{"id":5224,"date":"2022-08-03T01:01:27","date_gmt":"2022-08-02T23:01:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5224"},"modified":"2022-05-22T09:39:29","modified_gmt":"2022-05-22T07:39:29","slug":"mes-tombeaux-21","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/08\/mes-tombeaux-21\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 21"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5225 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-21-300x154.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-21-300x154.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-21-768x394.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-21.jpg 863w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1294,<\/strong><\/p>\n<p><strong>samedi 21 \u2013 dimanche 22 f\u00e9vrier 1948, p. 2. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XX<\/p>\n<p><strong>Un tronc de bananier pour figurant, le condamn\u00e9 \u00e0 mort assistait \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition de son supplice<\/strong><\/p>\n<p><strong>LA GUILLOTINE<\/strong><\/p>\n<p>Une douzaine de condamnations \u00e0 mort \u00e9taient prononc\u00e9es bon an mal an par le Tribunal Maritime sp\u00e9cial. Elle se trouvaient dans le cas d&rsquo;\u00eatre suivies d&rsquo;ex\u00e9cution dans 1a proportion de la moiti\u00e9, environ.<\/p>\n<p>Du jour de la sentence \u00e0 celui de l&rsquo;expiation, il s&rsquo;\u00e9coulait de longs mois. Et si le jugement venait \u00e0 \u00eatre cass\u00e9, puis confirm\u00e9 \u00e0 nouveau, ce qui \u00e9tait assez fr\u00e9quent \u2013 alors il fallait compter bien davantage, au moins deux ans, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 au calme, du doute \u00e0 la d\u00e9sesp\u00e9rance.<!--more--><\/p>\n<p>Pour l&rsquo;encourager, pour \u00e9viter du m\u00eame coup que la machine ne se rouille, des simulacres d&rsquo;ex\u00e9cution avaient lieu dans la cour du quartier sp\u00e9cial de St-Laurent, \u00e0 dix m\u00e8tres de sa cellule.<\/p>\n<p>Le bourreau et ses aides montaient la \u00ab\u00a0veuve\u00a0\u00bb sur les cinq pierres plates enfonc\u00e9es au niveau du sol. Un tronc de bananier figurant le condamn\u00e9 \u00e9tait introduit dans la lunette ; le d\u00e9clic jouait et le tronc en question \u00e9tait tranch\u00e9 net.<\/p>\n<p>La r\u00e9p\u00e9tition \u00e9tait termin\u00e9e. Le condamn\u00e9 qui, lui, n&rsquo;\u00e9tait pas figuratif, n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 grimper \u00e0 sa fen\u00eatre pour se donner une id\u00e9e de ce que \u00e7a serait un jour prochain&#8230;<\/p>\n<p>La machine d\u00e9mont\u00e9e, \u00e9tait remis\u00e9e dans la cellule voisine de celle occup\u00e9e par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9.<\/p>\n<p>De pareilles choses sont presque incroyables ; elle d\u00e9notent les m\u0153urs grandguignolesques d&rsquo;une Administration au-dessous de tout.<\/p>\n<p>Le bourreau \u00e9tait choisi entre les transport\u00e9s, parmi les postulants qui avaient fait acte de candidature \u2013 car c&rsquo;\u00e9tait une place recherch\u00e9e par les salopards. Propos\u00e9 par l&rsquo;Administration, il \u00e9tait nomin\u00e9 par le Ministre, Un d\u00e9cret ins\u00e9r\u00e9 au \u00ab\u00a0J. O.\u00a0\u00bb consacrait cette nomination. C&rsquo;\u00e9tait donc un personnage avec lequel il fallait compter. Habill\u00e9 en civil, log\u00e9 dans un pavillon particulier, bien nourri et bien pay\u00e9, quand les t\u00eates tombaient, il se laissait vivre.<\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 une petite pinc\u00e9e d&rsquo;une certaine poudre v\u00e9g\u00e9tale ouvrait sa succession&#8230; C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 les risques du m\u00e9tier.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mule de Deibler avait le privil\u00e8ge de choisir lui-m\u00eame ses aides.<\/p>\n<p>Il arrivait un moment o\u00f9 l&rsquo;on pr\u00e9jugeait que le sort d&rsquo;un condamn\u00e9 aillait \u00eatre fix\u00e9 La d\u00e9cision pr\u00e9sidentielle relative au recours en gr\u00e2ce, pi\u00e8ce authentique, ne pouvait \u00eatre achemin\u00e9e que par le courrier. On ne se fiait pas \u00e0 la voie des airs, de crainte d&rsquo;un accident possible.