{"id":5606,"date":"2023-09-19T01:01:00","date_gmt":"2023-09-18T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5606"},"modified":"2023-09-19T06:32:20","modified_gmt":"2023-09-19T04:32:20","slug":"le-visage-du-bagne-chapitre-3-aux-iles-du-salut","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/09\/le-visage-du-bagne-chapitre-3-aux-iles-du-salut\/","title":{"rendered":"Le Visage du Bagne : chapitre 3 Aux Iles du Salut"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch3-705x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5607\" width=\"256\" height=\"372\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch3-705x1024.jpg 705w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch3-206x300.jpg 206w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch3-768x1116.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/VdB-ch3.jpg 865w\" sizes=\"(max-width: 256px) 100vw, 256px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>La \u00ab&nbsp;Loire&nbsp;\u00bb s\u2019annon\u00e7a, par trois fois, en mugissements prolong\u00e9s&nbsp;; peu apr\u00e8s, elle mouillait ses ancres, apr\u00e8s une travers\u00e9e de quatorze jours<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le 13 janvier 1909.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la rade, et en notre honneur, il y avait deux vapeurs c\u00f4tiers de la Compagnie de navigation guyanaise, toute une flottille de chalands, de canots et de baleini\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette flottille \u00e9volua afin d\u2019op\u00e9rer le d\u00e9barquement, sous l\u2019impulsion de vigoureux canotiers \u2013 for\u00e7ats qui maniaient les avirons avec une ma\u00eetrise consomm\u00e9e. Ces op\u00e9rations se firent avec lenteur. Une partie du convoi, les rel\u00e9gu\u00e9s, f\u00fbt transbord\u00e9e sur les vapeurs plus haut mentionn\u00e9s, \u00e0 destination de Saint-Jean-du-Maroni. Les for\u00e7ats furent dirig\u00e9s \u00e0 bord des chalands sur l\u2019ile Saint-Joseph. Nous f\u00fbmes plac\u00e9s en files le long d\u2019une route longeant la mer, on nous compta et on nous recompta apr\u00e8s des appels successifs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite on nous fit ouvrir nos sacs et en \u00e9taler le contenu \u00e0 nos pieds. De nombreux surveillants, casqu\u00e9s et v\u00eatus de kaki, s\u2019empress\u00e8rent d\u2019\u00e9tablir un inventaire qui devait r\u00e9duire singuli\u00e8rement notre paquetage.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>En effet, on nous enleva une paire de souliers, un complet de treillis de toile fine et le symbolique bonnet de for\u00e7at.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce dernier nous fut \u00e9chang\u00e9 contre un chapeau de paille \u00e0 larges bords, et l\u2019on nous donna un complet de treillis en toile grossi\u00e8re en remplacement de celui en toile fine.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite nous pass\u00e2mes devant le Directeur, qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9plac\u00e9 sp\u00e9cialement, en vue de notre classement dans un p\u00e9nitencier. Il prenait sa d\u00e9cision en compulsant le dossier de chacun. Personnellement, je fus affect\u00e9 aux Iles du Salut jusqu\u2019\u00e0 la fin de ma peine. Mon dossier portait cette mention \u00e0 l\u2019encre rouge&nbsp;: antimilitariste dangereux. C\u2019\u00e9tait suffisant pour motiver mon classement<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait, on nous remit notre num\u00e9ro matricule, imprim\u00e9 sur un petit rectangle d\u2019\u00e9toffe jaune, pour \u00eatre cousu sur la manche droite de notre vareuse. Puis ce fut le matriculage<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> ind\u00e9l\u00e9bile de tous nos effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces op\u00e9rations avaient eu lieu hors du camp, devant le bureau du Service int\u00e9rieur. Quand elles furent accomplies, on nous dirigea vers le camp de la transportation<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, situ\u00e9 \u00e0 deux cents m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s en avoir