{"id":5689,"date":"2023-10-14T01:01:00","date_gmt":"2023-10-13T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5689"},"modified":"2023-07-23T14:56:50","modified_gmt":"2023-07-23T12:56:50","slug":"roussenq-lhomme-de-lettres","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/10\/roussenq-lhomme-de-lettres\/","title":{"rendered":"Roussenq l&rsquo;homme de lettres"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-1024x461.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5517\" width=\"593\" height=\"267\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-1024x461.jpg 1024w, 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gard\u00e9s<\/p>\n\n\n\n<p><strong>10 ao\u00fbt 1912<\/strong> Une encre particuli\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 janvier 1913<\/strong> Le scorbut, le m\u00e9decin et la mort<\/p>\n\n\n\n<p><strong>1<sup>er<\/sup> mars 1917<\/strong> \u00c9crire et r\u00e9clamer<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 mai 1917 <\/strong>Une cacophonie douce dans l\u2019harmonie d\u2019un duo sanguinaire<\/p>\n\n\n\n<p><strong>24 juin 1920<\/strong> Aimer sa souffrance<\/p>\n\n\n\n<p><strong>17 juillet 1921<\/strong> Agression asserment\u00e9e<\/p>\n\n\n\n<p><strong>6 mars 1923<\/strong>\u00a0Commandant de mes couilles<\/p>\n\n\n\n<p><strong>18 mai 1923<\/strong> J\u2019ai dict\u00e9 la lettre de Dain<\/p>\n\n\n\n<p><strong>8 mai 1926<\/strong> Surveillant alcoolique<\/p>\n\n\n\n<p><strong>19 ao\u00fbt 1928<\/strong> Comit\u00e9 de soutien<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"137\" height=\"183\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 137px) 100vw, 137px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Je ne suis pas anarchiste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>\u00celes du Salut le 21 octobre 1909<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Ministre des Colonies<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Direction de l\u2019Administration P<sup>re<\/sup><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9 Roussenq Paul, Henri, N\u00b0 M<sup>le<\/sup> 37664 condamn\u00e9 par le Conseil de guerre de Tunis, le 11 mai 1908 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s, quinze ans d\u2019interdiction de s\u00e9jour et \u00e0 la d\u00e9gradation militaire pour tentatives d\u2019incendie volontaire, dans la cellule o\u00f9 il \u00e9tait renferm\u00e9, voie de fait envers un sup\u00e9rieur pendant le service, outrages envers un sup\u00e9rieur pendant le service, destruction volontaire d\u2019effets et refus d\u2019ob\u00e9issance vous adresse la pr\u00e9sente \u00e0 l\u2019effet suivant :<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant \u00e9t\u00e9 intern\u00e9 aux Iles du salut minist\u00e9riellement, comme anarchiste, pour avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019auteur d\u2019une affiche antimilitariste et anarchiste dans les casernements de Gab\u00e8s (Tunisie) ce qui m\u2019a valu une punition de 60 jours de prison, et pour r\u00e9ponses du m\u00eame genre aux question qui m\u2019\u00e9taient pos\u00e9es, je ferais ressortir que cette affiche n\u2019avait pour objet que de me faire envoyer \u00e0 la section de discipline \u00e0 seule fin de ne pas faire d\u2019exercices, que mes r\u00e9ponses \u00e0 l\u2019instruction au sujet des faits qui m\u2019\u00e9taient reproch\u00e9s je les ai faites que pour donner de la constance \u00e0 des faits qui n\u2019en avaient aucune (au sujets des tentatives d\u2019incendie qui n\u2019\u00e9taient que des simulacres) cela pour qu\u2019ils ne me soient pas \u00e9cart\u00e9s, afin de ne pas \u00eatre envoy\u00e9s aux travaux publics ; l\u2019examen attentif de mon dossier vous le prouvera ; pour l\u2019affiche, faite au crayon, vous aurez la confirmation de ce que j\u2019avance en demandant au Commandant du 5e Bataillon d\u2019Afrique la copie des pi\u00e8ces relatives \u00e0 l\u2019instruction que m\u2019a faite le capitaine de ma compagnie, vous y verrez les mobiles qui m\u2019ont guid\u00e9s. Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 connu comme anarchiste dans la vie civile, je ne le suis pas et ne l\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9. La preuve en ai que je suis venu librement au bataillon pour accomplir mon temps de service. Dans ces conditions, je demanderais \u00e0 \u00eatre d\u00e9sintern\u00e9 ; ma demande n\u2019est pas produite en vue d\u2019une \u00e9vasion. Veuillez me faire intern\u00e9 B, si vous avez des doutes \u00e0 ce sujet, mais je demande surtout la radiation de mon internement A car il me r\u00e9pugne d\u2019\u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme anarchiste. Dans l\u2019espoir que vous voudrez bien prendre ma demande en consid\u00e9ration, Veuillez agr\u00e9er Monsieur le Ministre l\u2019expression de mes remerciements anticip\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq 37664<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"160\" height=\"214\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 160px) 100vw, 160px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>M\u00e9moire kad\u00e9\u00efscopique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Aux Iles du Salut le 19 septembre 1910<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>M\u00e9moire kade\u00efscopique de vingt mois de s\u00e9jour aux Iles du Salut<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>I<\/p>\n\n\n\n<p>Le 11 de ce mois je vous adressai une lettre dans laquelle je vous exposai qu\u2019ayant produit des accusations graves contre un surveillant-chef, je pr\u00e9sageai l\u2019incomp\u00e9tence de la Commission disciplinaire en la mati\u00e8re et vous demandai une enqu\u00eate judiciaire pour tirer les choses au clair.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 17 du pr\u00e9sent la Commission disciplinaire, incarn\u00e9e en la personne du Commandant sup\u00e9rieur, ne tenait aucun compte et de mes arguments tendant \u00e0 l\u2019incomp\u00e9tence et de la lettre ouverte o\u00f9 je vous prenais pour arbitrer.<\/p>\n\n\n\n<p>La Commission dans son ignorance de votre d\u00e9cision, et au risque de contrevenir au paragraphe 2 de l\u2019article 14 du d\u00e9cret minist\u00e9riel du 4 septembre 1891, ainsi con\u00e7u : \u00ab en aucun cas les punitions disciplinaires ne pourront se cumuler avec les peines prononc\u00e9es par les tribunaux maritimes sp\u00e9ciaux pour les m\u00eames faits. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re que malgr\u00e9 la d\u00e9cision anticip\u00e9e de la Commission, dont je demande la radiation, vous ordonnerez un ordre d\u2019informer, les faits dont je suis inculp\u00e9 \u00e9tant du ressort de la juridiction maritime sp\u00e9ciale : je mettrai les choses au point.<\/p>\n\n\n\n<p>II<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Administration p\u00e9nitentiaire, fid\u00e8le \u00e0 sa politique sous abat-jour, empile les d\u00e9crets, circulaires, instructions et autres, dans la poussi\u00e8re de ses bureaux. Si elle en tire quelques-uns de l\u2019ombre, c\u2019est qu\u2019ils ont un caract\u00e8re prohibitif et une tendance coercitive. Quant aux autres, qui contiennent les d\u00e9cisions sup\u00e9rieures relatives au d\u00fb de la transportation et aux mesures qui lui sont favorables, ceux-l\u00e0 on les cache.<\/p>\n\n\n\n<p>De sorte que le transport\u00e9 en est souvent r\u00e9duit \u00e0 r\u00e9clamer \u00e0 t\u00e2tons n\u2019ayant rien pour s\u2019appuyer qu\u2019une indiscr\u00e9tion d\u2019un \u00e9crivain comptable.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Administration enveloppe tout cela d\u2019un myst\u00e8re imp\u00e9n\u00e9trable pour la masse de la population p\u00e9nale \u00e0 tel point qu\u2019elle se permet de recopier d\u2019anciens d\u00e9crets abrog\u00e9s et de les exhiber en cent endroits aux yeux \u00e9bahis de cr\u00e9dules transport\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019en citerai un exemple. Il y a trois mois, on fit construire des grillages bois\u00e9s \u00e0 l\u2019effet de renfermer quoi ?, une copie plus ou moins exacte du d\u00e9cret du Gouverneur du 5 novembre 1889 concernant l\u2019habillement et le couchage des transport\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, ce d\u00e9cret est abrog\u00e9 depuis dix-neuf ans ; il y a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par un autre dat\u00e9 de 1891 et que l\u2019on se garde bien d\u2019afficher. Le d\u00e9cret abrog\u00e9 de 1889 porte entre autre chose, la ration de savon \u00e0 200 grammes, alors que le poids actuel est de 250 grammes.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autre part, ces d\u00e9crets, circulaires et autres affiches parce qu\u2019ils sont d\u00e9favorables aux transport\u00e9s, sont des copies manuscrites d\u2019un authenticit\u00e9 douteuse par le fait qu\u2019ils ne sont pas sign\u00e9s pour copie conforme par le commandant du p\u00e9nitencier.<\/p>\n\n\n\n<p>III<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Administration a de bonnes raisons de mettre les d\u00e9cisions sup\u00e9rieures l\u00e9gales sous clef afin qu\u2019elles ne soient pas connues des transport\u00e9s, car elle les viole sans pudeur.<\/p>\n\n\n\n<p>En date de 1908, des d\u00e9crets et circulaires combin\u00e9s provenant du Gouverneur G\u00e9n\u00e9ral et de la Direction, \u00e9taient lanc\u00e9s dans tous les p\u00e9nitenciers !<\/p>\n\n\n\n<p>Ils avaient pour objet la r\u00e9glementation des \u00ab gar\u00e7ons de famille \u00bb employ\u00e9s au service des surveillants militaires.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019apr\u00e8s la teneur de ces instructions les surveillants ayant au moins trois (ou quatre) enfants auraient droit \u00e0 un gar\u00e7on ; les surveillants qui n\u2019arriveraient pas au chiffre de cette prog\u00e9niture, n\u2019auraient droit qu\u2019\u00e0 un gar\u00e7on pour deux familles.