{"id":5483,"date":"2023-08-14T01:01:00","date_gmt":"2023-08-13T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5483"},"modified":"2023-08-14T08:35:12","modified_gmt":"2023-08-14T06:35:12","slug":"prolegomenes-de-la-redecouverte-des-ecrits-dun-homme-devenu-bagne-3e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/08\/prolegomenes-de-la-redecouverte-des-ecrits-dun-homme-devenu-bagne-3e-partie\/","title":{"rendered":"Prol\u00e9gom\u00e8nes de la red\u00e9couverte des \u00e9crits d\u2019un homme devenu bagne 3e partie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\"><strong>Mes tombeaux grenoblois 1948-2022<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><em>25 ans de bagne<\/em>, \u00e9ditions de La D\u00e9fense, 1933<\/td><td>\u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb, <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, du 28 juin au 12 juillet 1937<\/td><td><em>Le Visage du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941<\/td><td><em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942<\/td><td><em><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">\u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948<\/mark><\/strong><\/em><\/td><td><em>L\u2019enfer du bagne<\/em>, Pucheu \u00c9diteur, 1957<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"578\" height=\"170\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Mes-tombeaux-Les-Allobroges-29-janvier-au-11-mars-1948.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5127\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Mes-tombeaux-Les-Allobroges-29-janvier-au-11-mars-1948.jpg 578w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Mes-tombeaux-Les-Allobroges-29-janvier-au-11-mars-1948-300x88.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 578px) 100vw, 578px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Un peu moins d\u2019un an et demi avant le suicide de Paul Roussenq \u00e0 Bayonne, parait le dernier des trente-six articles de \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb dans le quotidien grenoblois <em>Les Allobroges<\/em>. S\u2019il arrive parfois que des archives priv\u00e9es refassent surface<a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a> tels les cahiers et les photographies du Docteur L\u00e9on Colin en 2015<a id=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup>[2]<\/sup><\/a> ou encore la correspondance du bagnard Arthur Roques en 2021<a id=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup>[3]<\/sup><\/a>, il est nettement plus rare d\u2019exhumer et de red\u00e9couvrir de pr\u00e9cieux documents dans les fonds d\u2019archives publics. Cela n\u2019est pourtant pas impossible et c\u2019est une ultime version des souvenirs de l\u2019ancien bagnard que l\u2019on a pu retrouver en croisant les informations donn\u00e9es par le dossier que les \u00e9poux Beaumier avaient constitu\u00e9 dans les ann\u00e9es 1980.<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>Louis et S\u00e9verine Beaumier avaient h\u00e9berg\u00e9 Paul Roussenq au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1948<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a>. C\u2019est chez eux qu\u2019est prise la photographie c\u00e9l\u00e8bre de L\u2019Inco, le visage amaigri, presque squelettique, les yeux fix\u00e9s sur la cigarette qu\u2019il fume en la tenant du bout des doigts de sa main gauche<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. La photographie porte une date au dos&nbsp;: le 12 avril 1948. Les \u00e9poux Beaumier ont confi\u00e9 leurs souvenirs \u00e0 Daniel Vidal quand celui-ci \u00e9crit la premi\u00e8re biographie de Roussenq en 1998<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. C\u2019est l\u00e0 que nous avons trouv\u00e9 l\u2019allusion \u00e0 \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb dont S\u00e9verine Beaumier a retranscrit quelques extraits.&nbsp;Mais ni Daniel Vidal ni elle n\u2019\u00e9taient parvenus \u00e0 retrouver l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 du texte que les Archives d\u00e9partementales de l\u2019Is\u00e8re conservaient dans leur fonds presse. Elles ont bien voulu num\u00e9riser pour nous le pr\u00e9cieux document<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les Allobroges<\/em> est un journal n\u00e9 de la R\u00e9sistance. Son premier num\u00e9ro parait clandestinement le 15 f\u00e9vrier 1942 autour du groupe communiste <em>Front National<\/em>. \u00c0 la lib\u00e9ration, la prise de l\u2019imprimerie du journal collaborationniste <em>Le Petit Dauphinois<\/em> permet d\u2019assurer une diffusion quotidienne \u00e0 Grenoble et sur l\u2019Is\u00e8re, ainsi que dans les d\u00e9partements alentours. Malgr\u00e9 la scission avec les membres du <em>Dauphin\u00e9 Lib\u00e9r\u00e9<\/em> qui sort son premier num\u00e9ro le 7 septembre 1945, <em>Les Allobroges<\/em> arrive \u00e0 tirer jusqu\u2019\u00e0 250.000 exemplaires en 1949. Il connait une lente d\u00e9crue par la suite et passe en dessous des 100.000 exemplaires en 1952, avant de disparaitre six ans plus tard<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est donc un journal r\u00e9gional, g\u00e9n\u00e9raliste, r\u00e9put\u00e9 et dominant dans la r\u00e9gion, qui publie du num\u00e9ro 1274 au num\u00e9ro 1310 \u2013 soit du jeudi 29 janvier au jeudi 11 mars 1948 \u2013 les souvenirs de Paul Roussenq. Comme dans <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> en 1937, le r\u00e9cit autobiographique parait sous la forme d\u2019un feuilleton&nbsp;; ici, trente-six articles<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a> pour \u00e9difier et tenir le lecteur en haleine. Les notes de S\u00e9verine Beaumier nous permettent d\u2019\u00e9clairer la gen\u00e8se de cette parution&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce dimanche-l\u00e0 nous \u00e9tions venus dans le petit caf\u00e9 restaurant du quartier avec l\u2019id\u00e9e d\u2019y prendre une simple consommation, et de recueillir des nouvelles. Pas question de repas. L\u2019\u00e9tat de notre budget s\u2019y opposait cat\u00e9goriquement. Nous en \u00e9tions alors au stade de la \u00ab boh\u00eame \u00bb joyeuse, nourrie de projets.