{"id":5145,"date":"2022-05-25T01:01:55","date_gmt":"2022-05-24T23:01:55","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5145"},"modified":"2022-05-19T18:27:08","modified_gmt":"2022-05-19T16:27:08","slug":"mes-tombeaux-1","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/05\/mes-tombeaux-1\/","title":{"rendered":"Mes tombeaux 1"},"content":{"rendered":"<p><strong><em><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5127 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Mes-tombeaux-Les-Allobroges-29-janvier-au-11-mars-1948-300x88.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"88\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Mes-tombeaux-Les-Allobroges-29-janvier-au-11-mars-1948-300x88.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Mes-tombeaux-Les-Allobroges-29-janvier-au-11-mars-1948.jpg 578w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Les Allobroges<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1274,<\/strong><\/p>\n<p><strong>jeudi 29 janvier 1948, p. 2.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mes tombeaux<\/strong><\/p>\n<p><strong>souvenirs du bagne<\/strong><\/p>\n<p><strong>par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>I<\/p>\n<p>Le Bagne \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit, il y a vingt et quelques ann\u00e9es, en premier lieu \u2013 et de main de ma\u00eetre \u2013 par Albert Londres.<\/p>\n<p>Ensuite, d&rsquo;autres journalistes sont venus glaner dans ce champ in\u00e9puisable d&rsquo;investigations. Certes, je ne saurais que rendre hommage \u00e0 ces pionniers de l&rsquo;opinion publique qui ont d\u00e9nonc\u00e9 toutes les turpides. les exactions, les crimes d&rsquo;une machine \u00e0 r\u00e9pression qui fonctionnait \u00e0 plein rendement sous le couvert de l&rsquo;impunit\u00e9. Je ne saurais m\u00e9conna\u00eetre les r\u00e9sultats positifs qui ont couronn\u00e9 leurs efforts. Toutefois, il est \u00e9vident qu&rsquo;entre le fait de visiter le Bagne entre deux courriers en partance et celui d&rsquo;en faire partie int\u00e9grante, il y a une marge.<!--more--><\/p>\n<p>Non seulement, j&rsquo;ai vu, mais j&rsquo;ai v\u00e9cu ce dont je vais parler.<\/p>\n<p>Les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations sont ignorantes de ces choses d&rsquo;un pass\u00e9 r\u00e9volu, qu&rsquo;elles aspirent \u00e0 conna\u00eetre. C&rsquo;est pour elles, surtout, que je vais essayer de les faire revivre dans le rayon d&rsquo;action de ce journal.<\/p>\n<p>Je le ferai avec toute l&rsquo;objectivit\u00e9 d\u00e9sirable, sans, toutefois, mettre dans ma poche mon esprit critique.<\/p>\n<p>De m\u00eame, en ce qui concerne les autres aspects de ma vie aventureuse.<\/p>\n<p>Ainsi qu&rsquo;il advient dans toute relation m\u00e9moriale, je me trouverai dans l&rsquo;obligation in\u00e9luctable d&rsquo;envoyer le ha\u00efssable \u00ab je \u00bb\u00a0; y substituer le mot \u00ab nous \u00bb ce serait changer un cheval borgne pour un cheval aveugle. Je t\u00e2cherai, tout de m\u00eame, autant que possible, de r\u00e9duire les d\u00e9g\u00e2ts au minimum.