{"id":5676,"date":"2023-10-06T01:01:00","date_gmt":"2023-10-05T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5676"},"modified":"2023-07-23T10:16:21","modified_gmt":"2023-07-23T08:16:21","slug":"le-visage-du-bagne-chapitre-20-vedettes-du-bagne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/10\/le-visage-du-bagne-chapitre-20-vedettes-du-bagne\/","title":{"rendered":"Le Visage du Bagne : chapitre 20 Vedettes du Bagne"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch20-691x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5677\" width=\"204\" height=\"302\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch20-691x1024.jpg 691w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch20-202x300.jpg 202w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch20-768x1138.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch20.jpg 823w\" sizes=\"(max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><strong>Pleigneur<\/strong>, dit Manda, \u00e9tait le chef d\u2019une bande d\u2019apaches. Il devint l\u2019amant de c\u0153ur de la belle Casque d\u2019or. Cela lui attira l\u2019inimit\u00e9 d\u2019un autre chef de la bande, Leca. Pour les beaux yeux de la blonde enfant, les deux bandes s\u2019affront\u00e8rent en bataille rang\u00e9e. On joua du couteau.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la police intervint&nbsp;; les bless\u00e9s furent envoy\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et les autres au violon.<\/p>\n\n\n\n<p>La Cour d\u2019assises de la Seine condamna Manda et Leca aux travaux forc\u00e9s&nbsp;; les comparses furent gratifi\u00e9s de peines de prison et de r\u00e9clusion. Quant \u00e0 la belle Casque d\u2019or, elle \u00e9chut \u00e0 un troisi\u00e8me larron.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Bagne, on eut soin de s\u00e9parer les deux antagonistes qui s\u2019en voulaient toujours \u00e0 mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Manda fit ses vingt ans aux Iles du Salut. Il devint infirmier-panseur \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de la Transportation. Il montra dans ce poste de r\u00e9elles qualit\u00e9s et fit preuve d\u2019une comp\u00e9tence remarquable. Tous les m\u00e9decins s\u2019accord\u00e8rent \u00e0 lui donner des t\u00e9moignages de leur satisfaction.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Lorsque sonna pour lui l\u2019heure de la lib\u00e9ration, se leva en m\u00eame temps l\u2019aube des mauvais jours. \u00c0 Saint-Laurent-du-Maroni Manda se mit \u00e0 boire, \u00e0 jouer \u00e0 la passe&nbsp;; il s\u2019enlisa dans la d\u00e9bine et devint une pauvre loque humaine \u2013 qui n\u2019avait plus rien de commun avec le fringant infirmer des Iles du Salut<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Soleillant<\/strong>, dont le nom devait devenir synonyme de satyre, avait attir\u00e9 chez lui une fillette de douze ans, encore forte pour son \u00e2ge. Apr\u00e8s l\u2019avoir viol\u00e9e, il la tua et d\u00e9coupa son corps en morceaux pour les mettre dans une malle&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il porta ensuite cette malle \u00e0 la consigne de la gare la plus proche.<\/p>\n\n\n\n<p>Arr\u00eat\u00e9 peu apr\u00e8s, l\u2019odieux assassin de la petite Marthe rentra dans la voie des aveux. Condamn\u00e9 \u00e0 mort par le jury de la Seine, il vit sa peine commu\u00e9e en celle des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par le Pr\u00e9sident Falli\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-ci, ennemi d\u00e9clar\u00e9 de la peine de mort, ne voulut pas faire exception pour Soleillant. Il fut de ce fait l\u2019objet d\u2019une violente campagne de presse et de manifestations hostiles. Un exalt\u00e9 alla m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 lui tirer la barbe, au champ de courses d\u2019Auteuil.<\/p>\n\n\n\n<p>Au Bagne, Soleillant fut l\u2019objet d\u2019une mise \u00e0 l\u2019index&nbsp;; il d\u00fbt subir brimades sur brimades, \u00e0 tel point qu\u2019on l\u2019isola dans la case des porte-cl\u00e9s, dont il assurant l\u2019entretien.