<\/p>\n\n\n\n<p>A l\u2019une des tables de bois cir\u00e9 se trouvaient un journaliste-po\u00e8te de notre connaissance et sa muse-compagne. Et, assis en face d\u2019eux, l\u2019\u00eatre le plus curieux qui m\u2019ait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 de rencontrer. Assez grand \u00e0 ce qu\u2019il me sembla ; mais peut-\u00eatre cette impression venait-elle de son extr\u00eame maigreur ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ses v\u00eatements ? ils ne m\u2019ont laiss\u00e9 aucun souvenir. Par contre, ses mains\u2026 Elles \u00e9voquaient non pas des sarments de vigne, o\u00f9 l\u2019on sent courir et s\u2019amasser la s\u00e8ve, pr\u00eate \u00e0 l\u00e2cher son trop-plein en grosses larmes denses, mais plut\u00f4t des souches tordues et noueuses d\u2019un brun gris\u00e2tre ; le bout des doigts br\u00fbl\u00e9s par les m\u00e9gots de cigarettes fum\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re extr\u00e9mit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 son visage, avec ses traits taill\u00e9s \u00e0 la serpe, ses plis creus\u00e9s au burin\u2026 J\u2019ai aussit\u00f4t pens\u00e9 \u00ab Henri de Monfreid \u00bb, dont j\u2019avais aper\u00e7u le portrait \u00e0 la vitrine d\u2019un libraire. Nous nous sommes attabl\u00e9s avec eux pour offrir notre tourn\u00e9e d\u2019ap\u00e9ritifs. Au cours de la conversation, nous avons appris que notre vis-\u00e0-vis \u00e9tait un rescap\u00e9 du bagne de Cayenne, o\u00f9 il avait pass\u00e9 presque toute sa vie. (\u2026)<\/p>\n\n\n\n<p>Curieux et intrigu\u00e9s, nous avons command\u00e9 les cinq repas qui allaient nous permettre de r\u00e9galer le po\u00e8te imp\u00e9cunieux et de faire plus ample connaissance avec le nouveau personnage. (\u2026) N\u2019ayant pas trouv\u00e9 d\u2019emploi dans la r\u00e9gion grenobloise, le rescap\u00e9 envisageait de retourner, par petites \u00e9tapes, dans son Midi natal, pour se faire embaucher dans un domaine viticole. Ce d\u00e9but d\u2019avril \u00e9tait encore froid et incl\u00e9ment. D\u2019un commun accord, nous l\u2019avons invit\u00e9 \u00e0 venir, avant son d\u00e9part, \u00e0 notre domicile, o\u00f9 nous pourrions le munir d\u2019une paire de bons brodequins et de quelques v\u00eatements chauds.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est au cours de cette derni\u00e8re visite qu\u2019il nous remit les seuls cadeaux \u00e0 sa port\u00e9e ; un fort couteau \u00e0 lames multiples, et un petit carnet manuscrit et d\u00e9dicac\u00e9, o\u00f9 il avait inscrit une vingtaine de po\u00e8mes de son cru. \u00bb<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Christian-Gali-Le-Dauphin\u00e9-Lib\u00e9r\u00e9-1983.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5135\" width=\"168\" height=\"258\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Christian-Gali-Le-Dauphin\u00e9-Lib\u00e9r\u00e9-1983.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Christian-Gali-Le-Dauphin\u00e9-Lib\u00e9r\u00e9-1983-195x300.jpg 195w\" sizes=\"(max-width: 168px) 100vw, 168px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Un peu plus loin, S\u00e9verine Beaumier fait r\u00e9f\u00e9rence au journaliste et po\u00e8te qui leur a permis de rencontrer Roussenq. Christian Gali (1925-1983) est aussi cin\u00e9phile et adepte d\u2019art contemporain. Ami de l\u2019historien Albert Ronsin<a id=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\"><sup>[11]<\/sup><\/a> et du po\u00e8te Andr\u00e9 Verdet<a id=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\"><sup>[12]<\/sup><\/a>, il rencontre chez ce dernier \u00e0 Saint-Paul-de-Vence ses idoles Picasso et Pr\u00e9vert<a id=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. Sa n\u00e9crologie, parue dans <em>Le Dauphin\u00e9 Lib\u00e9r\u00e9<\/em> le 2 septembre 1983, nous apprend que ce tr\u00e8s jeune r\u00e9sistant fut arr\u00eat\u00e9 par la Gestapo, \u00ab&nbsp;mais adepte des chemins de cr\u00eate, il resta presque toujours \u00e0 l\u2019\u00e9cart des grandes avenues du militantisme patent\u00e9, lui pr\u00e9f\u00e9rant un itin\u00e9raire personnel.&nbsp;\u00bb La formule, aussi plaisante soit-elle, masque mal son engagement aupr\u00e8s des FTP grenoblois<a id=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\"><sup>[14]<\/sup><\/a>, donc fort probablement aupr\u00e8s du groupe communiste qui fit para\u00eetre <em>Les Allobroges<\/em>. Christian Gali a vingt-trois ans lorsque Louis et S\u00e9verine Beaumier le rencontrent en compagnie de Paul Roussenq qui a repris sa vie d\u2019errance peu de temps avant la Lib\u00e9ration.<\/p>\n\n\n\n<p>Assign\u00e9 \u00e0 Sorgues dans le Vaucluse depuis le 4 janvier 1943, date \u00e0 laquelle il quitte le CSS de Fort-Barraux<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a>, l\u2019ancien bagnard signale dans le dernier article des <em>Allobroges<\/em> ne pas avoir respect\u00e9 sa r\u00e9sidence surveill\u00e9e&nbsp;: \u00ab&nbsp;On sait que je devais donner quelques coups de canif dans ce contrat unilat\u00e9ral.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pouvons retracer avec exactitude les chemins de Paul Roussenq apr\u00e8s la guerre&nbsp;; nous pouvons en revanche remarquer une route parsem\u00e9e d\u2019\u00e9tapes saisonni\u00e8res. L\u2019indigence et l\u2019\u00e2ge accroissent la difficult\u00e9 de la marche, multipliant ainsi les p\u00e9riodes d\u2019hospitalisation \u2026 et les s\u00e9jours en prison pour infraction \u00e0 la police des chemins des fers&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour me transporter d&rsquo;un h\u00f4pital \u00e0 un autre, j&rsquo;avais recours aux bons offices de la SNCF. A titre on\u00e9reux, pour elle. Ma foi ! le d\u00e9ficit chronique de cette soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;en \u00e9tait pas aggrav\u00e9 pour cela. Et puis, l&rsquo;Etat est l\u00e0 pour combler ce d\u00e9ficit. En payant mes imp\u00f4ts indirects, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;autres je participe donc au renflouement de la caisse dans une certaine mesure et bien malgr\u00e9 moi du reste&#8230;&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Voyager sans titre de transport \u00e0 la mani\u00e8re des wobblies et des hobos \u00e9tasuniens<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>, vendant leur force de travail le long des lignes transcontinentales outre-Atlantique, est une pratique \u00e0 risque que Roussenq a parfaitement int\u00e9gr\u00e9 depuis sa plus tendre jeunesse<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a>. C\u2019est pourquoi il n\u2019y a gu\u00e8re de surprise \u00e0 le voir passer, \u00e0 plus de soixante ans, un mois \u00e0 la maison d\u2019arr\u00eat de Roanne et 8 jours \u00e0 celle de Carpentras<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup>[20]<\/sup><\/a>. Roussenq ne se fixe pas pour autant.