{"id":5469,"date":"2023-08-13T01:01:00","date_gmt":"2023-08-12T23:01:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5469"},"modified":"2023-07-17T08:14:57","modified_gmt":"2023-07-17T06:14:57","slug":"prolegomenes-de-la-redecouverte-des-ecrits-dun-homme-devenu-bagne-2e-partie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2023\/08\/prolegomenes-de-la-redecouverte-des-ecrits-dun-homme-devenu-bagne-2e-partie\/","title":{"rendered":"Prol\u00e9gom\u00e8nes de la red\u00e9couverte des \u00e9crits d\u2019un homme devenu bagne 2e partie"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>L\u2019Enfer manuscrit 1942-2018<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><em>25 ans de bagne<\/em>, \u00e9ditions de La D\u00e9fense, 1933<\/td><td>\u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb, <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, du 28 juin au 12 juillet 1937<\/td><td><em>Le Visage du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941<\/td><td><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\"><em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942<\/mark><\/strong><\/td><td><em>\u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948<\/em><\/td><td><em>L\u2019enfer du bagne<\/em>, Pucheu \u00c9diteur, 1957<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Enfer-du-Bahgne-1942-3.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-4769\" width=\"112\" height=\"158\"\/><\/figure><\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Les-carnets-de-Paul-Roussenq-AD-Alpes-de-Haute-Provnce.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5475\" width=\"130\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Les-carnets-de-Paul-Roussenq-AD-Alpes-de-Haute-Provnce.jpg 326w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Les-carnets-de-Paul-Roussenq-AD-Alpes-de-Haute-Provnce-248x300.jpg 248w\" sizes=\"(max-width: 130px) 100vw, 130px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p><em>L\u2019Enfer du bagne, souvenirs v\u00e9cus<\/em> est d\u00e9pos\u00e9 en 2018 aux Archives des Alpes de Hautes Provence par M. Michel Henry. Un autre carnet, manuscrit lui-aussi, l\u2019accompagne. Il s\u2019agit d\u2019un po\u00e8me de 72 alexandrins intitul\u00e9 <em>Les intern\u00e9s de Sisteron<\/em><a id=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup>[1]<\/sup><\/a>. Roussenq \u00e9voque les dures conditions de vie dans la citadelle o\u00f9 il est enferm\u00e9. Le parall\u00e8le avec son existence pass\u00e9e aux \u00eeles du Salut parait \u00e9vidente tant les th\u00e8mes de la fatalit\u00e9, de la violence, de la faim, de la promiscuit\u00e9 et de l\u2019homosexualit\u00e9 aboutissent comme au bagne au r\u00eave de libert\u00e9 qui ici ne peut s\u2019imposer dans le cadre du conflit mondial que par une paix retrouv\u00e9e\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<!--more-->\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mais dans ce d\u00e9sarroi de la mis\u00e8re humaine,<\/p>\n\n\n\n<p>Apparait quelquefois une vision sereine :<\/p>\n\n\n\n<p>La Paix, venant enfin mettre un terme \u00e0 leurs maux,<\/p>\n\n\n\n<p>Promettant de beaux jours et des plaisirs nouveaux.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors la libert\u00e9, d\u00e9sir\u00e9e et ch\u00e9rie<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 tous les intern\u00e9s redonnera la vie.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn2\" id=\"_ftnref2\"><sup>[2]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019abb\u00e9 Pucheu s\u2019est-t \u2019il servi du manuscrit d\u00e9pos\u00e9 par Michel Henry pour l\u2019\u00e9dition post-mortem \u00e0 Vichy des \u00e9crits de Roussenq en 1957&nbsp;?&nbsp; Bien \u00e9videmment, on ne retrouve pas dans le carnet la messianique conclusion imagin\u00e9e par l\u2019homme d\u2019\u00e9glise<a href=\"#_ftn3\" id=\"_ftnref3\"><sup>[3]<\/sup><\/a> et <em>L\u2019enfer du bagne \u2013 souvenirs v\u00e9cus<\/em> est devenu quinze ans plus tard <em>L\u2019enfer du bagne \u2013 souvenirs v\u00e9cus in\u00e9dits<\/em>. Les deux textes portent le m\u00eame titre. Roussenq en serait donc l\u2019auteur et non Pucheu comme nous l\u2019\u00e9voquions en pr\u00e9face de la r\u00e9\u00e9dition de <em>Libertalia<\/em> en 2009. L\u2019origine de ce titre est \u00e0 rechercher en Guyane o\u00f9 le matricule 37664, puis le lib\u00e9r\u00e9 4<sup>e<\/sup> 1<sup>e<\/sup> 16185, taquine la muse pour t\u00e9moigner et briser l\u2019ennui de l\u2019enfermement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La composition de mon \u00ab&nbsp;Enfer du Bagne&nbsp;\u00bb a \u00e9t\u00e9 faite par \u00e9tapes, de 1913 \u00e0 1927. Je l\u2019ai remani\u00e9e \u00e0 maintes reprises. Les nouveaux r\u00e8glements de 1925 ont rendu caducs certains passages (pain sec, cachots, etc), qui n\u2019en ont pas moins leur valeur documentaire. Cette \u00e9tude, plut\u00f4t psychologique que descriptive, met \u00e0 nu un \u00e9tat de choses dont la p\u00e9rennit\u00e9 est incontestable.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn4\" id=\"_ftnref4\"><sup>[4]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Infatigable \u00e9crivant, Roussenq rappelle \u00e0 la fin de ce long po\u00e8me de quelques 500 alexandrins qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 \u00ab&nbsp;compos\u00e9 aux \u00eeles du Salut. Relev\u00e9 \u00e0 Saint-Laurent-du Maroni le 26 d\u00e9cembre 1929&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn5\" id=\"_ftnref5\"><sup>[5]<\/sup><\/a>. Le cahier de 36 pages a \u00e9t\u00e9 offert \u00e0 Albert Ubaud (1888-1964). Fonctionnaire civil de l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire dans la commune depuis l927, il officie comme maire de 1930 \u00e0 1932. Il reste en Guyane jusqu\u2019en 1943<a href=\"#_ftn6\" id=\"_ftnref6\"><sup>[6]<\/sup><\/a>. L\u2019homme est donc amen\u00e9 \u00e0 s\u2019int\u00e9resser au cas largement m\u00e9diatis\u00e9 de Roussenq tout comme il s\u2019est int\u00e9ress\u00e9 et a accumul\u00e9 souvenirs et documents sur les personnalit\u00e9s marquantes du bagne \u00e0 son \u00e9poque<a href=\"#_ftn7\" id=\"_ftnref7\"><sup>[7]<\/sup><\/a>. Le 6 ao\u00fbt 1929, une gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle avait mis fin \u00e0 la transportation de cette vedette du bagne<a href=\"#_ftn8\" id=\"_ftnref8\"><sup>[8]<\/sup><\/a> arriv\u00e9e en outre premier du concours du for\u00e7at m\u00e9ritant lanc\u00e9 par le tout jeune magazine <em>D\u00e9tective<\/em> le 4 avril<a href=\"#_ftn9\" id=\"_ftnref9\"><sup>[9]<\/sup><\/a>. Roussenq d\u00e9barque \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni au d\u00e9but du mois d\u2019octobre. Soutenu par le SRI et le parti communiste, il est d\u2019autant plus l\u2019objet d\u2019une attention toute particuli\u00e8re qu\u2019il est inqui\u00e9t\u00e9 en juin 1930 dans le cadre de l\u2019affaire Burkowski. Cet autre lib\u00e9r\u00e9, ayant cherch\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9vader, est retrouv\u00e9 mort, d\u00e9lest\u00e9 d\u2019une cagnotte de 1400 francs.&nbsp; Retour derri\u00e8re les barreaux, m\u00eame cette fois-ci \u00e0 la prison civile de Cayenne, pour Roussenq jusqu\u2019\u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e 1931 date \u00e0 laquelle une ordonnance de non-lieu met fin \u00e0 l\u2019accusation de complicit\u00e9 d\u2019assassinat et de tentative d\u2019\u00e9vasion<a href=\"#_ftn10\" id=\"_ftnref10\"><sup>[10]<\/sup><\/a>. Roussenq retrouve vite les rues de Saint Laurent du Maroni o\u00f9 sa plume d\u2019\u00e9crivain public officie. Nous ne savons pas quels ont \u00e9t\u00e9 les contacts entre Roussenq et Ubaud mais ce dernier lui a bien consacr\u00e9 quelques pages dans ses carnets de souvenirs et l\u2019a m\u00eame photographi\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Lors de mon passage \u00e0 Saint Laurent, je le rencontrai un matin dans la v\u00e9randa des Bureaux de l\u2019Administration o\u00f9 il errait quelques livres sous les bras&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonjour Monsieur, me dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8211; Bonjour Roussenq. Que devenez-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant la saison des pluies, il bricolait, par-ci, par-l\u00e0, pour gagner son pain dur. En \u00e9t\u00e9, il se livrait \u00e0 la chasse aux papillons, dans la for\u00eat, aux alentours de la crique Sainte-Marguerite o\u00f9 il avait install\u00e9 des \u00ab&nbsp;miradors&nbsp;\u00bb de pi\u00e9geage et de capture. C\u2019est dans cette tenue de chasseur de papillons que je le photographiai dans la v\u00e9randa de mon habitation. La lecture avait meubl\u00e9 et enrichi son cerveau. Et il se piquait de po\u00e9sie. Un jour, il m\u2019apporta son \u0153uvre ma\u00eetresse \u00ab&nbsp;L\u2019Enfer du Bagne&nbsp;\u00bb o\u00f9 il peint avec assez de couleur et de v\u00e9rit\u00e9 un milieu qu\u2019il connaissait bien pour y avoir v\u00e9cu pr\u00e8s de trente ann\u00e9es. Il m\u2019offrit son po\u00e8me manuscrit avec une courtoisie toute acad\u00e9mique. C\u2019\u00e9tait en 1929.