{"id":5272,"date":"2022-09-17T01:01:53","date_gmt":"2022-09-16T23:01:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5272"},"modified":"2022-05-22T15:52:41","modified_gmt":"2022-05-22T13:52:41","slug":"mes-tombeaux-34","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/09\/mes-tombeaux-34\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 34"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5273 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-34-300x149.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-34-300x149.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-34-768x383.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-34.jpg 881w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1308,<\/strong><\/p>\n<p><strong>mardi 9 mars 1948, p. 2. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXXIII<\/p>\n<p><strong>Par la gr\u00e2ce de P\u00e9tain un honn\u00eate homme conna\u00eet les camps de concentration <\/strong><\/p>\n<p>Diable ! Je ne pouvais gu\u00e8re demander de telles pi\u00e8ces. Je laissais les choses suivre leur cours. Une dizaine de jours s&rsquo;\u00e9coul\u00e8rent; le m\u00eame employ\u00e9 vint me retrouver. Je lui dis n&rsquo;avoir encore rien re\u00e7u, que certainement \u00e7a ne tarderait pas&#8230; Il avait l&rsquo;air assez ennuy\u00e9. Peu apr\u00e8s, la paye eut lieu. J&rsquo;en profitai pour prendre le large. Trois mois pass\u00e8rent. Vers le mois de juin 1940, me trouvant non loin de Bess\u00e8ges, dans le Gard, apr\u00e8s avoir fait mon repas champ\u00eatre, je fis une petite sieste sous un arbre, pr\u00e8s de !a route. A mon r\u00e9veil, une petite caisse o\u00f9 se trouvaient mes marchandises avait disparu. Il ne me restait qu&rsquo;une dizaine de francs en tout et pour tout. Je m&rsquo;acheminai vers la ville. Passant devant une usine, je vis une pancarte accol\u00e9e \u00e0 la porte d&rsquo;entr\u00e9e: on demande des man\u0153uvres. Je me dirigeai vers les bureaux. On me demanda ma carte d&rsquo;identit\u00e9; je n&rsquo;avais que ma patente suffisante pour me d\u00e9placer.<!--more--><\/p>\n<p>\u00ab Allez voir le Commissaire. me dit-on, si vous nous apportez une attestation de sa part que tous \u00eates en r\u00e8gle, nous vous embaucherons. J&rsquo;y allai. Un gros bonhomme, la figure \u00e9carlate. Je lui expose la chose; il me pose des questions. Le vol dont j&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 victime : de la blague. Plus que trois francs en poche sans ressources et en \u00e9tat de vagabondage. (J&rsquo;avais fait achat de tabac). J&rsquo;\u00e9tais natif de Saint-Gilles : on allait voir \u00e7a. Appel t\u00e9l\u00e9phonique. Un temps. Sonnerie : mon homme est \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute. Il parait prodigieusement int\u00e9ress\u00e9 : \u00ab Comment ? Vous dites ? Ah I par exemple ! Bien, bien, je vous remercie !\u00bb. La gendarmerie de Saint-Gilles venait de le renseigner. Il se tourne vers moi : \u00ab Vous avez fait vingt ans de bagne! \u00c7a ne m&rsquo;\u00e9tonne pas ! \u00bb. Je lui r\u00e9plique : \u00ab Si je les ai faits, ils ne sont plus \u00e0 faire \u00bb. Furieux, il me fait mettre au violon. Le lendemain, il me pr\u00e9sente au parquet d&rsquo;Al\u00e8s, sous l&rsquo;inculpation de vagabondage: je suis \u00e9crou\u00e9. Quelque temps apr\u00e8s, je comparais devant le tribunal. Je fais le proc\u00e8s de ce singulier commissaire qui arr\u00eate sens motif un homme qui viens lui demander de faire en sorte qu&rsquo;il puisse travailler. Je suis domicili\u00e9 l\u00e9galement, sinon effectivement : j&rsquo;ai une patente et suis enregistr\u00e9 au registre du commerce. Acquitt\u00e9, je rentre \u00e0 maison d&rsquo;arr\u00eat pour remplir les formalit\u00e9s de lib\u00e9ration. J&rsquo;avais re\u00e7u un peu d&rsquo;argent et me promettais d&rsquo;aller faire un bon petit repas. Je sors, contournant un mur de cl\u00f4ture avoisinant. Deux gendarmes sont post\u00e9s \u00e0 cet endroit : \u00abhalte-l\u00e0! Comment vous appelez-vous ? \u00bb Je me nomme. \u00ab Nous vous arr\u00eatons!\u00bb Encore! Je me demandai si c&rsquo;\u00e9tait du lard ou du cochon. Je m&rsquo;enquiers.