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le colportage ne suffit pas \u00e0 nourrir un homme qui cherche de facto \u00e0 tirer de menus profits de son douloureux pass\u00e9 en frappant \u00e0 la porte des m\u00e9dias locaux apr\u00e8s s\u2019\u00eatre hasard\u00e9 \u00e0 fureter du c\u00f4t\u00e9 de la presse nationale. Il y a fort \u00e0 parier que Roussenq monnaie par exemple son t\u00e9moignage \u00e0 Georges Salonic de <em>Paris-Soir<\/em> le 28 mars 1937<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a> ou encore \u00e0 Roger-Louis Lachat lorsque ce dernier dans les colonnes du <em>Petit Dauphinois<\/em>, vingt-jours plus t\u00f4t<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a>, fait parler \u00ab&nbsp;le bagnard qui, de tous les bagnards, pouvait parler le mieux du bagne&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le sch\u00e9ma se reproduit apr\u00e8s-guerre et, m\u00eame si le quotidien grenoblois pr\u00e9c\u00e9demment cit\u00e9 a laiss\u00e9 place aux <em>Allobroges<\/em> et au <em>Dauphin\u00e9 Lib\u00e9r\u00e9<\/em>, c\u2019est une nouvelle fois \u00e0 Grenoble que Roussenq parvient \u00e0 faire parler de lui en 1948 apr\u00e8s un troisi\u00e8me s\u00e9jour en prison&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il peut \u00eatre neuf heures du matin. Voici une heure \u00e0 peine, nous \u00e9tions \u00e0 Grenoble, pi\u00e9tinant dans le jour mal lev\u00e9, devant la porte \u00e0 judas de la prison municipale. Lorsqu\u2019il est sorti, c\u2019est \u00e0 peine si nous avons \u00e9chang\u00e9 quelques mots. Il s\u2019\u00e9tait laiss\u00e9 convaincre tout de suite. Puis, nous avons roul\u00e9 vers ce bistro rustique et b\u00e2ti \u00e0 mi-c\u00f4te, au flanc de la Chartreuse. (\u2026) L\u2019homme est maigre, son visage est tann\u00e9, fl\u00e9tri et osseux. Il porte un b\u00e9ret mit\u00e9 et un pardessus trop serr\u00e9, us\u00e9, de la couleur verd\u00e2tre des v\u00eatements morts, qui conserve pourtant une sorte de respectabilit\u00e9 mis\u00e9rable. Quand il sourit, il montre de grandes dents d\u00e9chauss\u00e9es, des rides profondes se creusent en \u00e9ventail au coin de l\u2019\u0153il, envahissant la pommette. Son \u00e9locution, que r\u00e9chauffe un reste d\u2019accent languedocien, est appliqu\u00e9e, pr\u00e9cieuse m\u00eame. Il parle avec l\u2019aisance d\u2019un homme qui lit ou qui r\u00e9cite un texte familier.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Minnie Danzas avant de traduire l\u2019\u0153uvre de l\u2019\u00e9crivain \u00e9tasunien Chester Himes pour <em>La S\u00e9rie Noire<\/em> que lance Marcel Duhamel en 1945, travaille pour le journal communiste <em>Ce Soir<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup><strong><sup>[24]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em> et \u00ab&nbsp;fait revivre les <em>c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s<\/em> oubli\u00e9es&nbsp;\u00bb. Nous pouvons l\u00e9gitimement nous demander si la journaliste parisienne qui fait le pied de grue devant la prison grenobloise en f\u00e9vrier de cette ann\u00e9e n\u2019est pas descendue en province sur indication de ses confr\u00e8res des <em>Allobroges<\/em> qui publient \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb depuis le 29 janvier. La description physique qu\u2019elle donne de Paul Roussenq rejoint en outre parfaitement celle de S\u00e9verine Beaumier.<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" width=\"294\" height=\"384\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Ce-Soir-13-f\u00e9vrier-1948.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5137\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Ce-Soir-13-f\u00e9vrier-1948.jpg 294w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Ce-Soir-13-f\u00e9vrier-1948-230x300.jpg 230w\" sizes=\"(max-width: 294px) 100vw, 294px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Celle-ci se serait-elle tromp\u00e9 sur la date qu\u2019elle inscrit sur la photographie de Roussenq fumant et qu\u2019elle h\u00e9berge, avant qu\u2019il ne reparte vers le Sud&nbsp;? Pour sujette \u00e0 caution que puisse \u00eatre l\u2019hypoth\u00e8se, elle n\u2019en demeure pas moins int\u00e9ressante. Ses notes de souvenirs o\u00f9 elle narre la rencontre avec Paul Roussenq, en ce \u00ab&nbsp;d\u00e9but d\u2019avril (\u2026) encore froid et incl\u00e9ment&nbsp;\u00bb, ne sont pas dat\u00e9es. Ce ne serait plus alors le 12 avril mais bien le 12 f\u00e9vrier 1948&nbsp;qu\u2019elle et son mari Louis croisent l\u2019ancien bagnard \u00e0 Grenoble, dans \u00ab&nbsp;le petit caf\u00e9 restaurant du quartier&nbsp;\u00bb. Et la \u00ab&nbsp;muse-compagne&nbsp;\u00bb de Christian Galli qu\u2019elle \u00e9voque dans ses notes de souvenir pourrait fort bien \u00eatre Minnie Danzas tant le r\u00e9cit de la journaliste se rapproche du sien. Pour autant la seule lettre que les \u00e9poux Beaumier ont re\u00e7u de Roussenq est \u00e9crite le 24 avril<a id=\"_ftnref25\" href=\"#_ftn25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>. Il leur raconte \u00eatre arriv\u00e9 \u00e0 Aimargues pendant la gr\u00e8ve des ouvriers agricoles, manifestation men\u00e9e par les copains anarchistes<a id=\"_ftnref26\" href=\"#_ftn26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. Roussenq a-t-il attendu deux mois et non douze jours avant de donner de ses nouvelles \u00e0 ses amis grenoblois&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours est-il que Christian Gali, journaliste, po\u00e8te, r\u00e9sistant FTP et sensiblement \u00e0 gauche, se retrouve une fois encore au centre de la publication des m\u00e9moires de Roussenq. En supposant que le manuscrit soit le m\u00eame