{"id":5928,"date":"2025-09-14T10:26:16","date_gmt":"2025-09-14T08:26:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5928"},"modified":"2025-09-14T10:26:16","modified_gmt":"2025-09-14T08:26:16","slug":"mes-memoires","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2025\/09\/mes-memoires\/","title":{"rendered":"Mes m\u00e9moires"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/baudy1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-451\" width=\"272\" height=\"170\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Marius Baudy termine de r\u00e9diger ses \u00ab <em>m\u00e9moires<\/em> \u00bb en prison le 4 avril 1907. Il est incarc\u00e9r\u00e9 \u00e0 la Maison Centrale de Beaulieu, \u00e0 Caen. Le 1<sup>er<\/sup> octobre 1905, la cour d\u2019assise de l\u2019Aisne avait rabaiss\u00e9 la peine de 10 ans de r\u00e9clusion, prononc\u00e9e contre lui par la cour d\u2019assises de la Somme six mois plus t\u00f4t, \u00e0 sept ans de r\u00e9clusion mais elle l\u2019avait assortie de la rel\u00e9gation. L\u2019Ard\u00e9chois, lib\u00e9rable le 24 septembre 1909, esp\u00e8re ainsi \u00e9chapper \u00e0 la route du bagne. La perspective de la Guyane ne l\u2019enchante pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette relation de dix-sept pages dresse alors le parcours d\u2019un jeune homme, n\u00e9 \u00e0 Grospierre le 18 octobre 1875, orphelin de p\u00e8re, voleur par n\u00e9cessit\u00e9.&nbsp;Jouant d\u2019abord sur le ton mis\u00e9rabiliste et sur le jeu de la fatalit\u00e9, Marius Baudy tente ensuite de minimiser son implication dans les <em>Travailleurs de la nuit<\/em>. De la bande de cambrioleurs il affirme ne conna\u00eetre que Ferrand, m\u00eame s\u2019il a \u00e9t\u00e9 un temps l\u2019amant de Jeanne Roux. Mais il assure ne pas savoir qu\u2019elle \u00e9tait la s\u0153ur de Rose Roux, la compagne d\u2019Alexandre Jacob. Comme \u00e0 Amiens et \u00e0 Laon, il persiste \u00e0 nier les sept vols pour lesquels il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9. S\u2019il reconnait \u00eatre un voleur, sa pr\u00e9sence sur le banc des accus\u00e9s n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 selon lui qu\u2019un malheureux concours de circonstances \u00e0 la suite, notamment, des aveux de Gabrielle Damiens, la compagne de Joseph Ferrand.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-et-les-travailleurs-de-la-nuit.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5945\" width=\"265\" height=\"248\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Anarchiste\u00a0? Il ne peut le r\u00e9futer. Ce sont ses lectures alors qu\u2019il \u00e9tait jeune adolescent, r\u00eaveur et solitaire, qui l\u2019ont amen\u00e9 \u00e0 embrasser les id\u00e9es libertaires. Sa d\u00e9claration \u00ab\u00a0<em>Pourquoi je suis anarchiste\u00a0\u00bb<\/em>, publi\u00e9e dans le n\u00b012 de la feuille ami\u00e9noise <em>Germinal<\/em>, en date du 26 mars au 9 avril 1905, constitue une justification de son ill\u00e9galisme, pratiqu\u00e9 au nom du droit \u00e0 l\u2019existence. Mais l\u00e0 aussi il temporise, affirmant pr\u00e9f\u00e9rer Reclus \u00e0 Bakounine, l\u2019\u00e9ducation et la propagande par l\u2019\u00e9crit \u00e0 toutes formes de violence. S\u2019il a vol\u00e9, c\u2019est bien \u00e0 la suite des pers\u00e9cutions polici\u00e8res dont il a \u00e9t\u00e9 l\u2019objet depuis Marseille et qui ont emp\u00each\u00e9 un emploi stable et la vie honn\u00eate qu\u2019il souhaitait.<\/p>\n\n\n\n<p>La commission charg\u00e9e des recours en gr\u00e2ce n\u2019est pas dupe. La prose est na\u00efve, le propos est contradictoire tant sur le pass\u00e9 marseillais que sur ses liens avec Jacob, Bour, P\u00e9lissard, Bonnefoy, Clarenson, etc. Le dossier est rejet\u00e9 le 16 ao\u00fbt 1907. Marius Antoine Baudy ne perd pas espoir et tente une derni\u00e8re fois d\u2019\u00e9chapper \u00e0 son sort deux ans plus tard. Sa demande de lib\u00e9ration conditionnelle, appuy\u00e9e par une soci\u00e9t\u00e9 de patronage de Chalon sur Sa\u00f4ne qui lui procurerait un travail, est rejet\u00e9e le 10 mai 1909. Le 23 d\u00e9cembre 1909, il embarque pour la Guyane apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9 \u00ab <em>apte \u00e0 tous travaux dans toutes conditions d\u2019habitat<\/em> \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire apte \u00e0 l\u2019exploitation de la for\u00eat, des mines ou des carri\u00e8res de la colonie p\u00e9nitentiaire. Son dossier mentionne \u00ab&nbsp;un professionnel du vol&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;un individu dangereux pour la paix publique.&nbsp;\u00bb Le Matricule10190 d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Saint-Jean-du-Maroni le 2 janvier 1912 des suites d\u2019une laryngite tuberculeuse.<\/p>\n\n\n\n<p><strong><u>Sources&nbsp;:<\/u><\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul>\n<li>ANOM, dossiers Baudy H896 et H3678B<\/li>\n\n\n\n<li>AN, BB24-1012 dossier 2818<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"881\" height=\"368\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-mes-memoires.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5937\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-mes-memoires.jpg 881w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-mes-memoires-300x125.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-mes-memoires-768x321.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 881px) 100vw, 881px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading\"><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\">Mes M\u00e9moires<\/mark><\/strong><\/h1>\n\n\n\n<p><strong>Relatif \u00e0 l\u2019Affaire Jacob ou les Cambrioleurs d\u2019Abbeville<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00c0 Monsieur le Ministre de la Justice<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9crivant ces quelques pages, je n\u2019ai point l\u2019intention de faire l\u2019historique de cette fameuse bande qui en son temps a si vivement \u00e9mu l\u2019opinion publique, mais d\u2019attirer votre attention sur des faits, qui m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre mentionn\u00e9s \u00e0 cause des cons\u00e9quences qui en sont r\u00e9sult\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Suivre pas \u00e0 pas, point par point, toute la trame de ce gigantesque proc\u00e8s, serait une \u0153uvre qui tiendrait plut\u00f4t du roman que du m\u00e9moire. Le but que je me propose n\u2019est pas de faire revivre tous les acteurs plus ou moins marquants qui ont jou\u00e9 un r\u00f4le dans cette t\u00e9n\u00e9breuse affaire, mais d\u2019\u00e9mettre des v\u00e9rit\u00e9s jusqu\u2019alors ensevelies dans l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant que la tourmente s\u2019est apais\u00e9e, que les esprits surexcit\u00e9s par la passion se sont calm\u00e9s, je crois le moment opportun de pouvoir discuter sainement les pi\u00e8ces du dossier, sur ce qu\u2019il y a de fond\u00e9 dans l\u2019accusation comme dans la d\u00e9fense.<\/p>\n\n\n\n<p>N\u2019ayant \u00e0 vous instruire, seulement, que de ce qui me concerne, je ne m\u2019occuperai exclusivement que de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout effet a ses causes, ceci est incontestable, il est donc n\u00e9cessaire pour \u00e9tablir un jugement de connaitre d\u00e8s son principe les questions en litige. Partant cet aphorisme, il devient utile pour l\u2019intelligence du sujet de remonter autant que cela se peut aux causes d\u00e9terminantes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cela qu\u2019avant de rentrer en mati\u00e8re, il me soit permis de mettre \u00e0 jour mon \u00e9tat d\u2019\u00e2me, de vous faire connaitre les sentiments qui m\u2019animent et l\u2019encha\u00eenement des circonstances, qui comme une force aveugle ont puissamment contribu\u00e9 \u00e0 la fatale d\u00e9termination de mes actes et \u00e0 faire ce que je suis.