{"id":5216,"date":"2022-07-27T01:01:12","date_gmt":"2022-07-26T23:01:12","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5216"},"modified":"2022-05-22T08:59:19","modified_gmt":"2022-05-22T06:59:19","slug":"mes-tombeaux-19","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/07\/mes-tombeaux-19\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 19"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5217 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-19-300x155.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-19-300x155.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-19-768x396.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-19.jpg 877w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><strong><em>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1292,<\/strong><\/p>\n<p><strong>jeudi 19 f\u00e9vrier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XVIII<\/p>\n<p><strong>Au camp d<\/strong><strong>e CHARVEIN, ou l&rsquo;odieux rejoint l&rsquo;\u00e9trange, deux gardiens jou\u00e8rent une vie <\/strong><strong>\u00e0 la belote<\/strong><\/p>\n<p>Lorsque ces damn\u00e9s du Bagne regagnaient leurs cantonnements, c&rsquo;\u00e9tait pour eux un immense soulagement.<\/p>\n<p>Pourtant, ils y trouvaient encore la menace de la f\u00e9rule toujours pr\u00e9sente. Les cases, construite, sur pilotis, \u00e9taient agenc\u00e9es d&rsquo;une telle fa\u00e7on que les surveillants pouvaient se rendre compte de ce qui s&rsquo;y passait \u00e0 chaque instant.<\/p>\n<p>II ne fallait parler qu&rsquo;\u00e0 voix basse, sinon c&rsquo;\u00e9tait le \u00ab\u00a0mitard\u00a0\u00bb. En revenant du travail, les hommes rev\u00eataient leurs effets d&rsquo;habilement qu&rsquo;ils conservaient durant la nuit. Le soir, on ne leur apportait la soupe qu&rsquo;une fois accomplie l&rsquo;op\u00e9ration du ferrage. Souvent, quelqu&rsquo;un se trouvait indispos\u00e9\u00a0; il se soulageait dans la boite de conserve qui servait de tinette \u00e0 chacun (sans couvercle). Ses voisins qui mangeaient, en prenaient plus avec les narines qu&rsquo;avec une pelle&#8230;<!--more--><\/p>\n<p>Une pareille vie de tous les jours pesait lourdement sur ces hommes Certains se rendirent volontairement aveugles pour s&rsquo;y soustraire\u00a0; d&rsquo;autres se mutil\u00e8rent.<\/p>\n<p>D&rsquo;une plume puissamment \u00e9vocatrice Albert Londres a d\u00e9crit, comme il savait le faire, ces sc\u00e8nes hallucinantes du camp des Incos. Apr\u00e8s lui, on peut tirer l\u2019\u00e9chelle.<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin ne venait \u00e0 Charvein que tous les quinze jours, les communications \u00e9tant difficultueuses Il faisait ce qu&rsquo;il pouvait. Les Incos hospitalis\u00e9s \u00e0 Saint-Laurent \u00e9taient renferm\u00e9s dans une salle sp\u00e9ciale\u00a0; on leur mettait les fers aux pieds pendant la nuit \u2013 et plusieurs d&rsquo;entre eux moururent dans cette position.<\/p>\n<p>En vain, les m\u00e9decins s&rsquo;insurg\u00e8rent-ils contre cette barbarie. Le Directeur passait bien, de loin en loin, et le Gouverneur de m\u00eame. Mais, terroris\u00e9s, craignant \u00e0 bon droit de terribles repr\u00e9sailles, ils se taisaient.<\/p>\n<p>A Charvein le droit de r\u00e9clamer par \u00e9crit tait foul\u00e9 aux pieds. Toute lettre \u00e9tait d\u00e9chir\u00e9e, jet\u00e9e au panier.<\/p>\n<p>Une atroce d\u00e9sesp\u00e9rance s&#8217;emparait de ces hommes pouss\u00e9s \u00e0 bout, constamment malmen\u00e9s, toujours \u00e0 la merci d&rsquo;une balle. Car aux Incos. les revolvers partaient tout seuls. Les surveillants \u00e9taient la plupart du temps en \u00e9tat d&rsquo;ivresse\u00a0; pour la moindre futilit\u00e9, des hommes \u00e9taient abattus.<\/p>\n<p>Un jour, deux de ces monstres se disput\u00e8rent \u00e0 propos d&rsquo;un Inco qu&rsquo;ils avaient dans le nez. \u00ab\u00a0A la premi\u00e8re occasion, je le descends\u00a0!\u00a0\u00bb disait l&rsquo;un. \u00ab\u00a0C&rsquo;est moi qui aurai sa peau\u00a0!\u00a0\u00bb r\u00e9pliquait l&rsquo;autre. Ne pouvant se mettre d&rsquo;accord sur cette question de priorit\u00e9 dans le meurtre, ils d\u00e9cid\u00e8rent que les cartes trancheraient la question. A la belote, en Mille sec, une vie humaine se joua&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;homme qui servait ainsi d&rsquo;enjeu ne fut que bless\u00e9. Transport\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, cela lui valut, peu apr\u00e8s, d&rsquo;\u00eatre d\u00e9class\u00e9 des Incorrigibles. Tout est bien qui finit bien.