{"id":5159,"date":"2022-06-08T01:01:30","date_gmt":"2022-06-07T23:01:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5159"},"modified":"2022-06-08T06:04:08","modified_gmt":"2022-06-08T04:04:08","slug":"mes-tombeaux-5","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/06\/mes-tombeaux-5\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 5"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5160 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-5-300x174.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"174\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-5-300x174.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-5-768x445.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Allobroges-5.jpg 892w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1278,<\/strong><\/p>\n<p><strong>mardi 3 f\u00e9vrier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>V<\/p>\n<p><strong>Les 600 transport\u00e9s du bateau &#8211; bagne chantaient dans les \u00ab cages\u00a0\u00bb et vivaient dans l\u2019espoir de \u00ab\u00a0la belle\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Et des pleurs coulaient sur les visages.<\/p>\n<p>Une, m\u00e8re s&rsquo;impr\u00e9gnait une derni\u00e8re fois du visage de son fils qu\u2019elle ne reverrait plus jamais. Des fr\u00e8res et des s\u0153urs s&rsquo;adressaient d&rsquo;ultimes adieux. En ces moments tragiques d&rsquo;une douloureuse acuit\u00e9, les \u00e2mes ulc\u00e9r\u00e9es se r\u00e9v\u00e9laient pantelantes.<!--more--><\/p>\n<p>Pourtant, l&rsquo;heure inexorable de la s\u00e9paration avait sonn\u00e9 et le convoi s&rsquo;\u00e9branla vers son destin. Une pluie de paquets de cigarettes, de douceurs, d&rsquo;argent m\u00eame, inonda la masse des r\u00e9prouv\u00e9s. Derri\u00e8re eux, les mouchoirs flottaient de plus belle et dans leur langage fr\u00e9n\u00e9tique disaient, criaient des paroles d&rsquo;espoir et de r\u00e9mission.<\/p>\n<p>Maintenant, sur l&rsquo;appontement, les condamn\u00e9s attendaient d&rsquo;\u00eatre absorb\u00e9s par les chalands. A cinq cents m\u00e8tres au large, le transport \u00ab La Loire \u00bb dressait sa haute masse au-dessus des flots.<\/p>\n<p><strong> <img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-5161 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Loire-par-L\u00e9on-Collin-vers-1909-300x223.jpg\" alt=\"\" width=\"264\" height=\"196\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Loire-par-L\u00e9on-Collin-vers-1909-300x223.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Loire-par-L\u00e9on-Collin-vers-1909-768x570.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/La-Loire-par-L\u00e9on-Collin-vers-1909.jpg 808w\" sizes=\"(max-width: 264px) 100vw, 264px\" \/>LE BATEAU BAGNE<\/strong><\/p>\n<p>Les man\u0153uvres d&#8217;embarquement furent rapidement men\u00e9es. Un \u00e0 un, mais \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, les condamn\u00e9s gravissaient<\/p>\n<p>l&rsquo;\u00e9chelle, \u00e9taient happ\u00e9s sur le pont par un groupe de surveillants militaires qui les fouillaient sommairement. Les paquets de cigarettes d\u00e9couverts furent saisie. Une fois fouill\u00e9s, les hommes s&rsquo;engouffraient dans l&rsquo;entrepont, rejoignaient les \u00ab cages \u00bb qui leur \u00e9taient affect\u00e9es, o\u00f9 se trouvaient d\u00e9j\u00e0 ceux de St-Martin-de-R\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;ensemble des for\u00e7ats et rel\u00e9gu\u00e9s \u00e9tait parqu\u00e9 dans quatre compartiments du navire d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u00a0cages\u00a0\u00bb parce qu&rsquo;ils \u00e9taient entour\u00e9s de grilles sur trois faces.<\/p>\n<p>Une de ces cages \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux rel\u00e9gu\u00e9s, une autre aux condamn\u00e9s coloniaux, les deux derni\u00e8res aux condamn\u00e9s m\u00e9tropolitains. L&rsquo;effectif global atteignait six cents hommes dont deux cents rel\u00e9gu\u00e9s.