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, Monsieur, malgr\u00e9 tout l\u2019ennui que vous causera la lecture de ce manuscrit, je vous pris d\u2019y porter toute votre attention. C\u2019est l\u2019existence d\u2019un vaincu de la vie actuellement sous les verrous.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfant Posthume, ma m\u00e8re veuve apr\u00e8s quelques mois de mariage, afin de subvenir \u00e0 ses besoins ainsi qu\u2019\u00e0 ceux de son enfant d\u00fb me confier aux soins de ma grand-m\u00e8re, femme au c\u0153ur tendre et affectueux, elle m\u2019\u00e9leva dans la plus grande sollicitude jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e2ge de huit ans environ.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour des causes qu\u2019il est inutile d\u2019\u00e9num\u00e9rer ici, ma m\u00e8re me retira des bras de cette douce cr\u00e9ature pour me placer chez un de ses fr\u00e8res et p\u00e8re de famille. L\u2019intention qui avait motiv\u00e9 cet oncle \u00e0 me prendre avec lui \u00e9tait des plus louables \u00e0 tout \u00e9gard, mais j\u2019eus le malheur de d\u00e9plaire \u00e0 ma tante, avec cet instinct qui n\u2019appartient qu\u2019aux enfants et aux animaux, je compris bien vite que je n\u2019en \u00e9tais pas aim\u00e9. Relater toutes les humiliations et les avanies que je subis pendant les 4 ann\u00e9es que je demeurai avec eux n\u00e9cessiterait une trop longue \u00e9num\u00e9ration. Toutefois cette fa\u00e7on d\u2019agir, en blessant ma fiert\u00e9 d\u2019enfant, eu une influence consid\u00e9rable sur mon caract\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019un naturel sombre et timide, ayant des pr\u00e9dispositions \u00e0 la m\u00e9lancolie, de tels proc\u00e9d\u00e9s devaient contribuer \u00e0 en aggraver le d\u00e9plorable penchant. Je devins de lus en plus morose, et, une sorte de tristesse se peignait sur mon visage et me donnait un air malheureux.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019aimais la solitude et, pour fuir la pr\u00e9sence de ma tante, j\u2019allais seul errer \u00e0 travers les bois et les champs, durant des journ\u00e9es enti\u00e8res, n\u2019ayant pour tout ami qu\u2019un chien qui, comprenant l\u2019isolement dans lequel je me trouvais, \u00e9tait le seul \u00eatre qui me portait affection. Que de fois, en pensant \u00e0 mon sort d\u2019enfant d\u00e9laiss\u00e9, je me surpris pleurant et appelant dans mes sanglots le nom de ma bonne grand-m\u00e8re. \u00c0 ces heures d\u2019abattement, le c\u0153ur me paraissait bien vide et l\u2019existence bien am\u00e8re. Pauvre orphelin, j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 trait\u00e9 en paria.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/baudy1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-451\" width=\"313\" height=\"196\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Il arriva, j\u2019avais douze ans alors, qu\u2019\u00e0 la suite d\u2019un ch\u00e2timent imm\u00e9rit\u00e9, je partis de chez mon oncle et allai rejoindre ma m\u00e8re qui \u00e9tait cuisini\u00e8re dans une maison bourgeoise demeurant dans la banlieue de Marseille. Elle fut d\u2019abord toute surprise de mon escapade mais, lorsque je lui eus fait voir les traces des mauvais traitements qu\u2019on m\u2019infligeait, ma m\u00e8re ne put retenir ses larmes. Sa situation ne lui permettait pas de me garder avec elle et ce fut un autre de ses fr\u00e8res qui me recueillit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet oncle fut tr\u00e8s bon pour moi, me fit instruire et \u00e0 quinze ans me pla\u00e7a en apprentissage chez un patron sculpteur. Seulement son \u00e9tat de cocher ne lui permettait pas de veiller sur moi et, surtout de combattre ses funestes penchants dont j\u2019ai mentionn\u00e9 plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Libre de moi-m\u00eame, je m\u2019adonnai sans contrainte \u00e0 la lecture de livres et surtout de romans dont les r\u00e9cits troublaient ma faible cervelle d\u2019enfant. La lecture de sc\u00e8nes sanglantes, la mis\u00e8re et les malheurs des peuples me plongeaient dans de profondes r\u00e9serves&nbsp;; tout un travail de m\u00e9ditation s\u2019op\u00e9rait dans mon esprit.<\/p>\n\n\n\n<p>Les luttes intestines, la question du paup\u00e9risme, toutes ces paies sociales qui ravagent l\u2019humanit\u00e9 \u00e9taient autant de points d\u2019interrogation qui stimulaient mon esprit \u00e0 en approfondir les causes et, dont l\u2019impuissance o\u00f9 j\u2019\u00e9tais de ne pouvoir trouver la solution \u00e0 tant de maux, me rendait perplexe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant, dans le chaos de mes pens\u00e9es, il me paraissait que, puisque tout n\u2019\u00e9tait pas pour le mieux dans le monde, qu\u2019un cataclysme prochain \u00e9tait in\u00e9vitable, qu\u2019un Esprit R\u00e9novateur, un Christ, un Messie allait surgir r\u00e9g\u00e9n\u00e9rant l\u2019humanit\u00e9 par un ordre nouveau plus \u00e9quitable.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet \u00e9tat d\u2019inqui\u00e9tude fi\u00e9vreuse, ce d\u00e9sir de connaitre la causalit\u00e9 des maux s\u00e9vissant sur tout le corps social me pr\u00e9disposait aux id\u00e9es r\u00e9novatrices. Il \u00e9tait que le vent r\u00e9volutionnaire qui souffle sur les contr\u00e9es de l\u2019ancien et du nouveau continent, r\u00e9pandant de toute part la semence de la r\u00e9volte contre le vieux syst\u00e8me social, trouvait en moi un terrain propice et fertile.<\/p>\n\n\n\n<p>Le grain, une fois sem\u00e9, devait germer vivace dans mon esprit et, avec toute l\u2019ardeur et l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 de mon \u00e2ge, j\u2019embrassai la doctrine de la philosophie libertaire. Changeant compl\u00e8tement les phases de ma vie, je me lan\u00e7ai dans cette voie corps et \u00e2me, esp\u00e9rant y trouver la solution au probl\u00e8me social qui me pr\u00e9occupait si fort. Je fr\u00e9quentais avec assiduit\u00e9 les groupes et les conf\u00e9rences traitant la question sociale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019\u00e9poque du r\u00e9veil anarchiste, quand les actes de violence de quelques d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s vinrent plonger dans la consternation toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9 et, qu\u2019\u00e0 l la suite de ces faits, des mesures de r\u00e9pression furent organis\u00e9es pour combattre l\u2019hydre qui les \u00e9pouvantait, je n\u2019\u00e9chappai point \u00e0 l\u2019\u0153il de la police et, une surveillance inquisitoriale fut activement exerc\u00e9e tout autour de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ma na\u00efvet\u00e9, je pensais que la libert\u00e9 de conscience \u00e9tait un droit acquis inviolable. Combien je m\u2019abusai. La police n\u2019\u00e9tait pas de cet avis.