{"id":5578,"date":"2023-09-12T01:01:00","date_gmt":"2023-09-11T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5578"},"modified":"2023-07-22T08:39:11","modified_gmt":"2023-07-22T06:39:11","slug":"les-beaux-voyages-lindesirable-chemineau-1935-1954","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/09\/les-beaux-voyages-lindesirable-chemineau-1935-1954\/","title":{"rendered":"Les beaux voyages : l\u2019ind\u00e9sirable chemineau 1935 \u2013 1954"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-658x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5133\" width=\"293\" height=\"456\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-658x1024.jpg 658w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-193x300.jpg 193w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq.jpg 764w\" sizes=\"(max-width: 293px) 100vw, 293px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>\u00ab\u00a0Depuis mai dernier, il n\u2019a plus reparu ni \u00e0 Saint Gilles, ni \u00e0 Aymargues et, selon les renseignements qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 fournis, il serait actuellement poursuivi par les parquets de Dijon et de Belfort pour infraction \u00e0 la police des chemins de fer.\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La police gardoise a perdu de vue l\u2019Inco en 1935. Retour aux vaches maigres et \u00e0 l\u2019errance de son adolescence vagabonde. Les chansons de Gaston Cout\u00e9 collent encore \u00e0 la peau ou plut\u00f4t \u00e0 ce qu\u2019il reste de la peau du grand gaillard qu\u2019il fut. Roussenq parcourt \u00e0 nouveaux les chemins. Ou plut\u00f4t les voies de chemins de fer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019avais recours aux bons offices de la SNCF. \u00c0 titre on\u00e9reux, pour elle. Ma foi ! le d\u00e9ficit chronique de cette soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;en \u00e9tait pas aggrav\u00e9 pour cela. Et puis, l&rsquo;Etat est l\u00e0 pour combler ce d\u00e9ficit. En payant mes imp\u00f4ts indirects, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;autres je participe donc au renflouement de la caisse dans une certaine mesure et bien malgr\u00e9 moi du reste&#8230;&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est le colporteur Roussenq que la main de la justice condamne \u00e0 deux mois de prison le 25 mai \u00e0 Belfort pour infraction \u00e0 l\u2019interdiction de s\u00e9jour<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>&nbsp;; c\u2019est encore le colporteur Roussenq que le parquet de Dijon condamne le 15 juin par d\u00e9faut \u00e0 100 francs d\u2019amende pour n\u2019avoir pas pay\u00e9 son titre de transport le 9 mai pr\u00e9c\u00e9dent<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. C\u2019est toujours le colporteur Roussenq qui est arr\u00eat\u00e9 en 1936 \u00e0 Montpellier<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> et \u00e0 Toulouse o\u00f9 il \u00e9cope de six mois de prison pour outrage public \u00e0 la pudeur<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. Nous ne savons pas ce qui a motiv\u00e9 l\u2019acte d\u00e9lictueux. Acte de protestation apr\u00e8s un quelconque refus&nbsp;? Nous avons vu comment, lorsqu\u2019il est au bagne, Roussenq laisse \u00e9clater sa col\u00e8re sur les surveillants, d\u00e9truit ce qu\u2019il peut dans sa cellule. Nous pouvons ici imaginer ais\u00e9ment l\u2019indigent et souffreteux colporteur dans une th\u00e9\u00e2trale mise en sc\u00e8ne de son exasp\u00e9ration qui lui vaut ce d\u00e9m\u00eal\u00e9 avec la justice.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ses pauvres jambes, maigres comme un sarment s\u00e9ch\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a> le portent, apr\u00e8s six mois de prison, jusqu\u2019\u00e0 Grenoble au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1937 o\u00f9 , sous le nom de sa m\u00e8re \u2013 P\u00e9louzet, il trouve du travail et un logement. \u00ab&nbsp;Il vient pour la premi\u00e8re fois de sourire \u00e0 la vie et ses 52 ans lui semblent aujourd\u2019hui une adolescence heureuse.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> Mais l\u2019emploi procur\u00e9 par une association charitable ne dure pas. Deux semaines apr\u00e8s les articles de Ren\u00e9 Louis Lachat dans <em>Le Petit Dauphinois<\/em>, Roussenq, \u00ab&nbsp;colporteur du hasard, chemineau \u00e9reint\u00e9&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>, est de nouveau sur les routes. C\u2019est l\u00e0, \u00e0 la sortie de Grenoble, qu\u2019il est interview\u00e9 par Georges Salonic pour le quotidien <em>Paris Soir&nbsp;<\/em>mais \u00ab&nbsp;vite, il reprend sa musette, nous fait gauchement au revoir de la main et trotte en boitillant jusqu\u2019au prochain tournant o\u00f9 il n\u2019est plus, sur le fond du ciel, que l\u2019\u00e9ternel vagabond des espaces.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> Le cycle des condamnations peut reprendre son cours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 16 janvier 1938, Roussenq se retrouve devant la 14<sup>e<\/sup> chambre correctionnelle de Paris. Alors qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 particuli\u00e8rement silencieuse depuis sa rupture avec le parti communiste, la presse nationale ne manque pas de couvrir un \u00e9v\u00e8nement pour le moins banal&nbsp;s\u2019il avait concern\u00e9 une personne autre que Roussenq&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 l\u2019arriv\u00e9e du train 32, venant de Tarbes, un contr\u00f4leur amenait, hier, \u00e0 9h25, dans le bureau de M. Bouille, commissaire sp\u00e9cial \u00e0 la gare d\u2019Austerlitz, un voyageur d\u00e9muni de billet. Il s\u2019agissait d\u2019une vieille connaissance de la justice&nbsp;\u00bb raconte <em>Le Matin<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup><strong><sup>[11]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est \u00ab\u00a0L\u2019ancien bagnard Roussenq prot\u00e9g\u00e9 du parti communiste\u00a0\u00bb pour <em>L\u2019\u00c9cho de Paris<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\"><sup><strong><sup>[12]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>\u00a0; \u00ab\u00a0un cheval de retour\u00a0\u00bb pour <em>L\u2019\u0152uvre<a id=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\"><sup><strong><sup>[13]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>, \u00ab\u00a0ancien bagnard et conf\u00e9rencier\u00a0\u00bb pour <em>Le Jour<a id=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\"><sup><strong><sup>[14]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em> et <em>La R\u00e9publique<a id=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\"><sup><strong><sup>[15]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em> qui est \u00ab\u00a0condamn\u00e9 \u00e0 trois mois de prison\u00a0\u00bb pour <em>Le Journal<a id=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\"><sup><strong><sup>[16]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>. Quelques-uns de ces titres de presse comme <em>Le Journal des d\u00e9bats<\/em> ne manquent pas de rappeler la condamnation toulousaine pour attentat \u00e0 la pudeur pour bien marquer la d\u00e9ch\u00e9ance du quidam ou encore de signaler un autre coup de col\u00e8re \u00e0 la suite du refus d\u2019hospitalisation \u00e0 Vic sur Bigorre, non loin de Tarbes<a id=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>. En 1948, Roussenq nous explique dans le journal <em>Les Allobroges<\/em> cette alternance entre le travail de colporteur sur les routes et les s\u00e9jours en maison de repos\u00a0:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Paris-Soir-28-mars-1937.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5583\" width=\"288\" height=\"387\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Paris-Soir-28-mars-1937.jpg 338w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Paris-Soir-28-mars-1937-223x300.jpg 223w\" sizes=\"(max-width: 288px) 100vw, 288px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pendant quelques ann\u00e9es, jusqu\u2019en 1937, le p\u00e9riple de mes p\u00e9r\u00e9grinations embrassait \u00e0 peu pr\u00e8s la France enti\u00e8re, au beau temps comme \u00e0 la mauvaise saison. Puis j&rsquo;appr\u00e9hendai l&rsquo;hiver davantage. Alors je d\u00e9cidai de le passer dans les h\u00f4pitaux. Sans famille et imp\u00e9cunieux, je ne pouvais gu\u00e8re faire autrement. Je ne pouvais aller plus avant dans cette lutte journali\u00e8re contre la pluie, la boue, la neige et le gel. Je ne trouvais pas toujours un abri pour m&rsquo;en pr\u00e9server. Je me pla\u00e7ai donc, \u00e0 cette \u00e9poque des intemp\u00e9ries, sous l&rsquo;\u00e9gide de la loi sur l&rsquo;assistance m\u00e9dicale gratuite. Pour cela, il faut d&rsquo;abord une ordonnance m\u00e9dicale d&rsquo;hospitalisation. Ensuite, l&rsquo;on doit se pr\u00e9senter \u00e0 la mairie pour les formalit\u00e9s n\u00e9cessaires. Cela fait, l&rsquo;h\u00f4pital ouvre ses portes. (\u2026) Les dites formalit\u00e9s, si elles sont op\u00e9r\u00e9es \u00e0 la lettre, sont plut\u00f4t casse-t\u00eate. On vous demande o\u00f9 vous avez s\u00e9journ\u00e9 durant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es, combien de temps, ce que vous faisiez. Il faut pr\u00e9ciser le lieu o\u00f9 vous avez pass\u00e9 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Une fois m\u00eame, on me demanda quelle \u00e9tait l&rsquo;enseigne de l\u2019h\u00f4tel (fictif) o\u00f9 j&rsquo;avais log\u00e9, ainsi que le nom du propri\u00e9taire. C&rsquo;est tout juste si l&rsquo;on ne me demanda pas d&rsquo;indiquer la couleur des yeux de la bonne.