{"id":5500,"date":"2023-08-26T01:01:00","date_gmt":"2023-08-25T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5500"},"modified":"2023-07-20T18:58:13","modified_gmt":"2023-07-20T16:58:13","slug":"matricule-37664-larchipel-panoptique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/08\/matricule-37664-larchipel-panoptique\/","title":{"rendered":"Matricule 37664 : l\u2019archipel panoptique"},"content":{"rendered":"<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1024x342.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5501\" width=\"742\" height=\"247\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1024x342.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-300x100.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-768x257.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-1536x513.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-iles-du-Salut-recto-2048x685.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 742px) 100vw, 742px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Nous pourrions croire le matricule 37664 dispos\u00e9 \u00e0 la sociopathie au regard des lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent. Nous pourrions l\u2019envisager incapable d\u2019adaptation \u00e0 la microsoci\u00e9t\u00e9 des hommes punis au regard de celles qui suivent. Rien n\u2019est moins faux et les agissements de l\u2019impulsif Roussenq, les actes du col\u00e9rique fagot sont pourtant rarement irr\u00e9fl\u00e9chis. Et quand ils le sont, il semble se gausser des cons\u00e9quences.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il subit onze longues ann\u00e9es de cachots, s\u2019il se vante parfois d\u2019en appr\u00e9cier leurs \u00ab&nbsp;d\u00e9lices&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> et d\u2019\u00eatre un \u00ab&nbsp;recordman&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> de l\u2019enfermement, il serait hasardeux pour saisir et affiner la compr\u00e9hension du personnage d\u2019envisager une vie recluse dans la continuit\u00e9. M\u00eame confin\u00e9 entre quatre murs, \u00e0 la r\u00e9clusion sur l\u2019\u00eele Saint-Joseph ou dans les cellules de l\u2019\u00eele Royale, les punitions subies pour bavardage prouvent, si besoin est, que le contact social ne peut manquer de s\u2019\u00e9tablir. Tous les moyens sont bons pour briser la solitude forc\u00e9e et avec un jeu de brindilles, appel\u00e9 \u00ab&nbsp;t\u00e9l\u00e9&nbsp;\u00bb ou par le biais d\u2019un ami cafard attach\u00e9 \u00e0 un fil, on peut entamer une discussion<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, et donc forger un lien social.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Paul Roussenq, exception faite de ses six passages devant le Tribunal maritime sp\u00e9cial<a id=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>, passe vingt ans aux \u00eeles du Salut. Il reste donc neuf ann\u00e9es de vie commune, \u00ab&nbsp;\u00e0 l\u2019air libre&nbsp;\u00bb, pass\u00e9es \u00e0 la corv\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale et dans les cases. Il convient de tenir compte ainsi de cette alternance entre la vie au sein de la soci\u00e9t\u00e9 carc\u00e9rale et les temps d\u2019enfermement, eux-m\u00eames coup\u00e9s de p\u00e9riode plus ou moins longues d\u2019hospitalisation. Tel fut le bagne d\u2019un anonyme condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s devenu une vedette malgr\u00e9-lui. Le 13 janvier 1909, Paul Roussenq pose le pied dans un v\u00e9ritable panoptique \u00e0 ciel ouvert<a id=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><sup>[5]<\/sup><\/a> dont les premi\u00e8res impressions sont loin d\u2019\u00eatre dantesques.<\/p>\n\n\n\n<p>Nombreux sont les t\u00e9moignages r\u00e9v\u00e9lant la dichotomie entre la beaut\u00e9 du lieu et son affectation&nbsp;: \u00ab&nbsp;Paradis terrestre&nbsp;\u00bb pour Ren\u00e9 Belbeno\u00eet<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>, \u00ab&nbsp;merveilleux paniers de verdure flottant sur la mer&nbsp;\u00bb pour Antoine Mesclon<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>, ou encore \u00ab&nbsp;\u00eeles enchant\u00e9es&nbsp;\u00bb pour Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>. Paul Roussenq ne d\u00e9roge pas \u00e0 la r\u00e8gle dans ses six r\u00e9cits. L\u2019archipel offre alors \u00ab&nbsp;un spectacle inoubliable&nbsp;(\u2026) fait pour le plaisir des yeux&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> o\u00f9 des \u00ab&nbsp;milliers de cocotiers qui balan\u00e7aient sous le vent du large leur panache de verdure&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a> donnent au lieu \u00ab&nbsp;des aspects bien aimables&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a>. \u00ab&nbsp; H\u00e9las ! ce cadre enchanteur rec\u00e9lait un tableau singuli\u00e8rement diff\u00e9rent\u2026&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\"><sup>[12]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Bien s\u00fbr, l\u2019\u00e9clat des \u00eeles du Salut n\u2019est ci-dessus mis en valeur que pour mieux argumenter contre son affectation p\u00e9nitentiaire, contre son organisation totale et syst\u00e9mique. Roussenq consacre toujours un chapitre de ses souvenirs \u00e0 d\u00e9crire la sc\u00e9nographie de son drame dans le cadre d\u2019une structure administrative pyramidale. Le bagne est une institution totale \u00e0 la base de laquelle \u00e9volue le microcosme des for\u00e7ats et au sommet de laquelle le Directeur du bagne r\u00e9gente gardiens et gard\u00e9s<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. Le bagnard ne constitue qu\u2019un rouage interchangeable&nbsp;\u00ab&nbsp;minutieusement r\u00e9pertori\u00e9, fich\u00e9, enregistr\u00e9 