{"id":5660,"date":"2023-10-02T01:01:00","date_gmt":"2023-10-01T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5660"},"modified":"2023-07-23T09:25:16","modified_gmt":"2023-07-23T07:25:16","slug":"le-visage-du-bagne-chapitre-16-les-evasions","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/10\/le-visage-du-bagne-chapitre-16-les-evasions\/","title":{"rendered":"Le Visage du Bagne : chapitre 16 Les \u00c9vasions"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch16-672x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5661\" width=\"243\" height=\"370\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch16-672x1024.jpg 672w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch16-197x300.jpg 197w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch16-768x1170.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch16.jpg 829w\" sizes=\"(max-width: 243px) 100vw, 243px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Pour la plupart de ces hommes \u2013 la presque totalit\u00e9 \u2013, dont la Guyane sera le tombeau, il y a en eux une lueur qui ne s\u2019\u00e9teindra qu\u2019avec la vie\u00a0: l\u2019esp\u00e9rance. M\u00eame dans les pires conjonctures, ils esp\u00e9reront toujours et quand-m\u00eame. Le mirage de l\u2019\u00e9vasion ne cesse de les attirer\u00a0; cette pens\u00e9e ne cesse de les hanter.<\/p>\n\n\n\n<p>Les for\u00e7ats, pour d\u00e9signer cette chose pr\u00e9cieuse et inestimable entres toutes \u2013 la libert\u00e9 \u2013 emploient une m\u00e9taphore touchante dans sa concision&nbsp;: la Belle.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour eux, \u00ab&nbsp;la belle&nbsp;\u00bb c\u2019est de partir au loin vers l\u2019Inconnu, n\u2019importe o\u00f9&nbsp;; c\u2019est de respirer un autre air sous d\u2019autres cieux \u2013 ne plus entendre la cloche, ne plus voir de casques.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi l\u2019espoir tenace, en leur c\u0153ur, de revoir un jour la maman et de l\u2019\u00e9treindre en versant de douces larmes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Fuir le Bagne, ses tourments, ses bassesses et ses servitudes, le fuir \u00e0 tout prix \u2013 le reste n\u2019importe&nbsp;! Lorsque les projets sont m\u00fbris, il s\u2019agit de les concr\u00e9tiser en des pr\u00e9paratifs appropri\u00e9s, avant que de les mettre \u00e0 ex\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela demande du temps.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, on tente sa chance \u00e0 quatre ou cinq participants&nbsp;; il faut se conna\u00eetre et s\u2019appr\u00e9cier les uns les autres. Il est n\u00e9cessaire de s\u2019adjoindre \u00ab&nbsp;un homme de barre&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire un ancien matelot capable de man\u0153uvrer le gouvernail. L\u2019argent n\u00e9cessaire doit \u00eatre r\u00e9uni, pour l\u2019achat d\u2019une embarcation et des vivres de route.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces conditions pr\u00e9alables \u00e9tant remplies, il faudra encore attendre le moment propice pour le d\u00e9part, tenir compte de la mar\u00e9e et de la position de la lune. Comme on le voit, ce n\u2019est pas une petite affaire \u2013 avant m\u00eame de se mettre en route.<\/p>\n\n\n\n<p>Le point de d\u00e9part de la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 des \u00e9vasions est Saint-Laurent-du-Maroni, ou les environs imm\u00e9diats.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fugitifs se recrutent principalement parmi les camps et chantiers forestiers qui appartiennent \u00e0 ce p\u00e9nitencier.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9vasions se font par mer et par la voie pr\u00e9alable du Maroni, qui y aboutit. Le Maroni s\u00e9pare la Guyane fran\u00e7aise de la Guyane hollandaise.<\/p>\n\n\n\n<p>A Saint-Laurent, il a une largeur de quatre kilom\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut un temps o\u00f9 il suffisait de le traverser pour \u00eatre libre.