{"id":5269,"date":"2022-09-14T01:01:21","date_gmt":"2022-09-13T23:01:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5269"},"modified":"2022-05-22T15:40:44","modified_gmt":"2022-05-22T13:40:44","slug":"mes-tombeaux-33","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/09\/mes-tombeaux-33\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 33"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5270 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-33-300x164.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"164\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-33-300x164.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-33-768x420.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-33.jpg 883w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1307,<\/strong><\/p>\n<p><strong>lundi 8 mars 1948, p. 2<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXXII<\/p>\n<p><strong>Quand le poids d&rsquo;un pass\u00e9 qu&rsquo;on croyait r\u00e9volu s&rsquo;attache \u00e0 nos pas les prisons s&rsquo;ouvrent seules<\/strong><\/p>\n<p>Chacun de nous s\u2019\u00e9tait assis \u00e0 l\u2019une d\u2019elles, dans les deux vastes salles o\u00f9 se prenaient les repas. Les assiettes blanches \u00e0 fleurs, les couverts r\u00e9cur\u00e9s \u00e0 neuf, le menu bien ordonn\u00e9, tout cela nous fit la meilleure impression. De jeunes \u00e9ducateurs choyaient ce petit monde.<\/p>\n<p>Les dortoirs aux petits lits blancs, recevaient le soleil par de larges fen\u00eatres, lorsque nous les visit\u00e2mes, de m\u00eame que l&rsquo;infirmerie o\u00f9 se trouvaient quelques petits malades \u2013 qui eurent leur part de nos largesses&#8230; L\u00e0 aussi, il y avait cin\u00e9ma, terrain de jeux, etc&#8230;<!--more--><\/p>\n<p>A leur sortie, les jeunes hommes qu&rsquo;ils \u00e9taient devenus, pouvaient prendre part \u00e0 l&rsquo;existence : ils ne retombaient plus dans l&rsquo;orni\u00e8re. Et cela me fait songer \u00e0 ce film si \u00e9mouvant : \u00ab Le chemin de la vie \u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Certes, nos maisons de correction de nagu\u00e8re, ces bagnes d&rsquo;enfants, ont \u00e9t\u00e9 liquid\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 d&rsquo;ardentes campagnes de presse. Mais les centres d&rsquo;\u00e9ducation surveill\u00e9e qui leur ont succ\u00e9d\u00e9, rec\u00e8lent encore bien des abus et des lacunes.<\/p>\n<p>La preuve en est dans les nombreuses \u00e9vasions qui s&rsquo;y produisent. Et quant aux jeunes d\u00e9tenus de moins de dix-huit ans que l&rsquo;on jette dans nos prisons, il y sont trait\u00e9s de fa\u00e7on r\u00e9voltante.<\/p>\n<p><strong>SUR LA ROUTE <\/strong><\/p>\n<p>Quelque temps apr\u00e8s mon retour de Russie, j&rsquo;\u00e9prouvai le besoin de me retirer de cette vie publique qui absorbe, de son activit\u00e9, les manifestations ext\u00e9rieures de celui qui s&rsquo;y consacre. Je pris une patente de marchand ambulant et me mis en devoir de me constituer un petit stock de mercerie compos\u00e9 d&rsquo;articles l\u00e9gers et peu volumineux. Cela fait, j&rsquo;allai de part et d&rsquo;autre, \u00e9coulant ma camelote dans les fermes et les agglom\u00e9rations rurales. Parfois, pour me d\u00e9placer d&rsquo;une r\u00e9gion \u00e0 une autre, je d\u00e9laissais la route pour emprunter le rail. A cette \u00e9poque, me sentant quelque argent dans la poche, j&rsquo;avais la na\u00efvet\u00e9 de payer mon train. Cependant, la facilit\u00e9 actuelle des communications de la campagne \u00e0 la ville, ne laisse pas que de porter un coup sensible \u00e0 ces petits commerces ambulatoires. Le jour arriva o\u00f9 il me fallait attendre de vendre quelque chose pour pourvoir \u00e0 une maigre subsistance. De la sorte, je ne pouvais gu\u00e8re me r\u00e9approvisionner que dans une faible mesure. Je ne songeais gu\u00e8re \u00e0 m&rsquo;\u00e9tablir un jour, avec pignon sur rue. Il