{"id":5111,"date":"2022-04-25T08:02:30","date_gmt":"2022-04-25T06:02:30","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5111"},"modified":"2022-04-25T08:02:30","modified_gmt":"2022-04-25T06:02:30","slug":"vices-de-forme","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2022\/04\/vices-de-forme\/","title":{"rendered":"Vices de forme"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5112 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lentilles-datura-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"168\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lentilles-datura-300x168.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lentilles-datura.jpg 659w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Accompagn\u00e9es de saucisses de Toulouse, de jarret ou d\u2019une quelconque autre pi\u00e8ce porcine de choix, les lentilles peuvent constituer \u2013 quoi qu\u2019on puisse en dire \u2013 un met d\u00e9licieux et raffin\u00e9. M\u00e2tin\u00e9 de datura stramonium, plante hautement toxique r\u00e9pondant aux doux noms de herbe du diable, herbe aux sorciers, herbe des magiciens, herbe aux voleurs, chasse-taupe, endormie ou encore pomme \u00e9pineuse, le vulgaire plat devient commun\u00e9ment mortel. Le 25 d\u00e9cembre 1908, Alexandre Jacob et Joseph Ferrand, avertis par le for\u00e7at Pierre Ferranti m\u00b036029, avaient surpris Joseph Capelletti, m\u00b031036<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>, connu pour \u00eatre coutumier de la funeste pratique, en train de verser du poison dans la gamelle du premier. Lard\u00e9 de coups de couteau, Capelletti tr\u00e9passe rapidement. Mais, lors de l\u2019instruction qui s\u2019ensuit imm\u00e9diatement, la dite gamelle disparait puis r\u00e9apparait des scell\u00e9s et Jacob, mis \u00e0 l\u2019isolement pr\u00e9ventif, ne peut prouver la l\u00e9gitime d\u00e9fense puisque l\u2019analyse m\u00e9dico-l\u00e9gale de l\u2019objet incrimin\u00e9 ne r\u00e9v\u00e8le aucune trace de datura.<!--more--><\/p>\n<p>Nous pouvons retrouver l\u2019histoire du meurtre de Capelletti dans la correspondance de Jacob avec sa m\u00e8re<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>,\u00a0 dans la biographie d\u2019Alain Sergent<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a> et dans les souvenirs d\u2019Antoine Mesclon<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>, mais \u00e9galement dans le dossier de bagne du matricule 34777 conserv\u00e9 aux Archives de l\u2019Outre-Mer \u00e0 Aix-en-Provence<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a> ainsi que dans les minutes du Tribunal Maritime Sp\u00e9cial de Saint-Laurent-du-Maroni qui va devoir juger Jacob et Ferrand<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>. De nouvelles sources viennent de refaire surface dont deux lettres in\u00e9dites de Jacob<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>. Elle permettent de pr\u00e9ciser les conditions d\u2019une affaire o\u00f9 les deux meurtriers risquent leur t\u00eate. Jacob n\u2019a alors de cesse de prouver la l\u00e9gitime d\u00e9fense en pointant du doigt les \u00e9videntes malversations et vices de forme d\u2019une enqu\u00eate si rapidement faite, si rondement men\u00e9e par le chef de camp Raymond qu\u2019elle ne peut autoriser de facto aucune circonstance att\u00e9nuante.<\/p>\n<p>Le 5 f\u00e9vrier 1909 Alexandre Jacob \u00e9crit \u00e0 l\u2019inspecteur g\u00e9n\u00e9ral des colonies pour se plaindre&#8230; et se faire accusateur. Huit pages, dont les six premi\u00e8res o\u00f9 il installe le contexte, am\u00e8ne le sujet c\u2019est-\u00e0-dire cr\u00e9e les bases qui vont permettre d\u2019instiller le doute dans une instruction estim\u00e9e \u00e0 charge. Dans un style d\u00e9monstratif, maniant l\u2019ironie et s\u2019autorisant \u00e0 citer Lycurgue, Solon, Blazac et Beaumarchais, Jacob conclut sa missive en moins de deux pages et, s\u2019\u00e9rigeant juge d\u2019instruction, il d\u00e9montre par A plus B que, lui, un parmi les \u00ab\u00a0vaincus de la guerre sociale\u00a0\u00bb, bien que coupable d\u2019un meurtre qu\u2019il ne nie aucunement, est victime du fait de son aura aupr\u00e8s de ses compagnons for\u00e7ats, de ses \u00ab\u00a0quelques\u00a0\u00bb tentatives d\u2019\u00e9vasion, de ses roublardises et de ses id\u00e9es anarchistes, d\u2019une rancune confinant \u00e0 la haine de la part du commandant Lhuerre et du chef de camp Raymond. Il profite de la missive pour d\u00e9noncer la pratique des mouchards en faisant allusion \u00e0 la mythique r\u00e9volte des anarchistes d\u2019octobre 1894 aboutissant \u00e0 un v\u00e9ritable massacre organis\u00e9 \u00e0 la suite des d\u00e9nonciations du for\u00e7at Altmeyer.<\/p>\n<p>La lettre porte ses fruits, obligeant le chef du service judiciaire du parquet du Procureur G\u00e9n\u00e9ral de Cayenne \u00e0 se d\u00e9placer le 24 mars aux \u00eeles du Salut pour entendre les deux accus\u00e9s et recueillir de plus amples informations. Le 5 octobre 1909, la sentence du TMS tombe\u00a0: cinq ans de r\u00e9clusion pour Jacob et Ferrand qui font imm\u00e9diatement appel. Un deuxi\u00e8me proc\u00e8s, le 13 avril 1910, ram\u00e8ne cette peine \u00e0 deux ans. Si Jacob \u00e9chappe \u00e0 la guillotine en prouvant la tentative d\u2019empoisonnement dont il fut victime, c\u2019est n\u00e9anmoins un mort-vivant qui, le 7 juin 1912, sort des cachots de l\u2019\u00eele Saint Joseph.