<\/p>\n\n\n\n<p>En Guyane hollandaise le travail ne manquait pas pour les \u00e9vad\u00e9s du Bagne. Un grand nombre d\u2019entre eux \u00e9taient occup\u00e9s aux mines de bauxite&nbsp;; beaucoup s\u2019\u00e9tablissaient \u00e0 leur compte, travaillaient de leur m\u00e9tier.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques-uns, \u00e0 la suite des ans, obtenaient la naturalisation, fondaient une famille, acc\u00e9daient \u00e0 des emplois publics. C\u2019\u00e9tait le bon temps.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y eut des brebis galeuses qui ne trouv\u00e8rent rien de mieux pour reconna\u00eetre cette hospitalit\u00e9, que d\u2019aller piller et assassiner&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Alors les choses se g\u00e2t\u00e8rent&nbsp;; les bons pay\u00e8rent pour les mauvais.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Hollandais, op\u00e9rant un nettoyage g\u00e9n\u00e9ral, rendirent au Bagne ces h\u00f4tes d\u00e9sormais ind\u00e9sirables.<\/p>\n\n\n\n<p>Faisant n\u00e9anmoins une discrimination approfondie, ils conserv\u00e8rent les \u00e9l\u00e9ments qui leur parurent sains. Depuis cette \u00e9poque, le territoire hollandais ne re\u00e7oit plus de fugitifs, autrement qu\u2019en transit.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque tous les pr\u00e9paratifs sont termin\u00e9s, que l\u2019on a achet\u00e9 une pirogue \u00e0 un p\u00eacheur indig\u00e8ne et que les vivres sont faits, on se dirige de nuit vers le point de d\u00e9part.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela est relativement facile.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour ceux-l\u00e0 qui sont \u00e0 Saint-Laurent m\u00eame, il leur est ais\u00e9 de franchir les murs du camp, peu \u00e9lev\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce qui concerne ceux qui sont affect\u00e9s \u00e0 des camps ou chantiers forestiers, o\u00f9 il n\u2019y a pas de murs d\u2019enceinte et o\u00f9 les portes ne ferment pas \u00e0 cl\u00e9, la seule contrari\u00e9t\u00e9 \u00e9tait la longueur plus ou moins longue du parcours \u00e0 effectuer. Lorsque tout le monde \u00e9tait rassembl\u00e9 au lieu convenu, on se mettait en devoir de d\u00e9tacher la \u00ab&nbsp;bagnole&nbsp;\u00bb, en d\u2019autres termes la pirogue, qui \u00e9tait amarr\u00e9e au confluent d\u2019une crique et du fleuve [et] qui \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9e de vivres, et vogue la gal\u00e8re&nbsp;! Chacun s\u2019embarquait le c\u0153ur joyeux pour la grande aventure. On descendait le Maroni jusqu\u2019\u00e0 l\u2019embouchure.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u00e0, il y avait un coup de chien.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agissait de franchir la barre du fleuve, et ce n\u2019\u00e9tait pas sans danger. Maintes \u00ab&nbsp;bagnoles&nbsp;\u00bb firent \u00ab&nbsp;chapeau&nbsp;\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire chavir\u00e8rent \u00e0 ce passage critique, et la plupart de leurs occupants y trouv\u00e8rent la mort. La barre franchie, on hissait la voile et l\u2019homme de barre piquait vers le grand large.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait en effet dangereux de serrer la c\u00f4te \u00e0 quelques milles&nbsp;; on risquait de s\u2019\u00e9chouer sur les bancs de sable ou contre les r\u00e9cifs.<br>La navigation au large, sous forme de courbe, n\u2019\u00e9tait pas toutefois sans p\u00e9rils. Il fallait compter avec les trous d\u2019eau \u2013 form\u00e9s par les tourbillons marins \u2013 et aussi avec les lames de fond. Quelquefois une temp\u00eate s\u2019\u00e9levait, qui engloutissait les minuscules pirogues, coquilles de noix dansant sur l\u2019immensit\u00e9 oc\u00e9ane.<\/p>\n\n\n\n<p>Sans cesse il fallait vider l\u2019eau, qui p\u00e9n\u00e9trait dans l\u2019embarcation. Le voyage durait cinq ou six jours pour se rendre \u00e0 la Guyane anglaise, huit ou dix jours pour aller au Venezuela, une douzaine de jours pour toucher la Trinidad.