{"id":5242,"date":"2022-08-20T01:01:46","date_gmt":"2022-08-19T23:01:46","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5242"},"modified":"2022-05-22T14:21:25","modified_gmt":"2022-05-22T12:21:25","slug":"mes-tombeaux-26","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/08\/mes-tombeaux-26\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 26"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5244 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-26-300x170.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"170\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-26-300x170.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-26-768x434.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-26.jpg 869w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1299,<\/strong><\/p>\n<p><strong>vendredi 27 f\u00e9vrier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXV<\/p>\n<p><strong>Soixante pour cent des lib\u00e9r\u00e9s du bagne \u00e9taient vou\u00e9s \u00e0 la famine et menac\u00e9s <\/strong><strong>de la rel\u00e9gation\u00a0: le bagne n\u00b02<\/strong><\/p>\n<p><strong>Anecdotes<\/strong><\/p>\n<p>Un cur\u00e9-aum\u00f4nier s&rsquo;\u00e9tait fix\u00e9 \u00e0 St-Laurent. Cet honorable eccl\u00e9siastique ne pouvait pas voir les bagnards qui le lui rendaient bien. Il allait jusqu&rsquo;\u00e0 se joindre aux chasseurs d&rsquo;hommes pour la poursuite des \u00e9vad\u00e9s.<\/p>\n<p>Un jour, dans les alentours du village, trois lib\u00e9r\u00e9s le crois\u00e8rent. L&rsquo;ayant d\u00e9pass\u00e9, ils imit\u00e8rent le cri du corbeau : croa ! croa !<\/p>\n<p>Notre homme, qui avait de l&rsquo;esprit. leur lan\u00e7a\u00a0: \u00ab\u00a0Partout o\u00f9 l&rsquo;on voit des corbeaux, il y a de la charogne\u00a0!\u00a0\u00bb<!--more--><\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>Le surveillant-principal Buffet \u00e9tait partisan de la mani\u00e8re forte. Il aimait \u00e0 dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je me nomme Buffet, et je ne suis pas commode\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>Le sous-directeur Picard raffolait des petits chefs-d\u2019\u0153uvre r\u00e9alis\u00e9s par les condamn\u00e9s, mais il n&rsquo;entendait pas les payer.<\/p>\n<p>Quand il se rendait dans les chantiers forestiers, on tourn\u00e9e d&rsquo;inspection, il ne manquait de d\u00e9crocher quelque chose \u00e0 sa convenance. \u00ab Oh ! le beau tapis d&rsquo;alo\u00e8s, s&rsquo;\u00e9criait-il. Que Madame Picard serait contente de l&rsquo;avoir\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et il se fouillait : rien dans les mains, rien dans les poches. Alors un surveillant se d\u00e9vouait pour solder l&rsquo;acquisition. \u00ab\u00a0Je vous rendrai \u00e7\u00e0, Monsieur Un Tel, \u00e0 la prochaine occasion\u00a0\u00bb. Mais le sous-directeur \u00e9tait afflig\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9faut de m\u00e9moire. Cela se repr\u00e9senta maintes fois. A la fin, lorsqu&rsquo;il se fouillait en vain, les surveillants prenaient un air absent.<\/p>\n<p>Madame Picard ne devait pas \u00eatre contente.<\/p>\n<p>\u2026<\/p>\n<p>Lors des \u00e9meutes de Cayenne, \u00e0 propos de l&#8217;empoisonnement du d\u00e9put\u00e9 Galmot. la foule envahit le palais du Gouverneur pour lyncher ce dernier qui put se sauver avec son secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral par les jardins.<\/p>\n<p>Ces deux hauts fonctionnaires vinrent se r\u00e9fugier dans l&rsquo;enceinte du p\u00e9nitencier. On leur coupa les cheveux \u00e0 ras et on les rasa, avant de leur faire endosser le costume p\u00e9nal. A la tomb\u00e9e de la nuit, ils furent compris dans un convoi en partance pour St-Laurent, \u00e0 bord du vapeur \u00ab\u00a0Maroni\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est ainsi, d\u00e9guis\u00e9s en bagnards et m\u00eal\u00e9s avec eux que les deux fugitifs \u00e9chapp\u00e8rent au massacre.<\/p>\n<p>Certains transport\u00e9s particip\u00e8rent \u00e0 ces \u00e9meutes sanglantes.<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4384 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Petit-Parisien-5-septembre-1923-cour-des-miracles-Copier-223x300.jpg\" alt=\"\" width=\"223\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Petit-Parisien-5-septembre-1923-cour-des-miracles-Copier-223x300.jpg 223w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Petit-Parisien-5-septembre-1923-cour-des-miracles-Copier.jpg 570w\" sizes=\"(max-width: 223px) 100vw, 223px\" \/>LES LIBERES<\/strong><\/p>\n<p>Au Bagne, si la ration congrue n&rsquo;\u00e9tait pas fameuse, on pouvait tout de m\u00eame l&rsquo;am\u00e9liorer en utilisant le syst\u00e8me D. On \u00e9tait log\u00e9 et habill\u00e9.