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces \u00ab gar\u00e7ons de famille \u00bb ne devaient que porte l\u2019eau, les vivres et donner un coup de balai autour de l\u2019habitation du surveillant : ils ne devaient pas franchir la derni\u00e8re marche de l\u2019escalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces instructions sup\u00e9rieures sont viol\u00e9es sur toute la ligne, aux \u00eeles du Salut, y compris les dispositions qui stipulent que les fonctionnaires ayant grade d\u2019officier, devraient avoir \u00e0 leur service, exclusivement des engag\u00e9s ou des assign\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la r\u00e9alit\u00e9 des choses, les gar\u00e7ons de familles, qui ne devraient rendre leur service que deux heures le matin et deux heures le soir, le reste du temps devant \u00eatre employ\u00e9 au service de l\u2019\u00c9tat, ces gar\u00e7ons de famille sont de v\u00e9ritables bonnes \u00e0 tout faire. Ils charrient l\u2019eau, portent les vivres, balayent ; ils lavent le linge de toute la maisonn\u00e9e, le repassent (ils ne ravaudent pas encore, mais \u00e7a pourra venir) ; ils font la cuisine g\u00e9n\u00e9ralement ou bien y pr\u00eatent la main ; ils brossent, frottent, cire les parquets, blanchissent les murs, soignent la volaille, font les courses. Ils servent d\u2019interm\u00e9diaires entre les surveillants et le commun des transport\u00e9s, pour les op\u00e9rations louches. Au lieu d\u2019un gar\u00e7on pour deux m\u00e9nages peu charg\u00e9 d\u2019enfants, chaque m\u00e9nage a le sien. Au lieu de quatre heures par jour que doivent les gar\u00e7ons de famille, ils y travaillent depuis le matin six heures jusques au soir sept heures et m\u00eame au-del\u00e0. Pendant quatorze heures par jour ils travaillent comme des buffles \u00e0 remplacer les femmes des surveillants militaires dans leurs m\u00e9nages, lesquelles ne se foule pas le poignet. Le gar\u00e7on est l\u00e0. Pour cinq, six ou huit francs par mois, quelques verres de vin et quelques bricoles, les surveillants militaires sont servis au doigt et \u00e0 l\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>IV<\/p>\n\n\n\n<p>V\u00e9ritablement, les surveillants militaires s\u2019en payent. Contrairement aux r\u00e8glements qui les concerne, ce sont de v\u00e9ritables \u00e9leveurs. Pas mal d\u2019entre eux, ont au-del\u00e0 d\u2019une centaine de poules, des canards, des oies, des chiens, des lapins. Leur volatiles s\u2019engraissent aux d\u00e9pens des transport\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>V<\/p>\n\n\n\n<p>A propos de la ration du transport\u00e9, elle est assez cons\u00e9quente sur le papier. De fait, elle est des plus d\u00e9risoires. Le transport\u00e9 est vol\u00e9 de la moiti\u00e9 de sa ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cuisiniers sont choisis parmi les transport\u00e9s qui sont dans le manche de l\u2019Administration. Ces hommes, auxquels est confi\u00e9e la ration de leurs c\u00f4-d\u00e9tenus, en trafiquent impun\u00e9ment, sous l\u2019\u0153il bienveillant du surveillant charg\u00e9 en principe de les contr\u00f4ler.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, le contr\u00f4le est nul et pour cause. De ce fait la porte est ouverte \u00e0 tous les trafics, \u00e0 tous les fricotages.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a dans la transportation une cat\u00e9gorie d\u2019individus que l\u2019on pourrait nommer les aristocrates du bagne, l\u2019aristocratie de l\u2019argent. Ils ach\u00e8tent du poisson aux p\u00e9cheurs ; ils ach\u00e8tent le saindoux \u00e0 la cuisine pour le faire cuire, de sorte que la soupe est vierge de toute graisse ; si ce n\u2019est pour faire cuire du poisson, c\u2019est pour des \u0153ufs ou pour arranger la ration d\u2019autrui sous forme de rago\u00fbts ou de biftecs pour les fils \u00e0 leur p\u00e8res. En effet, les aristos de la g\u00e9henne, vont acheter \u00e0 la cuisine des tranches de viande fra\u00eeche pour faire ceux-ci ou des quarts de haricots pour faire ceux-l\u00e0. Le saindoux s\u2019\u00e9vapore du c\u00f4t\u00e9 de la porte. Les haricots et la viande diminuent notablement en prenant le m\u00eame chemin.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui fait que le malheureux transport\u00e9 qui n\u2019a que sa ration pour subsister, touche des demi-ration de viande, vingt-cinq centilitres de soi-disant l\u00e9gumes dans lesquels il rentre dix centilitres de la soupe parfaitement claire, pas toujours sal\u00e9e (le sel se vend deux sous le quart) du riz cuit \u00e0 l\u2019eau nature. Les jours o\u00f9 il y a viande de conserve, sa majest\u00e9 le cuisinier enl\u00e8ve la couche de graisse de dessus chaque bo\u00eete et les met dans le bouillon pour parer \u00e0 l\u2019absence de saindoux.<\/p>\n\n\n\n<p>Il en r\u00e9sulte que la viande de conserve est d\u00e9livr\u00e9e sans graisse, sans aucune pr\u00e9paration et que de ce fait elle est fade et indigeste. (pas de sel)<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce ne sont pas des transport\u00e9s seuls qui trafiquent avec la cuisine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le surveillant charg\u00e9 du contr\u00f4le ne contr\u00f4le rien du tout : il profite.<\/p>\n\n\n\n<p>Le commandant du p\u00e9nitencier n\u2019y met jamais le nez : il se repose sur le chef de camp, celui-ci sur le capitaine d\u2019armes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier connait tr\u00e8s bien ce qui se passe, comme d\u2019ailleurs ses chefs mais il ferme els yeux comme eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Les seaux de riz immangeables qui retournent \u00e0 la cuisine, ne va-t-on pas les porter chez lui pour sa nombreuse basse-cour ? chez lui et chez d\u2019autres. On, c\u2019est le cuisinier.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier, s\u2019il a quatre cent hommes re\u00e7oit quatre cent fois sept-cent cinquante gramme de pain soit trois cent kilos. Le pain ne fait pas le poids : un pain pour deux doit faire quinze cent grammes : il fait treize \u00e0 quatorze cent.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent, le pain lui \u00e9tant pos\u00e9 en bloc, au lieu de toucher deux cent pains, il en re\u00e7oit deux cent quinze ou deux cent vingt.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il n\u2019en distribue que deux cent, le reste est vendu soit aux surveillants pour leurs volatiles soit aux transport\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Administration connait tr\u00e8s bien tous ces fricotages, mais elle n\u2019y met pas ordre et voici pourquoi :<\/p>\n\n\n\n<p>Elle craint les hommes qui poss\u00e8dent de l\u2019argent :si elle leur coupait les vivres il pourrait s\u2019en ensuivre des r\u00e9voltes.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle pr\u00e9f\u00e8re laisser faire ; elle sait que ceux qui poss\u00e8dent de l\u2019argent, pourvu qu\u2019ils puissent l\u2019employer \u00e0 se caler les joues et la bedaine, ils endureront sans maugr\u00e9er leur captivit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est pour cela que les cuisiniers sont ma\u00eetres chez eux : d\u2019ailleurs ils rendent d\u2019autres services \u00e0 l\u2019Administration.<\/p>\n\n\n\n<p>VI<\/p>\n\n\n\n<p>Le mode de distribution des vivres est en rapport avec ce qui pr\u00e9c\u00e8de.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Administration ne d\u00e9livre pas de couteaux, elle les prohibe.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourtant les hommes de plat re\u00e7oivent la viande de la cuisine non d\u00e9coup\u00e9e. Il y a un homme de plat sur dix ou douze hommes.<\/p>\n\n\n\n<p>Chacun va chercher les vivres \u00e0 tour de r\u00f4le \u00e0 la cuisine. Ils tachent, en d\u00e9coupant les rations, de les \u00e9galiser le mieux possible. Tout le monde n\u2019a pas de couteaux : celui qui en est d\u00e9pourvu est oblig\u00e9, quant il est de vivres, d\u2019en demander un \u00e0 droite et \u00e0 gauche. Si quelqu\u2019un s\u2019avise de dire qu\u2019il n\u2019a pas son compte de viande, kil ne pousse pas plus loin. En effet l\u2019Administration locale dirait que les rations ont \u00e9t\u00e9 mal d\u00e9coup\u00e9es. Si l\u2019homme de vivres refuse son plat ou bien qu\u2019il veuille le faire peser, on l\u2019envoie devant la Commission disciplinaire. Pourquoi les rations ne sont-elles pas d\u00e9coup\u00e9es individuellement \u00e0 la cuisine ? Pour la bonne raison qu\u2019il faudrait qu\u2019il n\u2019y e\u00fb plus de vols. Il en est de m\u00eame pour le pain : un pain pour deux et d\u00e9brouillez-vous : ce qui occasionne des disputes, le pain est mal coup\u00e9 etc. le cuisinier pourrait bien couper les pain en deux ; d\u2019autre part il serait pr\u00e9f\u00e9rable qu\u2019\u00e0 la boulangerie on cuise les pains \u00e0 750 grammes au lieu de 1500.<\/p>\n\n\n\n<p>VII<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00eeles du Salut sont charg\u00e9es de fruits : cocos, mangues, goyaves, je ne cite que ceux qui sont produits par une quantit\u00e9 d\u2019arbres qui croissent hors de l\u2019enceinte des jardins ou des cl\u00f4tures. Si un transport\u00e9 s\u2019avise de d\u00e9crocher une mangue ou un coco, il est traduit devant la Commission disciplinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le personnel y a droit en les achetant par cessions. Mais les cessions co\u00fbtent de l\u2019argent et les fruits ne leur co\u00fbtent que la peine de les envoyer cueillir gratis pro Deo. Cela fait de riches confitures et les cocos sont sirot\u00e9s \u00e0 la sant\u00e9 de la m\u00e8re Nature.<\/p>\n\n\n\n<p>Les transport\u00e9, eux, n\u2019y doivent pas go\u00fbter. Il y a l\u00e0 un abus criard.<\/p>\n\n\n\n<p>VIII<\/p>\n\n\n\n<p>Les locaux disciplinaires de l\u2019Ile Royale sont pourvu d\u2019un syst\u00e8me d\u2019absorbtion et de d\u00e9jection assez original mais franchement malpropre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bo\u00eetes de b\u0153uf bouilli y acqui\u00e8re une utilit\u00e9 tout au moins \u00e9conomique. Enti\u00e8res elles servent soit de r\u00e9cipients \u00e0 vidanges, soit de cruches \u00e0 eau ; coup\u00e9es en deux elles servent de gamelles \u00e0 soupe ; ces derni\u00e8res sont d\u00e9pos\u00e9es dans la cour, les rats les nettoient pendant la nuit ; elles sont rouill\u00e9es, mal lav\u00e9e et renferment dans leur creux une crasse carabin\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourquoi ne fait-on pas servir les gamelles des punis pour manger leur soupe. Sinon on pourrait tout au moins faire fabriquer par des \u00ab travaux \u00bb des gamelles \u00e0 l\u2019usage des punis.<\/p>\n\n\n\n<p>IX<\/p>\n\n\n\n<p>A la suite des boucheries de Charvein, le Ministre des Colonies d\u00e9saffecta les transport\u00e9s nomm\u00e9s contre-ma\u00eetres. Ceux-ci furent d\u00e9nomm\u00e9s : porte-clefs.<\/p>\n\n\n\n<p>En principe ils doivent ouvrir et fermer les portes escort\u00e9s d\u2019un surveillant ; ils mettent les hommes aux fers par ordre et sous l\u2019\u0153il du surveillant.<\/p>\n\n\n\n<p>De fait ce sont de v\u00e9ritables auxiliaires de l\u2019Administration, d\u00e9lateurs de leurs c\u00f4-d\u00e9tenus par vengeance. Leur parole est \u00e9cout\u00e9e comme un oracle. Leur d\u00e9nonciation, vraie ou fausse est suivie d\u2019une r\u00e9pression immanquable. Quelques uns ont plus d\u2019autorit\u00e9 qu\u2019un surveillant et s\u2019en font craindrent.