dans ses moindre faits et gestes&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>. Ainsi, pouvons-nous ais\u00e9ment suivre la vie des quelques 50.000 condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s en Guyane \u00e0 travers leur dossier, image d\u2019une r\u00e9elle gestion bureaucratique de ce r\u00e9gime p\u00e9nitentiaire. \u00ab&nbsp;Tout est pr\u00e9vu par les textes avec pr\u00e9cision&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>&nbsp;: de la ration alimentaire du fagot jusqu\u2019au nombre de lettres qu\u2019il a le droit d\u2019\u00e9crire, en passant par l\u2019organisation de ses journ\u00e9es de labeur carc\u00e9ral. Mais le quotidien entra\u00eene fatalement des dysfonctionnements et, aux \u00eeles du Salut, le matricule 37664 en constitue l\u2019un d\u2019eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Situ\u00e9 \u00e0 15 km environ de l\u2019embouchure du Kourou, l\u2019archipel accueille une l\u00e9proserie avant de voir affirmer \u00e0 la fin du XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle sa vocation de prison de haute s\u00e9curit\u00e9 de la Guyane. L\u00e0,&nbsp; s\u2019y trouveraient les bagnards les plus durs, les vedettes de cours d\u2019assises (c\u2019est \u00e0 dire ceux dont on craint en m\u00e9tropole une \u00e9vasion sensationnelle) mais aussi les d\u00e9tenus politiques et les r\u00e9clusionnaires.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-du-Diable-recto-1024x630.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5504\" width=\"239\" height=\"146\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-du-Diable-recto-1024x630.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-du-Diable-recto-300x185.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-du-Diable-recto-768x473.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-du-Diable-recto-1536x945.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-du-Diable-recto.jpg 1599w\" sizes=\"(max-width: 239px) 100vw, 239px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Chacune des trois \u00eeles poss\u00e8de sa sp\u00e9cificit\u00e9. La plus petite, l\u2019\u00eele du Diable, ne fait que 14 ha pour une longueur d\u2019\u00e0 peine 950 m\u00e8tres. La loi du 9 septembre 1895 fait d\u2019elle un lieu de d\u00e9portation. Elle demeure c\u00e9l\u00e8bre pour avoir h\u00e9berg\u00e9 de cette date \u00e0 1898 le capitaine Alfred Dreyfus. Par la suite, y sont envoy\u00e9s les d\u00e9tenus politiques, les tra\u00eetres \u00e0 la patrie, les espions. Les d\u00e9port\u00e9s jouissent d\u2019une libert\u00e9 totale de mouvement sur cette \u00eele. Un c\u00e2ble la relie \u00e0 l\u2019\u00eele Royale pour l\u2019approvisionnement en cas de mauvais temps. Roussenq a crois\u00e9 la route de Benjamin Ullmo.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-1024x628.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5505\" width=\"244\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-1024x628.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-300x184.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-768x471.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto-1536x943.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Saint-Joseph-recto.jpg 1569w\" sizes=\"(max-width: 244px) 100vw, 244px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Avec ses 20 ha, Saint-Joseph n\u2019est gu\u00e8re plus grande que le Diable. M\u00eame si elle accueille un camp de transport\u00e9s et un asile d\u2019ali\u00e9n\u00e9s, l\u2019\u00eele se sp\u00e9cialise depuis 1899 dans la r\u00e9clusion des for\u00e7ats condamn\u00e9s par le TMS. Trois b\u00e2timents rassemblent les 152 cellules de la r\u00e9clusion dont le plafond est remplac\u00e9 par une grille qui permet \u00e0 la douzaine de surveillants parcourant un chemin de ronde de voir les d\u00e9tenus comme des fauves en cage. Outre ces surveillants, le chef de l\u2019\u00eele dispose aussi de for\u00e7ats charg\u00e9s de l\u2019entretien, des repas et de divers travaux dans les ateliers.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-1024x653.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5506\" width=\"242\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-1024x653.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-300x191.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto-768x490.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-Carte-Postale-ile-Royale-recto.jpg 1509w\" sizes=\"(max-width: 242px) 100vw, 242px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Entre le Diable et Saint-Joseph, l\u2019\u00eele Royale est la plus grande des trois \u00eeles de l\u2019archipel. Un d\u00e9tachement militaire d\u2019une cinquantaine d\u2019hommes prend en charge sur 28 ha \u00ab les bagnards les plus lourdement condamn\u00e9s, ceux dont la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 n\u00e9cessite une surveillance de chaque instant \u00bb<a id=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\"><sup>[16]<\/sup><\/a>. S\u00e9par\u00e9e de Saint-Joseph par la passe de la D\u00e9sirade au Sud, et du Diable par celle des Grenadines au Nord, l\u2019\u00eele Royale pr\u00e9sente la forme d\u2019un double plateau orient\u00e9 est-ouest et dont le centre, resserr\u00e9, accueille les b\u00e2timents de l\u2019administration et de la direction p\u00e9nitentiaires des \u00eeles. \u00c0 l\u2019ouest, les b\u00e2timents militaires mais aussi les cases o\u00f9 sont parqu\u00e9s les for\u00e7ats, les infrastructures hospitali\u00e8res et religieuses. Le plateau Est, plus petit, moins b\u00e2ti, h\u00e9berge des ateliers, un asile, une porcherie. Comme Saint-Joseph, la Royale poss\u00e8de une piscine d\u2019eau de mer, construite par les bagnards pour \u00e9viter tout contact direct avec les squales. Ceux-l\u00e0 et les forts courants entre les trois \u00eeles constituent de pr\u00e9cieux auxiliaires pour la cinquantaine de surveillants militaires. On ne s\u2019\u00e9vade pas des \u00eeles du Salut&nbsp;; on y meurt \u00e0 petit feu. C\u2019est la guillotine s\u00e8che.