{"id":5789,"date":"2024-10-21T06:00:13","date_gmt":"2024-10-21T04:00:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5789"},"modified":"2024-10-21T06:00:13","modified_gmt":"2024-10-21T04:00:13","slug":"albert-et-paul-2e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2024\/10\/albert-et-paul-2e-partie\/","title":{"rendered":"Albert et Paul 2e partie"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-321\" width=\"120\" height=\"181\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres.jpg 283w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres-198x300.jpg 198w\" sizes=\"(max-width: 120px) 100vw, 120px\" \/><\/figure><\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-par-Ubaud-vers-1929.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5536\" width=\"124\" height=\"183\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-par-Ubaud-vers-1929.jpg 485w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-par-Ubaud-vers-1929-203x300.jpg 203w\" sizes=\"(max-width: 124px) 100vw, 124px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Le matricule 37664 n\u2019\u00e9tait pas au programme de la visite des \u00eeles du Salut. Le commandant Masse a d\u00fb recevoir l\u2019honorable reporter avec d\u2019autant plus d\u2019\u00e9gards qu\u2019il arrivait nanti d\u2019une accr\u00e9ditation minist\u00e9rielle. Il faut donc lui ouvrir toutes les portes. Londres vient voir Dieudonn\u00e9 et Marcheras&nbsp;; il veut entrer dans une cellule de Saint-Joseph, il visite \u00e0 l\u2019occasion l\u2019asile des fous mais, l\u2019entretien qu\u2019il a avec le commandant l\u2019oriente vers la route de Roussenq dont il a pu compulser le dossier confirmant l\u2019originalit\u00e9 du for\u00e7at. Il est certain qu\u2019il a eu entre les mains une des trois lettres que Roussenq avait sign\u00e9es de son doigt macul\u00e9 d\u2019excr\u00e9ment<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Il n\u2019en faut pas plus pour le convaincre d\u2019un entretien avec l\u2019homme enferm\u00e9. L\u2019article parait dans <em>Le Petit Parisien<\/em> le 19 ao\u00fbt 1923&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Image-61b.png\" alt=\"\" class=\"wp-image-5794\" width=\"172\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Image-61b.png 600w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Image-61b-300x273.png 300w\" sizes=\"(max-width: 172px) 100vw, 172px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;<strong>Roussenq L\u2019\u00ab Inco \u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans les cellules, \u00e0 Cayenne, \u00e0 Royale, \u00e0 Saint-Joseph, je voyais toujours un nom soit grav\u00e9 au couteau sur le bat-flanc, soit inscrit sur le mur, en couleur marron : Roussenq.<br>Parfois, une phrase : \u00ab Roussenq salue son ami Dain. \u00bb\u00ab Roussenq dit zut au gouverneur. \u00bb<br>Sur le tronc d\u2019un manguier de Royale \u2013 ce qui prouvait que ce Roussenq \u00e9tait parfois en libert\u00e9 \u2013 je lus : \u00ab Face au soleil, Roussenq crache sur l\u2019humanit\u00e9. \u00bb Quel \u00e9tait cet auteur de graffiti ?<br>Je demandai son dossier. Quand je voulu le prendre des mains du commis qui me l\u2019apportait, je pliai sous le poids. Ce volume pesait bien dix kilos<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Il valait celui d\u2019Hespel.<\/p>\n\n\n\n<p>Je feuilletai la chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Motifs de punitions :<\/p>\n\n\n\n<p>A excit\u00e9 ses camarades \u00e0 l\u2019hilarit\u00e9 par son bavardage continu pendant la sieste. \u2013 30 jours de cachot.<br>Lac\u00e9ration compl\u00e8te de ses effets d\u2019habillement. \u2013 30jours de cachot.<br>N\u2019a pas cess\u00e9, pendant la sieste, d\u2019appeler les autres punis pour les obliger \u00e0 causer avec lui. \u2013 30 jours de cachot.<br>S\u2019est cat\u00e9goriquement refus\u00e9 \u00e0 se laisser mettre aux fers. \u2013 30 jours de cachot.<br>S\u2019est cat\u00e9goriquement refus\u00e9 \u00e0 se laisser d\u00e9ferrer. \u2013 30 jours de cachot.<br>A accus\u00e9 un surveillant de lui avoir vol\u00e9 deux francs. \u2013 30 jours de cachot.<br>A grimp\u00e9 jusqu\u2019au sommet des barreaux de sa cellule et d\u00e9clar\u00e9 qu\u2019il en redescendrait quand il lui plairait. \u2013 30 jours de cachot.<br>A forc\u00e9 le guichet de sa cellule, pass\u00e9 sa t\u00eate et cri\u00e9 : \u00ab Une autre punition, s\u2019il vous pla\u00eet ! \u00bb \u2013 30 jours de cachot.<br>Bref, le transport\u00e9 Roussenq (Paul), matricule 37664, n\u00e9 le 28 septembre 1885, \u00e0 Saint-Gilles (Gard), condamn\u00e9, le 5 mai 1908, par le conseil de guerre de Tunis, \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s, pour tentative d\u2019incendie volontaire, outrages et voies de fait, a collectionn\u00e9, pendant quatorze ans de bagne, 3&nbsp;779 jours de cachot. C\u2019est le record. Roussenq \u00e9tait l\u2019as des r\u00e9volt\u00e9s.<br>\u2013 Roussenq, me dit le commandant Masse, est un cas curieux. C\u2019est un hyst\u00e9rique du cachot. Il \u00e9prouve une volupt\u00e9 quand on le punit. Il \u00e9crivit une lettre en vers au ministre des Colonies pour lui vanter la douceur du cachot.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ah ! douze ans sans ne rien faire !<br>Douze ans soustrait de la terre !<br>Ministre,<br>Tu crois que c\u2019est sinistre ?<br>Non ! rouquin !<br>C\u2019est plus beau que ton maroquin.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il ne faut pas tomber dans le faible des transport\u00e9s, c\u2019est faire leur jeu, reprit le commandant. Aussi, ces temps derniers, ai-je d\u00e9cid\u00e9, pour le punir, de ne plus punir Roussenq. Il appela les punitions de plus haut.<br>Il \u00e9crivit au gouverneur : \u00ab Je me contente de vous dire, \u00e0 vous, gouverneur, que vous \u00eates un d\u00e9go\u00fbtant personnage. \u00bb La punition ne vint pas.<br>Il \u00e9crivit au directeur : \u00ab Lequel est le plus fain\u00e9ant de nous deux, dites, descendant d\u2019esclaves&nbsp;?&nbsp; Lequel ? Moi, qui vous m\u00e9prise et le dis, ou vous, qui n\u2019\u00eates qu\u2019un marchand de pommades avari\u00e9es? J\u2019en ai soup\u00e9 de votre fiole, sale sac \u00e0 tourbe, homme subgag\u00e9. Je vous emm\u00e8ne tous \u00e0 la campagne, tous tant que vous \u00eates : directeur, procureur, gouverneur et toute la s\u00e9quelle de sangsues et de rat\u00e9s ! Ah ! vous faites un beau troupeau de vaches ! Charognards ! Tas d\u2019ordures ! \u00catres infects vomis par la nature en un moment de d\u00e9go\u00fbt.<br>Je pr\u00e9f\u00e8re ma place \u00e0 la v\u00f4tre !<br>Sign\u00e9 : Roussenq. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Une lettre\u2026<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Dans le dossier, j\u2019avais trouv\u00e9 une note du commandant Masse disant : \u00ab Ne pas s\u2019occuper des \u00e9crits de Roussenq ; ne pas le punir serait, d\u2019apr\u00e8s moi, le meilleur moyen d\u2019avoir raison de ses mani\u00e8res. \u00bb<br>\u2013 Eh bien ! en avez-vous eu raison ?<br>\u2013 Tenez, voici sa derni\u00e8re lettre :<br>\u00ab&nbsp;\u00cele Royale, 8 juin 1903<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<br>Monsieur le Commandant,<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s quinze ans d\u2019une lutte in\u00e9gale, me sacrifiant pour une collectivit\u00e9 qui, dans son ensemble, n\u2019en vaut pas la peine, je me rends compte que je ne puis plus continuer, mon organisme \u00e9tant affect\u00e9 jusque dans son tr\u00e9fonds.