<\/p>\n\n\n\n<p>X<\/p>\n\n\n\n<p>Les infirmiers de l\u2019h\u00f4pital de la transportation sont soumis \u00e0 la garde de leur salle la nuit, ils sont rendus responsables des \u00e9vasions qui s\u2019y produisent, du bruit qui y a lieu. Cette garde forc\u00e9e est une garde de police et non une veille d\u2019infirmier.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital tout service de sant\u00e9 est suspendu ; s\u2019il y a un d\u00e9c\u00e8s il n\u2019est constat\u00e9 que le matin au r\u00e9veil. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Monsieur le Gouverneur,<\/p>\n\n\n\n<p>Vous ayant d\u2019autre part adress\u00e9 d\u2019autres r\u00e9clamations les pr\u00e9sentes en compl\u00e8tent la s\u00e9rie !<\/p>\n\n\n\n<p>Sign\u00e9, le transport\u00e9 Roussenq n\u00b037664<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\">[2]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"135\" height=\"181\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 135px) 100vw, 135px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Mettre en pratique les opinions de tout un parti<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>30 septembre 1911<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ch\u00e8re m\u00e8re et ch\u00e8re s\u0153ur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Je re\u00e7ois aujourd\u2019hui votre lettre du 26 ao\u00fbt. Il y avait longtemps que je n\u2019avais eu de vos nouvelles. Je vous ai \u00e9cris trois lettres cette ann\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela est bien triste, maman malade et le c\u0153ur ulc\u00e9r\u00e9. Ch\u00e8re s\u0153ur, tu n\u2019aurais pas d\u00fb cacher au compagnon de ta vie que tu avais un fr\u00e8re au bagne car si je suis aux travaux forc\u00e9s c\u2019est pour des actes de sabotage et de propagande antimilitariste et que les lois militaires en me condamnant au maximum pour avoir mis en pratique les opinions de tout un parti, n\u2019a, ce faisant que rendu un verdict d\u2019apeurement.<\/p>\n\n\n\n<p>Par cons\u00e9quent ma pr\u00e9sence ici ne peut ent\u00e2cher l\u2019honorabilit\u00e9 de ma famille et n\u2019a rien a perdre d\u2019\u00eatre connue de tous. Il n\u2019y a pas de honte \u00e0 subir une peine, lorsque les motifs qui l\u2019ont provoqu\u00e9e sont l\u2019ordre, purement moral et d\u00e9notent l\u2019abn\u00e9gation de soi-m\u00eame. Je voudrais que vous compreniez cela afin que vous redressiez la t\u00eate car vous ne devez pas rougir \u00e0 cause de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, pourquoi Jeanne en m\u2019annon\u00e7ant son prochain mariage a la franchise de me dire que \u00ab \u00e7a lui fait de la peine \u00bb d\u2019\u00e9crire \u00e0 un fr\u00e8re qui est aux travaux forc\u00e9s, je comprend facilement les raisons qui la guident. Ces raisons, je ne peux les approuver, mais je les respecte. En cons\u00e9quence ch\u00e8re s\u0153ur, cette lettre sera la derni\u00e8re. Il m\u2019est douloureux qu\u2019il en soit ainsi \u00e0 cause de maman, qui ne sait pas \u00e9crire. Ce sera donc comme si j\u2019\u00e9tais mort pour vous deux, car le Bagne, ceux qu\u2019il a dans son jeu, il les garde jusqu\u2019\u00e0 la mort. Je saurais donc me soumettre \u00e0 ma destin\u00e9e avec courage et mon sort serait bien adouci si je vous savais heureuses.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, si je suis pour vous une cause de douleur, oubliez-moi, si cette douleur se double de la honte.<\/p>\n\n\n\n<p>Et si toi ma m\u00e8re, qui m\u2019a enfant\u00e9 dans la douleur, qui m\u2019a soign\u00e9 et aim\u00e9 de toute la force de ton c\u0153ur maternel, toi dont la vie n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un long martyr de d\u00e9vo\u00fbments et de sacrifice, si tu veux m\u2019adoucir l\u2019amertume d\u2019avoir contribu\u00e9 \u00e0 ta douleur, je t\u2019en prie, ne pense plus que je suis malheureux, esp\u00e8re quand m\u00eame dans le lointain d\u2019un avenir plus cl\u00e9ment. Je t\u2019adresse un dernier adieu t\u2019embrasse bien fort une derni\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toi, Jeanne, qui va entrer dans la vie nouvelle, je fais des v\u0153ux pour ton bonheur. Oublie ton fr\u00e8re qui est mort pour toi et n\u2019abandonne pas notre m\u00e8re dans la douloureuse vieillesse, console-la et adoucis ses chagrins. Respecte-la et aime la toujours car tu es son seul appui ici-bas. \u00c0 toi aussi je t\u2019envoie mon dernier adieu et une sinc\u00e8re caresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq Paul H.<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\">[3]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"164\" height=\"219\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Conna\u00eetre la LOI<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Iles du Salut le 19 octobre 1911<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la date du 17 de ce mois, j\u2019adressai au Commandant des Iles du Salut la lettre suivante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab : La pr\u00e9sente est \u00e0 l\u2019effet de vous demander \u00e0 ce qu\u2019il me soit donn\u00e9 connaissance de la brochure contenant les lois, d\u00e9crets et r\u00e8glements en vigueur \u00e0 la transportation.<\/p>\n\n\n\n<p>Soit que j\u2019en prenne connaissance moi-m\u00eame, soit qu\u2019elle me soit lue in-extenso \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain, r\u00e9ponse m\u2019en a \u00e9t\u00e9 faite. Le surveillant-principal y avait \u00e9crit en marge, \u2018annotation que voici :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je ne vois pas de quel droit Roussenq peut se pr\u00e9valoir pour \u00e9mettre une telle pr\u00e9tention. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Voici la r\u00e9ponse du Commandant :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab ! Roussenq n\u2019a qu\u2019\u00e0 prendre connaissance de ce qui est affich\u00e9 au quartier sp\u00e9cial. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Or, si j\u2019ai \u00e9mis une \u00ab pareille pr\u00e9tention \u00bb, c\u2019est que j\u2019ai pens\u00e9 que la transportation, dont je fais partie ne devait pas ignorer la l\u00e9galit\u00e9 qui la r\u00e9gissait, du moins en principe, sinon de fait. C\u2019est que je me suis pr\u00e9valu du droit que la loi m\u2019accorde d\u2019\u00eatre instruit des dispositions l\u00e9gales qui me concernent. C\u2019est que depuis trois ans que je suis \u00e0 la Colonie on ne m\u2019en a jamais donn\u00e9 lecture ainsi que ce devait \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce faisant, je me suis inspir\u00e9 des pr\u00e9c\u00e9dents. Je n\u2019en citerai qu\u2019un : il y a environ dix mois, le transport\u00e9 Bureau a \u00e9mis la m\u00eame demande au Commandant Lhuerre lequel y a fait droit en lui communiquant la brochure des lois, d\u00e9crets et r\u00e8glements.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est vrai que me Commandant Lhuerre n\u2019\u00e9tait pas un pacha omnipotent et ne poss\u00e9dait pas trace de cette morgue que d\u00e9note l\u2019incapacit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc, le Comandant Jarry m\u2019a r\u00e9pondu que je n\u2019avais qu\u2019\u00e0 prendre connaissance de ce qui \u00e9tait affich\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, voici ce qui est affich\u00e9 : le d\u00e9cret du 4 septembre 1891, et trois autres le modifiant, dat\u00e9s respectivement ainsi qu\u2019il suit : 19 d\u00e9cembre 1900, 31 juillet 1903 et 26 juin 1907. Il ne manque pas d\u2019autres abrogations qui sont tenus dans l\u2019ombre, et pour cause. Il y a aussi le d\u00e9cret du 25 novembre 1889 \u2013 et en partie \u2013 de l\u2019article 14 \u00e0 l\u2019article 35. Il est presque enti\u00e8rement abrog\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a le tableau des r\u00e9partitions et du prix de revient des rations de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire ; quelques banales circulaires et avis divers, des notes de service et c\u2019est tout. Le d\u00e9cret du 31 juillet 1903 est en double ; ce double porte la date de 1904 ; c\u2019est un faux comme je le prouverai ; il travesti tendancieusement le d\u00e9cret original.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cret affich\u00e9 qui porte la date du 25 novembre 1889 indique le poids de 250 grammes pour la ration de savon, alors que ce poids est de 300 grammes.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de trace des d\u00e9crets ou lois du 14 ao\u00fbt 1885 (loi), du 30 mai 1854 (loi), du 22 ao\u00fbt 1887 (d\u00e9cret), du 6 ao\u00fbt 1904 (d\u00e9cret) et de tous les autres. Pas de trace d\u2019aucun r\u00e8glement d\u2019administration publique concernant la transportation. Si le Commandant Jarry a refus\u00e9 de faire droit \u00e0 ma l\u00e9gitime demande c\u2019est qu\u2019il a craint de me donner des armes contre lui et son administration. C\u2019est qu\u2019il se reconnait fautif. S\u2019il cache dans l\u2019ombre les dispositions l\u00e9gales qui r\u00e9gissent la transportation c\u2019est parce qu\u2019elles sont cyniquement transgress\u00e9es ainsi que je le prouverai \u00e0 la premi\u00e8re inspection. C\u2019est qu\u2019il remplace la l\u00e9galit\u00e9 par l\u2019arbitraire. Voil\u00e0 pourquoi il m\u2019a refus\u00e9 ce que je lui demandais. Cela ne m\u2019emp\u00eachera pas de donner des preuves \u00e0 l\u2019appui de mes r\u00e9clamations et d\u2019exhumer les textes l\u00e9gaux qu\u2019il veut laisser ignorer.<\/p>\n\n\n\n<p>Je proteste donc \u00e9nergiquement contre l\u2019abus de pouvoir que je d\u00e9nonce.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re qu\u2019une inspection ne tardera pas d\u2019avoir lieu, afin que les abus existant puissent \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9s et prouv\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous prie Monsieur le Gouverneur de faire montre de votre haute autorit\u00e9 pour la h\u00e2ter.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec respect<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9, Roussenq,<\/p>\n\n\n\n<p>M<sup>le<\/sup> 37664<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\">[4]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"159\" height=\"213\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 159px) 100vw, 159px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Petits arrangements entre gardiens et gard\u00e9s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Iles du Salut, camp de Royale,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Le 22 novembre 1911.