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur l\u2019archipel r\u00e9side environ un millier de for\u00e7ats, ce qui en fait apr\u00e8s Saint-Laurent-du-Maroni un des bagnes les plus importants de la Guyane<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>. M\u00eame si l\u2019air y est en apparence plus salubre<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>, nous pouvons nous poser la question de conditions d\u2019existence plus p\u00e9nibles que dans les autres camps. Le docteur Louis Rousseau estime \u00e0 cinq ans l\u2019esp\u00e9rance de vie du for\u00e7at \u00e0 son arriv\u00e9e<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. Les chantiers forestiers sont de v\u00e9ritables tombeaux. Le s\u00e9jour dans celui de Charvein o\u00f9 Roussenq n\u2019est jamais all\u00e9, par exemple, ne doit en th\u00e9orie pas d\u00e9passer les six mois pour \u00e9viter une trop forte mortalit\u00e9<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>. Pour Jean-Claude Michelot en 1981, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eele Royale est sans doute le bagne le plus agr\u00e9able de toute la Guyane&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>. Il est vrai que ce journaliste \u00e9voque maladroitement \u00e0 son tour la beaut\u00e9 d\u2019un lieu plong\u00e9 \u00ab&nbsp;dans le lit des aliz\u00e9s&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> et o\u00f9 r\u00e9siderait l\u2019aristocratie des for\u00e7ats par comparaison aux fagots de la Grande Terre. Ce jugement ne prend bien s\u00fbr pas en compte l\u2019existence entre autres des r\u00e9clusionnaires de Saint-Joseph, de la faim commune \u00e0 tous les camps et de la quasi-impossibilit\u00e9 de s\u2019\u00e9vader des \u00eeles.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019une mani\u00e8re plus concr\u00e8te et comme le souligne Michel Pierre, \u00ab&nbsp;l\u2019\u00eele Royale est un microcosme, un symbole o\u00f9 l\u2019on voit 500 bagnards travailler mollement \u00e0 des t\u00e2ches d\u00e9sesp\u00e9rantes&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a>. En somme, il s\u2019agit bien d\u2019un ennui carc\u00e9ral d\u2019autant plus usant qu\u2019il est g\u00e9ographiquement concentr\u00e9. \u00ab&nbsp;Aux \u00eeles, on ne travaille pas, on subit sa peine et on attend&nbsp;\u00bb \u00e9crit Ren\u00e9 Belbenoit<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a>. Certaines places (cuisiniers, infirmiers, employ\u00e9 de maison, etc.) permettent pourtant \u00e0 nombre de \u00ab&nbsp;planqu\u00e9s&nbsp;\u00bb d\u2019\u00e9chapper aux besognes r\u00e9p\u00e9titives et surtout de cameloter<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. Pour les obtenir, le for\u00e7at doit soit louvoyer, soit \u00eatre dot\u00e9 d\u2019un statut autorisant l\u2019acc\u00e8s \u00e0 ces emplois. Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 s\u2019estime \u00e0 ce propos privil\u00e9gi\u00e9 du fait de sa qualification. En tant qu\u2019ouvrier d\u2019art \u2013 il est \u00e9b\u00e9niste \u2013 il \u00e9chappe au labeur peu valorisant, improductif, ext\u00e9nuant et sans r\u00e9el int\u00e9r\u00eat qu\u2019accomplissent les for\u00e7ats sur les \u00eeles&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand il n\u2019y a pas de chaland \u00e0 charger ou \u00e0 d\u00e9charger, les hommes de la corv\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale rempierrent les routes de l\u2019\u00eele pour la milli\u00e8me fois ou arrachent l\u2019herbe autour des b\u00e2tisses des fonctionnaires. Travail insipide, inutile auquel les for\u00e7ats cherchent \u00e0 se soustraire par tous les moyens&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il n\u2019est pas au cachot, Roussenq travaille comme les autres bagnards. Il n\u2019est pas ouvrier sp\u00e9cialis\u00e9. Il ne louvoie pas pour se placer. Et comme eux, Roussenq dort et vit dans la case, espace o\u00f9 s\u2019organise une vie sociale particuli\u00e8re, o\u00f9 se font et se d\u00e9font parfois violemment les liens, les rapports, les relations entre les d\u00e9tenus. Lors des corv\u00e9es, les bagnards sont effectivement soumis \u00e0 une \u00e9troite surveillance. Les gaffes<a id=\"_ftnref27\" href=\"#_ftn27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> ne rentrent pas dans les cases. Apr\u00e8s l\u2019appel et une fouille plus ou moins s\u00e9v\u00e8re, selon que l\u2019on est bien vu du porte-clefs<a id=\"_ftnref28\" href=\"#_ftn28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> qui l\u2019effectue ou selon que l\u2019on dispose de suffisamment d\u2019argent pour pouvoir passer en fraude quelques nourritures ou de menus objets revendables, le b\u00e2timent demeure clos jusqu\u2019au r\u00e9veil, le lendemain matin \u00e0 5 heures. L\u2019extinction des feux se fait r\u00e9glementairement vers 18 heures.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-large is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Leon-Collin-case-1024x863.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5508\" width=\"233\" height=\"195\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Leon-Collin-case-1024x863.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Leon-Collin-case-300x253.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Leon-Collin-case-768x647.