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, on ne fit plus attention \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019impr\u00e9gna des m\u0153urs du Bagne et en vint jusqu\u2019\u00e0 fr\u00e9quenter les invertis. Mal lui en prit, car il re\u00e7ut un jour, \u00e0 cette occasion, un coup de couteau dont il mourut, quelques mois apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Singularit\u00e9 physique remarquable&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Soleillant avait les yeux dissemblables, l\u2019un marron et l\u2019autre vert \u2013 indice probant de propension hyst\u00e9rique<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Duez<\/strong>, gr\u00e2ce \u00e0 des recommandations politiques, avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 liquidateur des congr\u00e9gations dissoutes. Non seulement il liquida les biens congr\u00e9ganistes au compte de l\u2019Etat, mais aussi \u00e0 son propre profit.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela lui valut la peine de douze ans de travaux forc\u00e9s. Il aurait pu entra\u00eener avec lui une demi-douzaine politiciens qui l\u2019avaient aid\u00e9 \u00e0 manger la grenouille, mais on lui laissa entrevoir qu\u2019il ne resterait pas longtemps au Bagne, et d\u00e8s lors il assuma une enti\u00e8re responsabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019en fit pas moins sa peine jusqu\u2019au bout. Il fut constamment employ\u00e9 comme comptable, jouissant de toutes les faveurs\u2026 m\u00eame celles de certaines dames. Lib\u00e9r\u00e9, il entreprit l\u2019\u00e9levage de porcs dans un ilot voisin de Cayenne, en ayant recours \u00e0 une main-d\u2019\u0153uvre peu r\u00e9tribu\u00e9e. Plus tard, sa femme l\u00e9gitime vint le rejoindre, mais peu d\u2019ann\u00e9es apr\u00e8s, Duez s\u2019\u00e9teignit \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s.<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Jacob<\/strong>, chef de la bande des pilleurs d\u2019\u00e9glises, auxquels on reprocha cent quinze cambriolages, encourut la peine des travaux forc\u00e9s, ainsi que son complice Ferrand. Les autres s\u2019en tir\u00e8rent avec des peine de prison et de r\u00e9clusion. Jacob fut une des notori\u00e9t\u00e9s les plus marquantes du Bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Intelligent, instruit jusqu\u2019au bout des ongles, il \u00e9tait au courant du Code p\u00e9nal, de la proc\u00e9dure et des r\u00e8glements du Bagne jusque dans leurs moindres d\u00e9tails. Il me forma \u00e0 son \u00e9cole \u00e0 cet \u00e9gard. Jacob entreprit une guerre sourde contre la Tentiaire, qui s\u2019en ressentit efficacement. Il sut n\u00e9anmoins se mettre \u00e0 l\u2019abri des repr\u00e9sailles dans une certaine mesure, gr\u00e2ce \u00e0 une ma\u00eetrise de soi et \u00e0 une pond\u00e9ration verbale qui n\u2019\u00e9taient pas dans mon temp\u00e9rament. Sur ses vieux jours, Jacob se lassa de la veulerie ambiante. Ce lutteur acharn\u00e9 entra dans la voie de l\u2019assagissement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il devint \u00ab&nbsp;gar\u00e7on de famille&nbsp;\u00bb au service d\u2019un fonctionnaire des Iles du Salut, ne s\u2019occupant plus que des soins de son emploi. Par la suite, Jacob fut graci\u00e9 du restant de sa peine&nbsp;; il obtint l\u2019exemption de la r\u00e9sidence forc\u00e9e et rentra en France<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Brengues<\/strong>, docteur en m\u00e9decine et m\u00e9decin marron, exer\u00e7ait dans le Midi de la France, s\u2019occupant sp\u00e9cialement des accouchements clandestins et des avortements.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre assur\u00e9 l\u2019impunit\u00e9 dans ce domaine, un drame de famille devait lui ouvrir les portes du Bagne. La Cour d\u2019assises des Alpes-Maritimes le condamna aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour avoir r\u00e9volv\u00e9ris\u00e9 mortellement son beau-fr\u00e8re. Les Iles du Salut re\u00e7urent dans leur sein ce curieux disciple d\u2019Esculape<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> En raison de ses capacit\u00e9s, il fut bombard\u00e9 infirmier d\u00e8s son arriv\u00e9e. Infatu\u00e9 de sa personne et de ses dipl\u00f4mes, il pr\u00e9tendit faire son royaume de l\u2019h\u00f4pital, imposant ses directives et allant jusqu\u2019\u00e0 contredire les m\u00e9decins dans leur diagnostics.