franchi le portail, nous aper\u00e7\u00fbmes, accroch\u00e9es aux fen\u00eatres du premier b\u00e2timent qui s\u2019offrait \u00e0 notre vue, des grappes humaines qui nous attendaient avec impatience. C\u2019\u00e9tait les anciens. Torses nus, noirs comme des corbeaux, il nous produisirent une dr\u00f4le d\u2019impression. Malgr\u00e9 les protestations et les menaces des surveillants, un feu roulant d\u2019interpellations, de questions et de r\u00e9ponses s\u2019\u00e9tablit entre les anciens et les nouveaux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bonjour un tel et un tel \u2013 Combien fais-tu&nbsp;? \u2013 Un tel est avec vous&nbsp;? Et un tel&nbsp;? qu\u2019est-il devenu, etc \u2013 etc&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Contournant le b\u00e2timent, nous nous trouv\u00e2mes en pr\u00e9sence de dix b\u00e2timents. De structure semblable, formant rectangles de recouverts de t\u00f4le ondul\u00e9e. C\u2019\u00e9tait des \u00ab&nbsp;cases&nbsp;\u00bb. On appelle ainsi, sous les tropiques, toute habitation ind\u00e9pendante, qui forme corps par elle-m\u00eame. Quiconque a lu le c\u00e9l\u00e8bre roman anti-esclavagiste&nbsp;: \u00ab&nbsp;La Case de l\u2019Oncle Tom&nbsp;\u00bb me comprendra facilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Deux de ces cases \u00e9taient transform\u00e9es en locaux disciplinaires (cellules et cachots)&nbsp;; les huit autres pouvaient contenir chacune quatre-vingts hommes. Cinq d\u2019entre elles \u00e9taient r\u00e9serv\u00e9es pour h\u00e9berger le convoi, en attendant sa dispersion dans les diff\u00e9rents p\u00e9nitenciers. Nous y p\u00e9n\u00e9tr\u00e2mes. Chacun s\u2019installa \u00e0 sa guise, et selon ses affinit\u00e9s, sur les deux lits de camps parall\u00e8les qui composaient tout l\u2019ameublement \u2013 avec les planches \u00e0 bagages qui \u00e9taient fix\u00e9es aux murs, et un tonneau rempli d\u2019eau dispos\u00e9 dans le \u00ab&nbsp;coursier&nbsp;\u00bb, espace compris entre les deux lits de camp. Une porte grill\u00e9e, quatre fen\u00eatres de chaque c\u00f4t\u00e9 grill\u00e9es \u00e9galement, permettaient l\u2019a\u00e9ration et la clart\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous n\u2019\u00e9tions pas l\u00e0 depuis cinq minutes, que des anciens occupant des emplois d\u2019ordre indispensable \u2013 et qui, pour cette raison n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 renferm\u00e9s comme les autres \u2013 vinrent nous interpeller en disant&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Avez-vous du linge de corps, des provisions, pour \u00e9changer contre du tabac&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, on en avait, r\u00e9pond\u00eemes-nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les tractations s\u2019op\u00e9r\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>Les anciens partis avec nos richesses, nous nous empress\u00e2mes d\u2019ouvrir les paquets de tabac&nbsp;: ils avaient \u00e9t\u00e9 remplis de fibres de coco bien press\u00e9es, et les papiers de la manufacture avaient \u00e9t\u00e9 soigneusement recoll\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions \u00ab&nbsp;poss\u00e9d\u00e9s&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 notre tour, nous nous prom\u00eemes de \u00ab&nbsp;poss\u00e9der&nbsp;\u00bb les futurs arrivants.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de quelques jours, le triage avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli. Trois-cent-cinquante d\u2019entre nous avaient \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s sur les divers p\u00e9nitenciers&nbsp;; vingt autres \u00e9taient maintenus jusqu\u2019\u00e0 nouvel ordre aux Iles et quant au reste \u2013 dont je faisais partie \u2013 une mesure d\u2019internement aux Iles jusqu\u2019\u00e0 la fin de leur peine, avait \u00e9t\u00e9 prise \u00e0 leur \u00e9gard. Riante perspective&nbsp;! Et maintenant que nous voil\u00e0 install\u00e9s dans la place, commen\u00e7ons donc par la d\u00e9crire.