{"id":523,"date":"2008-08-09T07:15:23","date_gmt":"2008-08-09T05:15:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=523"},"modified":"2009-04-22T08:07:42","modified_gmt":"2009-04-22T06:07:42","slug":"l%e2%80%99honnete-et-le-mague","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/08\/l%e2%80%99honnete-et-le-mague\/","title":{"rendered":"L\u2019honn\u00eate et le Mague"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"bold;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/auton151.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-524\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/auton151.jpg\" alt=\"Paco\" width=\"200\" height=\"176\" \/><\/a>Paco est un pseudo. Paco est du Havre. Paco est anarchiste. Paco est journaliste. Paco est romancier. Paco \u00e9crit. Paco \u00e9crit bien et Paco a visiblement appr\u00e9ci\u00e9 <em>l\u2019Honn\u00eate cambrioleur<\/em>. Paco le dit. L\u2019article de l\u2019auteur de <em>Dansons la Ravachole<\/em> (road movie rouge et noir aux \u00e9ditions <em>Libertaires<\/em>, 2004) est paru sur la toile, dans <em><a href=\"http:\/\/www.lemague.net\/dyn\/spip.php?article4979\">le Mague<\/a><\/em>, journal culturel, politique et soci\u00e9tal, le 21 juin 2008. <!--more--><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"bold;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong><span style=\"black;\"><span style=\"bold;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-482\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/jacob.jpg\" alt=\"Alexandre Jacob l\\'honn\u00eate cambrioleur\" width=\"160\" height=\"225\" \/><\/a><\/span><\/span><\/span>Une imposante biographie d\u2019Alexandre Jacob vient d\u2019\u00eatre publi\u00e9e par l\u2019Atelier de cr\u00e9ation libertaire. Pour remettre \u00e0 l\u2019heure quelques pendules.<\/span><\/strong><span style=\"black;\"> <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Plusieurs biographes se sont int\u00e9ress\u00e9s au turbulent Alexandre Jacob (1879-1954). Citons Alain Sergent qui publia, en 1950, apr\u00e8s une s\u00e9rie d\u2019entretiens avec l\u2019int\u00e9ress\u00e9, son livre <em>Un Anarchiste de la Belle \u00e9poque<\/em> (r\u00e9\u00e9dit\u00e9 par les \u00e9ditions Libertaires en 2005). Citons l\u2019avocat William Caruchet qui, en 1993, publia <em>Marius Jacob l\u2019anarchiste cambrioleur<\/em>, pr\u00e9fac\u00e9 par Alphonse Boudard, aux \u00e9ditions S\u00e9guier. Citons enfin le journaliste Bernard Thomas qui sortit <em>Les Vies d\u2019Alexandre Jacob<\/em>, en 1998, chez Fayard.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Aucune de ces approches ne satisfait Jean-Marc Delpech, professeur d\u2019histoire-g\u00e9o dans les Vosges. \u00ab\u00a0<em>Dans tous les cas l\u2019anarchisme de Jacob passe au second plan. Cette id\u00e9e est pourtant une constante chez Alexandre Jacob<\/em>, explique l\u2019auteur qui a par ailleurs soutenu une th\u00e8se de doctorat sur l\u2019ill\u00e9galiste en juin 2006 \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Nancy. <em>Les trois biographes n\u2019ont pas su ou voulu profiter des renseignements mis \u00e0 leur disposition pour tenter de saisir les finesses d\u2019un acte que d\u2019aucuns cantonnent au seul fait de droit commun\u00a0: le vol. Leurs d\u00e9marches visent \u00e0 faire d\u2019Alexandre Jacob le personnage d\u2019un vrai roman. Jacob est certainement plus qu\u2019un aventurier\u2026<\/em>\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jean-Marc Delpech se dresse contre la l\u00e9gende sugg\u00e9r\u00e9e par Alain Sergent. Elle fait de Jacob l\u2019inspirateur de Maurice Leblanc pour la cr\u00e9ation du personnage d\u2019Ars\u00e8ne Lupin, le gentleman cambrioleur. Le premier \u00e9pisode du feuilleton de Leblanc, <em>L\u2019Arrestation d\u2019Ars\u00e8ne Lupin<\/em>, est publi\u00e9e dans <em>Je sais tout<\/em> le 6 juillet 1905. Deux