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Leon-Collin-case-1536x1294.jpg 1536w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Leon-Collin-case-2048x1726.jpg 2048w\" sizes=\"(max-width: 233px) 100vw, 233px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Roussenq \u00e9voque, dans ses souvenirs, ce logis insalubre et pourtant lieu de vie. Le baraquement ne comprend qu\u2019un rez-de-chauss\u00e9e, sans plafond et o\u00f9 viennent s\u2019entasser 60 \u00e0 70 hommes dans un espace de 25 m\u00e8tres de long sur 7 de large environ. La case ne comporte qu\u2019une seule porte et, \u00e0 l\u2019autre bout, se trouvent les toilettes. Entre ces deux extr\u00e9mit\u00e9s et contre les murs, les bat-flancs servent de lit aux bagnards. Un mince couloir (le coursier) s\u00e9pare les bat-flancs. La case est \u00e9clair\u00e9e par une lampe \u00e0 p\u00e9trole. L\u2019ustensile ne parvient g\u00e9n\u00e9ralement pas \u00e0 rompre l\u2019obscurit\u00e9 et \u00ab les fen\u00eatres garnies de barreaux ne laissent rien voir \u00bb \u00e9crit le docteur Louis Rousseau en 1930 dans <em>Un m\u00e9decin au bagne<a id=\"_ftnref29\" href=\"#_ftn29\"><sup><strong><sup>[29]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>. De fait, le bagnard doit pouvoir disposer de sa propre source lumineuse s\u2019il d\u00e9sire s\u2019affairer \u00e0 quelques occupations que ce soit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce terme de case, qui signifie \u00e9tymologiquement maison, est bien appropri\u00e9 \u00e0 ses multiples destinations. En effet, pour le for\u00e7at, la case, c\u2019est une chambre \u00e0 coucher, une salle \u00e0 manger, un salon de jeux et m\u00eame une cuisine. C\u2019est aussi un refuge o\u00f9 l\u2019on se tient les jours de pluie.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>On trouve de tout dans les cases et les trafics vont d\u2019autant plus bon train que les for\u00e7ats y disposent d\u2019une presque totale libert\u00e9 de man\u0153uvre. C\u2019est dans la case que l\u2019on joue \u00e0 la marseillaise, une variante simplifi\u00e9e du baccara ; c\u2019est dans la case que l\u2019on s\u2019accouple ; c\u2019est dans la case que l\u2019on vend son cul \u00e0 un ca\u00efd pour obtenir sa protection ; c\u2019est encore \u00e0 la case que l\u2019on tue, que l\u2019on se tue, que l\u2019on se d\u00e9chire, ou que l\u2019on se soutient.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bagne est une microsoci\u00e9t\u00e9, un monde clos repli\u00e9 sur lui-m\u00eame, enferm\u00e9 sur lui-m\u00eame. Un monde o\u00f9 l\u2019on vit. Un monde o\u00f9 l\u2019on meurt. La case est son lieu d\u2019expression. \u00c0 Royale, c\u2019est dans la case qualifi\u00e9e de \u00ab rouge \u00bb par Ren\u00e9 Belbenoit que l\u2019on rencontre Roussenq, parfois en bonne compagnie&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le baraquement aux murs souill\u00e9 de sang, est l\u2019endroit le plus c\u00e9l\u00e8bre de tout le bagne car c\u2019est l\u00e0 qu\u2019on met en g\u00e9n\u00e9ral les for\u00e7ats les plus dangereux et les plus d\u00e9prav\u00e9s. Qu\u2019un homme ait purg\u00e9 sa peine de prison pour un crime commis au bagne, qu\u2019il vienne de passer des mois ou des ann\u00e9es dans un cachot de l\u2019\u00eele Saint-Joseph \u00e0 la suite d\u2019une rixe ou d\u2019une tentative d\u2019\u00e9vasion, qu\u2019il soit enfin d\u00e9class\u00e9 apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un inco, il est conduit \u00e0 l\u2019\u00eele Royale et enferm\u00e9 dans la Case Rouge, le baraquement du second peloton des prisonniers. L\u00e0 sont envoy\u00e9s les criminels dont le proc\u00e8s a fait sensation en France. (\u2026) C\u2019est dans ce baraquement de sinistre r\u00e9putation que les c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s et les h\u00e9ros du bagne ont pass\u00e9 le plus clair de leur temps. Dreyfus y fut enferm\u00e9 avant d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00eele du Diable. Dieudonn\u00e9 y s\u00e9journa de nombreuses ann\u00e9es en compagnie de son ami Jacob (\u2026) Le fameux Manda y v\u00e9cut (\u2026) tandis que Paul Roussenq, le roi des cellules noires, y faisait de courtes apparitions. Au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es, de nouveaux noms vinrent s\u2019ajouter aux r\u00f4le de la Case Rouge.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq a fr\u00e9quent\u00e9 ces c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s du bagne et, si ses r\u00e9cits en mentionnent quelques-uns, cela prouve au demeurant que le matricule 37664 s\u2019int\u00e8gre parfaitement d\u00e8s le d\u00e9part \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 des hommes punis.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses observations n\u2019en prennent que plus de force. Roussenq note ce qu\u2019il voit, ce qu\u2019il entend, ce que lui ont dit ses camarades, les histoires vraies et extraordinaires que l\u2019on se transmet de bagnard en bagnard. Roussenq a recueilli des t\u00e9moignages venant appuyer le sien. Il a crois\u00e9 Bichier des \u00c2ges<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>, l\u2019assassin d\u2019\u00e9vad\u00e9s, aux \u00eeles du Salut&nbsp;; il n\u2019a, en revanche, pas connu Liontel<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>, tan\u00e7ant vertement et clouant le bec du chef de camp de Charvein qui s\u2019\u00e9tait vant\u00e9 d\u2019avoir \u00e0 sa botte les inspecteurs pour un plat de canard&nbsp;; il \u00e9tait certainement dans une des cellules de la r\u00e9clusion lorsque Samuel Alfred Bailet assassine les surveillants Marins et Dubert le 26 mai 1911<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>&nbsp;; il sait encore le d\u00e9roulement approximatif de la fameuse r\u00e9volte des anarchistes des 21-22 octobre 1894<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. Son expos\u00e9 didactique sur le m\u00e9canisme \u00e9liminatoire de la transportation tend ainsi \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9 alors que l\u2019anonyme transport\u00e9 doit \u00eatre cantonn\u00e9 pendant vingt ans sur un espace d\u2019\u00e0 peine cinquante hectares.