<\/p>\n\n\n\n<p>Aussi, fut-il remerci\u00e9 de ses services. Il fut alors commis \u00e0 l\u2019entretien du petit cimeti\u00e8re des enfants, \u00e0 l\u2019ile Royale. Il demeura dans ce poste durant des ann\u00e9es, y v\u00e9g\u00e9tant dans la misanthropie et l\u2019avarice.<\/p>\n\n\n\n<p>Il vendait son pain, allait ramasser des cro\u00fbtons dans les ordures \u2013 dont il se faisait une soupe. Ne se lavant jamais, portant toujours des effets crasseux, il sombra de plus en plus dans la d\u00e9gradation et la d\u00e9ch\u00e9ance. Finalement, il fut envoy\u00e9 au Nouveau-Camp, o\u00f9 il mour\u00fbt<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Ullmo,<\/strong> pour monnayer l\u2019amour de la belle Lison, avait tent\u00e9 de vendre des documents secrets \u00e0 des agents d\u2019une puissance \u00e9trang\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet officier de marine vint tomber b\u00eatement dans une sourici\u00e8re qui lui fut tendue dans les gorges d\u2019Ollioules. Le Tribunal Maritime de Toulon le condamna \u00e0 la d\u00e9portation perp\u00e9tuelle dans une enceinte fortifi\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il occupait \u00e0 l\u2019ile du Diable la case de Dreyfus.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant de longues ann\u00e9es il tra\u00eena sa m\u00e9lancolie sur ce rocher presque d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p>Il eut l\u2019id\u00e9e de renier le juda\u00efsme pour embrasser la religion catholique, apostolique et romaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette id\u00e9e devint un filon, pour lui. En effet, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Cayenne remua ciel et terre en faveur de ce n\u00e9ophyte et parvint \u00e0 obtenir sa gr\u00e2ce. Sa Grandeur lui trouva un emploi modeste dans une maison de commerce de Cayenne. Partisan convaincu de l\u2019\u00e9volution en toutes choses, Ullmo s\u00fbt gravir un \u00e0 un les \u00e9chelons hi\u00e9rarchiques du personnel de la maison, pour se stabiliser d\u00e9finitivement dans le poste de directeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ullmo pourrait rentrer en France, s\u2019il le voulait \u2013 il y est d\u2019ailleurs venu temporairement pour r\u00e9gler des affaires de famille. Il pr\u00e9f\u00e8re rester \u00e0 Cayenne o\u00f9 sa vie est organis\u00e9e et o\u00f9 il jouit de l\u2019estime g\u00e9n\u00e9rale<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Albinet,<\/strong> avait d\u00e9valis\u00e9 le fourgon postal du rapide Paris-Vintimille, subtilisant ainsi pr\u00e8s d\u2019un million-or. Tr\u00e8s intelligent, on lui donna un emploi de comptable qu\u2019il exer\u00e7a de nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait la r\u00e9putation de courir le jupon et de bien r\u00e9mun\u00e9rer ses fredaines. Un surveillant eut vent qu\u2019il avait des relations avec sa femme et pour satisfaire sa vengeance de cocufi\u00e9, il r\u00e9solut de le faire dispara\u00eetre. Il paya un individu \u00e0 tout faire, qui versa de la poudre de datura dans la gamelle d\u2019Albinet.<\/p>\n\n\n\n<p>Celui-ci ne tarda pas de manifester les effets de ce poison \u2013 qui n\u2019agit que progressivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il donna des signes d\u2019h\u00e9b\u00e9tements puis fut gagn\u00e9 par la paralysie partielle des membres et ne tarda pas de plonger dans une totale d\u00e9liquescence. Au bout de quelques mois, le terrible poison avait raison de son organisme<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Dieudonn\u00e9,<\/strong> fut le grand rescap\u00e9 de l\u2019affaire Bonnot.