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis toujours \u00e9lev\u00e9 contre toute violence, estimant que ce n\u2019est seulement que par l\u2019\u00e9volution que l\u2019humanit\u00e9 peut se r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Je n\u2019appartiens pas \u00e0 l\u2019\u00e9cole de Bakounine disant que, puisque tout est mauvais, que tout disparaisse&nbsp;; mais plut\u00f4t \u00e0 l\u2019\u00e9cole d\u2019Elys\u00e9 Reclus disant qu\u2019une balle dans le cerveau est pr\u00e9f\u00e9rable que dans le fusil&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire que l\u2019\u00e9volution est plus s\u00fbre que la violence. Donc, les mesures prises contre moi \u00e9taient d\u2019autant plus iniques qu\u2019elles \u00e9taient injustifi\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Les perquisitions domiciliaires commenc\u00e8rent d\u2019abord&nbsp;; s\u2019ing\u00e9rant dans mes affaires de famille, dans mes secrets les plus intimes ainsi que dans ceux de mon oncle qui, pourtant, \u00e9tait loin de partager mes vues&nbsp;; s\u2019enqu\u00e9rant aupr\u00e8s des voisins de mes propos, de mes actions&nbsp;; se saisissant de ma personne aux approches d\u2019un \u00e9v\u00e8nement populaire, ou d\u2019une visite officielle d\u2019un potentat quelconque&nbsp;; violant par des actes arbitraires le droit sacr\u00e9 de la libert\u00e9 individuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>La police, par ses agissements, fut cause d\u2019une rupturer avec mon oncle, cause aussi que plusieurs patrons ne voulurent plus m\u2019occuper. Je m\u2019arr\u00eate. S\u2019il fallait relater toutes les vexations dont la police se montra si prodigue avec moi, je n\u2019en finirai plus.<\/p>\n\n\n\n<p>De tels proc\u00e9d\u00e9s n\u2019\u00e9taient pas fait pour m\u2019intimider&nbsp;; bien au contraire, j\u2019avais pour moi la foi, le droit et une conscience pure de tout acte et m\u00eame d\u2019intention malveillante. \u00c0 dire vrai, par la suite, je goutai que m\u00e9diocrement leurs fa\u00e7ons d\u2019agir et je sentais au fond de moi-m\u00eame un sentiment de col\u00e8re contre la soci\u00e9t\u00e9 qui tol\u00e9rait de si abominables abus de pouvoir. Cet \u00e9tat de chose ne pouvait s\u2019\u00e9terniser, et, t\u00f4t ou tard, un d\u00e9nouement \u00e9tait in\u00e9vitable, mais comment cela finirait, je n\u2019en savais rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Cependant, j\u2019avais r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9router la police. Je travaillais alors chez M. Perrot, patron \u00c9b\u00e9niste et sculpteur, demeurant \u00e0 Marseille, rue Haute Rotonde 4. Il y avait environ 3 ou 4 mois que j\u2019\u00e9tais chez lui, lorsque, je ne sais comment les limiers, lanc\u00e9s \u00e0 ma recherche, retrouv\u00e8rent mes traces et recommenc\u00e8rent \u00e0 nouveau leurs tracasseries. Ils employ\u00e8rent de sourdes man\u0153uvres pour persuader mon patron de ne pas m\u2019occuper&nbsp;; mais cette fois ils se tromp\u00e8rent dans leur pr\u00e9vision. Cet honn\u00eate homme leur d\u00e9clara en ma pr\u00e9sence qu\u2019il n\u2019avait nullement \u00e0 s\u2019int\u00e9resser de ce que ses ouvriers pensaient ou faisaient hors de chez lui, et que satisfait de moi et de mon travail, il me gardait. Ces messieurs ne se tinrent pas pour battus, j\u2019avais une petite chambre attenant aux appartements de mon patron&nbsp;; quelques jours apr\u00e8s leur premi\u00e8re visite, avec leur sans-g\u00eane et leur grossi\u00e8re brutalit\u00e9, ils envahirent toute la maison, fouillant, bouleversant tout dans ma chambre, et, comme toujours, sans rien trouver de suspect. La venue de la police attroupa le quartier. Mon patron, craignant le scandale et surtout la perte de sa client\u00e8le, me cong\u00e9dia.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel \u00e9tait leur but en agissant de la sorte et d\u2019employer d\u2019aussi inf\u00e2me man\u0153uvre, d\u2019aussi l\u00e2che insinuation, pour me faire perdre mon travail, mon seul moyen d\u2019existence&nbsp;? N\u2019\u00e9tait-ce pas me pousser \u00e0 la r\u00e9volte, \u00e0 des actes de violence, pour avoir \u00e0 les r\u00e9primer ensuite&nbsp;? N\u2019\u00e9tais-je pas dans mon droit d\u2019\u00eatre indign\u00e9 de ces inqualifiables provocations et de dire avec Mirabeau, le p\u00e8re de la R\u00e9volution Fran\u00e7aise&nbsp;: \u00ab&nbsp;Que quiconque trouve le refus du travail qui doit lui prouver sa subsistance, devient l\u2019ennemi naturel des hommes et a le droit de guerre priv\u00e9e contre la soci\u00e9t\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi renvoy\u00e9 de mon patron par la faute de ces messieurs, je n\u2019\u00e9tais pas content comme bien on se le pense. Je m\u2019occupai pendant quelques jours \u00e0 trouver du travail ailleurs mais ce fut en vain. D\u2019ailleurs, l\u2019appr\u00e9hension que j\u2019avais qu\u2019aussit\u00f4t que je m\u2019en serai procurer, la police \u00e9tait l\u00e0 pour m\u2019en faire chasser \u00e0 nouveau, m\u2019\u00f4ter tout courage. Des am\u00e8res r\u00e9flexions hantaient mon esprit. Je me voyais bandit, faute de travail, sans pain, sans g\u00eete, la perspective d\u2019une mis\u00e8re noire me gla\u00e7ait d\u2019\u00e9pouvante, un ab\u00eeme profond, t\u00e9n\u00e9breux, se creusait devant moi et, pour la premi\u00e8re fois, je connus les angoisses et les cruels soucis du lendemain. Je n\u2019osai plus demander secours \u00e0 ma m\u00e8re qui, d\u00e9j\u00e0 plusieurs fois, m\u2019\u00e9tait venu en aide en pareille circonstance, et puis la pauvre femme avait assez de peine pour gagner sa vie sans que moi je vienne encore y en soustraire une partie.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, apr\u00e8s avoir \u00e9puis\u00e9 mes derni\u00e8res ressources, je me trouvai sur le pav\u00e9, sans un sou vaillant. De tels moments ne peuvent se d\u00e9crire, fou de chagrin, de douleur, les entrailles tenaill\u00e9s par la faim, la t\u00eate en feu, j\u2019errai sans but comme une \u00e2me en peine et je l\u2019\u00e9tais vraiment. Deux jours durant, je souffris la torture de la faim, couchant \u00e0 la belle \u00e9toile et r\u00eavant de repas pantagru\u00e9liques, affreux cauchemar que la r\u00e9alit\u00e9 rendait plus cuisant encore, d\u00e9vor\u00e9 par la fi\u00e8vre, harass\u00e9 de fatigue, \u00e9puis\u00e9 par la faiblesse, dans un \u00e9tat lamentable, n\u2019en pouvant plus, je me d\u00e9cidai de faire part de ma d\u00e9tresse \u00e0 un de mes amis avec qui j\u2019\u00e9tais en communion d\u2019id\u00e9e. Il vint \u00e0 mon secours et me prodigua les soins n\u00e9cessit\u00e9s par mon piteux \u00e9tat.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-621\" width=\"-56\" height=\"-56\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police2.jpg 320w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police2-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pref-police2-300x300.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 320px) 100vw, 320px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>La police, en m\u2019\u00f4tant les moyens de pourvoir \u00e0 mon existence par le travail, me pla\u00e7ait en pr\u00e9sence d\u2019un dilemme dont le choix m\u2019\u00e9tait de la plus haute importance, mais dont les cons\u00e9quences d\u2019une fa\u00e7on comme de l\u2019autre devaient m\u2019\u00eatre fatales. Ma situation \u00e9tait des plus critiques. Il fallait vivre ou mourir\u2026 Mourir\u00a0? mais de quelle mort\u00a0? Mourir de faim dans la rue, au coin d\u2019une borne comme un chien ou s\u2019\u00e9chapper \u00e0 cette horrible agonie par une mort plus violente mais moins douloureuse\u00a0: le suicide. Vivre\u00a0? mais alors c\u2019\u00e9tait enfreindre les lois que le code r\u00e9prime. Et des deux maux, j\u2019ai choisi le moindre. Un violent combat s\u2019est livr\u00e9 en moi. Le d\u00e9sir de vivre, plus puissant que tous les sophismes, eut bient\u00f4t raison de tous mes scrupules et l\u2019occasion, l\u2019instinct de conservation aidant, j\u2019eus recours au vol comme un moyen de salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de moi d\u2019\u00e9lever le vol en principe. Comme vous, je l\u2019ex\u00e8cre, ainsi que tout ce qui est contraire \u00e0 la loyaut\u00e9 et \u00e0 la franchise. J\u2019estime que tout \u00eatre valide doit selon se forces et ses capacit\u00e9s contribuer pour sa quote-part aux richesses sociales et que quiconque b\u00e9n\u00e9ficiant de ses richesses, se soustrait \u00e0 ces obligations, est un usurpateur. \u00ab&nbsp;Le droit impose des devoirs.