<br>Comme le jouteur loyal qui, apr\u00e8s un tournoi, tombe la face contre terre, je me d\u00e9clare vaincu.<br>Je ne veux pas augmenter la dur\u00e9e de mes punitions, mais je redoute les moments de d\u00e9faillance, la disposition du quartier sp\u00e9cial de Royale offrant trop de tentations.<br>Je demande comme faveur d\u2019\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 dans un cachot de la r\u00e9clusion de Saint-Joseph, o\u00f9 le bavardage (seule infraction que j\u2019appr\u00e9hende \u00e0 l\u2019avenir) est impossible. Cette impossibilit\u00e9 est due \u00e0 ce fait que les cachots de la r\u00e9clusion ont de la r\u00e9sonance \u00e0 cause des vo\u00fbtes.<br>Ainsi s\u2019op\u00e9rerait mon rel\u00e8vement, quoique tardif. Combien de fois une minute d\u2019aberration, sit\u00f4t d\u00e9plor\u00e9e, m\u2019a caus\u00e9 des mois et des ann\u00e9es de souffrances !<\/p>\n\n\n\n<p>Vous-m\u00eame, chef d\u2019une grande administration, vous \u00e9levant au-dessus des offenses d\u2019un malheureux exacerb\u00e9 par des mis\u00e8res sans nombre, lui avez maintes fois ouvert une \u00e9claircie sur l\u2019horizon.<br>C\u2019est pourquoi, dans ma d\u00e9tresse, je me tourne vers vous. Je ne puis plus avaler mon pain, les jours de pain sec. J\u2019ai 1 m 75 et je p\u00e8se 50 kilos. La mis\u00e8re physiologique se lit \u00e0 travers mon corps. J\u2019esp\u00e8re, malgr\u00e9 tout, arriver \u00e0 subir les 150 jours de cachot qui me restent.<br>Si, pour une raison majeure, vous ne pouviez ordonner mon transfert, j\u2019ai la prescience, malgr\u00e9 mes bonnes r\u00e9solutions, que mon amendement serait impossible. Une parole est si vite dite !<br>Faites-moi mettre en r\u00e9clusion, commandant, vous serez cl\u00e9ment. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Cl\u00e9mence sinistre, dis-je.<br>\u2013 Oui. Cela vous frappe davantage parce que vous n\u2019\u00eates pas habitu\u00e9. Voyez-vous, le monde est fait de trois choses : le ciel, la terre et le bagne.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dans le cachot avec Roussenq<\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/londres14-1024x788.jpeg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5796\" width=\"252\" height=\"194\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/londres14-1024x788.jpeg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/londres14-300x231.jpeg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/londres14-768x591.jpeg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/londres14-1536x1182.jpeg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/londres14-2048x1576.jpeg 2048w\" sizes=\"(max-width: 252px) 100vw, 252px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>L\u2019apr\u00e8s-midi, je fis armer le canot et repartis pour Saint-Joseph. Quand, en arrivant, je dis au chef de camp : \u00ab Je viens voir Roussenq \u00bb, l\u2019effarement le cloua au sol. On ne voit pas Roussenq. C\u2019est comme si j\u2019avais frapp\u00e9 \u00e0 la porte de l\u2019enfer, disant : \u00ab&nbsp;Je viens voir le diable.&nbsp;\u00bb Le diable existe, mais ne re\u00e7oit pas. Roussenq non plus. Mais l\u2019ordre que je portais \u00e9tait formel.<br>Nous mont\u00e2mes par un chemin rouge et glissant. Malgr\u00e9 les avertissements, je fis, \u00e0 plusieurs reprises, plusieurs m\u00e8tres \u00e0 quatre pattes\u2026 la mer battait la petite \u00eele Saint-Joseph.<br>Le local disciplinaire. Nous y p\u00e9n\u00e9trons. Nos pas r\u00e9veillent la vo\u00fbte. Ces portes de cachots ont d\u00e9finitivement l\u2019air de dalles verticales de tombeaux. C\u2019est ici qu\u2019est Roussenq, dans cette rue de cachots inhabit\u00e9s, seul, comme il l\u2019a demand\u00e9.<br>On d\u00e9ferre la porte. Elle s\u2019ouvre.<br>Roussenq se dresse sur son bat-flanc et regarde. Il regarde quelqu\u2019un qui n\u2019est pas un surveillant, qui n\u2019est pas un commandant, qui n\u2019est pas un porte-cl\u00e9s.<br>La surprise est plus forte que lui ; il dit :<br>\u2013 Un homme !<br>On me laisse seul, selon l\u2019ordre. Je p\u00e9n\u00e8tre dans le cachot. Roussenq en est \u00e0 la p\u00e9riode des dix jours de cachot demi-clair.<br>&nbsp;&nbsp; Il est \u00e9bloui comme si j\u2019apportais le soleil.<br>\u2013 Ah ! bien ! fait-il ; ah ! oui !<br>\u2013 Quel \u00e2ge avez-vous ?<br>\u2013 Vingt-trois ans de vie et quinze ans d\u2019enfer, ce qui fait trente-huit.<br>Et, tout de suite :<br>\u2013 Je vais vous montrer mon corps. Il se mit compl\u00e8tement nu. Passant la main sur son ventre il dit : \u00ab La cachexie ! \u00bb<br>Il est si maigre qu\u2019on dirait qu\u2019il grelotte. Sur ses bras, dans son dos, sur ses jambes, sur la poitrine sont des marques comme des cicatrices de coups de lani\u00e8re.<br>\u2013 Ce sont des coups de couteau.<br>\u2013 De qui ?<br>\u2013 De moi, pour emb\u00eater les surveillants. Ils faisaient une t\u00eate quand ils ouvraient le cachot et qu\u2019ils me trouvaient en sang ! Et puis \u00e7a leur donnait de l\u2019ouvrage.<br>\u2013 Vous touchez \u00e0 la fin de vos tourments.<br>\u2013 C\u2019est fini. Plus que cent cinquante jours. Maintenant, je rentre dans l\u2019ordre.<br>\u2013 Vous \u00eates rest\u00e9 longtemps tout nu, mais on vous a redonn\u00e9 un pantalon.<br>\u2013 Je d\u00e9chirais tous mes v\u00eatements. J\u2019\u00e9tais un chien enrag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est \u00e9vident que lorsqu\u2019un individu comme moi lac\u00e8re ses effets syst\u00e9matiquement, on ne saurait fournir un aliment \u00e0 ses d\u00e9gradations. Mais j\u2019ai ressenti suffisamment la souffrance du froid de cachot. Les nuits, je me frottais l\u2019\u00e9piderme avec une brosse. J\u2019en suis gu\u00e9ri \u00e0 jamais. La douleur est le meilleur conseiller.<br>\u2013 Pourquoi meniez-vous cette lutte in\u00e9gale contre l\u2019administration ?<br>\u2013 Par go\u00fbt. Je m\u2019enfon\u00e7ais dans le cachot comme dans le sommeil. Cela me plaisait diaboliquement. Quand le commandant Masse n\u2019a plus voulu me punir, j\u2019ai cru que je l\u2019\u00e9tranglerais. Et puis, je protestais au nom de tous les autres. Mais tous les autres \u2013 \u00e0 part trois ou quatre \u2013 savez-vous ce que c\u2019est ?<br>C\u2019est de la vermine qui, plus vous l\u2019engraissez, plus elle vous d\u00e9vore. On ne me verra plus chercher des amis dans ce fumier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me demande m\u00eame comment je ferai quand je sortirai du cachot.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne puis plus supporter la vie en commun.<br>\u2013 Vous vivrez \u00e0 part.<br>\u2013 Je ne puis plus me souffrir moi-m\u00eame. Le bagne est entr\u00e9 en moi ; Je ne suis plus un homme, je suis un bagne.<br>Il dit :<br>\u2013 Je ne puis pas croire que je fus un petit enfant. Il doit se passer des choses extraordinaires qui vous \u00e9chappent.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bagnard ne peut pas avoir \u00e9t\u00e9 un petit enfant.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Je finirai dans un requin<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019assit tous les deux sur le bat-flanc.