<\/p>\n\n\n\n<p>Signal\u00e9 comme \u00ab&nbsp;anarchiste et antimilitariste&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>, il est class\u00e9 le 31 janvier 1909 aux intern\u00e9s A et c\u2019est bien ce qui le distingue de la masse de ses cod\u00e9tenus et le fixe aux \u00eeles du Salut. Cela d\u00e9termine aussi en partie son comportement. Pourtant, par deux fois au cours de sa d\u00e9tention, en 1909 et en 1921, il nie \u00eatre libertaire dans les courriers qu\u2019il adresse au ministre des colonies et justifie sa condamnation aux travaux forc\u00e9s par un acte \u2013 l\u2019incendie de ses effets militaires en 1908 \u2013 pour \u00ab&nbsp;\u00e9viter les exercices&nbsp;\u00bb et \u00ab&nbsp;\u00eatre vers\u00e9 dans les bataillons de disciplines&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a>&nbsp;! Comme beaucoup de ses camarades anarchistes, il cherche \u00e0 \u00eatre d\u00e9sintern\u00e9 et donc \u00e0 quitter les \u00eeles. L\u2019AP. n\u2019est pas dupe pour autant et c\u2019est bien l\u2019anarchiste Roussenq qui est vis\u00e9, alors que son mode de fonctionnement est bien \u00e9tabli, lorsqu\u2019Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 d\u00e9barque en le 13 janvier 1914. Le commandant Jarry des \u00eeles du Salut re\u00e7oit l\u2019ordre de mettre les anarchistes Jacob et Roussenq \u00e0 l\u2019isolement de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter tout contact entre les trois hommes<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>. Le propos de Roussenq ne doit pas tromper. L\u2019homme se contredit volontairement et sait tr\u00e8s bien la politisation de son acte. Le 30 septembre 1911, il se justifie aupr\u00e8s de sa m\u00e8re et de sa s\u0153ur qui a cach\u00e9 \u00e0 son fianc\u00e9 qu\u2019elle avait un fr\u00e8re au bagne&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si je suis aux travaux forc\u00e9s c\u2019est pour des actes de sabotage et de propagande antimilitariste et que les lois militaires en me condamnant au maximum pour avoir mis en pratique les opinions de tout un parti, n\u2019a, ce faisant que rendu un verdict d\u2019apeurement. Par cons\u00e9quent ma pr\u00e9sence ici ne peut ent\u00e2cher l\u2019honorabilit\u00e9 de ma famille et n\u2019a rien a perdre d\u2019\u00eatre connue de tous. Il n\u2019y a pas de honte \u00e0 subir une peine, lorsque les motifs qui l\u2019ont provoqu\u00e9e sont l\u2019ordre, purement moral et d\u00e9notent l\u2019abn\u00e9gation de soi-m\u00eame. Je voudrais que vous compreniez cela afin que vous redressiez la t\u00eate car vous ne devez pas rougir \u00e0 cause de moi.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Comme beaucoup de ses camarades anarchistes, Roussenq cherche \u00e0 \u00eatre d\u00e9sintern\u00e9 et donc \u00e0 quitter les \u00eeles. L\u2019AP n\u2019est pas dupe pour autant. Le courrier du 30 septembre 1911 est bien \u00e9videmment retenu par l\u2019administration des \u00eeles et vers\u00e9 au dossier. La liste que Jacob Law \u00e9graine \u00e0 la fin de son vindicatif ouvrage condamne sans appel cette attitude estim\u00e9e de soumission des libertaires<a id=\"_ftnref40\" href=\"#_ftn40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>, se conformant d\u2019apr\u00e8s lui aux r\u00e8glements et adoptant les tares du milieu&nbsp;:<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-law-copier.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-3254\" width=\"137\" height=\"192\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-law-copier.jpg 342w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob-law-copier-213x300.jpg 213w\" sizes=\"(max-width: 137px) 100vw, 137px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00catre anarchiste ce n\u2019est pas l\u2019\u00eatre seulement en paroles, c\u2019est avoir l\u2019esprit de sacrifice, conna\u00eetre le charme de l\u2019Anarchie et en d\u00e9fendre la beaut\u00e9, m\u00eame dans la plus profonde mis\u00e8re, comme aux travaux forc\u00e9s. Aussit\u00f4t d\u00e9barqu\u00e9 au bagne, l\u2019homme change. (\u2026) Nombreux ceux qui, consid\u00e9r\u00e9s comme anarchistes \u00e0 leur arriv\u00e9e, devenaient des hommes assouplis, pli\u00e9s en deux, employant tous les moyens pour arriver \u00e0 faire les domestiques, \u00e0 laver le linge de leur bourreau, par manque de volont\u00e9 et de principes. J\u2019ai remarqu\u00e9 que seul l\u2019homme dou\u00e9 d\u2019une forte volont\u00e9 peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme le d\u00e9fenseur d\u2019une id\u00e9e. Celui-l\u00e0 seul est capable de rester propre dans n\u2019importe quelle situation, et de r\u00e9pondre m\u00eame au prix de sa vie pour la d\u00e9fense de son id\u00e9e.