{"id":5250,"date":"2022-08-27T01:01:47","date_gmt":"2022-08-26T23:01:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5250"},"modified":"2022-08-27T07:40:48","modified_gmt":"2022-08-27T05:40:48","slug":"mes-tombeaux-28","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/08\/mes-tombeaux-28\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 28"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5251 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-28-300x150.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-28-300x150.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-28-768x384.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-28.jpg 855w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1301,<\/strong><\/p>\n<p><strong>lundi 1 mars 1948, p. 2. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXVII<\/p>\n<p><strong>Fluet, la physionomie douce, un homme de c\u0153ur d\u00e9voile les scandales du Bagne: Albert LONDRES<\/strong><\/p>\n<p><strong>ALBERT LONDRES AU BAGNE<\/strong><\/p>\n<p>Par un jour fatidique je me trouvais allong\u00e9 sur le lit de camp de mon cachot, lorsque j&rsquo;entendis le bruit du guichet que l&rsquo;on ouvrait.<\/p>\n<p>Le sympathique visage du Commandant Masse s&rsquo;y encadrait. \u00ab\u00a0Approchez, Roussenq\u00a0!\u00a0\u00bb me dit-il. J&rsquo;obtemp\u00e9rai.<\/p>\n<p>Le Commandant reprit\u00a0:\u00a0\u00ab\u00a0Nous avons ici un journaliste de Paris, venu pour faire une enqu\u00eate sur la Guyane. Je lui ai dit que vous \u00e9tiez le plus notoire des r\u00e9volt\u00e9s du Bagne. Il va venir vous entretenir sans t\u00e9moin\u00a0; vous pourrez vous soulager le c\u0153ur \u00e0 votre aise\u00a0\u00bb<!--more--><\/p>\n<p>Le Commandant Masse \u00e9tait beau joueur\u00a0; je me promis de ne pas manquer l&rsquo;occasion.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, la porte fut ouverte, le porte-clefs se retira et Albert Londres parut.<\/p>\n<p>D&rsquo;une taille au-dessous de la moyenne, fluet, blond, les yeux bleus, une l\u00e9g\u00e8re barbe frisottante, une figure p\u00e2le, une physionomie douce et attirante, tel m&rsquo;apparut celui qui, peu apr\u00e8s, devait faire couler tant d&rsquo;encre dans le monde.<\/p>\n<p>Ayant franchi le seuil de mon cachot, il m&rsquo;aborda la main tendue\u00a0: \u00ab\u00a0Bonjour, Roussenq\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous pr\u00eemes place sur le bat-flanc.<\/p>\n<p>Et nous caus\u00e2mes. Pendant une heure stylo et bloc-notes en mains il st\u00e9nographia mes d\u00e9clarations. Je lui dis ma vie douloureuse, ma lutte incessante contre l&rsquo;Administration. Je lui fis part de mes griefs, de mes sujets de plainte. Parfois, il me posait quelque question et j&rsquo;y r\u00e9pondais. Lorsque je n&rsquo;eus plus rien \u00e0 lui dire, Albert Londres se leva. Il me promit de s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 mon sort, de me faire sortir du cachot. Il me dit les mots qu&rsquo;il fallait, de ces mots qui r\u00e9confortent et qui font esp\u00e9rer. Nous nous serr\u00e2mes la main, encore une fois, et la lourde porte de mon s\u00e9pulcre de referme sur moi. Quelques jours plus tard, elle s&rsquo;ouvrit toute grande pour me faire r\u00e9int\u00e9grer le camp libre.<\/p>\n<p>Jusque-l\u00e0, le Bagne de la Guyane se trouvait recouvert d&rsquo;un voile imp\u00e9n\u00e9trable. Il gardait son secret et son myst\u00e8re. On en parlait \u00e0 tort et \u00e0 travers, de temps \u00e0 autre comme l&rsquo;on parlait de Tombouctou avec Ren\u00e9 Caill\u00e9.