<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est un p\u00e9nitencier dans la colonie o\u00f9 tout marche de travers, c\u2019est bien celui des Iles du Salut. Les lois, les d\u00e9crets, les r\u00e8glements y sont foul\u00e9s au pied avec une parfaite d\u00e9sinvolture. Les abus y sont tellement enracin\u00e9s depuis un temps imm\u00e9morial, qu\u2019ils ont acquis droit de cit\u00e9. Leurs effets d\u00e9moralisateurs se sont traduits par des r\u00e9voltes sanglantes, de nombreuses mutineries, dont la plupart ont \u00e9t\u00e9 habilement \u00e9touff\u00e9es par l\u2019Administration locale.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, ce regrettable \u00e9tat de choses a provoqu\u00e9 de nombreux d\u00e9couragements individuels ; il a engendr\u00e9 toutes sortes de vexations et de passe-droits.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais essayer, \u00e0 b\u00e2tons rompus, de vous donner une id\u00e9e de la structure pr\u00e9sente des Iles du Salut, par un aper\u00e7u g\u00e9n\u00e9ral, exempt de tout parti-pris et de toute restriction, dans toute sa r\u00e9alit\u00e9 odieuse !<\/p>\n\n\n\n<p>Je commence par les administrateurs. De tous les commandants que j\u2019ai vu se succ\u00e9der, depuis trois ans, aux Iles du Salut, un seul m\u2019a paru vouloir rem\u00e9dier \u00e0 la situation empirique de ce p\u00e9nitencier. J\u2019ai nomm\u00e9 le Commandant Barre. Malheureusement, son passage \u00e9ph\u00e9m\u00e8re n\u2019a pu r\u00e9aliser les esp\u00e9rances que promettait son habile administration .<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ne parler que du Commandant actuel, Mr Jarry, son action se perd dans des d\u00e9tails d\u2019ordre tout \u00e0 fait secondaire. Elle s\u2019absorbe dans des futilit\u00e9s. Non pas que l\u2019intelligent Commandant Sup\u00e9rieur p\u00eache par ignorance. Loin de l\u00e0, il sait pertinemment les maux dont souffre son p\u00e9nitencier, il n\u2019en ignore ni la source, ni la caducit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en ignore pas les rem\u00e8des, mais, en pr\u00e9sence de tout ce chaos qui renferme tant d\u2019int\u00e9r\u00eats divers, et que la routine et l\u2019incurie ont consacr\u00e9, en consid\u00e9ration de la courte dur\u00e9e probable de son commandement, il s\u2019en lave les mains. Comme ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, il laisse courir, et comme Louis XV, : apr\u00e8s moi le d\u00e9luge ! Voil\u00e0, tout est l\u00e0 ; l\u2019imp\u00e9ritie provient de l\u2019\u00e9courtement du commandement. Tel un voyageur qui passe une nuit dans une chambre d\u2019h\u00f4tel, et qui le matin ne songera pas \u00e0 la ranger, pour la raison qu\u2019il n\u2019y reviendra pas le soir. C\u2019est malheureux et regrettable \u00e0 tous \u00e9gards que les Commandants de p\u00e9nitenciers ou sup\u00e9rieurs tiennent de pareils raisonnements. Cela ne peut qu\u2019aggraver une situation d\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s tendue. Ainsi, le Commandant actuel, Mr Jarry, ne s\u2019occupe des vivres de la transportation que d\u2019une fa\u00e7on tout \u00e0 fait superficielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019ignore aucun des trafics qui r\u00e9duisent la population p\u00e9nale \u00e0 un r\u00e9gime alimentaire des plus al\u00e9atoires, par la vente illicites et les d\u00e9tournements ill\u00e9gaux des vivres, crus ou cuits. Et pourtant, il ne fait rien pour y mettre ordre. Le chef de camp suit sa tactique, les surveillants de m\u00eame et une coterie de transport\u00e9s auxiliaires de l\u2019Administration agissent en cons\u00e9quence. Tout le monde trafique, depuis le vulgaire transport\u00e9 pr\u00e9pos\u00e9 \u00e0 la cuisine du camp, jusqu\u2019au Commandant Sup\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela c\u2019est des mots me direz-vous ; je vous r\u00e9pondrai : tout cela c\u2019est des maux ! Des maux qui gangr\u00e8nent, qui affament, qui r\u00e9voltent enfin ceux qui en souffrent.<\/p>\n\n\n\n<p>Un transport\u00e9 veut-il produire une r\u00e9clamation au sujet de la qualit\u00e9 ou de l\u2019insuffisance de sa ration ? Il a d\u00e9j\u00e0 tort avant d\u2019avoir r\u00e9clam\u00e9. Etant aux locaux disciplinaires, j\u2019ai refus\u00e9 du pain aigre, ex\u00e9crable. Quelques heures apr\u00e8s le Commandant m\u2019a d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 la commission : qu\u2019il sentait la noisette. Je refusai du caf\u00e9, de l\u2019eau chaude color\u00e9e, pas de sucre, et, a le voir couler \u00e0 terre le Commandant est convaincu qu\u2019il est excellent !<\/p>\n\n\n\n<p>Ce matin encore, je d\u00e9clare que mon pain n\u2019a pas le poids, que le lard n\u2019est pas cuit ; on refuse que j\u2019assiste \u00e0 la pes\u00e9e du pain, on me dit qu\u2019il a le poids, et je dois le croire sur parole.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chef de camp refuse de venir v\u00e9rifier l\u2019insuffisance de cuisson du lard qui m\u2019est allou\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019est pas un mauvais homme, mais il n\u2019aime pas qu\u2019on le d\u00e9range. Je comprends bien, mais enfin son devoir et son service l\u2019obligent \u00e0 examiner avec impartialit\u00e9 les diff\u00e9rents qui sont de sa comp\u00e9tence imm\u00e9diate. Le Commandant Sup\u00e9rieur se d\u00e9range bien lorsqu\u2019on le fait appeler.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019est donc pas admissible qu\u2019un chef de camp refuse d\u2019examiner ou de faire suivre une r\u00e9clamation qui lui est adress\u00e9e par un homme m\u00fbr\u00e9 dans un cachot, par l\u2019interm\u00e9diaire du surveillant de service. Le chef de camp de l\u2019Ile Royale a le temp\u00e9rament apoplectique, il s\u2019emballe facilement ; ce n\u2019est pas en levant la voix qu\u2019il apaisera les protestations.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis quinze jours, il ne voulait plus me donner du papier. A la suite de l\u2019algarade de ce matin, lui en ayant demand\u00e9 une feuille, il m\u2019en envoie un m\u00e8tre carr\u00e9. Je l\u2019en remercie du reste.<\/p>\n\n\n\n<p>A aucun moment le pain n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi mauvais aux Iles du Salut qu\u2019il n\u2019ait actuellement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Commandant Sup\u00e9rieur, dans une louable intention, a fait confectionner les pains par rations individuelles, au lieu de pains \u00e0 deux rations, comme il \u00e9tait auparavant. Les boulangers, vex\u00e9s par un surcro\u00eet de travail, font le pain avec une mauvaise volont\u00e9 \u00e9vidente. Il est la plupart du temps immangeable.<\/p>\n\n\n\n<p>Si le surveillant de la boulangerie \u00e9tait rendu responsable, il veillerait \u00e0 la bonne ex\u00e9cution d\u2019un travail consciencieux. Mais non, la barque vogue comme le veut le vent ; les pilotes sont des oiseaux de passage !<\/p>\n\n\n\n<p>Les surveillants des cuisines sont entendus avec le cambusier pour d\u00e9tourner une partie de la ration commune des hommes, les cuisiniers ferment les yeux et a leur tour, prennent leur bonne part du g\u00e2teau, les bouchers trafiquent la viande crue en font des saucisses, bref, les hommes ne touchent pas la moiti\u00e9 de la valeur effective de la ration qui leur est d\u00fbe, soit comme qualit\u00e9, soit comme quantit\u00e9. Ceux qui ont de l\u2019argent, ach\u00e8tent la nourriture de ceux qui n\u2019en ont pas ; ceux-ci cr\u00e8vent de faim pendant que ceux-l\u00e0 sont malades d\u2019indigestion. Et l\u2019Administration tol\u00e8re tout cel\u00e0. Ce qu\u2019il faudrait, c\u2019est un commandant \u00e0 poigne, un chef de camp \u00e9nergique et une stricte application des lois, d\u00e9crets et r\u00e8glements qui, en principe, r\u00e9gissent la transportation, qui sont viol\u00e9s constamment dans la pratique des agissements ill\u00e9gaux et abusifs de l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui me concerne personnellement, \u2018arbitraire cette marche des choses m\u2019a choqu\u00e9 au plus haut degr\u00e9, et je sis r\u00e9solu \u00e0 employer toute mon \u00e9nergie pour protester dans les limites de mes moyens d\u2019action contre l\u2019anomalie de l\u2019organisation existante.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 adress\u00e9 a monsieur le Gouverneur un ensemble de r\u00e9clamations, qui ont p\u00fb le fixer pleinement \u00e0 ce sujet.<\/p>\n\n\n\n<p>Je le met en garde contre les insinuations tendancielles que la p\u00e9nurie d\u2019arguments pourrait sugg\u00e9rer a l\u2019Administration locale, pour diminuer la port\u00e9e de mes justes r\u00e9clamations. On feint de me prendre pour un d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9, pour un monomane de l\u2019epistolat. N\u2019en croyez rien. J\u2019ai ma pleine raison. J\u2019ai le d\u00e9faut, aupr\u00e8s de l\u2019Administration, d\u2019\u00eatre trop clairvoyant et de conna\u00eetre presque \u00e0 fond la l\u00e9galit\u00e9 qui doit me r\u00e9gir, \u00e0 tous les points de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a tellement parmi la transportation, des hommes illettr\u00e9s, qui ne peuvent exprimer leur pens\u00e9e ; il y a tellement d\u2019hommes musel\u00e9s par un int\u00e9r\u00eat ambiant ou craignant les repr\u00e9sailles administratives, que j\u2019ai pens\u00e9, que moi, qui \u00e9tait exempt de toutes ces causes abstentionnelles, je devais faire conna\u00eetre enti\u00e8rement et sans rel\u00e2che la situation pr\u00e9caire de la masse de la transportation et joindre mes efforts \u00e0 ceux de mes camarades imbus du m\u00eame id\u00e9al de Justice et d\u2019Equit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis condamn\u00e9 \u00e0 vingt ans, intern\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la fin de ma peine sur un r\u00f4cher, qu\u2019ai-je \u00e0 attendre !, qu\u2019ai-je \u00e0 craindre ! Rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est pourquoi rien ne me rebutera pour faire triompher la l\u00e9galit\u00e9 contre l\u2019arbitraire ; de mettre en lumi\u00e8re et de d\u00e9noncer tous les abus. Rien ne pourra m\u2019en emp\u00eacher. Je pr\u00e9sume qu\u2019une balle homicide me supprimera peut-\u00eatre avant peu, comme \u00e9tant trop g\u00eanant ; mais, en fin de compte, la vie dans ces conditions me para\u00eet si peu tenable que je ne crains nullement qu\u2019elle me soit brutalement arrach\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 o\u00f9 l\u2019on pousse les hommes, \u00e0 l\u2019\u00e9c\u0153urement du d\u00e9sespoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme je vois qu\u2019il me reste pas mal de place pour finir ce papier, qu\u2019une g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 inaccoutum\u00e9e du chef du camp m\u2019a octroy\u00e9e, je vais vous entretenir de la violation g\u00e9n\u00e9rale des d\u00e9cret et circulaire en date de 1909, relatifs \u00e0 la main d\u2019\u0153uvre p\u00e9nale au service des agents de l\u2019Administration et \u00e0 sa r\u00e9glementation. Les surveillants militaire ont droit au service d\u2019un \u00ab gar\u00e7on de famille \u00bb pendant un nombre d\u2019heures d\u00e9termin\u00e9es, \u00e0 raison d\u2019un gar\u00e7on par deux m\u00e9nages, s\u2019ils n\u2019ont pas plus de deux enfants. Les hommes employ\u00e9s chez eux doivent s\u2019occuper du charroi de l\u2019eau et des vivres et balayer aux alentours de l\u2019habitation. Ces hommes doivent un travail administratif.