<\/p>\n<p>La peine accomplie, le lib\u00e9r\u00e9, livr\u00e9 \u00e0 lui-m\u00eame, devait subvenir \u00e0 tous ses besoins.<\/p>\n<p>Avant de le l\u00e2cher, la Tentiaire lui faisait cadeau d&rsquo;un complet bleu d&rsquo;une paire de soulier et d&rsquo;un chapeau de feutre &#8211; en tout et pour tout.<\/p>\n<p>Va comme je te pousse\u00a0! Bien s\u00fbr, l&rsquo;homme avait quelques \u00e9conomies, comme de juste. Mais en mettant le pied dans la vie civile, Il fallait bien f\u00eater cet \u00e9v\u00e9nement. Alors, avec les amis, les tourn\u00e9es succ\u00e9daient aux tourn\u00e9es. Et puis, parmi les autochtones, il y avait bien quelques pr\u00eatresses de V\u00e9nus pas trop fonc\u00e9es et pas trop farouches&#8230;<\/p>\n<p>Le lendemain de ce grand jour, s&rsquo;il restait de quoi louer une chambre pour un mois, c&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 bien beau. Et alors ? Alors, on faisait comme les autres on menait une vie al\u00e9atoire de tous les jours.<\/p>\n<p>Sur cent lib\u00e9r\u00e9s, on pouvait \u00e9tablir la situation suivante, indicative de leurs moyens d&rsquo;existence\u00a0:<\/p>\n<ol>\n<li>Exer\u00e7ant leur m\u00e9tier\u00a0: 10\u00a0; 2 Tenant un commerce\u00a0: 3\u00a0; 3 Nantis d&rsquo;un emploi fixe\u00a0: 7; 4\u00a0; Broussiers\u00a0: 6\u00a0; 5 Recevant de quoi vivre de leur famille\u00a0: 4\u00a0; 6 Trafiquants louches interm\u00e9diaires\u00a0: 5\u00a0; 7 S&rsquo;adonnant au vol et en vivant\u00a0: 5\u00a0; 8 Sans occupations, errants : 60<\/li>\n<\/ol>\n<p>Les broussiers gagnaient leur vie en explorant la brousse, chassant les papillons de collection, traquant le gibier et parfois allant \u00e0 la p\u00eache dans les \u00ab\u00a0criques\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi soixante pour cent des lib\u00e9r\u00e9s vivaient au jour le jour, buvant plus qu&rsquo;ils ne mangeaient. Le tafia ! Ils \u00ab\u00a0tapaient\u00a0\u00bb leurs coll\u00e8gues et s&rsquo;ing\u00e9niaient \u00e0 subsister un usant d&rsquo;exp\u00e9dients. La plupart d&rsquo;entre eux travaillaient au d\u00e9chargement du courrier et de rares cargos \u2013 cinq ou six par mois. Cela leur permettait de solder les dettes arri\u00e9r\u00e9es, tout au moins une partie. Le reste du temps, ils se baguenaudaient \u00e0 travers les rues de Cayenne ou de Saint-Laurent, s&rsquo;allongeaient sur les bancs ou bien allaient s&rsquo;\u00e9tendre \u00e0 l&rsquo;ombre. V\u00eatus de loques, la barbe hirsute, le ventre creux, plus d&rsquo;un regrettait le Bagne. D&rsquo;ailleurs, le Bagne num\u00e9ro deux, la rel\u00e9gation, les attendait \u2013 l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>En effet, ils \u00e9taient presque tous rel\u00e9gables\u00a0; un vol de bananes sur pied et il n&rsquo;en fallait part davantage.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment indig\u00e8ne, commer\u00e7ants, notables et autres, ne restait pas insensible \u00e0 tant de mis\u00e8re, laquelle provenait de ce fait essentiel que personne ne s&rsquo;occupait d&rsquo;eux en haut lieu et qu&rsquo;on les laissait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment croupir dans leur d\u00e9tresse. Ces braves gens leur \u00e9taient secourables. dans la mesure de leurs possibilit\u00e9s. Bien souvent, ils les chargeaient d&rsquo;une course, d&rsquo;une petite corv\u00e9e, afin de les aider.<\/p>\n<p>Les lib\u00e9r\u00e9s recevaient aussi une certaine assistance de leurs camarades en cours de peine, qui leur apportaient un peu de pain, un morceau de viande ou de lard. De leur c\u00f4t\u00e9, les m\u00e9decins faisaient tout ce qui \u00e9tait humainement possible en leur faveur. Une salle leur \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Laurent (centre de s\u00e9jour de la masse des lib\u00e9r\u00e9s). Cette salle contenait une quinzaine de lits. Par roulement, pour une quinzaine de jours, les lib\u00e9r\u00e9s venaient s&rsquo;y refaire un peu, oublier leur triste sort. A leur sortie, s&rsquo;ils le voulaient, ils pouvaient aussi aller s\u00e9journer quelque temps au Nouveau-Camp, sous le r\u00e9gime commun. Bien peu y songeaient. (A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1299, vendredi 27 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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