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de quelques jours de navigation, l\u2019homme de barre, \u00e9puis\u00e9, tombait de sommeil. Le plus capable parmi les autres, le relevait par temps calme \u2013 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 mis au courant de la direction \u00e0 suivre. En cette occurrence, on s\u2019aidait des indications de la boussole.<\/p>\n\n\n\n<p>Parfois l\u2019eau et les vivres venaient \u00e0 manquer&nbsp;; de nouvelles souffrances s\u2019ajoutaient aux p\u00e9rils affront\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, on arrivait \u00e0 la terre promise\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais sit\u00f4t d\u00e9barqu\u00e9s, les malheureux fugitifs se voyaient arr\u00eat\u00e9s, conduits aupr\u00e8s des autorit\u00e9s locales, interrog\u00e9s et finalement mis en lieu s\u00fbr. Si quelqu\u2019un parmi eux avait sur lui la somme n\u00e9cessaire, on lui prenait un billet de passage pour une autre destination. Pour les autres, un d\u00e9lai de quatorze jours leur \u00e9tait accord\u00e9 pour se faire envoyer de l\u2019argent de leurs familles, par mandat-avion.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce d\u00e9lai expir\u00e9 sans r\u00e9sultat, ils \u00e9taient renvoy\u00e9s au Bagne apr\u00e8s les formalit\u00e9s d\u2019extradition.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait dire aussi des \u00e9vasions, que s\u2019il y a beaucoup d\u2019appel\u00e9s, il y a peu d\u2019\u00e9lus.<\/p>\n\n\n\n<p>Quitter la Guyane ce n\u2019est rien \u2013 avec du courage et de la volont\u00e9. L\u2019essentiel, ce qui compte, c\u2019est de ne pas y revenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Or, c\u2019est un fait que l\u2019on y revient, ou plut\u00f4t que l\u2019on y est renvoy\u00e9 dans la plupart des cas. Sur dix \u00e9vad\u00e9s qui quittaient la Colonie, on comptait sept retours et une r\u00e9ussite assur\u00e9e. Deux sur dix trouvaient la mort dans leur tentative, des suites de maladies, d\u2019accidents ou de r\u00e8glements de comptes \u2013 car en \u00e9vasion, de vieilles querelles se d\u00e9nouaient tragiquement.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai connu de vieux chevaux de retour, en mati\u00e8re d\u2019\u00e9vasion, qui avaient plus d\u2019une douzaine de tentatives avort\u00e9es, \u00e0 leur actif et qui avaient encourus une dizaine d\u2019ann\u00e9es de r\u00e9clusion cellulaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque par suite d\u2019erreurs de direction et du manque de vivres, on se voyait dans l\u2019obligation d\u2019accoster n\u2019importe o\u00f9, la situation se compliquait. Si on avait la chance de trouver la c\u00f4te habit\u00e9e, on pouvait compter trouver du secours et se ravitailler. Mais lorsqu\u2019on abordait sur une c\u00f4te d\u00e9serte et aride, le probl\u00e8me devenait angoissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fallait abandonner l\u2019embarcation, qui se brisait quelquefois en abordant&nbsp;; on s\u2019avan\u00e7ait dans l\u2019int\u00e9rieur des terres, en proie aux souffrances de la soif, de la faim et dans un \u00e9tat d\u2019\u00e9puisement de plus en plus prononc\u00e9. Dans ces circonstances path\u00e9tiques, les annales du Bagne ont enregistr\u00e9 des \u00e9pisodes de cannibalisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mieux portant, parmi les plus jeunes, \u00e9tait sacrifi\u00e9 pour le salut commun.<\/p>\n\n\n\n<p>Cruelle n\u00e9cessit\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai connu un rescap\u00e9 de l\u2019une de ces \u00e9vasions dramatiques&nbsp;; il me donna de terribles d\u00e9tails que la plume se refuse \u00e0 retracer. R\u00e9int\u00e9gr\u00e9 avec trois de ses compagnons d\u2019\u00e9vasion, ils comparurent tous les quatre devant le Tribunal Sp\u00e9cial sous la monstrueuse inculpation&nbsp;: ils furent acquitt\u00e9s \u2013 b\u00e9n\u00e9ficiant des dispositions l\u00e9gales qui admettent l\u2019excuse par n\u00e9cessit\u00e9<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a des cas d\u2019\u00e9vasion par terre. Quelques \u00e9vad\u00e9s trouv\u00e8rent un asile aupr\u00e8s des Indiens Peaux-Rouges. Ils apprenaient leur dialecte, partageait leurs travaux et vivaient leur vie. On leur donnait une compagne, choisie parmi les jeunes filles nubiles qui \u00e9taient orphelines. Certains y demeur\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 leur mort. D\u2019autres en revinrent au bout de dix \u00e0 quinze ans.