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Sans un sou en poche et des poches perc\u00e9es, la dure vie du chemineau Roussenq reprend le 16 avril. Le 29 de ce mois, alors qu\u2019il se trouve \u00e0 nouveau \u00e0 Grenoble, il re\u00e7oit de la part des camarades anarchistes is\u00e9rois venus ou\u00efr le propos sur la guerre de Maurice Doutreau<a id=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a> la somme de 101 francs et 35 centimes. <em>Le Libertaire<\/em> remercie, dans son compte-rendu de la conf\u00e9rence, \u00ab\u00a0les hommes de c\u0153ur\u00a0\u00bb ayant particip\u00e9 \u00e0 la collecte<a id=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>.\u00a0 L\u2019anarchie, pauvre fille, n\u2019a pas les m\u00eames moyens que le mouvement dit de masse affili\u00e9 \u00e0 la III<sup>e<\/sup> Internationale. Le voyage \u00e0 pied devient difficile. Roussenq est fatigu\u00e9\u2026 et surveill\u00e9 de loin par l\u2019\u0153il de la police qui ne le l\u00e2che toujours pas. Son sort ne l\u2019inqui\u00e8te pas outre mesure et ce sont toujours les m\u00eames motifs qui suscitent une septi\u00e8me condamnation le 15 novembre 1938 \u00e0 Montpellier<a id=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. Elle s\u2019agace tout au plus lorsque le 28 f\u00e9vrier 1939 la cour d\u2019appel d\u2019Aix-en-Provence relaxe de l\u2019individu matricul\u00e9 158, inscrit depuis mars 1934 \u00e0 l\u2019\u00e9tat signal\u00e9tique des r\u00e9cidivistes n\u00b0550<a id=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>. Paul Roussenq raconte lui-m\u00eame tout \u00e9tonn\u00e9 l\u2019anecdote dans le journal <em>Les Allobroges<\/em> en 1948<a id=\"_ftnref23\" href=\"#_ftn23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. Le juge aixois a estim\u00e9 que l\u2019article 6 de la loi d\u2019amnistie de d\u00e9cembre 1931 faisait table rase de toutes les condamnations de l\u2019ancien bagnard, dont les quinze ans d\u2019interdiction de s\u00e9jour que n\u2019ont pas r\u00e9ussi \u00e0 faire abroger ni la Ligue des Droits de l\u2019Homme, ni le parti communiste et le SRI. L\u2019affaire remonte jusque dans les sph\u00e8res minist\u00e9rielles, obligeant le garde des Sceaux, sur avis du procureur g\u00e9n\u00e9ral de N\u00eemes, \u00e0 trancher et maintenir le 18 d\u00e9cembre 1939 l\u2019interdiction de s\u00e9jour au regard de l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du d\u00e9cret du 6 ao\u00fbt 1932 faisant remise des quatre ann\u00e9es de doublage \u00e0 purger \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni et non de la peine prononc\u00e9e par le conseil de guerre de Gabes en 1908<a id=\"_ftnref24\" href=\"#_ftn24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. La mesure restrictive et judiciaire est ainsi maintenue th\u00e9oriquement jusqu\u2019en 1947\u00a0!<\/p>\n\n\n\n<p>Les ennuis judiciaires sont donc appeler \u00e0 perdurer. Roussenq est \u00e0 Toulouse au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1940 et trouve \u00e0 s\u2019employer \u00e0 la <em>Poudrerie Nationale<\/em>. Travail facile et peu \u00e9reintant, il est affect\u00e9 \u00e0 l\u2019entretien et au nettoyage des rails Decauville de l\u2019usine. Mais, il attend d\u2019avoir touch\u00e9 son premier salaire pour quitter subrepticement son emploi. Huit jours apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9, les bureaux de l\u2019administration lui ont demand\u00e9 \u00ab&nbsp;un certificat de bonne vie et m\u0153urs, ainsi qu&rsquo;un extrait de votre casier judiciaire&nbsp;\u00bb <a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. La guerre, d\u00e9clar\u00e9e depuis septembre 1939, explique au demeurant le regard pointilleux sur les employ\u00e9s d\u2019une entreprise estim\u00e9e strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p>La bureaucratie administrative de la R\u00e9publique finissante, celle du r\u00e9gime de Vichy \u00e0 sa suite, a vite fait de cataloguer Roussenq comme un ind\u00e9sirable, un vagabond, donc un asocial. Son pass\u00e9 de bagnard anarchiste, d\u2019ancienne vedette communiste constitue bien s\u00fbr une charge aggravante. Il se trouve \u00e0 Bess\u00e8ges dans le Gard \u00e0 la fin du mois d\u2019avril \u2013 et non \u00ab&nbsp;vers le mois de juin&nbsp;\u00bb comme il l\u2019\u00e9crit en 1948<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a> \u2013 lorsqu\u2019il se pr\u00e9sente \u00e0 la police pour une attestation d\u2019identit\u00e9 en vue d\u2019un emploi de man\u0153uvre dans une usine locale. Renseignements pris aupr\u00e8s de la gendarmerie de Saint-Gilles-du-Gard, le commissaire de police ordonne imm\u00e9diatement son arrestation&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ce dangereux individu, d\u00e9pourvu totalement de ressources, sans domicile fixe, sans travail et ayant abandonn\u00e9 l\u2019emploi qu\u2019il occupait dans une usine de Toulouse, a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 pour vagabondage par le commissaire de police. Conduit \u00e0 Al\u00e8s, il sera d\u00e9f\u00e9r\u00e9 au Parquet. Le procureur de la R\u00e9publique l\u2019a fait \u00e9crouer. Le commissaire de police va r\u00e9diger, en outre, contre Roussenq, anarchiste notoire, un rapport sp\u00e9cial en vue de son internement dans un camp de concentration \u00e0 l\u2019expiration de sa peine.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Ayant prouv\u00e9 devant le parquet d\u2019Al\u00e8s qu\u2019il est porteur d\u2019une patente de colporteur, Roussenq sort libre du tribunal\u2026 mais est de nouveau arr\u00eat\u00e9 pour \u00eatre men\u00e9 \u00e0 Toulouse o\u00f9, apr\u00e8s trois semaine de prison pr\u00e9ventive, il comparait devant un tribunal militaire. L\u2019ancien bagnard doit justifier l\u2019abandon de son poste \u00e0 la <em>Poudrerie Nationale<\/em>. Devant l\u2019expos\u00e9 des faits et au regard de son pass\u00e9, le conseil de guerre fait preuve d\u2019une \u00e9tonnante mansu\u00e9tude et ne le condamne qu\u2019\u00e0 20 jours de prison, soit le temps de sa pr\u00e9ventive&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ainsi une juxtaposition, combien disproportionn\u00e9e. s&rsquo;\u00e9tablissait \u00e0 trente-deux ans de distance : Premier conseil de guerre, 20 ans. Deuxi\u00e8me conseil de guerre, 20 jours&#8230;&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00e9saventure de Roussenq est particuli\u00e8rement r\u00e9v\u00e9latrice \u00e0 un moment o\u00f9 la France s\u2019attend \u00e0 une offensive allemande.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9b\u00e2cle fait suite \u00e0 la dr\u00f4le de guerre et, le 16 mai 1940, Philippe P\u00e9tain est nomm\u00e9 pr\u00e9sident du conseil. Le lendemain, il prononce son discours radiophonique annon\u00e7ant l\u2019armistice \u00e0 venir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Entre f\u00e9vier 1939, date de l\u2019ouverture du premier camp d\u2019internement administratif, et mai 1946 date de la fermeture du dernier, quelque 600 000 personnes se sont retrouv\u00e9es enferm\u00e9es non pas pour des d\u00e9lits ou des crimes qu\u2019elles auraient commis mais pour le danger potentiel qu\u2019elles repr\u00e9senteraient pour l\u2019Etat et\/ou la soci\u00e9t\u00e9.&nbsp;\u00bb,<\/p>\n\n\n\n<p>\u00e9crit Denis Peschanski dans le r\u00e9sum\u00e9 de sa th\u00e8se sur <em>les camps d\u2019internement fran\u00e7ais 1938-1946<a id=\"_ftnref29\" href=\"#_ftn29\"><sup><strong><sup>[29]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>. La voie de l\u2019enfermement s\u2019ouvre \u00e0 nouveau pour Paul Roussenq, interpel\u00e9 le 4 d\u00e9cembre 1940, alors que le chef de l\u2019\u00c9tat Fran\u00e7ais est de passage \u00e0 Avignon\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Des agents en bourgeois demandaient leurs papiers \u00e0 tous ceux qu&rsquo;ils jugeaient \u00eatre \u00e9trangers \u00e0 la ville. Ma bonne \u00e9toile habituelle me les fit rencontrer.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cret-loi du 18 novembre 1939 \u00e9largit \u00e0 tout individu, Fran\u00e7ais ou \u00e9trangers, consid\u00e9r\u00e9s comme \u00ab&nbsp;dangereux pour la d\u00e9fense nationale ou la s\u00e9curit\u00e9 publique&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> l\u2019internement au d\u00e9part pr\u00e9vu le 12 novembre 1938 par le gouvernement Daladier pour les r\u00e9fugi\u00e9s de la guerre civile espagnole. Si les premiers camps s\u2019ouvrent dans le Languedoc (Argel\u00e8s, Rivesaltes, etc.), progressivement toute la moiti\u00e9 Sud de l\u2019hexagone \u2013 et m\u00eame au-del\u00e0 \u2013 se couvre de centres de r\u00e9tention administrative. Apr\u00e8s deux mois pass\u00e9s \u00e0 la prison Sainte-Anne d\u2019Avignon, Paul Roussenq est envoy\u00e9 sur arr\u00eat\u00e9 pr\u00e9fectoral du Vaucluse dans le Centre de S\u00e9jour Surveill\u00e9 de Saint-Paul d\u2019Eyjeaux, \u00e0 une quinzaine de kilom\u00e8tres au sud-est de Limoges le 1<sup>er<\/sup> f\u00e9vrier 1941<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>. Il est transf\u00e9r\u00e9 tr\u00e8s rapidement sur le CSS de Sisteron o\u00f9 il passe la majeure partie de son internement du 10 f\u00e9vrier 1941 au 19 novembre 1942<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>. Not\u00e9 comme gravement cachectique en juillet 1942<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a> et au regard de sa bonne conduite, l\u2019administration du camp note m\u00eame \u2013 et les surveillants militaires des \u00eeles du Salut n\u2019en croiraient ni leurs yeux ni leurs oreilles \u2013 qu\u2019il est \u00ab&nbsp;volontaire pour le travail quand il le peut&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. Paul Roussenq est ainsi propos\u00e9 \u00e0 une lib\u00e9ration conditionnelle le 31 d\u00e9cembre 1942.