<\/p>\n\n\n\n<p>Condamn\u00e9 \u00e0 mort avec ses complices, il eut la chance d\u2019\u00eatre graci\u00e9, pendant que leurs t\u00eates roulaient sur l\u2019\u00e9chafaud. Menuisier-\u00e9b\u00e9niste de valeur, il passa la presque totalit\u00e9 de son temps de Bagne \u00e0 fignoler des meubles pour les fonctionnaires de la Guyane \u2013 Gouverneurs y compris. Cela lui valut son d\u00e9sinternement des Iles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Envoy\u00e9 \u00e0 Cayenne, et apr\u00e8s une tentative infructueuse, il r\u00e9ussit \u00e0 gagner le Br\u00e9sil \u00e0 bord d\u2019une tapouille. \u00c0 ce moment m\u00eame, sa gr\u00e2ce venait d\u2019\u00eatre sign\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Albert Londres alla le chercher, alors qu\u2019il se trouvait sur les lieux pour r\u00e9aliser son reportage sur la traite des blanches<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, et le ramena triomphalement \u00e0 Marseille<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Metge<\/strong>, appartenait \u00e9galement \u00e0 la bande Bonnot, dont il n\u2019\u00e9tait qu\u2019un p\u00e2le comparse. Ce qui ne l\u2019avait pas emp\u00each\u00e9 d\u2019\u00eatre condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il exer\u00e7a au Bagne la profession de cuisinier&nbsp;; des cuisines p\u00e9nales il s\u2019\u00e9leva jusqu\u2019\u00e0 celle du Gouverneur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant rendu son tablier \u00e0 la suite de d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec le personnel domestique, il accepta d\u2019\u00eatre nomm\u00e9 porte-cl\u00e9s\u2026 Metge vit sa peine commu\u00e9e \u00e0 vingt ans, puis il fut graci\u00e9 en totalit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019\u00e9tant mis en m\u00e9nage avec une n\u00e9gresse aux environs de Cayenne, et ayant fourni mati\u00e8re \u00e0 jalousie \u00e0 sa noire moiti\u00e9, celle-ci l\u2019envoya dans un monde meilleur \u00e0 l\u2019aide de l\u2019un de ces poisons subtils dont les indig\u00e8nes ont le secret<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Seznec<\/strong>, qui fut accus\u00e9 d\u2019avoir fait dispara\u00eetre son ami Qu\u00e9meneur, tenta plusieurs fois l\u2019\u00e9vasion. Ce qui lui valut d\u2019\u00eatre intern\u00e9 finalement aux Iles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa femme se d\u00e9voua pour sa cause, mais en vain, jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>Seznec a toujours protest\u00e9 de son innocence, mais l\u2019appareil judiciaire ne s\u2019\u00e9branle pas facilement pour reconsid\u00e9rer un de ses arr\u00eats. Il est probable que cette affaire, aussi troublante que myst\u00e9rieuse, ne sera pas \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 nouveau<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Joseph Pleigneur arrive aux \u00eeles du Salut en juillet 1903, le matricule 32776 est lib\u00e9r\u00e9 14 juillet 1922&nbsp;; d\u00e9sormais matricul\u00e9 14196, il d\u00e9c\u00e8de \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni le 20 f\u00e9vrier 1936. Sur Manda, voir Philippe Collin, <em>Matricules<\/em>, Orphie, 2020. ANOM H1442 et H4058\/a.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Albert Louis Jules Soleilland. Camelot, employ\u00e9 de commerce. Condamn\u00e9 \u00e0 la peine capitale le 23 juillet 1907. Graci\u00e9 le 14 septembre 1907, sa peine est commu\u00e9e aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Coupable du viol et du meurtre de la petite Marthe Erbelding, \u00e2g\u00e9e de 12 ans, apr\u00e8s l\u2019avoir emmen\u00e9e \u00e0 un spectacle au <em>Bataclan<\/em>, \u00e0 Paris le 31 janvier 1907. Embarqu\u00e9 \u00e0 bord de <em>La Loire<\/em> le 20 d\u00e9cembre 1907. Matricule 36\u00a0712. En 1913, au bagne, il est frapp\u00e9 de plusieurs coups de couteau par un jeune for\u00e7at dont il re\u00e7oit les faveurs. M\u00e9pris\u00e9 par ses compagnons de cha\u00eene, sans contact ni relations, Albert Soleilland devient un infirme guett\u00e9 par la folie. Il meurt de tuberculose, aux \u00eeles du Salut le 28 mai 1920 (ANOM H 1408 et H 4137\/a)..