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais logiquement, peut-on accuser de voleur celui qui, n\u2019ayant pas d\u2019autre ressource pour pourvoir \u00e0 ses besoins primordiaux, prend par la violence ce dont on lui refuse par le travail&nbsp;? (Je ne crois pas que le Pr\u00e9sident [Magnand] soit de cet avis) Est-ce que tout \u00eatre anim\u00e9 n\u2019a-t-il pas le droit \u00e0 la vie&nbsp;? Et pourquoi l\u2019homme y ferait exception&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019appel de ma classe, j\u2019allai rejoindre mon r\u00e9giment, le 19<sup>e<\/sup> d\u2019artillerie de montagne en garnison \u00e0 Nice. Ce passage de ma vie, sous les drapeaux, n\u2019a eu aucune influence sur ma destin\u00e9e. Toutefois je mentionnerai une anecdote que, tout en \u00e9tant militaire, la police ne m\u2019avait pas perdu de vue et qu\u2019en mauvaise foi, elles se valent \u00e0 peu pr\u00e8s toutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 18 mars, pour avoir assist\u00e9, en uniforme, pendant un quart d\u2019heure dans une r\u00e9union publique qui n\u2019\u00e9tait pas encore commenc\u00e9e. Sur un rapport de Mrs les policiers de Nice, le G\u00e9n\u00e9ral gouverneur de la place m\u2019infligea 60 jours de prison. L\u2019enqu\u00eate \u00e0 laquelle se livra mon capitaine d\u00e9montra p\u00e9remptoirement que le rapport de ces Messieurs \u00e9tait surcharg\u00e9 bien au-del\u00e0 de la v\u00e9rit\u00e9. \u00c0 part ce fait, je n\u2019ai nullement \u00e0 me plaindre de mes sup\u00e9rieurs qui furent tr\u00e8s bienveillants envers moi. J\u2019ai tout lieu d\u2019attribuer ces marques de bont\u00e9 \u00e0 ma conduite et surtout \u00e0 la r\u00e9ponse que je fis au capitaine adjudant major quelques jours apr\u00e8s mon arriv\u00e9e au corps. D\u2019apr\u00e8s une note me concernant re\u00e7ue de la Pr\u00e9fecture des Bouches du Rh\u00f4ne, cet officier m\u2019interrogeant sur mes intentions et sur la ligne de conduite que je voulais suivre, je r\u00e9pondis qu\u2019en me rendant \u00e0 l\u2019appel de ma classe, j\u2019avais la ferme r\u00e9solution d\u2019accomplir tous les devoirs du m\u00e9tier de soldat.<\/p>\n\n\n\n<p>Dispens\u00e9 comme fils a\u00een\u00e9 de veuve, je ne faisais qu\u2019un an et, \u00e0 la suite de ces 60 jours de prison, l\u2019on pouvait me maintenir au corps plus longtemps pour insuffisance d\u2019instruction et, m\u00eame, annuler le cas de dispense. Gr\u00e2ce \u00e0 mon capitaine qui plaida chaleureusement ma cause, je fus acquitt\u00e9&nbsp;; ce fut lui-m\u00eame qui l\u2019annon\u00e7a la d\u00e9cision du conseil. Sur le point de prendre cong\u00e9 de lui, il s\u2019enquit de ce que je me proposais de faire dans la vie civile. Tout en le remerciant des marques de bont\u00e9 et d\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il me t\u00e9moignait, je lui r\u00e9pondis que je n\u2019en savais trop rien et je partis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mon retour de l\u2019arm\u00e9e, sur les instances de ma m\u00e8re, je me r\u00e9conciliai avec mon oncle qui m\u2019offrit avec sa bont\u00e9 naturelle une place \u00e0 sa table, jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019aie trouv\u00e9 de l\u2019ouvrage. J\u2019avais la ferme r\u00e9solution de me remettre au travail et d\u2019amender ma vie par une conduite moins dissolue. Si, en ce moment, j\u2019eusse trouv\u00e9 de l\u2019ouvrage, je n\u2019aurais pas actuellement \u00e0 d\u00e9plorer ma triste destin\u00e9e, \u00e0 condition que la police me laiss\u00e2t tranquille. Malheureusement, nous \u00e9tions \u00e0 une \u00e9poque d\u2019abattement que je manifestais, mon oncle me r\u00e9confortait tout en me r\u00e9it\u00e9rant que je n\u2019avais nullement \u00e0 me soucier de ma nourriture, que sa maison m\u2019\u00e9tait toujours ouverte et, avec cette d\u00e9licatesse qui n\u2019appartient qu\u2019\u00e0 l\u2019homme fonci\u00e8rement bon, connaissant ma susceptibilit\u00e9, il s\u2019ing\u00e9niait \u00e0 ce que l\u2019hospitalit\u00e9 qu\u2019il m\u2019offrait de si bon c\u0153ur ne soit point humiliante pour moi. Mais toutes ces bonnes paroles, tous ces proc\u00e9d\u00e9s, au lieu de ranimer mon courage, sans que d\u2019avantages, dans une profonde et d\u00e9cevante tristesse. J\u2019avais honte, \u00e0 mon \u00e2ge, d\u2019\u00eatre encore \u00e0 charge \u00e0 celui \u00e0 qui je devais d\u00e9j\u00e0 beaucoup. Conscient du sacrifice qu\u2019il s\u2019imposait, la reconnaissance pour tant de bont\u00e9 me pla\u00e7ait volontairement sous une d\u00e9pendance morale qui blessait mon amour propre. Pr\u00e9f\u00e9rant une vie vagabonde, toute de mis\u00e8re, qu\u2019\u00e0 un [os&nbsp;?] confortable qui n\u2019\u00e9tait pas de moi, je quittai cet homme charitable sans me douter que je devais plus tard lui occasionner de grands chagrins.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-1005\" width=\"249\" height=\"185\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur-2.jpg 337w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voleur-2-300x222.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 249px) 100vw, 249px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Et, par suite de mes fr\u00e9quentations, je me suis laiss\u00e9 glisser sur la pente fatale et pour la deuxi\u00e8me fois je volai\u00a0; mais, moins heureux que la pr\u00e9c\u00e9dente, je fus pris. Cette fois, je ne puis arguer la mis\u00e8re mais il est un fait certain que cela n\u2019en est pas moins la faute de ceux qui m\u2019ont pouss\u00e9 \u00e0 franchir le premier.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t apr\u00e8s mon arrestation, ma premi\u00e8re pens\u00e9e fut pour ma m\u00e8re et mon oncle. Le ch\u00e2timent qui m\u2019attendait m\u2019\u00e9tait moins affligeant que l\u2019anxi\u00e9t\u00e9 et les angoisses qui leur \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9s en apprenant la triste nouvelle. Un remord cuisant d\u2019\u00eatre ainsi la cause de l\u2019opprobre qui allait retomber sur ma famille jusqu\u2019\u00e0 ce jour sans tache me torturait l\u2019\u00e2me et me fit verser des larmes am\u00e8res. Que m\u2019importait \u00e0 moi la prison, son pain de mis\u00e8re, ses cachots, j\u2019aurais bien subi pire pour \u00e9pargner \u00e0 ces t\u00eates innocentes de si cruelles douleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Connaissant leur principe sur le point d\u2019honneur, je ne voulus pas avoir recours \u00e0 eux, pr\u00e9f\u00e9rant subir les rigueurs de la loi plut\u00f4t que de leur occasionner de nouveaux tracas. C\u2019est ainsi que sans conseil, sans d\u00e9fenseur, je comparus devant les tribunaux. Et la Cour d\u2019Appel d\u2019Aix en Provence, jugeant en dernier ressort dans son audience du 10 f\u00e9vrier 1898, me condamna \u00e0 trois ans d\u2019emprisonnement. Il est dit qu\u2019un malheur ne vient jamais seul, je crois l\u2019avoir exp\u00e9riment\u00e9 en diff\u00e9rentes occasions. Frapp\u00e9 par un, un autre devait m\u2019accabler&nbsp;; il est vrai que je l\u2019avais bien voulu. Voici comment. Dans le cours de la Pr\u00e9vention, mon complice s\u2019\u00e9tait pris de querelle avec un autre cod\u00e9tenu, \u00e0 cause d\u2019un vol d\u2019une paire de souliers soustraite \u00e0 un autre pauvre diable. Mon complice le frappa et lui fit des blessures assez graves. J\u2019avais \u00e9pous\u00e9 sa querelle&nbsp;; la justice s\u2019en saisit et des poursuites eurent lieu. D\u00e9chargeant compl\u00e8tement ce dernier pour lui \u00e9viter un nouveau surcro\u00eet de peine, il \u00e9tait condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans, je pris toute la responsabilit\u00e9 de l\u2019affaire. Et la m\u00eame Cour, dans son audience du 30 mars de la m\u00eame ann\u00e9e, m\u2019infligea un an d\u2019emprisonnement sans confusion de peine.