&nbsp; Comme tous les ind\u00e9sirables de Sisteron il a \u00e9t\u00e9 transf\u00e9r\u00e9 depuis le 19 novembre sur le CSS de Fort-Barraux en Is\u00e8re<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>. Son astreinte \u00e0 r\u00e9sidence sur la commune de Sorgues lui est notifi\u00e9e le 4 janvier 1943 apr\u00e8s qu\u2019il ait fait acte d\u2019all\u00e9geance au r\u00e9gime de Vichy<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> en reniant son militantisme communiste pass\u00e9. Il d\u00e9savoue en effet dans ce texte le SRI qui l\u2019aurait \u00ab&nbsp;embrigad\u00e9&nbsp;\u00bb et affirme s\u2019\u00eatre aper\u00e7u que \u00ab&nbsp;la vie en Russie n\u2019\u00e9tait pas le r\u00eave mais plut\u00f4t l\u2019esclavage.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> Mais Roussenq est libre en ce d\u00e9but d\u2019ann\u00e9e 1943 apr\u00e8s presque deux ans pass\u00e9s dans les camps fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"712\" height=\"415\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Citadelle-de-Sisteron-1941.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5581\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Citadelle-de-Sisteron-1941.jpg 712w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Citadelle-de-Sisteron-1941-300x175.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 712px) 100vw, 712px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Nous avons vu dans le chapitre \u00ab\u00a0Prol\u00e9gom\u00e8nes de la red\u00e9couverte des \u00e9crits d\u2019un homme devenu bagne\u00a0\u00bb que c\u2019est \u00e0 Sisteron qu\u2019il rencontre l\u2019abb\u00e9 Pucheu qui publie et arrange ses m\u00e9moires huit ans apr\u00e8s son suicide\u00a0; que c\u2019est l\u00e0 encore qu\u2019il tue le temps et \u00e9crit justement au moins par deux fois ses m\u00e9moires du bagne. C\u2019est l\u00e0 enfin qu\u2019il souffre presqu\u2019autant qu\u2019au bagne et trouve le r\u00e9confort dans les soins prodigu\u00e9s par le docteur Niel \u00e0 qui il d\u00e9die en f\u00e9vrier 1942 le manuscrit <em>Le Visage du Bagne<\/em> de juin 1941. Les deux lettres conserv\u00e9es aux archives de l\u2019Is\u00e8re montrent qu\u2019il n\u2019a rien perdu de sa pratique \u00e9pistolaire de protestation et qu\u2019il est toujours un aussi fin observateur du sch\u00e9ma syst\u00e9mique de l\u2019enfermement<a id=\"_ftnref39\" href=\"#_ftn39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>. Mais il faut attendre 1948, soit cinq ans apr\u00e8s sa lib\u00e9ration, pour qu\u2019il fournisse au journal communiste <em>Les Allobroges<\/em> un t\u00e9moignage de son passage \u00e0 Sisteron. Il s\u2019agit d\u2019un des rares textes \u00e9voquant la vie des intern\u00e9s dans ce camp\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je fus d&rsquo;abord envoy\u00e9 dans un camp de la Haute-Vienne. Huit jours apr\u00e8s, je fus transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Sisteron. C&rsquo;est \u00e0 la citadelle de la patrie de Paul Ar\u00e8ne qu&rsquo;\u00e9tait situ\u00e9 le camp. Les anciennes casemates \u00e9taient bond\u00e9es d&rsquo;intern\u00e9s fam\u00e9liques, au nombre de 250 environ. Il y avait l\u00e0 un peu de tout, militants politiques et syndicalistes, r\u00e9cidivistes, souteneurs, patrons de maisons, commer\u00e7ants qui avaient enfreint les prescriptions du ravitaillement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s&rsquo;y trouvait m\u00eame un gamin de seize ans, ainsi que des r\u00e9fugi\u00e9s Alsaciens Lorrains. Les surveillants \u00e9taient choisis parmi les ch\u00f4meurs, de belles peaux de vache, en g\u00e9n\u00e9ral. Un commandant du camp y tenait la haute main assist\u00e9 d&rsquo;un commissaire. La nourriture, d\u00e9j\u00e0 mauvaise et insuffisante, devenait de plus en plus infecte, \u00e0 mesure que les mois s&rsquo;\u00e9coulaient. Tout ce que l&rsquo;on pouvait trouver de plus \u00ab moche \u00bb nous \u00e9tait d\u00e9livr\u00e9&nbsp;: rutabagas, topinambours, carottes fourrag\u00e8res, courgettes, potirons, rarement des pommes de terre.<\/p>\n\n\n\n<p>La cuisine \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 l&rsquo;eau. Peut-\u00eatre quelque peu de graisse \u00e9tait-elle allou\u00e9e : on ne voyait pas la couleur de ses yeux. La quantit\u00e9 de pain suivait les fluctuations du Ravitaillement G\u00e9n\u00e9ral. Un peu de viande \u00e9tait conc\u00e9d\u00e9e chaque semaine, une ombre de dessert par jour. Le pain, la viande, le fromage, de m\u00eame que le bouillon et les l\u00e9gumes, \u00e9taient d\u00e9livr\u00e9s en bloc par la cuisine et par groupes de dix \u00e0 quinze rationnaires. Il fallait \u00e9galiser les quote-part de ces vivres d\u00e9livr\u00e9s en bloc. Dans la famine perp\u00e9tuelle o\u00f9 se trouvaient la plupart de nous, cela s&rsquo;av\u00e9rait comme une urgente n\u00e9cessit\u00e9. Des balances de fortune furent invent\u00e9es pour les besoins de la cause. \u00c0 chaque pes\u00e9e, tout le monde avait les yeux riv\u00e9s sur les mains de l\u2019op\u00e9rateur et sur les plateaux de la balance improvis\u00e9e. Y avait-il un l\u00e9ger accroc aux donn\u00e9es math\u00e9matiques, des murmures s&rsquo;\u00e9levaient en s&rsquo;amplifiant. Parfois m\u00eame, des rixes \u00e9clataient, et cela pour quelques grammes de plus ou de moins. Pour les l\u00e9gumes, l&rsquo;homme de soupe faisait bien attention de remplir la louche r\u00e9glementaire exactement, ni plus, ni moins. Le rabiot, s&rsquo;il y en avait, \u00e9tait r\u00e9parti cuill\u00e8re par cuill\u00e8re. Quant au bouillon, son insipidit\u00e9 excluait toute controverse. Un assez grand nombre d&rsquo;intern\u00e9s recevaient des colis de leur famille ou de leurs amis.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se constituaient en groupes pour consommer en commun et alternativement les colis re\u00e7us. Quant \u00e0 en faire profiter quelque peu les malheureux qui claquaient du bec, ils n&rsquo;y songeaient pas un seul instant. On a vu ces \u00eatres fam\u00e9liques ramasser les miettes de pain tomb\u00e9es \u00e0 terre, aller devant la cuisine se repa\u00eetre des d\u00e9chets m\u00eal\u00e9s aux cendres. D&rsquo;autres faisaient bouillir dans un coin de la cour des \u00e9pluchures de pommes de terre. De jour en jour, ces hommes fondaient \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il. Le m\u00e9decin du Camp, qui exer\u00e7ait \u00e0 Sisteron, a fait prendre des photographies de groupes de ces malheureux qui n&rsquo;avaient plus que la peau et les os. On aurait dit de ces Hindous survivants d&rsquo;une terrible famine. Moi-m\u00eame, au bout de 18 mois, j&rsquo;\u00e9tais pass\u00e9 de 68 \u00e0 43 kilos. Puis survint l&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie de l&rsquo;\u0153d\u00e8me de la faim. Tous les jours des hommes succombaient. En vain le d\u00e9vou\u00e9 m\u00e9decin du Camp faisait l&rsquo;impossible pour enrayer le mal, en faisant distribuer du soja bouilli, rien n&rsquo;y faisait. Mes voisins de lit, de ch\u00e2lit, plut\u00f4t, avalaient les uns apr\u00e8s les autres leur bulletin de naissance, \u00e0 une cadence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e. Je me demandais si j&rsquo;allais encore demeurer longtemps indemne. L&rsquo;infirmerie ne contenait que quelques lits : la plupart des hommes atteints mouraient sur leur dure couche de camp.<\/p>\n\n\n\n<p>D&rsquo;ordre sup\u00e9rieur, d\u00e9fense expresse d&rsquo;envoyer quiconque soit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Digne, soit \u00e0 celui de Sisteron. La vermine pullulait, les poux \u00e9taient rois. C&rsquo;est au bain qu&rsquo;on changeait de linge. Nos corps n&rsquo;\u00e9taient qu&rsquo;une plaie. Cette vermine affreuse provoquait les \u00e9pid\u00e9mies. La nuit on grelottait sous les minces couvertures ; le jour, il fallait se donner du mouvement pour se r\u00e9chauffer. Car nous n&rsquo;\u00e9tions pas chauff\u00e9s, m\u00eame au gros de l&rsquo;hiver. Avec cela, les surveillants nous menaient la vie dure, op\u00e9raient des fouilles fastidieuses, nous tracassaient \u00e0 tout propos. Plusieurs \u00e9vad\u00e9s, qui ne tard\u00e8rent pas \u00e0 \u00eatre repris, furent par eux rou\u00e9s de coups.