<br>\u2013 Enfin ! j\u2019esp\u00e8re que je suis tr\u00e8s malade. J\u2019ai peut-\u00eatre bien la tuberculose. J\u2019ai assez aval\u00e9 de cachets tuberculeux\u2026<br>Oui, voil\u00e0. Quand un camarade \u00ab en tient \u00bb on le fait cracher dans des cachets. On colle et on garde \u00e7a. Puis on se pr\u00e9sente \u00e0 la visite. On dit : \u00ab Je suis tuberculeux. \u00bb Au bon moment on met le cachet dans sa bouche. On le perce d\u2019un coup de dent et on crache pour l\u2019analyse. Les m\u00e9decins ont du travail avec nous !<br>Il ne voulait pas prendre le tabac que j\u2019apportais.<br>\u2013 Non ! Non ! je ne veux plus commettre de faute.<br>\u2013 Pour ces paquets-l\u00e0 on ne vous dira rien.<br>Il les prit, disant :<br>\u2013 C\u2019est que je veux sortir, sortir.<br>\u2013 Mais habillez-vous ! vous grelottez.<br>\u2013 Non ! on ne grelotte que la nuit.<br>Il me demanda :<br>\u2013 Je suis bien seul dans l\u2019all\u00e9e, n\u2019est-ce pas ?<br>\u2013 Seul.<br>\u2013 Comme \u00e7a, je sortirai. Quand je sens des camarades pr\u00e8s de moi, mon cerveau chavire. Il faut que je les provoque. Je me couperai la langue, mais je sortirai.<br>Il n\u2019avait aucune commission \u00e0 me confier. Il ne se rappelait plus le monde.<br>Je lui dis de pauvres mots d\u2019homme libre qui ne parvinrent pas, j\u2019en suis s\u00fbr, au fond de sa fosse.<br>Il me r\u00e9pondit :<br>\u2013 Oui, je finirai dans un requin, mais je veux revoir le soleil !&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Albert-Londres-Au-bagne.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5798\" width=\"220\" height=\"220\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Albert-Londres-Au-bagne.jpg 500w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Albert-Londres-Au-bagne-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Albert-Londres-Au-bagne-150x150.jpg 150w\" sizes=\"(max-width: 220px) 100vw, 220px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><em>Le Petit Parisien<\/em> d\u2019\u00c9lie-Joseph Bois avait mis\u00e9 sur le succ\u00e8s du reportage. Il ne s\u2019\u00e9tait pas tromp\u00e9 en envoyant Albert Londres en Guyane. Les \u00ab&nbsp;quelques suggestions&nbsp;\u00bb publi\u00e9es en conclusion le 6 septembre lancent un vrai d\u00e9bat sur la question du bagne et le d\u00e9sormais c\u00e9l\u00e8bre reporter gagne ses galons de redresseur de torts. Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence d\u2019un docteur Rousseau qui r\u00e9clame sa suppression<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, Londres ne remet pas en cause l\u2019institution bagne. Il pr\u00e9conise \u00ab&nbsp;un chambardement g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb, il sugg\u00e8re des r\u00e9formes de fonds permettant d\u2019humaniser le syst\u00e8me&nbsp;: le for\u00e7at pourrait \u00eatre pay\u00e9 par exemple&nbsp;; il faudrait aussi abolir le doublage et \u00e9viter cette promiscuit\u00e9 qui pervertit les condamn\u00e9s les moins dangereux&nbsp;; l\u2019institution du hamac, quelle que soit la classe du for\u00e7at, am\u00e9liorerait sensiblement ses conditions de vie\u2026 Henri B\u00e9raud, son ami, est devenu directeur chez <em>Albin Michel<\/em> de la nouvelle collection \u00ab&nbsp;Les grands reportages&nbsp;\u00bb dont le premier volume sort \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1923. La publication de l\u2019enqu\u00eate guyanaise sous forme de livre est un succ\u00e8s. <em>Au bagne<\/em> s\u2019arrache dans toutes les librairies et relance la controverse. Londres a tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8rement remani\u00e9 son texte et rajout\u00e9 deux chapitres&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une histoire&nbsp;\u00bb, chapitre XIX<a id=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>, raconte celle du rel\u00e9gu\u00e9 Renouart refusant de payer 180 francs au surveillant X qui le surprend en train de braconner&nbsp;; \u00ab&nbsp;J&nbsp;\u00bb, au chapitre XXV<a id=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>, se plait \u00e0 Saint-Laurent, il y trouve toute la mati\u00e8re premi\u00e8re pour assouvir ses app\u00e9tits p\u00e9dophiles et homosexuelles. Le bagne corrompt et, avec Londres, il est devenu un sujet d\u2019actualit\u00e9. Le 17 janvier 1924, une commission interminist\u00e9rielle est charg\u00e9e d\u2019\u00e9tudier les am\u00e9liorations \u00e0 apporter au r\u00e9gime de la transportation. Le sujet d\u2019actualit\u00e9 est devenu parlementaire. La victoire du cartel des gauches lors des \u00e9lections l\u00e9gislatives des 11 et 25 mai 1924 amplifie le mouvement. Le Docteur Louis Rousseau consacre dix-neuf pages de son livre \u00e0 l\u2019analyse des six d\u00e9crets du 18 juillet 1925<a id=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Hormis quelques adoucissements apport\u00e9s au r\u00e9gime disciplinaire, rien ne semble changer pour le m\u00e9decin qui officia aux \u00eeles du Salut entre 1920 et 1922&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;ils n\u2019apportent aucun changement de principe \u00e0 l\u2019\u00e9conomie fondamentale du syst\u00e8me dont le seul but est, en fin de compte, la perp\u00e9tualisation de toutes les peines \u00e0 temps.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><br>Autrement dit, la France continue \u00e0 rejeter en Guyane criminels et multir\u00e9cidivistes de la petite et moyenne d\u00e9linquance&nbsp;; le bagne n\u2019est pas supprim\u00e9, le doublage est maintenu.&nbsp; En 1948, Paul Roussenq d\u00e9crit d\u2019une mani\u00e8re radicalement diff\u00e9rente les effets de ces d\u00e9crets pour le journal grenoblois <em>Les Allobroges&nbsp;<\/em>:<\/p>\n\n\n\n<p><br>\u00ab&nbsp;La retentissante enqu\u00eate d&rsquo;Albert Londres devait transformer du tout au tout la face des choses. D\u00e8s lors, les temps h\u00e9ro\u00efques du Bagne \u00e9taient r\u00e9volus. La punition de cachot, les fers, le pain sec \u00e9taient supprim\u00e9s un peu plus d&rsquo;un an apr\u00e8s. De m\u00eame, le couchage sur la planche. Le travail \u00e9tait r\u00e9tribu\u00e9, la nourriture am\u00e9lior\u00e9e. Le camp des Incorrigibles, ce super-enfer, n&rsquo;\u00e9tait plus qu&rsquo;un mauvais souvenir. Le r\u00e9gime de la R\u00e9clusion cellulaire fut grandement humanis\u00e9. Les r\u00e9clusionnaires sortaient au travail et percevaient des suppl\u00e9ments de vivres. Ils pouvaient obtenir la lib\u00e9ration conditionnelle dans des d\u00e9lais plus rapproch\u00e9s. Enfin, les surveillants s&rsquo;\u00e9taient assagis&nbsp;; les revolvers ne sortaient plus des \u00e9tuis pour un oui ou pour un non. De telles r\u00e9formes, une am\u00e9lioration aussi marqu\u00e9e de la situation des transport\u00e9s, indiquaient suffisamment qu&rsquo;il y avait quelque chose de chang\u00e9. Un progr\u00e8s en avant venait d&rsquo;\u00eatre fait, qui conciliait les exigences de la r\u00e9pression avec les devoirs de l&rsquo;humanit\u00e9 (1925).