<\/p>\n<p><strong>MON ENFANCE<\/strong><\/p>\n<p>A proximit\u00e9 du Petit-Rh\u00f4ne, aupr\u00e8s des grasses terres d&rsquo;alluvions o\u00f9 l&rsquo;aramon penche ses grappes juteuses, se trouve le gros bourg de Saint-Gilles. L\u00e0, fut mon berceau\u00a0; l\u00e0 se d\u00e9roul\u00e8rent les manifestations de mon activit\u00e9 juv\u00e9nile, de mes jeux et de mes \u00e9tudes. Sur les bancs de l&rsquo;\u00e9cole communale, je fus un \u00e9l\u00e8ve appliqu\u00e9 jusqu&rsquo;aux approches de ma seizi\u00e8me ann\u00e9e<\/p>\n<p>Mes parents auraient pu me mettre en apprentissage apr\u00e8s l&rsquo;obtention de mon certificat d&rsquo;\u00e9tudes. Ils pr\u00e9f\u00e9r\u00e8rent me laisser suivre le cours compl\u00e9mentaire pendant trois ans encore, voulant pousser mon instruction.<\/p>\n<p>Je ne compris pas, alors, toute l\u2019\u00e9tendue de ce sacrifice&#8230;<\/p>\n<p>J&rsquo;avais la passion de la lecture, Je lisais tout ce qui me tombait Sous la main. A quatorze ans, j&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9vor\u00e9 la vingtaine de volumes in-quarto qui composent l\u2019admirable G\u00e9ographie Universelle d&rsquo;Elis\u00e9e Reclus. Un artisan cordonnier \u00e9tait abonn\u00e9 aux publications libertaires de l&rsquo;\u00e9poque\u00a0: \u00ab Le P\u00e8re Peinard \u00bb, \u00ab Les Temps nouveaux \u00bb et \u00ab Le Libertaire \u00bb qui venait d&rsquo;\u00eatre fond\u00e9. Ces publications ne laiss\u00e8rent pas que d&rsquo;influencer singuli\u00e8rement mes r\u00e9flexes intellectuels. \u00ab\u00a0Le P\u00e8re peinard \u00bb m&rsquo;intrigua, tout d&rsquo;abord par ses truculences de langage, ses expressions argotiques. Par la suite, je m&rsquo;assimilais assez rapidement cette prose original \u2013 et passablement incendiaire.<\/p>\n<p>Fenimore Cooper, Walter Scott, Gustave Aimard charm\u00e8rent mes jeunes ans.<\/p>\n<p>Olivier Goldsmith m&rsquo;enchanta avec son adorable \u00ab Vicaire de Wakefield \u00bb.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 La Fontaine je le mettais au-dessus de tout. Et j&rsquo;avais bien raison, car sous la double enveloppe de sa simplicit\u00e9 et de sa bonhomie, le grand fabuliste se r\u00e9v\u00e8le comme une grand<\/p>\n<p>pourfendeur des injustices sociales.<\/p>\n<p>Je lisais les journaux d&rsquo;une fa\u00e7on assidue, formant ainsi mon jugement sur les \u00eatres et les choses.<\/p>\n<p>Et c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette incursion continuelle en des domaines qui se pr\u00e9sentaient vierges \u00e0 mon esprit neuf, qui me donnait une folle envie de m&rsquo;\u00e9vader du cercle \u00e9troit dans lequel j&rsquo;\u00e9voluais. Une occasion se pr\u00e9senta, qui devait combler mes d\u00e9sirs, C&rsquo;\u00e9tait pendant la p\u00e9riode des vendanges de l&rsquo;ann\u00e9e 1902, j&rsquo;avais alors dix-sept ans. Pour une raison futile, mon p\u00e8re voulut s\u00e9vir contre moi. Pour m&rsquo;y soustraire, je d\u00e9cidai de quitter ma famille pour me lancer dans l&rsquo;aventure,<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5146 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Assiette-au-beurre-1902-Valloton-226x300.jpg\" alt=\"\" width=\"226\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Assiette-au-beurre-1902-Valloton-226x300.jpg 226w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Roussenq-Assiette-au-beurre-1902-Valloton.jpg 316w\" sizes=\"(max-width: 226px) 100vw, 226px\" \/><\/strong><strong>LES SUITES D&rsquo;UNE FUGUE<\/strong><\/p>\n<p>Parvenu aux environs d&rsquo;Arles, je r\u00e9ussis \u00e0 me faire embaucher pour les vendanges. Ces derni\u00e8res termin\u00e9es, au bout d&rsquo;une quinzaine de jours, je repris la route. J&rsquo;avais quelque argent en poche, j&rsquo;\u00e9tais insouciant et plein d&rsquo;optimisme.