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019hospitalit\u00e9 des Peaux-Rouges est sans limite&nbsp;; ils ont le culte de la parole donn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il ne faut pas les tromper ni se rendre coupable de graves manquements \u00e0 leur \u00e9gard, car alors ils sont impitoyables.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous reparlerons plus longuement de cette noble race, qu\u2019une civilisation tar\u00e9e et envahissante menace d\u2019une extinction totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a aussi les \u00e9vasions de brousse, qui sont d\u2019ordre int\u00e9rieur. Ce sont principalement les arabes qui s\u2019y adonnent. Ils gagnent par groupes le c\u0153ur de la for\u00eat, \u00e9tablissent un campement aupr\u00e8s d\u2019une crique et l\u00e0 se livrent \u00e0 la p\u00eache, \u00e0 la chasse, \u00e0 la culture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils exploitent \u00e9galement les richesses foresti\u00e8res. Munis de fusils et des accessoires, ainsi que des outils qui leur sont n\u00e9cessaires, ils organisent leur vie en toute libert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>En remontant le cours de la crique, ou en le descendant, ils se mettent en rapport avec des \u00e9l\u00e9ments indig\u00e8nes avec lesquels ils amorcent un commerce de troc. Un de ces campements de fugitifs marrons (des bois) comme on les appelait, \u00e9tait particuli\u00e8rement important, son anciennet\u00e9 remontant \u00e0 une dizaine d\u2019ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa situation \u00e9tait connue, mais son acc\u00e8s \u00e9tait particuli\u00e8rement difficile.<\/p>\n\n\n\n<p>La Tentiaire r\u00e9solut de tenter un coup de main contre ce nid d\u2019\u00e9vad\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>De concert avec la gendarmerie et la troupe, elle organisa une exp\u00e9dition \u00e0 cet effet.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle comprenait un effectif d\u2019une trentaine d\u2019hommes \u2013 surveillants, soldats et gendarmes, tous bien arm\u00e9s. Apr\u00e8s plusieurs jours de marche, elle arriva non loin du campement qui en \u00e9tait l\u2019objectif.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais les hommes de la brousse, qui avaient \u00e9t\u00e9 inform\u00e9s de ce coup de force par leurs \u00e9missaires, attendaient l\u2019attaque dissimul\u00e9s derri\u00e8re les f\u00fbts propices des arbres centenaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment voulu, ils signal\u00e8rent leur pr\u00e9sence par un feu de salve tir\u00e9 de front, qui blessa plusieurs membres de l\u2019exp\u00e9dition.<\/p>\n\n\n\n<p>Une deuxi\u00e8me, puis une troisi\u00e8me salve retentirent encore, faisant de nouveaux bless\u00e9s et occasionnant une telle panique parmi les membres de l\u2019exp\u00e9dition, que le chef du d\u00e9tachement se vit contraint d\u2019ordonner la retraite. Ainsi se termina cette \u00e9quip\u00e9e \u2013 qui fut peu glorieuse.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux Iles du Salut, les \u00e9vasions \u00e9taient pratiquement impossibles, ces ilots \u00e9tant entour\u00e9s d\u2019une ceinture presque ferm\u00e9e de rochers \u00e0 fleur d\u2019eau&nbsp;; d\u2019autre part ces parages \u00e9taient infest\u00e9s de requins. Il n\u2019y avait qu\u2019une passe, qui donnait sur le port, mais elle \u00e9tait gard\u00e9e la nuit. Quelques tentatives se produisirent n\u00e9anmoins durant mon s\u00e9jour.