&nbsp;\u00bb<sup> <a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><\/sup><\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de nuancer fortement l\u2019id\u00e9e d\u2019un effet Albert Londres sur la question du bagne. Le 17 juin 1938, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Albert Lebrun signe le d\u00e9cret-loi qui ordonne l\u2019arr\u00eat de la transportation. Le texte fait suite au rapport du pr\u00e9sident du conseil Edouard Daladier qui, le m\u00eame jour, souligne l\u2019\u00e9chec latent de l\u2019institution p\u00e9nitentiaire et surtout l\u2019image n\u00e9gative de la Guyane qui en d\u00e9coule. La rel\u00e9gation est maintenue mais les jours du bagne sont compt\u00e9s. Il s\u2019est \u00e9coul\u00e9 quinze ans depuis les articles chocs d\u2019Albert Londres. Nul doute en revanche que le bagne ait marqu\u00e9 profond\u00e9ment le reporter&nbsp;; c\u2019est ce qu\u2019il \u00e9crit en conclusion de son livre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je r\u00eave encore chaque nuit de ce voyage au bagne. C\u2019est un temps que j\u2019ai pass\u00e9 hors la vie. Pendant un mois, j\u2019ai regard\u00e9 les cent spectacles de cet enfer et maintenant ce sont eux qui me regardent&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a><br><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/adieu-cayenne.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-869\" width=\"147\" height=\"233\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/adieu-cayenne.jpg 422w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/adieu-cayenne-189x300.jpg 189w\" sizes=\"(max-width: 147px) 100vw, 147px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Comme un post-scriptum \u00e0 <em>Au bagne<\/em>, <em>L\u2019Homme qui s\u2019\u00e9vada<\/em>, publi\u00e9 une premi\u00e8re fois en 1928 sous le titre <em>Adieu Cayenne<\/em>, finit d\u2019enfoncer la plume dans la plaie bagne. Londres n\u2019est pas retourn\u00e9 en Guyane, il est en 1927 au Br\u00e9sil pour aller chercher Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 de la bande \u00e0 Bonnot et le ramener en France. Apr\u00e8s un intense campagne men\u00e9 par Albert Londres mais aussi Louis Roubaud et son avocat M<sup>e<\/sup> Moro Giaffierri, le d\u00e9cret minist\u00e9riel du 29 ao\u00fbt fait remise de l\u2019obligation de r\u00e9sidence en Guyane et du restant de sa peine. L\u2019anarchiste \u00e9vad\u00e9 depuis le 6 d\u00e9cembre 1926 s\u2019est r\u00e9fugi\u00e9 \u00e0 Rio de Janeiro. La narration de la Belle de Dieudonn\u00e9 permet une nouvelle charge contre l\u2019institution p\u00e9nitentiaire. L\u2019\u00e9vasion est une chim\u00e8re mais nombre de bagnards pr\u00e9f\u00e8rent risquer leur vie plut\u00f4t que rester en Guyane. La cavale de Dieudonn\u00e9 offre aussi tous les ingr\u00e9dients du roman d\u2019aventure. Celui-l\u00e0 est vrai, sinistre, dramatique, mais il finit bien pour Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Paul Roussenq n\u2019apparait pas dans cet ouvrage. \u00c0 ce moment, il croupit encore aux \u00eeles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Seules deux lettres contenues dans son dossier font allusion \u00e0 Albert Londres. Nous pourrions croire que le matricule 37664 ne lui accorde pas d\u2019importance. Il n\u2019en est rien. La lettre du 28 janvier 1925 adress\u00e9e au ministre des colonies montre m\u00eame qu\u2019il est parfaitement au courant de l\u2019effet du reportage du <em>Petit Parisien<\/em> et du d\u00e9bat parlementaire qui s\u2019en suit. Il note la lenteur de la mise en place d\u2019une r\u00e9forme qui intervient \u2013 on l\u2019a vu plus haut \u2013 au mois de septembre&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Depuis l\u2019enqu\u00eate de M. Albert Londres, apr\u00e8s que l\u2019opinion publique se fut \u00e9mue, apr\u00e8s les belles promesses de r\u00e9formes, d\u2019am\u00e9liorations, on pouvait supposer que la fabrique de d\u00e9chets humains et de parias sociaux qu\u2019est le bagne aurait de meilleurs rouages&nbsp;; que par suite de nouvelles directives l\u2019humanit\u00e9 et la justice ne seraient pas de vains mots. Il n\u2019en a rien \u00e9t\u00e9. (\u2026) Les bagnards de la Guyane se d\u00e9battent dans une situation lamentable sans pr\u00e9c\u00e9dent.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le 20 septembre 1926, Roussenq \u00e9crit encore au ministre des colonies. La plainte contre le m\u00e9decin \u00c9tienne qui l\u2019a reconnu non malade et qu\u2019il a passablement injuri\u00e9<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a> mentionne Albert Londres. Le reporter aurait selon lui d\u00e9voil\u00e9 un portrait de lui aux antipodes de celui \u00e9tabli par les rapports de l\u2019AP<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. Paul Roussenq a donc bien compris l\u2019ampleur pris par le scoop guyanais d\u2019Albert Londres. Les lettres qu\u2019il peut \u00e9crire \u00e0 sa m\u00e8re manquent et auraient pu confirmer cela. Toujours est-il qu\u2019il faut attendre son retour en France \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1932 pour entrevoir une prise de position pour le moins ambigu\u00eb mais finalement pas si \u00e9tonnante que cela. C\u2019est le parti communiste fran\u00e7ais, par l\u2019entremise du Secours Rouge International, qui orchestre son rapatriement et fait publier ses souvenirs en d\u00e9cembre 1933 sous le titre <em>25 ans de bagne<\/em> aux \u00e9ditions de La D\u00e9fense&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je profite de l&rsquo;\u00e9vocation de sa personnalit\u00e9, qui a sombr\u00e9 assez myst\u00e9rieusement<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>, pour marquer \u00e0 cette place que l&rsquo;article qu&rsquo;il m&rsquo;a consacr\u00e9 est plein de non-sens et d\u2019insanit\u00e9s, que la plupart des propos qu&rsquo;il me pr\u00eate sont controuv\u00e9s et qu&rsquo;il a fait preuve en cela d&rsquo;une imagination aussi fertile qu\u2019abracadabrante. \u00c0 quoi riment tous ces d\u00e9tails \u00e9trangers&nbsp;: cracher sur l&rsquo;humanit\u00e9, avaler des crachats de tuberculeux, nier avoir \u00e9t\u00e9 un petit enfant (&nbsp;!), avoir l&rsquo;ambition de finir dans le ventre d&rsquo;un requin etc\u2026, etc\u2026 De gr\u00e2ce, n\u2019en jetez plus&nbsp;!&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9moignage de Roussenq le rouge dans la centaine de meeting qu\u2019il tient dans toute la France de janvier \u00e0 ao\u00fbt 1933 charge Albert Londres. Le journaliste ment \u00e9hont\u00e9ment&nbsp;; il affabule&nbsp;; il va jusqu\u2019\u00e0 inventer le bagnard s\u2019automutilant. Pourtant son dossier de bagne corrobore les faits rapport\u00e9s par le journaliste<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est le parti communiste seul qui a fait lib\u00e9rer Roussenq. Il ne peut y avoir d\u2019autre secours possible&nbsp;; l\u2019influence du reporter petit bourgeois est d\u2019autant plus intol\u00e9rable au parti des masses prol\u00e9taires que l\u2019on sait son propos anticommuniste \u00e0 l\u2019occasion de son reportage en Russie sovi\u00e9tique en 1920<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\">[19]<\/a>. Mais le compagnonnage n\u2019a qu\u2019un temps et Roussenq rompt les relations avec le parti affili\u00e9 \u00e0 la Troisi\u00e8me Internationale d\u00e8s janvier 1934<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Le propos de l\u2019ancien bagnard change radicalement. De la condamnation, on passe \u00e0 la justification. Les libert\u00e9s prises par le reporter, les propos invent\u00e9s, ont m\u00eame leurs utilit\u00e9s pour \u00e9difier son lectorat&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"879\" height=\"444\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-29.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5256\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-29.jpg 879w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-29-300x152.