jours plus t\u00f4t, Alexandre Jacob \u00e9tait condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s. Simple co\u00efncidence. Le parall\u00e8le, os\u00e9, entre un adepte de la reprise individuelle et le h\u00e9ros d\u2019un chroniqueur mondain fonctionne pourtant \u00e0 merveille et les m\u00e9dias s\u2019en emparent \u00e0 chaque occasion t\u00e9l\u00e9visuelle ou cin\u00e9matographique. <em>T\u00e9l\u00e9 7 jours<\/em>, <em>Femme actuelle<\/em>, <em>l\u2019Humanit\u00e9 dimanche<\/em>, <em>Ici Paris<\/em> et parfois la presse libertaire\u2026 ont colport\u00e9 \u00e0 l\u2019unisson le raccourci qui unirait les deux Robin des Bois de la Belle \u00e9poque.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un d\u00e9tail, et pas des moindres, est \u00e0 noter. Si Ars\u00e8ne Lupin vole bien les riches, il garde le fruit de ces larcins pour lui et vit souvent dans le luxe. Alexandre Jacob et les Travailleurs de la nuit d\u00e9troussent aussi les \u00ab\u00a0parasites sociaux\u00a0\u00bb, mais pour redistribuer les richesses et soutenir la cause libertaire. \u00c0 l\u2019\u00e9vidence Lupin et Jacob ne vivent pas dans le m\u00eame monde. La police fut d\u2019ailleurs surprise de d\u00e9couvrir que, malgr\u00e9 l\u2019ampleur de leurs butins, les bandits anarchistes vivaient chichement, mangeaient dans des gargotes \u00e0 deux sous\u2026 Qui imaginerait Lupin dans une auberge minable\u00a0? Tout ceci n\u2019est pas expos\u00e9 pour d\u00e9valoriser la vie extraordinaire d\u2019Alexandre Jacob. Bien au contraire. Son d\u00e9sint\u00e9ressement, sa haine de l\u2019injustice, son sens du partage nous le rendent \u00e9videmment plus que sympathique.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">M\u00e9fiant \u00e0 l\u2019\u00e9gard des biographies ant\u00e9rieures, Jean-Marc Delpech s\u2019est abondamment nourri avec les \u00e9crits d\u2019Alexandre Marius Jacob rassembl\u00e9s par les \u00e9ditions L\u2019Insomniaque en 2004. Une belle somme de 850 pages \u00e0 laquelle il avait apport\u00e9 sa contribution. Lire Alexandre Jacob dans le texte est une aventure captivante. Enrichie par de multiples documents patiemment collect\u00e9s dans divers lieux (archives nationales et d\u00e9partementales, archives priv\u00e9es, journaux, correspondances, rapports de police, centre de recherches anarchistes, t\u00e9moignages&#8230;), la savoureuse biographie de Jean-Marc Delpech nous fournit un accompagnement fid\u00e8le .<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob est n\u00e9 \u00e0 Marseille. \u00c0 onze ans, il fut mousse sur un bateau qui naviguait pr\u00e8s des cotes de l\u2019Afrique occidentale. \u00c0 treize, il \u00e9tait novice timonier sur les grandes lignes Marseille-Noum\u00e9a. Balayeur, il \u00e9tait aussi devenu le \u00ab\u00a0<em>chien-chien de ses dames<\/em>\u00a0\u00bb (des protestantes ais\u00e9es jamais en retard pour l\u2019office du pasteur) qui lui su\u00e7aient tellement le tricotin qu\u2019il en \u00e9tait parfois \u00ab\u00a0<em>malade jusqu\u2019au sang<\/em>\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 ces g\u00e2teries, la vie \u00e9tait rude \u00e0 bord. Jacob d\u00e9serta \u00e0 Sydney et embarqua sur un baleinier qui \u00e9tait en fait aux mains de pirates sanguinaires. Nouvelle d\u00e9sertion. Retour \u00e0 Marseille. Rencontre avec l\u2019anarchisme.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Devenu apprenti typographe, Jacob fut pi\u00e9g\u00e9 par un agent provocateur qui lui fournira des explosifs\u2026 pour le d\u00e9noncer. Six mois de taule \u00e0 la cl\u00e9. \u00c0 sa sortie, la police s\u2019amusera \u00e0 distribuer le CV du jeune rebelle \u00e0 tous ses patrons potentiels. \u00c0 dix-sept, Jacob est totalement grill\u00e9. Ses d\u00e9boires professionnels et policiers vont accro\u00eetre son envie d\u2019en d\u00e9coudre avec l\u2019autorit\u00e9. Il embrasse alors l\u2019ill\u00e9galisme anarchiste.