<\/p>\n\n\n\n<p>Elles eurent lieu \u00e0 l\u2019aide de canots en toile et de radeaux dont des troncs de bananiers ou des barriques vides servaient de flotteurs. Ce fut en vain. Les canots se d\u00e9chir\u00e8rent et les radeaux furent mis en pi\u00e8ces. Et il y eu des noyades.<\/p>\n\n\n\n<p>Une seule fois, une tentative op\u00e9r\u00e9e avec une audace inou\u00efe et un courage remarquable, fut couronn\u00e9e de succ\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle eut lieu en plein jour, dans l\u2019apr\u00e8s-midi.<\/p>\n\n\n\n<p>Le canot \u00e9tait parti de Royale comme \u00e0 son habitude, transportant \u00e0 Saint-Joseph les vivres du lendemain.<\/p>\n\n\n\n<p>A mi-chemin, entre les deux iles, le surveillant qui tenait le gouvernail se vit tout \u00e0 coup d\u00e9sarm\u00e9, ligot\u00e9 et r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance.<\/p>\n\n\n\n<p>Un des six canotiers qui \u00e9taient \u00e0 bord s\u2019empara du gouvernail et se mit en devoir de mettre le cap sur le nord-est. On avait, au pr\u00e9alable, install\u00e9 une voile que l\u2019on sortit de sa cachette.<\/p>\n\n\n\n<p>Malheureusement pour eux, nos aventuriers avaient \u00e9t\u00e9 aper\u00e7us dans leurs faits et gestes, par un fonctionnaire qui explorait les alentours avec une lorgnette. Aussit\u00f4t, il donna l\u2019alarme. La troupe, r\u00e9quisitionn\u00e9e, se porta sur le plateau de l\u2019\u00eele Royale au moment m\u00eame o\u00f9 le canot des fugitifs passait \u00e0 sa hauteur<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>. Plus de cinq cents coups de feu furent tir\u00e9s, \u00e0 salves roulantes.<\/p>\n\n\n\n<p>On se rendit compte, \u00e0 la jumelle, que le canot avait \u00e9t\u00e9 touch\u00e9 et que plusieurs des occupants avaient \u00e9t\u00e9 bless\u00e9s. (ils le furent sans gravit\u00e9.) Cependant l\u2019embarcation put prendre le large et disparut \u00e0 l\u2019horizon\u2026 On sut plus tard que le surveillant avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9 sain et sauf non loin de l\u2019embouchure du Maroni<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>. Quant \u00e0 ceux qui lui avaient jou\u00e9 ce mauvais tour, apr\u00e8s avoir vendu le canot au Venezuela \u00e0 des p\u00eacheurs habitant un petit hameau, ils avaient en m\u00eame temps achet\u00e9 une autre embarcation avec laquelle ils atteignirent Trinidad.<\/p>\n\n\n\n<p>Trinidad, terre anglaise, est l\u2019ancienne ile fran\u00e7aise de la Trinit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est aussi le point le plus \u00e9loign\u00e9 qu\u2019atteignent d\u2019une seule traite les \u00e9quipes d\u2019\u00e9vasion.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est d\u2019ailleurs assez rare&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus souvent, les \u00e9vad\u00e9s y arrivent \u00e9puis\u00e9s, malades et affam\u00e9s. Ils sont secourus, soign\u00e9s tout le temps qui est n\u00e9cessaire.<\/p>\n\n\n\n<p>On leur fournit ensuite une nouvelle embarcation pour repartir plus loin, ainsi que des vivres. Trinidad n\u2019extrade pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9vasions dont le point de d\u00e9part est Cayenne, ne ressemblent pas \u00e0 celles qui d\u00e9bouchent de Saint-Laurent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les vents contraires ne permettent pas de prendre route en direction du Br\u00e9sil.<\/p>\n\n\n\n<p>Il est d\u2019autre part tr\u00e8s rare que l\u2019on prenne la direction des autres Guyanes et du Venezuela, selon les rites habituels, en raison de la position des Iles du Salut, plac\u00e9es sur la route.