serait fastidieux de m&rsquo;attarder \u00e0 des d\u00e9tails en somme sans int\u00e9r\u00eat. Je me contenterai de rapporter ce qui fut le plus, saillant au cours de ma vie errante de ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Alors que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00e9tendument interdit de s\u00e9jour, il me fallait bien, n\u00e9anmoins, aller m&rsquo;approvisionner dans les grandes villes. Les n\u00e9cessit\u00e9s de mon petit commerce me l&rsquo;imposaient. Trois fois, j&rsquo;avais, de ce fait, connu la r\u00e9pression. Une quatri\u00e8me fois, je me vis traduire, sous la m\u00eame inculpation, devant le tribunal correctionnel d&rsquo;Aix-en-Provence, vers 1936. Le Pr\u00e9sident m&rsquo;ayant demand\u00e9 mes nom et pr\u00e9noms, le Substitut intervint : \u00ab Cette affaire ne me parait pas claire. Rien n&rsquo;\u00e9tablit que le pr\u00e9venu soit effectivement soumis \u00e0 une interdiction de s\u00e9jour. J&rsquo;ai envoy\u00e9 une note \u00e0 cet \u00e9gard, dont j&rsquo;attends la r\u00e9ponse. Dans ces conditions, je demande le renvoi \u00e0 huitaine \u00bb.<\/p>\n<p>Je m&rsquo;attendais \u00e0 \u00eatre condamn\u00e9 avec un retard de huit jours lorsque je revins sur la sellette. A ma grande surprise, le Substitut d\u00e9clara : \u00ab J&rsquo;ai re\u00e7u ce matin m\u00eame les pi\u00e8ces qui sont au dossier. Roussenq demeure touch\u00e9 par le paragraphe&#8230; article&#8230; de la loi d&rsquo;amnistie du&#8230; Dans ces conditions, la relaxe s&rsquo;impose \u00bb. Et je fus acquitt\u00e9. Ainsi j&rsquo;\u00e9tais amnisti\u00e9 depuis un temps ant\u00e9rieur \u00e0 mes condamnations et je n&rsquo;en savais rien, de m\u00eame que les juges qui m&rsquo;avaient condamn\u00e9 par trois fois. J&rsquo;allai trouver dans son bureau ce magistrat d&rsquo;une rare conscience et le remerciai. Il me d\u00e9livra une attestation, afin de ne plus \u00eatre emb\u00eat\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avenir. Depuis, j&rsquo;ai \u00e9gar\u00e9 cette pi\u00e8ce. En 1940, me trouvant \u00e0 Toulouse, je me rendis au Bureau de Placement. On me demanda si je voulais aller \u00e0 la Poudrerie qui demandait des man\u0153uvres. J&rsquo;acquies\u00e7ai. Je fus convoqu\u00e9. soumis \u00e0 la visite m\u00e9dicale et enregistr\u00e9 sur les \u00e9tats. On m&#8217;employa \u00e0 l&rsquo;entretien et au nettoyage des rails Decauville. Arm\u00e9 d&rsquo;un balai, je faisais place nette. Le travail \u00e9tait facile et agr\u00e9able. Huit jours apr\u00e8s, un employ\u00e9 des bureaux vint me trouver pour me dire : \u00ab Il faudra que vous \u00e9criviez de suite pour vous faire envoyer un certificat de bonne vie et m\u0153urs, ainsi qu&rsquo;un extrait de votre casier judiciaire. Les pi\u00e8ces sont indispensables pour \u00eatre maintenu \u00e0 la Poudrerie. \u00bb<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1307, lundi 8 mars 1948, p. 2 Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres XXXII Quand le poids d&rsquo;un pass\u00e9 qu&rsquo;on croyait r\u00e9volu s&rsquo;attache \u00e0 nos pas les prisons s&rsquo;ouvrent seules Chacun de nous s\u2019\u00e9tait assis \u00e0 l\u2019une d\u2019elles, dans les deux vastes salles o\u00f9 se [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1163,5648],"tags":[298,4008,196,5179,5739,590,28,1241,1250,752,1260],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5269"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5269"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5269\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5271,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5269\/revisions\/5271"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5269"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5269"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5269"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}