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-5115 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mini_Datura-169x300.jpg\" alt=\"\" width=\"126\" height=\"224\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mini_Datura-169x300.jpg 169w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/mini_Datura.jpg 337w\" sizes=\"(max-width: 126px) 100vw, 126px\" \/>Monsieur l\u2019Inspecteur G\u00e9n\u00e9ral des Colonies<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur<\/strong><\/p>\n<p>Mes pr\u00e9visions ne m\u2019avaient point tromp\u00e9. Depuis votre passage aux \u00eeles du salut, o\u00f9 vous v\u00eentes me visiter, jusqu\u2019\u00e0 ce jour, les proc\u00e9d\u00e9s d\u2019exception dont j\u2019ai toujours \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9, loin de cesser n\u2019en ont continuer que de plus belle, bien que ma r\u00e9cente situation d\u2019accus\u00e9 eut d\u00fb mettre un frein aux inqualifiables agissements de M<sup>r<\/sup> le Commandant Sup\u00e9rieur des \u00eeles du salut, et de son subordonn\u00e9, le chef de camp de l\u2019\u00eele Saint Joseph. Au contraire. Cette situation n\u2019a fait qu\u2019accroitre leur d\u00e9sir de me nuire. L\u2019un \u2013 le Commandant \u2013 c\u2019est permis de prononcer \u00e0 mon endroit des paroles, des menaces pourrais-je dire que rien ne saurait justifier\u00a0; l\u2019autre \u2013 le chef de camp \u2013 en sa qualit\u00e9 d\u2019officier de police judiciaire a fait preuve de la plus notoire des l\u00e9g\u00e8ret\u00e9s, a commis de graves fautes dans le cours de l\u2019information tant par ses paroles que par son incapacit\u00e9 \u2013 je dis incapacit\u00e9 pour ne pas dire autre chose\u00a0: vous comprendrez mieux l\u2019euph\u00e9misme par ce qui suit. D\u2019ailleurs l\u2019expos\u00e9 des faits vous \u00e9clairera suffisamment sur l\u2019un et l\u2019autre.<\/p>\n<p>Je serai bref\u00a0; je t\u00e2cherai de l\u2019\u00eatre du moins. Mais avant d\u2019en arriver \u00e0 ces faits il est indispensable que je vous en cite d\u2019autres plus anciens de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9tablir une corr\u00e9lation entre les uns et les autres. Condamn\u00e9 \u00e0 la peine des travaux forc\u00e9s j\u2019aurais d\u00fb, je devrais subir la loi commune. Qu\u2019un transport\u00e9 soit anarchiste, nihiliste, allemaniste ou possibiliste\u00a0; qu\u2019il ait des id\u00e9es rouges, noires, vertes ou roses, m\u00eame qu\u2019il n\u2019en ait pas du tout cela l\u2019emp\u00eache pas moins de n\u2019\u00eatre qu\u2019un transport\u00e9 et comme tel de subir la r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale. En principe, bien que dans l\u2019application il en soit parfois autrement, ce n\u2019est pas parce que je pense diff\u00e9remment que le commun, du moment que mes id\u00e9es demeurent sur le terrain de la pens\u00e9e sans aller jusqu\u2019\u00e0 celui de l\u2019action, il n\u2019y a, il ne peut y avoir de r\u00e8glements me visant particuli\u00e8rement. Mais il est des accommodements avec le ciel et M<sup>r <\/sup>le Commandant en a trouv\u00e9 avec la loi. C\u2019est ainsi qu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de chaque convoi, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 l\u2019isolement cellulaire pour une p\u00e9riode de douze, quinze, vingt jours. M\u2019arrive-t-il de tomber malade, d\u2019\u00eatre admis \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. Ce n\u2019est pas dans la salle commune que l\u2019on me g\u00eete, mais dans le local des r\u00e9clusionnaires et des punis, m\u00eame en cellule, bien que je ne sois ni r\u00e9clusionnaire ni puni. Remarquez bien, monsieur, que je ne formule pas l\u00e0 des plaintes. Que m\u2019importe \u00e0 moi de me trouver ici ou l\u00e0 puisque c\u2019est partout le bagne. Je ne cite ces faits, insignifiants par eux-m\u00eames qu\u2019afin d\u2019\u00e9tablir une liaison avec ceux qui vont suivre. Certes, si l\u2019on demandait \u00e0 M<sup>r<\/sup> le Commandant le pourquoi de ces proc\u00e9d\u00e9s d\u2019exception, il lui suffirait d\u2019un mot, d\u2019un seul pour se justifier\u00a0: mesure de s\u00fbret\u00e9. L\u2019histoire ne nous d\u00e9montre-t\u2019elle pas que de tous temps cette formule a servi de pr\u00e9texte aux despotes, aux tyrans comme aux ge\u00f4liers, dans l\u2019art de l\u00e9galiser les actes les plus arbitraires. Les r\u00e9gimes se succ\u00e8dent, les hommes disparaissent, les m\u0153urs changent\u00a0; mais les moyens demeurent bien que pr\u00e9sent\u00e9s sous d\u2019autres couleurs. En voici un exemple. Il y a de cela quelque chose comme dix-huit mois si ma m\u00e9moire est heureuse, qu\u2019une tentative d\u2019\u00e9vasion eut lieu, au 8<sup>e<\/sup> peloton, \u00e0 l\u2019\u00eele saint Joseph. Quelques for\u00e7ats moins abrutis, plus courageux que les autres sci\u00e8rent un barreau de la porte mani\u00e8re d\u2019aller atterrir vers des rivages plus gais, moins mis\u00e9rables. Mais malheureusement pour eux, \u00e0 l\u2019encontre de circonstances trop longues \u00e0 \u00e9num\u00e9rer ici ils ne purent ex\u00e9cuter leur projet. La plupart des condamn\u00e9s avaient vu la tentative. C\u2019est vous dire que, pour cette fois du moins, elle \u00e9tait irr\u00e9m\u00e9diablement avort\u00e9e. En effet, le lendemain matin, d\u00e8s l\u2019appel termin\u00e9, le chef de camp en \u00e9tait avis\u00e9 par cinq ou six bourriquots \u2013 c\u2019est ainsi que l\u2019on nomme les mouchards au bagne. \u00c0 son tour le surveillant chef, du nom de Mass\u00e8ge, si j\u2019ai bon souvenir, pr\u00e9vint M<sup>r<\/sup> le Commandant. Il va sans dire que j\u2019\u00e9tais d\u00e9sign\u00e9 comme faisant partie de cette tentative d\u2019\u00e9vasion. Du reste, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, vrai ou erron\u00e9, il n\u2019y a, il ne peut y avoir d\u2019\u00e9vasion sans moi, parait-il. Je regrette que ce ne soit l\u00e0 qu\u2019une l\u00e9gende. Bref passons. Revenons au fait. D\u00e8s qu\u2019il en fut averti, M<sup>r<\/sup> le Commandant, au lieu de prescrire des mesures pr\u00e9ventives, de fa\u00e7on \u00e0 emp\u00eacher l\u2019\u00e9vasion comme, d\u2019ailleurs, le lui dictait tant sa conscience que les r\u00e8glements, il donna des ordres afin que les choses restassent en l\u2019\u00e9tat.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Feignez d\u2019ignorer le fait, dit-il au chef de camp, ne touchez pas \u00e0 la porte\u00a0; mais veillez attentivement. Ce soir, d\u00e8s la rentr\u00e9e des condamn\u00e9s vous posterez des agents tant aux abord de la case qu\u2019aux environs du lieu o\u00f9 vous supposez, d\u2019apr\u00e8s les renseignements donn\u00e9s, que se trouvent les mat\u00e9riaux devant servir \u00e0 l\u2018\u00e9vasion.