{"id":5168,"date":"2022-06-15T01:01:45","date_gmt":"2022-06-14T23:01:45","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5168"},"modified":"2022-06-15T06:04:04","modified_gmt":"2022-06-15T04:04:04","slug":"ms-tombeaux-7","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/06\/ms-tombeaux-7\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 7"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5169 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-7-300x159.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"159\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-7-300x159.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-7-768x406.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-7.jpg 855w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1280,<\/strong><\/p>\n<p><strong>jeudi 5 f\u00e9vrier 1948, p. 2. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>VII<\/p>\n<p><strong>Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1895 les for\u00e7ats se r\u00e9volt\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00eele St-Joseph \u00e0 cause des lois sc\u00e9l\u00e9rates<\/strong><\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espace vide entre les bas-flancs, d\u00e9nomm\u00e9 \u00ab\u00a0coursier\u00a0\u00bb, se promenaient ceux qui ne pouvaient rester en place. Au milieu du coursier, se trouvait une moiti\u00e9 de tonneau contenant de l&rsquo;eau potable. Dans le fond, se trouvaient les lieux d&rsquo;aisance, adoss\u00e9s \u00e0 la case et y communiquant par une porte m\u00e9nag\u00e9e dans le mur.<\/p>\n<p>On nous apporta de la soupe, \u2013 de l&rsquo;eau chaude o\u00f9 nageaient des haricots qui avaient oubli\u00e9 de cuire. Nous e\u00fbmes recours \u00e0 nos vivres de r\u00e9serve. Les anciens \u00e9taient consign\u00e9s dans leurs cases. Pas tous, quelques-uns vaquant \u00e0 des corv\u00e9es indispensables. L&rsquo;un d&rsquo;eux s&rsquo;approcha d&rsquo;une fen\u00eatre. \u00ab\u00a0Avez-vous du chocolat, des biscuits, du linge de corps\u00a0?\u00a0\u00bb s&rsquo;informa-t-il. Oui, on en avait. Alors, on pouvait faire des \u00e9changes avec des paquets de tabac. Ce que l&rsquo;on fit. On allait donc pouvoir fumer tout \u00e0 son aise.<!--more--><\/p>\n<p>Mais les paquets de soi-disant tabac, quand on les ouvrit, ne renfermaient autre chose que de la bourre de cocos.<\/p>\n<p>Les bleus avaient \u00e9t\u00e9 roul\u00e9s.<\/p>\n<p>Durant quelques jours, on nous trimballa un peu partout\u00a0: visite m\u00e9dicale, matriculage des effets, comparution devant le directeur (en vue du classement). Puis les d\u00e9parts pour la grande terre \u2013 la Guyane \u2013 s&rsquo;acc\u00e9l\u00e9r\u00e8rent. Nous ne rest\u00e2mes plus qu&rsquo;une vingtaine, qui devions \u00eatre maintenus aux Iles du Salut<\/p>\n<p>Il est temps de donner une vue d&rsquo;ensemble de ce p\u00e9nitencier sp\u00e9cial, avant que de poursuivre. Les \u00eeles du Salut sont des excroissances terrestres d&rsquo;ordre volcanique, situ\u00e9es \u00e0 quatorze kilom\u00e8tres des c\u00f4tes de la Guyane. Elles sont minuscules, de simples \u00eelots. L&rsquo;Ile Royale, la plus grande, abritait les b\u00e2timents administratifs, h\u00f4tel du Commandement, cambuse, bureaux, h\u00f4pital, caserne, ateliers de travaux, s\u00e9maphore, etc.<\/p>\n<p>L&rsquo;Ile Saint-Joseph, lieu de r\u00e9pression, \u00e9tait dot\u00e9e de la r\u00e9clusion cellulaire. On y subissait aussi la peine d&#8217;emprisonnement. Elle \u00e9tait \u00e9galement le r\u00e9ceptacle des condamn\u00e9s mal not\u00e9s.<\/p>\n<p>Une distance d&rsquo;un kilom\u00e8tre et demi la s\u00e9parait de 1&rsquo;Ile Royale. En 1895, elle fut le th\u00e9\u00e2tre de la r\u00e9volte dite des anarchistes.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-829 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/revolte-danarchistes-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"225\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/revolte-danarchistes-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/revolte-danarchistes.jpg 240w\" sizes=\"(max-width: 225px) 100vw, 225px\" \/>On se souvient qu&rsquo;apr\u00e8s le vote des lois sc\u00e9l\u00e9rates, de nombreux militants furent envoy\u00e9s \u00e0 la Guyane pour des d\u00e9lits tels que d\u00e9tention d&rsquo;explosifs. On les avait group\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Ile Saint-Joseph. Ils se concert\u00e8rent afin de briser leurs cha\u00eenes. Dans la nuit du 12 au 13 novembre 1895, devait \u00e9clater la r\u00e9volte, minutieusement pr\u00e9par\u00e9e. Le faussaire Altmeyer la fit avorter par une d\u00e9nonciation de la derni\u00e8re heure.