{"id":5278,"date":"2022-09-24T01:01:45","date_gmt":"2022-09-23T23:01:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5278"},"modified":"2022-05-22T16:17:56","modified_gmt":"2022-05-22T14:17:56","slug":"mes-tombeaux-36","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/09\/mes-tombeaux-36\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 36"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5279 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-36-300x149.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-36-300x149.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-36-768x383.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-36.jpg 869w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310,<\/strong><\/p>\n<p><strong>jeudi 11 mars 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXXV<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;H\u00f4pital avec ses insuffisances reste le dernier refuge des parias de la soci\u00e9t\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Dans une autre circonstance, un homme fut tu\u00e9 d&rsquo;un coup de mousqueton \u2013 Ces gens-l\u00e0 \u00e9tant arm\u00e9s jusqu&rsquo;aux dents. Comme au Bagne. Mais le Bagne n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un vulgaire pensionnat \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de \u00e7a. Et l&rsquo;on envoyait l\u00e0, pour y souffrir et pour y mourir mis\u00e9rablement, des hommes qui ne savaient m\u00eame pas pourquoi on les y d\u00e9tenait. Quelle honte ! Puis de Gaulle est venu. Comme Daladier, qui les avait instaur\u00e9s, comme P\u00e9tain, qui les avait renforc\u00e9s, il les a maintenus comme l&rsquo;ont fait, apr\u00e8s lui, les divers gouvernements qui se sont succ\u00e9d\u00e9. Et pourtant, rien n&rsquo;est plus odieux que de vouer ainsi \u00e0 la mort des hommes contre lesquels ne pr\u00e9valait aucune suspicion l\u00e9gale.<!--more--><\/p>\n<p>De deux choses l&rsquo;une : ou ces hommes paraissaient coupables et il fallait les juger ; ou il n&rsquo;y avait \u00e0 leur encontre que de vagues pr\u00e9somptions, et alors ils devaient \u00eatre laiss\u00e9s en libert\u00e9. Quelques intern\u00e9s seulement \u00e9taient occup\u00e9s \u00e0 des travaux qui ne pouvaient souffrir de n&rsquo;\u00eatre pas ex\u00e9cut\u00e9s. Les neuf dixi\u00e8me de l&rsquo;effectif devaient \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;oisivet\u00e9. Pour y parer, des jeux s&rsquo;organisaient, des jeux d&rsquo;argent, surtout la passe et le poker. C&rsquo;est dans les chambres que l&rsquo;on jouait ainsi. Des hommes pay\u00e9s \u00e0 cet effet faisaient le guet dans les escaliers. Les intern\u00e9s politiques et syndicaliste \u00e9taient s\u00e9par\u00e9s des intern\u00e9s de droit commun : on m&rsquo;avait class\u00e9 dans cette cat\u00e9gorie. Fin Novembre 42, l&rsquo;effectif du camp de Sisteron passa au camp de Fort-Barraux, et vice-versa. C&rsquo;\u00e9tait bien le m\u00eame r\u00e9gime qu&rsquo;\u00e0 Sisteron. Les d\u00e9c\u00e8s y prenaient une allure acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e, deux ou trois par jour. C&rsquo;est l\u00e0 que je retrouvai l&rsquo;ancien Gouverneur de la Guyane, M. Chanel, qui devait \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 peu apr\u00e8s au camp de St-Sulpice. Monsieur Chanel m&rsquo;avait propos\u00e9 pour une gr\u00e2ce compl\u00e8te en 1927, mais il ne put m&rsquo;obtenir qu&rsquo;une remise de cinq ans. Il avait donn\u00e9 des ordres pour qu&rsquo;on me laiss\u00e2t en paix. Cette rencontre, en un tel lieu st \u00e0 la m\u00eame enseigne \u2014l\u2019ancien bagnard et l&rsquo;ancien gouverneur \u2014 quel exemple du retour des choses !