<\/p>\n\n\n\n<p>Je subis ma peine \u00e0 la Maison Centrale de N\u00eemes o\u00f9 j\u2019eus tout le temps de r\u00e9fl\u00e9chir aux vicissitudes de la vie&nbsp;; mais j\u2019\u00e9tais encore trop jeune et pas assez exp\u00e9riment\u00e9 sur la vie pratique pour que ces r\u00e9flexions me soient salutaires. Il me fallait de nouveaux d\u00e9boires. Quoi qu\u2019il en soit, je me promettais pour l\u2019avenir d\u2019employer toutes les ressources de mon intelligence \u00e0 \u00e9viter tout \u00e9cueil qui puisse \u00eatre pr\u00e9judiciable \u00e0 ma libert\u00e9. Je ne me doutais pas alors que pour \u00e9viter Charybde je tomberais en Scylla. Ma conduite \u00e0 la Maison Centrale de N\u00eemes sans \u00eatre exemplaire fut irr\u00e9prochable, ce qui me valut d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 condionnellement le 14 juillet 1901 avec un p\u00e9cule de 350 francs, produit de mon travail. je me rendis aussit\u00f4t \u00e0 Marseille pour voir ma m\u00e8re et lui demander pardon pour tous les chagrins que je lui avais occasionn\u00e9s et je n\u2019eus pas de peine \u00e0 l\u2019obtenir. Avant de nous s\u00e9parer, elle me donna une somme de 600 francs qu\u2019une grande tante m\u2019avait laiss\u00e9e, et je partis pour Toulouse, lieu de r\u00e9sidence du patron qui m\u2019avait fourni le certificat de travail. Quel ne fut pas mon d\u00e9sappointement quand, arriv\u00e9 \u00e0 l\u2019adresse indiqu\u00e9e, j\u2019appris que ce monsieur s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9 en faillite.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon embarras fut grand. Je m\u2019imaginai tant la peur de retourner en prison \u00e9tait grande, qu\u2019on pouvait me r\u00e9int\u00e9grer \u00e0 nouveau si ce fait venait \u00e0 \u00eatre connu des autorit\u00e9s. Je me gardai bien d\u2019en faire la d\u00e9claration. Changeant aussit\u00f4t de nom, je vins habiter Paris. Dire que je m\u2019occupai \u00e0 chercher du travail serait mentir. J\u2019avais d\u2019autres vues. J\u2019avais souvent entendu parler de syst\u00e8mes et de m\u00e9thodes de jeux qui assuraient au joueur une plus grande chance de gain. Tous ces calculs \u00e9taient justes raisonn\u00e9s, indiscutables. Il n\u2019y avait qu\u2019\u00e0 les mettre en pratique. Je ne doutais pas des chances de r\u00e9ussites, combien je m\u2019abusais. Je ne savais pas encore que tout ce qui est infaillible en th\u00e9orie ne l\u2019est pas toujours en pratique. Dans mes calculs, je n\u2019avais pas compt\u00e9 sur la nature de l\u2019homme, sur cette fi\u00e8vre du jeu qui s\u2019empare du joueur qui paralyse toutes ces facult\u00e9s mentales et annihile toute r\u00e9flexion, toute prudence.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ainsi que dans le but de me procurer de l\u2019argent sans risque pour ma libert\u00e9, je fr\u00e9quentai les salons de jeu de Monte-Carlo, des villes de Belgique et de toutes les principales stations baln\u00e9aires et estivales de la France.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, n\u2019\u00e9tant pas encore enfi\u00e9vr\u00e9, je jouai avec prudence et mod\u00e9ration. Je gagnai des sommes assez consid\u00e9rables. Mais, insensiblement, je devenais plus impressionnable. Je perdais le go\u00fbt des choses&nbsp;; ma pens\u00e9e \u00e9tait toujours tourn\u00e9e du c\u00f4t\u00e9 du tapis vert. Je ne concevais plus rien en dehors de cette sph\u00e8re. Mon caract\u00e8re aussi s\u2019en ressentit. Je devenais plus irritable, plus taciturne, ce n\u2019\u00e9tait plus cette douce m\u00e9lancolie de ma jeunesse qui me plongeait dans de charmantes r\u00eaveries. C\u2019\u00e9tait une m\u00e9lancolie farouche, bilieuse, qui me ravageait l\u2019esprit. L\u2019abus du tabac, des boissons spiritueuses, cet air empress\u00e9 qui enivre, ces alternatives d\u2019\u00e9motion qu\u2019on \u00e9prouve surexcitaient mon syst\u00e8me nerveux et surchauffaient mon cerveau. J\u2019\u00e9tais alors au paroxysme de la fi\u00e8vre&nbsp;; je perdais, je voulais fuir, impossible. La roulette me fascinait et me clouait sur place. Le physique aussi s\u2019alt\u00e9rait. Mes traits se st\u00e9r\u00e9otypaient du stigmate de la passion&nbsp;; mon visage se rev\u00eatait d\u2019une teinte cadav\u00e9reuse et un embarras gastrique me d\u00e9labrait l\u2019estomac. Vraiment, je n\u2019\u00e9tais pas heureux. La vie de joueur est bien mis\u00e9rable et, de toutes les passions, le jeu en est la plus funeste. Elle brise tous les ressorts de l\u2019\u00e2me et du c\u0153ur&nbsp;; elle \u00e9touffe les meilleurs sentiments de l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9gout\u00e9, \u00e9c\u0153ur\u00e9 d\u2019une existence si peu en rapport avec mes inspirations, j\u2019\u00e9tais fatigu\u00e9 de vivre. Je roulais dans ma t\u00eate de sinistres projets de suicide. Je n\u2019avais plus l\u2019\u00e9nergie de r\u00e9agir contre cet affaissement moral&nbsp;; mon \u00e2me comme mon esprit \u00e9tait amollie. Je crois que, sans le secours de la courageuse compagne qui partageait ma vie, je ne compterais plus \u00e0 cette heure de ce monde. Par mon affection et sa tendresse, elle parvint \u00e0 relever mon moral abattu&nbsp;; par ses soins et par un effort de volont\u00e9, je parvins \u00e0 me d\u00e9gager de cette dangereuse apathie. \u00ab&nbsp;Il \u00e9tait temps&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t, je me mis en communication avec plusieurs maisons de commerce \u2013 la correspondance est d\u00e9pos\u00e9e au parquet de Laon. Une maison de parfumerie ainsi qu\u2019une autre pour les huiles et savons m\u2019accept\u00e8rent comme placier. Quoique nouveau dans le commerce, le pr\u00e9sent me faisait bien augurer pour l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jeu ne m\u2019avait pas enrichi. Bien que n\u2019\u00e9tant pas dans la g\u00eane quand je r\u00e9solus de m\u2019occuper de commerce, je n\u2019\u00e9tais pas suffisamment pourvu pour attendre la rentr\u00e9e mensuelle de mes commissions, d\u2019ailleurs minimes d\u00e8s le d\u00e9but. J\u2019\u00e9tais dans cette situation d\u2019embarras passager moment\u00e9 quand je fis la rencontre d\u2019un de mes anciens compagnons de captivit\u00e9. Il \u00e9tait accompagn\u00e9 de trois autres&nbsp;; ils avaient avec eux un outillage de cambrioleurs. Craignant l\u2019indiscr\u00e9tion des patrons ou des gar\u00e7ons d\u2019h\u00f4tel, ils ne voulaient pas laisser cet outillage compromettant dans leur chambre et, ne sachant o\u00f9 le d\u00e9poser, ils me le donn\u00e8rent \u00e0 garder. J\u2019eus l\u2019\u00e9tourderie de les prendre et, comme je n\u2019\u00e9tais pas trop monnay\u00e9, j\u2019eus l\u2019\u00e9tourderie encore plus grande d\u2019accepter de l\u2019argent et des menus objets provenant de vols, me rendant ainsi leur complice par intelligence. Arr\u00eat\u00e9 \u00e0 la suite d\u2019une d\u00e9nonciation, on trouva chez moi tout cet attirail. Reconnu coupable par le jury de la Haute Garonne, tout en me faisant b\u00e9n\u00e9ficier des circonstances att\u00e9nuantes, la Cour me condamna \u00e0 5 ans de R\u00e9clusion sans interdiction de s\u00e9jour.