&nbsp;\u00bb<a id=\"_ftnref41\" href=\"#_ftn41\"><sup>[41]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Seuls Th\u00e9odule Meunier<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a>, Cl\u00e9ment Duval<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a> et Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 trouvent gr\u00e2ce aux yeux de l\u2019\u00e9corch\u00e9 vif qu\u2019il fut, et dot\u00e9 qui plus est d\u2019un ego surdimensionn\u00e9. Mais Jacob Law n\u2019a connu ni Meunier mort en 1907, ni Duval \u00e9vad\u00e9 en 1901&nbsp;! L\u2019anarchiste russe, condamn\u00e9 en 1907 \u00e0 15 ans de travaux forc\u00e9s pour avoir fait feu, le 1<sup>er<\/sup> mai de cette ann\u00e9e, sur la troupe qui chargeait les manifestants \u00e0 Paris, est d\u00e9barqu\u00e9 aux \u00eeles du Salut le 8 ao\u00fbt 1908. Le matricule 37051 n\u2019a donc approch\u00e9 que l\u2019ancien membre de la bande \u00e0 Bonnot, ceux qu\u2019il mentionne dans son livre \u2026 et Paul Roussenq dont il dit, en 1926, se souvenir des souffrances que l\u2019AP a fait endurer \u00e0 L\u2019Inco<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Law \u00e9voque aussi l\u2019absence d\u2019opini\u00e2tret\u00e9 et d\u2019attachement aux principes pour tancer vertement ses compagnons, le m\u00e9moire de Val\u00e9rie Portet sur les anarchistes d\u00e9tenus en Guyane<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a> d\u00e9montre au contraire que cette communaut\u00e9 se distingue des autres dans bien des domaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le terme de communaut\u00e9 se constate d\u2019abord difficilement par l\u2019aspect quantitatif du corpus envisag\u00e9 dans un espace au demeurant fortement d\u00e9politis\u00e9<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\"><sup>[46]<\/sup><\/a>. Val\u00e9rie Portet en rep\u00e8re trente-trois entre 1880 et 1914, soit un corpus relativement restreint d\u2019hommes, le plus souvent condamn\u00e9s pour vol, tentative d\u2019homicide ou encore fabrication de fausse monnaie. Tous s\u2019inscrivent dans la perspective des mesures de r\u00e9pression des men\u00e9es anarchistes, s\u2019illustrant notamment dans les fameuses lois dites \u00ab&nbsp;sc\u00e9l\u00e9rates&nbsp;\u00bb de 1893-1894. \u00c0 l\u2019approche du premier conflit mondial et apr\u00e8s 1918, l\u2019insoumission et l\u2019indiscipline militaire apportent au bagne de nouvelles recrues libertaires. Paul Roussenq doit subir une peine de vingt ans de travaux forc\u00e9s. Louis Paul Vial<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\"><sup>[47]<\/sup><\/a> \u00e9choue aux \u00eeles du Salut pour faits de d\u00e9sertion apr\u00e8s 1918.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 class\u00e9s \u00e0 leur arriv\u00e9e comme \u00ab&nbsp;d\u00e9tenu \u00e0 surveiller&nbsp;\u00bb ou comme \u00ab&nbsp;militant anarchiste dangereux&nbsp;\u00bb, le tout couronn\u00e9 par la mention \u00ab&nbsp;non susceptible d\u2019amendement&nbsp;\u00bb, le compagnon libertaire est d\u2019autant plus mal vu par l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire qu\u2019il sait le plus souvent lire et \u00e9crire. Son niveau d\u2019instruction, difficile n\u00e9anmoins \u00e0 appr\u00e9cier avec exactitude, le singularise. Cette ma\u00eetrise, m\u00eame relative, de l\u2019\u00e9crit conf\u00e8re un atout non n\u00e9gligeable dans la lutte que l\u2019anarchiste m\u00e8ne contre l\u2019oppression et l\u2019autorit\u00e9 p\u00e9nitentiaire. Elle permet de raconter ce que l\u2019on a subi<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a>. Elle autorise la communication avec l\u2019ext\u00e9rieur mais aussi avec l\u2019autorit\u00e9 elle-m\u00eame. Et les militants anarchistes d\u00e9tenus, Paul Roussenq en premier lieu, ne se privent pas de d\u00e9noncer les pratiques irr\u00e9guli\u00e8res, les malversations, les d\u00e9tournements de vivres ou de produits, les vil\u00e9nies, les trafics en tout genre.<\/p>\n\n\n\n<p>Consid\u00e9r\u00e9s comme des droits communs, l\u2019anarchiste n\u2019est pas pourtant trait\u00e9 comme tel. L\u2019internement aux \u00eeles du Salut renforce la coh\u00e9sion du groupe. Les discriminations dont il est l\u2019objet accroissent sa volont\u00e9 de r\u00e9sistance et son esprit de solidarit\u00e9. L\u2019anarchiste rejette par d\u00e9finition le principe d\u2019autorit\u00e9 et, au bagne, refuse le processus de normalisation qui l\u2019amenderait aux yeux de l\u2019AP. Il ne boit pas, ne joue pas, ne trafique pas, ne pratique pas l\u2019homosexualit\u00e9, ne d\u00e9nonce pas ses camarades. Sa d\u00e9brouille ne se fait pas sur le dos de ses cod\u00e9tenus. Roussenq est de ceux-l\u00e0 et, s\u2019il n\u2019a pas cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9vader, il devient tr\u00e8s vite une r\u00e9f\u00e9rence d\u2019opposition. \u00c0 ce titre, le grand nombre de punitions subies pour refus de travail, bavardages et autres infractions aux r\u00e8glements, r\u00e9v\u00e8le son d\u00e9sir affirm\u00e9 de ne pas s\u2019int\u00e9grer \u00e0 l\u2019institution totale et \u00e0 subir les \u00ab&nbsp;d\u00e9lices du cachot&nbsp;\u00bb qui vont lui conf\u00e9rer sa notori\u00e9t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> ANOM H1523, po\u00e8me adress\u00e9 au ministre des Colonies, 04 avril 1923.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> ANOM H1523, courrier au ministre des colonies depuis Saint-Laurent-du-Maroni, 27 novembre 1915.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Voir <em>Le Visage du Bagne<\/em>, \u00ab&nbsp;chapitre 11&nbsp;: Au cachot&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> 8 d\u00e9cembre 1910 pour refus de travail, acquitt\u00e9 (ANOM H5002)&nbsp;; 7 mars 1911 pour outrage \u00e0 surveillant militaire, non-lieu (ANOM H5003)&nbsp;; 28 mai 1912 pour refus de travail et outrage \u00e0 magistrat, un an et deux ans de prison (ANOM H5006 et H5011)&nbsp;; 21 novembre 1915 pour tentative d\u2019\u00e9vasion, deux ans de travaux forc\u00e9s (ANOM H5020)&nbsp;; 2 mai 1917 pour voie de fait sur un m\u00e9decin major, cinq ans de travaux forc\u00e9s (ANOM H5026)&nbsp;; 16 mai 1927 pour outrage, un an de prison (ANOM H5054).