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn11\" id=\"_ftnref11\"><sup>[11]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Notons enfin que le docteur Henri Huchon reprend de larges extraits de ce po\u00e8me dans son livre de souvenirs <em>Quand j\u2019\u00e9tais au bagne<\/em> en 1933. Curieusement le m\u00e9decin qui officia \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1920 mentionne que ces \u00ab&nbsp;fragments&nbsp;\u00bb sont issus \u00ab&nbsp;d\u2019un transport\u00e9s mort aujourd\u2019hui&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn12\" id=\"_ftnref12\">[12]<\/a>. Huchon \u00e9tait en fonction au m\u00eame moment qu\u2019Ubaud et nous pouvons en conclure que ce dernier lui a donn\u00e9 le po\u00e8me de Roussenq \u00e0 lire. Il existe d\u2019autres versions de <em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em>. Franck S\u00e9nateur serait l\u2019heureux propri\u00e9taire d\u2019un tapuscrit dactylographi\u00e9 de onze pages de <em>L\u2019Enfer du bagne<\/em> qu\u2019il inclut en Annexe de la r\u00e9\u00e9dition des souvenirs de Roussenq remani\u00e9s par le parti communiste et le SRI<a href=\"#_ftn13\" id=\"_ftnref13\"><sup>[13]<\/sup><\/a>. Nous ne savons pas dans quelle condition l\u2019historien a pu acqu\u00e9rir le pr\u00e9cieux document qui pr\u00e9sente quelques couplets de plus que le po\u00e8me conserv\u00e9 par Ubaud. En 1928, l\u2019\u00e9crivaine \u00e9tasunienne Blair Niles (1880-1959) publie <em>Condemned to Devil&rsquo;s Island<a href=\"#_ftn14\" id=\"_ftnref14\"><sup><strong><sup>[14]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>, roman<a href=\"#_ftn15\" id=\"_ftnref15\"><sup>[15]<\/sup><\/a> centr\u00e9 sur le bagnard fictif Michel largement inspir\u00e9 par Ren\u00e9 Belbenoit<a href=\"#_ftn16\" id=\"_ftnref16\"><sup>[16]<\/sup><\/a> qu\u2019elle rencontre l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente lors de son s\u00e9jour en Guyane<a href=\"#_ftn17\" id=\"_ftnref17\"><sup>[17]<\/sup><\/a>. Le livre, qui connait un r\u00e9el succ\u00e8s et une adaptation cin\u00e9matographique aux USA<a href=\"#_ftn18\" id=\"_ftnref18\"><sup>[18]<\/sup><\/a>, cite abondamment le cas d\u2019un des \u00ab&nbsp;as&nbsp;\u00bb du \u00ab&nbsp;ch\u00e2teau&nbsp;\u00bb qui \u00ab&nbsp;avait obtenu le titre de roi de Roi de la cellule noire&nbsp;\u00bb, ayant acquis sa c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 par son opposition \u00e0 l\u2019AP, par son comportement pour le moins outrancier et surtout par le grand nombre de jour pass\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qui pourrait croire qu\u2019un homme est assez d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 pour risquer le t\u00e9tanos, la mort, la c\u00e9cit\u00e9, afin de sortir d\u2019une cellule de r\u00e9clusion&nbsp;? Qui&nbsp;? C\u2019est la grande diff\u00e9rence entre Roussenq et les tous les autres bagnards. Nous tol\u00e9rons le ch\u00e2timent parce que nous n\u2019avons pas le choix. Lui le cherche et le supporte. Et que penses-tu qu\u2019il fait dans sa cellule&nbsp;? Il \u00e9crit un po\u00e8me. Il l\u2019a intitul\u00e9 \u00ab&nbsp;L\u2019enfer&nbsp;\u00bb. Il l\u2019a d\u00e9bit\u00e9 en 1913 et l\u2019a modifi\u00e9 en 1915. Deux cents vers dans la premi\u00e8re version, et il en ajoute depuis\u2026 La version finale en contiendra cinq cents. Voil\u00e0 comment il passe son temps. C\u2019est mieux que de s\u2019infecter.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn19\" id=\"_ftnref19\"><sup>[19]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Paul Roussenq a donc repris le titre de son po\u00e8me pour coucher en prose ses souvenirs bagnards \u00e0 la citadelle de Sisteron en juin 1942. En 1957, la version \u00e9dit\u00e9e \u00e0 Vichy pr\u00e9sente des similitudes si apparentes que l\u2019on pourrait croire que Pucheu a recopi\u00e9 presque mot \u00e0 mot le cahier de Sisteron, usant \u00e7\u00e0 et l\u00e0 de synonymes, inversant quelques expressions, rajoutant \u2013 nous l\u2019avons vu \u2013 tout un \u00e9vang\u00e9lique discours. Si le manuscrit comporte vingt-trois courts chapitres nous n\u2019en retrouvons plus que vingt-deux dans le livre. L\u2019atypique homme d\u2019\u00c9glise a-t-il enlev\u00e9 l\u2019adresse <em>Au lecteur<\/em> dans lequel Roussenq justifie son manuscrit par son exp\u00e9rience au regard d\u2019un Albert Londres qui n\u2019a pass\u00e9 qu\u2019\u00e0 peine un mois en Guyane&nbsp;? Toujours est-il que treize chapitres portent le m\u00eame titre et que huit des neuf restants sont particuli\u00e8rement proches et traitent des m\u00eames sujets&nbsp;: <em>le r\u00e9gime du bagne<\/em> remplace le <em>m\u00e9canisme du bagne&nbsp;<\/em>; <em>le syst\u00eame D<\/em> se substitue \u00e0 <em>la \u00ab&nbsp;d\u00e9brouille&nbsp;\u00bb<\/em>&nbsp;; <em>les m\u00e9decins du bagne<\/em> deviennent <em>les m\u00e9decins militaires<\/em>&nbsp;; <em>les lib\u00e9r\u00e9s<\/em> font enfin place au <em>bagne n\u00b02<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Un seul chapitre du livre parait nouveau. <em>Bagnards notoires<a href=\"#_ftn20\" id=\"_ftnref20\"><sup><strong><sup>[20]<\/sup><\/strong><\/sup><\/a><\/em>, o\u00f9 Roussenq \u00e9voque Soleilland, Ullmo, Dieudonn\u00e9 et Seznec, n\u2019existe en effet pas dans le document conserv\u00e9 aux Archives des Alpes de Haute Provence qui, en outre et comme dans les <em>Vingt-cinq ans de bagne<\/em> des <em>\u00e9ditions de la D\u00e9fense<\/em>, cite <em>Le pot au noir<\/em>, roman du po\u00e8te Louis Chadourne (1890-1925) et mentionne le D<sup>r<\/sup> Louis Rousseau. Dreyfus, Ullmo, Hespel et Albert Londres se retrouvent dans les deux textes. Comme le livre, le manuscrit, sign\u00e9 par Roussenq, fait mention d\u2019une date et d\u2019un lieu&nbsp;: Sisteron, juin 1942.<\/p>\n\n\n\n<p>Pucheu a tenu le manuscrit entre ses mains. Comme Roussenq, nous l\u2019avons vu, il est intern\u00e9 \u00e0 Sisteron. Michel Henry tient le pr\u00e9cieux document de son p\u00e8re L\u00e9once Henry qui fut, selon ses dires et ses souvenirs, menuisier dans la citadelle en 1940-1941<a href=\"#_ftn21\" id=\"_ftnref21\"><sup>[21]<\/sup><\/a>&nbsp;! Pour Laure Franek, directrice adjointe des Archives d\u00e9partementales de Haute Provence, qui a organis\u00e9 la publication en mai 2019 du cahier de Sisteron sous forme d\u2019un fichier num\u00e9rique au format pdf&nbsp;richement illustr\u00e9<a href=\"#_ftn22\" id=\"_ftnref22\"><sup>[22]<\/sup><\/a> : \u00ab&nbsp;La proximit\u00e9 des deux textes tant dans leur structure que leur propos est manifeste.&nbsp;Le manuscrit \u00e9voque cependant des sujets non abord\u00e9s dans le livre r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par<em> Libertalia<\/em> : le camp des impotents, les \u00e9vasions \u2026&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn23\" id=\"_ftnref23\"><sup>[23]<\/sup><\/a> La lecture du cahier de Sisteron permet donc d\u2019apporter quelques \u00e9clairages et soul\u00e8ve de multiples questions.<\/p>\n\n\n\n<p>Quel fut le parcours des <em>Souvenirs v\u00e9cus<\/em> du bagne&nbsp;?&nbsp; Qui, de Roussenq ou de Pucheu, a \u00e9t\u00e9 en contact avec L\u00e9once Henry&nbsp;?&nbsp; Pucheu, dont on ne sait presque rien du cheminement apr\u00e8s sa lib\u00e9ration de la maison de repos de Saint-Jean de Dieu de Lyon, a-t-il retrouv\u00e9 l\u2019un ou l\u2019autre et, \u00e0 l\u2019occasion, pris connaissance du manuscrit&nbsp;? Y-eu-t-il une quatri\u00e8me version ou bien est-ce celle-ci qui a \u00e9t\u00e9 remani\u00e9e&nbsp;pour en faire des <em>Souvenirs v\u00e9cus in\u00e9dits<\/em> ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Le visage bourguignon du bagne 1937<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><em>25 ans de bagne<\/em>, \u00e9ditions de La D\u00e9fense, 1933<\/td><td><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\">\u00ab\u00a0Le visage du bagne\u00a0\u00bb, <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, du 28 juin au 12 juillet 1937<\/mark><\/strong><\/td><td><em>Le Visage du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941<\/td><td><em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942<\/td><td><em>\u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948<\/em><\/td><td><em>L\u2019enfer du bagne<\/em>, Pucheu \u00c9diteur, 1957<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-visge-du-Bagne-Bourgogne-Republicaine.