{"id":5178,"date":"2022-06-22T01:01:16","date_gmt":"2022-06-21T23:01:16","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5178"},"modified":"2022-05-20T17:46:53","modified_gmt":"2022-05-20T15:46:53","slug":"mes-tombeaux-9","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/06\/mes-tombeaux-9\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 9"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5179 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-9-300x153.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-9-300x153.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-9-768x391.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-9.jpg 892w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1282,<\/strong><\/p>\n<p><strong>samedi 7 &#8211; dimanche 8 f\u00e9vrier 1948, p. 2. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>VIII<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0On fera garder les for\u00e7ats par de plus bandits qu\u2019eux\u00a0\u00bb avait dit Napol\u00e9on III<\/strong><\/p>\n<p>Les transport\u00e9s, donc, \u00e9taient divis\u00e9s en trois classes. Ceux de troisi\u00e8me classe \u2013 la grande majorit\u00e9 \u2013 \u00e9taient astreints aux plus durs travaux. Ils couchaient sur un lit de camp, avec une couverture pour se couvrir. Ils ne pouvaient pr\u00e9tendre \u00e0 des faveurs. Toutefois, exception faite \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du couchage sur la planche, ces prescriptions ne jouaient que dans la mesure des n\u00e9cessit\u00e9s ou de l&rsquo;arbitraire. Ainsi, on utilisait les comp\u00e9tences en mati\u00e8re d&#8217;emplois.<\/p>\n<p>Les transportes de deuxi\u00e8me classe, de m\u00eame que ceux de premi\u00e8re classe, avaient droit aux emplois de faveur auxquels ils \u00e9taient aptes. Ils couchaient sur des hamacs.<!--more--><\/p>\n<p>En outre, les transport\u00e9s de premi\u00e8re classe pouvaient obtenir des concessions, urbaines ou agricoles. Les concessions urbaines permettaient l&rsquo;exercice d&rsquo;une profession en dehors de l&rsquo;enceinte du Bagne et au sein des agglom\u00e9rations civiles. Les concessions agricoles consistaient en l&rsquo;octroi de terrains \u00e0 faire valoir, selon une formule d\u00e9finie et des obligations impos\u00e9es. Les unes comme les autres \u00e9taient rarement consenties.<\/p>\n<p>Par ailleurs, seuls les transport\u00e9s de premi\u00e8re classe pouvaient \u00eatre propos\u00e9s pour une mesure de gr\u00e2ce ou de r\u00e9duction de peine.<\/p>\n<p>Une d\u00e9rogation \u00e9tait faite pour les transport\u00e9s des classes inf\u00e9rieures, pour actes de sauvetage ou de d\u00e9vouement, ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas rare.<\/p>\n<p>Le travail n&rsquo;\u00e9tait pas r\u00e9tribu\u00e9. Mais des gratifications en nature \u00e9taient accord\u00e9es, consistant en pain, vin, caf\u00e9 ou tabac. Les gratifications en vin, \u00e0 raison de 25 centilitres ,\u00e9taient rarement octroy\u00e9es plus de trois fois par semaine.<\/p>\n<p>Le travail s&rsquo;accomplissait \u00e0 la journ\u00e9e de huit heures, ou \u00e0 la t\u00e2che.<\/p>\n<p>Les chantiers forestiers occupaient la plus grande partie de la main d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale.<\/p>\n<p>Venaient ensuite les ouvriers qualifi\u00e9s poss\u00e9dant un m\u00e9tier, ainsi que de nombreux employ\u00e9s \u00e0 des services divers. Les plus d\u00e9favoris\u00e9s, pour le surplus, faisaient partie des corv\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales.<\/p>\n<p>Le cerveau du Bagne se situait \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni, capitale administrative. L\u00e0, se trouvaient la direction, les bureaux centraux et les entrep\u00f4ts g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<div id=\"attachment_878\" style=\"width: 226px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-878\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-878\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme2-216x300.jpg\" alt=\"\" width=\"216\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme2-216x300.jpg 216w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/garde-chiourme2.jpg 231w\" sizes=\"(max-width: 216px) 100vw, 216px\" \/><p id=\"caption-attachment-878\" class=\"wp-caption-text\">Garde Chiourme<\/p><\/div>\n<p><strong>LES GARDES-CHIOURMES<\/strong><\/p>\n<p>Du temps de Vidocq, les for\u00e7ats subissaient leur peine dans les ports de guerre, notamment dans les bagnes de Toulon et de Brest.<\/p>\n<p>Le d\u00e9cret de 1854, portant r\u00e9organisation de la peine des travaux forc\u00e9s, institua un r\u00e9gime nouveau caract\u00e9ris\u00e9 par la transportation des condamn\u00e9s dans une colonie \u00e9loign\u00e9e . (Ce fut d&rsquo;abord la Nouvelle-Cal\u00e9donie).