{"id":5234,"date":"2022-08-13T01:01:35","date_gmt":"2022-08-12T23:01:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5234"},"modified":"2022-05-22T13:55:46","modified_gmt":"2022-05-22T11:55:46","slug":"mes-tombeaux-24","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/08\/mes-tombeaux-24\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 24"},"content":{"rendered":"<p><strong><em>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1297,<\/strong><\/p>\n<p><strong>mercredi 25 f\u00e9vrier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5235 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-24-300x147.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-24-300x147.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-24-768x377.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-24.jpg 882w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXIII<\/p>\n<p><strong>Dans la jungle de la \u00ab\u00a0Tentiaire\u00a0\u00bb luttant contre l&rsquo;Administration : les m\u00e9decins du Bagne<\/strong><\/p>\n<p>A part quelques exceptions, ces d\u00e9vou\u00e9s praticiens se donnaient corps et \u00e2me pour soulager autant qu&rsquo;il \u00e9tait en leur pouvoir la grande mis\u00e8re des condamn\u00e9s. On peut dire qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient de militaire que le nom. Chaque jour leur visite \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital se prolongeait pendant des heures. Chaque malade \u00e9tait l&rsquo;objet de soins attentifs. Car pour eux, il n&rsquo;y avait pas de for\u00e7ats, seulement des malades. A leur visite journali\u00e8re au p\u00e9nitencier et p\u00e9riodique dans les camps ils s&rsquo;attachaient \u00e0 prodiguer la manne de leurs bienfaits\u00a0: repos. hospitalisation, prescriptions de travaux l\u00e9gers, attributions de lait condens\u00e9 et de fortifiants.<!--more--><\/p>\n<p>Les Chefs de camp \u00e9taient pr\u00e9sents \u00e0 ces visites pour mettre leur grain de sel. Un transport\u00e9 vient de sortir du cachot, il demande du repos. Le chef de camp intervient\u00a0: \u00ab\u00a0Il sort de punition. il s&rsquo;est assez repos\u00e9 \u00e0 ne rien faire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Alors de m\u00e9decin\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab Ah ! oui, huit jours de repos, Lait et quinine m\u00eame dur\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Un autre a une plaie tum\u00e9fi\u00e9e.<\/p>\n<p>Le Chef de camp : \u00ab II s&rsquo;est maquill\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le M\u00e9decin : \u00ab H\u00f4pital \u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi se passaient les choses. Comme moi-m\u00eame, les m\u00e9decins \u00e9taient en lutte continuelle avec la Tentiaire, que ce fut pour la nourriture des malades, les m\u00e9dicaments qui n&rsquo;arrivaient pas, de m\u00eame que le lait condens\u00e9. Et ils ne baissaient pas pavillon. Toujours dispos\u00e9s \u00e0 prendre parti pour les condamn\u00e9s contre la machine p\u00e9nitentiaire, ils ne n\u00e9gligeaient rien pour am\u00e9liorer leur tort. Le b\u00e9tail abattu, par eux examin\u00e9 et refus\u00e9 \u00e0 bon escient comme impropre \u00e0 la consommation,. \u00e9tait jet\u00e9 \u00e0 la mer ou enterr\u00e9 \u2013 sous leurs yeux, Le lait frais si rare. \u00e9tait r\u00e9quisitionn\u00e9 pour les grands malades.<\/p>\n<p>Parmi ces hommes \u00e9clair\u00e9s et humains dont beaucoup sont morts \u00e0. la t\u00e2che, se distingua particuli\u00e8rement le M\u00e9decin-commandant .Louis Rousseau, qui s\u00e9journa aux \u00eeles du Salut de 1920 \u00e0 1922. D&rsquo;une bont\u00e9 \u00e0 toute \u00e9preuve, m\u00eame \u00e0 celle de l&rsquo;ingratitude, d&rsquo;une rare modestie, d&rsquo;un d\u00e9vouement pouss\u00e9 \u00e0 la hauteur de l&rsquo;abn\u00e9gation. 1l a laiss\u00e9 l\u00e0-bas un souvenir imp\u00e9rissable.<\/p>\n<p>Deux fois par jour, il passait l&rsquo;H\u00f4pital sa m\u00e9ticuleuse visite, stationnant \u00e0 chaque lit, s&rsquo;enqu\u00e9rant des moindres d\u00e9tails. La nuit, il se levait pour se rendre compte de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;un malade grave.<\/p>\n<p>Il apportait de chez lui des fruits, du vin bouch\u00e9, toutes sortes de douceurs, qu&rsquo;il faisait distribuer par ses infirmiers.