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5480\" width=\"649\" height=\"241\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-visge-du-Bagne-Bourgogne-Republicaine.jpg 517w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-visge-du-Bagne-Bourgogne-Republicaine-300x111.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 649px) 100vw, 649px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p>Roussenq r\u00e9\u00e9crit ses souvenirs pour au moins trois raisons. Cette activit\u00e9 vient briser l\u2019oisivet\u00e9, l\u2019apathie et le d\u00e9s\u0153uvrement cons\u00e9cutifs \u00e0 la claustration. \u00c9ternel insatisfait, l\u2019homme \u00e9prouve en outre le besoin continuel de corriger ses \u00e9crits, de reprendre et de rectifier ses souvenirs, de rajouter et de pr\u00e9ciser des faits. L\u2019ensemble de ses r\u00e9cits et po\u00e8mes peuvent enfin et \u00e0 l\u2019occasion constituer une source de revenus d\u2019autant plus appr\u00e9ciable que, depuis sa rupture avec le parti communiste en 1935, le colporteur \u2013 vagabond Roussenq vit dans l\u2019indigence, alternant les p\u00e9riodes d\u2019hospitalisation et d\u2019emprisonnement quand il n\u2019est pas sur les routes de France et de Navarre\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La route est longue d\u2019ici \u00e0 ailleurs, d\u2019ailleurs \u00e0 nulle part. Quand on va sans savoir o\u00f9 aller, le vent devant, le vent derri\u00e8re et que les bornes kilom\u00e9triques sont vos seules patries. Nous l\u2019avons rencontr\u00e9, affal\u00e9 dans un foss\u00e9, pr\u00e8s de Grenoble. \u00c7\u2019aurait pu aussi bien \u00eatre pr\u00e8s d\u2019\u00c9pinal. Il avait faim, il avait froid, il avait mal. Toutes les douleurs s\u2019abattaient sur lui comme la mis\u00e8re sur les mis\u00e9reux. Ses pauvres jambes l\u2019avaient trahi. Il gisait l\u00e0, sans force inutile, arbre mort ou tas de ferraille. Pr\u00e8s de lui, sa musette laissait aller sur l\u2019herbe toute sa fortune&nbsp;: deux douzaines d\u2019\u00e9pingles, quelques feuilles de papier \u00e0 lettres, trois ou quatre francs. Colporteur du hasard, cheminot \u00e9reint\u00e9, l\u2019homme s\u2019avouait vaincu.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn24\" id=\"_ftnref24\"><sup>[24]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Lanc\u00e9e en 2016, la plateforme <em>Retronews<\/em> de la Biblioth\u00e8que Nationale de France permet d\u2019acc\u00e9der, sur internet et moyennant un abonnement payant, \u00e0 quelques trois si\u00e8cles d\u2019archives de presse fran\u00e7aise. En tapant l\u2019occurrence Roussenq en 2019, l\u2019efficace moteur de recherche du site nous procure une s\u00e9rie de 15 articles parus dans le quotidien <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> entre le 28 juin et le 12 juillet 1937. Elle est intitul\u00e9e <em>Le visage du bagne<\/em>. Paul Roussenq en est l\u2019auteur. Le quotidien r\u00e9gional bourguignon est fond\u00e9 en janvier de cette ann\u00e9e par le d\u00e9put\u00e9 <em>SFIO<\/em> Jean Bouhey<a href=\"#_ftn25\" id=\"_ftnref25\"><sup>[25]<\/sup><\/a>, accessoirement membre de la <em>Libre-Pens\u00e9e<\/em> et aussi militant \u00e0 la <em>Ligue des Droits de l\u2019Homme<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>La feuille, proche du Front Populaire, dispose d\u2019environ 13000 abonn\u00e9s et s\u2019\u00e9coule facilement dans toute la r\u00e9gion<a href=\"#_ftn26\" id=\"_ftnref26\"><sup>[26]<\/sup><\/a>. Nous ne savons pas dans quelles conditions ce journal fut amen\u00e9 \u00e0 publier le propos de Roussenq, presque trois mois apr\u00e8s la pleine page que lui consacre <em>Paris-Soir<\/em> le 28 mars 1937&nbsp;: \u00ab&nbsp;Enterr\u00e9 vivant pendant 4000 jours&nbsp;! Roussenq l\u2019Inco avait br\u00fbl\u00e9 40 francs d\u2019effet militaire. Ce fut le bagne&nbsp;!&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn27\" id=\"_ftnref27\"><sup>[27]<\/sup><\/a> <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> cherche-t-elle un scoop&nbsp;\u00e0 la suite de celui publi\u00e9 par le quotidien que dirige <a>Pierre Lazareff<\/a><a href=\"#_ftn28\" id=\"_ftnref28\"><sup>[28]<\/sup><\/a> depuis 1930&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous le verrons plus loin, nous pouvons aussi avancer que la Ligue des Droits de l\u2019Homme fut partie prenante dans la campagne de lib\u00e9ration de Roussenq s\u2019opposant parfois violemment au parti communiste fran\u00e7ais. En 1937, l\u2019anarchiste qu\u2019il demeure est libre de toute attache. Le mis\u00e9reux a quitt\u00e9 en mai 1935 Aimargues dans le Gard o\u00f9 il r\u00e9sidait depuis son retour d\u2019URSS. Le 16 juin, le tribunal de Dijon le condamne \u00e0 100 francs d\u2019amende pour infraction \u00e0 la police des chemins de fers. Qu\u2019allait-il faire en C\u00f4te-d\u2019Or&nbsp;? A-t-il confi\u00e9 \u2013 vendu ses souvenirs, ceux publi\u00e9s deux ans plus tard par la <em>Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> ? Et surtout, la triste et \u00e9difiante vie de Roussenq s\u2019inscrit-elle dans la chronique nationale d\u2019une mort lente annonc\u00e9e, celle du bagne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>17 juin 1938, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Albert Lebrun signe le d\u00e9cret-loi qui met fin \u00e0 la transportation, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019envoi outre-Atlantique des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s. Le texte fait suite au rapport du pr\u00e9sident du conseil Edouard Daladier qui, le m\u00eame jour, souligne l\u2019\u00e9chec latent de l\u2019institution p\u00e9nitentiaire et surtout l\u2019image n\u00e9gative de la Guyane qui en d\u00e9coule.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne compte plus, en effet, depuis le reportage d\u2019Albert Londres en 1923, journalistes ou autres venus chercher le scoop, l\u2019\u00e9motion et la sensation dans la colonie<a href=\"#_ftn29\" id=\"_ftnref29\"><sup>[29]<\/sup><\/a>. Le bagne est pourtant, d\u00e8s sa cr\u00e9ation, l\u2019objet de critiques f\u00e9roces, m\u00eame si aucun article, aucun rapport d\u2019\u00e9tat, aucun livre de souvenirs n\u2019avaient r\u00e9ussi, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 \u00e9mousser \u00ab&nbsp;le syst\u00e8me \u00e9liminatoire \u00e0 la fran\u00e7aise&nbsp;\u00bb pour reprendre l\u2019expression ch\u00e8re au cambrioleur anarchiste Alexandre Jacob<a href=\"#_ftn30\" id=\"_ftnref30\"><sup>[30]<\/sup><\/a>. L\u2019utilisation politique et m\u00e9diatique du climat d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 dans l\u2019hexagone assurait finalement la p\u00e9rennit\u00e9 d\u2019une machine \u00e0 broyer les \u00ab&nbsp;vaincus de guerre sociale&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn31\" id=\"_ftnref31\"><sup>[31]<\/sup><\/a> que sont les criminels, r\u00e9cidivistes ou non. Mais, comme l\u2019affirme l\u2019historien Michel Pierre en 2000 \u00ab&nbsp;jamais, apr\u00e8s la premi\u00e8re guerre mondiale, l\u2019administration p\u00e9nitentiaire ne put susciter en France de campagne de presse en sa faveur&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn32\" id=\"_ftnref32\"><sup>[32]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>La r\u00e9forme Sibille, loi vot\u00e9e par le parlement le 15 d\u00e9cembre 1931, donnait aux cours d\u2019assises le pouvoir de transporter un condamn\u00e9 non rel\u00e9guable en fonction de l\u2019estimation de sa dangerosit\u00e9 sociale. Elle supprimait aussi le doublage \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019article 6 de la loi du 30 mai 1854 \u2013 en vertu duquel le condamn\u00e9 devait r\u00e9sider en Guyane pendant un temps \u00e9gal \u00e0 celui de sa peine. Le temps de r\u00e9sidence devenait perp\u00e9tuel au-del\u00e0 d\u2019une condamnation \u00e0 huit ans de travaux forc\u00e9s. Mais cette r\u00e9forme n\u2019organisait pas le retour des lib\u00e9r\u00e9s, condamn\u00e9s de fait \u00e0 pourrir sur place<a href=\"#_ftn33\" id=\"_ftnref33\"><sup>[33]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il est faux d\u2019envisager une mort violente depuis le reportage d\u2019Albert Londres<a href=\"#_ftn34\" id=\"_ftnref34\"><sup>[34]<\/sup><\/a>, les beaux jours du bagne, v\u00e9ritable gouffre financier pour la m\u00e9tropole, sont en revanche bel et bien pass\u00e9s<a href=\"#_ftn35\" id=\"_ftnref35\"><sup>[35]<\/sup><\/a>. Il \u00ab&nbsp;ne se r\u00e9forme pas, il se supprime&nbsp;\u00bb, \u00e9crit en 1926 l\u2019anarchiste Jacob Law revenu de l\u2019enfer guyanais<a href=\"#_ftn36\" id=\"_ftnref36\"><sup>[36]<\/sup><\/a>. Onze ans apr\u00e8s le livre de Law, six ans apr\u00e8s la loi Sibille et un an avant le d\u00e9cret du 17 juin 1938, nous pouvons inscrire <em>Le visage du bagne<\/em> dans la longue liste d\u2019articles et de livres \u2013 celui de Mireille Maroger parait la m\u00eame ann\u00e9e<a href=\"#_ftn37\" id=\"_ftnref37\"><sup>[37]<\/sup><\/a> \u2013 venant porter l\u2019estocade \u00e0 l\u2019institution p\u00e9nitentiaire coloniale.