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une autre circonstance, un homme fut tu\u00e9 d&rsquo;un coup de mousqueton \u2013 Ces gens-l\u00e0 \u00e9tant arm\u00e9s jusqu&rsquo;aux dents. Comme au Bagne. Mais le Bagne n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un vulgaire pensionnat \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a. Et l&rsquo;on envoyait l\u00e0, pour y souffrir et pour y mourir mis\u00e9rablement, des hommes qui ne savaient m\u00eame pas pourquoi on les y d\u00e9tenait. Quelle honte ! Puis de Gaulle est venu. Comme Daladier, qui les avait instaur\u00e9s, comme P\u00e9tain, qui les avait renforc\u00e9s, il les a maintenus comme l&rsquo;ont fait, apr\u00e8s lui, les divers gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9. Et pourtant, rien n&rsquo;est plus odieux que de vouer ainsi \u00e0 la mort des hommes contre lesquels ne pr\u00e9valait aucune suspicion l\u00e9gale. De deux choses l&rsquo;une : ou ces hommes paraissaient coupables et il fallait les juger ; ou il n&rsquo;y avait \u00e0 leur encontre que de vagues pr\u00e9somptions, et alors ils devaient \u00eatre laiss\u00e9s en libert\u00e9. Quelques intern\u00e9s seulement \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 des travaux qui ne pouvaient souffrir de n&rsquo;\u00eatre pas ex\u00e9cut\u00e9s. Les neuf dixi\u00e8me de l&rsquo;effectif devaient \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;oisivet\u00e9. Pour y parer, des jeux s&rsquo;organisaient, des jeux d&rsquo;argent, surtout la passe et le poker. C&rsquo;est dans les chambres que l&rsquo;on jouait ainsi. Des hommes pay\u00e9s \u00e0 cet effet faisaient le guet dans les escaliers. Les intern\u00e9s politiques et syndicaliste \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s des intern\u00e9s de droit commun : on m&rsquo;avait class\u00e9 dans cette cat\u00e9gorie. Fin Novembre 42, l&rsquo;effectif du camp de Sisteron passa au camp de Fort-Barraux, et vice-versa. C&rsquo;\u00e9tait bien le m\u00eame r\u00e9gime qu&rsquo;\u00e0 Sisteron. Les d\u00e9c\u00e8s y prenaient une allure acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, deux ou trois par jour. C&rsquo;est l\u00e0 que je retrouvai l&rsquo;ancien Gouverneur de la Guyane, M. Chanel, qui devait \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 peu apr\u00e8s au camp de St-Sulpice<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\">[40]<\/a>. Monsieur Chanel m&rsquo;avait propos\u00e9 pour une gr\u00e2ce compl\u00e8te en 1927, mais il ne put m&rsquo;obtenir qu&rsquo;une remise de cinq ans. Il avait donn\u00e9 des ordres pour qu&rsquo;on me laiss\u00e2t en paix. Cette rencontre, en un tel lieu et \u00e0 la m\u00eame enseigne \u2013 l\u2019ancien bagnard et l&rsquo;ancien gouverneur \u2013 quel exemple du retour des choses !<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 moi, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 bout de r\u00e9sistance physique ; j&rsquo;avais contract\u00e9 le terrible \u0153d\u00e8me et l&rsquo;enflure me gagnait de plus en plus. C&rsquo;est alors que mon internement fut transform\u00e9, sur proposition m\u00e9dicale, en r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans un lieu d\u00e9termin\u00e9. On sait que je devais donner quelques coups de canif dans ce contrat unilat\u00e9ral.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tude de Denis Peschanski vient confirmer le propos de Roussenq sur la dramatique situation des intern\u00e9s dans la citadelle fortifi\u00e9e par Vauban et r\u00e9quisitionn\u00e9 en 1940. En f\u00e9vrier 1942, le camp n\u2019avait per\u00e7u que l\u2019\u00e9quivalent d\u2019un plat de l\u00e9gume par semaine&nbsp;; la sous-alimentation chronique fait des ravages et, \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1942, 68 des 302 intern\u00e9s souffrent d\u2019un l\u00e9ger affaiblissement, pour 39 il faudrait des soins intensifs tandis que le cas de 33 d\u2019entre-deux parait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. Il y a donc presque la moiti\u00e9 (46%) des d\u00e9tenus atteints<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>. \u00ab&nbsp;Les cachectiques de Sisteron vinrent mourir dans l\u2019Is\u00e8re&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> apr\u00e8s le transfert \u00e0 Fort-Barraux \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1942, soit 15 d\u00e9c\u00e8s en d\u00e9cembre et 13 en janvier 1943. La pr\u00e9occupation alimentaire \u00e9tant une constante de la relation \u00e9pistolaire de Roussenq avec l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire, il n\u2019y a gu\u00e8re d\u2019\u00e9tonnement \u00e0 avoir \u00e0 la lecture des deux lettres en date des 14 et 29 juillet 1941 adress\u00e9e au chef du camp de Sisteron et conserv\u00e9es dans son dossier. Elles n\u2019en confirment pas moins le propos publi\u00e9 dans <em>Les Allobroges<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Paul Roussenq fait partie de la \u00ab&nbsp;liste des intern\u00e9s tr\u00e8s gravement atteints&nbsp;\u00bb dress\u00e9 le 7 juillet 1942 par le pr\u00e9fet \u2013 inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des camps et centres d\u2019internement du territoire mais Paul Roussenq est un survivant&nbsp;! Le doit-il au jeune docteur Niel qui officie dans la camp&nbsp;? Toujours est-il que le 4 janvier 1943, Paul Roussenq est libre, assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence \u00e0 Sorgues certes mais libre. Comme il l\u2019\u00e9crit dans <em>Les Allobroges<\/em> il ne met pas longtemps \u00e0 transgresser son interdiction de sortie. Le 23 f\u00e9vrier 1943, l\u2019inspecteur Charles Ochs envoie \u00e0 Claude Lavedan, juge d\u2019instruction de l\u2019arrondissement de Roanne, l\u2019ordre de lib\u00e9ration du CSS de Fort-Barraux de Paul Roussenq, assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence et donc \u00ab&nbsp;inculp\u00e9 d\u2019\u00e9vasion&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>. Il est condamn\u00e9 \u00e0 un mois de prison<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a>. Le fait n\u2019est pas anecdotique m\u00eame s\u2019il s\u2019inscrit dans la r\u00e9currence. Il prouve que \u00ab&nbsp;l\u2019engagement sur l\u2019honneur&nbsp;\u00bb \u00e0 \u00ab&nbsp;respecter l\u2019\u0153uvre et la personne du Mar\u00e9chal de France, chef de l\u2019\u00c9tat&nbsp;\u00bb pris \u00e0 Sisteron n\u2019est qu\u2019une acceptation sans lendemain pour appuyer la lib\u00e9ration. Roussenq n\u2019a pas d\u00fb rester bien longtemps \u00e0 Sorgues. Il est encore arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Carpentras, soit \u00e0 24 kilom\u00e8tres au nord-est de la commune. Nous ne savons pas \u00e0 quel date&nbsp;mais il avoue lui-m\u00eame dans <em>Les Allobroges<\/em> en 1948 que c\u2019est sa deuxi\u00e8me \u00ab&nbsp;rupture de contrat&nbsp;\u00bb ; le journal <em>Ce Soir<\/em> signale en 1948 qu\u2019il passe huit jours derri\u00e8re les barreaux<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Florise-Londres-en-1936-entre-Andree-Viollis-et-Jean-Botrot-Dorgeles-Kessel-Danjou-1024x481.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5586\" width=\"330\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Florise-Londres-en-1936-entre-Andree-Viollis-et-Jean-Botrot-Dorgeles-Kessel-Danjou-1024x481.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Florise-Londres-en-1936-entre-Andree-Viollis-et-Jean-Botrot-Dorgeles-Kessel-Danjou-300x141.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Florise-Londres-en-1936-entre-Andree-Viollis-et-Jean-Botrot-Dorgeles-Kessel-Danjou-768x361.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Florise-Londres-en-1936-entre-Andree-Viollis-et-Jean-Botrot-Dorgeles-Kessel-Danjou-1536x722.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Florise-Londres-en-1936-entre-Andree-Viollis-et-Jean-Botrot-Dorgeles-Kessel-Danjou.jpg 1893w\" sizes=\"(max-width: 330px) 100vw, 330px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Paul Roussenq reprend son activit\u00e9 de colporteur \u00e0 la Lib\u00e9ration. \u00c0 presque soixante ans, la vie de cheminot n\u2019est pas aussi facile que dans sa prime jeunesse. Physiquement marqu\u00e9, malade, fatigu\u00e9, l\u2019homme est en recherche constante de quelques subsides lui permettant d\u2019am\u00e9liorer son maigre et pauvre ordinaire. Le journaliste de <em>La Gazette Proven\u00e7ale<\/em> qui le rencontre \u00e0 Avignon au d\u00e9but du mois de novembre 1946 ne peut s\u2019emp\u00eacher de noter qu\u2019il \u00ab\u00a0nous a fait l\u2019effet d\u2019un squelette ambulant, tellement son corps est d\u00e9charn\u00e9\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref47\" href=\"#_ftn47\"><sup>[47]<\/sup><\/a>. Un mois plus tard, Paul Roussenq \u00e9crit \u00e0 la fille d\u2019Albert Londres, Florise, le 12 d\u00e9cembre 1946 apr\u00e8s avoir vainement tent\u00e9 d\u2019entrer en contact avec elle, au mois de mars pr\u00e9c\u00e9dent par l\u2019entremise du directeur de la revue <em>Paysage<\/em>. Les deux missives sont alors compl\u00e9mentaires et doublement \u00e9clairantes sur cette errance permanente\u00a0et sur cette qu\u00eate de la survie :\u00a0\u00a0<\/p>\n\n\n\n<p>Au directeur de la revue <em>Paysage<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Avignon, 24 mars 1946<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis dix ans je m\u00e8ne une vie de r\u00e9prouv\u00e9. L\u2019\u00e9t\u00e9, muni d\u2019une petite pacotille de menus objets de mercerie, je parcours les campagnes m\u00e9ridionales. L\u2019hiver, j\u2019entreprends le p\u00e9riple des h\u00f4pitaux, sortant de l\u2019un pour entrer dans un autre. Je suis actuellement \u00e0 celui d\u2019Avignon mais sur le point d\u2019en sortir. On ne garde gu\u00e8re les indigents \u00e0 d\u00e9faut d\u2019urgence. J\u2019ai mis au point un travail m\u00e9moriel de cinq milles lignes environ&nbsp;: <em>Souvenirs du Bagne et de l\u2019apr\u00e8s-Bagne<\/em>. Je crois qu\u2019il est digne de l\u2019impression d\u2019abord dans un hebdomadaire. Je le r\u00e9serverai pour <em>Paysage<\/em> si vous le jugez opportun. Il y a la mati\u00e8re de cinq pages massives. Vos conditions r\u00e9tributives seront les miennes.