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-321 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"217\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres-198x300.jpg 198w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres.jpg 283w\" sizes=\"(max-width: 143px) 100vw, 143px\" \/>Londres r\u00e9solut de soulever ce voile, de percer ce myst\u00e8re. Il n&rsquo;en \u00e9tait pas \u00e0 son coup d&rsquo;essai. D\u00e9j\u00e0, de remarquables reportages avaient illustr\u00e9 sa signature. Pour parvenir \u00e0 ses fins, il ne n\u00e9gligea aucune d\u00e9marche et s&rsquo;entoura de toutes les garanties. Lorsqu&rsquo;il mit le pied sur le sol de la Guyane, il tira de sa poche quelques papiers qui avaient une certaine valeur. Par ordre minist\u00e9riel, il pouvait circuler sans entraves \u00e0 travers les camps et les p\u00e9nitenciers, interroger quiconque sang t\u00e9moins.<\/p>\n<p>L&rsquo;Administration devait lui faciliter sa t\u00e2che d&rsquo;enqu\u00eateur, lui permettre de se d\u00e9placer \u00e0 son gr\u00e9. Muni, de ce talisman. Albert Londres en tira parti au maximum.<\/p>\n<p>En reprenant le courrier, un mois plus tard, il aurait pu dire, lui aussi : Je suis venu, j&rsquo;ai vu, j&rsquo;ai vaincu.<\/p>\n<p>Effectivement, Londres a sond\u00e9 le Bagne jusque dans son tr\u00e9fonds. Il a arrach\u00e9 le masque d&rsquo;une Administration pourrie et corrompue, confondant ses s\u00e9ides et d\u00e9non\u00e7ant leurs abus, leurs crimes et leurs pr\u00e9varications. Sans s&#8217;emballer, sans vouloir apitoyer quiconque, et avec un art infini, sa plume pr\u00e9cise et vengeresse a clou\u00e9 au pilori de l&rsquo;opinion mondiale ces atrocit\u00e9s, ces abominations qui paraissaient tellement incroyables, que pendant des mois, on a h\u00e9sit\u00e9 \u00e0 les admettre comme telles. De main de maitre, il a d\u00e9crit le Camp des incorrigibles et celui des Eclop\u00e9s. Il s&rsquo;est entretenu avec les fous de l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s, avec les l\u00e9preux de l\u2019ilot maudit. Il a interrog\u00e9 les for\u00e7ats, les rel\u00e9gu\u00e9s, les lib\u00e9r\u00e9s. Il a vu toutes les mis\u00e8res comme toutes les d\u00e9tresses\u00a0; il s&rsquo;est pench\u00e9 sur elles de tout son c\u0153ur et de toute son \u00e2me, sans le laisser para\u00eetre, parce que Albert Londres n&rsquo;\u00e9tait pas exub\u00e9rant. Cet ap\u00f4tre des grandes causes \u00e9tait un grand modeste. Mais avec son aspect effac\u00e9, il lui suffisait d&rsquo;un coup pour aller jusqu&rsquo;au fond des choses. Son reportage sensationnel \u00e9clata comme un coup de tonnerre. Il devait ainsi provoquer toute une refonte du syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire du Bagne, ainsi que nous le ver-rond bient\u00f4t.<\/p>\n<p>Londres m&rsquo;a fait l&rsquo;objet du plus long de ses articles\u00a0; \u00ab\u00a0Roussenq l&rsquo;Inco\u00a0\u00bb. Gr\u00e2ce \u00e0 lui, mon cas personnel a \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9 et j&rsquo;ai pu revoir briller le soleil de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1301, lundi 1 mars 1948, p. 2. Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres XXVII Fluet, la physionomie douce, un homme de c\u0153ur d\u00e9voile les scandales du Bagne: Albert LONDRES ALBERT LONDRES AU BAGNE Par un jour fatidique je me trouvais allong\u00e9 sur le lit de [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6,5648],"tags":[5683,180,1005,32,2340,5732,478,1524,133,5733,1241],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5250"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5250"}],"version-history":[{"count":4,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5250\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5332,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5250\/revisions\/5332"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5250"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5250"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5250"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}