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, voici ce qu\u2019il en est aux Iles du Salut. Chaque m\u00e9nage a un gar\u00e7on de famille ; celui-ci y travaille de cinq heures du matin \u00e0 six heures du soir, m\u00eame la sieste. Il lave, cire, charrie, fait la cuisine, vide les pots de chambre, moyennant cinq francs par mois et la \u00ab d\u00e9brouille \u00bb. Ils ne fournissent aucun travail administratif. Ils servent d\u2019interm\u00e9diaires pour ravitailler leurs patrons en fournitures de toutes sortes et de toutes provenances : pain et riz, pour les volatiles nombreux dont les surveillants militaires sont possesseurs, chemises, souliers, couvertures provenant de l\u2019habillement ou des transport\u00e9s que le manque de tabac leur a fait vendre \u00e0 vil prix, le savon, les colis re\u00e7us par les transport\u00e9s, etc. etc. !<\/p>\n\n\n\n<p>De plus ces gar\u00e7ons de famille, v\u00e9ritables larbins attitr\u00e9s, sont une cause de pr\u00e9judice pour la masse de l\u2019\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal. Il y a, \u00e0 l\u2019Ile Royale, quatre-vingt d\u00e9tach\u00e9s dans lesquels les gar\u00e7ons de famille entrent dans la proportion de 50 pour 100. Ils vont chercher individuellement leurs vivres \u00e0 la cuisine et sont ainsi en rapport direct avec les cuisiniers, soit pour l\u2019am\u00e9lioration de leur ration, soit pour l\u2019achat de vivres pour leurs patrons ; pour l\u2019usage de ceux-ci ou de leur basse-cour.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a l\u00e0 un abus flagrant et qui demande un terme.<\/p>\n\n\n\n<p>De plus, les administrateurs ayant rang d\u2019officiers, doivent avoir, chez eux \u00e0 leur service, des engag\u00e9s ou des assign\u00e9s. Comment se fait-il qu\u2019ils emploient des hommes de troisi\u00e8me classe ?<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne les porte-clefs, je constate que le d\u00e9cret du chef de la Colonie du 6 ao\u00fbt 1904, y ayant trait, est \u00e9galement viol\u00e9 en tout point.<\/p>\n\n\n\n<p>Les porte-clefs sont en nombre exag\u00e9r\u00e9, font la police, commandent des hommes hors de la pr\u00e9sence des surveillants.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sont possesseurs, le jour d\u2019un long couteau, et la nuit, en plus, d\u2019une matraque arm\u00e9e dans le bout d\u2019un fer aiguis\u00e9 (je les ai vus \u00e0 l\u2019Ile Saint-Joseph) Les nomm\u00e9s Hespelle et Gardel, tous deux 3e classe, ont \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9s porte-clefs en leur qualit\u00e9 de mouchards.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier est sorti r\u00e9cemment de la r\u00e9clusion cellulaire (ou du moins \u00e0 l\u2019asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s en qualit\u00e9 d\u2019auxiliaire alors qu\u2019il \u00e9tait cens\u00e9 subir une peine de r\u00e9clusion)<\/p>\n\n\n\n<p>En terminant, je demanderais l\u2019envoi d\u2019un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 aux Iles du Salut pour enqu\u00eater sur les abus qui y pullulent, et qui, s\u2019ils persistent, entra\u00eeneront \u00e0 bref d\u00e9lai une r\u00e9volte g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Transport\u00e9 Roussenq<\/p>\n\n\n\n<p>M<sup>le<\/sup> 34664<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\">[5]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"134\" height=\"179\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 134px) 100vw, 134px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Une encre particuli\u00e8re<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Iles du Salut, ce 10 ao\u00fbt 1912<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Royale \u2013 quartier cellulaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Ministre<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les atroces applications de la camisole de force, la s\u00e9rie des mises aux fers arbitraires se continue \u00e0 mon \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cret du 4 septembre 1891 est formel \u00e0 cet \u00e9gard :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab La mise aux fers de jour et de nuit, ne pourra \u00eatre effectu\u00e9e, dans les quartiers disciplinaires, qu\u2019en cas de r\u00e9volte ou violences, et pour une dur\u00e9e maxima de trois jours. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Or, le 20 juillet dernier j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis aux fers, jusqu\u2019au 23, pour : \u00ab avoir \u00e9crit sur les murs de ma cellule avec mes excr\u00e9ments. \u00bb ; c\u2019est tout, pas autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Y a-t\u2019il l\u00e0 un acte de r\u00e9volte ou de violence ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019ai \u00e9crit sur les murs de ma cellule, c\u2019est qu\u2019on m\u2019avait refus\u00e9 du papier ; si pour cela je me suis servi de mati\u00e8res excr\u00e9mentielles dilu\u00e9es, c\u2019est que je n\u2019avais ni encre ni crayon.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette mise aux fers arbitraire, op\u00e9r\u00e9e par interpr\u00e9tation abusive du d\u00e9cret plus haut cit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 ordonn\u00e9e par le surveillant chef Martelli, et pratiqu\u00e9e par le surveillant Guyomar qui en a sign\u00e9 le proc\u00e8s-verbal en date du 20 juillet 1912.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce proc\u00e8s-verbal a \u00e9t\u00e9 port\u00e9 \u00e0 ma connaissance \u00e0 la r\u00e9union de la derni\u00e8re commission disciplinaire, laquelle m\u2019a inflig\u00e9 une punition de quinze jours de cachot pour le motif qui l\u2019avait ind\u00fbment provoqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re en la haute impartialit\u00e9 du D\u00e9partement pour qu\u2019il soit mis un terme \u00e0 de pareils abus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9,<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Roussenq,<\/p>\n\n\n\n<p>M<sup>le<\/sup> 37664<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\">[6]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"165\" height=\"221\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 165px) 100vw, 165px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Le scorbut, le m\u00e9decin et la mort<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A St Joseph, le 6 janvier 1913<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9decin-major Bougrand ne laisse pas que de continuer la s\u00e9rie de ses errements empiriques, \u00e0 coups s\u00fbrs, cyniques peut-\u00eatre !<\/p>\n\n\n\n<p>Vers le 20 d\u00e9cembre dernier, convaincu, du moins en apparence qu\u2019un transport\u00e9 arabe r\u00e9clusionnaire, simulait la maladie, il le mit au pain et \u00e0 l\u2019eau : (salle 5 de l\u2019h\u00f4pital ou salle des consign\u00e9s).<\/p>\n\n\n\n<p>Le lendemain au matin, le malheureux expirait dans son lit de souffrances.<\/p>\n\n\n\n<p>En cette circonstance, la responsabilit\u00e9 du m\u00e9decin Bougrand est pleinement engag\u00e9e ; ayant laiss\u00e9 tra\u00een\u00e9 cet homme \u00e0 la r\u00e9clusion, il l\u2019a hospitalis\u00e9 \u00e0 contre-c\u0153ur et, non seulement il ne lui a donn\u00e9 aucun soin, mais encore, en le mettant au pain et \u00e0 l\u2019eau, il a pr\u00e9cipit\u00e9 son d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les malades pr\u00e9sents \u00e0 la salle des consign\u00e9s vers le 20 d\u00e9cembre, peuvent affirmer le fait, dans toute sa brutalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>On a fait disparaitre les feuilles de clinique qui mentionnaient le barbare r\u00e9gime et on les a remplac\u00e9es par d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>A la visite du 10 d\u00e9cembre dernier, le m\u00e9decin Bougrand refusa de reconnaitre malade le transport\u00e9 Arquier (Emprist) sous pr\u00e9texte que l\u2019affection scorbutique dont il se disait atteint n\u2019\u00e9tait pas caract\u00e9ris\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La commission disciplinaire, \u00e0 la date du 13 d\u00e9cembre, lui infligea huit jours de cachot pour ne pas avoir \u00e9t\u00e9 reconnu malade.<\/p>\n\n\n\n<p>A la visite \u2013 hebdomadaire \u2013 du 18 d\u00e9cembre, le transport\u00e9 Arquier se repr\u00e9senta ; il avait les gencives et la m\u00e2choire en plein \u00e9tat de d\u00e9composition ; ses jambes \u00e9taient couverts de boutons purulents scorbutiques. Le cachot ne l\u2019avait pas gu\u00e9ri. Le m\u00e9decin Bougrand e vit alors dans l\u2019obligation de l\u2019envoyer \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Huit jours auparavant, il l\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 non-malade, or : le scorbut ne sort pas du jour au lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>Par suite du manque de soins au d\u00e9but, l\u2019\u00e9tat du condamn\u00e9 Arquier est des plus graves ; d\u2019apr\u00e8s les renseignements que j\u2019ai pu recueillir, le scorbut lui a gagn\u00e9 les parties vitales (abdomen)<\/p>\n\n\n\n<p>Les deux exemples de l\u2019imp\u00e9ritie et de l\u2019empirisme du m\u00e9decin Bougrand que je viens de relater sont caract\u00e9ristiques ; je les ai choisis entre beaucoup d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne suis pas un d\u00e9tracteur ; ce que j\u2019avance est le miroir fid\u00e8le des faits.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me suis toujours inspir\u00e9 de ce principe, dans mes r\u00e9clamations<\/p>\n\n\n\n<p>Si, quelque fois, j\u2019ai employ\u00e9 des phrases violentes et des mots d\u2019\u00e9nergique qualification, c\u2019est le r\u00e9sultat de l\u2019indignation et des passe-droits.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est probablement pour cette raison que le Gouvernement g\u00e9n\u00e9ral, en particulier, ne les a pas relev\u00e9s en vue de donner mati\u00e8re \u00e0 co\u00ebrcition.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette diversion faite, je continue par l\u2019expos\u00e9 de r\u00e9cents griefs personnels, \u00e0 l\u2019encontre du m\u00e9decin-major Bougrand.<\/p>\n\n\n\n<p>Etant atteint du terrible scorbut, depuis huit jours, je me suis pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la visite m\u00e9dicale de ce jour, 6 janvier, ainsi que mon co-d\u00e9tenu Garcin, (emprist) atteint de la m\u00eame maladie.