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en s\u2019embarquant \u2013 \u00e0 prix d\u2019or \u2013 sur des \u00ab&nbsp;tapouilles&nbsp;\u00bb, petits voiliers de cabotage, que l\u2019on pouvait gagner le Br\u00e9sil. Les capitaines de ces bateaux, hommes de couleur, et leurs \u00e9quipages, n\u2019\u00e9taient pas la fine fleur de la marine marchande \u2013 il s\u2019en fallait&nbsp;! La contrebande \u00e9tait la principale source de leurs revenus. Les condamn\u00e9s du p\u00e9nitencier de Cayenne, s\u2019abouchaient avec eux pour prendre passage \u00e0 leur bord. Ils en d\u00e9battaient le prix, la somme convenue devant \u00eatre vers\u00e9e au moment de l\u2019embarquement. Ces capitaines-caboteurs ne consentaient jamais \u00e0 prendre plus de deux hommes avec eux \u2013 par mesure de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Rendez-vous \u00e9tait pris en pleine nuit pour le d\u00e9part, \u00e0 une certaine distance de Cayenne. Ceux qui allaient ainsi vers d\u2019autres cieux, promettaient g\u00e9n\u00e9ralement \u00e0 leurs camarades de donner de leurs nouvelles une fois arriv\u00e9s \u00e0 destination.<\/p>\n\n\n\n<p>Il advint que, pendant une p\u00e9riode assez longue, on n\u2019entendit plus parler de la plupart de ceux qui \u00e9taient partis ainsi&nbsp;; ils ne donn\u00e8rent pas de leurs nouvelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour, arriva \u00e0 Cayenne un de ces passagers clandestins, dans un \u00e9tat pitoyable. Et voici le r\u00e9cit qu\u2019il fit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Avec mon camarade Dieulafoy, nous avons pris passage \u00e0 bord de la tapouille \u00ab&nbsp;La Belle H\u00e9l\u00e8ne&nbsp;\u00bb, qui devait nous conduire jusqu\u2019au premier port br\u00e9silien. Il y a de cela six jours. Nous avions vers\u00e9 au capitaine la somme de deux milles francs. Dieulafoy avait sorti son portefeuille pour faire le payement. Il lui restait encore trois mille et quelques cents francs.<\/p>\n\n\n\n<p>Le deuxi\u00e8me jour, le capitaine aborda \u00e0 la c\u00f4t\u00e9 pour faire le plein d\u2019eau.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous f\u00fbmes pri\u00e9s de descendre \u00e0 terre pour donner un coup de main.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous arriv\u00e2mes aupr\u00e8s d\u2019une crique avec des seaux et deux barils que nous devions remplir. Il y avait avec nous le capitaine et deux matelots \u2013 le troisi\u00e8me \u00e9tant rest\u00e9 \u00e0 bord. Les barils furent mis en place \u00e0 quelques m\u00e8tres de la crique. Pendant que Dieulafoy et moi-m\u00eame nous nous dirigions vers la crique tenant un seau \u00e0 la main, des coups de feu \u00e9clat\u00e8rent. Je fus atteint au cou et dans le dos, et je perdais du sang en abondance, n\u2019ayant presque plus le sentiment de vivre. Je sentis que l\u2019on me fouillait les poches, puis je dus perdre connaissance. Lorsque je revins \u00e0 moi, je ne sais au juste au bout de combien de temps, l\u2019h\u00e9morragie avait cess\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi mon camarade qui ne donnait plus signe de vie&nbsp;; je m\u2019approchais pour l\u2019examiner, et je constatais qu\u2019il \u00e9tait bien mort. Son portefeuille \u00e9tait sur le sol&nbsp;: les billets de banque n\u2019y \u00e9taient plus, sa montre avait disparu \u00e9galement.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019\u00e9tant fouill\u00e9 moi-m\u00eame, je m\u2019aper\u00e7us de la disparation de mon plan, que j\u2019avais dans la poche et qui contenait un billet de cinq cent francs. Heureusement que je n\u2019avais pas mis le plan \u00e0 sa place normale, sans cela les bandits m\u2019auraient certainement ouvert le ventre pour le prendre. Quant \u00e0 mon camarade, la maladie d\u2019intestins dont il souffrait, ne lui permettait pas de faire usage du plan.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoique faible, je r\u00e9solus d\u2019aller devant moi en suivant la c\u00f4te. Le lendemain, j\u2019atteignis une station de p\u00eache o\u00f9 je restai deux jours. L\u00e0, je fus soign\u00e9 et restaur\u00e9 par les p\u00eacheurs, auxquels je narrais mon aventure. C\u2019\u00e9taient de braves gens, qui me firent des pansements de fortune et me donn\u00e8rent des vivres pour rejoindre Cayenne.