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-29-768x388.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 879px) 100vw, 879px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>\u00ab Cet article ne m&rsquo;est pas seulement personnel, c&rsquo;est aussi une synth\u00e8se, le r\u00e9sultat d&rsquo;une \u00e9tude psychologique extr\u00eamement fouill\u00e9e. Albert Londres m&rsquo;a pr\u00eat\u00e9 des propos que je n&rsquo;ai pas tenus \u2013 mais que j&rsquo;aurais pu tenir en les ext\u00e9riorisant. Il a dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je p\u00e9n\u00e8tre dans le cachot, Roussenq voit quelqu&rsquo;un qui n&rsquo;est ni un porte-clefs, ni un surveillant&nbsp;; il s&rsquo;\u00e9crie : un homme&nbsp;\u00bb. C&rsquo;est \u00e0 dire un homme libre qui n&rsquo;est pas un garde-chiourmes. Il a dit aussi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Aux abords du camp, L\u2019Inco avait grav\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9corce d&rsquo;un arbre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Face au soleil, Roussenq crache sur l&rsquo;humanit\u00e9&nbsp;\u00bb. Et c&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;apparait, en pleine lumi\u00e8re, la g\u00e9niale psychologie du grand reporter. Certes, je n&rsquo;ai rien grav\u00e9 de semblable, mais Londres, en m&rsquo;attribuant cette paternit\u00e9 graffitique a voulu exprimer mon \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me dans une formule lapidaire.<br>Effectivement, mon \u00e9tat normal \u00e9tait celui d&rsquo;un s\u00e9questr\u00e9 perp\u00e9tuel, dans les cachots-tombes du quartier disciplinaire. D&rsquo;abord, la soci\u00e9t\u00e9 m&rsquo;avait exclu de son sein \u2013 et pourquoi&nbsp;? Ensuite, les s\u00e9ides du bagne me tenaient sous leur coupe coercitive parce qu&rsquo;ils voyaient en moi un t\u00e9moin g\u00eanant de leurs forfaits quotidiens. Alors, lorsque par hasard et pour peu de temps, je me trouvais \u00e0 l&rsquo;air libre et que je voyais enfin briller le soleil, je ne pouvais que maudire cette soci\u00e9t\u00e9 inhumaine et barbare qui me traitait de la sorte.<br>Et lorsqu&rsquo;\u00e0 la fin de son article, l&rsquo;illustre disparu note&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il avait oubli\u00e9 le monde&#8230;&nbsp;\u00bb Il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je finirai dans un requin mais je veux revoir le soleil&nbsp;!&nbsp;\u00bb, quel univers de sentiments dans ces deux phrases dont la derni\u00e8re est apocryphe ! Oui, dans la pens\u00e9e d\u2019Albert Londres, j\u2019avais oubli\u00e9 le monde depuis tant d\u2019ann\u00e9es que j\u2019en \u00e9tais retranch\u00e9.&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Albert Londres le menteur devient Albert Londres le sauveur et m\u00eame \u00ab&nbsp;l\u2019ami&nbsp;\u00bb Albert Londres<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\">[22]<\/a>. Comme l\u2019action du D<sup>r<\/sup> Rousseau, Roussenq va jusqu\u2019\u00e0 \u00e9lever l\u2019\u0153uvre journalistique d\u2019Albert Londres au rang d\u2019apostolat dans un po\u00e8me qu\u2019il adresse \u00e0 sa fille Florise en 1946<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\">[23]<\/a>. Il apparait alors \u00e9vident que Roussenq n\u2019est d\u00e9sormais plus un inconnu m\u00e9diatique et que le papier d\u2019Albert Londres en le popularisant ouvre la voie \u00e0 des changements de situation. C\u2019est ce que Roussenq admet lui-m\u00eame en 1937 tout en d\u00e9crivant l\u2019impact du reportage aupr\u00e8s de l\u2019AP en Guyane&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je n&rsquo;oublie pas cependant qu\u2019 Albert Londres ce grand d\u00e9couvreur, cet homme de bien qui s&rsquo;est pench\u00e9 sur tant de mis\u00e8res humaines, a fait conna\u00eetre mon cas extraordinaire au monde civilis\u00e9, en m\u00eame temps qu&rsquo;il a d\u00e9nonc\u00e9 vigoureusement et avec une ma\u00eetrise in\u00e9gal\u00e9e, les incroyables horreurs du bagne et c&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 lui initialement que j&rsquo;ai recouvr\u00e9 la libert\u00e9. (\u2026) Lorsque les articles du Petit Parisien arriv\u00e8rent en Guyane, ce fut un beau tapage&nbsp;! Administrateurs et sous-ordres n&rsquo;en revenaient pas: ils \u00e9taient suffoqu\u00e9s. Il fallait voir leur rage, entendre leur propos, la fa\u00e7on dont il vitup\u00e9raient Albert Londres \u00ab&nbsp;ce pique-assiette qui les avait jou\u00e9s&nbsp;\u00bb clamaient-ils\u2026&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\">[24]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Paul Roussenq est d\u00e9sormais un c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 du bagne. Sa vie de bagnard r\u00e9calcitrant et enferm\u00e9 en est-elle chang\u00e9e&nbsp;? La narration de son cas a \u00e9mu l\u2019opinion publique \u00e0 n\u2019en point douter. L\u2019AP retient 17 francs 77 centimes sur la somme de 20 francs qu\u2019une dame Bourgeois de Paris lui a envoy\u00e9 en soutien en septembre 1923&nbsp;; Roussenq \u00e9tant d\u00e9biteur de frais de timbre. Il escomptait le 1<sup>er<\/sup> octobre profiter de ce don pour cantiner du chocolat<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\">[25]<\/a>. Vingt-cinq jours plus tard, le ton de la lettre adress\u00e9e au directeur de l\u2019AP est des plus vindicatif. Pour lui, l\u2019utilisation faite du secours envoy\u00e9e par la lectrice du Petit Parisien est ill\u00e9gale&nbsp;; il l\u2019assimile en conclusion \u00e0 un casus belli&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;P.s- Depuis cinq mois, j\u2019\u00e9tais tranquille, c\u2019est vous qui me jeter de nouveau dans la bataille&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\">[26]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La commission disciplinaire du 12 d\u00e9cembre 1923 le punit doublement pour cette lettre&nbsp;; il \u00e9cope d\u2019abord de 30 jours de cachot pour \u00ab&nbsp;avoir employ\u00e9 le ton impertinent et mena\u00e7ant&nbsp;\u00bb, puis de 15 jours suppl\u00e9mentaire pour \u00ab&nbsp;r\u00e9clamation non fond\u00e9e&nbsp;\u00bb. Lors de cette s\u00e9ance, il prend aussi 15 jours pour avoir fum\u00e9 pendant la corv\u00e9e et 30 jours pour avoir arrach\u00e9 une planche de son lit et s\u2019en \u00eatre servi pour d\u00e9foncer le mur de son cachot<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\">[27]<\/a>. Le mois suivant, le sch\u00e9ma provocation \u2013 punition se reproduit&nbsp;: 30 jours de cachot pour \u00ab&nbsp;r\u00e9clamation non fond\u00e9e faite dans des termes injurieux au chef de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire&nbsp;\u00bb et 30 jours suppl\u00e9mentaires pour avoir insult\u00e9 le surveillant qui faisait l\u2019appel aux locaux disciplinaires<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\">[28]<\/a>. La machine \u00e0 punir n\u2019est pas r\u00e9enclench\u00e9e pour autant&nbsp;; il fut attendre la fin de l\u2019ann\u00e9e 1924 pour voir tomber une nouvelle punition<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\">[29]<\/a>. Le nombre de jour pass\u00e9s en cachot et cellule ne fait m\u00eame que baisser. Rappelons que Roussenq passe de 315 jours en 1923 \u00e0 150 en 1924 et \u00e0 75 en 1925<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\">[30]<\/a>&nbsp;!