<\/p>\n\n\n\n<p>Les Iles du Salut forment un groupe de trois ilots, situ\u00e9s \u00e0 quatorze kilom\u00e8tres des c\u00f4tes de la Guyane, en face l\u2019\u00e9tablissement des Roches \u00e0 Kourou et \u00e0 environ cent kilom\u00e8tres au nord-est de Cayenne. Elles se composent de l\u2019\u00eele Royale, l\u2019\u00eele Saint-Joseph et l\u2019\u00eele du Diable. Elles forment un triangle dont elles occupent les points de jonction. D\u2019une superficie totale de vingt kilom\u00e8tres carr\u00e9s environ<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>, ces ilots volcaniques ont tr\u00e8s \u2013 peu de terre cultivable.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ils sont riches de milliers de cocotiers aux f\u00fbts \u00e9lanc\u00e9s, et dont quelques-uns atteignent trente m\u00e8tres de hauteur. Il y a aussi quelques jardins o\u00f9 l\u2019on cultive des l\u00e9gumes pour le personnel administratif et de surveillance, et o\u00f9 poussent aussi de nombreux bananiers. Parmi les arbres fruitiers, citons le manguier, aux fruits d\u00e9licieux&nbsp;; le papayer, le corossolier, le goyavier, l\u2019avocatier, l\u2019ananas et d\u2019autres encore. L\u2019\u00eele Royale est la plus grande&nbsp;; elle est le si\u00e8ge des pouvoirs administratifs. Elle est dot\u00e9e de deux h\u00f4pitaux, un pour les condamn\u00e9s et l\u2019autre pour les fonctionnaires, les surveillants et leurs familles&nbsp;; une maternit\u00e9 y est annex\u00e9e. Il y a les b\u00e2timents de la cambuse et de la gestion, l\u2019abattoir, la boulangerie, la bouverie, l\u2019atelier des travaux, les b\u00e2timents du service du port, un s\u00e9maphore, les pavillons des surveillants et fonctionnaires, une caserne, une chapelle et une \u00e9cole. L\u2019\u00eele Royale a la forme d\u2019un c\u00f4ne largement tronqu\u00e9&nbsp;; sur ce c\u00f4ne \u00e9vas\u00e9 se trouvent les cases, formant le camp proprement dit, o\u00f9 se trouvent \u00e9galement la cuisine et les locaux disciplinaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Le s\u00e9maphore communique avec celui de l\u2019\u00e9tablissement p\u00e9nitentiaire des Roches de Kourou, qui lui fait face, et qui sert de trait d\u2019union entre les Iles du Salut, Cayenne et Saint-Laurent. Un d\u00e9tachement d\u2019infanterie coloniale, form\u00e9 de recrues indig\u00e8nes et command\u00e9 par un sergent fran\u00e7ais, occupe la caserne. Un pr\u00eatre de Cayenne (et quelquefois l\u2019\u00e9v\u00eaque) vient de temps \u00e0 autre officier \u00e0 la chapelle, mais aucun condamn\u00e9 n\u2019y est admis.<\/p>\n\n\n\n<p>Avant la S\u00e9paration des Eglises et de l\u2019Etat<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>, il y avait des aum\u00f4niers ainsi que des s\u0153urs dans les h\u00f4pitaux&nbsp;; depuis, la la\u00efcit\u00e9 est rigoureusement observ\u00e9e au Bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Une institutrice cr\u00e9ole assure les cours scolaires aux enfants du personnel civil et de surveillance.<\/p>\n\n\n\n<p>Notons, en passant, que les Iles du Salut sont un territoire exclusivement p\u00e9nitentiaire&nbsp;; nul ne peut y d\u00e9barquer sans autorisation pr\u00e9alable en bonne et due forme.<\/p>\n\n\n\n<p>Au service du port, il y a trois \u00e9quipes de canotiers&nbsp;: une \u00e9quipe permanente de nuit et deux \u00e9quipes de jour qui se relayent. Cinq surveillants les dirigent, dont l\u2019un est chef de quai.<\/p>\n\n\n\n<p>(Je parle tant\u00f4t au pr\u00e9sent et tant\u00f4t au pass\u00e9&nbsp;; selon l\u2019entra\u00eenement de la narration \u2013 mais cela importe peu. Le lecteur est averti.)<\/p>\n\n\n\n<p>De mon temps il y avait deux canots qui faisaient le service de l\u2019\u00eele Royale \u00e0 l\u2019\u00eele Saint-Joseph, en faisant escale \u00e0 l\u2019\u00eele du Diable au moyen d\u2019un d\u00e9tour \u2013 cela, pour les besoins du ravitaillement et les mutations de condamn\u00e9s ou de surveillants. De plus, une baleini\u00e8re servait au transport du Commandant du p\u00e9nitencier, d\u2019une \u00eele \u00e0 une autre. Il y a \u00e9galement un petit cimeti\u00e8re \u00e0 l\u2019ile Royale, o\u00f9 l\u2019on peut voir des tombes de s\u0153urs et d\u2019aum\u00f4niers&nbsp;; sa destination est de recevoir les enfants d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de moins de quinze ans.