<\/p>\n<p>Aussi lorsque le courrier de France \u00e9tait annonc\u00e9, une certaine effervescence se manifestait dans les milieux p\u00e9nitentiaires. Et le condamn\u00e9 lui-m\u00eame, en entendant le mugissement de la sir\u00e8ne, se trouvait comme sur des charbons ardents.<\/p>\n<p>Le dernier jour du condamn\u00e9 arrivait.<\/p>\n<p>Les autorit\u00e9s avaient \u00e9t\u00e9 avis\u00e9es par le Commissaire du gouvernement, remplissant les fonctions du Minist\u00e8re Public aupr\u00e8s du Tribunal sp\u00e9cial.<\/p>\n<p>Un pr\u00eatre se disposait \u00e0 remplir sa mission consolatrice.<\/p>\n<p>Un sac de sciure de bois avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la nuit noire, le bourreau et ses aides s&rsquo;affairaient pour l&rsquo;\u0153uvre de mort. A petits coups de maillet en bois, ils assujettissaient les diff\u00e9rentes pi\u00e8ces de la guillotine \u2013 d\u00fbment num\u00e9rot\u00e9es.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5226 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ex\u00e9cution-en-Guyane-202x300.jpg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ex\u00e9cution-en-Guyane-202x300.jpg 202w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ex\u00e9cution-en-Guyane.jpg 404w\" sizes=\"(max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/>Le condamn\u00e9 savait \u00e0 quoi s&rsquo;en tenir. Quand on lui annoncerait \u00e0 l&rsquo;aube naissante, que son pourvoi \u00e9tait rejet\u00e9, on ne lui apprendrait rien de nouveau !&#8230; Depuis minuit, en effet, il avait per\u00e7u le d\u00e9roulement des sinistres pr\u00e9paratifs\u00a0: l&rsquo;ouverture de la cellule voisine, le transport des pi\u00e8ces, les coups de maillet. Enfin, on ouvre sa porte. On lui relit la sentence, on lui signifie le rejet du recours en gr\u00e2ce. Quelques mots d&rsquo;encouragement\u00a0: ce n&rsquo;est qu&rsquo;un mauvais moment \u00e0 passer&#8230; Mais ce moment dure depuis si longtemps.<\/p>\n<p>Le pr\u00eatre s&rsquo;avance. Il en a l&rsquo;habitude.<\/p>\n<p>Il sait que le condamn\u00e9 ne le consid\u00e9rera que comme un homme venu pour lui serrer la main avant de mourir.<\/p>\n<p>Ensuite, l&rsquo;agonisant (car c&rsquo;en est un) trace quelques lignes pour sa vieille m\u00e8re, puis le bourreau lui fait sa derni\u00e8re toilette. Veut-il une cigarette, un verre d&rsquo;alcool\u00a0? Il accepte Veut-il manger\u00a0? Non, il n&rsquo;en a pas le c\u0153ur&#8230; Tout est pr\u00eat. On n&rsquo;attend plus que lui. A quelques pas, l&rsquo;\u00e9chafaud est dress\u00e9. Les autorit\u00e9s ont pris place \u00e0 proximit\u00e9 ; des soldats en armes montent la faction, l&rsquo;arme au pied.<\/p>\n<p>Pas de condamn\u00e9s, mais ces derniers, grimp\u00e9s sur les fen\u00eatres, ne perdent rien de la sc\u00e8ne sanglante.<\/p>\n<p>Le bourreau est \u00e0 son poste, debout sur la machine de mort. Entre les deux aides, le condamn\u00e9 s&rsquo;avance lentement, les jambes entrav\u00e9es et les mains li\u00e9es. Un double commandement retentit\u00a0: \u00ab\u00a0Portez, armes\u00a0! Pr\u00e9sentez, armes\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Tout le monde se d\u00e9couvre\u00a0: hommage \u00e9mouvant adress\u00e9 \u00e0 celui qui va payer sa dette de la vie.<\/p>\n<p>Maintenant, tout se pr\u00e9cipite.<\/p>\n<p>Les aides ont pouss\u00e9 le corps sur la bascule ; la demi-lune sup\u00e9rieure, \u00e0 rainure, de la lunette se referme. Le bourreau appuie sur le d\u00e9clic.<\/p>\n<p>On entend le bruit sourd du couperet qui s&rsquo;abat.<\/p>\n<p>La t\u00eate tombe, le sang gicle tout alentour.<\/p>\n<p>C&rsquo;est fini. Un meurtre l\u00e9gal vient d&rsquo;\u00eatre consomm\u00e9.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1294, samedi 21 \u2013 dimanche 22 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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