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Avec trois complices, Jacob commet \u00e0 Marseille un acte audacieux le 31 mars 1899. Un larcin qui aurait pu \u00eatre sign\u00e9 Ars\u00e8ne Lupin\u2026 Les comparses, d\u00e9guis\u00e9s en policiers, se pr\u00e9sent\u00e8rent au Mont de Pi\u00e9t\u00e9, faux mandat en main, pour effectuer une \u00ab\u00a0perquisition\u00a0\u00bb dans le cadre d\u2019une vilaine affaire. Un curieux inventaire commen\u00e7a sous le nez du commissionnaire abasourdi. Une fois les objets d\u00e9lictueux emball\u00e9s, les faux agents pass\u00e8rent les menottes au commissionnaire et \u00e0 son employ\u00e9 qui mont\u00e8rent en voiture avec Jacob. Direction le palais de justice o\u00f9 le procureur les attendait&#8230; En v\u00e9rit\u00e9, une fois sur place, Jacob s\u2019\u00e9clipsa en laissant les deux hommes se morfondre sur un banc. \u00c0 la fermeture du tribunal, le commissionnaire d\u00e9pit\u00e9 s\u2019agita tant qu\u2019un juge press\u00e9 le fit mettre en cellule\u00a0! Cette farce a fait rire le tout Marseille jusqu\u2019aux larmes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Rapidement, l\u2019ill\u00e9galisme de Jacob passa au stade industriel. Il avouera cent cinquante-six actes de reprise individuelle. Un chiffre sans doute en dessous de la r\u00e9alit\u00e9. Ses vols, revendiqu\u00e9s comme des actes politiques radicaux, d\u00e9sol\u00e8rent donc bien des demeures bourgeoises, des manoirs, des banques et des \u00e9glises de Rouen \u00e0 Abbeville en passant par Soissons, Paris, Amiens, Dreux, Le Mans, Cherbourg, Bourges, Cholet, Niort, Tours&#8230; Vive la d\u00e9centralisation\u00a0! Une association libre et mouvante accompagnait Jacob dans son entreprise de d\u00e9molition, les Travailleurs de la Nuit. Ce que la presse nomma les quarante voleurs. Mais nous n\u2019avons pas affaire \u00e0 des voleurs ordinaires. Les \u00ab\u00a0d\u00e9placements de capitaux\u00a0\u00bb op\u00e9r\u00e9s par Jacob et ses ami-e-s profitaient notamment \u00e0 la presse anarchiste, \u00e0 l\u2019entraide, au soutien des familles de militants d\u00e9tenus en prison ou au bagne, aux mis\u00e9reux.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Arr\u00eat\u00e9 le 23 avril 1903, Jacob se retrouvera devant la cour d\u2019assises d\u2019Amiens. Le proc\u00e8s se d\u00e9roula du 8 au 22 mars 1905. Quinze jours de d\u00e9bats pour vingt-trois accus\u00e9s qui attisaient la curiosit\u00e9 de la presse. La grande vari\u00e9t\u00e9 des pi\u00e8ces \u00e0 conviction laissait entrevoir l\u2019ing\u00e9niosit\u00e9 des artisans insomniaques. Jacob utilisait par exemple des parapluies ouverts pour percer les planchers. Ainsi, les gravas ne risquaient pas d\u2019alerter les voisins en tombant. Jacob n\u2019\u00e9tait vraiment pas un client docile. Accus\u00e9, il accusait. Ses railleries et son impertinence mettaient les rieurs de son c\u00f4t\u00e9. Il d\u00e9ployait aussi toute son \u00e9loquence pour d\u00e9montrer l\u2019innocence de ses compagnons en prenant sur lui tous leurs crimes.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Les douze jur\u00e9s picards condamn\u00e8rent Jacob l\u2019espi\u00e8gle aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9. F\u00e9lix Bour eut le m\u00eame sort. Au total, sept membres de la \u00ab\u00a0bande sinistre\u00a0\u00bb seront condamn\u00e9s \u00e0 finir leurs jours au bagne. Aucun des accus\u00e9s ne fut condamn\u00e9 \u00e0 mort, mais on sait que l\u2019esp\u00e9rance de vie d\u2019un bagnard d\u00e9passait rarement cinq ans\u2026 Dans une autre affaire jug\u00e9e \u00e0 Orl\u00e9ans, en juillet 1905, Jacob \u00e9copa en prime de vingt ans de travaux forc\u00e9s. Le transport\u00e9 matricule 34777 embarqua finalement le 22 d\u00e9cembre 1905 \u00e0 Saint-Martin-de-R\u00e9 pour la Guyane o\u00f9 il d\u00e9barqua le 13 janvier 1906.