que celui refus\u00e9 par les \u00e9ditions <em>Bordas<\/em> en 1946, cela signifierait que le quotidien communiste grenoblois a chang\u00e9 le titre&nbsp;; <em>Souvenirs du Bagne et de l\u2019apr\u00e8s-Bagne<\/em> est alors devenu <em>Mes tombeaux<\/em>. Un titre nettement plus vendable et accrocheur. L\u2019hypoth\u00e8se est plus qu\u2019envisageable tant le premier titre donne \u00e0 penser ce que l\u2019on peut lire dans le second. Roussenq se montre nettement plus prolixe, non seulement sur sa jeunesse en faisant un long d\u00e9veloppement sur la centrale de Clairvaux et sur les bataillons d\u2019Afrique mais aussi sur son retour en France. Les six derniers articles de cette s\u00e9rie, qui en compte \u2013 rappelons-le \u2013 trente-six, \u00e9voquent le voyage en URSS, les prisons fran\u00e7aises, l\u2019internement \u00e0 Sisteron et Fort Barraux&nbsp;; ce que l\u2019on ne retrouve nulle part et avec autant de d\u00e9tails dans les cinq autres versions de souvenirs de L\u2019Inco. Le 11 mars 1948, un entrefilet est rajout\u00e9 au dernier article des \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qui veut acheter le manuscrit de \u00ab&nbsp;Mes Tombeaux \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Enti\u00e8rement r\u00e9dig\u00e9 par l&rsquo;auteur et \u00e9crit de sa main, le manuscrit de \u00ab Mes Tombeaux \u00bb a d\u00e9j\u00e0 fait l&rsquo;objet d&rsquo;une offre, de la part d&rsquo;un de nos lecteurs qui se propose de l&rsquo;acheter 2.000 francs. Qui veut surench\u00e9rir ? La comp\u00e9tition reste ouverte jusqu&rsquo;\u00e0 jeudi prochain, 18 mars dernier d\u00e9lai. Le manuscrit reviendra au plus offrant et, bien entendu, au seul profit de Paul Roussenq. Pr\u00e9ciser sur l&rsquo;enveloppe \u00ab Manuscrit de \u00ab Mes Tombeaux \u00bb, \u00ab Les Allobroges \u00bb, 29 avenue F\u00e9lix Viallet, Grenoble.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Jusqu\u2019\u00e0 preuve du contraire, le manuscrit soit n\u2019a pas trouv\u00e9 preneur&nbsp;; soit il demeure encore dans des archives priv\u00e9es inconnues. Roussenq file \u00e0 Aimargues, non loin de Saint-Gilles-du-Gard, au printemps 1948<a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> pour aller travailler dans les vignes. Il s\u2019agit \u00e0 n\u2019en point douter de la derni\u00e8re version de ses chroniques bagnardes qui pr\u00e9sente en fin de compte plus de similitudes que de diff\u00e9rences avec les pr\u00e9c\u00e9dentes. Bien s\u00fbr <em>L\u2019enfer du bagne<\/em> est \u00e9dit\u00e9 par l\u2019abb\u00e9 Pucheu en 1957, soit huit ans apr\u00e8s la mort de Roussenq. Mais nous avons vu combien ce livre d\u00e9formait amplement le manuscrit \u00e9crit \u00e0 la citadelle de Sisteron en juin 1942. La version de Pucheu diff\u00e8re d\u2019ailleurs trop de celle des <em>Allobroges<\/em> pour que le cur\u00e9 fou s\u2019en soit inspir\u00e9 ou m\u00eame ait pu en avoir eu connaissance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 peu de choses pr\u00e8s et hormis les passages avant et apr\u00e8s le bagne, nous retrouvons dans \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb les m\u00eames chapitres, \u00e9crits dans le m\u00eame ton didactique&nbsp;: \u00eeles du Salut, organisation hi\u00e9rarchique du bagne, les cases, les cellules et le cachot, les m\u0153urs des bagnards, la guillotine \u2026&nbsp; Bien s\u00fbr, Roussenq change, ici et l\u00e0 quelques titres, ce qui peut laisser croire \u00e0 une nouveaut\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y a finalement peu de changements en profondeur dans la narration et la description du bagne. Le chapitre \u00ab&nbsp;Guerre \u00e9pistolaire&nbsp;\u00bb reprend en v\u00e9rit\u00e9 les informations du chapitre X \u00ab&nbsp;\u00c0 coups de porte-plume&nbsp;\u00bb paru dans <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>. Les six \u00ab&nbsp;for\u00e7ats notoires&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a> des <em>Allobroges<\/em> se retrouvent encore dans les dix \u00ab&nbsp;vedettes du Bagne&nbsp;\u00bb du manuscrit de Sisteron en juin 1941.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines anecdotes disparaissent, d\u2019autres refont surface&nbsp;: Roussenq ne parle pas, par exemple, de la mort en 1911 des surveillants Marin et Dubert tu\u00e9s le 26 mai 1911 par le transport\u00e9 Bailet matricule 36815<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>&nbsp;; il n\u2019\u00e9voque pas non plus la trag\u00e9die de l\u2019\u00eelet L\u2019Enfant Perdu alors que nous retrouvons ces deux histoires dans <em>Le Visage du Bagne<\/em> \u00e9crit \u00e0 Sisteron en juin 1941.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous lirons en fin de compte dans \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb peu de nouvelles anecdotes et pourrons constater qu\u2019elles flattent presque toutes le voyeurisme du lecteur des <em>Allobroges<\/em>&nbsp;: une sc\u00e8ne de cannibalisme pendant une \u00e9vasion, des surveillants qui tirent au sort celui qui tuera un bagnard, un passeur qui en tue plusieurs pour s\u2019emparer de leur plan, un chef de camp pr\u00e9varicateur, des for\u00e7ats seulement nantis de cache-sexe et marchant pieds-nus \u00e0 Charvein, ou encore une narration de la r\u00e9volte dite des anarchistes de 1895. Ces anecdotes, ces faits divers bagnards, ces histoires horribles ou cocasses sont parfois v\u00e9rifiables dans les services d\u2019Archives<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a>. Cela laisse donc \u00e0 penser que Roussenq n\u2019est pas un affabulateur&nbsp;; il n\u2019invente pas ce qu\u2019il \u00e9crit.