{"id":5266,"date":"2022-09-10T01:01:33","date_gmt":"2022-09-09T23:01:33","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5266"},"modified":"2022-09-10T06:30:01","modified_gmt":"2022-09-10T04:30:01","slug":"mes-tombeaux-32","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/09\/mes-tombeaux-32\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 32"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5267 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-32-300x148.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"148\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-32-300x148.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-32-768x379.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-32.jpg 869w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1305,<\/strong><\/p>\n<p><strong>vendredi 5 mars 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXXI<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;U.R.S.S. : Plus de gardes chiourme mais des \u00e9ducateurs<\/strong><\/p>\n<p>A la fin du mois de d\u00e9cembre 1932, \u00e0 bord du \u00ab\u00a0Pellerin-de-La-touche\u00a0\u00bb, je faisais le voyage de retour.<\/p>\n<p>Avec le Secours Rouge International, je fis un peu partout une s\u00e9rie de conf\u00e9rences. Ma pauvre m\u00e8re \u00e9tait morte au d\u00e9but de 1930. Cela m&rsquo;avait beaucoup affect\u00e9, car je me retrouvais seul dans la vie. Ma jeunesse perdue \u00e9tait une chose que rien ne pouvait compenser.<\/p>\n<p>Au mois d&rsquo;ao\u00fbt 1933, je fis partie d&rsquo;une d\u00e9l\u00e9gation ayant pour objectif un voyage d&rsquo;\u00e9tudes en Russie Sovi\u00e9tique. En ce qui me concerne, ce voyage dura trois mois. Quinze ans se sont \u00e9coul\u00e9s depuis. Je pense qu&rsquo;une relation comp\u00e8te de mes impressions, dans le cadre sp\u00e9cialis\u00e9 de ces pages, ne saurait \u00eatre opportune. Je tiens, cependant, \u00e0 signaler les belles r\u00e9alisations op\u00e9r\u00e9es l\u00e0-bas dans l&rsquo;ordre p\u00e9nitenciaire.<!--more--><\/p>\n<p>J&rsquo;ai visit\u00e9 dans tous ses d\u00e9tails la grande prison de Moscou. Et quand je dis prison, je me sers d&rsquo;un terme impropre ; il faut dire maison de r\u00e9\u00e9ducation sociale. Et ce n&rsquo;est pas une enseigne de fa\u00e7ade. Mais, pour \u00eatre plus clair et donner plus de force \u00e0 une description comparative, il est bon de s&rsquo;en tenir aux termes qui nous sont familiers. Il est dommage que cet \u00e9tablissement, o\u00f9 un millier de condamn\u00e9s se trouvaient r\u00e9unis, n&rsquo;ait pas \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9 en vue de sa destination, car alors nul doute que le champ des observations aurait \u00e9t\u00e9 plus vaste et davantage concluant.<\/p>\n<p>De fait, la grande prison de Moscou avait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9e dans un \u00e9difice d\u00e9j\u00e0 ancien et il \u00e9tait visible que les installations, un peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9troit, n&rsquo;\u00e9taient pas ad\u00e9quates. Les d\u00e9tenus purgeaient des peines de un an \u00e0 cinq ans. Pas de livr\u00e9e p\u00e9nale, chacun rev\u00eatait ses propres effets d&rsquo;habillement. Pas de r\u00e8gle de silence, pas de prohibition de tabac. Pas de garde-chiourme, non plus, mais des \u00e9ducateurs.<\/p>\n<p>Le travail \u00e9tait r\u00e9tribu\u00e9 au tarif syndical\u00a0: nulle retenue arbitraire \u2013 alors que chez nous on retient au moins 50 pour cent sur le gain des condamn\u00e9s, et que des entrepreneurs exploitent la main-d\u2019\u0153uvre p\u00e9nale, avec la complicit\u00e9 des pouvoirs publics.<\/p>\n<p>Les d\u00e9tenus ont le droit de correspondre librement, sans restriction, et sous enveloppe ferm\u00e9e,<\/p>\n<p>non seulement avec leur famille, mais avec quiconque. De m\u00eame, ils re\u00e7oivent non ouvertes les lettres qui leur sont adress\u00e9es.<\/p>\n<p>N&rsquo;importe qui et \u00e0 n&rsquo;importe quel moment peut venir les visiter, et non pas dans des parloirs grillag\u00e9s o\u00f9 vingt personnes crient \u00e0 tue-t\u00eate sans se comprendre \u2013 syst\u00e8me fran\u00e7ais.