<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Edmond Duez, liquidateur judiciaire est n\u00e9 le 4 octobre 1858 \u00e0 Paris. Le 21 juin 1911, la cour d\u2019assises de la Seine le condamne \u00e0 12 ans de travaux forc\u00e9s. Financier r\u00e9put\u00e9, il est charg\u00e9 dans le cadre de la s\u00e9paration de l\u2019Eglise et de l\u2019Etat de la liquidation des biens de certaines congr\u00e9gations religieuses non autoris\u00e9es. Duez d\u00e9tourne des sommes consid\u00e9rables, que l\u2019on estime entre 5 et 10 millions de francs. Il a 54 ans lorsqu\u2019il arrive au bagne et b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019un r\u00e9gime de faveur, n\u2019occupant que des postes d\u2019\u00ab\u00a0embusqu\u00e9\u00a0\u00bb, y compris celui de comptable (sur sa fiche matricule, \u00e0 la rubrique \u00ab\u00a0m\u00e9tier appris au bagne\u00a0\u00bb on peut lire \u00ab\u00a0comptable de cantine\u00a0\u00bb\u2026\u00a0!). A l\u2019issue de sa peine, son ex-femme le rejoint en possession de 250000 francs ce qui leur permet de s\u2019installer sur l\u2019Ilet La M\u00e8re. Le couple exploite l\u2019\u00eele en utilisant des for\u00e7ats assign\u00e9s et deviennent les fournisseurs, incontournables et florissants, de fruits, l\u00e9gumes et viandes sur la place de Cayenne. A sa mort en 1932 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 74 ans, sa femme regagne la France.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Le for\u00e7at 34777 ne s\u2019est pas assagi comme le pr\u00e9tend Roussenq. Loin de l\u00e0. L\u2019ancien cambrioleur anarchiste, pass\u00e9 \u00e0 la 1<sup>e<\/sup> classe des for\u00e7ats en 1920, b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019appuis solides en m\u00e9tropole et de l\u2019amiti\u00e9 ind\u00e9fectible du docteur Louis Rousseau. La campagne de presse orchestr\u00e9e dans <em>Le Quotidien<\/em> au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1925 par le journaliste Louis Roubaud et \u00e0 laquelle Albert Londres vient pr\u00eater main forte aboutit \u00e0 la commutation de sa peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 prononc\u00e9e \u00e0 Amiens en 1905 en cinq ann\u00e9es de prison \u00e0 purger en m\u00e9tropole. Alexandre Jacob, ancien matricule 34777 (ANOM H1481 et H4098\/b), sort libre de la prison de Fresnes le 31 d\u00e9cembre 1927. Sur Alexandre Jacob, nous vous conseillons la lecture des articles du Jacoblog bien \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Esculape&nbsp;: Dieu gr\u00e9co-romain de la m\u00e9decine.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Pierre Gabriel Brengues, matricule 39981, est condamn\u00e9 le 21 f\u00e9vrier 1911 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour homicide volontaire avec pr\u00e9m\u00e9ditation. Renvoy\u00e9 de l\u2019h\u00f4pital de Saint-Laurent-du-Maroni o\u00f9 il est employ\u00e9 comme infirmier pour divers malversations, l\u2019homme qui a un caract\u00e8re rev\u00eache est peu appr\u00e9ci\u00e9 tant de l\u2019administration que des autres for\u00e7ats. Il d\u00e9c\u00e8de le 29 octobre 1925 au Nouveau Camp<a>.<\/a><\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Charles Benjamin Ullmo. N\u00e9 \u00e0 Lyon le 17 f\u00e9vrier 1882. Officier de marine. Condamn\u00e9 le 22 f\u00e9vrier 1908 \u00e0 la d\u00e9portation dans une enceinte fortifi\u00e9e pour trahison. Afin d\u2019entretenir la \u00ab\u00a0belle Lison\u00a0\u00bb et d\u2019assouvir ses besoins en opium, Ullmo tenta de vendre des secrets militaires \u00e0 l\u2019Allemagne. Il purgea sa peine sur l\u2019\u00eele du Diable, o\u00f9 il occupa l\u2019ancienne case d\u2019Alfred Dreyfus. L\u2019affaire Ullmo est l\u2019une des grandes affaires m\u00e9diatiques de l\u2019ann\u00e9e 1907. Il obtint une remise totale de sa peine le 4 mai 1933 et mourut \u00e0 Cayenne le 21\u00a0septembre 1957 (ANOM H 2065 et H 3284).