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous disposons donc en 2019 de quatre versions de la narration carc\u00e9rale et guyanaise de Roussenq. Comme les trois autres (1934 \u2013 1942 \u2013 1957), <em>Le visage du bagne<\/em> se structure autour de 21 courts chapitres et le style si didactique de l\u2019Inco, qui rarement se met en valeur en utilisant la 1<sup>e<\/sup> personne du singulier, demeure une constante. L\u2019utilisation du JE chez Roussenq n\u2019est pas une question d\u2019ego mais de t\u00e9moignage. Ainsi quand transparait la troisi\u00e8me personne du singulier le propos de l\u2019ancien for\u00e7at se fait rapporteur d\u2019un fait ou d\u2019une anecdote que lui-m\u00eame n\u2019a pas vu ou v\u00e9cu&nbsp;: \u00ab&nbsp;J\u2019en ai connu davantage de bons que de mauvais&nbsp;\u00bb lorsqu\u2019il introduit son chapitre sur les surveillants militaires<a href=\"#_ftn38\" id=\"_ftnref38\"><sup>[38]<\/sup><\/a> tandis que celui sur les camps des incorrigibles de Charvein<a href=\"#_ftn39\" id=\"_ftnref39\"><sup>[39]<\/sup><\/a> est enti\u00e8rement \u00e0 la troisi\u00e8me personne du singulier. Roussenq n\u2019y est paradoxalement jamais all\u00e9<a href=\"#_ftn40\" id=\"_ftnref40\"><sup>[40]<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous ne pensons pas que <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> ait remani\u00e9 le texte de Roussenq en profondeur&nbsp;; nous y retrouvons sa griffe partout. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr qu\u2019elle cherche le coup \u00e9ditorial, un brin voyeuriste et mis\u00e9rabiliste, en offrant \u00e0 ses lecteurs de l\u2019exotisme, de l\u2019aventure, du fait divers et un inventaire de vies bris\u00e9es dans \u00ab&nbsp;le bas-fond des bas-fonds&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn41\" id=\"_ftnref41\"><sup>[41]<\/sup><\/a>. C\u2019est ce que sugg\u00e8re, le 28 juin 1937, la note sign\u00e9e A.H.<a href=\"#_ftn42\" id=\"_ftnref42\"><sup>[42]<\/sup><\/a> pr\u00e9sentant le propos de Paul Roussenq&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On a beaucoup \u00e9crit sur le bagne qui va mourir. Mais on a rarement publi\u00e9, sur cet enfer, de t\u00e9moignages directs, c\u2019est-\u00e0-dire de t\u00e9moignages de for\u00e7ats.<\/p>\n\n\n\n<p>En voici un.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019homme qui l\u2019a \u00e9crit n\u2019est ni un assassin, ni un malfaiteur professionnel. Son histoire est connue, son nom a d\u00e9fray\u00e9 pendant un certain temps la chronique. Il s\u2019appelle Paul Roussenq. Il fut condamn\u00e9 au bagne pour avoir br\u00fbl\u00e9 ses effets militaires.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est toute sa faute.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a expi\u00e9 par vingt ans de bagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Des campagnes de presse, des interventions g\u00e9n\u00e9reuses l\u2019ont sauv\u00e9 de l\u2019enfer il y a un peu plus d\u2019un an<a href=\"#_ftn43\" id=\"_ftnref43\"><sup>[43]<\/sup><\/a>. Mais il avait accompli sa peine. Mais il avait touch\u00e9 le fond de la d\u00e9tresse.<\/p>\n\n\n\n<p>Il a consign\u00e9 dans un manuscrit de deux cents pages d\u2019une \u00e9criture r\u00e9guli\u00e8re et volontaire, les sc\u00e8nes atroces dont il a \u00e9t\u00e9 le t\u00e9moin, les souffrances qu\u2019il a endur\u00e9es, le spectacle de mis\u00e8re, de haine, de d\u00e9solation auquel il a assist\u00e9 \u2013 figurant num\u00e9rot\u00e9 \u2013 pendant vingt ans.<\/p>\n\n\n\n<p>Pas une plainte, pas un cri de r\u00e9volte contre l\u2019injustice des hommes, mais un t\u00e9moignage pr\u00e9cis, impartial sur la vie des hommes punis.<\/p>\n\n\n\n<p>La peine qu\u2019il a subie a marqu\u00e9 Roussenq, l\u2019a vieilli, a creus\u00e9 ses rides profondes sur son front, autour de sa bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait pu crier son d\u00e9sespoir, exhaler sa ranc\u0153ur. Nul ne l\u2019en aurait bl\u00e2m\u00e9. Mais il s\u2019est born\u00e9 \u00e0 dire&nbsp;: \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 ce que j\u2019ai vu&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce r\u00e9cit d\u00e9pouill\u00e9, impartial, sans artifice, est le plus terrible r\u00e9quisitoire contre le bagne.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn44\" id=\"_ftnref44\"><sup>[44]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p>Il convient de noter que, trois ans apr\u00e8s les <em>25 ans du bagne<\/em> des <em>\u00c9ditions de la D\u00e9fense<\/em>, cette s\u00e9rie d\u2019articles perd toute dialectique communiste et, s\u2019il n\u2019est plus question de lutte des classes, force est de constater que Roussenq rend aussi \u00e0 Albert Londres les honneurs que le parti des travailleurs avait enlev\u00e9 au reporter bourgeois&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je n\u2019oublie pas, cependant, qu\u2019Albert Londres, ce grand d\u00e9couvreur, cet homme de bien qui s\u2019est pench\u00e9 sur tant de mis\u00e8res humaines, a fait conna\u00eetre mon cas extraordinaire au monde civilis\u00e9, en m\u00eame temps qu\u2019il a d\u00e9nonc\u00e9 vigoureusement et avec une ma\u00eetrise in\u00e9gal\u00e9e, les incroyables horreurs du bagne. Et c\u2019est gr\u00e2ce \u00e0 lui, initialement, que j\u2019ai recouvr\u00e9 la libert\u00e9.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn45\" id=\"_ftnref45\"><sup>[45]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><strong>Le Visage sisteronais du Bagne 1941<\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-table\"><table><tbody><tr><td><em>25 ans de bagne<\/em>, \u00e9ditions de La D\u00e9fense, 1933<\/td><td>\u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb, <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, du 28 juin au 12 juillet 1937<\/td><td><strong><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0)\" class=\"has-inline-color has-vivid-red-color\"><em>Le Visage du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941<\/mark><\/strong><\/td><td><em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em>, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942<\/td><td><em>\u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars 1948<\/em><\/td><td><em>L\u2019enfer du bagne<\/em>, Pucheu \u00c9diteur, 1957<\/td><\/tr><\/tbody><\/table><\/figure>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"alignleft size-full is-resized\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-Visage-du-Bagne-CIAP-Saint-Laurent.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-5471\" width=\"287\" height=\"223\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-Visage-du-Bagne-CIAP-Saint-Laurent.jpg 445w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-Visage-du-Bagne-CIAP-Saint-Laurent-300x233.jpg 300w\" sizes=\"(max-width: 287px) 100vw, 287px\" \/><\/figure><\/div>\n\n\n<p>Quatre ans plus tard, Paul Roussenq se trouve \u00e0 la citadelle de Sisteron. Il vient de terminer un nouveau r\u00e9cit de souvenirs qui porte le m\u00eame titre que celui publi\u00e9 par <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>. <em>Le Visage du Bagne<\/em> est dat\u00e9 de juin 1941. Cette cinqui\u00e8me version a refait surface apr\u00e8s avoir en vain \u00e9t\u00e9 mise aux ench\u00e8res \u00e0 l\u2019H\u00f4tel des ventes Drouot le 7 novembre 2012. La pr\u00e9sentation du lot n\u00b098 faite sous la houlette de Christian Galantaris avait pourtant de quoi attirer l\u2019\u0153il de n\u2019importe quel collectionneur passionn\u00e9 par l\u2019histoire du bagne. La mise a prix \u00e9tait fix\u00e9e \u00e0 1000\u20ac\u00a0:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;98 BAGNE \u2013 PAUL ROUSSENQ <em>Le visage du bagne<\/em>. Souvenirs v\u00e9cus. Pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 du <em>Po\u00e8me de la g\u00e9henne<a href=\"#_ftn46\" id=\"_ftnref46\"><strong>[46]<\/strong><\/a><\/em>. Compos\u00e9 aux Iles du Salut en 1912 Transcrit au camp de Sisteron en 1941. Manuscrit sur papier quadrill\u00e9 d&rsquo;un cahier d&rsquo;\u00e9colier in-4 (220 x 170 mm) de [6] 156 pp., broch\u00e9, couverture \u00e0 dos de percaline noire. 