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 Florise Londres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Fontainebleau, le 12 d\u00e9cembre 1946<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai r\u00e9dig\u00e9 mes m\u00e9moires o\u00f9 je rends hommage au r\u00e9formateur du Bagne que fut Albert Londres. L\u2019\u00e9diteur <em>Bordas<\/em> l\u2019a conserv\u00e9 plusieurs mois&nbsp;; finalement, il me l\u2019a renvoy\u00e9 all\u00e9guant que ce n\u2019\u00e9tait pas du ressort de sa sp\u00e9cialit\u00e9. Depuis ma rentr\u00e9e en France, je n\u2019ai gu\u00e8re go\u00fbt\u00e9 aux douceurs de la vie. (1933) \u00c0 la belle saison, j\u2019\u00e9coule de menus articles de mercerie dans les campagnes m\u00e9ridionales. L\u2019hiver, je vais d\u2019un h\u00f4pital \u00e0 un autre \u00e0 travers toute la France. Mais j\u2019en ai trop vu \u2013 des vertes et des pas m\u00fbres \u2013 pour ne pas \u00eatre immunis\u00e9 contre les coups du sort. J\u2019aurai une requ\u00eate \u00e0 vous formuler&nbsp;: ne voudriez-vous pas faire appel en ma faveur aupr\u00e8s de vos relations ou d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 de bienfaisance, \u00e0 l\u2019effet de me procurer du linge et des v\u00eatements&nbsp;? Je vous en serais extr\u00eamement reconnaissant. Ma taille est de 1,73. Je vous joins quelques-uns de mes po\u00e8mes esp\u00e9rant qu\u2019ils vous agr\u00e9eront.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>La lettre \u00e0 Florise Londres est effectivement accompagn\u00e9e d\u2019un po\u00e8me de 44 alexandrins \u00e9crit sur deux pages&nbsp;; <em>Apostolat<\/em> glorifie l\u2019action sur les bagnes coloniaux et militaires du reporter, rev\u00eatant sous la plume de Roussenq, les oripeaux d\u2019un saint la\u00efc&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais tous les parias garderont dans leur c\u0153ur \/ Le vivant souvenir de leur lib\u00e9rateur.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\"><sup>[50]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ancien bagnard a \u00e9galement envoy\u00e9 un cahier de vingt-deux pages intitul\u00e9 <em>Po\u00e8mes brefs<\/em> et d\u00e9di\u00e9 \u00e0&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;M<sup>lle<\/sup> Florise Albert Londres, en souvenir d\u2019Albert Londres qui ne cessa de mettre son grand talent au service des opprim\u00e9s et des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Treize petits po\u00e8mes composent l\u2019opuscule&nbsp;; Roussenq y \u00e9voque <em>Rimbaud<\/em> et <em>Baudelaire<\/em> ainsi que son ressenti, son v\u00e9cu dans <em>Solitude<\/em>, <em>Introspection<\/em> ou encore <em>\u00c9vocation nocturne<\/em>. L\u2019<em>Horoscope<\/em> et les <em>Saisons et le zodiaque<\/em> sont destin\u00e9s \u00ab&nbsp;aux fins de publication dans un almanach astrologique&nbsp;\u00bb tandis que <em>J H Fabre<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\"><sup><strong><sup>[52]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em> chante la gloire en quatorze vers du naturaliste d\u2019Avignon, pr\u00e9curseur de l\u2019\u00e9thologie, et po\u00e8te de langue occitane.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq recherche une aide mat\u00e9rielle, c\u2019est une \u00e9vidence. Mais ses po\u00e8mes et la lettre \u00e0 Florise Londres, dont on ne sait si elle lui a r\u00e9pondu, r\u00e9v\u00e8lent en m\u00eame temps que son \u00e9rudition et son app\u00e9tence pour la versification, une adaptation \u00e0 son public. Nous sommes loin, tr\u00e8s loin en effet des critiques acerbes \u00e0 l\u2019encontre du c\u00e9l\u00e8bre reporter \u00e9crites dans les <em>25 ans de bagne<\/em> ou encore prononc\u00e9es devant \u00ab&nbsp;les 100.000 ouvriers&nbsp;\u00bb venus ou\u00efr le h\u00e9ros du prol\u00e9tariat fran\u00e7ais en 1933<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\"><sup>[53]<\/sup><\/a>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est encore ce type de proc\u00e9d\u00e9 qu\u2019il emploie un peu plus d\u2019un an apr\u00e8s lorsque, \u00e0 Grenoble, le quotidien communiste <em>Les Allobroges<\/em> publient \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb. Du jeudi 29 janvier au jeudi 11 mars 1948, les lecteurs is\u00e9rois apprennent en trente-six longs articles l\u2019\u00e9difiante et mis\u00e9rable vie d\u2019un jeune r\u00e9fractaire ayant lanc\u00e9 un quignon de pain \u00e0 la face ahurie d\u2019un juge. Si Albert Londres est d\u00e9cemment trait\u00e9 par comparaison \u00e0 la dialectique communiste des ann\u00e9es SRI, il n\u2019est pas surprenant de voir la narration du voyage en URSS \u00e9crite toute en nuance et surtout sans critique comme il l\u2019a fait du temps de sa g\u00e9rance du journal libertaire <em>Terre Libre<\/em> en 1935. Roussenq feint alors de s\u2019enthousiasmer pour la prison sovi\u00e9tique qu\u2019il a visit\u00e9e \u00e0 Moscou le 19 ao\u00fbt 1933 ou encore pour l\u2019orphelinat Dzerjinski de Kharkov en Ukraine qu\u2019on montre \u00e0 la d\u00e9l\u00e9gation des camarades fran\u00e7ais en septembre<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"294\" height=\"384\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Ce-Soir-13-f\u00e9vrier-1948.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5137\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Ce-Soir-13-f\u00e9vrier-1948.jpg 294w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Ce-Soir-13-f\u00e9vrier-1948-230x300.jpg 230w\" sizes=\"(max-width: 294px) 100vw, 294px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Les derniers chapitres de \u00ab\u00a0Mes tombeaux\u00a0\u00bb nous \u00e9clairent un peu sur le parcours de Roussenq apr\u00e8s la guerre. Il raconte en effet son errance sous le triptyque route \u2013 h\u00f4pital \u2013 prison<a id=\"_ftnref55\" href=\"#_ftn55\"><sup>[55]<\/sup><\/a>. De fait, si l\u2019on sait par la lettre qu\u2019il \u00e9crit \u00e0 Florise Londres qu\u2019il se trouve \u00e0 Fontainebleau en d\u00e9cembre 1946 apr\u00e8s avoir s\u00e9journ\u00e9 \u00e0 Avignon, il est donc en Is\u00e8re \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1947 et se retrouve \u00e0 la prison de Grenoble au moment o\u00f9 <em>Les Allobroges<\/em> publient ses souvenirs.\u00a0 C\u2019est l\u00e0 que l\u2019attendent Christian Galli, journaliste et po\u00e8te local, et Minnie Danzas, du quotidien <em>Ce Soir<\/em>, pour l\u2019interviewer au d\u00e9but du mois de f\u00e9vrier 1948<a id=\"_ftnref56\" href=\"#_ftn56\"><sup>[56]<\/sup><\/a>. Nous avons vu dans le chapitre \u00ab\u00a0Prol\u00e9gom\u00e8nes de la red\u00e9couverte des \u00e9crits d\u2019un homme devenu bagne\u00a0\u00bb que Roussenq fraternise avec un jeune couple grenoblois qui l\u2019h\u00e9berge avant qu\u2019il ne reprenne son chemin vers Aimargues. En remerciement, le vieux cheminot de 63 ans, offre \u00e0 Louis et S\u00e9verine Beaumier \u00ab\u00a0les seuls cadeaux \u00e0 sa port\u00e9e ; un fort couteau \u00e0 lames multiples, et un petit carnet manuscrit et d\u00e9dicac\u00e9, o\u00f9 il avait inscrit une vingtaine de po\u00e8mes de son cru. \u00bb<a id=\"_ftnref57\" href=\"#_ftn57\"><sup>[57]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le cahier offert en contient seize<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\"><sup>[58]<\/sup><\/a>&nbsp;; on y retrouve dix des treize po\u00e8mes offerts \u00e0 Florise Londres. <em>Horoscope<\/em>, <em>\u00c0 Rimbaud<\/em> et <em>Horoscope<\/em> ont c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 <em>Mon destin<\/em>, <em>L\u2019Amiti\u00e9<\/em>, <em>L\u2019Amour<\/em>, <em>le Sourire<\/em>, <em>la Guyane<\/em> et <em>D\u00e9fi \u00e0 la souffrance<\/em>. <em>La Guyane<\/em> n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un extrait de <em>La G\u00e9henne<\/em> et <em>L\u2019Enfer du bagne<\/em> que l\u2019ancien bagnard a r\u00e9dig\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni. <em>D\u00e9fi \u00e0 la souffrance<\/em>, que nous reproduisons plus bas, nous semble, en 1948, pr\u00e9monitoire tant l\u2019homme parait fatigu\u00e9. Le 24 avril, il donne de ses nouvelles \u00e0 ses nouveaux amis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Me voici rendu \u00e0 Aimargues depuis avant-hier. Mais je n\u2019y ai pas retrouv\u00e9 le soleil du Midi. De la pluie, et encore de la pluie\u2026 Je suis tomb\u00e9 en pleine gr\u00e8ve des ouvriers agricoles<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\"><sup>[59]<\/sup><\/a>. Ces derniers r\u00e9clament un salaire horaire de 65 fcs, un rappel du manque \u00e0 gagner depuis le 1<sup>er<\/sup> octobre et le payement int\u00e9gral des journ\u00e9es de gr\u00e8ves. D\u00e9j\u00e0, dans des communes voisines, les agricoles ont obtenu pleine et enti\u00e8re satisfaction<a href=\"#_ftn60\" id=\"_ftnref60\"><sup>[60]<\/sup><\/a>. Mais les patrons vinassiers d\u2019Aimargues ren\u00e2clent et la gr\u00e8ve continue. Une soupe populaire fonctionne matin et soir, depuis huit jours. \u00c0 midi, on distribue de la soupe, des l\u00e9gumes et de la viande&nbsp;; \u00e0 sept heures, de la soupe et des l\u00e9gumes secs ou des pommes de terre en rago\u00fbt. La solidarit\u00e9 s\u2019exer\u00e7ant de la part des organisations non-gr\u00e9vistes. Le moral est bon et la lutte se poursuivra jusqu\u2019\u00e0 la capitulation finale.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faut dire que les travailleurs d\u2019Aimargues sont tr\u00e8s combattifs&nbsp;; cette localit\u00e9 poss\u00e8de un fort noyau libertaire et l\u2019influence des copains est pr\u00e9pond\u00e9rante. D\u2019ailleurs, ils sont \u00e0 la t\u00eate du comit\u00e9 de gr\u00e8ve. Je vais rester ici jusqu\u2019au 1<sup>er<\/sup> mai. Ensuite, je ferai achat de petits articles de mercerie \u00e0 N\u00eemes et \u00e0 Avignon et puis j\u2019irai rejoindre la r\u00e9gion de Ch\u00e2teaurenard pour les \u00e9couler. J\u2019y retrouverai mon cabanon et j\u2019y passerai la bonne saison. (\u2026) Ici, j\u2019ai lou\u00e9 une chambre, et la plupart du temps je prends mes repas chez des camarades. Une ration suppl\u00e9mentaire \u00e0 mon intention leur est d\u00e9livr\u00e9e. D\u2019ailleurs, il reste toujours du rabiot dans les marmites.