<\/p>\n<p>Alors que les conjur\u00e9s, sortis des cases, se r\u00e9unissaient sur le plateau de l&rsquo;\u00eele, quinze surveillants arm\u00e9s de carabines firent irruption et tent\u00e8rent de les cerner. tout en faisant usage de leurs armes. Trois hommes tomb\u00e8rent, les autres s&rsquo;\u00e9gaill\u00e8rent un peu partout, cherchant un refuge contre leurs poursuivants.<\/p>\n<p>Alors ce fut une terrible chasse \u00e0 l&rsquo;homme. Les surveillants allaient et venaient, scrutant les moindres cachettes, carabines en mains et le doigt sur la d\u00e9tente.<\/p>\n<p>Mais quelques-uns des fugitifs \u00e9taient arm\u00e9s, eux aussi, de revolvers qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient procur\u00e9s, on ne sut jamais comment.<\/p>\n<p>Et ils firent mouche plus d&rsquo;une fois, au cours de cette tuerie. Car \u00e7a en fut une. Les fugitifs s&rsquo;\u00e9taient terr\u00e9s dans des grottes, d&rsquo;autres se tenaient blottis \u00e0 la cime des cocotiers. Les premiers furent enfum\u00e9s et lorsqu&rsquo;ils sortirent de leurs trous pour \u00e9viter l&rsquo;asphyxie. ils tomb\u00e8rent aussit\u00f4t sous les balles. Les autres furent abattus sans piti\u00e9, leurs corps se fracassant sur les rochers. Certains, plut\u00f4t que de se rendre, s&rsquo;ouvrirent le ventre. Quatorze condamn\u00e9s furent tu\u00e9s, les bless\u00e9e ayant \u00e9t\u00e9 achev\u00e9s.<\/p>\n<p>Trois surveillants tomb\u00e8rent de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la barricade, quelques autres ayant \u00e9t\u00e9 plus ou moins bless\u00e9s.<\/p>\n<p>Cette r\u00e9pression impitoyable eut un retentissement consid\u00e9rable \u00e0 travers le monde. L&rsquo;ancien chef de la S\u00fbret\u00e9, Goron, la d\u00e9plore lui-m\u00eame dans ses m\u00e9moires.<\/p>\n<p>L&rsquo;effectif du p\u00e9nitentier des Iles du Salut variait de six \u00e0 sept cents hommes, toutes cat\u00e9gories comprises.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait, \u00e0 la fois, un p\u00e9nitentier de r\u00e9pression et de s\u00e9curit\u00e9, ainsi qu&rsquo;un p\u00e9nitentier de faveur. En effet, tous les condamn\u00e9s subissant des peines de cinq \u00e0 sept ans auraient voulu y faire leur temps, car le climat y \u00e9tait sain. D&rsquo;autre part, on y envoyait les r\u00e9cidivistes d&rsquo;\u00e9vasions, qui s&rsquo;en seraient bien pass\u00e9s, car ils devaient y ronger leur frein. On y envoyait aussi des convalescents de la grande terre, d&rsquo;ordre m\u00e9dical.<\/p>\n<p>Les Iles \u00e9taient exclusivement p\u00e9nitentiaires. Nul civil n&rsquo;y abordait sans autorisation expresse. La nature volcanique du sol ne permettait pas une exploitation agricole\u00a0; on y cultivait seulement quelques jardins potagers, destin\u00e9s \u00e0 la consommation mara\u00eech\u00e8re du personnel de surveillance.<\/p>\n<p>L&rsquo;Ile du Diable, tr\u00e8s basse, \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux d\u00e9port\u00e9s. Dreyfus et Ullmo en furent les h\u00f4tes les plus marquants. Leur r\u00e9gime \u00e9tait infiniment plus doux que celui des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s. Ils portaient des effets civils, n&rsquo;\u00e9taient pas astreinte au travail. En outre, ils pr\u00e9paraient eux-m\u00eames leur nourriture et logeaient dans de petits pavillons.<\/p>\n<p>Il y avait bien un cimeti\u00e8re pour le personnel libre, mais les condamn\u00e9s, faute de terrain meuble, \u00e9taient purement et simplement immerg\u00e9s. Les requins leur servaient de tombeaux. Ces squales voraces r\u00f4daient constamment aux alentours, sentinelles vigilantes, garde-c\u00f4tes invisibles mais toujours pr\u00e9sents.<\/p>\n<p>Les \u00e9vasions \u00e9taient pour ainsi dire impossibles de ce lieu, infest\u00e9 de dangereux brisants.<\/p>\n<p>Une seule fois, le canot fut enlev\u00e9 de nuit, par surprise, et cinq hommes manqu\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;appel.<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1280, jeudi 5 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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