<\/p>\n<p>Je partis en direction des r\u00e9gions alpines, demandant du travail en cours de route, trouvant parfois une journ\u00e9e ou deux \u00e0 faire. A cette \u00e9poque o\u00f9 les v\u00e9hicules motoris\u00e9s \u00e9taient plut\u00f4t rares, la route \u00e9tait le domaine du pi\u00e9ton. De temps \u00e0 autre, un v\u00e9locip\u00e8de se montrait.<\/p>\n<p>Les compagnons du Tour de France, leurs outils sur le dos, naviguaient par petits groupes, se croisant \u00e7\u00e0&rsquo; et l\u00e0. Des chemineaux, jeunes et vieux, allaient et venaient , s&rsquo;\u00e9cartant quelque fois dans la campagne. Tout ce monde nomade entretenait des rapports de confraternit\u00e9 ma\u00e7onnique. On \u00e9changeait tous renseignements utiles, on se rendait des services mutuels. Comme mes compagnons de rencontre, je couchais la nuit dans les fermes, ou bien dans une meule de paille. Presque toutes les mairies d\u00e9livraient des bons de pain et de soupe. Ainsi, on \u00e9tait assur\u00e9 du vivre et du couvert.<\/p>\n<p>Le mois d&rsquo;octobre, \u00e0 son d\u00e9clin, donnait des signes avant-coureurs de la morne saison.<\/p>\n<p>Les jours se passaient ainsi, d&rsquo;un village \u00e0 un autre. Il arrivait que la mar\u00e9chauss\u00e9e me demandait mes papiers. J&rsquo;exhibais alors un extrait de naissance et mon certificat de travail des vendanges. J&rsquo;avais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9pass\u00e9 Valence, Grenoble, Pontcharra lorsque par un jour froid de f\u00e9vrier, je fus accost\u00e9 par deux gendarmes \u00e0 cheval alors que je me trouvais en vue de Chamb\u00e9ry.<\/p>\n<ul>\n<li>Vous \u00eates voyageur ? Vous avez des papiers, des moyens d&rsquo;existence\u00a0?<\/li>\n<\/ul>\n<p>Oui, j&rsquo;avais un certificat de travail p\u00e9rim\u00e9 et je n&rsquo;avais plus d&rsquo;argent.<\/p>\n<p>J&rsquo;\u00e9tais un vagabond, un individu ind\u00e9sirable, capable de tordre le cou \u00e0 une poule et de p\u00e9n\u00e9trer dans un verger pour y manger des fruits avant le propri\u00e9taire. Mon compte \u00e9tait bon Les braves Pandores \u00e9taient mont\u00e9s et moi-m\u00eame j&rsquo;\u00e9tais \u00e0 pied : je ne pouvais gu\u00e8re prendre la fuite dans de telles conditions.<\/p>\n<p>Mais avec les menottes au poignet, ce serait encore plus s\u00fbr. Je fis donc connaissance avec ces instruments de s\u00e9curit\u00e9.<\/p>\n<p>(\u00c0 suivre)<\/p>\n<p>Les personnes qui d\u00e9sirent correspondre avec Paul Roussenq pourront le faire \u00e0 l\u2019adresse du journal.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Allobroges 7\u00e8me ann\u00e9e, n\u00b0 1274, jeudi 29 janvier 1948, p. 2. Mes tombeaux souvenirs du bagne par Paul Roussenq, L\u2019Inco d\u2019Albert Londres I Le Bagne \u00e9t\u00e9 d\u00e9crit, il y a vingt et quelques ann\u00e9es, en premier lieu \u2013 et de main de ma\u00eetre \u2013 par Albert Londres. 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