{"id":5164,"date":"2022-06-11T01:01:29","date_gmt":"2022-06-10T23:01:29","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5164"},"modified":"2022-05-20T17:48:05","modified_gmt":"2022-05-20T15:48:05","slug":"mes-tombeaux-6","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/06\/mes-tombeaux-6\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 6"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5165 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-6-300x181.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"181\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-6-300x181.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-6-768x464.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-6.jpg 885w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1279,<\/strong><\/p>\n<p><strong>mercredi 4 f\u00e9vrier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>VI<\/p>\n<p>TROIS JEUN ES PARISIENS DE 17 ANS ALLAIENT FINIR LEUR VIE EN GUYANE POUR AVOIR D\u00c9POUILLI\u00c9 UN IVROGNE<\/p>\n<p>Pauvres types ; ils y seraient bient\u00f4t \u00e0 la Guyane&#8230; La plupart d&rsquo;entre eux y laisseraient leurs os, en m\u00eame temps que leurs illusions perdues. Je consid\u00e9rai mes compagnons, in petto, sous l&rsquo;angle humain du psychologue averti. Et je pouvais me rendre compte que beaucoup d&rsquo;entre eux, irr\u00e9m\u00e9diablement vou\u00e9s \u00e0 l&rsquo;abime, auraient pu \u00eatre sauv\u00e9s si, au lieu de les ch\u00e2tier sans merci, la soci\u00e9t\u00e9 les avait pr\u00e9serv\u00e9s ou secourus. A cette \u00e9poque, la responsabilit\u00e9 p\u00e9nale jouait \u00e0 partir de l&rsquo;\u00e2ge de seize ans (depuis, elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e \u00e0 dix-huit ans).<!--more--><\/p>\n<p>Autour de moi je voyais des adolescents dont les mamans devaient pleurer toutes les larmes de leurs yeux. Qu&rsquo;avaient-ils fait\u00a0?<\/p>\n<p>Certes, au regard de la loi, c&rsquo;\u00e9taient l\u00e0 de grands coupables qui m\u00e9ritaient leur sort.<\/p>\n<p>Mais encore ! Par exemple, ces trois petits Parisiens que l&rsquo;on aurait pu prendre pour des \u00e9coliers (ils n&rsquo;avaient pas dix-sept ans) et qui se voyaient sous le coup de condamnations aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans la soir\u00e9e d&rsquo;un samedi, jour de paie, ils avaient ceintur\u00e9 un pochard pour lui prendre ce qui restait du gain de la semaine.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait, certes, r\u00e9pr\u00e9hensible. Cela m\u00e9ritait bien un internement d&rsquo;une ann\u00e9e ou deux, ainsi qu&rsquo;une bonne r\u00e2cl\u00e9e. Qu&rsquo;\u00e9tait-il advenu au lieu de cela ? Parce qu&rsquo;on leur avait trouv\u00e9 un mauvais couteau dans leur poche et qu&rsquo;ils \u00e9taient trois, on leur appliqua la peine perp\u00e9tuelle avec le motif rituel\u00a0: \u00ab\u00a0agression nocturne \u00e0 main arm\u00e9e et en bande\u00a0\u00bb. Je pourrais multiplier les exemples. C&rsquo;est un fait qu&rsquo;avec de grands mots, on amplifie de petits gestes. Surtout ne vous amusez pas, en pr\u00e9sence d&rsquo;agents de l&rsquo;autorit\u00e9, \u00e0 tirer des coups de feu sur un avion qui vole \u00e0 trois mille m\u00e8tres, avec un revolver qui porte \u00e0 vingt-cinq m\u00e8tres \u2013 car on pourrait fort bien vous inculper de \u00ab\u00a0tentative&#8230;\u00a0\u00bb laquelle tentative, manifest\u00e9e par un commencement d&rsquo;ex\u00e9cution, n&rsquo;a manqu\u00e9 son effet&#8230; que par suite de ce fait que l&rsquo;avion volait \u00e0 une trop haute altitude\u00a0!<\/p>\n<p>En parlant s\u00e9rieusement, cette assimilation de la tentative sur le m\u00e8me plan que le fait accompli, est une monstruosit\u00e9 l\u00e9gale. Beaucoup de ces hommes marqu\u00e9s par le destin \u00e9taient d&rsquo;anciens pupilles de l&rsquo;Assistance Publique. N&rsquo;ayant jamais connu la douceur d&rsquo;une caresse dans leur enfance, ils furent exploit\u00e9s et malmen\u00e9s par des patrons ayant la mainmise sur eux jusqu&rsquo;\u00e0 leur majorit\u00e9. Comment s&rsquo;\u00e9tonner, d\u00e8s lors, qu&rsquo;ils aient sombr\u00e9 dans le pr\u00e9cipice\u00a0?<\/p>\n<p>A bord, les jours s&rsquo;\u00e9coulaient, monotones, De temps \u00e0 autre, un d\u00e9c\u00e8s se produisait. Le corps \u00e9tait jet\u00e9 \u00e0 la mer, sans trop de c\u00e9r\u00e9monie.<\/p>\n<p>Chaque jour, on allait prendre l&rsquo;air sur le pont, une cage apr\u00e8s l&rsquo;autre. On nous donnait alors une cigarette pour la fumer sur place. Allons, on ne nous avait pas d\u00e9pouill\u00e9s ; les cigarettes saisies nous revenaient en d\u00e9tail.