<\/p>\n<p>Avec lui, on pouvait parler comme \u00e0 un p\u00e8re. D&rsquo;ailleurs c&rsquo;\u00e9tait bien un papa-g\u00e2teau.<\/p>\n<p>Il m&rsquo;a hospitalis\u00e9 d\u00e8s son arriv\u00e9e et je ne retournai dans les cachots qu&rsquo;apr\u00e8s son d\u00e9part. Je lui fis part, un jour, du fait qu&rsquo;on ne donnait pas de savon \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital et que c&rsquo;\u00e9tait regrettable, Le lendemain, en passant sa visite, il en tira un morceau de sa poche et me le donna.<\/p>\n<p>Pas fier pour un sou, avec ses quatre galons, il tenait \u00e0 distance surveillants et fonctionnaires, qu\u2019il m\u00e9prisait souverainement.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-5052 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-PUB-1-227x300.jpg\" alt=\"\" width=\"197\" height=\"260\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-PUB-1-227x300.jpg 227w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Rousseau-PUB-1.jpg 437w\" sizes=\"(max-width: 197px) 100vw, 197px\" \/>Le jour de son d\u00e9part fut un jour de tristesse pour les condamn\u00e9s, qui devaient tant le regretter. A l&rsquo;h\u00f4pital il fit ses adieux \u00e0 tous, eut un mot aimable pour chacun. Ses malades lui offrirent, un magnifique souvenir et quand i1 les quitta pour aller s&#8217;embarquer, des larmes \u00e9taient dans tous les yeux.<\/p>\n<p>Sur le chemin qui le conduisait au port, des fleurs avaient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9es, par brass\u00e9es\u00a0; les condamn\u00e9s abandonnant leur travail venaient le saluer une derni\u00e8re fois.<\/p>\n<p>Avant de partir, il avait promis de ne pas oublier ses bagnards. Il tint parole. Son livre \u00ab Vingt mois aux Iles du Salut. \u00bb, sous une forme mod\u00e9r\u00e9e, constitue un r\u00e9quisitoire serr\u00e9 contre l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire. Le M\u00e9decin-colonel Rousseau (promu depuis) r\u00e9side quelque part., l\u00e0-bas, sur la terre de Bretagne. Cet homme de bien n&rsquo;a pas cess\u00e9 de mener le bon combat, contre les forces oppressives de l&rsquo;humanit\u00e9. ainsi que j&rsquo;ai pu m&rsquo;en convaincre. C&rsquo;est un de ces hommes qui font honneur \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>La R\u00e9clusion Cellulaire<\/strong><\/p>\n<p>Sur le plateau de St-Joseph, expos\u00e9s aux vents du large, se dressaient, au nombre de trois, les mornes b\u00e2timents de la R\u00e9clusion cellulaire.<\/p>\n<p>Dans des cellules \u00e9troites, sur deux rang\u00e9es contigu\u00ebs au-dessus desquelles un promenoir permettait de les surveiller tout moment par les plafonds grillag\u00e9s, des hommes subissaient des peines allant jusqu&rsquo;\u00e0 cinq ann\u00e9es. Un silence de mort planait sur cette double rang\u00e9e de tombeaux. Le moindre mot et c&rsquo;\u00e9tait le cachot. Et ces cachots de la R\u00e9clusion cellulaire c&rsquo;\u00e9tait quelque chose de terrible, je peux en parler en toute connaissance de cause.<\/p>\n<p>Les r\u00e9clusionnaires ne sortaient de leurs cages qu&rsquo;une demi-heure le matin, isol\u00e9ment et dans un pr\u00e9au cellulaire. On les occupait \u00e0 confectionner des nattes et des paillassons, ainsi que des balais. Ils \u00e9taient soumis \u00e0 la portion congrue et ne percevaient pas le caf\u00e9 matinal. P\u00e2le et vacillante, la lumi\u00e8re du soleil les aveuglait, lorsqu&rsquo;un jour ils avaient l&rsquo;occasion de se trouver \u00e0 l&rsquo;air libre. Le scorbut les minait et les d\u00e9c\u00e8s \u00e9taient fr\u00e9quents, soit \u00e0 la r\u00e9clusion m\u00eame, soit \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. On en compta quarante en un mois. Les m\u00e9decins \u00e9taient impuissants pour enrayer le mal, La salle des consign\u00e9s de l&rsquo;h\u00f4pital, toujours pleine, ne suffisait pas pour les plus malades. Plusieurs de ces hommes devinrent fous, d&rsquo;autres se pendirent.<\/p>\n<p>Les efforts conjugu\u00e9s du docteur Rousseau et d&rsquo;Albert Londres finirent par adoucir sensiblement le dur r\u00e9gime de ces s\u00e9questr\u00e9s.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1297, mercredi 25 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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