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00eele Saint-Joseph se trouve \u00e9loign\u00e9e d\u2019un kilom\u00e8tre environ de l\u2019ile Royale&nbsp;; elle n\u2019est pas si grande que celle-ci. C\u2019est surtout un camp disciplinaire. Ind\u00e9pendamment du camp proprement dit, les logements des surveillants et du bureau du Service Int\u00e9rieur \u2013 o\u00f9 r\u00e9side le Chef de Camp \u2013 il y a le centre d\u2019emprisonnement et les sinistres b\u00e2timent de la R\u00e9clusion cellulaire, dont nous parlerons en temps voulu.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00e0 l\u2019\u00eele Saint-Joseph que se trouve le cimeti\u00e8re affect\u00e9 au personnel libre, au bord de la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019entr\u00e9e, on voit un monument en pierre de taille, entour\u00e9 de guirlandes de bronze. Il a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire des surveillants&nbsp; \u00ab&nbsp;morts victimes du devoir&nbsp;\u00bb durant la r\u00e9volte des anarchistes, en 1897<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>On peut se souvenir qu\u2019apr\u00e8s l\u2019assassinat de Carnot, en 1894, furent vot\u00e9es les lois dites sc\u00e9l\u00e9rates, qui visaient principalement les anarchistes. Un grand nombre de ces derniers furent arr\u00eat\u00e9s, notamment pour d\u00e9tention d\u2019explosifs, et envoy\u00e9s au Bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers 1896, une r\u00e9volte fut ourdie par eux, r\u00e9gl\u00e9e dans les moindres d\u00e9tails.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle devait \u00e9clater simultan\u00e9ment \u00e0 l\u2019ile Royale et \u00e0 l\u2019ile Saint-Joseph, vers minuit. Le magasin d\u2019armes de la caserne, o\u00f9 se trouvaient aussi les munitions, devait tomber entre les mains des r\u00e9volt\u00e9s, qui avaient en leur possession des fausses cl\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019escroc-faussaire Altmayer<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>, qui faisait partie du complot, le d\u00e9voila \u00e0 la derni\u00e8re heure.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019ile Royale, les soldats n\u2019eurent que le temps de se v\u00eatir en grande h\u00e2te pour prot\u00e9ger le magasin d\u2019armes pendant que les surveillants \u00e9galement alert\u00e9s, se rassemblaient devant le camp la carabine en mains.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques-uns d\u2019entre eux rest\u00e8rent l\u00e0 pour monter la faction, afin d\u2019emp\u00eacher l\u2019entr\u00e9e et la sortie du camp&nbsp;; les autres s\u2019\u00e9gay\u00e8rent pour entreprendre la chasse \u00e0 l\u2019homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les mutins, en effet, s\u2019\u00e9taient dispers\u00e9s un peu partout. N\u2019ayant pu s\u2019emparer du magasin d\u2019armes et comprenant qu\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 trahis, ils ne savaient \u00e0 quoi se r\u00e9soudre<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019\u00eele Saint-Joseph, les r\u00e9volt\u00e9s attendaient l\u2019arriv\u00e9e du canot, o\u00f9 devait se trouver [quelques-uns] de leur compagnons munis d\u2019armes, pour se mettre en action. Le fil t\u00e9l\u00e9phonique reliant Royale \u00e0 Saint-Joseph avait \u00e9t\u00e9 coup\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Au lieu du canot attendu, c\u2019en fut un autre charg\u00e9 de surveillants qui fit son apparition, vers deux heures du matin. Ce que voyant, le conjur\u00e9s se dispers\u00e8rent dans l\u2019ile, tout comme leurs camarades de Royale.<\/p>\n\n\n\n<p>La nuit se passa dans un \u00e9tat d\u2019alerte de part et d\u2019autre, dans les deux iles&nbsp;; l\u2019obscurit\u00e9 ne permettait aucune action d\u00e9cisive.