7u un de mes anciens commandants aux Iles du Salut. C&rsquo;est M. Jarry.<\/p>\n\n\n\n<p>Il d\u00e9missionna et s&rsquo;\u00e9tablit commer\u00e7ant \u00e0 Saint-Laurent Il liquida ensuite et maintenant il ach\u00e8te et revend des papillons pour teinture et collections.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est tout blanc mais encore droit.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;une voix chevrotante il me dit quelques paroles sans cons\u00e9quence et je le laisse \u00e0 ses papillons.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme m&rsquo;infligea un millier de jours de cachot.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT-LE-MARONI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 11 Octobre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 laver mon linge au fleuve puis j&rsquo;ai pris un bain. Vient un agent de police qui me semonce pour n&rsquo;avoir pas de cale\u00e7on, la prochaine fois, \u00e7\u00e0 sera une contravention.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me le tiens pour dit.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce bain m&rsquo;a mis en app\u00e9tit.<\/p>\n\n\n\n<p>Rentr\u00e9 dans ma cabane, je frotte une gousse d&rsquo;ail sur mon pain : ce repas d&rsquo;anachor\u00e8te m&rsquo;a laiss\u00e9 sur ma faim, mais j&rsquo;y suis habitu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin j&rsquo;ai vu un lib\u00e9r\u00e9 fouiller dans une boite \u00e0 ordures et y ramasser des croutons de pain ; il ne savait probablement pas o\u00f9 aller voler.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/P1140827-1K-JPEG.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5977\" width=\"328\" height=\"218\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>SAINT-LAURENT-LE-MARONI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>le 12 octobre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais achet\u00e9 15 francs un hamac pliant, je le revends 10 francs pour pouvoir me nourrir.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma foi, je coucherai par terre provisoirement. J&rsquo;ai achet\u00e9 des patates du pays et de la farine de manioc qui, additionn\u00e9e d\u2019eau, forme un brouet nourrissant et assez agr\u00e9able. De cette fa\u00e7on, je pourrai me passer de pain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le courrier est annonc\u00e9 pour le 14.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul ROUSSENQ,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab lib\u00e9r\u00e9 \u00bb N\u00b016185<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Note de la R\u00e9daction<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Au moment de mettre sous presse le Comit\u00e9 Central du S.R.I. nous informe qu&rsquo;il envoie \u00e0 Paul Roussenq, depuis octobre qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 \u00ab graci\u00e9 \u00bb, la somme de 200 frs par mois.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;autre part, nous avons re\u00e7u 100 frs du camarade docteur Aym\u00e9, \u00e0 Cavaillon (Vaucluse) et 100 frs de la Maison ou Prol\u00e9tariat, \u00e0 N\u00eemes. Ces 2oo frs ont \u00e9t\u00e9 aussit\u00f4t exp\u00e9di\u00e9s au \u00ab&nbsp;bagnard&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La R\u00e9daction,<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Albert Londres, article \u00ab chez Garnier, restaurateur des lib\u00e9r\u00e9s \u00bb dans <em>Le Petit Parisien<\/em>, 11 ao\u00fbt 1923&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> \u00c9mile B\u00e9ron est d\u00e9put\u00e9 communiste de la Moselle depuis le 1<sup>er<\/sup> juin 1928 mais il est exclu du parti en 1932.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Ancien ministre de l\u2019Int\u00e9rieur du gouvernement Barthou en 1913 et ministre des Finances des gouvernements Briand (1910-1911), Caillaux (1911-1913) et Clemenceau (1917-1920). La riche carri\u00e8re de cet avocat radical-socialiste, typique de la III<sup>e<\/sup> R\u00e9publique, est entach\u00e9e en juillet 1929 par une condamnation \u00e0 deux ans de prison pour \u00e9mission de ch\u00e8ques sans provision et escroquerie \u00e0 la suite de sp\u00e9culations boursi\u00e8res. Mais Louis Lucien Klotz, s\u2019il doit d\u00e9missionner de son poste de s\u00e9nateur de la Somme, ne sera pas mis sous les verrous. Il meurt \u00e0 Paris le 15 juin 1930.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Cette lettre a \u00e9t\u00e9 re\u00e7ue il y a \u00e0 peine dix jours par un camarade de Roussenq, habitant St-Gilles (Gard) qui a bien voulu nous la communiquer. Elle d\u00e9peint dans quel \u00e9tat de d\u00e9nuement complet se trouvent le \u00ab lib\u00e9r\u00e9. \u00bb Sur le contenu de cette lettre, nous y reviendrons samedi prochain.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Pierre de Rayssac est condamn\u00e9 \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s par la cour d\u2019assises de la Haute Garonne le 27 octobre 1928 pour avoir noy\u00e9 au mois de janvier son enfant ill\u00e9gitime de trois ans dans le canal du Midi. Il embarque sur le <em>La Martini\u00e8re<\/em> le 8 novembre 1929. Le cas de l\u2019infanticide issu de la vieille noblesse fran\u00e7aise ayant \u00e9t\u00e9 extr\u00eamement m\u00e9diatis\u00e9, il est intern\u00e9 aux \u00eeles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cr\u00e9dits Iconographiques : <\/strong>collection personnelle, collection Arnauld Heuret, Archives Territoriales de Guyane, Gallica<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9cret pr\u00e9sidentiel du 6 ao\u00fbt 1929 ordonne la lib\u00e9ration du for\u00e7at 37664. L\u2019intense campagne men\u00e9e par le Secours Rouge Internationale et le Parti Communiste a port\u00e9 ses fruits. Ou presque\u2026 Paul Roussenq est libre&nbsp;; il signe aux \u00eeles du Salut le proc\u00e8s-verbal de notification de la mesure de cl\u00e9mence le 30 septembre. 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