1&nbsp;000\u20ac<\/p>\n\n\n\n<p>T\u00e9moignage autographe direct, terrible et sans concession, sur la condition des bagnards d\u00e9port\u00e9s en Guyane dans le premier tiers du XX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle. L\u2019auteur avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 en 1908 \u00e0 vingt ans de travaux forc\u00e9s et \u00e0 quinze ans d\u2019interdiction de s\u00e9jour pour avoir d\u00e9truit par le feu des v\u00eatements militaires dans un camp disciplinaire o\u00f9 il \u00e9tait d\u00e9tenu. Le bagne se situait aux \u00eeles du Salut, \u00e0 quatorze kilom\u00e8tres au large de la Guyane, face aux rochers de Kourou, \u00e0 100 km au N.E. de Cayenne.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans ce manuscrit tr\u00e8s dense, l\u2019auteur ne n\u00e9glige aucun d\u00e9tail sur les \u00e9preuves qui attendaient les condamn\u00e9s depuis leur d\u00e9part de la m\u00e9tropole pour la Guyane, \u00e0 commencer par la travers\u00e9e dans des conditions effroyables au cours de laquelle beaucoup mouraient et \u00e9taient jet\u00e9s dans la mer. Roussenq \u00e9crit dans un style correct et alerte&nbsp;; ses observations le plus souvent cruelles peuvent devenir piquantes et pittoresques. Il s\u2019efforce d\u2019offrir un tableau complet du d\u00e9tenu&nbsp;: r\u00e8glement disciplinaire, surveillance, r\u00e9gime, mutinerie, r\u00e9pression, nourriture, occupations, distractions et m\u0153urs int\u00e9rieures, petit commerce inter-p\u00e9nal, etc. etc. On y trouve des portraits de bagnards c\u00e9l\u00e8bres ou hauts en couleurs dont Seznec.<\/p>\n\n\n\n<p>La table des chapitres rend compte du souci de l\u2019auteur d\u2019\u00eatre complet&nbsp;: <em>L\u2019antichambre du bagne<\/em>, <em>La travers\u00e9e<\/em>, <em>Aux \u00eeles du Salut<\/em>, <em>Organisation et structure du bagne<\/em>, <em>mentalit\u00e9 p\u00e9nale<\/em>, <em>Les m\u0153urs homosexuelles<\/em>, <em>Sous le casque blanc<\/em>, <em>Le service de sant\u00e9<\/em>, <em>Dans la case<\/em>, <em>Le syst\u00e8me D<\/em>, <em>Au cachot<\/em>, <em>Le pot de terre contre le pot de fer<\/em>, <em>Les incorrigible<\/em>, <em>La r\u00e9pression judiciaire<\/em>, <em>La r\u00e9clusion cellulaire<\/em>, <em>Les \u00e9vasions<\/em>, <em>La poubelle du Bagne<\/em>, <em>Diversit\u00e9<\/em>, <em>Albert Londres au bagne<\/em>, <em>Vedettes du Bagne<\/em>, <em>La vie des lib\u00e9r\u00e9s<\/em>\u2026&nbsp; Ce manuscrit ne semble pas avoir \u00e9t\u00e9 publi\u00e9.&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn47\" id=\"_ftnref47\"><sup>[47]<\/sup><\/a><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le visage du Bagne<\/em> est remis en vente du 22 janvier au 5 f\u00e9vrier 2014 chez <em>Autographe Ench\u00e8res<\/em> \u00e0 Gen\u00e8ve. J\u00e9r\u00f4me Pittet et Alexandra Saggiori, les experts charg\u00e9s de l\u2019op\u00e9ration, estiment \u00e0 9.000\u20ac le lot n\u00b0155, \u00ab&nbsp;exceptionnel manuscrit original&nbsp;\u00bb qui, \u00e0 nouveau, ne trouvera pas preneur. La pr\u00e9sentation du texte, \u00ab&nbsp;explicatif et exhaustif&nbsp;\u00bb, \u00ab&nbsp;\u00e9tonnamment pr\u00e9cis et organis\u00e9 par th\u00e8mes&nbsp;\u00bb, pouvait susciter l\u2019int\u00e9r\u00eat du potentiel acqu\u00e9reur. Roussenq est m\u00eame qualifi\u00e9 de journaliste et de sociologue du bagne, disposant de plus \u00ab&nbsp;d&rsquo;un grand talent d&rsquo;\u00e9criture&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>La note ose une comparaison avec Henri Charri\u00e8re, l\u2019auteur, lui, \u00ab&nbsp;ne faisant pas de sa vie un roman&nbsp;\u00bb. Elle reprend \u00e0 grands traits l\u2019histoire de l\u2019ancien bagnard et donne \u00e0 lire le sommaire du manuscrit. Elle \u00e9tablit m\u00eame la liste des \u00ab&nbsp;Vedettes du Bagne&nbsp;\u00bb cit\u00e9es par Roussenq&nbsp;: \u00ab&nbsp;\u2026 Pleigneur dit Manda\u2026 Soleilland \u2026 Duez \u2026 Jacob \u2026 Brengues \u2026 Ullmo \u2026 Albinet \u2026 Dieudonn\u00e9 \u2026 Metge de la bande \u00e0 Bonno \u2026 Seznec\u2026&nbsp;\u00bb<a href=\"#_ftn48\" id=\"_ftnref48\"><sup>[48]<\/sup><\/a> Les deux experts mentionnent d\u2019une mani\u00e8re d\u00e9pr\u00e9ciative l\u2019\u00e9dition de Pucheu et sa reprise en 2009 par <em>Libertalia<\/em> pour mieux mettre en valeur l\u2019incroyable objet mis aux ench\u00e8res<a href=\"#_ftn49\" id=\"_ftnref49\"><sup>[49]<\/sup><\/a>. L\u2019\u00e9diteur catholique et quelque peu d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9 a, nous l\u2019avons vu, gomm\u00e9 certains aspects estim\u00e9s par lui pol\u00e9miques quand il ne r\u00e9\u00e9crit pas le texte de Roussenq. J\u00e9r\u00f4me Pittet et Alexandra Saggiori n\u2019ont de toute \u00e9vidence pas connaissance de la s\u00e9rie d\u2019articles publi\u00e9s par <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> et dont le manuscrit qu\u2019ils cherchent \u00e0 vendre reprend le titre. Ils ignorent aussi la version publi\u00e9e par les <em>\u00c9ditions de la D\u00e9fense<\/em> en 1934 et ne peuvent bien \u00e9videmment conna\u00eetre celle mise en ligne par les Archives des Alpes de Haute Provence en 2018.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le manuscrit ne rencontre donc pas de repreneur le 5 f\u00e9vrier 2014&nbsp;; il est c\u00e9d\u00e9 un an et demi plus tard par Monsieur Maxime Portal pour 5000\u20ac \u00e0 la commune de Saint-Laurent-du-Maroni<a href=\"#_ftn50\" id=\"_ftnref50\"><sup>[50]<\/sup><\/a>. Nous ne savons pas actuellement comment Maxime Portal a pu d\u00e9tenir le <em>Visage du Bagne<\/em>. Toujours est-il que la municipalit\u00e9 dirig\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par L\u00e9on Bertrand, maire depuis 1983 et ancien ministre de Jacques Chirac, met le manuscrit en d\u00e9p\u00f4t au CIAP nouvellement cr\u00e9\u00e9 sur le camp de la Transportation, apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d\u2019abandon. Le CIAP a pour vocation de raconter et de mettre en valeur l\u2019histoire du bagne, de la ville, de ses habitants et de ses b\u00e2timents remarquables. En peu de temps, il est devenu un acteur majeur et incontournable de la vie culturelle de Saint-Laurent-du-Maroni. Le service patrimoine de la commune envisage d\u00e8s cette date de publier le manuscrit de Roussenq par le biais des conservatrices L\u00e9a Castieau et Emma Lozano&nbsp;apr\u00e8s la retranscription effectu\u00e9e par l\u2019archiviste Vanessa Van de Walle. Le CIAP nous a autoris\u00e9 \u00e0 prendre connaissance du document et \u00e0 travailler sur celui-ci en vue d\u2019une reprise de ce projet.<\/p>\n\n\n\n<p>Qui a d\u00e9pos\u00e9 <em>Le Visage du Bagne<\/em> chez <em>Drouot<\/em> puis chez <em>Autographe Ench\u00e8res&nbsp;<\/em>? Nous pouvons gr\u00e2ce \u00e0 sa lecture pr\u00e9ciser son origine et l\u2019ins\u00e9rer dans le processus d\u2019\u00e9criture de l\u2019ind\u00e9sirable Paul Roussenq qui d\u00e9die en troisi\u00e8me page ses m\u00e9moires et son po\u00e8me<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00e0 Monsieur le Docteur Niel, M\u00e9decin-Chef du CSS de Sisteron, o\u00f9 il repr\u00e9sente la science et l&rsquo;humanit\u00e9.&nbsp;\u00bb L\u2019hommage est paraph\u00e9 des initiales P.R. qui, fort probablement, a not\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement au crayon de papier en bas de la page la date de f\u00e9vrier 1942. Les deux \u00e9critures pr\u00e9sentent de nombreuses similitudes. Toujours est-il que le cahier achev\u00e9 en juin 1941, alors que Roussenq est intern\u00e9 \u00e0 Sisteron depuis le 10 f\u00e9vrier, est offert six mois plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>Le volumineux dossier du matricule 37664 r\u00e9v\u00e8le un bagnard au comportement emport\u00e9 et irascible. Les humeurs de l\u2019atrabilaire Roussenq manquent souvent de le faire interner aux ali\u00e9n\u00e9s sur l\u2019\u00eele Saint-Joseph. Elles justifient pour une grande part les plus de 4000 jours de cachot subis. Pour autant, il sait faire preuve d\u2019une infinie douceur et se montrer reconnaissant d\u00e8s lors que l\u2019on daigne lui pr\u00eater une oreille compr\u00e9hensive et adopter une attitude indulgente et empathique. L\u2019homme bourru marche \u00e0 l\u2019affect&nbsp;et le lien avec le docteur Niel pourrait se comprendre de la sorte.<\/p>\n\n\n\n<p>Si Roussenq \u00e9crit en effet dans ce manuscrit qu\u2019au bagne, \u00ab&nbsp;certains m\u00e9decins, reniant leur caract\u00e8re traditionnel, n\u2019\u00e9taient pas \u00e0 la hauteur de leur t\u00e2che&nbsp;\u00bb, les sept pages qu\u2019il consacre au \u00ab&nbsp;Service de Sant\u00e9&nbsp;\u00bb r\u00e9v\u00e8lent que ceux-l\u00e0 furent une minorit\u00e9. Le 2 mai 1917, le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial de Saint-Laurent-du-Maroni condamne, par exemple, le matricule 37664 \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion pour voie de fait sur la personne du m\u00e9decin-major de 2<sup>e<\/sup> classe Eug\u00e8ne Guillen qui avait dans un premier temps refus\u00e9 de l\u2019examiner. La visite m\u00e9dicale a finalement lieu le 12 octobre 1916&nbsp;; Roussenq laisse alors \u00e9clater sa col\u00e8re en lui crachant dessus<a href=\"#_ftn51\" id=\"_ftnref51\"><sup>[51]<\/sup><\/a>. Nous y reviendrons. Par opposition, le docteur Louis Rousseau, dans le manuscrit de Sisteron, \u00ab&nbsp;savait se pencher sur les mis\u00e8res des condamn\u00e9s, avec toute la sollicitude et toute la ferveur d\u2019un ap\u00f4tre.