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce fut sur le matin seulement, aux premi\u00e8res heures du jour, que commen\u00e7a le massacre<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mesure que les surveillants et soldats se trouvaient en pr\u00e9sence d\u2019un r\u00e9volt\u00e9, ils l\u2019abattaient impitoyablement. Il en \u00e9tait qui s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s \u00e0 la cime des cocotiers&nbsp;: des feux de salve les en descendirent<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres, s\u2019\u00e9taient cach\u00e9 un peu partout, notamment dans des grottes, au bord de la mer. Ces grottes \u00e9taient connues des porte-cl\u00e9s, lesquels y conduisirent les chasseurs d\u2019hommes. Elles furent enfum\u00e9es et, \u00e0 mesure que les fugitifs en sortaient, ils \u00e9taient aussit\u00f4t abattus.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques-uns se voyant d\u00e9couverts, s\u2019offrirent aux balles cr\u00e2nement,&nbsp; entr\u2019ouvrant leur vareuse de leurs deux mains&nbsp;; d\u2019autres, pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent se poignarder eux-m\u00eames. Il y eut aussi des m\u00eal\u00e9es sanglantes dans lesquelles les surveillants furent d\u00e9sarm\u00e9s, bless\u00e9s ou tu\u00e9s<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bilan de cette journ\u00e9e tragique se traduisit par une trentaine de morts du c\u00f4t\u00e9 des r\u00e9volt\u00e9s&nbsp;; de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade, les pertes se sold\u00e8rent par quatre surveillants et un soldat tu\u00e9s et quelques bless\u00e9s<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on le voit, la r\u00e9pression fut particuli\u00e8rement sanglante.<\/p>\n\n\n\n<p>Le monument comm\u00e9moratif porte deux autres noms, avec une date&nbsp;: ceux des surveillants Marin et Dubert \u2013 tu\u00e9s \u00e0 Saint-Joseph, en 1911, dans les circonstances suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>Des travaux \u00e9taient en cours pour la construction d\u2019un b\u00e2timent annexe de la R\u00e9clusion cellulaire. Parmi les ma\u00e7ons occup\u00e9s \u00e0 ces travaux, l\u2019un deux avait \u00e9t\u00e9 l\u2019objet d\u2019un rapport de punition de la part du surveillant Marin.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois sa punition termin\u00e9e, le ma\u00e7on en question, jugeant qu\u2019elle \u00e9tait imm\u00e9rit\u00e9e, r\u00e9solut de se venger. Il fit venir le surveillant Marin dans une cellule en voie d\u2019ach\u00e8vement \u2013 sous pr\u00e9texte de lui faire constater certains d\u00e9tails techniques \u2013 et au moment o\u00f9 ce surveillant se penchait pour examiner, il lui porta un coup de couteau entre les omoplates qui le fit s\u2019affaisser mortellement atteint. Alors notre homme, gris\u00e9 par la vue du sang, s\u2019empara du revolver du mort et s\u2019\u00e9lan\u00e7a \u00e0 travers le b\u00e2timent. Rencontrant le surveillant Dubert, il l\u2019abattit raide mort, de deux balles \u00e0 la t\u00eate. Il s\u2019empara \u00e9galement de son arme.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, un r\u00e9volver de chaque main, comme fou et les yeux hors des orbites, il prit la direction du camp, avec l\u2019intention \u00e9vidente de faire une h\u00e9catombe de surveillants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019eut pas le temps de s\u2019y rendre. Au bruit des d\u00e9tonations, des surveillants accouraient. Voyant notre homme qui se dirigeait sur eux mena\u00e7ant, il firent feu sur lui au moment m\u00eame o\u00f9 il tr\u00e9buchait sur une pierre et s\u2019affalait \u00e0 terre. \u00c9chappant ainsi \u00e0 ce feu de salve, et voyant qu\u2019il \u00e9tait perdu sans r\u00e9mission \u2013 tu\u00e9 de suite ou guillotin\u00e9 plus tard \u2013 le ma\u00e7on deux fois meurtrier r\u00e9solut de se faire justice lui-m\u00eame en se tirant une balle en plein c\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi se termina ce drame sanglant qui ne manqua pas, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, d\u2019avoir en France un certain retentissement<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00eele du Diable, la plus septentrionale, est aussi la plus petite du groupe. Extr\u00eamement plate, on la parcourt d\u2019un regard. Elle est presque enti\u00e8rement recouverte de cocotiers. C\u2019est le s\u00e9jour des condamn\u00e9s \u00e0 la d\u00e9portation dans une enceinte fortifi\u00e9e. Elle n\u2019est s\u00e9par\u00e9e de l\u2019\u00eele Royale que par un \u00e9troit bras de mer large d\u2019une centaine de m\u00e8tres. Un c\u00e2ble genre funiculaire, muni d\u2019une benne \u00e0 glissi\u00e8re, assure les communications entre les deux iles pour les besoins journaliers&nbsp;; en outre, le canot y fait escale trois ou quatre fois par semaine dans son parcours de Royale \u00e0 Saint-Joseph.