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn61\" id=\"_ftnref61\"><sup>[61]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq fait savoir aux \u00e9poux Beaumier qu\u2019il doivent adresser leur courrier s\u2019ils veulent lui \u00e9crire chez \u00c9lis\u00e9e Perrier<a href=\"#_ftn62\" id=\"_ftnref62\"><sup>[62]<\/sup><\/a>. Ce militant au groupe local de la FA anime le comit\u00e9 de gr\u00e8ve avec quatre autres compagnons, dont Jean Jourdan, et cinq syndiqu\u00e9s CGT. \u00ab&nbsp;\u00c9lis\u00e9e Perrier \u00e9tait, parmi eux, le plus \u00e9cout\u00e9 parce que le plus calme, le plus sens\u00e9, fournissant des arguments logiques et irr\u00e9futables&nbsp;\u00bb, se souvient \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 1988 Alphonse Sabatier interrog\u00e9 par S\u00e9verine Beaumier<a href=\"#_ftn63\" id=\"_ftnref63\"><sup>[63]<\/sup><\/a>. D\u2019abord soutenu par la mairie communiste d\u2019Aimargues<a href=\"#_ftn64\" id=\"_ftnref64\"><sup>[64]<\/sup><\/a>, le mouvement des ouvriers agricoles rentre vite en conflit avec elle. Le conflit s\u2019enlise&nbsp;et la gendarmerie n\u2019h\u00e9site pas \u00e0 user de la matraque<a href=\"#_ftn65\" id=\"_ftnref65\"><sup>[65]<\/sup><\/a>. Roussenq a de toute \u00e9vidence particip\u00e9 \u00e0 l\u2019agitation men\u00e9e par ses compagnons. A-t-il travaill\u00e9 dans les vignes d\u2019Aimargues avant ou apr\u00e8s son s\u00e9jour sur Avignon comme il l\u2019\u00e9crit \u00e0 ses amis grenoblois&nbsp;? La commune de Chateaurenard se trouve en effet \u00e0 cinq kilom\u00e8tres environ au sud-est de la cit\u00e9 des papes. Le 8 ao\u00fbt 1988, Louis et S\u00e9verine Baumier rencontrent \u00e0 Aimargues Michel Math\u00e8s qui travaille sur une biographie de son ami anarchiste Jean Jourdan d\u00e9c\u00e9d\u00e9 deux ans plus t\u00f4t et dont il a recueilli les souvenirs oraux. Jourdan (1908-1986), dit Chocho, pilota le comit\u00e9 de lib\u00e9ration de la commune en 1944<a href=\"#_ftn66\" id=\"_ftnref66\"><sup>[66]<\/sup><\/a> apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 intern\u00e9 au camp de Saint-Sulpice dans le Tarn pendant la guerre<a href=\"#_ftn67\" id=\"_ftnref67\"><sup>[67]<\/sup><\/a>. Install\u00e9 apr\u00e8s 1948 au Cailar \u00e0 4 kilom\u00e8tres, il s\u2019est rappel\u00e9 de Paul Roussenq employ\u00e9 aux vendanges, ne \u00ab&nbsp;se souciant gu\u00e8re du rendement&nbsp;\u00bb et surtout refusant de laisser passer une charrette entre les vignes, o\u00f9 il se trouvait assis, parce qu\u2019il d\u00e9jeunait&nbsp;: \u00ab&nbsp;C\u2019est l\u2019heure de manger&nbsp;; moi je mange&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn68\" id=\"_ftnref68\"><sup>[68]<\/sup><\/a>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Jourdan, \u00c9lis\u00e9e Perrier ont accueilli Roussenq \u00e0 Aimargues mais on ne sait pas le temps qu\u2019il a pass\u00e9 l\u00e0 et \u00e0 proximit\u00e9 d\u2019Avignon en 1948&nbsp;; il tombe visiblement malade au point, au fil de son errance reprise, de penser r\u00e9guli\u00e8rement au suicide comme il l\u2019\u00e9crit dans son po\u00e8me <em>D\u00e9fi \u00e0 la souffrance<\/em>&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je te connais Douleur. En vain ton aiguillon<\/p>\n\n\n\n<p>A labour\u00e9 ma chair de son dur sillon.<\/p>\n\n\n\n<p>En vain, ta meurtrissure a labour\u00e9 mon \u00e2me&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n\u2019a pas \u00e9teint cette vivace flamme<\/p>\n\n\n\n<p>Qui br\u00fble dans mon c\u0153ur longuement ravag\u00e9<\/p>\n\n\n\n<p>Et qui bat, malgr\u00e9 tout, de son rythme inchang\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Si le destin cruel m\u2019a choisi comme cible<\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019apportant, de tourments, une somme indicible,<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai support\u00e9 ses coups d\u2019un front toujours serein,<\/p>\n\n\n\n<p>Sans que la moindre tr\u00eave y vienne mettre un frein.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Et lorsque, maintenant, au terme du calvaire<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9voque, du Pass\u00e9, le visage s\u00e9v\u00e8re<\/p>\n\n\n\n<p>Ayant tout endur\u00e9, pr\u00e8s du gouffre b\u00e9ant,<\/p>\n\n\n\n<p>Je demeure debout, sur le seuil du n\u00e9ant&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn69\" id=\"_ftnref69\"><sup>[69]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le pas est franchi \u00e0 Bayonne le 3 ao\u00fbt 1949. Une mort r\u00e9sumant toute une vie d\u2019anarchiste. Une mort choisie, voulue et non subie. Une mort pour effacer les douleurs du corps et la d\u00e9prime grandissante. L\u2019homme est \u00ab&nbsp;\u00e0 bout&nbsp;\u00bb, fatigu\u00e9. Il est all\u00e9 \u00ab&nbsp;chercher le grand rem\u00e8de \u00e0 toutes les souffrances&nbsp;\u00bb dans la \u00ab&nbsp;belle rivi\u00e8re&nbsp;\u00bb qui coule dans la ville. Son corps est rep\u00each\u00e9 le 6 ao\u00fbt. Sa derni\u00e8re lettre, celle que la police retrouve sur les bords de l\u2019Adour, est pour \u00c9lis\u00e9e Perrier qui, dans la n\u00e9cro du <em>Libertaire<\/em> en date du 19 ao\u00fbt 1949, raconte la fin de son ami, l\u2019Incorrigible Roussenq&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Us\u00e9 par 25 ans de bagne et, depuis sa lib\u00e9ration, traqu\u00e9 et jet\u00e9 en prison par tous les Javert de France, ce \u00ab&nbsp;doux pays de libert\u00e9&nbsp;\u00bb, malade, accul\u00e9 d\u00e9sormais \u00e0 rouler d\u2019un h\u00f4pital \u00e0 l\u2019autre sans espoir de gu\u00e9rison, Roussenq tente par deux fois, \u00e0 Cannes le 7 juillet dernier, de se donner la mort, sans y parvenir.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Au diable<\/em> \u2013 m\u2019\u00e9crit-il \u2013 <em>cette malchance&nbsp;! Faudra-t-il que j\u2019attende le verdict de la nature&nbsp;?<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u00e9journe encore bri\u00e8vement dans diff\u00e9rents h\u00f4pitaux, aussi moches les uns que les autres, et le voici, le 30 juillet, \u00e0 Bayonne. Il souffre terriblement. La douleur ricane, croyant d\u00e9j\u00e0 tenir sa proie. Roussenq se passera de ses services. Elle veut le tuer. Il la devancera dans ses pr\u00e9tentions. C\u2019est la derni\u00e8re victoire qu\u2019il remportera sur elle. Roussenq \u00e9tait d\u2019une esp\u00e8ce rare. Il est mort comme il a v\u00e9cu. Simplement. Courageusement.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn70\" id=\"_ftnref70\"><sup>[70]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Le 9 septembre 1949, <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, qui avait douze ans auparavant publi\u00e9 ses souvenirs, lui rend un ultime hommage \u00ab\u00a0alors que la nouvelle ne semble pas avoir fait grand bruit dans la presse.\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref71\" href=\"#_ftn71\"><sup>[71]<\/sup><\/a> Le journaliste Motus ne manque pas alors de souligner une vie de souffrance et de mis\u00e8re\u00a0: \u00ab\u00a0Le mieux ne vient jamais pour les \u00eatres vou\u00e9s aux g\u00e9monies \u2013 sauf dans les romans bien construits.\u00a0\u00bb<a id=\"_ftnref72\" href=\"#_ftn72\"><sup>[72]<\/sup><\/a> Le registre du cimeti\u00e8re de Saint-L\u00e9on de Bayonne porte \u00e0 juste titre la mention \u00ab\u00a0indigent\u00a0\u00bb \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du nom du suicid\u00e9<a id=\"_ftnref73\" href=\"#_ftn73\"><sup>[73]<\/sup><\/a>. Paul Roussenq, dit L\u2019Inco, est mort. Dernier beau voyage.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-Paul-Roussenq-a-Saint-Laurent-du-Maroni-768x1024.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5584\" width=\"272\" height=\"363\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-Paul-Roussenq-a-Saint-Laurent-du-Maroni-768x1024.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-Paul-Roussenq-a-Saint-Laurent-du-Maroni-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-Paul-Roussenq-a-Saint-Laurent-du-Maroni-1152x1536.jpg 1152w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/rue-Paul-Roussenq-a-Saint-Laurent-du-Maroni.jpg 1512w\" sizes=\"(max-width: 272px) 100vw, 272px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Reste une existence d\u2019insoumis, une vie d\u2019incorrigible oubli\u00e9e\u00a0? Reste une plaque de rue dans un quartier excentr\u00e9 de Saint-Laurent-du-Maroni en Guyane. Un nom de rue pour rappeler une vie libre malgr\u00e9 les ann\u00e9es d\u2019enfermement. Les yeux ouverts. Roussenq a vu un monde qui n\u2019\u00e9tait pas beau. Restent ses souvenirs d\u2019URSS et ses indispensables m\u00e9moires carc\u00e9raux. Restent les alexandrins d\u2019un po\u00e8te autodidacte. Roussenq r\u00e9siste nous l\u2019avons vu par l\u2019\u00e9crit. Il n\u2019\u00e9tait finalement pas un bagne\u00a0; il \u00e9tait un homme dans toute sa complexit\u00e9. Un homme conscient et politis\u00e9, \u00e9pris du principe de libert\u00e9, refusant tous les pouvoirs et pr\u00eat \u00e0 en assumer toutes les cons\u00e9quences. Heureux qui comme Roussenq a fait de beaux voyages\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p>Reste un exemple particuli\u00e8rement \u00e9clairant du traitement p\u00e9nal de la question sociale \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. Clairvaux, Biribi, la Guyane. Une machine \u00e0 broyer les asociaux, les petits et grands criminels, les adolescents vagabonds \u2013 et c\u2019est pire encore quand le virus de la contestation anarchiste les pique&nbsp;; un syst\u00e8me \u00e9liminatoire dont on en sort pas indemne. Il faut lire Paul Henri Roussenq, le bagnard de Saint-Gilles, pour prendre la pleine et enti\u00e8re mesure d\u2019une force de caract\u00e8re ne se limitant pas seulement \u00e0 des ann\u00e9es de cachots et \u00e0 un dossier pesant plus de cinq kilogrammes<a href=\"#_ftn74\" id=\"_ftnref74\"><sup>[74]<\/sup><\/a>. Reste la lumi\u00e8re d\u2019un indispensable t\u00e9moignage, d\u2019un document historique fort, \u00e9crit au Centre de S\u00e9jour Surveill\u00e9 de Sisteron en juin 1941, pr\u00e9sentant sans acrimonie et d\u2019une mani\u00e8re tout \u00e0 fait didactique le <em>Visage du Bagne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et c\u2019est Roussenq qui l\u2019\u00e9claire pour nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Bienvenue chez les hommes punis.