<\/p>\n\n\n\n<p>Les <em>25 ans de bagne<\/em> mis \u00e0 part, Roussenq dresse encore des louanges \u00e0 Albert Londres et au docteur Louis Rousseau. S\u2019il ne mentionne jamais le parti communiste et une seule fois le Secours Rouge International, il peut para\u00eetre surprenant qu\u2019il n\u2019\u00e9mette aucune critique n\u00e9gative sur son p\u00e9riple sovi\u00e9tique alors que nous avons vu \u00e0 quel point son ressenti divergeait quand la narration de ce \u00ab&nbsp;beau voyage&nbsp;\u00bb \u00e9tait publi\u00e9e par les \u00e9ditions de <em>La D\u00e9fense<\/em> en 1933 et par le journal anarchiste du Gard <em>Terre Libre<\/em> l\u2019ann\u00e9e suivante<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>. Bien au contraire, la prison et l\u2019orphelinat qu\u2019il visite en URSS semblent soulever son enthousiasme. Roussenq sait donc bien \u00e0 qui il s\u2019adresse dans <em>Les Allobroges<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans les pr\u00e9c\u00e9dentes versions encore,&nbsp; il se montre approximatif sur la datation de faits qu\u2019il n\u2019a pas v\u00e9cu lui-m\u00eame, sur la description de lieux qu\u2019il n\u2019a pas fr\u00e9quent\u00e9&nbsp;: la r\u00e9volte dite des anarchistes du 12 au 13 novembre 1895 a en r\u00e9alit\u00e9 eu lieu dans la nuit du 21 au 22 octobre de l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>. C\u2019est alors dans la justification de sa pratique \u00e9pistolaire et dans l\u2019utilisation de la premi\u00e8re personne du singulier que la s\u00e9rie d\u2019articles apporte une r\u00e9elle nouveaut\u00e9,&nbsp;contrairement \u00e0 ce qu\u2019il peut affirmer en introduction le 29 janvier 1948&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp; Ainsi qu&rsquo;il advient dans toute relation m\u00e9moriale, je me trouverai dans l&rsquo;obligation in\u00e9luctable d&rsquo;envoyer le ha\u00efssable \u00ab je \u00bb ; y substituer le mot \u00ab nous \u00bb ce serait changer un cheval borgne pour un cheval aveugle. Je t\u00e2cherai, tout de m\u00eame, autant que possible, de r\u00e9duire les d\u00e9g\u00e2ts au minimum.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Une rapide comparaison vient contredire l\u2019introductif propos. Roussenq utilise le \u00ab&nbsp;ha\u00efssable&nbsp;\u00bb JE 140 fois dans les <em>25 ans de bagne<\/em> des \u00e9ditions de la D\u00e9fense, 102 fois dans \u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb publi\u00e9 par la <em>Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, 122 fois dans Le <em>Visage du bagne<\/em> \u00e9crit \u00e0 Sisteron en juin 1941, 99 fois dans <em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em> \u00e9crit \u00e0 Sisteron en juin 1942 et enfin 242 fois dans \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb. Nous passerons outre le comptage des JE dans <em>L\u2019enfer du bagne<\/em> \u00e9dit\u00e9 par Pucheu, le livre ayant \u00e9t\u00e9 directement pris sur le manuscrit \u00e9ponyme<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>On pourrait objecter que cet inventaire ne tient pas compte de la taille globale du texte&nbsp;; \u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb de <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> est un texte publi\u00e9 en quinze articles alors que \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb des <em>Allobroges<\/em> en contient trente-six. La d\u00e9monstration, traditionnellement toute en nuance chez Roussenq, adopte donc le travers \u00e9gotique typique des t\u00e9moins d\u2019une catastrophe humaine dans cette ultime version. Comment pourrait-il en \u00eatre autrement apr\u00e8s tant de souffrances subies dans une organisation syst\u00e9mique de l\u2019\u00e9limination&nbsp;? Roussenq est en 1948 un survivant. Pour autant, et malgr\u00e9 l\u2019indispensable volont\u00e9 de reconnaissance, l\u2019utilisation du JE fait encore ici office de preuve dans une d\u00e9monstration que son auteur esp\u00e8re la plus neutre qui soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le<a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/category\/roussenq-mes-tombeaux-souvenirs-du-bagne\/\"> <em>Jacoblog<\/em><\/a>, blog consacr\u00e9 depuis 2008 au cambrioleur anarchiste et ancien bagnard Alexandre Jacob, a diffus\u00e9 <a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/category\/roussenq-mes-tombeaux-souvenirs-du-bagne\/\">l\u2019int\u00e9gralit\u00e9 de \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb en juin 2022<\/a><a id=\"_ftnref36\" href=\"#_ftn36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>, respectant l\u2019ordonnancement des articles des <em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/category\/roussenq-mes-tombeaux-souvenirs-du-bagne\/\">Allobroges<\/a><\/em>. Nous reprenons dans cette biographie introductive de larges extraits des chapitres que nous consid\u00e9rons apporter des informations suppl\u00e9mentaires \u00e0 la connaissance de Roussenq soit&nbsp;: <em>Mon enfance<\/em>, <em>Les suites d\u2019une fugue<\/em>, <em>\u00c0 Clairvaux<\/em>, <em>Aux Bat d\u2019Af\u2019<\/em>, <em>Au conseil de guerre<\/em>, <em>Le d\u00e9p\u00f4t des for\u00e7ats<\/em>, <em>En route<\/em>, <em>Le bateau bagne<\/em>, <em>Le bagne nouvelle mani\u00e8re<\/em>, <em>Prisons fran\u00e7aises<\/em>, <em>Sur la route<\/em>, <em>\u00c0 Sisteron<\/em>, <em>D\u2019h\u00f4pital en h\u00f4pital<\/em>. Ces chapitres viennent compl\u00e9ter d\u2019un point de vue autobiographique et enrichir le Visage de ce Bagne que vient \u00e9clairer la plume de Paul Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right has-small-font-size\"><strong>Publier <em>Le Visage du Bagne<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-visage-du-bagne-1941-2.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5489\" width=\"216\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-visage-du-bagne-1941-2.jpg 511w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-visage-du-bagne-1941-2-300x209.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><\/figure><\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-visage-du-bagne-1941-1.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5488\" width=\"214\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-visage-du-bagne-1941-1.jpg 489w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Le-visage-du-bagne-1941-1-300x219.