&nbsp;\u00bb et, d\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, \u00ab&nbsp;les m\u00e9decins du bagne remplissent une mission sacr\u00e9e, avec une ferveur, un d\u00e9vouement et une abn\u00e9gation de tous les instants.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le 7 juillet 1942, le pr\u00e9fet, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des camps et centres d\u2019internement du territoire, signale que l\u2019insuffisance alimentaire alt\u00e8re l\u2019\u00e9tat de sant\u00e9, d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9caire \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e dans le centre de surveillance, des intern\u00e9s de Sisteron. Roussenq fait partie de la liste des prisonniers \u00ab&nbsp;gravement atteints&nbsp;\u00bb par la cachexie<a href=\"#_ftn52\" id=\"_ftnref52\"><sup>[52]<\/sup><\/a>. Le jeune docteur Jean-Charles Niel<a href=\"#_ftn53\" id=\"_ftnref53\"><sup>[53]<\/sup><\/a> (1912-1975) a d\u00fb faire face \u00e0 la sous-alimentation chronique des prisonniers qui n\u2019ont per\u00e7u en f\u00e9vrier 1942 que l&rsquo;\u00e9quivalent d&rsquo;un plat de l\u00e9gumes par semaine<a href=\"#_ftn54\" id=\"_ftnref54\"><sup>[54]<\/sup><\/a>&nbsp;! Il a d\u00fb \u00e9galement porter attention au cas de Roussenq et lui prodiguer les soins n\u00e9cessaires avant son transfert le 19 novembre 1942 sur le CSS de Fort-Barraux mais aussi et surtout faire preuve de cette bienveillante humanit\u00e9 que Roussenq recherche \u00e0 travers la fonction m\u00e9dicale depuis son envoi en Guyane.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cahier d\u2019\u00e9colier, d\u00e9di\u00e9 au docteur Niel, d\u00e9bute par un po\u00e8me de 128 alexandrins r\u00e9unis en 13 couplets&nbsp;: <em>Po\u00e8me de la g\u00e9henne<\/em>. Roussenq mentionne \u00e0 la fin l\u2019avoir compos\u00e9 aux \u00eeles du Salut en 1912 et transcrit \u00e0 Sisteron. C\u2019est donc une autre et plus courte version de celle offerte au fonctionnaire Ubaud en 1929 et de celle figurant en annexe dans la r\u00e9\u00e9dition en 2016 des <em>Vingt-ans de bagne<\/em> par Franck S\u00e9nateur. Comme une introduction \u00e0 sa description en prose, Roussenq divulg\u00e2che en vers la trame de sa d\u00e9monstration en rappelant le lot commun d\u2019une vie de bagnard marqu\u00e9e par la faim, la promiscuit\u00e9, l\u2019injustice et surtout la violence des rapports humains.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pour tout observateur qui le scrute et le sonde,<\/p>\n\n\n\n<p>Le Bagne est en petit ce qu\u2019en grand est le monde,<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la honte n\u2019est point, en ce milieu pervers<\/p>\n\n\n\n<p>O\u00f9 se montrent \u00e0 nu le vice et les travers.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Comme dans les deux pr\u00e9c\u00e9dentes versions et les trois qui suivront, Roussenq se fait le t\u00e9moin d\u2019un microcosme particulier. Il ne cherche pas \u00e0 se mettre en valeur quand bien m\u00eame il s\u2019appuie grandement sur sa propre exp\u00e9rience. Il n\u2019entend aucunement faire pleurer son lecteur sur son propre sort, sur son infortune. Son \u00e9criture d\u00e9passe largement le cadre de la mise en avant d\u2019un ego frustr\u00e9 \u00e0 la mani\u00e8re d\u2019un Jacob Law<a href=\"#_ftn55\" id=\"_ftnref55\"><sup>[55]<\/sup><\/a>, d\u2019un Antoine Mesclon<a href=\"#_ftn56\" id=\"_ftnref56\"><sup>[56]<\/sup><\/a>, d\u2019un Charles Hut<a href=\"#_ftn57\" id=\"_ftnref57\"><sup>[57]<\/sup><\/a>, d\u2019un Raymond Vaud\u00e9<a href=\"#_ftn58\" id=\"_ftnref58\"><sup>[58]<\/sup><\/a> ou, mieux, d\u2019un Henri Charri\u00e8re<a href=\"#_ftn59\" id=\"_ftnref59\"><sup>[59]<\/sup><\/a> dit Papillon, et l\u2019ancien bagnard, en conclusion, se fait le rapporteur de l\u2019\u00e9chec d\u2019un syst\u00e8me dont l\u2019origine positiviste et hygi\u00e9niste organisait le fonctionnement autour d\u2019un triple but&nbsp;: expier, amender et coloniser&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nous avons vu que le l\u00e9gislateur avait voulu, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du Ch\u00e2timent, susciter l\u2019amendement et le rel\u00e8vement du condamn\u00e9. Malheureusement, il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 ainsi. Une r\u00e9pression brutale, des exc\u00e8s de toutes sortes, une m\u00e9connaissance absolue de la psychologie humaine, ont enlis\u00e9 plus profond\u00e9ment encore dans le bourbier ces hommes que la Soci\u00e9t\u00e9 avait frapp\u00e9s.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Contrairement au docteur Rousseau qui \u00e9crit en 1930, Roussenq couche onze ans plus tard son analyse sur son cahier d\u2019\u00e9colier alors que la transportation est supprim\u00e9e depuis 1938. Il peut ainsi prendre un recul de trois ans et faire un bilan du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire fran\u00e7ais. Comme le docteur Rousseau, il se gausse de la suppression du doublage qui oblige le lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 s\u2019\u00e9tioler en Guyane, faute de moyens financiers. Comme lui,&nbsp; il conclut, en mentionnant les exemples belges, suisses et \u00e9tasuniens, \u00e0 l\u2019\u00e9chec du bagne et de n\u2019importe quel postulat d\u2019organisation p\u00e9nitentiaire tant que celui-ci ne prendra pas en compte le rapport humain et la r\u00e9insertion sociale du condamn\u00e9. Il en est, en 1941, la preuve vivante et n\u2019a de cesse de d\u00e9crire jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle ce tableau syst\u00e9mique de l\u2019\u00e9limination des parias. Comment interpr\u00e9ter autrement la s\u00e9rie de trente-six articles parus au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e 1948 dans le quotidien grenoblois <em>Les Allobroges<\/em> et que nous avons exhum\u00e9 de mani\u00e8re tout \u00e0 fait inopin\u00e9e en avril 2022&nbsp;? Car, s\u2019il est possible d\u2019avancer pour Roussenq, rendu \u00e0 la vie libre et errante depuis 1944, la n\u00e9cessit\u00e9 p\u00e9cuniaire&nbsp;; c\u2019est encore l\u2019homme devenu bagne qui parle au soir de sa vie. Le titre de ces \u00ab&nbsp;nouveaux&nbsp;\u00bb souvenirs parle d\u2019ailleurs de lui-m\u00eame&nbsp;: \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> \u00ab&nbsp;En 2018, Monsieur Michel Henry donne aux Archives d\u00e9partementales deux carnets manuscrits :<\/p>\n\n\n\n<p>Les Intern\u00e9s de Sisteron et L\u2019Enfer du Bagne (souvenirs v\u00e9cus). Ces documents sont d\u00e9sormais<\/p>\n\n\n\n<p>conserv\u00e9s sous la cote FR_AD004_1 J 569.&nbsp;\u00bb, livret pdf <em>Les carnets de Paul Roussenq<\/em>, Sisteron, juin 1942, AD Alpes de Haute Provence, mai 2019, p.1.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref2\" id=\"_ftn2\">[2]<\/a> AD Alpes de Haute Provence FR_AD004_1 J 569.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref3\" id=\"_ftn3\">[3]<\/a> Pour Pucheu, le salut du bagnard passe par la foi&nbsp;; c\u2019est ce qu\u2019il fait dire \u00e0 Roussenq dans le dernier paragraphe de son livre&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour changer les hommes, il faut changer les c\u0153urs. Pour changer les c\u0153urs il faut se changer soi-m\u00eame et pour se changer soi-m\u00eame il faut demander le secours d\u2019en-Haut, l\u2019amour d\u2019en-Haut par la pri\u00e8re.&nbsp;\u00bb Paul Roussenq, <em>op. cit<\/em>., Pucheu \u00e9diteur, 1957,p.102.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref4\" id=\"_ftn4\">[4]<\/a> Paul Roussenq, Pr\u00e9face du po\u00e8me <em>L\u2019Enfer du Bagne<\/em>, fond Ubaud, mus\u00e9e Ernest Cognacq, Saint-Martin-de-R\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref5\" id=\"_ftn5\">[5]<\/a> Idem.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref6\" id=\"_ftn6\">[6]<\/a> Danielle Donet-Vincent, <em>Il \u00e9tait une fois le bagne colonial\u2026 Vie d\u2019un fonctionnaire civil de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire entre Nouvelle-Cal\u00e9donie, Guyane et Afrique (1890-1945)<\/em>, Ibis Rouge \u00c9ditions, 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref7\" id=\"_ftn7\">[7]<\/a> Et pas uniquement, le volumineux fonds Ubaud confi\u00e9 par sa fille, Jacqueline Anjot, \u00e0 Danielle Donet-Vincent qui l\u2019a d\u00e9pos\u00e9 dans les ann\u00e9es 2000 au mus\u00e9e Ernest Cognacq de Saint-Martin-de-R\u00e9 montre que l\u2019ancien fonctionnaire a recueilli jusqu\u2019\u00e0 sa mort en 1964 de nombreux document sur Dreyfus, Dieudonn\u00e9 ou encore Alexandre Jacob qu\u2019il n\u2019a pu rencontrer en Guyane alors qu\u2019il a crois\u00e9 la route de Roussenq, Barataud, Belbenoit ou encore Francis Lagrange.