{"id":5188,"date":"2022-07-02T01:01:11","date_gmt":"2022-07-01T23:01:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5188"},"modified":"2022-05-21T07:23:18","modified_gmt":"2022-05-21T05:23:18","slug":"mes-tombeaux-12","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/07\/mes-tombeaux-12\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 12"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5189 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-12-300x158.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"158\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-12-300x158.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-12-768x403.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-12.jpg 868w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1285,<\/strong><\/p>\n<p><strong>mercredi 11 f\u00e9vrier 1948, p. 2. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>XI<\/p>\n<p><strong>De CAYENNE \u00e0 SAINT-LAURENT les surveillants servaient d&rsquo;interm\u00e9diaires aux d\u00e9brouillards<\/strong><\/p>\n<p>LES FOR\u00c7ATS CHEZ EUX<\/p>\n<p>G\u00e9n\u00e9ralement, les transport\u00e9s devaient fournir journellement huit heures de travail.<\/p>\n<p>Le reste du temps, ils le passaient dans leurs cases.<\/p>\n<p>La case, c&rsquo;\u00e9tait le \u00ab\u00a0home\u00a0\u00bb des bagnards\u00a0; ils \u00e9taient l\u00e0 chez eux \u2013 sans contestation possible. Les surveillants n&rsquo;y p\u00e9n\u00e9traient jamais qu\u2019en l\u2019absence des occupants, par exemple pour op\u00e9rer une fouille, ou bien lorsqu&rsquo;un fait grave s\u2019y produisait. De m\u00eame que jadis les \u00e9glises \u00e9taient des lieux d&rsquo;asile inviolables, ainsi en \u00e9tait-il, par analogie, des locaux d&rsquo;habitation affect\u00e9s aux condamn\u00e9s.<!--more--><\/p>\n<p>Dans la case, la vie priv\u00e9e de chacun se d\u00e9roulait en dehors des contraintes et des astreingences. Les r\u00e8glements \u00e9taient en sommeil. A peine si, de temps \u00e0 autre, les surveillants venaient jeter un coup d&rsquo;\u0153il blas\u00e9 \u00e0 travers les grilles de la porte d&rsquo;entr\u00e9e.<\/p>\n<p>Reportons-nous dans le temps, p\u00e9n\u00e9trons par la pens\u00e9e dans une de ces cases, qui se ressemblaient toutes, les dimensions except\u00e9es.<\/p>\n<p>Il est cinq heures du matin. Roul\u00e9s dans leur couverture, c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te, les dormeurs reposent encore. Au fond du local, une lampe en veilleuse baisse pavillon devant le jour naissant. La cloche du r\u00e9veil vient troubler ce silence. Les hommes s\u2019\u00e9tirent, puis se l\u00e8vent.<\/p>\n<p>On allume la premi\u00e8re cigarette, on va faire ses ablutions. Puis le caf\u00e9 arrive, apport\u00e9 et distribu\u00e9 par l\u2019homme de corv\u00e9e du jour.<\/p>\n<p>Pas fameux ce caf\u00e9, mais \u00e7a a le m\u00e9rite d\u2019\u00eatre chaud et quelque peu sucr\u00e9. On y trempe un morceau de pain. A six heures moins un quart, la cloche retentit \u00e0 nouveau. C&rsquo;est l&rsquo;appel.<\/p>\n<p>Les hommes sortent des cases, s&rsquo;alignent dans la cour et r\u00e9pondent \u00e0 l&rsquo;appel de leur nom. C&rsquo;est, aussit\u00f4t apr\u00e8s, de nouveaux rassemblements pour la formation des \u00e9quipes de travailleurs, de destinations diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Les cases sont d\u00e9sertes. Seul, le gardien affect\u00e9 \u00e0 chacune d&rsquo;elles se met en devoir de commencer le nettoyage.<\/p>\n<p>Dix heures. Les hommes rentrent du travail et regagnent le bercail.<\/p>\n<p>Les hommes de corv\u00e9e de soupe vont chercher les vivres \u00e0 la cuisine du camp\u00a0; la distribution se fait. D\u2019abord le pain, puis le bouillon, ensuite la viande. Le bouillon en saurait \u00eatre que de l\u2019eau chaude\u00a0; la viande ne vaut gu\u00e8re mieux. On mangera quand-m\u00eame.<\/p>\n<p>Des appels, des invitations se font entendre :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Qui veut du rago\u00fbt bien gras\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Qui veut des nouilles\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Voil\u00e0 du bon caf\u00e9\u00a0!\u00a0, \u00ab\u00a0Qui n&rsquo;a pas ses bananes\u00a0?