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Devenu for\u00e7at, Jacob ne d\u00e9sarmait pas. Il survivra pendant dix-neuf ans aux \u00eeles du Salut. Il donnera bien du fil \u00e0 retordre \u00e0 l\u2019administration p\u00e9nitentiaire \u00e0 qui il offrira m\u00eame quelques le\u00e7ons de droit. Rebelle inflexible, Jacob passa au moins quatorze fois devant la commission disciplinaire et conna\u00eetra punitions et cachots pour diverses entorses aux r\u00e8glements inhumains et pour ses tentatives d\u2019\u00e9vasion. Profitant de sa connaissance des lois, il sera aussi souvent l\u2019interpr\u00e8te et l\u2019avocat de ses compagnons.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Soutenu avec ardeur par sa m\u00e8re, Marie Jacob, par les d\u00e9fenseurs des droits de l\u2019Homme, par Albert Londres, par Louis Rousseau (ancien m\u00e9decin du bagne guyanais), par <em>Le Peuple<\/em> (organe de la CGT)&#8230; Jacob fut graci\u00e9 par le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Gaston Doumergue le 8 juillet 1925. Sa peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 fut commu\u00e9e en une peine de cinq ans de r\u00e9clusion \u00e0 purger en m\u00e9tropole. Direction Fresnes d\u2019o\u00f9 Jacob sortira finalement le 30 d\u00e9cembre 1927.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Libre, Jacob va r\u00e9gler une partie de ses comptes avec l\u2019administration p\u00e9nitentiaire en aidant son ami Louis Rousseau \u00e0 publier un document accablant sur les bagnes coloniaux. L\u2019ancien bagnard fournira au m\u00e9decin retrait\u00e9 une multitude d\u2019informations dramatiques pour son livre <em>Un m\u00e9decin au bagne<\/em> qui sortira en 1930 aux \u00e9ditions Fleury.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Devenu marchand forain, Jacob resta libertaire. Parmi ses relations et amis, on comptait d\u2019autres forains anars, Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 (ancien bagnard anarchiste d\u00e9fendu par Albert Londres), May Picqueray, Eug\u00e8ne et Jeanne Humbert, L\u00e9o Malet, Pierre-Valentin Berthier&#8230; Il correspond avec Jean Maitron, l\u2019historien de l\u2019anarchisme fran\u00e7ais, \u00e0 qui il confie ses \u00ab\u00a0souvenirs rassis\u00a0\u00bb. Il devient aussi l\u2019ami du journaliste humaniste Alexis Danan. De 1931 \u00e0 1950, Jacob prom\u00e8ne son barnum et voyage entre foires et march\u00e9s. Montrichard, Blois, Amboise, Valen\u00e7ay, Romorantin, Vierzon, Issoudun&#8230; voient passer la Maison Marius qui vend lingerie, confection et bonneterie en tout genre. Lors d\u2019une tourn\u00e9e \u00e0 Orl\u00e9ans, l\u2019ancien ill\u00e9galiste croisera par hasard l\u2019agent Couillot sur lequel il avait tir\u00e9 en 1901. L\u2019agent, mont\u00e9 en grade, demandera une ristourne au forain\u00a0!<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Voulant vivre dignement jusqu\u2019\u00e0 son dernier souffle, Jacob avait programm\u00e9 sa mort. Redoutant la d\u00e9ch\u00e9ance et la d\u00e9pendance, le vieil homme au visage burin\u00e9 par l\u2019intelligence tenait \u00e0 mourir comme il avait v\u00e9cu, en homme libre et conscient, en anarchiste. L\u2019amour va venir repousser ses plans. \u00c0 soixante-quatorze ans, Alexandre va flasher sur Josette, une femme de vingt-six ans, \u00e9pouse d\u2019un jeune anarchiste qui avait d\u00e9couvert Alexandre Jacob gr\u00e2ce au livre d\u2019Alain Sergent. Le mari ne conna\u00eet pas la jalousie et savait que cet amour intense, quasiment adolescent, maintenait le vieil anarchiste en vie.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Jacob l\u2019insoumis s\u2019\u00e9tait install\u00e9 \u00e0 Reuilly, dans l\u2019Indre, en 1939. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019il sera enterr\u00e9 le mardi 31 ao\u00fbt 1954. Son suicide date du 28 ao\u00fbt et colle \u00e0 un sc\u00e9nario pr\u00e9vu depuis longtemps. Jacob s\u2019est procur\u00e9 de la morphine et a achet\u00e9 du charbon de bois pour produire le monoxyde de carbone qui l\u2019emportera avec N\u00e9gro, son vieux chien. Avant de partir, il offrira un petit banquet d\u2019adieu \u00e0 neuf enfants pauvres du Bois-Saint-Denis. \u00ab\u00a0<em>Ils s\u2019en sont mis plein la lampe. Trois ont m\u00eame laiss\u00e9 du g\u00e2teau semoule napp\u00e9 de cr\u00e8me anglaise<\/em>, \u00e9crit-il dans la derni\u00e8re lettre qu\u2019il adresse \u00e0 sa jeune amoureuse. <em>Je sais que mon souvenir te sera cher, vivant. Je t\u2019ai aim\u00e9e comme je n\u2019avais encore jamais aim\u00e9. Tu m\u2019as donn\u00e9 plus que je ne t\u2019ai offert. Ma derni\u00e8re vision sera ta jolie frimousse rieuse et riante aux yeux brillant d\u2019amour et de tendresse.<\/em>\u00a0\u00bb<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Une note pleine d\u2019humour (noir&#8230;) \u00e9tait \u00e9galement destin\u00e9e \u00e0 deux amis. Quelques conseils pratiques pour les derni\u00e8res formalit\u00e9s. \u00ab\u00a0<em>Pour le constat de d\u00e9c\u00e8s, faites appeler ce brave docteur Appart. N\u2019ayant encore jamais ressuscit\u00e9 personne, j\u2019aime \u00e0 croire qu\u2019il n\u2019innovera pas avec moi. Amen. Linge lessiv\u00e9, rinc\u00e9, s\u00e9ch\u00e9, pas repass\u00e9, j\u2019ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la paneterie. \u00c0 votre sant\u00e9\u00a0!<\/em>\u00a0\u00bb La mort d\u2019Alexandre Jacob, bien qu\u2019attendue par ses proches, provoqua une immense peine. \u00c9crivant \u00e0 Josette et \u00e0 son mari, Louis Rousseau les invita \u00e0 conserver le souvenir de ce \u00ab\u00a0<em>parfait honn\u00eate homme<\/em>\u00a0\u00bb qui a \u00e9t\u00e9 honor\u00e9 depuis par son village. Une voie Marius Jacob a en effet \u00e9t\u00e9 inaugur\u00e9e le 25 octobre 2004 \u00e0 Reuilly. Une impasse&#8230;<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"black;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Pour conclure, loin de l\u2019anecdote, rappelons-nous une d\u00e9claration faite par Jacob devant les assises, en 1905. Face \u00e0 ses juges, l\u2019insolent cambrioleur anarchiste lan\u00e7a\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend.<\/em>\u00a0\u00bb Une formule \u00e0 m\u00e9diter en ces temps de guerre sociale o\u00f9 les puissants oisifs et autres parasites sociaux s\u2019acharnent \u00e0 vampiriser ch\u00f4meurs, travailleurs et retrait\u00e9s honn\u00eates.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong><span style=\"bold;\">Jean-Marc Delpech, <em>Alexandre Jacob l\u2019honn\u00eate cambrioleur \u2013 Portrait d\u2019un anarchiste (1879-1954)<\/em>, Atelier de cr\u00e9ation libertaire, 546 pages. 24\u20ac.<\/span><\/strong><strong><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"spip\" style=\"0cm 0cm 0pt;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><strong><span style=\"bold;\">Pour prolonger votre rencontre avec Alexandre Jacob, il est chaudement recommand\u00e9 d\u2019aller roder sur le blog que Jean-Marc Delpech consacre \u00e0 l\u2019honn\u00eate cambrioleur<\/span><\/strong><strong><\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p><strong><span style=\"AR-SA;\"><span style=\"Times New Roman;\">Compl\u00e9ment indispensable, lisez aussi <em>Les Ecrits<\/em> d\u2019Alexandre Marius Jacob \u00e9dit\u00e9s par L\u2019Insomniaque, 850 pages. 25\u20ac (CD des Travailleurs de la nuit inclus comprenant 12 chansons pour Alexandre Jacob).<\/span><\/span><\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Paco est un pseudo. Paco est du Havre. Paco est anarchiste. Paco est journaliste. Paco est romancier. Paco \u00e9crit. Paco \u00e9crit bien et Paco a visiblement appr\u00e9ci\u00e9 l\u2019Honn\u00eate cambrioleur. Paco le dit. 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