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai pass\u00e9 le premier ; le m\u00e9decin s\u2019est parfaitement rendu compte de mon \u00e9tat ; il a constat\u00e9 les effets symptomatiques du scorbut, qui sont : d\u00e9composition des gencives avec bourrelets \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur ; teinte violac\u00e9e de la machoire, branlement des dents et taches scorbutiques nombreuses aux jambes.<\/p>\n\n\n\n<p>Le m\u00e9decin Bougrand a inscrit sur le cahier de visite : commencement de scorbut. Pour tout r\u00e9gime, il m\u2019a prescrit, 1\u00b0 toucher \u00e0 la teinture d\u2019iode, que je n\u2019ai jamais vu employ\u00e9 comme anti-scorbutique ;<\/p>\n\n\n\n<p>2\u00b0 des l\u00e9gumes verts ( ?) qui consistent en du pourpier sauvage et coriace, que ma dentition \u00e9branl\u00e9e par la maladie ne me permet pas de m\u00e2cher.<\/p>\n\n\n\n<p>3\u00b0, du jus de citron.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas de cocklaria, puissant anti-scorbutique, pas de lait ; pas m\u00eame un coco. Et je ne puis manger ; au cachot depuis quatorze mois, j\u2019en suis encore le r\u00e9gime. Le m\u00e9decin, ne me donnant aucune alimentation, et se contentant de me donner une cuiller\u00e9e de jus de citron, par jour, attend probablement que le scorbut, aliment\u00e9 par la situation o\u00f9 je me trouve (au cachot), et le manque de soin, me gagne le ventre. Pour m\u2019envoyer \u00e0 l\u2019amphith\u00e9atre.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 mon co-d\u00e9tenu Garcin, quoique le scorbut, n\u2019ayant pas atteint les jambes, se soit concentr\u00e9 dans la bouche, il a \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9 en se faisant examiner apr\u00e8s moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s bien. Mais pourquoi cette partialit\u00e9, ce caprice. Pourquoi cette animosit\u00e9 et ce mauvais vouloir contre moi ? Parce que je l\u2019ai censur\u00e9. Est-ce juste ; est ce noble ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le condamn\u00e9 P H Roussenq<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\">[7]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"171\" height=\"229\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 171px) 100vw, 171px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>\u00c9crire et r\u00e9clamer<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Royale, le 1er mars 1917<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le chef de l\u2019Etablissement m\u2019ayant fait appeler, il y a quelques jours, devant la Con Dre, cela \u00e0 titre de communication, m\u2019a d\u00e9clar\u00e9 que dans une lettre que je vous ai adress\u00e9e le 3 f\u00e9vrier dernier, je l\u2019avais mis en cause en vous disant qu\u2019il ne permettait plus que les transport\u00e9s lui \u00e9crivent.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai r\u00e9pondu \u00e0 mon Commandant que je n\u2019avais pas \u00e9crit chose pareille et qu\u2019au contraire je vous avais fait part \u00ab que l\u2019on ne me permettait plus d\u2019\u00e9crire au Chef de l\u2019Etablissement \u00bb, ce qui diff\u00e8re sensiblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chef du p\u00e9nitencier, tromp\u00e9 par sa m\u00e9moire, a persist\u00e9 dans ses d\u00e9clarations, et moi dans les miennes, dans la mesure du respect que je lui dois.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette lettre est revenue ces jours derniers. Le Chef de l\u2019Etablissement aura pu se rendre compte que je ne l\u2019avais pas mis en cause. Je suis un r\u00e9clamateur aussi inv\u00e9t\u00e9r\u00e9 que les abus que je d\u00e9nonce, mais je ne forge ni n\u2019invente rien ; il y a assez de motifs de r\u00e9clamer \u00e0 bon escient malheureusement.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici au juste ce qu\u2019il en est : \u00e0 la fin de d\u00e9cembre, le Chef de l\u2019Etablissement r\u00e9digea une circulaire o\u00f9 il \u00e9tait dit qu\u2019en pr\u00e9sence de la crise du papier il invitait les transport\u00e9s \u00e0 ne pas lui \u00e9crire pour des motifs tels que : changer de camp, demande d\u2019effets, etc, et de lui en faire connaitre en r\u00e9clamation devant la Con Dre.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour les m\u00eames raisons, il les invitait \u00e0 ne plus \u00e9crire aux autorit\u00e9s sup\u00e9rieures pour des questions qu\u2019il pourrait traiter lui-m\u00eame sur place, ajoutant que n\u00e9anmoins il n\u2019entendait pas restreindre leur droit de recours aux dites autorit\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On m\u2019a donn\u00e9 lecture de cette circulaire une seule fois : je l\u2019ai pourtant bien comprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quant aux subordonn\u00e9s, de Monsieur le Commandant Sup\u00e9rieur de l\u2019Etablissement, ils en ont fait \u00e0 leur t\u00eate : soit au poste, soit aux locaux disciplinaires, ils en ont pr\u00e9text\u00e9 pour refuser tout papier \u00e0 l\u2019adresse du Commandant. Est-ce \u00e0 dire qu\u2019ils ont mal interpr\u00e9t\u00e9 la circulaire de leur chef ? Elle n\u2019\u00e9tait pourtant pas obscure ! S\u2019il en est ainsi, cela ne faire gu\u00e8re honneur \u00e0 leur intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p>De deux choses, lune\u2026\u2026\u2026\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 que nombre de lettres aux autorit\u00e9s sup\u00e9rieures sont parties, qui n\u2019auraient pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crites si leurs auteurs avaient pu s\u2019adresser au Chef de l\u2019Etablissement, qui \u00e9tait dans l\u2019ignorance la plus absol\u00fbe \u00e0 cet \u00e9gard. J\u2019ai des raisons de croire que le Chef de camp doit \u00e9galement \u00eatre mis hors de cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, le Chef du p\u00e9nitencier n\u2019a donc pu d\u00e9fendre que les transport\u00e9s lui \u00e9crivent ; ce sont ses subordonn\u00e9s ainsi que je l\u2019ai vo\u00fblu dire dans ma lettre du 3 f\u00e9vrier, sans confusion possible.<\/p>\n\n\n\n<p>Il le pourrait d\u2019autant moins qu\u2019il ne peut oublier qu\u2019il est compris parmi \u00ab les autorit\u00e9s administratives de la colonie \u00bb auxquelles les transport\u00e9s \u00ab ont toujours le droit d\u2019\u00e9crire \u00bb. Il s\u2019agit du d\u00e9cret du 31 juillet 1903.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans cette m\u00eame lettre j\u2019ai d\u00e9clar\u00e9 avec raison que le Chef de Camp ne venait jamais aupr\u00e8s d\u2019un homme puni qui le faisait demander. J\u2019ai vu les effets sans remonter aux causes dont je n\u2019avais, d\u2019ailleurs, que l\u2019intuition, ainsi que je l\u2019ai fait consigner dans un proc\u00e8s-verbal, cela provenait de l\u2019incurie des surveillants que ne l\u2019en informaient pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis cette \u00e9poque, il me plait de reconna\u00eetre que le Chef de camp s\u2019est toujours rendu aupr\u00e8s des hommes qui le faisaient demander ; il est vrai que le surveillant lui faisait part de leurs d\u00e9sirs, ce qui n\u2019avait pas lieu auparavant, vraisemblablement.<\/p>\n\n\n\n<p>Recevez Monsieur le Gouverneur l\u2019expression de mon respect.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9, 37664, Roussenq<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\">[8]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"165\" height=\"221\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 165px) 100vw, 165px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>une cacophonie douce dans l\u2019harmonie d\u2019un duo sanguinaire<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Saint-Laurent 6 mai 1917<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez r\u00e9duit le tribunal maritime sp\u00e9cial (\u00f4, tr\u00e8s sp\u00e9cial&nbsp;!) \u00e0 trois membres, au lieu de cinq. Vous avez supprim\u00e9 deux membres militaires, parce que vous avez pens\u00e9, sans doute, qu\u2019ils suivraient leur capitaine dans une voie trop humaine, \u00e0 votre gr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous avez nomm\u00e9 comme assesseurs un procureur de la R\u00e9publique, (avec un grand R) et un supp\u00f4t de l\u2019Administration, sous-chef de bureau.<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier, cela va sans dire, est port\u00e9, de par ses fonctions, \u00e0 voir un coupable dans tout accus\u00e9&nbsp;! Cela est tellement vrai, que lorsque j\u2019ai compar\u00fb, le 2 courant, le pr\u00e9sident ayant donn\u00e9 la parole au minist\u00e8re public, par une vieille habitude, il s\u2019est lev\u00e9 \u00e0-demi de son si\u00e8ge pour requ\u00e9rir, puis s\u2019est rassis quand le commissaire rapporteur a r\u00e9pondu \u00e0 l\u2019invitation pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand au second, c\u2019est son r\u00f4le de sabrer, surtout ceux des accus\u00e9s que l\u2019Administration n\u2019a pas en odeur de saintet\u00e9&nbsp;; pour ce qui est de l\u2019homme, il n\u2019a aucune valeur morale, ses ant\u00e9c\u00e9dents le prouvent.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un disant&nbsp;: tue&nbsp;! l\u2019autre criant&nbsp;: assomme&nbsp;! le pr\u00e9sident frappe&nbsp;; il ne peut faire autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Son autorit\u00e9 (je parle du pr\u00e9sident) est nulle, le poids de sa voix \u00e9quivaut \u00e0 z\u00e9ro. Il remplit seulement, et pour la forme, des fonctions automatiques. Dans le concert des d\u00e9lib\u00e9rations il fait entendre (par exemple pour moi) un son discordant qui est une cacophonie douce dans l\u2019harmonie d\u2019un duo sanguinaire mais cela n\u2019emp\u00eache pas les dilettante de la r\u00e9pression \u00e0 outrance de go\u00fbter cette musique de cannibales o\u00f9 le chef d\u2019orchestre est mis au rencart.<\/p>\n\n\n\n<p>Loin de moi la pens\u00e9e de vouloir incriminer le \u00ab&nbsp;bon pr\u00e9sident&nbsp;\u00bb car il est digne du respect de tous les opprim\u00e9s, mais parodiant un vers de Corneille on pourrait dire&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Que vouliez-vous qu\u2019il fit contre deux&nbsp;?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il s\u2019abstins&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il fait \u00e0 bon escient, mais ce qui n\u2019emp\u00eache pas le coup de masse de tomber la m\u00eame chose. Aussi vous ferez bien (fa\u00e7on de parler) de le remplacer par un graphofone aux prochaines sessions.