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref8\" id=\"_ftn8\">[8]<\/a> ANOM H5259&nbsp;; notification faite le 30 septembre aux \u00eeles du Salut, soit environ deux mois apr\u00e8s la gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref9\" id=\"_ftn9\">[9]<\/a> \u00ab Si vous aviez le droit de gr\u00e2ce, auquel entre ces dix for\u00e7ats l\u2019octroyeriez-vous ? \u00bb \u00e9tait la question pos\u00e9e par <em>D\u00e9tective<\/em> \u00e0 ses lecteurs. Dix num\u00e9ros ont pr\u00e9sent\u00e9 les cas de Roussenq, Seznec, Vial, Blengino, Ullmo, Bougrat, Amour Lakdar, Duez et Gruault entre le 13 d\u00e9cembre 1928 et le 4 avril 1929. Nous y revenons plus loin.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref10\" id=\"_ftn10\">[10]<\/a> Voir chapitre \u00ab&nbsp;Quatri\u00e8me premi\u00e8re 1929-1932&nbsp;\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref11\" id=\"_ftn11\">[11]<\/a> Carnet feuilles dactylographi\u00e9es <em>Choses du bagne<\/em>, fond Ubaud, mus\u00e9e Ernest Cognacq, Saint-Martin-de-R\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref12\" id=\"_ftn12\">[12]<\/a> Henri Huchon, <em>Quand j\u2019\u00e9tais au bagne<\/em>, Librairie Delmas, Bordeaux, 1933, p.102-104.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref13\" id=\"_ftn13\">[13]<\/a> Paul Roussenq, <em>op. cit.<\/em>, La Manufacture des Livres, p.121-139. On peut lire aussi ce po\u00e8me sur le site de Criminocorpus : https:\/\/criminocorpus.org\/fr\/bibliotheque\/doc\/2322\/.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref14\" id=\"_ftn14\">[14]<\/a> Le livre, traduit et annot\u00e9 par Vanessa Van de Walle est publi\u00e9 pour la premi\u00e8re fois en France en 2021 aux \u00e9ditions <em>Plume Verte<\/em> sous le titre&nbsp;<a><em>Condamn\u00e9, histoire d\u2019un bagnard inconnu<\/em><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref15\" id=\"_ftn15\">[15]<\/a> Blair Niles explique en pr\u00e9sentation de son livre avoir fait le choix d\u2019un roman plut\u00f4t que d\u2019un r\u00e9cit pour mieux exprimer de mani\u00e8re empathique le ressenti des bagnards.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref16\" id=\"_ftn16\">[16]<\/a> Ren\u00e9 Belbenoit (1899-1959), multir\u00e9cidiviste du vol, est condamn\u00e9 le 22 mai 1922 \u00e0 huit ans de travaux forc\u00e9s. Le matricule 46635 tente de s\u2019\u00e9vader deux mois apr\u00e8s son arriv\u00e9e. Il \u00e9choue encore en 1924 et en 1930. \u00ab&nbsp;La Belle&nbsp;\u00bb (l\u2019\u00e9vasion) finit par lui sourire en 1935. Et, apr\u00e8s une cavale de 22 mois \u00e0 travers l\u2019Am\u00e9rique Centrale, Belbenoit parvient \u00e0 rejoindre les USA. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019en 1938 il fait publier <em>Dry guillotine<\/em>. Le succ\u00e8s de ce livre de souvenirs est imm\u00e9diat. L\u2019ouvrage, paru en France la m\u00eame ann\u00e9e sous le titre <em>Les Compagnons de la Belle<\/em> par <em>Les \u00e9ditions de France<\/em>,&nbsp; s\u2019est vendu \u00e0 plus d\u2019un million d\u2019exemplaires.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref17\" id=\"_ftn17\">[17]<\/a> Le s\u00e9jour des \u00e9poux Niles a lieu de la fin de 1926 \u00e0 avril-mai 1927. D\u2019apr\u00e8s un rapport du d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 Toubland fait pour le gouverneur Siadous (AT Guyane, Dossier affaires politiques diverses, 1929-1946, SN932).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref18\" id=\"_ftn18\">[18]<\/a> Alexander Miles, \u00ab&nbsp;Le bagne vu des \u00c9tats-Unis&nbsp;\u00bb in <em>La Grande Encyclop\u00e9die de la Cara\u00efbe<\/em>, tome 7&nbsp;: <em>Histoire de la Guyane<\/em>, Sanoli, 1990, p.172&nbsp;: \u00ab&nbsp;En 1929, le roman de Niles <em>Condamned to Devil&rsquo;s Island<\/em> \u00e9tait port\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cran. Avec en vedette Ronald Colman, <em>Condamned<\/em>, un des premiers films parlants, trace un portrait r\u00e9aliste du bagne.&nbsp;\u00bb Hollywood s\u2019est empar\u00e9 alors d\u2019une th\u00e9matique suscitant un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat aupr\u00e8s du public \u00e9tasunien. En 1940, deux films sortent sur le sujet&nbsp;: <em>Devil\u2019s Island<\/em> de William Clemens avec Boris Karloff fait scandale aupr\u00e8s des autorit\u00e9s fran\u00e7aises&nbsp;; <em>Strange cargo<\/em> de Frank Borzage avec Clark Gable et Joan Crawford provoque, du fait de sc\u00e8nes \u00e0 connotation sexuelle, l\u2019ire de la <em>L\u00e9gion pour la d\u00e9cence<\/em> (organisation puritaine \u00e9tasunienne). En 1944, <em>Passage to Marseille<\/em> de Michael Curtiz met en sc\u00e8ne Humphrey Bogart sous les traits de Jean Matrac \u00e9vad\u00e9 des \u00eeles du Salut. Le film <em>Papillon<\/em> de Franklin Schaffner avec Steve Mac Queen et Dustin Hoffman d\u2019apr\u00e8s le livre d\u2019Henri Charri\u00e8re connait un succ\u00e8s plan\u00e9taire en 1971.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref19\" id=\"_ftn19\">[19]<\/a> <a>Blair Niles, <em>Condamn\u00e9, histoire d\u2019un bagnard inconnu<\/em>, Plume Verte, 2021, traduction Vanessa Van de Walle<\/a>, p.232.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref20\" id=\"_ftn20\">[20]<\/a> Ce chapitre ne fait que quatre pages.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref21\" id=\"_ftn21\">[21]<\/a> Livret PDF <em>Les carnets de Paul Roussenq<\/em>, Sisteron, juin 1942, AD Alpes de Haute Provence, mai 2019, p.13.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref22\" id=\"_ftn22\">[22]<\/a>&nbsp; http:\/\/www.archives04.fr\/depot_ad04v3\/articles\/1368\/idr-roussenc-paul-_doc.pdf. Outre Laure Franek, ont contribu\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9laboration du livret, Pascal Boucard, Jean-Christophe Labadie et Sophie Chouial des Archives des Alpes de Haute Provence ainsi que Gilles Poizat des ANOM.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref23\" id=\"_ftn23\">[23]<\/a>&nbsp;&nbsp; Livret PDF <em>Les carnets de Paul Roussenq<\/em>, Sisteron, juin 1942, Alpes de Haute Provence, mai 2019, p.15.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref24\" id=\"_ftn24\">[24]<\/a> Georges Salonic, article \u00ab&nbsp;Roussenq l\u2019Inco&nbsp;\u00bb dans <em>Paris-Soir<\/em>, 28 mars 1937. Nous \u00e9voquons plus longuement cet article dans le chapitre <em>Les beaux voyages<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref25\" id=\"_ftn25\">[25]<\/a> Vice-pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration d\u00e9partementale des \u00e9lus socialistes de la Section Fran\u00e7aise de l\u2019Internationale Ouvri\u00e8re en juillet 1935, Jean Bouhey (1898-1963), devient en 1936 d\u00e9put\u00e9 de Beaune avec le soutien des radicaux-socialistes. <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em> est cr\u00e9\u00e9e avec son fr\u00e8re Charles, Robert Jardillier, Eug\u00e8ne Marlot, Marius Bongrand et Georges Vandeschrick.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref26\" id=\"_ftn26\">[26]<\/a> Le journal tire \u00e0 plus de 20000 exemplaires \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref27\" id=\"_ftn27\">[27]<\/a> Georges Salonic, article \u00ab&nbsp;Roussenq l\u2019Inco&nbsp;\u00bb dans <em>Paris-Soir<\/em>, 28 mars 1937. Nous \u00e9voquons plus longuement cet article dans le chapitre <em>Les beaux voyages<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref28\" id=\"_ftn28\">[28]<\/a> Pierre Lazareff (1907-1972) dirige Paris-Soir de 1931 \u00e0 1940. C\u2019est lui qui, le 7 novembre 1944, lance le 1<sup>er<\/sup> num\u00e9ro de <em>France-Soir<\/em>, issu de la feuille clandestine de la R\u00e9sistance <em>D\u00e9fense de la France<\/em> et qui devient dans les ann\u00e9es 1950 le journal le plus vendu de France. Le 9 janvier 1959 est diffus\u00e9 la premi\u00e8re \u00e9mission t\u00e9l\u00e9vis\u00e9e d\u2019informations et de reportages fran\u00e7aise <em>Cinq colonnes \u00e0 la Une<\/em> dont il est le concepteur et le producteur avec Pierre Desgraupes, Pierre Dumayet et Igor Barr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref29\" id=\"_ftn29\">[29]<\/a> De Louis Roubaud en 1926 \u00e0 Mireille Maroger en 1937, en passant par Alexis Danan, Georges Le F\u00e8vre, Marius Larique ou encore par les articles des magazines <em>D\u00e9tective<\/em>, <em>Voil\u00e0<\/em> ou <em>Police Magazine<\/em>\u2026 Voir bibliographie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref30\" id=\"_ftn30\">[30]<\/a> C\u2019est ainsi que l\u2019ancien bagnard intitule le dessin r\u00e9alis\u00e9 pour le livre du D<sup>r<\/sup> Rousseau <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em>, \u00e9ditions Fleury 1930.