<\/p>\n<p>La Petite Histoire nous apprend que lorsque l&rsquo;on demanda \u00e0 Napol\u00e9on III par qui ferait-on garder les for\u00e7ats, l&rsquo;Homme du 2 d\u00e9cembre aurait r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0Par de plus bandits qu&rsquo;eux\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>De fait, les garde-chiourmes de ce temps n&rsquo;\u00e9taient gu\u00e8re tendres. Ils \u00e9taient alors d\u00e9sign\u00e9s sous cette application, officiellement.<\/p>\n<p>Les s\u00e9vices qu&rsquo;ils exer\u00e7aient, leur manque de moralit\u00e9, leur r\u00e9putation d\u00e9testable, tout cela fit que ce terme de garde-chiourme, d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9 \u00e0 leur \u00e9gard dans les bagnes maritimes, donna sujet \u00e0 une interpr\u00e9tation particuli\u00e8rement m\u00e9prisable. Et lorsque, par la suite, ce terme bafou\u00e9 fut remplac\u00e9 par celui de surveillant militaire, le nom ne fit rien \u00e0 la chose.<\/p>\n<p>Les surveillants militaires, aux yeux de tous, sont demeur\u00e9s des gardes-chiourmes authentiques.<\/p>\n<p>Pour moi, cela \u00e9tant, je veux bien les d\u00e9signer dor\u00e9navant selon la qualit\u00e9 qui leur est conf\u00e9r\u00e9e. Les surveillants militaires \u00e9taient recrut\u00e9s en g\u00e9n\u00e9ral, parmi les sous-officiers, rengag\u00e9s ou non, qui avaient quitt\u00e9 l&rsquo;arm\u00e9e. La plupart d&rsquo;entre eux, ayant sollicit\u00e9 un emploi du gouvernement, furent envoy\u00e9s au Bagne pour garder les for\u00e7ats, comme on les aurait bombard\u00e9s douaniers ou gardes-forestiers. Naturellement, on leur avait bourr\u00e9 le cr\u00e2ne en leur faisant miroiter maints avantages plus ou moins al\u00e9atoires soldes \u00e9lev\u00e9es, avancement rapide, retraites anticip\u00e9es. etc&#8230;<\/p>\n<p>Et ils avaient donn\u00e9 dans le panneau.<\/p>\n<p>Une fois sur les lieux, ils ne pouvaient reculer. Ces messieurs arrivaient \u00e0 la Guyane avec un bagage assez r\u00e9duit : une petite malle, une valise, contenant un minimum des choses essentielles ainsi qu&rsquo;une bourse l\u00e9g\u00e8re. Cependant, lorsque trois ans plus tard, ils rentraient en France pour y passer un cong\u00e9 d&rsquo;un an, le modeste \u00e9quipage de l&rsquo;arriv\u00e9e se transformait en un encombrement de caisses et de colis qui indiquait qu&rsquo;ils avaient bien fait leurs affaires.<\/p>\n<p>Pour emm\u00e9nager, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e, une brouette leur suffisait. Pour d\u00e9m\u00e9nager, au d\u00e9part, un camion \u00e9tait n\u00e9cessaire. C&rsquo;est que ces braves surveillants s&rsquo;\u00e9taient mis \u00e0 la page dr\u00f4lement.<\/p>\n<p>Les premiers jours, chaperonn\u00e9s par leurs a\u00een\u00e9s dans la carri\u00e8re, ils n&rsquo;en menaient pas large. Ces for\u00e7ats !<\/p>\n<p>Ils \u00e9taient timides, h\u00e9sitants, pas trop rassur\u00e9s. Peu \u00e0 peu, ils s&rsquo;enhardissaient, prenaient de l&rsquo;aplomb, parlaient haut et relevaient la t\u00eate.<\/p>\n<p>Sur le c\u00f4t\u00e9 gauche, ils sentaient le poids de leur revolver dans sa gaine de cuir ; ils ne craignaient plus rien. Leur solde mirifique s&rsquo;av\u00e9rait d\u00e9ficitaire \u00e0 la fin du mois, alors que tout ce qui venait de France \u00e9tait hors de prix. Pour y parer ainsi que leurs coll\u00e8gues, ils trafiquaient, ils se d\u00e9brouillaient avec les condamn\u00e9s ou sur leur dos. Tout leur \u00e9tait bon : pr\u00e9l\u00e8vements indus, d\u00e9tournements de toutes natures, fricotages, complaisances int\u00e9ress\u00e9es, maquignonnages, maquillages, entremises suspectes et autres bagatelles. Ils finissaient par avoir un compte en banque et ne touchaient plus \u00e0 leur traitement.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1282, samedi 7 &#8211; dimanche 8 f\u00e9vrier 1948, p. 2. Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres VIII \u00ab\u00a0On fera garder les for\u00e7ats par de plus bandits qu\u2019eux\u00a0\u00bb avait dit Napol\u00e9on III Les transport\u00e9s, donc, \u00e9taient divis\u00e9s en trois classes. Ceux de troisi\u00e8me classe \u2013 la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6,5648],"tags":[5464,5687,5683,5686,5389,4119,282,5688,988,492,1241,1257,5186,5689,552],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5178"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5178"}],"version-history":[{"count":1,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5178\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5180,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5178\/revisions\/5180"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5178"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5178"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5178"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}