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019esp\u00e8re que la Cour de Cassation, quant \u00e0 la composition h\u00e9t\u00e9roclite du tribunal, ne trouvera pas vos proc\u00e9d\u00e9s de son go\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>PR<\/p>\n\n\n\n<p>Sign\u00e9 le transport\u00e9 Roussenq condamn\u00e9 par deux voix contre une \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion cellulaire pour un jet de salive.<\/p>\n\n\n\n<p>PS Si vous l\u2019ignorez, je vous ferai savoir que la Commission disciplinaire c\u2019est e dernier de mes soucis&nbsp;; vous pouvez aussi me prendre en note pour la conditionnelle&nbsp;; je ne suis pas une t\u00eate \u00e0 l\u2019envisager donc je vous emmerde<\/p>\n\n\n\n<p>R.<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\">[9]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"150\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Aimer sa souffrance<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9clusion, le 24 juin 1920<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Mon Commandant<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Vos bonnes paroles d\u2019hier au soir m\u2019ont touch\u00e9 profond\u00e9ment, et je ne les oublierai jamais. L\u2019intention vaut le fait. J\u2019ai esp\u00e9r\u00e9 que mon serment n\u2019aurait plus sa raison d\u2019\u00eatre, mais j\u2019ai \u00e9t\u00e9 vite d\u00e9tromp\u00e9. Je ne puis \u00e9tablir des d\u00e9tails d\u2019ordre intime, qui ne m\u2019appartiennent qu\u2019\u00e0 moiti\u00e9. Je suis dans un engrenage, et nulle puissance humaine ne peut m\u2019en tirer. D\u00e8s que j\u2019ai vu que les choses demeuraient en l\u2019\u00e9tat, malgr\u00e9 tout, et la mort dans l\u2019\u00e2me, j\u2019ai compris que je devais me soustraire aux bienfaits de votre humaine intervention. Alors j\u2019ai lac\u00e9r\u00e9 mon bourgeron et ma couverture, j\u2019ai insult\u00e9 grossi\u00e8rement un surveillant, qui, \u00e0 huit heures du soir est venu me dire \u00e0 mon guichet que j\u2019irai \u00e0 la Commission pour bavardage. Je ne le connais m\u00eame pas, mais il ne pouvait mieux tomber, c\u2019est le ciel qui me l\u2019a envoy\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma couverture \u00e9tait vieille et tr\u00e8s usag\u00e9e, mon bourgeron neuf. Maintenant vous aurez la main forc\u00e9e : j\u2019ai deux rapports tr\u00e8s graves qui ne peuvent se solder \u00e0 moins de 60 jours chacun ; ce sera ma premi\u00e8re mise de fonds. Elle me permettra de futures \u00ab rallonges \u00bb, issues de lettres au Gouverneur, au Procureur et au Directeur. Il serait bien inutile que vous informiez ces autorit\u00e9s des motifs qui me poussent car si elles s\u2019abstenaient de toute r\u00e9quisition r\u00e9pressive, je serais oblig\u00e9 d\u2019avoir recours \u00e0 des infractions quelconques, mais sans port\u00e9e, et cela lorsque je verrai qu\u2019il me reste gu\u00e8re plus d\u2019un mois \u00e0 faire. Je vous supplie de ne pas mettre obstacle \u00e0 l\u2019accomplissement de mon serment, ce serait inutile.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019engage formellement \u2013 et n\u2019y manquerai pas \u2013 tant que vous aurez le commandement du p\u00e9nitencier 1\u00b0 de ne plus lac\u00e9rer mes effets et mes fournitures, sous la seule r\u00e9serve, que l\u2019on me donnera une couverture neuve, car je ne tiens pas \u00e0 attraper quelques maladies avec une couverture usag\u00e9e et crasseuse ; 2\u00b0 de ne plus insulter, par paroles ou par \u00e9crit aucun agent ou fonctionnaire de l\u2019Administration p\u00e9nitre, \u00e0 l\u2019exception du Directeur, que je malm\u00e8nerai ; 3\u00b0 de m\u2019abstenir de toute r\u00e9clamation de nature \u00e0 mettre en cause les autorit\u00e9s du p\u00e9nitencier.<\/p>\n\n\n\n<p>Je dois subir mon destin, vous pourrez l\u2019adoucir en m\u2019autorisant d\u2019\u00e9crire \u00e0 ma pauvre vieille m\u00e8re qui souffrais tant de ne pas avoir de mes nouvelles : vous le pouvez, \u00e0 l\u2019exemple de vos devanciers. D\u2019autre part, tous les trimestres ou semestres, le m\u00e9decin voudra peut-\u00eatre m\u2019accorder quelques jours d\u2019h\u00f4pital. Mais cela est accessoire, et quoi qu\u2019il en soit je subirai mon sort sans faiblir. Je me mords les doigts d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 si peu r\u00e9fl\u00eachi, mais je ne peux, ni ne veux me soustraire aux cons\u00e9quences de mon serment.<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un id\u00e9aliste, je trouve que s\u2019il n\u2019y a pas de sentiment dans la vie, elle ne vaut pas la peine d\u2019\u00eatre v\u00e9cue. Parmi la corruption du Bagne j\u2019ai conserv\u00e9 ma pudeur morale. C\u2019est pour ne pas la sacrifier que j\u2019ai du fuir le Bagne militaire. Je ne suis pas ce que mon dossier pourrait donner \u00e0 croire. Je vous dis cela pour que vous ayez la certitude que je n\u2019\u00e9tais pas indignes de vos bont\u00e9s. Malheureusement elles ne peuvent s\u2019exercer en pr\u00e9sence de l\u2019in\u00e9luctable. Vous \u00eates un homme de c\u0153ur, un probe soldat, un de ces hommes, enfin, qui font honneur \u00e0 l\u2019humanit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et maintenant vous n\u2019avez plus qu\u2019\u00e0 exercer mes v\u0153ux : s\u00e9vir. Dans la solitude du cachot, je sais trouver des compensations, si bizarre que cela paraisse ; on finit par aimer sa souffrance, que je sois l\u00e0, dans ma cellule ou sur le camp, je suis toujours au Bagne (suivi de son triste cort\u00e8ge). Avec de la patience, du courage et de la r\u00e9signation, j\u2019arriverai au terme de ma peine.<\/p>\n\n\n\n<p>Veuillez agr\u00e9er, mon Commandant, l\u2019expression ineffa\u00e7able de mon respect le plus senti.<\/p>\n\n\n\n<p>Le recl<sup>re<\/sup> Roussenq<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"162\" height=\"217\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 162px) 100vw, 162px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Agression asserment\u00e9e<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A R\u00e9clusion le 17 juillet 1921<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Gouverneur<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Le charg\u00e9 de R\u00e9clusion, M. Favier a d\u00fb se r\u00e9signer \u00e0 me donner du papier, sur l\u2019ordre de M. le Chef de Camp Texier, qui vient de m\u2019interroger.<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement aux dispositions du d\u00e9cret du 31 juillet 1903, le survt mre Favier pr\u00e9tend ne pas d\u00e9livrer de papier les dimanches et jours f\u00e9ri\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019vais \u00e0 compl\u00e9ter ma lettre \u00e0 vous adress\u00e9e le 15 juillet.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 11, j\u2019avais \u00e9crit \u00e0 M. le Directeur, p\u00e9n\u00eatr\u00e9 de gratitude pour l\u2019humanit\u00e9 dont il a fait preuve \u00e0 mon \u00e9gard, pour la lui exprimer. Le 13, j\u2019ai demand\u00e9 mon exeat \u00e0 M. le Docteur Rousseau, M\u00e9decin Major de 1\u00e8re cl., alors que j\u2019\u00e9tais \u00e0 la di\u00e8te et que je venais de prendre un ip\u00e9ca et malgr\u00e9 les objections du M\u00e9decin. Je voulais me lib\u00e9rer de toute punition malgr\u00e9 mon \u00e9tat de sant\u00e9 pr\u00e9caire. Cela est une preuve de mon bon vouloir. Mais arriv\u00e9 \u00e0 la R\u00e9clusion, je me suis heurt\u00e9 \u00e0 un parti pris \u00e9vident d\u2019hostilit\u00e9 de la part du surveillant Favier. C\u2019est lui qui m\u2019a fait punir de 300 jours de cachot d\u2019un seul coup, il a \u00e9t\u00e9 outr\u00e9 que la cl\u00e9mence directoriale se soit exerc\u00e9e : il s\u2019est veng\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s m\u2019avoir provoqu\u00e9, il m\u2019a l\u00e2chement agress\u00e9, et, certes \u00e7a m\u2019\u00e9tonnerait fort qu\u2019il ait le courage de revendiquer la responsabilit\u00e9 de son acte. S\u2019il avait tir\u00e9 son coup de feu, comme tant d\u2019autres il aurait invoqu\u00e9 une voie de fait imaginaire de ma part, et j\u2019aurais une balle plus 5 ans de r\u00e9clusion si j\u2019avais \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 la mort. Il aurait \u00e9t\u00e9 cru, \u00e9tant asserment\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Il est profond\u00e9ment triste que de telles choses puissent se produire dans un si\u00e8cle de progr\u00e8s et de civilisation avanc\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 tout, ce qui me chagrine le plus c\u2019est que M. le Directeur, tromp\u00e9 par les apparences et de faux rapports, puisse regretter son geste cl\u00e9ment. Je prends Dieu \u00e0 t\u00e9moin, s\u2019il y en a un, que je ne suis qu\u2019une malheureuse victime du survt Favier, qui a d\u00e9j\u00e0 tent\u00e9 de me revolv\u00e9riser en 1915, et qui a la rancune tenace.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019adjure Monsieur le Gouverneur de me faire rendre justice, et d\u2019\u00e9couter ma bien faible voix, qui a la force de la v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec respect,<\/p>\n\n\n\n<p>le r\u00e9clusionnaire, 37664, Roussenq<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\">[11]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-1024x461.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5517\" width=\"312\" height=\"141\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-1024x461.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-300x135.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-768x346.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-1536x691.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Commandant-de-mes-couilles-2048x922.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 312px) 100vw, 312px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Commandant de mes couilles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A St Joseph le 6 mars 1923<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Commandant,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 que vous sachiez fort bien l\u2019ill\u00e9galit\u00e9 de la mise au pain sec des hommes qui ont le tort d\u2019\u00eatre malade, vous persistez dans votre ent\u00eatement.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme mon ami Roussenq, je suis \u00e0 bout, et puisque les voies l\u00e9gales ne suffisent pas, je vais vous dire toute ma fa\u00e7on de penser.