<\/p>\n<p>Il y avait \u00e0 peu pr\u00e8s une demi-heure que nous avions embarqu\u00e9, lorsque la puissante sir\u00e8ne de \u00ab\u00a0La Loire\u00a0\u00bb se mit \u00e0 mugir longuement, par trois fois. Le dernier adieu aux terres libres r\u00e9sonna \u00e9trangement dans nos c\u0153urs. Le voyage commen\u00e7ait Nous primes contact avec nos coll\u00e8gues de France, qui nous dirent combien ils avaient \u00e9t\u00e9 malheureux \u00e0 St-Martin de R\u00e9. Les gardiens, v\u00e9ritables brutes, y terrorisaient les condamn\u00e9s, les brutalisaient pour la moindre v\u00e9tille. Une de leurs victimes avait m\u00eame succomb\u00e9 sous leurs coups. Les punitions de cellule et de cachot tombaient comme gr\u00eale..<\/p>\n<p>Et par surcro\u00eet, des tra\u00eetres se mettaient au service des argousins, pour leur pr\u00eater main-forte. Ces mouchards, d\u00e9nomm\u00e9s \u00ab\u00a0pr\u00e9v\u00f4ts\u00a0\u00bb avaient \u00e9t\u00e9 corrig\u00e9s d&rsquo;importance. Quatre d&rsquo;entr&rsquo;eux se trouvaient \u00e0 l&rsquo;infirmerie du bord, d&rsquo;autres \u00e9taient mis en quarantaine, abreuv\u00e9s de coups et de brimades. Ils l&rsquo;avaient bien m\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La Loire\u00a0\u00bb avait embarqu\u00e9 une trentaine de surveillants du Bagne, retour de cong\u00e9. Ils assuraient notre garde, se contentant de venir jeter un coup d&rsquo;\u0153il de temps \u00e0 autre. Parfois, ils s&rsquo;attardaient \u00e0 causer avec nous\u00a0; ils nous parlaient de la Guyane. Naturellement, leurs propos sentaient la d\u00e9formation professionnelle. Il y avait aussi parmi nous un bagnard \u00e9vad\u00e9 et repris en France, qui rejoignait l\u00e9 bercail. Celui-l\u00e0 avait l&rsquo;oreille de toute la cage. Sans cesse entour\u00e9, ou\u00ef, questionn\u00e9, il ne se lassait pas lui-m\u00eame de tenir le crachoir. Sa faconde \u00e9tait intarissable. D&rsquo;ailleurs, il \u00e9tait de Marseille. A l&rsquo;en croire, celui qui restait au Bagne, c&rsquo;est qu&rsquo;il le voulait bien ; l&rsquo;\u00e9vasion n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un jeu d&rsquo;enfants. Au surplus, il informait ses auditeurs de tout ce qui avait rapport \u00e0 leur nouvelle vie, leur donnait des conseils&#8230; et fumait leur tabac. Par la suite, je devais&rsquo;, souvent penser \u00e0 lui et \u00e0 son bourrage de cr\u00e2nes.<\/p>\n<p>La nourriture qui nous \u00e9tait allou\u00e9e \u00e0 bord \u00e9tait celle de l&rsquo;\u00e9quipage. Mais bien peu d&rsquo;entre nous en profitaient. Le mal de mer avait raison des plus solides app\u00e9tits. Le soir, nous nous \u00e9tendions pour la nuit dans des hamacs suspendus au plafond. Quelques-uns poussaient la romance, tant il est vrai que l&rsquo;on a le c\u0153ur de chanter dans les pires situations. Puis les conversations reprenaient leur cours, jusqu\u2019\u00e0 une heure avanc\u00e9e de la nuit. Peu \u00e0 peu, le silence se faisait. Dans l&rsquo;ombre propice, s&rsquo;entendaient les bruissements de certains hamacs, des souffles saccad\u00e9s, teignes caract\u00e9ristiques d\u2019\u00e9quivoques manifestations&#8230;<\/p>\n<p>Des bancs fixes entouraient la cage, o\u00f9 s&rsquo;asseyaient les s\u00e9dentaires. A l&rsquo;int\u00e9rieur de ce pourtour, des groupes ambulants allaient et venaient dans la journ\u00e9e. Les sujets de conversation ne variaient gu\u00e8re. On \u00e9voquait le bon temps, les bonnes fortunes, les exploits et les beaux coups de jadis, les bombances d&rsquo;antan. Tout cela reviendrait, certainement, comme le disait le \u00ab\u00a0pote\u00a0\u00bb qui avait jou\u00e9 la fille de l&rsquo;air. Vivement la Guyane, que l&rsquo;on mette aussi les bouts&#8230;<\/p>\n<p>(A suivre)<\/p>\n<p>Les personnes qui d\u00e9sirent correspondre avec Paul Roussenq pourront le faire \u00e0 l\u2019adresse du journal<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1278, mardi 3 f\u00e9vrier 1948, p. 2. Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres V Les 600 transport\u00e9s du bateau &#8211; bagne chantaient dans les \u00ab cages\u00a0\u00bb et vivaient dans l\u2019espoir de \u00ab\u00a0la belle\u00a0\u00bb Et des pleurs coulaient sur les visages. 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