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/baudy1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-451\" width=\"312\" height=\"195\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Aujourd\u2019hui que la paix est rentr\u00e9 dans mon c\u0153ur, l\u2019imp\u00e9tuosit\u00e9 de ma jeunesse s\u2019est calm\u00e9e, que mes passions sont soumises au frein de ma raison, que mon esprit est d\u00e9gag\u00e9 de ces vaporeuses et futiles vanit\u00e9s du monde, jetant alors un regard sur ce pass\u00e9 et que, remontant le Cours de ma vie, suivant pas \u00e0 pas tous les \u00e9v\u00e8nements qui en sont les \u00e9tapes mais qui s\u2019enchainent les uns aux autres par des maillons indissolubles, c\u2019est avec un profond serrement de c\u0153ur que je d\u00e9couvre la source de mes maux, de mes tribulations. Pourtant, je n\u2019\u00e9tais pas m\u00e9chant, je le sens. Les d\u00e9buts de ma vie ne me pr\u00e9destinaient pas \u00e0 mener une existence si mis\u00e9rable et, sans ces odieux pers\u00e9cuteurs, je n\u2019aurais pas \u00e0 g\u00e9mir sur ma cruelle destin\u00e9e. J\u2019ai \u00e9t\u00e9 le jouet de la fatalit\u00e9. Jet\u00e9 hors de ma route, que pouvais-je devenir ainsi perdu au sein de ce vaste oc\u00e9an plein d\u2019\u00e9cueils, sans exp\u00e9rience cette boussole de la vie, sans \u00e9toile polaire, sans pilote pour guider ou diriger mes pas et, point de but, ce port o\u00f9 tendent tous nos efforts. Comme une \u00e9pave est ballott\u00e9e par la vague d\u2019une mer en [<em>illisible<\/em>], de m\u00eame j\u2019\u00e9tais ballott\u00e9 par les \u00e9v\u00e8nements et, au lieu d\u2019\u00e9chouer sur un rivage enchanteur, la tourmente m\u2019a jet\u00e9 sur des r\u00e9cifs\u00a0: la prison. Dans le cours de ma vie, j\u2019ai pass\u00e9 par bien des phases. J\u2019ai connu l\u2019amour, l\u2019affection ainsi que la haine\u00a0; mon \u00e2me s\u2019est \u00e9lev\u00e9e \u00e0 de hautes inspirations, mais je l\u2019ai aussi tra\u00een\u00e9e dans la boue. J\u2019ai eu mes heures de chagrin, j\u2019ai eu mes heures de joie. J\u2019ai fait le mal, j\u2019ai aussi fait le bien. J\u2019ai connu les angoisses de la faim. J\u2019ai connu la sati\u00e9t\u00e9. Mais le vrai bonheur, je ne le retrouve que dans ma premi\u00e8re enfance. Dans mes p\u00e9r\u00e9grinations, j\u2019ai coudoy\u00e9 toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9\u00a0; dans toute aussi, j\u2019y ai trouv\u00e9 des fourbes et des imposteurs, mais aussi dans toutes j\u2019y ai trouv\u00e9 des natures droites et loyales. Dans tous les rangs, j\u2019ai vu le mal et j\u2019ai vu le bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant dans la solitude o\u00f9 je suis loin de tout bruit et du tapage du monde, je compare, j\u2019analyse toutes ces manifestations de la nature humaine et j\u2019en conclus que toutes ces fluctuations sont ind\u00e9pendantes de notre volont\u00e9&nbsp;: que le bien est l\u2019essor de notre \u00e2me et le mal de l\u2019antagonisme des int\u00e9r\u00eats. Non&nbsp;! l\u2019homme n\u2019est pas m\u00e9chant, l\u2019homme n\u2019est pas mauvais. Mais les luttes intestines, la division des int\u00e9r\u00eats, cette d\u00e9testable maxime du chacun pour soi, transforment les plus pures inspirations en \u00e9go\u00efste calcul qui d\u00e9prave et corrompt les c\u0153urs. L\u2019homme ne fait pas le mal pour le plaisir de la faire mais par int\u00e9r\u00eat, et bien souvent inconsciemment, et m\u00eame chez celui qui parait le plus pervers, il existe dans le fond de lui-m\u00eame un bourgeon de vertu qui ne demande qu\u2019\u00e0 \u00e9clore et \u00e0 s\u2019\u00e9panouir. Si \u00e0 ce que l\u2019on dit le mal domine le bien, que l\u2019esp\u00e8ce humaine est corrompue, qu\u2019on se prenne aux dires des institutions sociales et \u00e0 ces stupides pr\u00e9jug\u00e9s qui pour \u00eatre s\u00e9culaires n\u2019en sont pas moins contraires aux lois de la nature. L\u00e0 est la source du mal.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00fb vous para\u00eetre ennuyeux et parfois hors sujet. Pardonnez-moi, j\u2019ai voulu me mettre \u00e0 nu afin d\u2019\u00eatre mieux connu. Tout ce que vient de suivre est l\u2019expression exacte de la v\u00e9rit\u00e9, de mes sentiments, de mon \u00e9tat. J\u2019ai traduit du mieux que j\u2019ai les oscillations et le trouble de mon esprit qu\u2019agitaient les circonstances et les \u00e9v\u00e8nements sous l\u2019emprise desquels il \u00e9tait soumis. Je me suis pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 vous sans fard, sans d\u00e9tour, exposant avec la m\u00eame franchise mes qualit\u00e9s aussi bien que mes d\u00e9fauts. Esp\u00e9rant que si me trouvant coupable, votre jugement sera moins s\u00e9v\u00e8re et que sinc\u00e8re dans mes confessions, je m\u00e9rite plut\u00f4t d\u2019\u00eatre plaint que d\u2019\u00eatre bl\u00e2m\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-et-les-travailleurs-de-la-nuit.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5945\" width=\"540\" height=\"505\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p><strong>L\u2019Affaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, j\u2019arrive au fond du sujet qui est le principal appui de la requ\u00eate que je me proposai de vous adressai en \u00e9crivant ce m\u00e9moire et, de juger par vous-m\u00eame ce que mes pr\u00e9tentions peuvent avoir de fond\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui va suivre n\u2019a nullement besoin de commentaire. Je ne ferai qu\u2019un expos\u00e9 des faits, n\u2019\u00e9non\u00e7ant que ce qui peut \u00eatre contr\u00f4l\u00e9 et confirm\u00e9 par les pi\u00e8ces du dossier et les t\u00e9moignages de personnes.<\/p>\n\n\n\n<p>Environ un an apr\u00e8s que j\u2019\u00e9tais \u00e0 Thouars, subissant ma peine de 5 ans de r\u00e9clusion, j\u2019en fus extrait et conduit \u00e0 Abbeville sous l\u2019inculpation de vols et d\u2019association de malfaiteurs.<\/p>\n\n\n\n<p>1<sup>e<\/sup> \u2013 C\u00f4te 161 \u2013 D\u2019avoir commis \u00e0 La Roche sur Yon, dans le courant du mois de janvier 1902, un vol avec toutes les circonstances aggravantes. De grandes pr\u00e9somptions semblent en quelque sorte motiver l\u2019accusation dirig\u00e9e contre moi. En effet, une sacoche renfermant des objets de toilette m\u2019appartenant \u00e9tait saisie \u00e0 la consigne de la gare de cette ville, charge en apparence grave qui, \u00e0 elle seule, me condamne. Tout en reconnaissant devant le juge d\u2019instruction la sacoche et son contenu comme ma propri\u00e9t\u00e9, je niai l\u2019avoir port\u00e9 moi-m\u00eame dans cette ville, sans vouloir donner d\u2019autres explications car, pour me d\u00e9fendre, j\u2019\u00e9tais oblig\u00e9 d\u2019accuser.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, ici, pour plus de clart\u00e9, je dois prendre les faits de plus haut. J\u2019ai dit avoir habit\u00e9 Paris. Or le hasard me conduisit, comme il aurait pu me conduire ailleurs, \u00e0 aller habiter dans un h\u00f4tel de famille situ\u00e9 dans la rue de la Cl\u00e9 18. Cet h\u00f4tel, par sa situation et surtout \u00e0 cause de sa proximit\u00e9 du quartier Latin que j\u2019affectionnais tout particuli\u00e8rement, \u00e9tait de mon go\u00fbt. Voil\u00e0 pourquoi je louai l\u00e0 plut\u00f4t qu\u2019ailleurs. Les locataires y \u00e9taient nombreux et h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ne connaissant personne dans Paris, je fis bient\u00f4t la connaissance de la plupart d\u2019entre eux&nbsp;; en outre de Ferrand et de la fille Jeanne Roux que je pris pour ma\u00eetresse, mais que je devais quitter bient\u00f4t \u00e0 cause d\u2019incompatibilit\u00e9 d\u2019humeur et de caract\u00e8re. J\u2019ignorais alors qu\u2019elle \u00e9tait la s\u0153ur de la ma\u00eetresse de Jacob. Je devins assez familier avec Ferrand pour en arriver \u00e0 nous faire de mutuelles confidences. J\u2019\u00e9tais donc au courant de son mode d\u2019existence comme il l\u2019\u00e9tait du mien. Nos erreurs pass\u00e9es nous mettaient sur la m\u00eame \u00e9galit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En maintes reprises, il me fit des propositions de l\u2019accompagner mais, connaissant par exp\u00e9rience les dangereuses cons\u00e9quences qui t\u00f4t ou tard il en r\u00e9sulte, je refusai&nbsp;; d\u2019ailleurs j\u2019avais d\u2019autres moyens d\u2019existence qui, sans \u00eatre plus avouables, n\u2019\u00e9taient pas pr\u00e9vus ni punis par la loi. Cette amiti\u00e9 devait m\u2019\u00eatre funeste.