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><em>Le Visage du Bagne<\/em>, termin\u00e9 \u00e0 Sisteron en juin 1941, pr\u00e9sente un int\u00e9r\u00eat majeur. Outre son caract\u00e8re totalement in\u00e9dit, le livret manuscrit s\u2019inscrit donc chronologiquement entre les versions du parti communiste et de <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> d\u2019une part et celles du cahier de juin 1942, des <em>Allobroges<\/em> et de l\u2019abb\u00e9 Pucheu de l\u2019autre. Comme le manuscrit de juin 1942, d\u00e9pos\u00e9e aux Archives des Alpes de Haute Provence, le propos de Roussenq n\u2019a pas subi de d\u00e9formation et met donc en exergue un t\u00e9moignage brut et n\u00e9anmoins structur\u00e9, comme quatre des cinq autres versions, autour d\u2019une vingtaine de petits chapitres r\u00e9v\u00e9lant l\u2019organisation du bagne. Seul, \u00ab&nbsp;Mes Tombeaux&nbsp;\u00bb des <em>Allobroges<\/em> en contient 35 mais nous avons vu combien Roussenq avait tenu \u00e0 s\u2019appesantir avant et apr\u00e8s ses ann\u00e9es de g\u00e9henne guyanaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous pouvons d\u2019ailleurs nous demander si Pucheu a eu <em>Le Visage du Bagne<\/em> entre les mains pour \u00e9diter son <em>Enfer du bagne<\/em>&nbsp;; six chapitres ayant le m\u00eame titre et, comme avec le manuscrit de juin 1942, la plupart des autres abordent peu ou prou les m\u00eames sujets, si bien s\u00fbr on fait abstraction de la th\u00e9matique homosexuelle gomm\u00e9e par l\u2019atypique homme d\u2019\u00e9glise.&nbsp; Le chapitre <em>Bagnards notoires<\/em> reprend enfin quatre des dix portraits que l\u2019on peut lire dans <em>Vedettes du bagne<\/em>, soit ceux \u2013 nous l\u2019avons vu \u2013 de Soleillant, Ullmo, Dieudonn\u00e9 et Seznec. L\u00e0 s\u2019arr\u00eate l\u2019hypoth\u00e8se au regard d\u2019un livre pr\u00e9sentant plus de similitudes avec le cahier de juin 1942 qu\u2019avec celui de juin 1941.<\/p>\n\n\n\n<p>Roussenq se montre nettement plus pr\u00e9cis dans celui-ci que dans les autres variantes de son r\u00e9cit, exception faite de celui des <em>Allobroges<\/em>. La trentaine de noms \u00e9voqu\u00e9s, la vingtaine de lieux mentionn\u00e9s, les quelques dates apparaissant dans le cahier viennent \u00e9tayer le grand nombre de faits relat\u00e9s pour prouver l\u2019horreur carc\u00e9rale et coloniale subie. Pour autant, son style ne varie pas. Roussenq \u00e9crit d\u2019une mani\u00e8re simple, didactique et presque sans fautes d\u2019orthographe. Contrairement \u00e0 son \u00e9norme relation \u00e9pistolaire avec les hautes autorit\u00e9s de l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire, la plume de L\u2019Inco ne se fait accusatrice que pour d\u00e9noncer un sch\u00e9ma syst\u00e9mique de l\u2019abrutissement et de la mort du bagnard. Jamais elle ne pratique l\u2019insulte ou l\u2019invective raciste, homophobe, antis\u00e9mite parfois, scatologique souvent<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> ; jamais elle ne cherche \u00e0 mettre son cas personnel en valeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Les quelques 350 lettres, les 4 po\u00e8mes et les 6 r\u00e9cits que nous avons pu consulter pour l\u2019\u00e9laboration de ce pr\u00e9sent ouvrage dressent le portrait d\u2019un individu, tour \u00e0 tour r\u00e9fractaire et col\u00e9rique, sensible et dou\u00e9 d\u2019empathie. Roussenq sait lire et \u00e9crire et la pratique \u00e9pistolaire, envisag\u00e9e comme un moyen d\u2019opposition et de r\u00e9volte, le sauve de la folie ou d\u2019une mort certaine en Guyane. Le corpus mis \u00e0 jour r\u00e9v\u00e8le aussi un homme issu des milieux populaires, au fait des lois, d\u00e9crets et r\u00e8glements r\u00e9gissant le bagne, disposant d\u2019une conscience politique \u00e9vidente, d\u2019une grande culture g\u00e9n\u00e9rale et d\u2019une r\u00e9elle finesse d\u2019esprit et d\u2019analyse. C\u2019est bien comme cela qu\u2019il faut lire <em>Le Visage du Bagne<\/em>, manuscrit \u00e9crit \u00e0 la citadelle de Sisteron en juin 1941.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9monstration de Roussenq ne peut se comprendre sans un aper\u00e7u biographique. Seule la brochure de Daniel Vidal, parue aux \u00e9ditions du <em>Monde Libertaire<\/em> en 1998<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a>, racontait \u00e0 grands traits une vie qui s\u2019est jou\u00e9e sur le jet fatal d\u2019un quignon de pain et sur des effets militaires enflamm\u00e9s. Effet papillon ou th\u00e9orie des dominos peu importe. Un fatal battement d\u2019ailes ou un malencontreux \u00e9cart font basculer une des pi\u00e8ces du jeu et entra\u00eene l\u2019individu au plus bas de l\u2019\u00e9chelle sociale et parfois, dans le bas-fond des bas-fonds. Le cas Roussenq montre que l\u2019on ne sort pas indemne d\u2019un tel parcours. Il sugg\u00e8re m\u00eame le fait en 1923 \u00e0 Albert Londres&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le bagne est entr\u00e9 en moi. Je ne suis plus un homme, je suis un bagne. (\u2026) Je ne puis pas croire que j\u2019ai \u00e9t\u00e9 un petit enfant. Il doit se passer des choses extraordinaires qui vous \u00e9chappent. Un bagnard ne peut pas avoir \u00e9t\u00e9 un petit enfant&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Le parcours de Roussenq pourrait se noyer dans la masse de ceux des quelques 75000 anonymes bagnards expiant leur faute \u00e0 plus de 7000 km de la m\u00e9tropole si le c\u00e9l\u00e8bre reporter puis le parti communiste ne l\u2019avaient sorti de l\u2019anonymat. Les recherches op\u00e9r\u00e9es aux Archives Nationales de l\u2019Outre-Mer \u00e0 Aix-en-Provence, aux Archives Nationales \u00e0 Paris, aux Archives de la D\u00e9fense \u00e0 Vincennes, \u00e0 la Contemporaine \u00e0&nbsp;Nanterre, aux Archives Nationales du Monde du Travail \u00e0 Roubaix, aux Archives d\u00e9partementales de Seine-Saint-Denis, de l\u2019Is\u00e8re, de Guyane et dans d\u2019autres services d\u2019archives priv\u00e9es ou publiques nous autorisent \u00e0 tracer de mani\u00e8re plus pr\u00e9cise un chemin particuli\u00e8rement tortueux.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous tenons alors \u00e0 remercier grandement pour leur aide pr\u00e9cieuse et leurs conseils avis\u00e9s Mesdames et Messieurs David Jurie, Franck Veyron, Gilles Poizat, Daniel Vidal,&nbsp; Laure Franek, Pascal Boucard, Fabienne Riondet, Mathilde le Roc\u2019h Morg\u00e8re, Felip et Maryvonne Equy, Arnauld Heuret, Tania Saint-Aim\u00e9, La\u00ebtitia P\u00e9an, Christelle Rivaland, Dominique Fey, Lydie Herbelot, Bernard Cahier.