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> AN, Fonds Moscou, 19940472\/ article 291\/ dossier 26154 : Roussenq Paul 1933-1940, rapport du pr\u00e9fet du Gard, 28 juin 1935.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310, jeudi 11 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Minnie Danzas, article \u00ab L\u2019Inco, 21 ans de bagne, 3779 jours de cachot, a connu toutes les prisons de France et la Guyane\u2026 \u00bb dans <em>Ce Soir<\/em>, 13 f\u00e9vrier 1948. L\u2019arrestation de Roussenq est signal\u00e9 dans <em>Le R\u00e9publicain de Belfort<\/em> en date du 25 mai 1935.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Le Progr\u00e8s de la C\u00f4te d\u2019Or<\/em>, 16 juin 1935.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Minnie Danzas, article \u00ab L\u2019Inco, 21 ans de bagne, 3779 jours de cachot, a connu toutes les prisons de France et la Guyane\u2026 \u00bb dans <em>Ce Soir<\/em>, 13 f\u00e9vrier 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>La D\u00e9p\u00eache de Toulouse<\/em>, <em>L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em>, <em>La R\u00e9publique<\/em>, <em>Le Journal<\/em>, 18 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Ren\u00e9 Louis Lachat, article \u00ab Toi Roussenq L\u2019Inco \u00bb dans <em>Le Petit Dauphinois<\/em>, 6 mars 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Georges Salonic, article \u00ab Roussenq l\u2019Inco \u00bb dans <em>Paris-Soir<\/em>, 28 mars 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Le Matin<\/em>, 17 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>L\u2019\u00c9cho de Paris<\/em>, 18 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>L\u2019\u0152uvre<\/em>, 18 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Le Jour<\/em>, 18 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>La R\u00e9publique<\/em>, 18 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> <em>Le Journal<\/em>, 18 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Le Matin<\/em>, 17 janvier 1938&nbsp;; <em>Le Journal des D\u00e9bats<\/em>, 19 janvier 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310, jeudi 11 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> N\u00e9 le 15 juin 1909 \u00e0 Oureau, Maurice Duwiquet dit Maurice Doutreau, correcteur et militant anarchiste, adh\u00e8re en 1935 \u00e0 la Ligue internationale d\u2019action pacifiste et sociale et l\u2019ann\u00e9e suivante \u00e0 l\u2019UACR. Collaborateur r\u00e9gulier au <em>Libertaire<\/em>, il est condamn\u00e9 \u00e0 deux mois de prison pour des propos consid\u00e9r\u00e9s comme une apologie du meurtre dans un article sur la mort de deux policiers parisiens. En avril 1938, il fait une tourn\u00e9e de conf\u00e9rences contre la guerre et l\u2019union sacr\u00e9e, pour le compte de l\u2019UA \u00e0 Saint-Claude, Lyon, Annecy, Annemasse, Thonon, Chamb\u00e9ry, Grenoble o\u00f9 est organis\u00e9e cette qu\u00eate en faveur de Roussenq. DMA, notice Maurice Doutreau.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> <em>Le Libertaire<\/em>, 12 mai 1938.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> AN, Fonds Moscou, 19940472\/ article 291\/ dossier 26154 : Roussenq Paul 1933-1940, rapport du procureur g\u00e9n\u00e9ral de la cour d\u2019appel de N\u00eemes, 9 d\u00e9cembre 1939.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1307, lundi 8 mars 1948, p.2&nbsp;: \u00ab&nbsp;Une quatri\u00e8me fois, je me vis traduire, sous la m\u00eame inculpation, devant le tribunal correctionnel d&rsquo;Aix-en-Provence, vers 1936. Le Pr\u00e9sident m&rsquo;ayant demand\u00e9 mes nom et pr\u00e9noms, le Substitut intervint : <em>Cette affaire ne me parait pas claire. Rien n&rsquo;\u00e9tablit que le pr\u00e9venu soit effectivement soumis \u00e0 une interdiction de s\u00e9jour. J&rsquo;ai envoy\u00e9 une note \u00e0 cet \u00e9gard, dont j&rsquo;attends la r\u00e9ponse. Dans ces conditions, je demande le renvoi \u00e0 huitaine<\/em>. Je m&rsquo;attendais \u00e0 \u00eatre condamn\u00e9 avec un retard de huit jours lorsque je revins sur la sellette. A ma grande surprise, le Substitut d\u00e9clara : <em>J&rsquo;ai re\u00e7u ce matin m\u00eame les pi\u00e8ces qui sont au dossier. Roussenq demeure touch\u00e9 par le paragraphe&#8230; article&#8230; de la loi d&rsquo;amnistie du&#8230; Dans ces conditions, la relaxe s&rsquo;impose<\/em>. Et je fus acquitt\u00e9. Ainsi j&rsquo;\u00e9tais amnisti\u00e9 depuis un temps ant\u00e9rieur \u00e0 mes condamnations et je n&rsquo;en savais rien, de m\u00eame que les juges qui m&rsquo;avaient condamn\u00e9 par trois fois.&nbsp;\u00bb Notons que Roussenq, en 1948, divise par deux le nombre de ses condamnations depuis qu\u2019il est rentr\u00e9 en France \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1932&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> AN, Fonds Moscou, 19940472\/ article 291\/ dossier 26154 : Roussenq Paul 1933-1940, rapport du procureur g\u00e9n\u00e9ral de la cour d\u2019appel de N\u00eemes, 9 d\u00e9cembre 1939&nbsp;; note du directeurs des affaires criminelles et des gr\u00e2ces aupr\u00e8s du garde des sceaux, 18 d\u00e9cembre 1939.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1307, lundi 8 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1308, mardi 9 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Article \u00ab&nbsp;Un anarchiste ancien for\u00e7at est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 Bess\u00e8ges&nbsp;\u00bb dans <em>Le Petit Proven\u00e7al<\/em>, 27 avril 1940.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1308, mardi 9 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Denis Peschanski, <em>les camps fran\u00e7ais d\u2019internement 1938-1946<\/em>, th\u00e8se pour l\u2019obtention du grade de docteur d\u2019\u00c9tat es-lettres (histoire contemporaine), sous la direction de M. Antoine Prost, Universit\u00e9 Paris I Panth\u00e9on-Sorbonne, 2000, p.II.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans Les Allobroges, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1308, mardi 9 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> <em>Journal Officiel de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise<\/em>, 19 novembre 1939, p.13218&nbsp;: \u00ab&nbsp;Article 1&nbsp;: Dans les cas pr\u00e9vus \u00e0 l\u2019article 1<sup>er<\/sup> de la loi du 11 juillet 1938, lorsque l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9, les individus dangereux pour la d\u00e9fense nationale ou pour la s\u00e9curit\u00e9 publique peuvent, sur d\u00e9cision du pr\u00e9fet, \u00eatre \u00e9loign\u00e9s par l\u2019autorit\u00e9 militaire des lieux o\u00f9 ils r\u00e9sident, et, en cas de n\u00e9cessit\u00e9, \u00eatre astreints \u00e0 r\u00e9sider dans un centre d\u00e9sign\u00e9 par d\u00e9cision du ministre de la d\u00e9fense nationale et de la guerre et du ministre de l\u2019int\u00e9rieur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> AD Haute Vienne, 185W3-68, liste des intern\u00e9s arriv\u00e9s pendant la quinzaine du 1<sup>er<\/sup> au 15 f\u00e9vrier 1941.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> AD Alpes de Hautes Provence, 0041W0007, \u00c9tat nominatif des intern\u00e9s arriv\u00e9s, lib\u00e9r\u00e9s, \u00e9vad\u00e9s du camp de Sisteron pendant la p\u00e9riode du 1<sup>er<\/sup> au 28 f\u00e9vrier 1941&nbsp;; AD Is\u00e8re 15W220, notice individuelle Paul Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> AD Alpes de Hautes Provence, 0041W0034, rapport du pr\u00e9fet \u2013 inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des camps et centres d\u2019internement du territoire et liste des intern\u00e9s gravement atteints, 7 juillet 1942.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> AD Is\u00e8re, 15W134, rapport commissaire de la police nationale au camp de Sisteron, 1<sup>er<\/sup> septembre 1941.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Le CSS de Sisteron devient \u00e0 ce moment un centre d\u2019internement pour les d\u00e9tenus politiques.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> AD Is\u00e8re, 15W134, d\u00e9claration de l\u2019intern\u00e9 Roussenq Paul, 13 octobre 1942&nbsp;: \u00ab&nbsp;En cas de lib\u00e9ration, Roussenq Paul s\u2019engage \u00e0 ne plus se livrer \u00e0 une activit\u00e9 r\u00e9pr\u00e9hensible quelconque et \u00e0 servir de tous ses moyens la personne du Chef de l\u2019\u00c9tat et la R\u00e9volution Nationale.