\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0Par ici les belles mangues\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Les commer\u00e7ants du bagne font de bonnes affaires. Qu&rsquo;est-ce \u00e0 dire\u00a0? C&rsquo;est bien simple. Certains condamn\u00e9s\u00a0: vidangeurs, porteurs d&rsquo;eau, gardiens de case, ont du temps devant eux, leur t\u00e2che accomplie. Pour occuper leurs loisirs, ils se d\u00e9brouillent, car, au bagne, la d\u00e9brouille est reine.<\/p>\n<p>De Cayenne ou de St-Laurent. ils font venir ce qu&rsquo;ils ne peuvent, se procurer sur place. Il y a toujours des surveillants pour d\u2019interm\u00e9diaires, moyennant une honn\u00eate commission.<\/p>\n<p>Leur mat\u00e9riel a \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9 \u00e0 l\u2019atelier des travaux, illicitement. Chaque jour, pendant que les hommes sont au travail, ils pr\u00e9parent les sp\u00e9cialit\u00e9s qui les concernent, pour les repas du matin et du soir.<\/p>\n<p>La Tentiaire tol\u00e8re ce qu\u2019elle ne saurait emp\u00eacher. C\u2019est ainsi que se d\u00e9bitent\u00a0: rago\u00fbts,, nouilles, boulettes, caf\u00e9, th\u00e9, bonbons, nougat, \u00e9picerie, tabac, etc\u2026<\/p>\n<p>Vers onze heures, tout le monde a mang\u00e9. Jusqu\u2019\u00e0 deux heures de l\u2019apr\u00e8s-midi, qu\u2019a lieu la reprise du travail, il y a donc trois heures de r\u00e9pit. Ce r\u00e9pit est accommod\u00e9 diversement, selon les habitudes, de chacun\u00a0: dormir, jouer, bricoler.<\/p>\n<p>On joue \u00e0 la belotte, au poker, \u00e0 la passe, etc\u2026, et l\u2019on joue de l\u2019argent.<\/p>\n<p>Les bricoleurs, leur petit mat\u00e9riel devant eux, s\u2019exercent \u00e0 mettre au point toutes sortes d\u2019objets, de valeur marchande et de bon placement.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4451 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/20180823_091534-Copier-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"225\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/20180823_091534-Copier-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/20180823_091534-Copier-768x576.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/20180823_091534-Copier.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Ainsi sortent de leurs mains ces articles du Bagne dont beaucoup sont de petits chefs-d\u2019\u0153uvre. Citons pour m\u00e9moire\u00a0: tapis en alo\u00e8s, coffrets en marqu\u00e8terie,\u00a0 cocos sculpt\u00e9s, articles de bureau, cannes, n\u00e9cessaires, guillotines en os, bateaux en tous genres, statuettes, tableaux, aquarelles, etc\u2026 etc\u2026 Tout cela est vendu, par interm\u00e9diaire, aux passagers et aux \u00e9quipages des cargos et des courriers qui font escale, aux surveillants et aux civils.<\/p>\n<p>D\u2019autres font des souliers pour le personnel libre, retaillent des effets, confectionnent d\u2019\u00e9l\u00e9gants chapeaux fantaisie pour les jeunes condamn\u00e9s\u2026 Il y a aussi les \u00e9crivains publics, qui tournent des lettres et r\u00e9digent des suppliques\u00a0; certains sont laveurs de linge et d\u2019autres se chargent de faire les corv\u00e9es de remplacement. Tranchant sur la masse de ces besogneux qui am\u00e9liorent leur sort de cette fa\u00e7on, les intellectuels se plongent dans la lecture.<\/p>\n<p>Car il y a une biblioth\u00e8que dans chaque case.<\/p>\n<p>Non pas administrative, mais appartenant \u00e0 un ou plusieurs transport\u00e9s. Ils se procurent des livres de divers c\u00f4t\u00e9s, les cataloguent, et les mettent en location.<\/p>\n<p>Le r\u00e9pertoire de ces biblioth\u00e8ques est assez vari\u00e9. On y trouve les auteurs classiques, anciens et modernes, les grands \u00e9crivains fran\u00e7ais et \u00e9trangers, les po\u00e8tes et les philosophes, ainsi que des relations de voyage.<\/p>\n<p>A deux heures de relev\u00e9e, la cloche sonne la reprise du travail et \u00e0 six heures c&rsquo;est la rentr\u00e9e. On prend le repas du soir. Souvent, on d\u00e9laisse la ration r\u00e9glementaire et l&rsquo;on se rabat sur les denr\u00e9es offertes \u00e0 prix co\u00fbtant.<\/p>\n<p>A sept heures commence la veill\u00e9e, qui durera jusqu&rsquo;\u00e0 minuit De nouveau, chacun reprend ses occupations habituelles. La case s&rsquo;illumine et la sc\u00e8ne se pr\u00e9sente sous de nouveaux d\u00e9cors. Une boite de lait condens\u00e9 vide, une rondelle et un bob\u00eachon ad hoc, et voil\u00e0 une lampe de fortune. On ach\u00e8te du p\u00e9trole et le tour est jou\u00e9.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1285, mercredi 11 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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