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Ce qui fut ex\u00e9cut\u00e9, \u00e0 la lettre. Lorsqu\u2019il s\u2019agit de guet-apens ces messieurs n\u2019ont garde d\u2019oublier les instructions de M<sup>r<\/sup> le Commandant. Pensez donc\u00a0! Pouvoir carabiner \u00e0 son aise deux ou trois hommes sans d\u00e9fense, sans crainte de poursuites judiciaires, voire avec l\u2019espoir de r\u00e9compense, quelle aubaine\u00a0! Voil\u00e0 qui ne se pr\u00e9sente pas tous les jours, que diable\u00a0; et, pour une fois que cela arrivait l\u2019on se promettait de faire bien les choses. Mais<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4410 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Jacob-au-bagne-caricature-anonyme.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"163\" \/>Le for\u00e7at n\u00e9 malin\u2026<\/p>\n<p>ce soir-l\u00e0 huma l\u2019air, sonda les t\u00e9n\u00e8bres, puis le sourire aux l\u00e8vres, roula une cigarette et apr\u00e8s l\u2019avoir allum\u00e9e il aspira quelques bouff\u00e9es de fum\u00e9e non sans dire \u00e0 son voisin\u00a0: \u00ab\u00a0quelle triste condition que celle de serviteur\u00a0!\u00a0\u00bb Et tandis qu\u2019il s\u2019endormait d\u2019un profond sommeil, les surveillants avides de tuerie, recevaient \u00e0 torrent l\u2019ond\u00e9e de quelques nuages qui cette nuit-l\u00e0, ironiques et vengeurs, pass\u00e8rent quasiment expr\u00e8s au-dessus de l\u2019\u00eele. Si le succ\u00e8s dilate les c\u0153urs, l\u2019\u00e9chec ride les front et courbe les \u00e9chines. Le lendemain matin les surveillants faisaient piteuse mine\u00a0: le gibier n\u2019avait pas donn\u00e9 dans le panneau. Et le grand veneur, c\u2019est-\u00e0-dire le Commandant, p\u00e2le de col\u00e8re, me dit, en passant devant les rangs, pendant l\u2019appel\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ah Jacob\u00a0! Je vous naiserai (sic), vous verrez. Cette fois je n\u2019ai pas voulu vous faire fusiller\u00a0; mais vous me le payerez. Je vous le promets.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>J\u2019avoue que son astuce me d\u00e9concerta. Comment\u00a0! apr\u00e8s un guet-apens pareil, guet-apens ind\u00e9niable et facile \u00e0 prouver par la plus sommaire des enqu\u00eates avoir le front de me dire\u00a0: \u00ab\u00a0Je n\u2019ai pas voulu vous faire fusiller\u00a0!\u00a0\u00bbVous conviendrez, monsieur, que l\u2019exclamation \u00e9tait un peu raide. \u00c0 ce compte le renard aussi n\u2019avait pas voulu manger les raisins. \u00c0 ce propos je lui \u00e9crivis une lettre et comme tout fonctionnaire est quelque peu doubl\u00e9 d\u2019un casuiste, voici la raison qu\u2019il m\u2019en donna.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si j\u2019ai donn\u00e9 de tels ordres, me dit-il, c\u2019est tout simplement pour ne pas infliger d\u2019injustes punitions. Vous concevez, n\u2019est-ce pas, qu\u2019il ne m\u2019est pas permis de punir tous les hommes de la case pour un barreau sci\u00e9. Donc, j\u2019ai feint d\u2019ignorer de fa\u00e7on \u00e0 surprendre les vrais auteurs pour les punir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Si j\u2019eusse ignor\u00e9 ce que je savais cette r\u00e9ponse aurait pu me cacher la v\u00e9rit\u00e9 de ses intentions\u00a0; mais bien qu\u2019en \u00e9tant instruit j\u2019estimai meilleur de ne point r\u00e9pondre, quitte \u00e0 me dire, in petto, comme l\u2019un des types de Beaumarchais\u00a0: \u00ab\u00a0Sont-ils canailles ces honn\u00eates gens\u00a0\u00bb Du reste, \u00e0 d\u00e9faut de mes dires, voici un autre proc\u00e9d\u00e9 bien fait pour donner le d\u00e9menti le plus formel \u00e0 son excuse. Faut-il attribuer la versatilit\u00e9 de ses principes \u00e0 la temp\u00e9rature, au jour de la semaine, au mois de l\u2019ann\u00e9e\u00a0? Je ne sais, toujours est-il que plus r\u00e9cemment il fit traduire 22 transport\u00e9s malades devant la Commission disciplinaire qui leur infligea \u00e0 chacun 15 jours de cachot pour tentative d\u2019\u00e9vasion par bris de case. Il s\u2019agissait d\u2019une br\u00e8che pratiqu\u00e9e dans le mur de la case par trois ou quatre condamn\u00e9s et une par tous. L\u00e0 encore, \u00e9tant au nombre des malades, je fus \u00e9galement \u00e0 celui des punis. \u00c0 la Commission disciplinaire, M<sup>r<\/sup> le Commandant me dit\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Que voulez-vous, je sais tr\u00e8s bien que tous n\u2019ont pas particip\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9vasion. Mais puisque les coupables ne veulent pas se d\u00e9noncer, je proc\u00e8derai ici, comme cela a lieu \u00e0 la caserne. Du moment que un ou quelques-uns font une b\u00eatise vous vous en \u00eates tous solidaires et il y a lieu d\u2019appliquer une punition collective.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, ce n\u2019est pas du Lycurgue ni du Solon cela\u00a0; mais c\u2019est tout de m\u00eame de la justice, de la justice de bagne, s\u2019entend.<\/p>\n<p>Entre ces deux faits, une gr\u00e8ve \u00e9clata \u00e0 l\u2019\u00eele St Joseph. Deux causes d\u00e9termin\u00e8rent ce mouvement. L\u2019une la mis\u00e8re, la faim \u2013 la faim qui d\u00e9chire la poitrine, rend malade, d\u00e9bilite les plus robustes\u00a0; la faim qui abat, d\u00e9courage, rend morose\u00a0; la faim qui de minute en minute enl\u00e8ve \u00e0 l\u2019homme une partie de sa chair, de son sang, de sa moelle et en fait enfin une sorte de brute sans \u00e9nergie jusqu\u2019au jour trop proche h\u00e9las\u00a0! o\u00f9 la cachexie qui le guette comme une proie, l\u2019envoie en p\u00e2ture aux requins. Depuis quatre mois le caf\u00e9 \u2013 et quel caf\u00e9\u00a0! \u00e9tait donn\u00e9 sans sucre\u00a0; la soupe \u00e9tait servie sans saindoux, une soupe que des chiens, aucun animal autre qu\u2019un homme, puis-je dire, n\u2019aurait voulu. Goutez \u00e0 cela la mauvaise alimentation et vous aurez une id\u00e9e \u00e0 peu pr\u00e8s exacte de la situation. L\u2019autre cause fut les rigueurs du chef de camp Raymond, rigueurs qui se peuvent se r\u00e9sumer en un mot\u00a0: travail excessif, travail au-dessus des forces de ceux \u00e0 qui il \u00e9tait impos\u00e9.