<\/p>\n<p>Quant \u00e0 moi, j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 bout de r\u00e9sistance physique ; j&rsquo;avais contract\u00e9 le terrible \u0153d\u00e8me et l&rsquo;enflure me gagnait de plus en plus. C&rsquo;est alors que mon internement fut transform\u00e9, sur proposition m\u00e9dicale, en r\u00e9sidence surveill\u00e9e dans un lieu d\u00e9termin\u00e9. On sait que je devais donner quelques coups de canif dans ce contrat unilat\u00e9ral.<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-5133 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-193x300.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"241\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-193x300.jpg 193w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-658x1024.jpg 658w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq.jpg 764w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/>D&rsquo;HOPITAL EN HOPITAL <\/strong><\/p>\n<p>Pendant quelques ann\u00e9es, jusqu\u2019en 1937, le p\u00e9riple de mes p\u00e9r\u00e9grinations embrassait \u00e0 peu pr\u00e8s la France enti\u00e8re, au beau temps comme \u00e0 la mauvaise saison. Puis j&rsquo;appr\u00e9hendai l&rsquo;hiver davantage. Alors je d\u00e9cidai de le passer dans les h\u00f4pitaux. Sans famille et imp\u00e9cunieux, je ne pouvais gu\u00e8re faire autrement. Je ne pouvais aller plus avant dans cette lutte journali\u00e8re contre la pluie, la boue, la neige et le gel. Je ne trouvais pas toujours un abri pour m&rsquo;en pr\u00e9server. Je me pla\u00e7ai donc, \u00e0 cette \u00e9poque des intemp\u00e9ries, sous l&rsquo;\u00e9gide de la loi sur l&rsquo;assistance m\u00e9dicale gratuite. Pour cela, il faut d&rsquo;abord une ordonnance m\u00e9dicale d&rsquo;hospitalisation. Ensuite, l&rsquo;on doit se pr\u00e9senter \u00e0 la mairie pour les formalit\u00e9s n\u00e9cessaires. Cela fait, l&rsquo;h\u00f4pital ouvre ses portes. Chaque fois, j&rsquo;allais donc voir un docteur et lui expliquais bri\u00e8vement mon cas : sans famille, bronchite chronique, indigent, sollicitant d&rsquo;entrer \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. Ces praticiens avaient tout de suite compris ; ils r\u00e9digeaient leur ordonnance sans difficult\u00e9. Naturellement, je ne soldais pas, le prix de la consultation et pour cause\u00a0! Mais on ne s\u2019y attendait pas non plus. Que ces messieurs de la Facult\u00e9 re\u00e7oivent ici mes remerciements reconnaissants. Les formalit\u00e9s pour l&rsquo;admission \u00e0 l&rsquo;assistance m\u00e9dicale ne sont pas toujours remplies par les mairies\u00a0; les bureaux des h\u00f4pitaux s&rsquo;en chargent parfois. Les dites formalit\u00e9s, si elles sont op\u00e9r\u00e9es \u00e0 la lettre, sont plut\u00f4t casse-t\u00eate. On vous demande o\u00f9 vous avez s\u00e9journ\u00e9 durant les deux derni\u00e8res ann\u00e9es, combien de temps, ce que vous faisiez. Il faut pr\u00e9ciser le lieu o\u00f9 vous avez pass\u00e9 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Une fois m\u00eame, on me demanda quelle \u00e9tait l&rsquo;enseigne de l\u2019h\u00f4tel (fictif) o\u00f9 j&rsquo;avais log\u00e9, ainsi que le nom du propri\u00e9taire. C&rsquo;est tout juste si l&rsquo;on ne me demanda pas d&rsquo;indiquer la couleur des yeux de la bonne. Pour me transporter d&rsquo;un h\u00f4pital \u00e0 un autre, j&rsquo;avais recours aux bons offices de la SNCF. A titre on\u00e9reux, pour elle. Ma foi ! le d\u00e9ficit chronique de cette soci\u00e9t\u00e9 n&rsquo;en \u00e9tait pas