{"id":5231,"date":"2022-08-10T01:01:26","date_gmt":"2022-08-09T23:01:26","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5231"},"modified":"2022-05-22T10:05:13","modified_gmt":"2022-05-22T08:05:13","slug":"mes-tombeaux-23","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/08\/mes-tombeaux-23\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 23"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5232 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-23-300x150.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-23-300x150.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-23-768x384.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-23.jpg 872w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1296,<\/strong><\/p>\n<p><strong>mardi 24 f\u00e9vrier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XXII<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Le sort tomba sur le plus jeune\u00a0\u00bb Quatre fugitifs tenaill\u00e9s par la faim d\u00e9vor\u00e8rent un camarade<\/strong><\/p>\n<p>Naturellement, ces outlaws \u00e9taient arm\u00e9s. ils vivaient l\u00e0 en paix. On essaya de les d\u00e9loger, \u00e0 plusieurs reprises. On fit appel \u00e0 la troupe, \u00e0 la gendarmerie. En vain. Bien \u00e0 l&rsquo;abri dans leurs retranchements, voyant sans \u00eatre vus, ces coureurs de brousse demeuraient inexpugnables. On dut y renoncer.<\/p>\n<p>Les annales du Bagne gardent le souvenir de tragiques \u00e9vasions. Celle par exemple, dont la brousse v\u00e9n\u00e9zu\u00e9lienne devait \u00eatre le t\u00e9moin d&rsquo;un macabre \u00e9pisode.<!--more--><\/p>\n<p>Cinq hommes, dont l&rsquo;un \u00e9tait presque un enfant, erraient depuis des jours dans la for\u00eat apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 jet\u00e9s \u00e0 la c\u00f4te, leur embarcation bas\u00e9e. La faim les tenaillait terriblement, les v\u00e9g\u00e9taux sur lesquels ils se rabattaient ne pouvaient que la tromper. Des jours, encore des jours \u00e0 tourner dans un cercle sans issue, en proie \u00e0 une famine atroce.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le sort tomba sur le plus jeune\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Comme dit la chanson. Et comme dans la chanson, il fut bel et bien sacrifi\u00e9 cet adolescent de dix-huit ans qui r\u00eavait de libert\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9pargnerai les d\u00e9tails horrifiants de cet acte de cannibalisme aux lecteurs de ces lignes. Ceux qui le commirent parvinrent \u00e0 gagner les lieux habit\u00e9s. Arr\u00eat\u00e9s pour le fait d&rsquo;\u00e9vasion, transf\u00e9r\u00e9s \u00e0 la Guyane, l&rsquo;un d&rsquo;eux ne put tenir sa langue. Une inculpation pour homicide fut d\u00e9cr\u00e9t\u00e9e contre le quatuor. Les preuves manquaient. On les acquitta de ce chef, mais pour le d\u00e9lit d&rsquo;\u00e9vasion dont ils avaient \u00e0 r\u00e9pondre, le maximum pr\u00e9vu leur \u00e9chut.<\/p>\n<p>Les condamn\u00e9s subissant leur peine au p\u00e9nitencier de Cayenne avaient une certaine pr\u00e9dilection pour les voyages au Br\u00e9sil, \u00e0 bord des voiliers caboteurs mont\u00e9s par des indig\u00e8nes. Pour cela, malheureusement, il fallait de l&rsquo;argent, beaucoup d&rsquo;argent. On s&rsquo;abouchait avec un patron de \u00ab\u00a0tapouille\u00a0\u00bb, ainsi appelait-on ces voiliers de faible tonnage, et l&rsquo;on prenait rendez-vous \u00e0 un point de la c\u00f4te avoisinant Cayenne. Au moment convenu, pendant la nuit, le canot de la tapouille venait embarquer les passagers clandestins. Le patron-capitaine \u00e9tait pr\u00e9sent, avec deux de ses hommes.<\/p>\n<p>Avant d&#8217;embarquer, les fugitifs devaient verser la somme convenue. Pendant longtemps, cette voie vers la libert\u00e9 ne fut obstru\u00e9e par aucun obstacle apparent. Les \u00e9vad\u00e9s r\u00e9fugi\u00e9s au Br\u00e9sil donnaient de leurs nouvelles \u00e0 leurs amis du Bagne \u2013 par un canal d\u00e9tourn\u00e9. Pourtant, une solution de continuit\u00e9 se manifesta en se prolongeant de fa\u00e7on inusit\u00e9e. Il faut dire que c&rsquo;\u00e9tait presque toujours la m\u00eame tapouille qui se livrait \u00e0 ce commerce, si l&rsquo;on peut dire.