<\/p>\n<p>Je dois vous dire, monsieur l\u2019inspecteur g\u00e9n\u00e9ral que, bien que subissant ces mis\u00e8res comme mes compagnons de cha\u00eene, comme eux je ne voulus point m\u2019en m\u00ealer, du moins au moyen d\u2019une gr\u00e8ve. Ce moyen peut avoir sa raison d\u2019\u00eatre dans une soci\u00e9t\u00e9 libre en apparence. Que des for\u00e7ats salari\u00e9s s\u2019insurgent contre les pr\u00e9tentions de leurs exploiteurs passe\u00a0; que le travail lutte contre le capital, d\u2019accord\u00a0: mais les ouvriers ne subissent que la loi de la n\u00e9cessit\u00e9 alors que nous nous subissons une peine. Eux peuvent parfois parler en ma\u00eetres tandis que nous ne sommes que des vaincus de la guerre sociale et comme tels nous n\u2019avons pas plus de droit que n\u2019en avaient les \u00eelotes de l\u2019ancienne Sparte. Notre droit c\u2019est de nous taire, de souffrir et de mourir\u00a0: nous n\u2019en avons point d\u2019autres. \u00c0 moins\u2026 Voil\u00e0 ce que j\u2019expliquai \u00e0 quelqu\u2019un. Je fis m\u00eame plus en conseillant aux plus ardents de renoncer \u00e0 leur projet en leur d\u00e9montrant qu\u2019il ne pouvait manquer de tourner \u00e0 leur d\u00e9savantage.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu as tort, me dirent quelques-uns dont il ne me sied pas de citer les noms\u00a0; tu devrais faire comme nous. Tu verras que nous obtiendrons le remplacement de Raymond.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Les grands enfants\u00a0! le remplacement de Raymond\u00a0! que de na\u00efvet\u00e9, que d\u2019ignorance dans cette pr\u00e9tention. Pourquoi pas demander le changement du ministre\u00a0? Je m\u2019\u00e9vertuai encore \u00e0 leur dire qu\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas des potaches et que le bagne n\u2019\u00e9tait pas un lyc\u00e9e o\u00f9 quelques fois les coll\u00e9giens se mutinent pour obtenir le renvoi d\u2019un pion ou d\u2019un professeur. Mais on ne raisonne pas plus avec l\u2019ignorance qu\u2019avec l\u2019int\u00e9r\u00eat, car il est bond e dire qu\u2019il y en avait qui \u00e9taient int\u00e9ress\u00e9s \u00e0 ce que cela se produisit. Le bagne a aussi ses p\u00eacheurs en eau trouble. Bref, pour \u00e9viter et le marteau et l\u2019enclume je me fis porter malade de fa\u00e7on \u00e0 ne pas aller au travail.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-829 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/revolte-danarchistes-225x300.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"199\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/revolte-danarchistes-225x300.jpg 225w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/revolte-danarchistes.jpg 240w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/>D\u00e8s le second jour, M<sup>r<\/sup> le Commandant vint visiter les mutins et au lieu de faire en sorte de calmer l\u2019effervescence il ne sut que leur dire des menaces qui ne firent que les exciter. La troupe vint, les vivres furent supprim\u00e9s. Les ventres jamais pleins de coutume furent tout \u00e0 fait vides ces jours-l\u00e0. Les nerfs \u00e9taient tendus, les cerveaux \u00e9chauff\u00e9s. C\u2019est alors qu\u2019au courant de ce qui se complotait \u2013 le cinqui\u00e8me jour je crois \u2013 je r\u00e9solus d\u2019\u00e9teindre l\u2019incendie dont les flammes auraient pu l\u00e9cher plus d\u2019une vie, en \u00e9crivant une lettre \u00e0 M<sup>r<\/sup> le Commandant Sup\u00e9rieur. Cette lettre fut lue par tous les condamn\u00e9s avant d\u2019arriver \u00e0 son destinataire. C\u2019est vous dire que je fus contraint en apparence d\u2019abonder dans le sens de la pluralit\u00e9 des avis, bien que ma conclusion indiqu\u00e2t clairement le moyen de mettre un terme au conflit, \u00e0 la satisfaction de tous. Apr\u00e8s la r\u00e9ception de ma lettre le Commandant vint de nouveau et parla, cette fois, comme il devait parler, sagement et avec plus d\u2019humanit\u00e9 qu\u2019on \u00e9tait en droit d\u2019en esp\u00e9rer chez un homme de sa fonction. Le lendemain le travail reprit et la machine de mis\u00e8re se remit en marche, comme par le pass\u00e9. Certes, je le dis bien haut, je n\u2019ai pas \u00e9crit cette lettre pour pr\u00e9venir une r\u00e9volte \u00e0 dire vrai\u00a0; ces messieurs de la surveillance auraient tort de me savoir gr\u00e9 de cette intervention. Car, si j\u2019ai agi ainsi, c\u2019est tout simplement parce que j\u2019ai su pr\u00e9venir les f\u00e2cheuses cons\u00e9quences qu\u2019il en r\u00e9sulterait pour nous autres for\u00e7ats, alors que le plus grand nombre, \u00e9gar\u00e9s par la passion, y demeuraient aveugles. Et si M<sup>r<\/sup> le Commandant d\u2019une part, et M<sup>r<\/sup> le directeur, de l\u2019autre, eussent eu pour deux liards de sagacit\u00e9, ils ne m\u2019auraient point fait et ne me ferais pas un \u00e9ternel reproche de cette lettre. Ah\u00a0! si j\u2019eusse \u00e9t\u00e9 un Altmayer, un Galloy\u00a0; si au lieu d\u2019agir avec conscience et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de mes compagnons de mis\u00e8re, malheureux \u00e9gar\u00e9s, j\u2019eusse flatt\u00e9 leur projet, excit\u00e9 leur passion d\u2019une part, tout en avisant l\u2019Autorit\u00e9 de l\u2019autre, en un mot si j\u2019eusse provoqu\u00e9 une tuerie oh\u00a0! alors, \u00e0 la bonne heure\u00a0! ces messieurs m\u2019auraient combl\u00e9 de faveurs, comme en ont \u00e9t\u00e9 combl\u00e9s et les Altmayer, et les Galloy, de m\u00eame que tous ceux du m\u00eame acabit. L\u2019un, Altmayer, a \u00e9t\u00e9 plus qu\u2019un Commandant au bagne\u00a0; l\u2019autre, Galloy, en d\u00e9pit de nombreuses canailleries, a eu sa peine commu\u00e9e en r\u00e9clusion. Cependant qu\u2019ont-ils \u00e9t\u00e9 sinon des mouchards provocateurs, des sc\u00e9l\u00e9rats qui ont su exploiter la peur de leurs ge\u00f4liers en machinant des complots qu\u2019ils d\u00e9non\u00e7aient ensuite mani\u00e8re de prouver l\u2019utilit\u00e9 de leur espionnage afin d\u2019en tirer profit. Ce furent l\u00e0 de bons for\u00e7ats, des enfants g\u00e2t\u00e9s de l\u2019Administration p\u00e9nitentiaire. Et, moi, qui n\u2019ait rien provoqu\u00e9 du tout, qui loin d\u2019\u00eatre l\u2019instigateur de ce mouvement ai tout fait pour le calmer, je n\u2019ai jamais cess\u00e9 depuis d\u2019\u00eatre le bouc \u00e9missaire de l\u2019affaire, en butte \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9 du chef de camp Raymond et du commandant Lhuerre. Pour l\u2019un comme pour l\u2019autre, je suis un g\u00eaneur dont ils ont \u00e0 c\u0153ur de se d\u00e9barrasser d\u00e8s qu\u2019ils le pourront et ils croient ce moment arriv\u00e9 dans le fait de ma pr\u00e9vention. Lors de l\u2019une des s\u00e9ances de la C<sup>ion<\/sup> D<sup>re<\/sup> du mois de janvier de cette ann\u00e9e, Mr le Commandant s\u2019est \u00e9cri\u00e9 en s\u2019adressant \u00e0 l\u2019un de mes co-d\u00e9tenus\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jacob sera condamn\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Jacob sera condamn\u00e9\u00a0\u00bb affirmation m\u00e9morable bien que discutable et qui se peut traduire par\u00a0: \u00ab\u00a0Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour faire condamner Jacob\u00a0\u00bb Soit. Il reste \u00e0 savoir si messieurs les membres du tribunal maritime sp\u00e9cial tiendront compte de ses efforts.<\/p>\n<p>J\u2019en arrive \u00e0 M<sup>r<\/sup> le chef de camp Raymond, officier de police judiciaire \u00e0 l\u2019occasion. Je serais modeste si je disais que cet agent ne m\u2019a pas en odeur de saintet\u00e9\u00a0; plus exact, plus vrai serais-je en disant qu\u2019il me hait et qu\u2019il n\u2019a jamais manqu\u00e9 l\u2019occasion de le manifester. Pourquoi\u00a0? me direz-vois. Mais pour plusieurs raisons\u00a0: d\u2019abord je ne suis pas un mouchard et pense plut\u00f4t \u00e0 m\u2019\u00e9vader qu\u2019\u00e0 aller lui r\u00e9p\u00e9ter les comm\u00e9rages d\u2019une case\u00a0: ensuite, en souvenir de la lettre que j\u2019ai \u00e9crite pendant la gr\u00e8ve et dont je viens de vous entretenir\u00a0; et puis enfin parce que comme le Commandant, comme tous ceux qui me gardent, il n\u2019a souci qu\u2019\u00e0 se d\u00e9barrasser de moi. Et pour un gardien de for\u00e7at, les moyens ne signifient rien pourvu qu\u2019il obtienne un r\u00e9sultat. Ne croyez pas que j\u2019exag\u00e8re, monsieur. Il faut vivre dans ce milieu de maudits pour se p\u00e9n\u00e9trer des infamies qui s\u2019y commettent. Comme l\u2019a dit Balzac, l\u00e0 o\u00f9 r\u00e8gne la mis\u00e8re il n\u2019y a plus ni crimes ni vertus ni morale mais seulement des besoins. De sorte que toutes les salet\u00e9s, les friponneries que commettent les transport\u00e9s sont consid\u00e9r\u00e9s par la plupart comme des besoins. De m\u00eame pour les surveillants. La promiscuit\u00e9 les contamine et l\u2019individu n\u2019\u00e9tant que le r\u00e9sultat du milieu dans lequel il vit, on peut dire qu\u2019ils ont la plupart de leurs vices sans avoir aucune de leurs qualit\u00e9s. Sibell\u00e9 de punition\u00a0: besoin\u00a0; coup de revolver\u00a0: besoin\u00a0; mensonges, faux rapports, faux t\u00e9moignages, besoin encore besoin toujours. \u00c0 quoi bon s\u2019embarrasser de scrupules, de conscience, ne s\u2019agit-il pas d\u2019\u00e9craser ceux que la soci\u00e9t\u00e9 a rejet\u00e9 de son sein\u00a0? Donc, tout est bon pour vaincre, d\u2019autant plus que, bien souvent, les ma\u00eetres, abus\u00e9s peut-\u00eatre, glorifient la besogne des serviteurs.<\/p>\n<p>D\u2019ailleurs, monsieur, il n\u2019y a rien de tels que des preuves pour attester la v\u00e9rit\u00e9 et les preuves ne me font point d\u00e9faut. Voyez plut\u00f4t. Le 25 X<sup>bre<\/sup> \u00e0 la suite d\u2019une tentative d\u2019empoisonnement dont je fus victime, moi et deux de mes co-d\u00e9tenus, je tuai celui qui avait attent\u00e9 \u00e0 mes jours dans les circonstances que je vous ai relat\u00e9 d\u00e9j\u00e0, en substance et verbalement. D\u00e8s que le chef de camp Raymond arriva sur les lieux, en deux mots je lui expliquai l\u2019affaire. Savez-vous, monsieur, ce qu\u2019il me r\u00e9pondit\u00a0? \u2013 \u00ab\u00a0C\u2019est vous, me r\u00e9pliqua-t-il, qui avez mis du poison dans votre soupe.\u00a0\u00bb Certes, il n\u2019y a l\u00e0 rien de bien grave, me direz-vous, bien que de telles paroles soient fort d\u00e9plac\u00e9es, dans sa bouche. Je vous l\u2019accorde, monsieur. Tout au plus est-ce l\u00e0 une l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 de sa part, envisag\u00e9e sous le rapport des cons\u00e9quences. L\u00e9g\u00e8ret\u00e9 aussi lorsque pendant mon interrogatoire, il me dit, mena\u00e7ant\u00a0: \u00ab\u00a0Estimez-vous heureux que je n\u2019aie pas \u00e9t\u00e9 de service sur le camp, sinon je vous \u00e9tendais raide mort.\u00a0\u00bb Mais consid\u00e9r\u00e9es \u00e0 un autre point de vue \u2013 et c\u2019est \u00e0 celui-l\u00e0 seul que je m\u2019attache \u2013 ces paroles d\u00e9notent suffisamment un sentiment de haine \u00e0 mon endroit pour qu\u2019il soit utile que j\u2019insiste davantage, ce me semble. Il ne s\u2019agit l\u00e0 que de mots. Passons aux actes, aux proc\u00e9d\u00e9s. Au moment de mon arrestation je lui pr\u00e9sentai la gamelle contenant la soupe afin qu\u2019il proc\u00e9da en ma pr\u00e9sence, en la pr\u00e9sence de tous les int\u00e9ress\u00e9s, \u00e0 la mise des scell\u00e9s, comme son devoir le lui imposait. Il n\u2019en fit rien. Appelant un porte-clefs auquel il me dit de la remettre, il lui ordonna sde la porter dans le poste \u2013 le poste est une sorte de cahute o\u00f9 surveillants, porte-clefs et quelques rares transport\u00e9s peuvent p\u00e9n\u00e9trer \u00e0 leur aise, sans contr\u00f4le ni