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5218 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Charvein-scierie-300x220.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"220\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Charvein-scierie-300x220.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Charvein-scierie.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>On pourrait citer mille traits se rapportant au camp de Charvein, o\u00f9 l&rsquo;odieux rejoint l&rsquo;\u00e9trange.<\/p>\n<p>Il faudrait un volume.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s souvent, pendant le travail, des tentatives d&rsquo;\u00e9vasion se produisaient, en groupes.<\/p>\n<p>Alors que rien ne pouvait en pr\u00e9sumer, tout \u00e0 coup, cinq ou six hommes partaient comme des fl\u00e8ches, \u00e0 toutes jambes. De suite, les gardes-chiourmes \u00e9paulaient leurs carabines, faisaient feu au bon endroit. Un homme tombait, deux, trois. Deux ou trois autres r\u00e9ussissaient \u00e0 gagner la grande brousse, malgr\u00e9 les porte-clefs qui les poursuivaient. S&rsquo;ils se laissaient rejoindre, malheur \u00e0 eux\u00a0: frapp\u00e9s \u00e0 coups de sabre d&rsquo;abatis (dont les porte-clefs \u00e9taient arm\u00e9s), ils n&rsquo;en r\u00e9chappaient que rarement.<\/p>\n<p>Un jour, une nouvelle se r\u00e9pandit dans le Camp des Incorrigibles. Un nouveau Procureur G\u00e9n\u00e9ral venait d&rsquo;entrer en fonctions, donnant des preuves \u00e9tonnantes d&rsquo;une rare int\u00e9grit\u00e9. Il venait d&rsquo;inspecter le camp de Cayenne, et le surveillant principal avait \u00e9t\u00e9 mis aux arr\u00eats de rigueur, par son ordre. D&rsquo;autre part, il avait fait hospitaliser des punis de cachot porteurs de plaies purulentes, qui se trouvaient au quartier disciplinaire de Cayenne.<\/p>\n<p>Les Incos se concert\u00e8rent. Justement, l&rsquo;un d&rsquo;eux devait incessamment \u00eatre dirig\u00e9 sur Saint-Laurent pour y \u00eatre lib\u00e9r\u00e9. Il fut d\u00e9cid\u00e9 qu&rsquo;une lettre serait r\u00e9dig\u00e9e et remise au lib\u00e9rable pour \u00eatre confi\u00e9e \u00e0 la poste \u00e0 l&rsquo;adresse du Procureur G\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Dans cette lettre furent relat\u00e9s tous les faits qui se passaient au camp disciplinaire de Charvein, contraires aux r\u00e8glements, \u00e0 la justice et \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9.<\/p>\n<p>Le chef de camp \u00e9tait particuli\u00e8rement mis sur la sellette. Un de ses mots favoris fut m\u00eame cit\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Vous pouvez \u00e9crire \u00e0 qui vous voudrez et m\u00eame r\u00e9clamer au Pape. Gouverneur, Procureur ou Inspecteur, je les mets dans ma poche\u00a0: avec un canard, je leur ferme le bec.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cette lettre devait parvenir \u00e0 sa destination.<\/p>\n<p>Le Procureur G\u00e9n\u00e9ral Liontel, dot il s&rsquo;agissait, \u00e9tait originaire du S\u00e9n\u00e9gal. Il avait fait ses \u00e9tudes \u00e0 Paris.<\/p>\n<p>On raconte que le Mar\u00e9chal Mac-Mahon, alors Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, visitait un lyc\u00e9e de Paris. Selon la coutume rituelle, il voulut se faire pr\u00e9senter le \u00ab\u00a0n\u00e8gre\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire, en argot estudiantin. le meilleur \u00e9l\u00e8ve de l&rsquo;\u00e9tablissement.<\/p>\n<p>On alla chercher le jeune Liontel, le fort en th\u00e8me du lieu. Le voyant s&rsquo;avancer vers lui, le Mar\u00e9chal demeura perplexe. \u00ab\u00a0Est-ce l\u00e0 le meilleur \u00e9l\u00e8ve, ou bien&#8230;\u00a0?\u00a0\u00bb dit-il au Proviseur. En effet, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve Liontel \u00e9tait un jeune Noir de la plus belle eau. Il pouvait y avoir confusion.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1292, jeudi 19 f\u00e9vrier 1948, p. 2. Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres XVIII Au camp de CHARVEIN, ou l&rsquo;odieux rejoint l&rsquo;\u00e9trange, deux gardiens jou\u00e8rent une vie \u00e0 la belote Lorsque ces damn\u00e9s du Bagne regagnaient leurs cantonnements, c&rsquo;\u00e9tait pour eux un immense soulagement. 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