<\/p>\n<div id=\"attachment_112\" style=\"width: 310px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-112\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-112\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voie-maritime-300x236.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"236\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voie-maritime-300x236.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/voie-maritime.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><p id=\"caption-attachment-112\" class=\"wp-caption-text\">\u00e9vasion de for\u00e7ats<\/p><\/div>\n<p>Un jour, on vit arriver au camp de Cayenne un for\u00e7at ayant le corps taillad\u00e9 \u00e0 coups de sabre d&rsquo;abatis. C&rsquo;\u00e9tait le seul survivant d&rsquo;un groupe d&rsquo;\u00e9vad\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 massacr\u00e9s par un capitaine de tapouille, avec la complicit\u00e9 passive des membres de l&rsquo;\u00e9quipage. Lui-m\u00eame avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 pour mort, au lieu du rendez-vous. Il s&rsquo;\u00e9tait achemin\u00e9 p\u00e9niblement le long de la c\u00f4te. Un p\u00e9cheur rencontr\u00e9 par hasard l&rsquo;avait soign\u00e9 chez lui pendant quelques jours.<\/p>\n<p>Une enqu\u00eate fut ordonn\u00e9e on retrouva les cadavres. Bient\u00f4t le meurtrier fut identifi\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un natif, patron de tapouille du nom de Des Ages. Il avoua une vingtaine de meurtres, commis sur des \u00e9vad\u00e9s qu\u2019il devait convoyer au Br\u00e9sil. La Cour d&rsquo;Assises de Cayenne jugea qu&rsquo;une peine de travaux forc\u00e9s \u00e9tait suffisante pour cette s\u00e9rie de forfaits. Les for\u00e7ats, eux, en jug\u00e8rent autrement, Envoy\u00e9 aux Iles du Salut pour y subir sa peine en qualit\u00e9 de porte-clefs, Des Ages fut trouv\u00e9, peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e, le corps raidi dans son hamac. Il avait \u00e9t\u00e9 empoisonn\u00e9. La Tentiaire, avec juste raison, ne chercha pas \u00e0 \u00e9claircir le fait. Et c&rsquo;est avec satisfaction que les canotiers de service jet\u00e8rent en p\u00e2ture aux requins affam\u00e9s le cadavre de celui qui n&rsquo;avait pas craint, par cupidit\u00e9, d&rsquo;assassiner tant de malheureux qui s&rsquo;\u00e9taient confi\u00e9s \u00e0 lui.<\/p>\n<p><strong>Les M\u00e9decins du Bagne<\/strong><\/p>\n<p>Les Transport\u00e9s se ressentaient du climat de la Guyane. Pour les nouveaux venus, la mortalit\u00e9 atteignait 50 % en un an de s\u00e9jour Ainsi, un convoi de bagnards de quatre cents unit\u00e9s voyait son effectif initial r\u00e9duit \u00e0 deux cents hommes au bout d&rsquo;une ann\u00e9e. L&rsquo;acclimatation s&rsquo;op\u00e9rant, les survivants de l&rsquo;h\u00e9catombe tenaient mieux le coup, Mais ils \u00e9taient sujets \u00e0, une foule de maux de caract\u00e8re end\u00e9mique dont beaucoup s&rsquo;av\u00e9raient mortels.<\/p>\n<p>Ainsi en \u00e9tait-il des acc\u00e8s pernicieux de fi\u00e8vre, de la dysenterie, de la cachexie. L&rsquo;ankylostomiase (petits vers perforant la membrane intestinale), le scorbut, les plaies infect\u00e9es, l&rsquo;ict\u00e8re, le t\u00e9tanos, la l\u00e8pre m\u00eame. Sans compter les piq\u00fbres d&rsquo;insectes et de serpents.<\/p>\n<p>Trois h\u00f4pitaux p\u00e9nitentiaires se situaient \u00e0 Cayenne, \u00e0 Saint-Laurent et aux Iles du Salut. L&rsquo;organisation de ces h\u00f4pitaux ne laissait gu\u00e8re \u00e0 d\u00e9sirer \u2013 les m\u00e9decins y tenant la main. Chaque malade avait son r\u00e9gime particulier, contrastant singuli\u00e8rement avec les r\u00e9gimes de s\u00e9rie des h\u00f4pitaux de France.<\/p>\n<p>Les for\u00e7ats malades mangeaient le meilleur pain, alors que dans nos h\u00f4pitaux, on donne le plus mauvais \u00e0 nos malades \u2013 le Pain de fantaisie y \u00e9tant un article prohib\u00e9.<\/p>\n<p>Le service de Sant\u00e9 de la Guyane \u00e9tait assur\u00e9 par le Corps des M\u00e9decins militaires de l&rsquo;Infanterie Coloniale. Un m\u00e9decin-commandant, ou colonel, se trouvait \u00e0 la t\u00eate de ce service. Des m\u00e9decins de divers grades \u00e9taient r\u00e9partis dans les p\u00e9nitenciers.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1296, mardi 24 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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