emp\u00eachement\u00a0; en outre, en supposant qu\u2019elle fut ferm\u00e9e (ce qui est douteux en raison de l\u2019\u00e9moi caus\u00e9 par le meurtre) il existe trois ouvertures sur ses parties lat\u00e9rales, dont l\u2019une donne exactement au-dessus de la table, permettant ainsi de saisir ce qui se trouve \u00e0 port\u00e9e de la main. Combien de temps la gamelle demeura-t-elle dans ce local, quels sont ceux qui l\u2019approch\u00e8rent pour la patouiller\u00a0? autant de questions auxquelles je ne puis r\u00e9pondre. Ce que je sais c\u2019est qu\u2019elle fut descendue \u00e0 l\u2019habitation du chef de cam par un <u>porte-clefs<\/u> sans \u00eatre accompagn\u00e9 de surveillant. Ce que je sais mieux encore c\u2019est que arr\u00eat\u00e9 \u00e0 dix heures vingt-cinq minutes du matin je ne fus extrait de la cellule que j\u2019occupai \u00e0 la r\u00e9clusion que <u>plusieurs heures<\/u> apr\u00e8s afin d\u2019assister \u00e0 la mise des scell\u00e9s \u00e0 la gamelle. C\u2019est vous dire qu\u2019il m\u2019est permis de supposer sinon d\u2019affirmer que le contenu de la gamelle a pu \u00eatre substitu\u00e9. En une telle occurrence qui peut me prouver, ce qui s\u2019appelle prouver que mes pr\u00e9somptions sont d\u00e9nu\u00e9es de fondement. Tout ce que l\u2019on pourra me dire c\u2019est qu\u2019un chef de camp, un surveillant sont incapable d\u2019une telle infamie. Des mots, que cela\u00a0! et on ne saura, ne pourra me fournir que des mots alors que je demande des preuves. Et puis, un porte-clefs \u2013 cette mani\u00e8re de surveillant \u2013 poss\u00e8de-t-il la m\u00eame immunit\u00e9 de soup\u00e7ons\u00a0? Allons\u00a0! cela d\u00e9passe le non-sens, frise le grotesque. Par la moralit\u00e9 de la victime qui \u00e9tait un empoisonneur av\u00e9r\u00e9, par les t\u00e9moignages de ceux qui ont vu le geste de Capelletti, par la d\u00e9claration de celui qui nous a avis\u00e9s \u2013 et ce sont l\u00e0 des preuves, j\u2019imagine \u2013 nous sommes autoris\u00e9s de croire que Capelletti n\u2019a pas mis de l\u2019\u00e9lixir de longue vie dans notre soupe, mais bien une mati\u00e8re nocive. Et puisque les conclusions de l\u2019expert sont n\u00e9gatives il y a un point \u00e0 \u00e9claircir. Il est bon de vous dire, monsieur, que, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, tant le Commandant que le chef de camp ignorent mon intention de m\u2019\u00e9lever contre ce point capital, contre ce vice d\u2019information. Et je crains fort que s\u2019ils apprenaient cela avant qu\u2019une enqu\u00eate fut faite, les int\u00e9ress\u00e9s auraient t\u00f4t fait de s\u2019entendre comme larrons en foire \u00e0 prouver (\u00e0 leur mani\u00e8re) qu\u2019une substitution n\u2019a pu avoir lieu. La n\u00e9gligence du chef de camp \u2013 j\u2019appelle cela une n\u00e9gligence\u00a0; mais vous me comprenez et c\u2019est l\u2019essentiel \u2013 est d\u2019autant pus grave qu\u2019ils mettront d\u2019efforts \u00e0 la cacher peut-\u00eatre, \u00e0 la pallier \u00e0 coup s\u00fbr. C\u2019est pourquoi ayant appris officieusement que M<sup>r<\/sup> le Procureur g\u00e9n\u00e9ral devait passer aux \u00eeles, sous peu, je d\u00e9sirerais qu\u2019en sa qualit\u00e9 de magistrat ou d\u2019inspecteur \u2013 il est les deux \u00e0 la fois \u2013 il vint me visiter afin que je puisse lui donner les noms des t\u00e9moins \u00e0 interroger pour enqu\u00eater \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette n\u00e9gligence. Sinon, si je suis contraint de faire faire l\u2019enqu\u00eate par le personnel des \u00eeles, comme les instructeurs sont aussi es t\u00e9moins, je risque fort d\u2019\u00eatre jou\u00e9 de la belle mani\u00e8re. Bien qu\u2019il s\u2019agisse l\u00e0 d\u2019une question d\u2019ordre judiciaire j\u2019aime \u00e0 croire, monsieur l\u2019inspecteur g\u00e9n\u00e9ral que mon d\u00e9sir est du ressort de vos comp\u00e9tence. Dans le cas contraire, je vous prierais de vouloir bien m\u2019en aviser afin que je puisse m\u2019adresser directement \u00e0 M<sup>r<\/sup> le procureur g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>D\u2019autre part, en raison des conclusions du m\u00e9decin expert, une contre-expertise s\u2019impose. Comme il est fort probable qu\u2019elle me sera refus\u00e9e par le juge instructeur comme il m\u2019a \u00e9t\u00e9 refus\u00e9 jusqu\u2019ici d\u2019ailleurs de me donner une copie in-extenso du rapport du dit expert, j\u2019aurai l\u00e0 encore l\u2019occasion de m\u2019adresser \u00e0 vous afin que cette seconde expertise soit faite par un m\u00e9decin civil, M<sup>r<\/sup> Devez, docteur \u00e8s science, \u00e0 Cayenne. Pr\u00e9sentement, de ma part, cette demande serait pr\u00e9matur\u00e9e puisque je en connais du premier rapport que ce que le Commandant a bien voulu m\u2019en dire c\u2019est-\u00e0-dire que les conclusions de l\u2019expert \u00e9taient n\u00e9gatives\u00a0; rien de plus.<\/p>\n<p>Dans l\u2019attente d\u2019une favorable d\u00e9cision, veuillez agr\u00e9er, monsieur l\u2019inspecteur g\u00e9n\u00e9ral, mes civilit\u00e9s empress\u00e9es.<\/p>\n<p>Jacob<\/p>\n<p>A<sup>dre<\/sup> Jacob 34777<\/p>\n<p>Iles du Salut le 5\/2\/09<\/p>\n<p>NB\u00a0:\u00a0 cette lettre a \u00e9t\u00e9 remise sous enveloppe cachet\u00e9e en les mains du surveillant du quartier sp\u00e9cial.