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Imagin\u00e9 en 1780, le panoptique du philosophe et jurisconsulte anglais Jeremy Bentham suppose l\u2019existence d\u2019une tour centrale d\u2019o\u00f9 le gardien peut tout voir et surveiller dans la prison.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Belbenoit Ren\u00e9, <em>Les compagnons de la Belle<\/em>, Les Editions de la France, Paris 1938, p.138.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Mesclon Antoine, <em>op. cit.<\/em>, Les Editions Sociales, Paris 1926, p.40.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Dieudonn\u00e9 Eug\u00e8ne, <em>op. cit.<\/em>, p.93.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Paul Roussenq, <em>L\u2019enfer du bagne \u2013 souvenirs v\u00e9cus in\u00e9dits<\/em>, Pucheu, 1957,p.17.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Paul Roussenq, \u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb dans <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>,<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Paul Roussenq, \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb dans <em>Les Allobroges<\/em>,<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Paul Roussenq, <em>Le visage du bagne<\/em>, Sisteron, juin 1941.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Th\u00e9oriquement, le Directeur de l\u2019AP, install\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent du Maroni, se trouve sous la coupe du gouverneur de la Guyane. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019autorit\u00e9 de ce dernier s\u2019arr\u00eate aux portes des p\u00e9nitenciers m\u00eame si le d\u00e9cret du 20 mars 1895 permet au chef du service judiciaire de la colonie d\u2019organiser au moins une fois par an des tourn\u00e9es d\u2019inspection et d\u2019en r\u00e9f\u00e9rer par rapport au ministre des colonies.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Pierre Michel, <em>Bagnards, la terre de la grande punition, Cayenne 1852-1953<\/em>, Collection M\u00e9moires n\u00b067, Autrement, 2000, p.94.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Pierre Michel, op. cit., p.93.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Portet Val\u00e9rie, <em>Les anarchistes dans les bagnes de Guyane de 1887 \u00e0 1914, Comportement et perception de l\u2019univers concentrationnaire, <\/em>M\u00e9moire de ma\u00eetrise de sociologie politique sous la direction de Marc Lazar, Universit\u00e9 de Paris X \u2013 Nanterre,<em> 1995, <\/em>p.29.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Belbenoit Ren\u00e9, <em>op. cit.<\/em>, p.138&nbsp;: \u00ab&nbsp;En temps normal, le nombre de for\u00e7ats vivant sur ces \u00eeles peut se r\u00e9partir comme suit. \u00c0 l\u2019\u00eele du Diable&nbsp;: prisonniers politiques, 11. A Saint-Joseph&nbsp;: for\u00e7ats d\u00e9tenus dans les cachots, 300&nbsp;; porte-clefs, 80&nbsp;; for\u00e7ats envoy\u00e9s l\u00e0 par mesure disciplinaires, 70. A la Royale&nbsp;: for\u00e7ats d\u00e9tenus dans les \u00eeles apr\u00e8s une tentative d\u2019\u00e9vasion, 350&nbsp;; porte-clefs et for\u00e7ats d\u00e9port\u00e9s pour d\u2019autres crimes, 100&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela fait en tout 861 bagnards auquel il convient de rajouter le personnel militaire et civil des \u00eeles.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Anciennement nomm\u00e9es \u00eeles du Diable, du fait notamment des forts vents contraires obligeant les navires pris dedans \u00e0 effectuer un long d\u00e9tour pour pouvoir retrouver leur trajet initial, les \u00eeles du Salut tireraient leur nom de l\u2019exp\u00e9dition guyanaise ordonn\u00e9e par Choiseul en 1762. C\u2019est l\u00e0 que viennent trouver refuge les colons survivants avant de regagner l\u2019Europe le plus vite possible. 7000 personnes moururent rapidement de famine et d\u2019\u00e9pid\u00e9mie sur le continent sud-am\u00e9ricain. Si certains historiens, tel Michel Pierre, cr\u00e9ditent la version \u00ab&nbsp;choiseulienne&nbsp;\u00bb du changement du nom de lieu, il est tout aussi probable d\u2019envisager, comme Michel Verrot, directeur de la DAC de Guyane, a pu nous l\u2019affirmer le samedi 28 octobre 2017 \u00e0 Cayenne, que les \u00eeles du Diable deviennent \u00eeles du Salut \u00e0 l\u2019image du cap de Bonne Esp\u00e9rance, autrefois cap des Temp\u00eates. Il s\u2019agirait donc de donner une impression positive de cet espace.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Mireille Maroger, pr\u00e9face de Louis Rousseau, <em>Bagne<\/em>, Denoel, 1937, p.18&nbsp;: \u00ab&nbsp;Les plus farouches th\u00e9oriciens de l\u2019\u00e9limination peuvent \u00eatre satisfaits. Les transport\u00e9s, condamn\u00e9s ou rel\u00e9gu\u00e9s, vivent en moyenne cinq ans en Guyane, pas plus.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> La dur\u00e9e de la peine \u00e0 Charvein exc\u00e8de tr\u00e8s souvent ce laps de temps en raison des multiples punitions inflig\u00e9es aux \u00ab&nbsp;Incos&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Michelot Jean-Claude, <em>La guillotine s\u00e8che<\/em>, p.65.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Pierre Michel, op. cit., p.107.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Belbenoit, Ren\u00e9, op. cit., p.138.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Le terme d\u00e9signent les activit\u00e9s r\u00e9mun\u00e9ratrices illicites \u2013 c&rsquo;est-\u00e0-dire contraires aux r\u00e8glements \u2013 et les trafics en tout genre permettant aux bagnards de se procurer alimentation, argent et mat\u00e9riel.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Dieudonn\u00e9 Eug\u00e8ne, op. cit., p.95-96.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Les surveillants.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Un bagnard faisant fonction d\u2019auxiliaire de surveillance.