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques jours apr\u00e8s, le capitaine de la Belle H\u00e9l\u00e8ne fut arr\u00eat\u00e9, ainsi que ses matelots. Une instruction fut ouverte, \u00e0 la suite de laquelle, les matelots ayant \u00e9t\u00e9 mis hors de cause, le capitaine forban fut traduit devant la Cour d\u2019assises de Cayenne.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9bats dur\u00e8rent trois jours et furent tr\u00e8s mouvement\u00e9s. L\u2019accus\u00e9, auquel on reprochait une douzaine d\u2019assassinats commis dans des conditions semblables, ne voulut reconna\u00eetre que le dernier en date.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jury Cayennais, faisait preuve d\u2019une indulgence d\u00e9plac\u00e9e, le condamna aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Les for\u00e7ats, eux, devaient r\u00e9former ce jugement&nbsp;: celui qui avait, si l\u00e2chement occasionn\u00e9 la mort de tant des leurs et que l\u2019on avait envoy\u00e9 aux Iles du Salut comme porte-cl\u00e9s, re\u00e7ut peu apr\u00e8s le ch\u00e2timent qu\u2019il m\u00e9ritait. Il fut empoisonn\u00e9<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> L\u2019anecdote, inv\u00e9rifiable, est reprise avec plus de d\u00e9tails dans l\u2019article \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb du journal communiste grenoblois <em>Les Allobroges<\/em> en date du mardi 24 f\u00e9vrier 1948, n\u00b01296&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les annales du Bagne gardent le souvenir de tragiques \u00e9vasions. Celle par exemple, dont la brousse v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne devait \u00eatre le t\u00e9moin d\u2019un macabre \u00e9pisode. Cinq hommes, dont l\u2019un \u00e9tait presque un enfant, erraient depuis des jours dans la for\u00eat apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s \u00e0 la c\u00f4te, leur embarcation bris\u00e9e. La faim les tenaillait terriblement, les v\u00e9g\u00e9taux sur lesquels ils se rabattaient ne pouvaient que la tromper. Des jours, encore des jours \u00e0 tourner dans un cercle sans issue, en proie \u00e0 une famine atroce. \u00ab Le sort tomba sur le plus jeune \u00bb, comme dit la chanson. Et comme dans la chanson, il fut bel et bien sacrifi\u00e9 cet adolescent de dix-huit ans qui r\u00eavait de libert\u00e9\u2026 J\u2019\u00e9pargnerai les d\u00e9tails horrifiants de cet acte de cannibalisme aux lecteurs de ces lignes. Ceux qui le commirent parvinrent \u00e0 gagner les lieux habit\u00e9s. Arr\u00eat\u00e9s pour le fait d\u2019\u00e9vasion, transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la Guyane, l\u2019un d\u2019eux ne put tenir sa langue. Une inculpation pour homicide fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e contre le quatuor. Les preuves manquaient. On les acquitta de ce chef, mais pour le d\u00e9lit d\u2019\u00e9vasion dont ils avaient \u00e0 r\u00e9pondre, le maximum pr\u00e9vu leur \u00e9chut.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> <strong>Note de Roussenq&nbsp;:<\/strong> L\u2019\u00e9quipe de remplacement des canotiers avait bien \u00e9t\u00e9 r\u00e9quisitionn\u00e9e, pour armer le second canot et aller \u00e0 la poursuite de leurs camarades, mais ils avaient refus\u00e9. Il furent traduits devant le Tribunal Sp\u00e9cial, pour refus de travail.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> <strong>Note de Roussenq&nbsp;: <\/strong>Ce surveillant avait eu son casque travers\u00e9 d\u2019une balle, quoique les soldats eussent re\u00e7u la consigne de ne pas viser du c\u00f4t\u00e9 o\u00f9 il se trouvait. Naturellement, l\u2019efficacit\u00e9 du tir s\u2019en ressentit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> La dramatique m\u00e9saventure de Dieulafoy est une version fabul\u00e9e et arrang\u00e9e, et pourtant proche de la r\u00e9alit\u00e9, de l\u2019affaire Bichier des \u00c2ges que l\u2019on retrouve dans les \u00e9crits d\u2019Albert Londres et du docteur Rousseau. Comme eux, Roussenq a approch\u00e9 aux \u00eeles du Salut le quadruple assassin. Albert Londres