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-3595 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"209\" height=\"139\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908.jpg 307w\" sizes=\"(max-width: 209px) 100vw, 209px\" \/>24 mars 1909<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u00e9claration du nomm\u00e9 Jacob Alexandre<\/strong><\/p>\n<p><strong>T<sup>\u00e9<\/sup> en cours de peine m<sup>le<\/sup> 34777<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lieu\u00a0: \u00eele Royale<\/strong><\/p>\n<p>Administration de la Justice de la Guyane fran\u00e7aise<\/p>\n<p>Parquet du Procureur G\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<p>Chef du service judiciaire<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019an mil neuf cent neuf et le 24 mars \u00e0 trois heures du soir, par devant nous, Alexandre Le Fran\u00e7ois, Chef du service judiciaire, \u00e9tant \u00e0 l\u2019\u00eele Royale au quartier sp\u00e9cial, assist\u00e9 de M. B\u00e9ton Andr\u00e9, Secr\u00e9taire du Parquet G\u00e9n\u00e9ral greffier ad-hoc, a comparu Jacob Alexandre Marius dit Georges, dit Escande, t<sup>\u00e9<\/sup> en cours de peine, m<sup>le<\/sup> 34777, qui nous a fait la d\u00e9claration suivante\u00a0:<\/p>\n<p>Le 25 d\u00e9cembre 1908 je m\u2019aper\u00e7us que la soupe de lentilles que l\u2019on me servait pr\u00e9sentait des caract\u00e8res d\u2019intoxication (dur este j\u2019\u00e9tais pr\u00e9venu de ce fait par le t\u00e9 Taillefer qui m\u2019avait d\u00e9clar\u00e9 avoir vu Cappelletti verser une substance quelconque dans ma gamelle).<\/p>\n<p>Furieux je m\u2019\u00e9lan\u00e7ai sur Cappelletti et je le frappai de plusieurs coups de couteau qui entra\u00een\u00e8rent subitement sa mort. Mis imm\u00e9diatement en \u00e9tat d\u2019arrestation, je donnai moi-m\u00eame la gamelle la soupe au Chef de Camp Raymond. Ce ne fut que quelques heures apr\u00e8s que celui-ci me fit appeler dans son bureau pour proc\u00e9der devant moi \u00e0 la mise sous scell\u00e9s de a gamelle incrimin\u00e9e. C\u2019est \u00e0 dire que cette op\u00e9ration, n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 effectu\u00e9e imm\u00e9diatement, n\u2019offrait \u00e0 mes yeux aucune garantie\u00a0; du reste, pendant cette op\u00e9ration, je remarquai que le pain tremp\u00e9 dans la soupe \u00e9tait du pain blanc et non du pain de ration.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, en outre de cette preuve qui alors eut \u00e9t\u00e9 insuffisante il existe le rapport m\u00e9dico-l\u00e9gal du m\u00e9decin major Benjamin o\u00f9 il est dit en substance\u00a0: \u00ab\u00a0cette soupe est compos\u00e9e de pain\u00a0\u00bb \u00ab\u00a0bouillon de b\u0153uf\u00a0\u00bb\u2026 et plus loin \u00ab\u00a0sans trace de mati\u00e8re colorante\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Or ce jour-l\u00e0, c\u2019est-\u00e0-dire le 25 d\u00e9cembre, tous les transport\u00e9s de l\u2019\u00eele Saint Joseph ont eu au repas du matin, comme r\u00e9gime, des lentilles et du bouillon de lentilles. C\u2019est d\u00e9montrer que la soupe soumise \u00e0 l\u2019analyse chimique n\u2019\u00e9tait pas la mienne.<\/p>\n<p>J\u2019insiste sur ce d\u00e9tail, parce que si l\u2019on n\u2019y voit pas la preuve du cas de l\u00e9gitime d\u00e9fense dans lequel je me trouvais, j\u2019esp\u00e8re au moins que l\u2019on pourra y trouver les circonstances les plus att\u00e9nuantes de la faute que j\u2019ai commise. Du reste ce Cappelletti avait la r\u00e9putation de chercher \u00e0 empoisonner ses co-d\u00e9tenus.<\/p>\n<p>D\u2019autre part le chef de Camp Raymond a de plus fait disparaitre du dossier une pi\u00e8ce importante\u00a0: c\u2019est une lettre de moi au Commandant en le priant de vouloir bien insister pr\u00e8s du m\u00e9decin major pour lui poser certaines questions relatives \u00e0 ma d\u00e9fense.<\/p>\n<p>Les t\u00e9moins que je voudrais entendre \u00e0 l\u2019appui de mes d\u00e9clarations sont\u00a0:<\/p>\n<p>1\u00b0 Les surveillants\u00a0:<\/p>\n<p>Auguste , lequel est venu me chercher aux locaux de la r\u00e9clusion\u00a0;<\/p>\n<p>Martineau, lequel \u00e9tant de service \u00e0 la r\u00e9clusion ce jour-l\u00e0 pourra dire \u00e9galement l\u2019heure \u00e0 laquelle son coll\u00e8gue Auguste est venu me chercher\u00a0:<\/p>\n<p>Gauthier et Allard qui diront l\u2019heure \u00e0 laquelle le surveillant chef Raymond leur a remis la gamelle.<\/p>\n<p>Raymond, surveillant chef, qui m\u2019a dit lors de mon arrestation et apr\u00e8s que je lui eus expliqu\u00e9 le motif pour lequel je venais de frapper Cappelletti m\u2019a r\u00e9pondu\u00a0: \u00ab\u00a0mais c\u2019est vous-m\u00eame qui avez mis du poison dans votre soupe.\u00a0\u00bb Il devra aussi faire conna\u00eetre combien de temps apr\u00e8s la remise de ma gamelle il y a appos\u00e9 des scell\u00e9s.<\/p>\n<p>2\u00b0 lui demander en outre pourquoi les scell\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 appos\u00e9s en ma pr\u00e9sence seule tandis que nous \u00e9tions trois accus\u00e9s.<\/p>\n<p>Plus n\u2019a d\u00e9clar\u00e9, a persist\u00e9 apr\u00e8s lecture et a sign\u00e9 avec nous et le greffier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3595 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"194\" height=\"129\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnards-lillustration-1908.jpg 307w\" sizes=\"(max-width: 194px) 100vw, 194px\" \/>24 mars 1909<\/strong><\/p>\n<p><strong>D\u00e9claration du nomm\u00e9 Ferrand Joseph<\/strong><\/p>\n<p><strong>T<sup>\u00e9<\/sup> en cours de peine m<sup>le<\/sup> 34724<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lieu\u00a0: \u00eele Royale<\/strong><\/p>\n<p>Administration de la Justice de la Guyane fran\u00e7aise<\/p>\n<p>Parquet du Procureur G\u00e9n\u00e9ral<\/p>\n<p>Chef du service judiciaire<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>L\u2019an mil neuf cent neuf et le 24 mars \u00e0 quatre heures du soir, par devant nous, Alexandre Le Fran\u00e7ois, Chef du service judiciaire, \u00e9tant \u00e0 l\u2019\u00eele Royale au quartier sp\u00e9cial, assist\u00e9 de M. B\u00e9ton Andr\u00e9, Secr\u00e9taire du Parquet G\u00e9n\u00e9ral greffier ad-hoc, a comparu Jacob Ferrand Joseph, t<sup>\u00e9<\/sup> en cours de peine, m<sup>le<\/sup> 34724, qui nous a fait la d\u00e9claration suivante\u00a0:<\/p>\n<p>Je proteste contre la partialit\u00e9 avec laquelle le surveillant Raymond a conduit l\u2019enqu\u00eate au sujet du meurtre du nomm\u00e9 Cappelletti, dont je suis accus\u00e9 avec Jacob.<\/p>\n<p>J\u2019ai entendu en effet le surveillant Raymond dire a haute voix, devant tout le monde, s\u2019adressant \u00e0 Jacob\u00a0: \u00ab\u00a0mais c\u2019est peut-\u00eatre vous-m\u00eame qui avez mis du poison dans votre soupe.