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Louis Rousseau, <em>op.cit.<\/em>, r\u00e9\u00e9dition Nada 2020, p.116.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> Paul Roussenq, <em>op. cit.<\/em>, Pucheu, 1957, p.42.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> Ren\u00e9 Belbenoit, <em>op. cit.<\/em>, p.144-145.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Voir <em>Le Visage du Bagne<\/em>, \u00ab chapitre 16&nbsp;: Les \u00e9vasions&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Voir <em>Le Visage du Bagne<\/em>, \u00ab chapitre 13&nbsp;: Les Incorrigibles&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Voir <em>Le Visage du Bagne<\/em>, \u00ab chapitre 3&nbsp;: Aux \u00celes du Salut&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Ibid.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> ANOM, H1523, Commission de classement des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s, 30 octobre 1908.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> ANOM, H1523, lettres du 21 octobre 1909 et du 25 novembre 1921 adress\u00e9es au ministre des colonies.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> ANOM, dossier Dieudonn\u00e9, H4225\/b, lettre du commandant sup\u00e9rieur Jarry au Directeur de l\u2019AP, 8 f\u00e9vrier 1914, objet&nbsp;de la lettre&nbsp;: \u00ab&nbsp;diss\u00e9mination des condamn\u00e9s signal\u00e9s comme anarchistes&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> ANOM, H1523, lettre du 30 septembre 1911 \u00e0 Madeleine et Jeanne Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Jacob Law, <em>op. cit.<\/em>, r\u00e9\u00e9dition La Pigne, 2013. Soit F\u00e9lix Bour, Alexandre Jacob, Dugulfroix, Genrot, Rodriguez, Debo\u00eb, Metge et Cottoy.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> Jacob Law, <em>op. cit.<\/em>, p.87-88.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Th\u00e9odule Meunier, 1860-1907, est condamn\u00e9 par la cour d\u2019assises de la Seine le 26 juin 1894 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 pour les attentats du restaurant V\u00e9ry (25 avril 1892) o\u00f9 Ravachol a \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9 et de la caserne Lobau (15 mars 1892) (<em>DMA<\/em>, notice Th\u00e9odule Meunier)<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> Cl\u00e9ment Duval, 1850-1935, membre du groupe anarchiste parisien <em>La Panth\u00e8re des Batignolles<\/em> et adepte de la reprise individuelle (le vol pour les anarchistes) il est arr\u00eat\u00e9 en octobre 1886 apr\u00e8s avoir cambriol\u00e9 puis incendi\u00e9 l\u2019h\u00f4tel particulier de Madeleine Lemaire, rue Montceau \u00e0 Paris. Lors de son interpellation, il larde de coups de couteau l\u2019agent Rossignol. Sa d\u00e9claration, justifiant une pratique politique et militante du vol, lors de son proc\u00e8s fait sensation. Condamn\u00e9 \u00e0 la peine de mort le 11 janvier 1887, il est graci\u00e9 et voit sa peine commu\u00e9 en celle des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. Il parvient \u00e0 s\u2019\u00e9vader en avril 1901 et se r\u00e9fugie \u00e0 New-York o\u00f9 il \u00e9crit ses m\u00e9moires dans lesquelles on trouve une narration de la r\u00e9volte anarchiste de l\u2019\u00eele Saint-Joseph (<em>DMA<\/em> notice Cl\u00e9ment Duval).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> Jacob Law, op. cit., p.79.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Portet Val\u00e9rie, <em>Les anarchistes dans les bagnes de Guyane de 1887 \u00e0 1914, Comportement et perception de l\u2019univers concentrationnaire<\/em>, M\u00e9moire de ma\u00eetrise de sociologie politique sous la direction de Marc Lazar, Universit\u00e9 de Paris X \u2013 Nanterre, 1995.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> \u00ab La population p\u00e9nale ne fait pas de politique. Elle se d\u00e9sint\u00e9resse compl\u00e8tement de la Ligue du Roy. Si l\u2019on excepte les anarchistes, repr\u00e9sent\u00e9s au bagne par une tr\u00e8s infime minorit\u00e9, on ne compte que des individus compl\u00e8tement d\u00e9munis d\u2019instruction civique et qui n\u2019ont aucune opinion politique \u00bb \u00e9crit Louis Rousseau en 1930.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Condamn\u00e9 le 21 mars 1919 \u00e0 dix ans de travaux forc\u00e9s par le 3e conseil de guerre, l\u2019anarchiste d\u00e9serteur retrouve au bagne quelques compagnons dont Alexandre Jacob et Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9. De retour en m\u00e9tropole en 1929.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn48\" href=\"#_ftnref48\">[48]<\/a> Il est notable de constater qu\u2019un grand nombre de souvenirs de bagnard, utilis\u00e9s aujourd\u2019hui comme source de r\u00e9f\u00e9rence historique ont \u00e9t\u00e9 \u00e9crit par des anarchistes\u00a0: Liard-Courtois, Duval, Law, Jacob, Dieudonn\u00e9, et bien s\u00fbr Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Cr\u00e9dits iconographique : <\/strong>Archives priv\u00e9es ; L\u00e9on Collin, <em>Des hommes et des bagnes<\/em>, Libertalia, 2015 ; Jacob Law, <em>Dix-huit ans de bagne<\/em>, \u00e9ditions de la Pigne, 2013.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous pourrions croire le matricule 37664 dispos\u00e9 \u00e0 la sociopathie au regard des lignes qui pr\u00e9c\u00e8dent. Nous pourrions l\u2019envisager incapable d\u2019adaptation \u00e0 la microsoci\u00e9t\u00e9 des hommes punis au regard de celles qui suivent. Rien n\u2019est moins faux et les agissements de l\u2019impulsif Roussenq, les actes du col\u00e9rique fagot sont pourtant rarement irr\u00e9fl\u00e9chis. 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