aggrav\u00e9 pour cela. Et puis, l&rsquo;Etat est l\u00e0 pour combler ce d\u00e9ficit. En payant mes imp\u00f4ts indirects, \u00e0 d\u00e9faut d&rsquo;autres je participe donc au renflouement de la caisse dans une certaine mesure et bien malgr\u00e9 moi du reste&#8230; Pour le surplus, la machine n&rsquo;en use pas plus de charbon en l&rsquo;occurrence. Mes s\u00e9jours dans les h\u00f4pitaux, jusqu&rsquo;ici, ont \u00e9t\u00e9 plut\u00f4t brefs : huit, dix, quinze jours dans chacun d&rsquo;eux. Cela se comprend. En hiver, les salles sont bond\u00e9es ; pour faire du vide, les moins malades doivent c\u00e9der la place aux nouveaux venus. C&rsquo;est pourquoi je collectionnais une vingtaine de s\u00e9jours hospitaliers annuellement. Que dirai-je des h\u00f4pitaux\u00a0? En ma qualit\u00e9 de client insolvable, il n&rsquo;est gu\u00e8re indiqu\u00e9, de ma part de tremper ma plume dans le vitriol. Admettons que si tout ne marche pas rond dans ces lieux de souffrance et de mis\u00e8re, la faute en est aux d\u00e9ficiences d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral qui ne permettent pas une bonne et suffisante nourriture, un nombre raisonnable de draps de lit, de serviettes et autre linge ; un stock de charbon appropri\u00e9, une vaisselle assez nombreuse pour \u00e9viter de m\u00e9langer dans la m\u00eame assiette de la pur\u00e9e, un hareng saur et de la salade verte. Par cons\u00e9quent, je n&rsquo;ai rien dit et je n&rsquo;ai rien \u00e0 ajouter. Et maintenant&#8230; Maintenant, je prends cong\u00e9 de vous, lecteurs. Dans les pages qui pr\u00e9c\u00e8dent, j&rsquo;ai t\u00e2ch\u00e9 de vous instruire et de vous int\u00e9resser. Peut-\u00eatre y ai-je r\u00e9ussi. Une vie pas comme les autres. Je ne sais ce que me r\u00e9serve l&rsquo;avenir, cet inconnu.<\/p>\n<p>En tout cas \u00e7a ne pourra \u00eatre le pire. J&rsquo;aspirerais \u00e0 la stabilit\u00e9, si c&rsquo;\u00e9tait possible, ainsi qu&rsquo;on me l&rsquo;a fait esp\u00e9rer.<\/p>\n<p>Mais si cela ne devait pas \u00eatre<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;heure derni\u00e8re,<\/p>\n<p>Propice aux malheureux,<\/p>\n<p>Je suivrai ma carri\u00e8re<\/p>\n<p>D&rsquo;errant, parmi les gueux.<\/p>\n<p>Paul ROUSSENQ.<\/p>\n<p><strong>FIN <\/strong><\/p>\n<p><strong>Erratum.<\/strong> \u2014 De nombreuses \u00ab coquilles \u00bb se sont gliss\u00e9es en cours de publication, d\u00e9naturant le sens du texte original. Hier, encore, on m&rsquo;a fait dire : \u00ab C&rsquo;est au bain qu&rsquo;on changeait de linge \u00bb au lieu de : \u00ab C\u2019est en vain qu&rsquo;on changeait de linge \u00bb. De telles d\u00e9formations, regrettables disparaitront lors de l&rsquo;\u00e9dition en librairie. (Note de l&rsquo;auteur.)<\/p>\n<p><strong>Qui veut acheter le manuscrit de \u00ab Mes Tombeaux \u00bb <\/strong><\/p>\n<p>Enti\u00e8rement r\u00e9dig\u00e9 par l&rsquo;auteur et \u00e9crit de sa main, le manuscrit de \u00ab Mes Tombeaux \u00bb a d\u00e9j\u00e0 fait l&rsquo;objet d&rsquo;une offre, de la part d&rsquo;un de nos lecteurs qui se propose de l&rsquo;acheter 2.000 francs. Qui veut surench\u00e9rir ? La comp\u00e9tition reste ouverte jusqu&rsquo;\u00e0 jeudi prochain, 18 mars dernier d\u00e9lai. Le manuscrit reviendra au plus offrant et, bien entendu, au seul profit de Paul Roussenq. Pr\u00e9ciser sur l&rsquo;enveloppe \u00ab Manuscrit de \u00ab Mes Tombeaux \u00bb, \u00ab Les Allobroges \u00bb, 29 avenue F\u00e9lix Viallet, Grenoble.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1310, jeudi 11 mars 1948, p. 2. 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