<\/p>\n\n\n\n<p>Ferrand vint un jour me prier de lui pr\u00eater ma sacoche pour un de ses amis se trouvant dans le g\u00e8ne et qui devait l\u2019accompagner dans ses exp\u00e9ditions. Je la lui pr\u00eatai en y laissant le contenu afin que son ami en fasse usage attendu qu\u2019il n\u2019avait pas les moyens de s\u2019en procurer. Surpris sur le fait, ils durent abandonner leurs sacs de voyage \u00e0 la consigne o\u00f9 ils les avaient d\u00e9pos\u00e9s au pr\u00e9alable. Voil\u00e0 comment il se fait que ma sacoche se trouvait dans cette ville. Tout ceci parait invraisemblable et douteux, et mes assertions seraient de bien peu de poids contre toutes ces co\u00efncidences et les charges de l\u2019accusation, sans d\u2019autres points capitaux qui r\u00e9futent toutes objections et corroboreraient mes dires. Madame Vionneau, marchande de nouveaut\u00e9s \u00e0 La Roche sur Yon, cette dame aux Assises d\u2019Amiens d\u00e9clare facilement reconnaitre Ferrant comme \u00e9tant un des deux individus qui sont venus chez elle le jour du vol acheter des faux cols et ne pas reconnaitre en moi l\u2019individu qui \u00e9tait avec Ferrand. Elle ajoute qu\u2019il \u00e9tait un peu plus grand que Ferrand mais un peu plus petit que moi. Autre point. Le patron de l\u2019H\u00f4tel du Coq Hardi o\u00f9 ils sont descendus d\u00e9clare reconnaitre Ferrand et ne pouvoir se prononcer sur moi. La fille de ce restaurateur qui dit les avoir servis \u00e0 table reconnait parfaitement bien Ferrand et dit ne pas me reconnaitre. Ferrand qui, lui, d\u00e9clare \u00eatre un des auteurs du vol, affirme aux Assises que ce n\u2019est pas moi qui l\u2019accompagnais. D\u2019apr\u00e8s l\u2019accusation, ce vol \u00e9tait le point terminus d\u2019une s\u00e9rie de vols commen\u00e7ant par Chartres, Le Mans, Angers, Nantes et La Roche sur Yon. Acquitt\u00e9 pour les quatre villes, pourquoi me condamne-t-on pour la derni\u00e8re, ou d\u2019une chose ou de l\u2019autre, je suis coupable pour toutes ou pour aucune.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019admets que la sacoche fasse \u00e9lever un doute dans l\u2019esprit du jury. Mais, apr\u00e8s les t\u00e9moignages de ces diff\u00e9rentes personnes, si doute il y a, je crois qu\u2019il est plut\u00f4t en faveur de l\u2019accus\u00e9 que de l\u2019accusation.<\/p>\n\n\n\n<p>2<sup>e<\/sup> 3<sup>e<\/sup> C\u00f4te 169 \u2013 D\u2019avoir \u00e0 Rouen commis un vol au pr\u00e9judice de Me Deuve, vol d\u00e9couvert dans la matin\u00e9e du 5 avril 02. Ici l\u2019accusation me reproche d\u2019\u00eatre retourn\u00e9 sur les lieux du vol avec un nomm\u00e9 Vambelle ou soi-disant tel. Ce vol aurait \u00e9t\u00e9 commis par Ferrand et Vambelle et qu\u2019aussit\u00f4t qu\u2019ils furent de retour \u00e0 Paris, je serais parti de cette ville en compagnie de Vambelle pour me rendre \u00e0 Rouen pour terminer ce vol \u00e0 moiti\u00e9 accompli et qu\u2019en m\u00eame temps j\u2019en aurais commis un autre au pr\u00e9judice de Monsieur Durel, habitant la m\u00eame ville, d\u00e9couvert dans la matin\u00e9e du 4 avril de la m\u00eame ann\u00e9e. (d\u00e9claration de la fille Gabrielle Damien maitresse de Ferrand faite au juge d\u2019instruction d\u2019Abbeville le 25 janvier 1904 qui dit tenir ces faits de son amant)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019apr\u00e8s les d\u00e9positions de cette fille que je suis poursuivi. Or, d\u2019apr\u00e8s Monsieur le Pr\u00e9sident des Assises, ces d\u00e9positions ne peuvent \u00eatre prises en consid\u00e9rations \u00e0 cause de sa moralit\u00e9. D\u2019ailleurs les contradictions flagrantes de ces d\u00e9clarations suffisent pour savoir en quoi s\u2019en tenir sur sa bonne foi. Dans un interrogatoire que lui fit subir le juge d\u2019instruction le 24 janvier 1904, ce magistrat lui demande si elle ne savait pas que j\u2019ai commis des vols ou y ai particip\u00e9 d\u2019une fa\u00e7on quelconque&nbsp;? Elle r\u00e9pondit&nbsp;: Non&nbsp;! Et le 25 elle fit l\u2019accusation ci-dessus mentionn\u00e9e. Je me demande \u00e0 quel moment cette fille dit la v\u00e9rit\u00e9&nbsp;? L\u2019on ne m\u2019a jamais confront\u00e9 avec cette fille ni avec aucun de mes co-accus\u00e9s. L\u2019accusation a cherch\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 dans les t\u00e9n\u00e8bres, moi je la cherche en pleine lumi\u00e8re. Et c\u2019est dans le dossier m\u00eame que je puise ma d\u00e9fense. D\u2019apr\u00e8s l\u2019enqu\u00eate du commissaire de police, il s\u2019ensuit dans ses constatations que le chambranle de la porte de la maison de Mme Deuve \u00e9tait arrach\u00e9. Or, le facteur des postes desservant ce quartier d\u00e9clare \u00e0 ce magistrat que la veille de la d\u00e9couverte du vol, il avait d\u00e9pos\u00e9 un prospectus dans la boite \u00e0 lettres de Mme Deuve et qu\u2019il n\u2019a rien constat\u00e9 d\u2019anormal. De m\u00eame, une voisine dit que la veille de la d\u00e9couverte elle a balay\u00e9 devant la porte de la maison qu\u2019elle n\u2019a rien remarqu\u00e9 d\u2019anormal. Il r\u00e9sulte de ces t\u00e9moignages que le vol a bien eu lieu dans la nuit du 4 au 5 avril et, qu\u2019entre le retour de Ferrand et Vambelle \u00e0 Paris ainsi que mon d\u00e9part de cette ville pour Rouen demandait un intervalle d\u2019une journ\u00e9e et que je ne pouvais pas y \u00eatre avant la nuit du 5 au 6, et encore moins accomplir le vol puisqu\u2019il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 d\u00e9couvert. On ne m\u2019a trouv\u00e9 aucun objet provenant de ce vol et Ferrand dit ne m\u2019en avoir jamais parl\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas tout. L\u2019accusation pr\u00e9tend que j\u2019ai commis un autre vol au pr\u00e9judice de Monsieur Durel. Notez que ce vol a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert dans la matin\u00e9e du 4 avril, c\u2019est-\u00e0-dire 24 heures avant celui de Mme Deuve. Je ne savais pas que j\u2019avais le don d\u2019ubiquit\u00e9. Mais, poursuivons. L\u2019accusation porte qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 saisi en ma possession une broche en forme de rose et que cette broche provient de chez M. Durel. Cette broche a \u00e9t\u00e9 saisie sur ma maitresse lors de mon arrestation \u00e0 Toulouse. C\u2019est un objet de peu de valeur et tr\u00e8s commun dans le commerce. Or, dans la nomenclature des objets soustraits \u00e0 M. Durel faite par ce Monsieur au commissaire de police il est dit qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 vol\u00e9 une broche en forme de tr\u00e8fle et il n\u2019est nullement mention d\u2019une broche en forme de rose. Aux Assises de Laon, M. Durel \u00e9num\u00e8re tous les objets qui lui ont \u00e9t\u00e9 soustraits sans question de broche autre qu\u2019en forme de tr\u00e8fle. Je dois ajouter que M. Hatt\u00e9, juge d\u2019instruction, ne m\u2019a jamais instruit de cette charge aggravante. Poursuivons toujours. Les voisins de Monsieur Durel ont d\u00e9clar\u00e9 au commissaire de police que dans la journ\u00e9e du vol, ils ont vu des individus aux allures suspectes roder autour de la maison. Ma photographie ayant \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 ces personnes, toutes ont d\u00e9clar\u00e9 que l\u2019individu repr\u00e9sent\u00e9 par cette photographie n\u2019avait rien de commun ni dans l\u2019allure ni dans le maintien avec un de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 vus le jour pr\u00e9c\u00e9dant la nuit du vol. Aucune de ces personnes n\u2019a \u00e9t\u00e9 cit\u00e9es aux Assises.