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Bordeaux apr\u00e8s l\u2019attaque sanglante \u00e0 hauteur d\u2019\u00c9tampes du train 16 reliant Toulouse \u00e0 Paris, Raymond Albinet, n\u00e9 en 1874, est condamn\u00e9 \u00e0 mort par la cour d\u2019assises de Seine-et-Oise le 9 janvier 1909. L\u2019instruction de ce proc\u00e8s \u00e0 sensation r\u00e9v\u00e8le que l\u2019homme avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en 1897 pour le m\u00eame type de fait et envoy\u00e9 en Guyane pour y purger 20 ans de travaux forc\u00e9s. Apr\u00e8s trois tentatives d\u2019\u00e9vasion, le matricule 28587 r\u00e9ussit sa quatri\u00e8me Belle le 6 juin 1906 et regagne la France. Albinet qui, lors de son proc\u00e8s, a vainement cherch\u00e9 \u00e0 se dissimuler sous le pseudonyme de Leray, est finalement graci\u00e9 et renvoy\u00e9 au bagne \u00e0 bord de La Loire le 1<sup>er<\/sup> avril 1909. Son passage \u00e0 la 1<sup>e<\/sup> classe en octobre 1921 lui a-t-il permis d\u2019approcher en tant que gar\u00e7on de famille des femmes de surveillant comme le sugg\u00e8re Roussenq&nbsp;? Toujours est-il qu\u2019il meurt le 15 janvier 1926. ANOM H1334 et H3974\/b.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Albert Londres, <em>Le chemin de Buenos-Aires (la traite des blanches)<\/em>, Albin Michel, 1927.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Albert Londres raconte l\u2019\u00e9vasion et le retour de Dieudonn\u00e9 en France dans <em>L\u2019homme qui s\u2019\u00e9vada<\/em> (Les \u00e9ditions de France, 1928). Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 (1884-1944) a laiss\u00e9 un t\u00e9moignage capital sur le bagne avec <em>La vie des for\u00e7ats<\/em> paru en 1930 chez Gallimard et r\u00e9\u00e9dit\u00e9 en 2007 chez Libertalia. ANOM H1475 et H4225\/b.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Comme l\u2019anarchiste Jacob Law dans ses <em>Dix-huit ans de bagne <\/em>(r\u00e9\u00e9dition La Pigne 2013), Paul Roussenq ne semble pas tenir en haute estime Marius Metge. Le matricule 40895, arriv\u00e9 aux \u00eeles du Salut en ao\u00fbt 1913, n\u2019est pourtant pas un membre secondaire de la bande \u00e0 Bonnot. S\u2019il n\u2019acquiert pas la renomm\u00e9e de ses amis bagnards Dieudonn\u00e9, Debo\u00e9 et Jacob c\u2019est bien parce qu\u2019il n\u2019a pas tent\u00e9 de s\u2019\u00e9vader, ce qui ne signifie pas qu\u2019il ait accept\u00e9 son sort m\u00eame s\u2019il devient effectivement porte-cl\u00e9. Pass\u00e9 \u00e0 la 1<sup>e<\/sup> classe en 1924, il est lib\u00e9r\u00e9 le 10 mars 1931. Le matricule 16577, 4<sup>e<\/sup> 1<sup>e<\/sup>, reprend son travail de cuisinier et meurt le 8 f\u00e9vrier 1933 \u00e0 Cayenne. Nous pouvons retrouver l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019empoisonnement avanc\u00e9 par Roussenq dans l\u2019article \u00ab&nbsp;Comment ils ont expi\u00e9&nbsp;\u00bb d\u2019Alexis Danan paru dans Paris-Soir le 10 d\u00e9cembre de cette ann\u00e9e. ANOM H1437 et H4220\/b.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> C\u2019est peu dire que l\u2019affaire Seznec constitue une des grandes affaires de l\u2019histoire criminelle fran\u00e7aise. Rappelons que Guillaume Seznec (1878-1954) a toujours ni\u00e9 le meurtre de Qu\u00e9m\u00e9neur dont il est reconnu coupable le 4 novembre 1924 et qu\u2019\u00e0 ce jour le corps de la victime n\u2019a toujours pas \u00e9t\u00e9 retrouv\u00e9. Le breton, arriv\u00e9 en Guyane en 1927, est rapidement transf\u00e9r\u00e9 sur l\u2019\u00eele Royale o\u00f9 Roussenq a pu le rencontrer. Pour autant ce dernier laisse ici planer un doute sur son innocence et nous avons vu dans le chapitre \u00ab&nbsp;Les beaux voyages&nbsp;\u00bb qu\u2019il affirme m\u00eame sa culpabilit\u00e9 en 1938. Le dossier de Guillaume Seznec n\u2019est officiellement consultable aux ANOM qu\u2019en 2024.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pleigneur, dit Manda, \u00e9tait le chef d\u2019une bande d\u2019apaches. Il devint l\u2019amant de c\u0153ur de la belle Casque d\u2019or. Cela lui attira l\u2019inimit\u00e9 d\u2019un autre chef de la bande, Leca. Pour les beaux yeux de la blonde enfant, les deux bandes s\u2019affront\u00e8rent en bataille rang\u00e9e. On joua du couteau. 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