\u00a0\u00bb Ces paroles ont eu pour cons\u00e9quence d\u2019influencer les t\u00e9moins qui auraient pu voir le geste de Cappelletti.<\/p>\n<p>La preuve c\u2019est que j\u2019ai entendu indirectement des transporter murmurer et dire entre eux\u00a0: \u00ab\u00a0Je ne veux pas me m\u00ealer de cette affaire et, si m\u00eame je savais quelque chose, je ne dirais rien car Raymond est bien capable d\u2019avoir chang\u00e9 la gamelle et nous serions accus\u00e9s de faux t\u00e9moignage.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Cappelletti \u00e9tait craint et redout\u00e9 de tout le monde, il avait d\u00e9j\u00e0 d\u2019ailleurs tent\u00e9 d\u2019empoisonner Gelin et il avait constamment son couteau \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Je suis intervenu dans la rixe entre Jacob et Cappelletti pour d\u00e9fendre mon fr\u00e8re de lait ou les s\u00e9parer, et si j\u2019ai frapp\u00e9 moi-m\u00eame Cappelletti, c\u2019est parce que j\u2019avais re\u00e7u de lui une blessure \u00e0 la main droite\u00a0; mais je n\u2019avais pas l\u2019intention de frapper, j\u2019avais d\u2019ailleurs mon couteau dans la main gauche et je m\u2019en servais pour soutenir par-dessous le plat de lentilles qui \u00e9tait br\u00fblant.<\/p>\n<p>Je me demande pourquoi le surveillant Raymond n\u2019a pas constat\u00e9 dans enqu\u00eate la blessure que je portais au pommeau de la main droite\u00a0: j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 par l\u2019infirmier et un surveillant dont je ne me rappelle pas le nom et qui est encore \u00e0 Saint Joseph, en a constat\u00e9 les dimensions.<\/p>\n<p>Je proteste contre la fa\u00e7on dont les scell\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 appos\u00e9s sur la gamelle qui contenait ma soupe, celle de Jacob et celle de Michel. J\u2019aurais d\u00fb assister \u00e0 cette op\u00e9ration, ce qui fait que j\u2019ignore si c\u2019\u00e9tait ma soupe ou celle d\u2019un autre qui a \u00e9t\u00e9 soumise \u00e0 l\u2019analyse.<\/p>\n<p>Je me demande si M. Raymond n\u2019avait pas int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce qu\u2019il n\u2019y ait que deux yeux au lieu de quatre \u00e0 contr\u00f4ler cette op\u00e9ration.<\/p>\n<p>Plus n\u2019a d\u00e9clar\u00e9, a persist\u00e9 apr\u00e8s lecture et a sign\u00e9 avec nous et le greffier.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-5112 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lentilles-datura-300x168.jpg\" alt=\"\" width=\"237\" height=\"133\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lentilles-datura-300x168.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lentilles-datura.jpg 659w\" sizes=\"(max-width: 237px) 100vw, 237px\" \/>Iles du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le 26 mars 1909<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur le Procureur G\u00e9n\u00e9ral<\/strong><\/p>\n<p>Un autre des surveillants militaires que je vous ai cit\u00e9s, hier, afin d\u2019\u00eatre interrog\u00e9 par vous \u00e0 l\u2019\u00e9gard des faits dont je vous ai instruit, il serait bon que vous entendissiez aussi, je vous prie, les transport\u00e9s porte-clefs dont les noms suivent\u00a0:<\/p>\n<p>Atman dit Amido ou Amida dit Atman lequel est, je crois, celui qui a descendu la gamelle du camp au bureau \u2013 autant dire aux appartements \u2013 du surveillant chef Raymond\u00a0;<\/p>\n<p>Boucher, lequel, \u00e0 d\u00e9faut du pr\u00e9c\u00e9dent, peut avoir accompli le m\u00eame service\u00a0;<\/p>\n<p>Flachet ou Chaffet qui, en sa qualit\u00e9 de planton au service int\u00e9rieur, pourrait donner d\u2019utiles indication au m\u00eame sujet\u00a0;<\/p>\n<p>et enfin le simple transport\u00e9 Gasparini, larbin du surveillant chef qui, bien que tout d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 son ma\u00eetre pourrait cependant \u2013 le hasard est si grand\u00a0! \u2013 jeter quelques lumi\u00e8res sur cette t\u00e9n\u00e9breuse affaire.<\/p>\n<p>Recevez, monsieur e procureur g\u00e9n\u00e9ral mes civilit\u00e9s<\/p>\n<p>Jacob 34777<\/p>\n<p>\u00eeles du Salut le 25 mars 1909<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> ANOM, H674 et H4023\/b.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> CIRA Marseille, fonds Jacob.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> Alain Sergent, <em>Un anarchiste de la Belle \u00c9poque<\/em>, Le Seuil, 1950, p.149-150.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> Antoine Mesclon, <em>Comment j\u2019ai subi quinze ans de bagne<\/em>, Editions Sociales, Paris 1926, p.63 \u00e0 66.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Soit les dossiers H4098\/b et H1481.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Soit les dossiers H4998 et H5000.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Archives territoriales de la Guyane, fonds 1Y.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Accompagn\u00e9es de saucisses de Toulouse, de jarret ou d\u2019une quelconque autre pi\u00e8ce porcine de choix, les lentilles peuvent constituer \u2013 quoi qu\u2019on puisse en dire \u2013 un met d\u00e9licieux et raffin\u00e9. M\u00e2tin\u00e9 de datura stramonium, plante hautement toxique r\u00e9pondant aux doux noms de herbe du diable, herbe aux sorciers, herbe des magiciens, herbe aux voleurs, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6,4398],"tags":[29,738,5647,32,5644,4987,5646,52,69,25,5645,1866,4647,71,4828,3916,1257,169],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5111"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5111"}],"version-history":[{"count":8,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5111\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5121,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5111\/revisions\/5121"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5111"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5111"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5111"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}