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> AD Is\u00e8re 17W134, la lettre du 14 juillet 1941 se plaint de l\u2019attitude d\u2019un surveillant venu lui demander son nom pour le mettre en punition apr\u00e8s qu\u2019il ait fait une remarque sur la qualit\u00e9 de la nourriture servie&nbsp;; celle du 29 juillet, adress\u00e9e comme la pr\u00e9c\u00e9dente au chef de camp, \u00e9voque une distribution de nourriture plus favorable aux amis des cuisiniers qu\u2019aux autres intern\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Charles Jean Chanel n\u2019a pas d\u00fb rester bien longtemps au CSS de Saint-Sulpice dans le Tarn, puisque son d\u00e9c\u00e8s est signal\u00e9 le 13 janvier 1943 \u00e0 Cannes.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn41\" href=\"#_ftnref41\">[41]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b01309 et n\u00b0 1310, mercredi 10 mars et jeudi 11 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Denis Peschanski, op. cit., p.237.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Denis Peschanski, <em>op. cit.<\/em>, p.248.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> AD Is\u00e8re 17W134.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Minnie Danzas, article \u00ab L\u2019Inco, 21 ans de bagne, 3779 jours de cachot, a connu toutes les prisons de France et la Guyane\u2026 \u00bb dans <em>Ce Soir<\/em>, 13 f\u00e9vrier 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> <em>La Gazette Proven\u00e7ale<\/em>, 7 novembre 1946.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> A.N., Fonds Albert Londres, 76AS20.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> A.N., Fonds Albert Londres, 76AS16.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a> Jean-Henri Fabre, 1823-1915.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a> Voir chapitres&nbsp;: \u00ab&nbsp;A working class hero is something to be&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Le poison de la propagande&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;Prol\u00e9gom\u00e8ne de la red\u00e9couverte des \u00e9crit d\u2019un homme devenu bagne&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref54\" id=\"_ftn54\">[54]<\/a> Paul Roussenq, article \u00ab Mes tombeaux \u00bb dans Les Allobroges, 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b01305 et n\u00b0 1306, vendredi 5 mars et lundi 8 mars 1948, p.2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a> Soit les num\u00e9ros 1303, 1304 et 1310 des <em>Allobroges<\/em> en date des 3, 4 et 11 mars 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a> Minnie Danzas, article \u00ab L\u2019Inco, 21 ans de bagne, 3779 jours de cachot, a connu toutes les prisons de France et la Guyane\u2026 \u00bb dans Ce Soir, 13 f\u00e9vrier 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a> Dossier de recherche de Louis et S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Pauline Cazalis, <em>L\u2019anarchisme entre lutte sociale et prise de pouvoir : Aimargues 1900-1951<\/em>, m\u00e9moire de ma\u00eetrise en histoire contemporaine, Universit\u00e9 Paul Val\u00e9ry \u2013 Montpellier III, septembre 2001, p.129-136&nbsp;: \u00ab&nbsp;Reprise de la tradition de combat&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019apog\u00e9e des gr\u00e8ves aimarguoises se situe en 1948. Celles-ci, malgr\u00e9 l\u2019importance de la CGT, restent influenc\u00e9es par l\u2019anarcho-syndicalisme&nbsp;\u00bb (p.132).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref60\" id=\"_ftn60\">[60]<\/a> Pauline Cazalis, <em>op. cit.<\/em>, p.133&nbsp;: \u00ab&nbsp;Cette derni\u00e8re phrase fait allusion \u00e0 Saint-Laurent d\u2019Aigouze et \u00e0 Aigues-Mortes, o\u00f9 les ouvriers ont obtenu 65 fr. de l\u2019heure et un rappel sur la base de 59 fr. de l\u2019heure \u00e0 compter du 1<sup>er<\/sup> d\u00e9cembre 1947, au lieu des 52 fr. 50 de l\u2019heure accord\u00e9s par l\u2019arr\u00eat\u00e9 d\u2019avant la gr\u00e8ve.&nbsp;\u00bb Le propos de l\u2019auteur commente l\u2019article de <em>La Voix de la Patrie<\/em> en date du 13 avril 1948 qui donne la m\u00eame information que Paul Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref61\" id=\"_ftn61\">[61]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn62\" href=\"#_ftnref62\">[62]<\/a> \u00c9lis\u00e9e Perrier, 1913-1992, ouvrier agricole, milite dans les ann\u00e9es 1930 au sein du groupe d\u2019Aimargues\u00a0; intern\u00e9 pendant la guerre pour avoir refus\u00e9 l\u2019ordre de mobilisation, il adh\u00e8re \u00e0 la lib\u00e9ration \u00e0 la FA puis \u00e0 la CNT\u00a0; c\u2019est avec ce syndicat anarchiste qu\u2019il participe activement aux gr\u00e8ves de 1947, 1948 et 1950. Perrier accueille Roussenq en 1948\u00a0; il le connait depuis les ann\u00e9es 1930 et c\u2019est lui qui consacre l\u2019article n\u00e9crologique du libertaire le 19 ao\u00fbt 1949. DMA, notice Perrier \u00c9lis\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref63\" id=\"_ftn63\">[63]<\/a> Dossier de recherche de Louis et S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref64\" id=\"_ftn64\">[64]<\/a> Joseph Chatellier (1901-1985) appartient au groupe anarchiste d\u2019Aimargues dans les ann\u00e9es 1920 avant de rallier le parti communiste \u00e0 la Lib\u00e9ration et d\u2019occuper le poste de maire de la commune de 1945 \u00e0 1963. DMA, notice Chatellier Joseph.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref65\" id=\"_ftn65\">[65]<\/a> Dossier de recherche de Louis et S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal. Souvenirs d\u2019Alphonse Sabatier&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les gr\u00e8ves des ouvriers de la viticulture&nbsp;? il y en a eu \u00e0 diverses \u00e9poques. Celle de 1948&nbsp;? parbleu, il en \u00e9tait&nbsp;! Elle a dur\u00e9 un mois&nbsp;; les gendarmes, les gardes mobiles sont intervenus. Les gr\u00e9vistes ont essay\u00e9 de tenir bon.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref66\" id=\"_ftn66\">[66]<\/a> Pauline Cazalis, op. cit., p.97, chapitre III \u00ab&nbsp;La commune libre et son \u00e9chec&nbsp;\u00bb&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u00c0 Aimargues, profitant de la confusion g\u00e9n\u00e9rale due \u00e0 la d\u00e9b\u00e2cle allemande, les anarchistes d\u00e9cid\u00e8rent de d\u00e9clarer la Commune Libre et de mettre en pratique des id\u00e9aux pr\u00f4n\u00e9s dans la ville depuis longtemps.&nbsp;\u00bb L\u2019exp\u00e9rience ne dure pas bien \u00e9videmment.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref67\" id=\"_ftn67\">[67]<\/a> DMA, notice Jourdan Jean.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref68\" id=\"_ftn68\">[68]<\/a> Dossier de recherche de Louis et S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal. Souvenirs de Jean Jourdan.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref69\" id=\"_ftn69\">[69]<\/a> Dossier de recherche de Louis et S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal. Cahier de po\u00e8mes donn\u00e9es \u00e0 Louis et S\u00e9verine Beaumier.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref70\" id=\"_ftn70\">[70]<\/a> \u00c9lis\u00e9e Perrier, article \u00ab&nbsp;Paul Roussenq, L\u2019Inco n\u2019est plus&nbsp;\u00bb dans <em>Le Libertaire<\/em>, 19 ao\u00fbt 1949.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref71\" id=\"_ftn71\">[71]<\/a> Effectivement, seul le journal <em>Combat<\/em> signale le 5 ao\u00fbt 1949 qu\u2019\u00e0 \u00ab&nbsp;Bayonne, sur les rives de l\u2019Adour a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9e une lettre dans laquelle un ancien bagnard, Paul Roussenq, 63 ans, qui a pass\u00e9 25 ans \u00e0 l\u2019\u00eele du Salut, exprimait son intention de mettre fin \u00e0 ses jours. Les recherches n\u2019ont pas permis de retrouver son corps.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref72\" id=\"_ftn72\">[72]<\/a> Motus, article \u00ab&nbsp;Entre nous \u2013 Roussenq&nbsp;\u00bb dans <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, 9 septembre 1949.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref73\" id=\"_ftn73\">[73]<\/a> Daniel Vidal, <em>op. cit.<\/em>, p.37.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref74\" id=\"_ftn74\">[74]<\/a> Et m\u00eame nettement plus si l\u2019on prend en compte les six dossiers des ANOM d\u2019Aix-en-Provence contenant les passages de Roussenq devant le TMS<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab\u00a0Depuis mai dernier, il n\u2019a plus reparu ni \u00e0 Saint Gilles, ni \u00e0 Aymargues et, selon les renseignements qui m\u2019ont \u00e9t\u00e9 fournis, il serait actuellement poursuivi par les parquets de Dijon et de Belfort pour infraction \u00e0 la police des chemins de fer.\u00a0\u00bb[1] La police gardoise a perdu de vue l\u2019Inco en 1935. Retour aux [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5776],"tags":[5661,298,3825,862,2856,5885,2240,5747,5883,3951,5882,1264,188,5751,5876,5873,5796,5880,5656,5569,5807,5653,1355,669,5739,5881,520,5808,5651,5878,5659,438,326,5875,5746,1259,5874,1241,5877,5802,5565,5872,123,5787,752,5884,1054,5879],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5578"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5578"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5578\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5587,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5578\/revisions\/5587"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5578"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5578"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5578"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}