<\/p>\n\n\n\n<p>De l\u2019adolescence vagabonde aux ge\u00f4les humides de la citadelle de Sisteron, de Biribi au pays des Soviets, de l\u2019homme enferm\u00e9 aspirant \u00ab&nbsp;aux d\u00e9lices du cachot&nbsp;\u00bb \u00e0 l\u2019homme libre mais ne se souffrant tellement plus qu\u2019il d\u00e9cide de se jeter dans les eaux froides de l\u2019Adour, la vie de Paul Henri Roussenq, anarchiste et incorrigible r\u00e9fractaire, vient \u00e9clairer justement le <em>Visage<\/em> de cet homme devenu <em>Bagne<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> Les archives priv\u00e9es de Jean Galmot, par exemple, se trouvent \u00e0 La Teste du Buch, pr\u00e8s d\u2019Arcachon, chez la femme de son petit-fils qui, \u00e0 ce jour et l\u2019on ne sait pourquoi, refuse de les rendre accessibles.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> Si Philippe Collin avait approch\u00e9 l\u2019historien Michel Pierre en 2013 pour travailler sur les archives de son grand-p\u00e8re L\u00e9on, ce n\u2019est qu\u2019en 2015 que, par l\u2019entremise de Jean-Marc Delpech, Libertalia peut publier <em>Des Hommes et des bagnes<\/em> et rendre ainsi public une inestimable somme de documents sur les bagnes de Guyane et de Nouvelle Cal\u00e9donie..<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> En 2018, Philippe Collin a convaincu madame Simone Pons, dont le mari est le petit-fils d\u2019Arthur Roques, de confier ses archives aux ANOM d\u2019Aix-en-Provence qui, par le biais de Gilles Poizat, charg\u00e9 d&rsquo;\u00e9tudes documentaires et archiviste, publient en juillet 2021 dans leur Collection Histoire d\u2019Outre-Mer aux \u00e9ditions Silvana Editoriale les <em>Lettres du bagnard Arthur Roques, Guyane 1902-1918, \u00c9crire pour survivre<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Notes de S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Cette photographie sert d\u2019illustration aux premi\u00e8res de couverture de <em>Paul Roussenq, le bagnard de Saint-Gilles<\/em>, par Daniel Vidal aux \u00c9ditions du Monde Libertaire, 1998&nbsp;; de <em>Le beau voyage<\/em> de Paul Roussenq aux \u00e9ditions de la Pigne, 2018 ou encore \u00e0 <em>Les carnets de Paul Roussenq, Sisteron juin 1942<\/em> le PDF que diffuse les Archives des Alpes de Haute Provence en 2019.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Daniel Vidal, <em>op. cit.<\/em>, \u00c9ditions du Monde Libertaire, 1998<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Archives D\u00e9partementales de l\u2019Is\u00e8re, p\u00e9riodique PER 17\/13 <em>Les Allobroges<\/em>&nbsp;; nous tenons ici \u00e0 remercier pour leur sollicitude, leur bienveillance et leur r\u00e9activit\u00e9 les archivistes de ce service et en particulier madame Fabienne Riondet.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> Sur la presse de l\u2019Is\u00e8re voir Bernard Montergnole, <em>La Presse Grenobloise de la lib\u00e9ration : 1944-1952<\/em>, Presses universitaires de Grenoble, 1974. On trouvera en outre de nombreuses informations sur cette presse au Mus\u00e9e de la r\u00e9sistance et de la d\u00e9portation de l\u2019Is\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> Il n\u2019y a pas de publication dans le n\u00b01306 des samedi 6 et dimanche 7 mars 1948. Les num\u00e9ros du jeudi 5 (1280) et vendredi 6 f\u00e9vrier 1948 (1281) portent tous deux le num\u00e9ro de chapitre VII, ce qui peut porter \u00e0 confusion sur le nombre de num\u00e9ros publi\u00e9s. Il y a 36 num\u00e9ros et non 35.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Notes non dat\u00e9es de S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Albert Ronsin, 1928-2007, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 conservateur des biblioth\u00e8ques de Dijon en 1950, puis de Nancy en 1958, devient directeur de celle de Saint-Di\u00e9-des-Vosges en 1960 et conservateur du mus\u00e9e Pierre No\u00ebl de cette ville en 1970. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse et publie ses recherches sur l\u2019historique du nom Am\u00e9rique donn\u00e9 \u00e0 Saint-Di\u00e9 au d\u00e9but du XVI<sup>e<\/sup> si\u00e8cle par le cartographe allemand Martin Waldseem\u00fcller. Albert Ronsin est aussi l\u2019auteur d\u2019une histoire de Saint-Di\u00e9-des-Vosges en 1969 et d\u2019un dictionnaire biographique des Vosgien c\u00e9l\u00e8bre en 1990. Amateur de po\u00e9sie, il cr\u00e9a le prix international de po\u00e9sie francophone Yvan Goll en honneur du po\u00e8te d\u00e9odatien.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Andr\u00e9 Verdet, 1913-2004, po\u00e8te, peintre et r\u00e9sistant fut d\u00e9port\u00e9 \u00e0 Auschwitz en compagnie de Robert Desnos&nbsp;; il fut l\u2019ami de Giono, Pr\u00e9vert, Cocteau, Braque, Matisse, Chagall, L\u00e9ger, Picasso \u2026 et m\u00eame de Bill Wyman, bassiste des Rolling Stones&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Article \u00ab&nbsp;Le po\u00e8te Andr\u00e9 Verdet termine son dernier film <em>Terre et flammes<\/em>&nbsp;\u00bb dans <em>Ce Soir<\/em>, 22 ao\u00fbt 1951.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Idem.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> AD Is\u00e8re, 17W134.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> \u00ab Mes tombeaux \u00bb, <em>Les Allobroges<\/em> 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310, jeudi 11 mars 1948, p. 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> \u00ab Mes tombeaux \u00bb, Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310, jeudi 11 mars 1948, p. 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Militants du syndicat \u00e9tasunien IWW cr\u00e9\u00e9 en 1905, les wobblies se singularis\u00e8rent avant et apr\u00e8s le premier conflit mondial par leur radicalisme et leur activisme itin\u00e9rant&nbsp;; comme les hobos, ces travailleurs sans domicile fixe, se d\u00e9pla\u00e7ant de ville en ville, de campagne en campagne, le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises, et vivant de travaux manuels saisonniers et d&rsquo;exp\u00e9dients. Les Wobblies organis\u00e8rent tant les travailleurs de l\u2019industrie du bois dans les grandes for\u00eats recul\u00e9es du Nord-Ouest des \u00c9tats-Unis que les journaliers de l\u2019agriculture extensive en Californie et dans le Middle-West. Soumis \u00e0 une intense r\u00e9pression patronale et politique ainsi qu\u2019\u00e0 de fortes dissensions internes au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920, le mouvement syndical d\u00e9cline vite non sans avoir influenc\u00e9 durablement la contre-culture \u00e9tasunienne. Sur le sujet lire&nbsp;Joyce Kornbluh, <em>Hobos et wobblies<\/em>, L\u2019Insomniaque 2012&nbsp;; ou encore le roman graphique <em>Wobblies<\/em> paru chez Nada en 2019.