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-938 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/drapeau_urss-300x150.png\" alt=\"\" width=\"256\" height=\"128\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/drapeau_urss-300x150.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/drapeau_urss.png 550w\" sizes=\"(max-width: 256px) 100vw, 256px\" \/>Tout condamn\u00e9 dont la conduite ne laisse pas \u00e0 d\u00e9sirer, est susceptible d&rsquo;obtenir des r\u00e9ductions de peine. Des permissions annuelles peuvent \u00eatre accord\u00e9es et bien rares sont les b\u00e9n\u00e9ficiaires qui ne rejoignent pas, \u00e0 l&rsquo;expiration du d\u00e9lai.<\/p>\n<p>Ce fait symptomatique d\u00e9montre bien l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9gime bas\u00e9 non sur une coercition qui ne peut qu&rsquo;endurcir les d\u00e9linquants, mais sur des m\u00e9thodes humaines susceptibles d&rsquo;amender et de relever les coupables. Voil\u00e0 le v\u00e9ritable progr\u00e8s.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me anthropom\u00e9trique, \u2013 cette honte et cette fl\u00e9trissure \u2013 n&rsquo;a pas cours, de m\u00eame que le casier judiciaire. La peine accomplie, rien ne subsiste.<\/p>\n<p>Fr\u00e9quemment, des commissions de contr\u00f4le viennent inspecter les lieux, s&rsquo;entretenir avec les d\u00e9tenus et recevoir leurs \u00e9ventuelles dol\u00e9ances.<\/p>\n<p>Deux ou trois fois par semaine, des conf\u00e9rences \u00e9ducatives sont donn\u00e9es. Une \u00e9cole fonctionne en dehors des heures de travail. Un cin\u00e9ma, des haut-parleurs, un terrain de sports, une biblioth\u00e8que constituent des distractions saines et utiles. Les journaux sont admis.<\/p>\n<p>Ainsi, le prisonnier n&rsquo;est pas isol\u00e9 du monde.<\/p>\n<p>Il y a aussi une cantine, des salons de coiffure, une installation de bains-douches ( dans nos prisons, trois ou quatre d\u00e9tenus doivent se serrer sous la m\u00eame pomme d&rsquo;arrosage).<\/p>\n<p>La nourriture est la m\u00eame que celle de n&rsquo;importe lequel des restaurants d&rsquo;usine. Le prix des repas est pr\u00e9lev\u00e9 sur le salaire.<\/p>\n<p>Dans les dortoirs, tr\u00e8s propres, j&rsquo;ai remarqu\u00e9 que les lits \u00e9taient trop serr\u00e9s. J&rsquo;ai d&rsquo;ailleurs consign\u00e9 cette observation sur le cahier sp\u00e9cialis\u00e9 \u00e0 cet effet, en vue de recevoir les impressions des visiteurs. Mais les fournitures de literie ne laissaient pas \u00e0 d\u00e9sirer.<\/p>\n<p>Les cuisines, parfaitement organis\u00e9es, ne pouvaient laisser place \u00e0 la moindre critique. J&rsquo;ai interrog\u00e9 plusieurs d\u00e9tenus, par le truchement de l&rsquo;interpr\u00e8te. Aucune plainte ne me fut formul\u00e9e, mais on r\u00e9clamait des cigarettes. Tous les membres de la d\u00e9l\u00e9gation vid\u00e8rent leurs poches.<\/p>\n<p>Nous quitt\u00e2mes l&rsquo;\u00e9tablissement en songeant \u00e0 l&rsquo;incurie, \u00e0 toutes les d\u00e9ficiences et \u00e0 toutes les carences de nos ignobles prisons. Il me fut donn\u00e9, non loin de Karkhow, de visiter aussi un \u00e9tablissement de r\u00e9\u00e9ducation de l&rsquo;enfance d\u00e9linquante. L\u00e0, l&rsquo;installation \u00e9tait parfaitement conforme \u00e0 la destination. Dans une fertile campagne, les b\u00e2timents s&rsquo;alignaient, flambant neufs. Trois cents enfants, de douze \u00e0 dix-sept ans, \u00e9taient group\u00e9s en ce lieu idyllique. Les ateliers, vastes et bien a\u00e9r\u00e9e, o\u00f9 les adolescents travaillaient avec application, donnaient l\u2019impression d&rsquo;appartenir \u00e0 une usine mod\u00e8le. Des barreaux, nulle part.<\/p>\n<p>Toute la d\u00e9l\u00e9gation \u00e9tait \u00e9merveill\u00e9e de voir ces enfants si gais, si propres dans leurs v\u00eatements de travail. La mine fraiche de sant\u00e9 \u00e9panouie, ils nous souriaient. Nous avions eu le soin de nous approvisionner de toutes sortes de bonbons et de friandises que nous leurs distribu\u00e2mes au r\u00e9fectoire. Ils en furent ravis. Les tables \u00e9taient fleuries de frais bouquets.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1305, vendredi 5 mars 1948, p. 2. 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