<\/p>\n\n\n\n<p>Dreyfus d\u2019abord, Ullmo ensuite, en furent les vedettes marquantes.<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9port\u00e9s sont log\u00e9s deux par deux dans de petits pavillons dont chaque aile est ind\u00e9pendante. Ils ne sont pas soumis au travail, portent leurs effets civils et re\u00e7oivent comme nourriture les vivres de la marine. Ils peuvent recevoir des vivres, des colis et de l\u2019argent de leurs familles. En somme, leur situation p\u00e9nale est infiniment plus douce que celle des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>On a pu lire souventes fois dans les journaux des informations de source anglaise, d\u2019apr\u00e8s lesquelles des for\u00e7ats partis des for\u00eats vierges de l\u2019ile du Diable auraient atterri dans telle ou telle possession anglaise. C\u2019est du pur roman-feuilleton.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019abord, l\u2019ile du Diable est exclusivement r\u00e9serv\u00e9e aux d\u00e9port\u00e9s \u2013 ensuite, ses for\u00eats vierges se r\u00e9duisent \u00e0 une plantation de cocotiers o\u00f9 nul ne s\u2019\u00e9gara jamais. Telles sont, bri\u00e8vement r\u00e9sum\u00e9es, mes premi\u00e8res impressions de ce minuscule archipel, battu par les flots, o\u00f9 je devais s\u00e9journer vingt ans et huit mois.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Trois semaines pour les transport\u00e9s et les rel\u00e9gu\u00e9s embarqu\u00e9s \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Roussenq oublie la mention anarchiste. Son dossier mentionne pourtant&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c9tait \u00e0 l\u2019arm\u00e9e. Mauvais renseignements. Anarchiste et antimilitariste dangereux. Class\u00e9 \u00e0 la cat\u00e9gorie des intern\u00e9s A aux \u00eeles du Salut par d\u00e9cision du 31 janvier 1909.&nbsp;\u00bb (ANOM, H1523, extrait des registres matricules du transport\u00e9 de 1<sup>e<\/sup> cat\u00e9gorie 37664, 23 octobre 1909). Voir chapitre \u00ab&nbsp;L\u2019archipel panoptique&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Ce mot n\u2019existe pas.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Le camp de la Transportation de l\u2019\u00eele Saint-Joseph comporte huit cases, une prison et une cuisine&nbsp;; l\u00e9g\u00e8rement sur\u00e9lev\u00e9, il est reli\u00e9 au quartier des surveillants et \u00e0 la piscine des bagnards, en contrebas, par le chemin du camp. Les locaux de la r\u00e9clusion ne sont construits qu\u2019en 1895.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Les \u00eeles du Salut ont une superficie d\u2019environ 62 ha. Elles ne peuvent donc pas faire 20 km\u00b2 comme l\u2019\u00e9crit Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Loi du 9 d\u00e9cembre 1905.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Roussenq se montre particuli\u00e8rement impr\u00e9cis en situant la r\u00e9volte dite des anarchistes en 1897 alors qu\u2019elle s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e dans la nuit du 21 au 22 octobre 1894. Le monument aux mort du cimeti\u00e8re de l\u2019\u00eele Saint-Joseph porte en effet les noms des surveillants Mosca et Cretallaz tu\u00e9s lors de cet \u00e9v\u00e8nement.