<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-1024x628.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5505\" width=\"341\" height=\"209\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-1024x628.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-300x184.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-768x471.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-1536x943.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto.jpg 1569w\" sizes=\"(max-width: 341px) 100vw, 341px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Depuis le 12 ao\u00fbt 1923, le gouverneur Charles Jean Chanel remplace l\u2019\u00e9ph\u00e9m\u00e8re Jules Edgard Canteau qui avait accueilli Albert Londres \u00e0 bras ouverts. Le cas Roussenq interpelle le haut fonctionnaire et sa p\u00e9dagogie semble fonctionner. L\u2019homme puni, sorti du cachot par d\u00e9cision du gouverneur, se tient tranquille, travaille en corv\u00e9e et dort en case. Il passe m\u00eame \u00e0 la deuxi\u00e8me classe des transport\u00e9 le 1<sup>er<\/sup> avril 1925<a id=\"_ftnref31\" href=\"#_ftn31\">[31]<\/a> et la gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle du 10 octobre suivant vient couronner son nouveau comportement. Il lui est fait remise de cinq ans de travaux forc\u00e9s et est d\u00e9sormais lib\u00e9rable en 1931 et non plus en 1936. En 1926 Chanel quitte ses fonctions et est remplac\u00e9 par Gabriel Henri Joseph Thaly. Dans le m\u00eame temps, le commandant Masse retrouve la direction des \u00eeles du Salut. Pour Roussenq le conflit recommence et le nombre de jours de cellule explose&nbsp;: 323 jours en 1926&nbsp;! Le 6 avril de cette ann\u00e9e, Roussenq est r\u00e9trograd\u00e9 \u00e0 la 3<sup>e<\/sup> classe des transport\u00e9s et est class\u00e9 aux incorrigibles<a id=\"_ftnref32\" href=\"#_ftn32\">[32]<\/a>. Pour le bagnard, la faute est forc\u00e9ment imputable aux pressions exerc\u00e9es par la commandant Masse. La plainte contre lui, que Roussenq \u00e9crit au ministre des colonies peu de temps avant son classement aux Incos, le 19 mars 1926, fait ainsi le parall\u00e8le avec le gouverneur Chanel tout en d\u00e9non\u00e7ant des d\u00e9tournement de caf\u00e9 aux \u00eeles. Elle se lit comme un r\u00e9quisitoire :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Le Commandant Masse, anim\u00e9 d\u2019une haine particuli\u00e8re \u00e0 mon \u00e9gard, avait libell\u00e9 un factum outrancier pour me desservir aupr\u00e8s du Directeur \u2013 o\u00f9 il me traite notamment de \u00ab&nbsp;monstre&nbsp;\u00bb&nbsp;!!! Le Chef de l\u2019Administration qui, tout de m\u00eame, ne prend pas des vessies pour des lanternes, n\u2019a pas manqu\u00e9 de s\u2019apercevoir de ce parti-pris manifeste. Lorsque le Commandant Masse est revenu aux \u00eeles \u2013 chass\u00e9 ignominieusement de son poste de Cayenne par M. le Gouverneur Chanel qui lui adressa publiquement les \u00e9pith\u00e8tes les plus cinglantes (voyer le dossier des trafics de la boulangerie p\u00e9nitentiaire de Cayenne) \u2013 il me dit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Vous \u00eates donc le prot\u00e9g\u00e9 du Gouverneur&nbsp;!&nbsp;\u00bb et de suite me fit cr\u00e9er des ennuis. A ce moment (juillet 1925) j\u2019avais dix-huit mois de bonne conduite. Un mois plus tard, M. Masse conservait par devers lui une lettre adress\u00e9e par ma m\u00e8re \u00e0 M. le Gouverneur. En ayant inform\u00e9 ce dernier, la haine de M. Masse \u00e0 mon \u00e9gard ne fit que s\u2019accentuer. Lui et ses auxiliaires autoris\u00e9s se sont charg\u00e9s de me remettre \u00e0 nouveau dans une voie o\u00f9 ils m\u2019ont pouss\u00e9. (\u2026) A la s\u00e9ance de a Commission du 24 f\u00e9vrier, ayant protest\u00e9 contre l\u2019inex\u00e9cution du paragraphe premier du d\u00e9cret du 18 septembre 1925, article 6, M. Masse m\u2019a d\u00e9clar\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Ceux qui ont fait ces r\u00e8glements sont des idiots&nbsp;!&nbsp;\u00bb (\u2026) Il n\u2019y a pas que la population p\u00e9nale qui soit scandalis\u00e9e que l\u2019on maintienne \u00e0 la t\u00eate d\u2019un p\u00e9nitencier \u2013 pour repr\u00e9senter la Loi, l\u2019Honneur, la Morale, la Probit\u00e9 \u2013 un fonctionnaire qui depuis longtemps devrait \u00eatre ray\u00e9 des cadres.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\">[33]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bien \u00e9videmment, aucune suite n\u2019est donn\u00e9e \u00e0 la r\u00e9clamation de Roussenq. Elle illustre une combativit\u00e9 qui ne s\u2019est pas \u00e9mouss\u00e9. Loin de l\u00e0 et c\u2019est m\u00eame ce que sugg\u00e8re le commandant Masse le 23 ao\u00fbt 1925 apr\u00e8s une plainte de Roussenq contre le surveillant Beveraggi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Roussenq est m\u00e9chant et hargneux&nbsp;; il accuse sans sujet, sans raison m\u00eame de vengeance, uniquement par volupt\u00e9. C\u2019est en l\u2019esp\u00e8ce une sorte de satyre dont il a d\u2019ailleurs un peu le physique. Aucun geste de bienveillance, aucun acte de bont\u00e9 n\u2019a pu jusqu\u2019ici le r\u00e9duire.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\">[34]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affaire Beveraggi est r\u00e9v\u00e9latrice&nbsp;; le surveillant est charg\u00e9 des jardins de l\u2019\u00eele Royale et la nomination de Roussenq au poste de commis aux \u00e9critures du dit jardin, \u00e0 la place du for\u00e7at Chevalier, vient contrecarrer ses trafics. On imagine volontiers Roussenq refuser de fausser les livres de compte pour arranger le d\u00e9tournement organis\u00e9. Au bout d\u2019un mois, Roussenq est renvoy\u00e9 parce qu\u2019il a pris un radis rave pour sa soupe sans autorisation. Beveraggi peut recommencer \u00e0 couler de plus belle fruits et l\u00e9gumes \u00e0 son profit. Le 17 ao\u00fbt 1926, Roussenq r\u00e9cidive&nbsp;; Beveraggi ferait, en plus de son poste, fonction de gestionnaire et les d\u00e9tournements se sont amplifi\u00e9s&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Chaque jour ce surveillant emporte ou fait emporter chez lui une chose ou une autre&nbsp;: viande fraiche, lard, l\u00e9gumes secs, caf\u00e9, sucre, riz, p\u00e9trole, savon, etc. tout y passe, y compris le vin. Depuis qu\u2019il a cette mine d\u2019or, le surveillant B\u00e9veraggi (\u00e0 l\u2019abri de tout contr\u00f4le) vit aux frais de la princesse et envoie sa solde enti\u00e8re en France. (\u2026) Tout de m\u00eame, M. B\u00e9veraggi et sa smala<a id=\"_ftnref35\" href=\"#_ftn35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>, ne vivent pas de l\u2019air du temps et d\u2019eau claire. Car pour lui \u2013 comme pour beaucoup d\u2019autres de sa trempe \u2013 voler l\u2019Etat c\u2019est ne voler personne.&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref36\" href=\"#_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"307\" height=\"205\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3595\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908.jpg 307w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908-300x200.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 307px) 100vw, 307px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Le 19 ao\u00fbt, l\u2019adjoint au commandant, Ferrandi, s\u2019insurge contre une d\u00e9nonciation calomnieuse du for\u00e7at \u00ab&nbsp;qui a voulu porter atteinte \u00e0 l\u2019honn\u00eatet\u00e9 de l\u2019agent mis en cause.