l\u2019\u00e9voque dans son article \u00ab&nbsp;Arriv\u00e9e aux \u00eeles du Salut&nbsp;\u00bb dans <em>Le Petit Parisien<\/em> du 17 ao\u00fbt 1923&nbsp;ainsi que dans <em>L\u2019homme qui s\u2019\u00e9vada<\/em> et dans <em>Adieu Cayenne<\/em>. Comme Roussenq, il se montre particuli\u00e8rement approximatif, accrochant par exemple son nom dans <em>L\u2019homme qui s\u2019\u00e9vada<\/em>. Bichier devient ainsi Bixier. Mais l\u00e0 o\u00f9 Roussenq fait mourir Bichier des \u00c2ges assassin\u00e9 par ses cod\u00e9tenus, le reporter le montre d\u2019abord \u00e0 l\u2019isolement puis jouant \u00e0 la Marseillaise dans les cases&nbsp;! Le dossier du proc\u00e8s d\u2019Edgard Victor Bichier des \u00c2ges, n\u00e9 \u00e0 Kourou le 23 octobre 1868, descendant d\u2019esclave (sa m\u00e8re a \u00e9t\u00e9 affranchie \u00e0 l\u2019\u00e2ge de un an) et marin de son \u00e9tat, confirme la longue narration de Louis Rousseau dans <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em>&nbsp;: le 31 mai 1918, Bichier des \u00c2ges est arr\u00eat\u00e9 sur la d\u00e9nonciation de Ben Arezki Aoumeur ben Arezki, m\u00b0 41409, seul survivant de l\u2019\u00e9vasion tent\u00e9e \u00e0 cinq depuis Cayenne le 10 de ce mois. Bichier des \u00c2ges est connu pour \u00eatre un passeur et, ce jour, il embarque avec son matelot Appolinaire \u00c9lisabeth cinq bagnards arabes en direction de Macouria pour les mener vers le Br\u00e9sil. Le 12 mai, sous pr\u00e9texte de fatigue, la tapouille fait un arr\u00eat sur le banc de vase de l\u2019embouchure de la rivi\u00e8re Kaw. Bichier des \u00c2ges et son marin descendent \u00e0 terre et pendant que ce dernier s\u2019affaire \u00e0 couper du bois pour monter une tente, le premier fait feu sur les cinq \u00e9vad\u00e9s rest\u00e9s \u00e0 bord. Il en tue trois imm\u00e9diatement puis un quatri\u00e8me qui avait r\u00e9ussi \u00e0 prendre la fuite avec Ben Arezki, bless\u00e9 et recueilli le jour m\u00eame par un p\u00eacheur qui le ram\u00e8ne sur Cayenne. Bichier des \u00c2ges, entre-temps, s\u2019est empar\u00e9 des affaires des victimes qui avaient pay\u00e9 460 francs le mortel voyage. \u00c0 l\u2019instruction, l\u2019assassin nie d\u2019abord tout en bloc \u2013 les quatre cadavres n\u2019ayant pu \u00eatre retrouv\u00e9s \u2013 puis change trois fois de versions apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de reconnaitre les faits qui lui sont reproch\u00e9s face aux t\u00e9moignages recueillis et aux expertises effectu\u00e9es. Il simule m\u00eame la folie pour rechercher des circonstances att\u00e9nuantes. La cour d\u2019assises de Cayenne le condamne \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s et \u00e0 dix ans d\u2019interdiction de s\u00e9jour le 19 ao\u00fbt 1919. Le m\u00b0 42102 est transf\u00e9r\u00e9 le 13 septembre 1919 aux \u00eeles du Salut o\u00f9 il semble s\u2019\u00eatre bien acclimat\u00e9 \u00e0 la vie des for\u00e7ats comme le dit Albert Londres et contrairement \u00e0 ce qu\u2019\u00e9crit Roussenq. Louis Rousseau signale qu\u2019il est nomm\u00e9 porte-cl\u00e9 trois ans apr\u00e8s son arriv\u00e9e aux \u00eeles. Son dossier mentionne qu\u2019il passe \u00e0 la 1<sup>e<\/sup> classe des for\u00e7ats en juin 1924 et qu\u2019il est propos\u00e9 pour une remise de peine l\u2019ann\u00e9e suivante. Il d\u00e9c\u00e8de le 30 mars 1927 \u00e0 la suite de \u00ab&nbsp;mis\u00e8res physiologiques chez un ali\u00e9n\u00e9&nbsp;\u00bb. Si nous ne pouvons en conclure \u00e0 un empoisonnement comme le fait Paul Roussenq, il n\u2019en demeure pas moins que l\u2019affaire Bichier des \u00c2ges a marqu\u00e9 les esprits et est entr\u00e9e dans les annales du bagne. (ANOM H1343 et H4245, AT Guyane 2U313).<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la plupart de ces hommes \u2013 la presque totalit\u00e9 \u2013, dont la Guyane sera le tombeau, il y a en eux une lueur qui ne s\u2019\u00e9teindra qu\u2019avec la vie\u00a0: l\u2019esp\u00e9rance. 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