<\/p>\n<p>\u00ab Vous faites l&rsquo;objet d&rsquo;un mandat d&rsquo;amener du parquet militaire de Toulouse, pour abandon de poste \u00e9tant requis civil \u00bb. Je commen\u00e7ais \u00e0 comprendre. On se dirige vers la gendarmerie. Le soir m\u00eame, d\u00e9part pour la ville de Cl\u00e9mence Isaure. Dans le train, les deux gendarmes furent bons gar\u00e7ons. On mangea et on but, de concert. Arriv\u00e9s \u00e0 Toulouse, le lendemain matin, pr\u00e9sentation au parquet militaire. Je suis interrog\u00e9. Je lieutenant-instructeur reconna\u00eet que je ne pouvais \u00eatre agr\u00e9\u00e9 \u00e0 la Poudrerie, avec une tentative d&rsquo;incendie volontaire sur la conscience (pouvoir magique des mots!). J&rsquo;aurais d\u00fb m&rsquo;adresser au directeur, lui exposer mon cas : on se serait s\u00e9par\u00e9 de moi \u00e0 l&rsquo;amiable et je n&rsquo;aurais pas \u00e9t\u00e9 poursuivi. Trois semaines plus tard, je comparais devant le Tribunal Militaire. Le Colonel-Pr\u00e9sident m&rsquo;interroge. \u00ab Evidemment, je n&rsquo;aurais pas d\u00fb quitter ainsi mon travail. Il fallait expliquer mon cas. \u00bb Oui, mais devais-je, \u00e0 tout bout de champ, exhiber mon pass\u00e9, quoique je n&rsquo;aie pas \u00e0 en rougir ? N&rsquo;y avait-il pas l\u00e0 une question de respect humain qui se posait ?<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-1621 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice-300x270.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"180\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice-300x270.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/justice.jpg 400w\" sizes=\"(max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/>La parole est au Commissaire du Gouvernement : \u00ab Messieurs les membres du tribunal, je me trouve tr\u00e8s embarrass\u00e9 de requ\u00e9rir contre l&rsquo;accus\u00e9. Effectivement, il fut condamn\u00e9 \u00e0 20 ans de travaux forc\u00e9s par le conseil de guerre de Tunis, pour avoir bruler ses effets milliaires dans le cellule des locaux disciplinaires o\u00f9 il se trouvait enferm\u00e9. J&rsquo;estime qu&rsquo;il a suffisamment pay\u00e9 sa dette \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Il peut maintenant lever la t\u00eate. Pour le fait dont il est inculp\u00e9 aujourd\u2019hui je m&rsquo;en rapporte \u00e0 votre sagesse \u00bb.<\/p>\n<p>Quoique je susse tr\u00e8s bien que mon cas \u00e9tait b\u00e9nin, je ne m&rsquo;attendais certes pas ,\u00e0 ces honn\u00eates paroles. Le d\u00e9fenseur r\u00e9sume le d\u00e9bat, insiste sur le respect humain. Le Pr\u00e9sident me demande\u00a0: \u00ab\u00a0Depuis combien de temps \u00eates-vous en pr\u00e9vention ? \u00bb \u00abVingt-et-un jours \u00bb. Bref colloque sur le si\u00e8ge :<\/p>\n<p>\u00ab Attendu que le fait est constant&#8230; mais qu&rsquo;il y a de larges circonstances att\u00e9nuantes&#8230; Par ces motifs, le condamnons \u00e0 la peine de vingt jours de prison Et comme ma d\u00e9tention exc\u00e9dait d&rsquo;un jour cette peine, je fus lib\u00e9r\u00e9 le soir m\u00eame.<\/p>\n<p>Ainsi une juxtaposition, combien disproportionn\u00e9e. s&rsquo;\u00e9tablissait \u00e0 trente-deux ans de distance :<\/p>\n<p>Premier conseil de guerre, 20 ans. Deuxi\u00e8me conseil de guerre, 20 jours&#8230;<\/p>\n<p>Vers la fin de cette ann\u00e9e 1940, P\u00e9tain revenant de Marseille devait s&rsquo;arr\u00eater en Avignon. Des agents en bourgeois demandaient leurs papiers \u00e0 tous ceux qu&rsquo;ils jugeaient \u00eatre \u00e9trangers \u00e0 la ville. Ma bonne \u00e9toile habituelle me les fit rencontrer. Ils m&rsquo;interpell\u00e8rent. Sur le vue de mon identit\u00e9, cela leur rappela quelque chose&#8230; Ils me conduisirent au bureau de la s\u00fbret\u00e9, consult\u00e8rent le pedigree&#8230; J&rsquo;\u00e9tais bon comme la romaine. Apr\u00e8s deux mois d&rsquo;attente \u00e0 la prison Sainte-Anne, je pris le chemin des camps de concentration.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1308, mardi 9 mars 1948, p. 2. Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres XXXIII Par la gr\u00e2ce de P\u00e9tain un honn\u00eate homme conna\u00eet les camps de concentration Diable ! Je ne pouvais gu\u00e8re demander de telles pi\u00e8ces. Je laissais les choses suivre leur cours. 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