<\/p>\n<p>Un jour, la prise d&rsquo;air fut marqu\u00e9e d&rsquo;un incident tragique : un d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 enjamba le bastingage, malgr\u00e9 les pr\u00e9cautions prises. Celui-l\u00e0 avait fini sa peine.<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5166 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-300x171.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"171\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-300x171.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-768x437.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/\u00eeles-du-Salut2-1-1024x582.jpg 1024w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>LES ILES DU SALUT<\/strong><\/p>\n<p>Le 14 janvier 1909, au soleil levant, les Iles du Salut \u00e9merg\u00e8rent \u00e0 l\u2019horizon. Par les hublots, nos regards avides les contemplaient. Peu \u00e0 peu, elles se d\u00e9tach\u00e8rent nettement. Des milliers de cocotiers dressaient dans l&rsquo;azur leur panache de palmes ; les r\u00e9gimes balan\u00e7aient mollement leurs fruits ovo\u00efdes. D&rsquo;autres essences voisinaient avec les palmiers g\u00e9ants. De nombreux \u00e9difices, \u00e0 la toiture en t\u00f4le ondul\u00e9e pass\u00e9e au minium, tranchaient cr\u00fbment sur cette verdure.<\/p>\n<p>Vraiment, le bagne nous apparaissait sous les aspects bien aimables&#8230; .Dans la rade, une flottille de vapeurs, chalands et canots, nous attendait.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9barqu\u00e2mes dans les chalands, lesquels nous mirent \u00e0 terre. Une nu\u00e9e de surveillants militaires, en tenue kaki et revolver au c\u00f4t\u00e9, fondit sur nous. Appels, contre-appels, se succ\u00e9d\u00e8rent. D\u00e9j\u00e0, les observations pleuvaient dru comme la gr\u00eale et l&rsquo;on nous mena\u00e7ait de la commission disciplinaire et du cachot. Bigre\u00a0! Des effets nous furent d\u00e9livr\u00e9s. pendant qu&rsquo;une partie de ce que contenaient nos paquetages nous \u00e9tait enlev\u00e9e. Puis vinrent les op\u00e9rations de triage en vue des affectations dans les divers p\u00e9nitenciers.<\/p>\n<p>Les vapeurs administratifs nous re\u00e7urent \u00e0 cet effet, dans la mesure de la surface du pont, les rel\u00e9gu\u00e9s ayant la priorit\u00e9. Le reste fut dirig\u00e9 sur l\u2019\u00eele St-Joseph, le d\u00e9barquement ayant \u00e9t\u00e9 op\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00eele Royale et l\u2019\u00eele du Diable se trouvant sur la droite.<\/p>\n<p>\u00c0 l\u2019\u00eele Saint-Joseph des locaux avaient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9par\u00e9 en vue de nous y recevoir.<\/p>\n<p>Derechef, nous f\u00fbmes en bute aux exigences des surveillants, avec leurs appels fastidieux. Et nous primes la direction du camp. Lorsque nous en franch\u00eemes le seuil, nous v\u00eemes aux fen\u00eatres des locaux occup\u00e9s, des grappes d&rsquo;anciens qui s&rsquo;y agrippaient pour ne pas manquer le spectacle de notre arriv\u00e9e. Le torse nu, l&rsquo;\u0153il luisant, ils \u00e9taient noirs comme des corbeaux.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;ils apercevaient des visages de connaissance, ils interpelaient ces derniers\u00a0: \u00ab\u00a0Oh\u00a0! B\u00e9bert\u00a0! Combien qu&rsquo;t&rsquo;as ? Bonjour L\u00e9on\u00a0! On. s&rsquo;verra\u00a0!\u00a0\u00bb On nous empile dans les locaux qui nous \u00e9taient destin\u00e9s, dans les \u00ab\u00a0cases\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ainsi, apr\u00e8s les cages du bateau, nous tombions dans les cases du bagne. On appelle ainsi, dans ces r\u00e9gions tropicales, toute habitation qui ne fait pas partie d&rsquo;un groupe de constructions. Que l&rsquo;on se souvienne de \u00ab\u00a0La case de l&rsquo;Oncle Tom\u00a0\u00bb, ce roman anti-esclavagiste qui fit autant que des bataillons pour la cause de l\u2019affranchissement. Ces cases du Bagne, rapproch\u00e9es les, unes des autres mais ne communiquant pas entre elles, constituaient le \u00ab\u00a0home\u00a0\u00bb des for\u00e7ats. Ils \u00e9taient l\u00e0 chez eux. Deux lits de camp longitudinaux, \u00e0 droite et \u00e0 gauche, servaient \u00e0 la fois de lit et de table. Des planches \u00e0 bagages \u00e9taient fix\u00e9es \u00e0 hauteur d&rsquo;homme au-dessus des lits de camp, d\u00e9nomm\u00e9s aussi bas-flancs Chacun y installait ses affaires. (A suivre)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1279, mercredi 4 f\u00e9vrier 1948, p. 2. 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