&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref37\" href=\"#_ftn37\">[37]<\/a> Le 23 ao\u00fbt, le commandant Masse \u00e9met l\u2019id\u00e9e d\u2019un passage devant le TMS. Roussenq se voit gratifier de 60 jours de cellule en commission disciplinaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;r\u00e9clamation non fond\u00e9e&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref38\" href=\"#_ftn38\">[38]<\/a>. Beveraggi ne sort pas indemne de la pol\u00e9mique lanc\u00e9e par Roussenq. Le 21 ao\u00fbt, le surveillant principal, chef de centre de l\u2019\u00eele Royale, rel\u00e8ve lui aussi les all\u00e9gations mensong\u00e8res et diffamatoires de Roussenq. Mais il note aussi le peu d\u2019ardeur et d\u2019activit\u00e9s d\u00e9ploy\u00e9es par le surveillant mis en cause. Il n\u2019est pas assez productif. Il demande que Beverragi soit \u00e9vinc\u00e9 du poste de commis aux cultures et renvoy\u00e9 \u00e0 la surveillance g\u00e9n\u00e9rale<a id=\"_ftnref39\" href=\"#_ftn39\">[39]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019attitude vindicative adopt\u00e9e depuis l\u2019arriv\u00e9e du commandant Masse r\u00e9enclenche donc le cycle provocation \u2013 guerre \u00e9pistolaire \u2013 r\u00e9pression. Roussenq contr\u00f4le-t-il ses pulsions&nbsp;? Rien n\u2019est moins s\u00fbr mais il est notable que l\u2019\u00e9tat de conflit qui lui permet de se singulariser atteint un nouveau sommet en septembre 1926. Roussenq est pass\u00e9 \u00e0 l\u2019agression verbale. Le 4 de ce mois, il agonit d\u2019injures le surveillant Mo\u00efse Giudicelli&nbsp;; le 20 c\u2019est au tour du m\u00e9decin major de 1<sup>e<\/sup> classe \u00c9tienne. Pour le 1<sup>er<\/sup> qui l\u2019aurait violent\u00e9&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voleur, sale con, encul\u00e9, vache fumier, cr\u00e9tin, buveur de sang&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a>&nbsp;; pour le second qui aurait refus\u00e9 d\u2019examiner ses selles sanguinolentes alors qu\u2019il souffrait d\u2019une rectite&nbsp;: \u00ab&nbsp;charognard, fumier, saloperie, sale individu&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\">[41]<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Direction Saint-Laurent-du-Maroni. Le 16 mai 1927, Roussenq pr\u00e9sente sa d\u00e9fense tout seul devant le TMS&nbsp;; son m\u00e9moire \u00e9crit quatre jours plus t\u00f4t minimise les faits tout en les reconnaissant&nbsp;; Roussenq cherche \u00e0 orienter le tribunal vers des circonstances att\u00e9nuantes puisque sa r\u00e9action ne serait que la cons\u00e9quence des pressions subies depuis le d\u00e9part du gouverneur Chanel et le remplacement du commandant Cruccioni par le commandant Masse<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\">[42]<\/a>. Roussenq \u00e9cope de un an d\u2019emprisonnement. Retour aux \u00eeles du Salut avec une peine somme toute l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019homme est fatigu\u00e9, us\u00e9 m\u00eame s\u2019il se permet quelques fac\u00e9ties par-ci par l\u00e0 comme le 20 mai 1927 o\u00f9 il a oblig\u00e9 le surveillant faisant l\u2019appel \u00e0 prononcer plusieurs fois son nom pour qu\u2019il puisse r\u00e9pondre benoitement&nbsp;: \u00ab&nbsp;qui m\u2019appelle&nbsp;?&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\">[43]<\/a> Le 21 juin, Roussenq est class\u00e9 aux travaux l\u00e9gers permanents pour cause de \u00ab&nbsp;mauvais \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;mis\u00e8re physiologique&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\">[44]<\/a> et le 8 octobre, il est mis en libert\u00e9 conditionnelle suivant l\u2019arr\u00eat\u00e9 du gouverneur du 24 septembre<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\">[45]<\/a>. Le 7 novembre, Paul Roussenq est d\u00e9class\u00e9 des incorrigibles<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\">[46]<\/a>. Le bagnard se serait-il calm\u00e9&nbsp;? L\u2019apaisement, outre la suite d\u2019un physique us\u00e9 par des ann\u00e9es de claustration, pourrait tout aussi bien \u00eatre imputable \u00e0 une lib\u00e9ration d\u00e9sormais envisageable depuis qu\u2019en m\u00e9tropole son capital de sympathie ne fait que cro\u00eetre. Il faut faire sortir le for\u00e7at Roussenq de son enfer.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Voir chapitre \u00ab&nbsp;Guerre \u00e9pistolaire&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Le poids du dossier passe \u00e0 cinq kilogrammes dans la version livre, <em>Au bagne<\/em>, publi\u00e9e \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1923. Les dossiers H1523 et H5259 conserv\u00e9s aux Archives Nationales de l\u2019Outre-Mer d\u2019Aix-en-Provence atteignent alors effectivement ce poids !<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Erreur d\u2019impression certainement, il s\u2019agit bien d\u2019une lettre de 1923 et non 1903.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Albert Londres, <a>article \u00ab&nbsp;Roussenq l\u2019\u00ab&nbsp;Inco&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb dans <em>Le Petit Parisien<\/em>, 19 ao\u00fbt 1923<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Pour le Docteur Rousseau, la suppression du bagne est m\u00eame la premi\u00e8re \u00e9tape d\u2019une refonte g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire&nbsp;: \u00ab&nbsp;La suppression du bagne guyanais ne peut donc \u00eatre que la premi\u00e8re tranche d\u2019un vaste programme de r\u00e9novation p\u00e9nitentiaire dans lequel la prophylaxie du crime sera envisag\u00e9e et le sauvetage des enfants en danger moral bas\u00e9 sur leur instruction et non leur exploitation.&nbsp;\u00bb dans <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em>, Fleury, 1930, p.356.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Albert Londres, <em>Au bagne<\/em>, Albin Michel, 1923, p.193-195.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Albert Londres, <em>Au bagne<\/em>, Albin Michel, 1923, p.245-247.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> &#8211; D\u00e9cret du 30 septembre 1925 relatif au r\u00e9gime des condamn\u00e9s aux&nbsp;travaux forc\u00e9s&nbsp;entre leur condamnation et leur embarquement pour les lieux de transportation<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cret du 18 septembre 1925 relatif au r\u00e9gime disciplinaire des \u00e9tablissements de travaux forc\u00e9s aux colonies<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cret du 18 septembre 1925 fixant le r\u00e9gime des lib\u00e9r\u00e9s astreints \u00e0 r\u00e9sider dans les colonies affect\u00e9es \u00e0 la transportation<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cret du 18 septembre 1925 concernant l&#8217;emploi de la main-d\u2019\u0153uvre des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cret du 18 septembre 1925 rempla\u00e7ant le d\u00e9cret du 5 octobre 1889 sur les p\u00e9nalit\u00e9s \u00e0 appliquer aux condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s intern\u00e9s dans les colonies p\u00e9nitentiaires<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cret modifiant et compl\u00e9tant le d\u00e9cret du 16 f\u00e9vrier 1878 portant cr\u00e9ation \u00e0 la Guyane fran\u00e7aise d\u2019une direction de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a un septi\u00e8me d\u00e9cret mais il ne concerne pas directement le bagne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; D\u00e9cret portant r\u00e9duction de l\u2019effectif de gendarmerie de la Guyane.