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Eug\u00e8ne Allmeyer porte le matricule 23589 et son \u00e9pais dossier conserv\u00e9 aux ANOM d\u2019Aix-en-Provence (H411 et H3888) r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;immense activit\u00e9 de d\u00e9lation \u00e0 laquelle il a pu se livrer durant sa d\u00e9tention. Si Allmeyer, que l\u2019on retrouve dans les souvenirs de Cl\u00e9ment Duval, d\u2019Auguste-Liard Courtois, d\u2019Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 ou encore d\u2019Alexandre Jacob, intervient dans l&rsquo;histoire de la r\u00e9volte des anarchistes de 1894, c&rsquo;est le bagnard Plista qui tente d&rsquo;avertir le commandant Bonnafai de l&rsquo;\u00e9meute \u00e0 venir. Mais l\u2019AP n\u2019a semble-t-il pas tenu compte de ses avertissements \u00e0 la suite de la mort du for\u00e7at anarchiste Briens, tu\u00e9 par le surveillant Mosca, qui provoque la r\u00e9bellion.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Les mutins avaient bien l\u2019intention de s\u2019emparer du d\u00e9p\u00f4t d\u2019armes du quartier des surveillants mais le coup de feu tir\u00e9 par le surveillant Cretallaz alors qu\u2019il est assailli par le for\u00e7at Garnier sortant pr\u00e9cipitamment de la case n\u00b08 donne l\u2019alerte et voue la r\u00e9volte \u00e0 l\u2019\u00e9chec. ANOM H1852.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Si des coups de feu sont \u00e9chang\u00e9s pendant la nuit, ce n\u2019est effectivement que vers six heures du matin, soit au lever du soleil, que les surveillants et les militaires venus en renfort de l\u2019\u00eele Royale \u2013 soit une vingtaine d\u2019hommes en tout \u2013 peuvent s\u2019engager dans une v\u00e9ritable chasse \u00e0 l\u2019homme. ANOM H1852.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Simon, dit Biscuit, ancien complice de Ravachol, meurt ainsi du haut de son cocotier transperc\u00e9 par six balles (rapport du m\u00e9decin-major Jourdran, ANOM H1852).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Roussenq transforme ici la r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Le dossier H1852 des ANOM d\u2019Aix-en-Provence qui concerne cette r\u00e9volte fait \u00e9tat de seize victimes, dont deux surveillants et deux porte-cl\u00e9s&nbsp;; parmi les douze for\u00e7ats tu\u00e9s, seuls cinq sont des anarchistes affirm\u00e9s (L\u00e9authier, Simon, Chevenet, Meyrueis et Marpaux).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Roussenq ne cite pas le nom du for\u00e7at assassin mais l\u2019anecdote est v\u00e9rifiable sur le terrain. Les noms des deux agents de l\u2019AP (Marin et Dubert) se retrouvent avec ceux des surveillants tu\u00e9s lors de la r\u00e9volte anarchiste de Saint-Joseph de 1894 (Mosca et Cretallaz) sur le monument du cimeti\u00e8re de cette \u00eele. Le dossier H5259 contient un rapport du Gouverneur au ministre des Colonies en date du 19 mars 1912 qui permet de pr\u00e9ciser le drame \u00e9voqu\u00e9 par Roussenq dans ses souvenirs : \u00ab La mise \u00e0 l\u2019isolement de cet individu [Roussenq] \u00e9tait dict\u00e9e par son attitude g\u00e9n\u00e9rale et notamment par l\u2019apologie qu\u2019il faisait dans les cases de l\u2019assassinat de deux surveillants militaires commis le 26 mai 1911 par le transport\u00e9 Bailet matricule 36815. \u00bb Les dossiers H659 et H4139 des ANOM sont ceux de Samuel Alfred Bailet, 25 ans le 9 avril 1908 lors de sa condamnation par les assises du Vaucluse aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour vols qualifi\u00e9s. Embarqu\u00e9 le 17 juillet 1908, il est condamn\u00e9 par le TMS l\u2019ann\u00e9e suivante (le 12 mai 1909) \u00e0 deux ans de r\u00e9clusion pour \u00e9vasion ; cet ancien apprenti forgeron a donc crois\u00e9 la route de Roussenq et certainement subi quelques violences d\u2019agents de l\u2019AP pour en assassiner deux quand l\u2019occasion s\u2019en est pr\u00e9sent\u00e9e.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La \u00ab&nbsp;Loire&nbsp;\u00bb s\u2019annon\u00e7a, par trois fois, en mugissements prolong\u00e9s&nbsp;; peu apr\u00e8s, elle mouillait ses ancres, apr\u00e8s une travers\u00e9e de quatorze jours[1]. C\u2019\u00e9tait le 13 janvier 1909. Dans la rade, et en notre honneur, il y avait deux vapeurs c\u00f4tiers de la Compagnie de navigation guyanaise, toute une flottille de chalands, de canots et de baleini\u00e8res. 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