<\/p>\n\n\n\n<p>Vous vous rappelez que vous m\u2019avez refus\u00e9 ma mise \u00e0 l\u2019isolement une premi\u00e8re fois, et qu\u2019ensuite vous vous y \u00eates encore oppos\u00e9 r\u00e9cemment alors que je la demandai au Directeur. Vous vous \u00eates permis en cette occasion d\u2019annoter ma lettre en disant que j\u2019\u00e9tais un fain\u00e9ant, un sournois, etc. Je vais vous prouver le contraire. Lequel est le plus fain\u00e9ant de nous deux, dites, descendant d\u2019esclaves, bureaucrate v\u00e9reux ? Et sournois, donc, lequel de nous deux l\u2019est le plus, de moi qui vous m\u00e9prise et vous le dis, ou de vous qui ne man\u0153uvrais que dans l\u2019occulte et qui \u00eates un marchand de pommades avari\u00e9es ? J\u2019en ai soup\u00e9 de votre fiole, sale sac \u00e0 charbon, repr\u00e9sentant d\u2019une race d\u00e9chue et subjugu\u00e9e, fonctionnaire v\u00e9reux, voleur et cameloteur !<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde sait vos fricottages, vos petitesses, votre hypocrisie.<\/p>\n\n\n\n<p>Moi je n\u2019ai rien \u00e0 craindre de vous, de votre sale Adon pourrie et corrompue, je vous emmerde tous tant que vous \u00eates, Directeur, Procureur, Gouverneur et toute la s\u00e9quelle de sangsues et de rat\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Ah, vous me mettez au pain sec, parce que malade, ah, vous trouvez que le m\u00e9decin, consciencieux, reconnait les hommes qui lui sont soumis ! Et pour cela vous vous lancez dans l\u2019arbitraire et l\u2019injustice, d\u2019accord avec votre s\u00e9\u00efde, votre pourvoyeur le Chef de Camp Favrot ! Vous vous entendez bien tous les deux, vous faites une belle paire de vaches ! Charognards, tas d\u2019ordures ! Vous \u00eates des \u00eatres infects, vomis par la nature dans un moment de d\u00e9go\u00fbt !<\/p>\n\n\n\n<p>Je pr\u00e9f\u00e8re ma place \u00e0 la votre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9 Dain qui t\u2019encule et qui te pisse au cul<\/p>\n\n\n\n<p>G Dain<\/p>\n\n\n\n<p>Lettre faite par le transport\u00e9 Roussenq, pour le condamn\u00e9 Dain qui l\u2019en a charg\u00e9, sous leur commune responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0 pour toi, Commandant de mes couilles<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"164\" height=\"219\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>J\u2019ai dict\u00e9 la lettre de Dain<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Royale le 18 mai 1923<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Procureur G\u00e9n\u00e9ral,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>A la date du 8 mars dernier, le transport\u00e9 Dain vous a \u00e9crit une lettre pour laquelle il est l\u2019objet de poursuites devant le 2e tribunal maritime sp\u00e9cial.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici dans quelles conditions cette lettre a \u00e9t\u00e9 \u00e9crite :<\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019\u00e9tant pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 la visite m\u00e9dicale et le m\u00e9decin m\u2019ayant mis quatre jours \u00e0 la di\u00e8te hydrique, je l\u2019insultai.<\/p>\n\n\n\n<p>On me mit aux fers puis, comme l\u2019on refusait de me donner du papier, je chargeai Dain de vous \u00e9crire une lettre que je lui dictai mot \u00e0 mot, et \u00e0 laquelle je lui dit d\u2019apposer de la mati\u00e8re f\u00e9cale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9 Foy a pu entendre notre dialogue.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme Dain, ainsi que mi, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 l\u2019objet d\u2019une instance pour \u00e9crits d\u00e9lictueux, je ne pensai pas aggraver son cas, suffisamment clair.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est survenu ceci que l\u2019on m\u2019a fait comparaitre simplement devant la commission disciplinaire pour mes \u00e9crits, et que Dain, jeune transport\u00e9 depuis un an \u00e0 la Colonie, que j\u2019ai entrain\u00e9, demeure seul en pr\u00e9vention.<\/p>\n\n\n\n<p>Je demande que vous transf\u00e9riez la pr\u00e9sente \u00e0 M. le Chef du Parquet Maritime, afin qu\u2019il soit mis au courant des circonstances que je viens de vous exposer.<\/p>\n\n\n\n<p>Respectueusement<\/p>\n\n\n\n<p>le transport\u00e9, 37664,<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\">[13]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"181\" height=\"243\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 181px) 100vw, 181px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Surveillant alcoolique<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>A Royale le 8 mai 1926<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Monsieur le Directeur,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>Aux termes des circulaires traitant des prescriptions d\u2019hygi\u00e8ne, tout condamn\u00e9 doit prendre trois douches par semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, le service de surveillance des \u00eeles n\u2019en tient aucun compte, m\u00eame ces derniers temps, tr\u00e8s pluvieux.<\/p>\n\n\n\n<p>A peine si nous autres, Incorrigibles, pouvons laver notre linge une fois par semaine, le samedi.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aujourd\u2019hui, jour fix\u00e9, sous pr\u00e9texte qu\u2019un bateau fant\u00f4me devait arriver, le surveillant Thyrien s\u2019est formellement oppos\u00e9 que j\u2019aille \u00e0 la baignade laver mon linge et prendre ma douche, de m\u00eame que mes compagnons me traitant ainsi autrement que les autres. (Il \u00e9tait quatorze heures) Le surveillant Oaddee (Chef du service journalier) s\u2019est laiss\u00e9 influenc\u00e9 par lui, et m\u2019a m\u00eame menac\u00e9 de me mettre en cellule (ce dont je me fous) malgr\u00e9 que je sois dans une p\u00e9riode d\u2019interruption obligatoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Le surveillant Thyrien, charg\u00e9 de la corv\u00e9e des Incorrigibles, n\u2019est pas qualifi\u00e9 pour ce poste, en raison de son intemp\u00e9rance alcoolique qui lui fait commettre des intemp\u00e9rances de langage&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Bande de cons, vous allez [courir] sur quatre ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vous m\u2019entendez, esp\u00e8ce d\u2019abruti ! \u00bb et autres am\u00e9nit\u00e9s du m\u00eame genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment voulez-vous que les hommes ne soient pas outr\u00e9s de ces invectives, doublement l\u00e2ches.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 moi, si dans trois jours on ne me donne pas la possibilit\u00e9 de laver mon linge et prendre ma douche, j\u2019en r\u00e9f\u00e8rerai au Ministre.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec respect<\/p>\n\n\n\n<p>Le transport\u00e9, 37664,<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq<\/p>\n\n\n\n<p>Ps : quelle anarchie sur ces \u00eeles !<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\">[14]<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5525\" width=\"169\" height=\"226\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4.jpg 278w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Detective-23-4-avril-1929-4-224x300.jpg 224w\" sizes=\"(max-width: 169px) 100vw, 169px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Comit\u00e9 de soutien<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Iles du Salut, 19 ao\u00fbt 1928<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ch\u00e8re m\u00e8re,<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai re\u00e7u ta lettre du 26 juin, qui m\u2019a appris ton bon \u00e9tat de sant\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La mienne est bonne aussi. J\u2019esp\u00e8re qu\u2019\u00e0 ce courrier je vais recevoir de bonnes nouvelles : ce serait temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne saurais trop remercier mon ami Johanin Malbos de son d\u00e9vo\u00fbment ind\u00e9fectible \u00e0 notre cause.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la plume et par la parole il a travaill\u00e9 les pouvoirs publics et l\u2019opinion, et s\u2019il n\u2019en r\u00e9sulte rien c\u2019est qu\u2019alors nous nous trouverons en pr\u00e9sence d\u2019un v\u00e9ritable parti-pris.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit je n\u2019en resterai pas moins reconnaissant \u00e0 mes amis de leurs louables efforts qui ont \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re limite des possibilit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 moi, ces longs d\u00e9lais ne me disent rien qui vaille.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019avais fait partie de la bande \u00e0 Bonnot, ou bien si j\u2019avais \u00e9t\u00e9 l\u2019auteur bien connu de cambriolages retentissants, on ne m\u2019aurait pas fait tant de difficult\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Seulement je n\u2019ai eu \u00e0 mon actif qu\u2019une petite flamb\u00e9e de hardes militaires, et alors ce n\u2019est pas int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, on verra bien.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien le bonjour \u00e0 tous et bon courage quand-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>Re\u00e7ois, ch\u00e8re m\u00e8re, les meilleurs baisers de ton fils qui t\u2019aime.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Roussenq<\/p>\n\n\n\n<p>Je joins une liste d\u2019une centaine de noms de familles St Gilloises que j\u2019ai pu me rappeler par ordre alphab\u00e9tique. Mes remerciements \u00e0 Mme Chaumette pour ces quelques lignes de r\u00e9conforts<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\">[15]<\/a><\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> ANOM H1523.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> ANOM H1523.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> AT Guyane, fonds Lohier IX.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> ANOM H4307.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> ANOM H5259.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> AD Seine-Saint-Denis 309J1.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>21 octobre 1909 Je ne suis pas anarchiste 17 septembre 1910 M\u00e9moires kad\u00e9\u00efscopiques 30 septembre 1911 Mettre en pratique les opinions de tout un parti 19 octobre 1911 Conna\u00eetre la LOI 22 novembre 1911 Petits arrangements entre gardiens et gard\u00e9s 10 ao\u00fbt 1912 Une encre particuli\u00e8re 6 janvier 1913 Le scorbut, le m\u00e9decin et la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5776],"tags":[5695,5820,5165,4928,479,478,5811,1253,5903,1731,170,1241],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5689"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5689"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5689\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5693,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5689\/revisions\/5693"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5689"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5689"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5689"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}