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Docteur Louis Rousseau, <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em>, Fleury, 1930, p.43.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Paul Roussenq<em>, <\/em>article \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb dans <em>Les Allobroges,<\/em> n\u00b0 1302, mardi 2 mars 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Albert Londres, <em>Au bagne<\/em>, Albin Michel, 1923, p.280.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Dieudonn\u00e9 semble prendre ses distances avec l\u2019anarchie \u00e0 son retour en France m\u00eame s\u2019il participe en 1928 \u00e0 la campagne de lib\u00e9ration de son camarade Paul Vial. Il vit ais\u00e9ment de son m\u00e9tier d\u2019\u00e9b\u00e9niste, faubourg Saint-Antoine \u00e0 Paris. En 1930, il publie <em>La vie des for\u00e7ats<\/em> aux \u00e9ditions Gallimard. Le livre est pr\u00e9fac\u00e9 par Albert Londres.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> ANOM H1523, lettre au ministre des colonies, 28 janvier 1925.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Ce qui l\u2019envoie directement devant le TMS, nous y revenons plus bas.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> ANOM H1523, lettre au ministre des colonies, 20 septembre 1926.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Roussenq fait allusion \u00e0 la mort d\u2019Albert Londres dans le naufrage du Georges-Philippar le 16 mai 1932 au large de la corne de l\u2019Afrique.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Paul Roussenq, <em>25 ans de bagne<\/em>, \u00c9dition La D\u00e9fense, d\u00e9cembre 1933, p.12.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> <a>Voir chapitre \u00ab D\u00e9lices du cachot c\u2019est \u00e0 vous que j\u2019aspire \u00bb.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Voir plus haut.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Voir chapitre \u00ab&nbsp;A working class hero is something to be&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, n\u00b0 1302, mardi 2 mars 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Ren\u00e9 Louis Lachat, article \u00ab&nbsp;Toi Roussenq \u00ab&nbsp;L\u2019Inco&nbsp;\u00bb&nbsp;\u00bb dans <em>Le Petit Dauphinois<\/em>, 6 mars 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Voir chapitre \u00ab&nbsp;Roussenq, reprends ton luth&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab&nbsp;Le visage du Bagne&nbsp;\u00bb, chapitre XIX \u00ab&nbsp;Albert Londres au bagne&nbsp;\u00bb, dans <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, 10 et 11 juillet 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> ANOM H5259, lettre au directeur de l\u2019AP, 1<sup>er<\/sup> octobre 1923.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> ANOM H5259, lettre au directeur de l\u2019AP, 26 octobre 1923.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> ANOM H5259, billets de demande de punition et commission disciplinaire du 12 d\u00e9cembre 1923.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> ANOM H5259, billets de demande de punition et commission disciplinaire du 5 janvier 1924.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> ANOM H5259, le 30 d\u00e9cembre 1924 la commission disciplinaire lui inflige 30 jours de cachot pour avoir encore arrach\u00e9 les planches de son lit de camp et fait un trou de 60 cm dans le mur de son cachot.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Voir chapitre \u00ab D\u00e9lices du cachot c\u2019est \u00e0 vous que j\u2019aspire \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> ANOM H1523, nomination de Roussenq \u00e0 la 2<sup>nde<\/sup> classe, 1<sup>er<\/sup> avril 1925.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> ANOM H1523, depuis la suppression du chantier de Charvein, le classement aux incorrigibles envoie le bagnard sur les \u00eeles du Salut ou sur le chantier Godebert. Roussenq ne peut-\u00eatre d\u00e9sintern\u00e9 des \u00eeles en vertu de son classement A. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> ANOM H5259, lettre au ministre des colonies, 19 mars 1926.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> ANOM H5259, rapport du commandant Masse, 23 ao\u00fbt 1926.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> soit une femme et six enfants.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> ANOM H 5259, lettre au gouverneur, 17 ao\u00fbt 1926.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> ANOM H5259, rapport de Ferrandi, adjoint au commandant, 19 ao\u00fbt 1926.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> ANOM H5054, jugement TMS 16 mai 1927, relev\u00e9 des punitions disciplinaires.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> ANOM H5259 rapport du surveillant principal, chef de centre de l\u2019\u00eele Royale, 21 ao\u00fbt 12926.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> ANOM H5054, jugement TMS 16 mai 1927, interrogatoire de Paul Roussenq, 16 mai 1927.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> ANOM H5054, jugement TMS 16 mai 1927, proc\u00e8s-verbal \u00e9tabli le 20 septembre 1926 par le surveillant Bastien Andarelli.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> ANOM H5054, jugement TMS 16 mai 1927, m\u00e9moire de d\u00e9fense fait \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni le 12 mai 1927.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> ANOM H5259, demande de punition, 27 juin 1927.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> ANOM H5259, billet de classement aux travaux l\u00e9gers permanent, 21 juin 1927.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> ANOM H5259, dossier d\u2019instruction pour la lib\u00e9ration conditionnelle, accord\u00e9e \u00e0 Cayenne le 24 septembre 1927.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> ANOM H5259, arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 25 octobre 927.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le matricule 37664 n\u2019\u00e9tait pas au programme de la visite des \u00eeles du Salut. Le commandant Masse a d\u00fb recevoir l\u2019honorable reporter avec d\u2019autant plus d\u2019\u00e9gards qu\u2019il arrivait nanti d\u2019une accr\u00e9ditation minist\u00e9rielle. Il faut donc lui ouvrir toutes les portes. Londres vient voir Dieudonn\u00e9 et Marcheras&nbsp;; il veut entrer dans une cellule de Saint-Joseph, il [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6,5776],"tags":[180,5958,50,5959,171,3951,5732,365,5820,5656,5950,479,478,69,133,5957,5458,1272,590,414,1250,169],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5789"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5789"}],"version-history":[{"count":12,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5789\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5804,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5789\/revisions\/5804"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5789"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5789"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5789"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}