<\/p>\n\n\n\n<p>En accus\u00e9 [consignant], ma cause n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9fendue comme elle aurait d\u00fb l\u2019\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019ailleurs, il \u00e9tait difficile vu le nombre disparate d\u2019accus\u00e9s et d\u2019affaires que le jury puisse s\u2019y reconna\u00eetre. Puis, il y avait un cas qui ne pr\u00e9venait pas en ma faveur et j\u2019avais des ant\u00e9c\u00e9dents.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Baudy-et-les-travailleurs-de-la-nuit.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5945\" width=\"262\" height=\"246\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>4<sup>e<\/sup> \u2013 c\u00f4te 1 \u2013 Association de malfaiteurs. Cette question n\u2019aurait pas besoin d\u2019\u00eatre discut\u00e9e, les charges de l\u2019accusation des vols tombant, l\u2019association tombe d\u2019elle-m\u00eame. Mais le chef d\u2019accusation et la cause qui a entra\u00een\u00e9 la rel\u00e9gation, il doit \u00eatre discut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour qu\u2019il y ait association de malfaiteurs, il faut qu\u2019il y ait relation entre tous les membres qui la compose, qu\u2019il y ait solidarit\u00e9 entre eux, participation aux faits ou au partage de butin et que les rapports de chaque membre entre eux soient d\u00fbment \u00e9tablis par le seul fait de groupement ou par correspondance dans le but d\u00e9termin\u00e9 de porter atteinte \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 ou \u00e0 la vie des personnes. Tel est, je crois, si non dans les propres termes, le sens des articles 265 et 266 du code p\u00e9nal.<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien l\u2019accusation ne rel\u00e8ve contre moi aucune de ces charges. Elle peut me reprocher d\u2019avoir habit\u00e9 la rue de la Clef mais il y en avait d\u2019autres que moi et qu\u2019ils n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9s dans l\u2019association. D\u2019ailleurs, au moment o\u00f9 j\u2019y habitais, l\u2019accusation ne rel\u00e8ve aucun vol fait par la soi-disant association et puis le fait d\u2019habiter une maison o\u00f9 cette bande tient lieu de rendez-vous n\u2019est pas un motif suffisant. En ce cas, on peut y impliquer tous les locataires. Elle ne m\u2019a saisi aucune lettre ou correspondance qui d\u00e9montre que j\u2019\u00e9tais en relation avec un des membres qui comme moi a \u00e9t\u00e9 happ\u00e9 par l\u2019association. Et des six tels que Jacob, Bour, P\u00e9lissard, Ferrand, Ferr\u00e9 et Vaillant, il n\u2019y en a qu\u2019un seul que je connais, c\u2019est Ferrand. Et comment pouvais-je les connaitre et \u00eatre solidaire avec eux puisque j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 arr\u00eat\u00e9 quand la plupart ont commenc\u00e9 \u00e0 se connaitre, et o\u00f9&nbsp;? en quoi&nbsp;? quand&nbsp;? comment ai-je particip\u00e9 ou b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 \u00e0 leurs vols \u00e0 leurs produits. L\u2019accusation reste muette. Depuis le mois de juin 1902 je n\u2019\u00e9tais plus \u00e0 Paris et j\u2019ai \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 le 22 septembre de la m\u00eame ann\u00e9e. Or, d\u2019apr\u00e8s le dossier, ce n\u2019est que vers la fin ao\u00fbt que Ferr\u00e9 a connu Jacob et que l\u2019accusation commence \u00e0 leur reprocher les premiers vols. En ce moment, j\u2019\u00e9tais \u00e0 Toulouse, ce n\u2019est que 6 semaines avant leur arrestation le 21 avril 1903 que Jacob, Bour et P\u00e9lissard ce sont connus et ce n\u2019est que de cette \u00e9poque que date leurs vols. J\u2019\u00e9tais \u00e0 Thouars. Il y avait \u00e0 peine deux mois que Ferrand connaissait Vaillant quand ils ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s \u00e0 Nevers le 23 janvier 1903. J\u2019\u00e9tais en pr\u00e9vention. Ainsi, de toute pi\u00e8ce, on m\u2019associe avec des personnes qui me sont \u00e9trang\u00e8res par le seul besoin de la cause.<\/p>\n\n\n\n<p>En outre, M. Hamard, Chef de la S\u00fbret\u00e9 de Paris charg\u00e9 d\u2019\u00e9tablir les relations des membres de la bande entre eux, reste muet sur mon nom.<\/p>\n\n\n\n<p>Et bien, en d\u00e9pit de toute preuve d\u00e9montrant d\u2019une fa\u00e7on formelle que je faisais partie d\u2019une association, le jury de l\u2019Aisne r\u00e9pondit oui \u00e0 toutes les questions tout en me faisant b\u00e9n\u00e9ficier des circonstances att\u00e9nuantes. Et la Cour me condamna \u00e0 sept ans de r\u00e9clusion pour vols, peine confondue avec celle de 5 ans, et \u00e0 la rel\u00e9gation par application de la loi sur l\u2019association de malfaiteurs art. 265.266.267 avec amendement de la loi fait le 18 octobre 1898.<\/p>\n\n\n\n<p>Laon le 1<sup>er<\/sup> octobre 1905<\/p>\n\n\n\n<p>Si je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 du chef d\u2019association de malfaiteurs, l\u2019on ne pouvait pas me rel\u00e9guer en vertu de la loi du 25 mai 1885 comme pourrait le faire supposer le nombre de mes condamnations. Ma peine de 3 ans et celle de 1 an ne doivent compter que pour une puisqu\u2019il n\u2019y a pas interruption de peine. S\u2019il en avait \u00e9t\u00e9 autrement, le jury de la Court de Haute Garonne en me condamnant \u00e0 la r\u00e9clusion m\u2019aurait appliqu\u00e9 cette peine dite accessoire. Donc la Cour d\u2019Assises de l\u2019Aisne, sans ce chef d\u2019accusation, ne pouvait me rel\u00e9guer attendu que les d\u00e9lits sont bien ant\u00e9rieurs \u00e0 ceux de Toulouse et que la confusion des peines s\u2019impose de droit.<\/p>\n\n\n\n<p>En vous faisant connaitre dans quelles conditions j\u2019ai \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9, je n\u2019ai point l\u2019intention de vous demander la r\u00e9vision de mon proc\u00e8s que je sais impossible d\u2019obtenir faute de faits nouveaux. Mais il est en votre pouvoir d\u2019arr\u00eater le cours ou d\u2019att\u00e9nuer la rigueur de la peine.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes propres malheurs m\u2019ont instruit par la pratique du monde&nbsp;; j\u2019ai appris \u00e0 conna\u00eetre les \u00e9cueils dont la vie est parsem\u00e9e. Je ne doute pas qu\u2019ainsi arm\u00e9, je saurais \u00e0 l\u2019avenir guider ma fr\u00eale nacelle mieux que je ne l\u2019ai fait jusqu\u2019\u00e0 ce jour. Mes aspirations sont nouvelles, un travail qui me procure un salaire proportionn\u00e9 \u00e0 mon \u0153uvre, me permettant de vivre ma vie et tout ce que je d\u00e9sire. Reconqu\u00e9rir le c\u0153ur de ma m\u00e8re qui, je le sais, m\u2019aime et souffre en lui donnant par ma conduite une garantie de mon affection et de ma tendresse filiale, et d\u2019\u00eatre son appui et le soutien de ses vieux jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Si, confiant dans mes intentions pour l\u2019avenir, vous jugez que, sans danger pour la soci\u00e9t\u00e9, elle peut \u00e0 nouveau me recevoir dans son sein et que mes pr\u00e9tentions ne sont pas trop exag\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour toutes compassions \u00e0 mes malheurs, je ne demande que la remise de la Rel\u00e9gation.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en attends pas moins de votre magnanimit\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Recevez Monsieur l\u2019assurance de mon profond respect<\/p>\n\n\n\n<p>Baudy Antoine<\/p>\n\n\n\n<p>M<sup>o<\/sup> C<sup>e<\/sup> de Beaulieu, le 4 ao\u00fbt 1907<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marius Baudy termine de r\u00e9diger ses \u00ab m\u00e9moires \u00bb en prison le 4 avril 1907. 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