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> Voir chapitre \u00ab&nbsp;Graine de bagne&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn20\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Minnie Danzas, article \u00ab&nbsp;L\u2019Inco, 21 ans de bagne, 3779 jours de cachot, a connu toutes les prisons de France et la Guyane\u2026&nbsp;\u00bb dans <em>Ce Soir<\/em>, 13 f\u00e9vrier 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Georges Salonic, article \u00ab&nbsp;Roussenq l\u2019Inco avait br\u00fbl\u00e9 40 francs d\u2019effets militaires&nbsp;: ce fut le bagne&nbsp;\u00bb dans <em>Paris-Soir<\/em>, 28 mars 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a> Il est fort possible que le papier du <em>Petit Dauphinois<\/em> ait suscit\u00e9 l\u2019int\u00e9r\u00eat de <em>Paris-Soir<\/em>, dans le contexte g\u00e9n\u00e9ral du d\u00e9bat national sur l\u2019arr\u00eat de la transportation, car c\u2019est \u00e0 Grenoble que le journaliste rencontre l\u2019ancien bagnard.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a> Minnie Danzas, article \u00ab&nbsp;L\u2019Inco, 21 ans de bagne, 3779 jours de cachot, a connu toutes les prisons de France et la Guyane\u2026&nbsp;\u00bb dans <em>Ce Soir<\/em>, 13 f\u00e9vrier 1948.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Le quotidien, qui avait \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 en 1937 par Maurice Thorez pour faire ombrage \u00e0 <em>Paris-Soir<\/em>, reparait le 22 ao\u00fbt 1944 apr\u00e8s avoir cess\u00e9 sa publication en 1940. Il est dirig\u00e9 en 1948 par Aragon.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Dossier \u00e9poux Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn26\" href=\"#_ftnref26\">[26]<\/a> On trouvera une relation de cette gr\u00e8ve dans Pauline Cazalis, <em>L\u2019anarchisme entre lutte sociale et prise de pouvoir&nbsp;: Aimargues 1900-1951<\/em>, m\u00e9moire de maitrise en histoire contemporaine sous la direction de M. Fr\u00e9d\u00e9ric Rousseau, Universit\u00e9 Montpellier III, septembre 2001,p.132-134.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> \u00ab Mes tombeaux \u00bb, <em>Les Allobroges<\/em> 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310, jeudi 11 mars 1948, p. 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Notes de S\u00e9verine Beaumier, archives priv\u00e9es, Daniel Vidal.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> Soit Manda, Ullmo, Duez, Soleillant, Dieudonn\u00e9, Seznec.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> ANOM dossiers H659 et H4139 de Samuel Alfred Bailet.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> On retrouve l\u2019affaire Bichier des \u00c2ges, le passeur d\u2019\u00e9vad\u00e9s et assassin de Kourou chez Albert Londres dans <em>Au bagne<\/em> et dans <em>L\u2019Homme qui s\u2019\u00e9vada<\/em> mais aussi dans <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em> du Docteur Louis Rousseau. Les AT de la Guyane conservent le dossier judiciaire et les minutes du proc\u00e8s de Bichier des \u00c2ges (2U313)&nbsp;; les documents confirment les dires de Londres, Rousseau et Roussenq. Voir <em>Le Visage du Bagne<\/em>, chapitre 16 \u00ab&nbsp;Les \u00c9vasions&nbsp;\u00bb, note n\u00b01011.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> Paul Roussenq, <em>op. cit.<\/em>, \u00c9ditions de La Pigne, 2018, pr\u00e9face Jean-Marc Delpech.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> Dans <em>Le Visage du Bagne<\/em> que nous publions ici, cette r\u00e9volte a lieu en 1897 selon Roussenq&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Roussenq, Paul, \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, <em>Les Allobroges<\/em> 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1274, jeudi 29 janvier 1948, p. 2.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Par manque de courage certainement et estimant suffisant le d\u00e9compte du \u00ab&nbsp;je&nbsp;\u00bb, nous avons omis recenser les adjectifs et pronoms possessifs dans les six versions des souvenirs de Roussenq.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/ .<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Roussenq est coutumier du fait comme le montre la masse de punitions que peut contenir son dossier de bagnard&nbsp;aux ANOM d\u2019Aix-en-Provence.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> Daniel Vidal, <em>op. cit.<\/em>, \u00c9ditions du Monde Libertaire, 1998.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Albert Londres, article \u00ab Roussenq L\u2019Inco \u00bb dans<em> Le Petit Parisien<\/em>, 19 ao\u00fbt 1923.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mes tombeaux grenoblois 1948-2022 25 ans de bagne, \u00e9ditions de La D\u00e9fense, 1933 \u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb, La Bourgogne R\u00e9publicaine, du 28 juin au 12 juillet 1937 Le Visage du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941 L\u2019Enfer du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942 \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, Les Allobroges, du 29 janvier au 11 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5776],"tags":[1262,5661,5805,5804,465,32,5650,5654,1514,5652,5807,5653,846,5785,5662,5808,5780,5651,5801,5659,5657,1259,5809,2155,5806,1241,5802],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5483"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5483"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5483\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5707,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5483\/revisions\/5707"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5483"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5483"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5483"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}