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref31\" id=\"_ftn31\">[31]<\/a> L\u2019expression est encore d\u2019Alexandre Jacob lorsque le bagnard matricule 34777 \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re le 23 septembre 1914 apr\u00e8s que celle-ci ait imagin\u00e9 possible l\u2019envoi de for\u00e7ats sur le front. La r\u00e9ponse de l\u2019ancien cambrioleur, condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 le 22 mars 1905, est cinglante&nbsp;: \u00ab&nbsp;Prisonnier de guerre sociale, je suis au bagne et j\u2019y reste.&nbsp;\u00bb (fonds Alexandre Jacob, CIRA Marseille).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref32\" id=\"_ftn32\">[32]<\/a> <a>Michel Pierre, <em>La terre de grande punition<\/em>, coll. M\u00e9moires, Autrement, 2000<\/a>, p.227.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref33\" id=\"_ftn33\">[33]<\/a> On trouvera une analyse compl\u00e8te des deux propositions de loi Sibille chez Jean Bouchard, <em>De la r\u00e9forme de la peine des travaux forc\u00e9s<\/em>, Bosc Fr\u00e8res, Lyon, 1932, p.123-127.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref34\" id=\"_ftn34\">[34]<\/a> Il s\u2019\u00e9coule en effet quinze ans entre le reportage publi\u00e9 dans <em>Le Petit Parisien<\/em> (1923) et la suppression de la transportation (1938).&nbsp; Notons encore que c\u2019est en 1953 que le dernier bagnard guyanais est rapatri\u00e9 en m\u00e9tropole&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref35\" id=\"_ftn35\">[35]<\/a> Voir Danielle Donet-Vincent, <em>La fin du bagne<\/em>, Ouest-France, 1992.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref36\" id=\"_ftn36\">[36]<\/a> Jacob Law, <em>Dix-huit ans de bagne<\/em>, r\u00e9\u00e9dition La Pigne, 2013, p.46. Condamn\u00e9 \u00e0 1907 \u00e0 quinze ans de travaux forc\u00e9s pour avoir fait feu le 1<sup>er<\/sup> mai de cette ann\u00e9e sur la troupe qui chargeait les manifestants parisiens, il est lib\u00e9r\u00e9 le 10 mai 1924 et a tout juste le temps de faire publier ses souvenirs avant de tomber sous le coup d\u2019un arr\u00eat\u00e9 d\u2019expulsion du territoire fran\u00e7ais.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref37\" id=\"_ftn37\">[37]<\/a> Mireille Maroger, <em>Bagne<\/em>, Deno\u00ebl, 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref38\" id=\"_ftn38\">[38]<\/a> <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, 2 juillet 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref39\" id=\"_ftn39\">[39]<\/a> Idem, 9 juillet 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref40\" id=\"_ftn40\">[40]<\/a> Son classement aux intern\u00e9s A le voue \u00e0 la r\u00e9sidence perp\u00e9tuelle aux \u00eeles du Salut.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref41\" id=\"_ftn41\">[41]<\/a> L\u2019expression est de Dominique Kalifa dans <em>Les bas-fonds<\/em>, Seuil, 2013.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref42\" id=\"_ftn42\">[42]<\/a> Nous n\u2019avons pas r\u00e9ussi \u00e0 d\u00e9terminer qui se cachait derri\u00e8re ces initiales.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref43\" id=\"_ftn43\">[43]<\/a> La note introductive sign\u00e9e A.H. commet une \u00e9vidente erreur chronologique&nbsp;: Roussenq est lib\u00e9r\u00e9 en 1929 et voit son doublage lev\u00e9 en 1932.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref44\" id=\"_ftn44\">[44]<\/a> <em>La Bourgogne R\u00e9publicaine<\/em>, 28 juin 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref45\" id=\"_ftn45\">[45]<\/a> Idem, 11 juillet 1937.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref46\" id=\"_ftn46\">[46]<\/a> Dans la Bible, la g\u00e9henne d\u00e9signe l\u2019enfer ; par extension, il d\u00e9signe les lieux de tortures et de souffrances donc la prison et le bagne.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref47\" id=\"_ftn47\">[47]<\/a> Catalogue des ventes Audap et Mirabaud, Paris Drouot Richelieu &#8211; Mercredi 7 Novembre 2012.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref48\" id=\"_ftn48\">[48]<\/a> Catalogue des ventes, Autographes-ench\u00e8res, 22 janvier \u2013 5 f\u00e9vrier 2014. La faute sur Bonnot, \u00e9crit dans le catalogue sans le T, est r\u00e9v\u00e9latrice. Les deux experts ne semblent pas tr\u00e8s au fait de l\u2019histoire fran\u00e7aise de l\u2019anarchie.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref49\" id=\"_ftn49\">[49]<\/a> Idem.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref50\" id=\"_ftn50\">[50]<\/a> Conseil municipal de la commune de Saint-Laurent-du-Maroni du 11 ao\u00fbt 2015, 32 voix pour, 0 Contre, 0 abstention.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref51\" id=\"_ftn51\">[51]<\/a> ANOM, H5026. Condamnation \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion cellulaire.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref52\" id=\"_ftn52\">[52]<\/a> Rapport d&rsquo;Andr\u00e9 Jean-Faure (IGC) sur la situation des cachectiques du camp de Sisteron, 7 juillet 1942, AN F7 15093 (Basses-Alpes).<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref53\" id=\"_ftn53\">[53]<\/a> Il a 28 ans lorsque la citadelle est r\u00e9quisitionn\u00e9 pour devenir un centre d\u2019internement. Nous ne savons pas \u00e0 partir de quand Jean-Charles Niel travaille \u00e0 Sisteron et dans la citadelle. Sa femme, Madeleine, de deux ans son a\u00een\u00e9e, est infirmi\u00e8re. Elle meurt lors du bombardements de la ville par les Alli\u00e9s du 15 au 19 ao\u00fbt 1944. Jean-Charles Niel se remarie et exerce \u00e0 Sisteron jusqu\u2019\u00e0 sa retraite. Il s\u2019implique dans la vie politique locale mais \u00e9choue \u00e0 prendre la mairie en 1953 avec la liste de l\u2019Union R\u00e9publicaine pour la D\u00e9fense des Int\u00e9r\u00eats de Sisteron face \u00e0 \u00c9mile Paret de la SFIO. Il ne parvient pas non plus \u00e0 se faire \u00e9lire conseiller d\u00e9partemental. Une rue du Docteur Niel porte son nom \u00e0 Sisteron.<\/p>\n\n\n\n<p><a id=\"_ftn54\" href=\"#_ftnref54\">[54]<\/a> Denis Peschanski, <em>Les camps fran\u00e7ais d\u2019internement (1938-1946)<\/em>, th\u00e8se de doctorat d\u2019\u00e9tat, Universit\u00e9 Paris 1 Panth\u00e9on Sorbonne, 2000, p.205.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref55\" id=\"_ftn55\">[55]<\/a> Jacob Law, op. cit.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref56\" id=\"_ftn56\">[56]<\/a> Antoine Mesclon, <em>Comment j\u2019ai subi quinze ans de bagne<\/em>, Librairie de l\u2019humanit\u00e9, 1924.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref57\" id=\"_ftn57\">[57]<\/a> Ren\u00e9 Delp\u00eache, <em>Parmi les fauves et les requins, ou la Confession de M. Charles Hut, ancien for\u00e7at<\/em>, Paris, \u00c9ditions du Scorpion, 1955.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref58\" id=\"_ftn58\">[58]<\/a> Raymond Vaud\u00e9, <em>Matricule 52306<\/em>, Les D\u00e9bats de l&rsquo;Histoire, 1971&nbsp;;<em> Passeport pour le bagne<\/em>, Henri Veyrier, 1977.<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref59\" id=\"_ftn59\">[59]<\/a> Henri Charri\u00e8re, <em>Papillon<\/em>, Robert Laffont, Paris, 1969.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Enfer manuscrit 1942-2018 25 ans de bagne, \u00e9ditions de La D\u00e9fense, 1933 \u00ab&nbsp;Le visage du bagne&nbsp;\u00bb, La Bourgogne R\u00e9publicaine, du 28 juin au 12 juillet 1937 Le Visage du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1941 L\u2019Enfer du Bagne, manuscrit, C.S.S. de Sisteron, juin 1942 \u00ab&nbsp;Mes tombeaux&nbsp;\u00bb, Les Allobroges, du 29 janvier au 11 mars [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":true,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[5776],"tags":[180,5795,5566,5793,32,5790,4860,5751,635,5250,5796,5792,5800,5797,4764,5798,411,69,5794,5785,5791,5780,5799,5696,5788,5447,1241,1257,5565,5789,1260,5649],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5469"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5469"}],"version-history":[{"count":10,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5469\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5482,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5469\/revisions\/5482"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5469"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5469"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5469"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}