{"id":5042,"date":"2021-06-13T14:40:23","date_gmt":"2021-06-13T12:40:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=5042"},"modified":"2021-06-13T17:22:52","modified_gmt":"2021-06-13T15:22:52","slug":"lupinose-fin-de-saison-le-debat","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2021\/06\/lupinose-fin-de-saison-le-debat\/","title":{"rendered":"Lupinose fin de saison\u2026 le d\u00e9bat ?"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-5043 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-sin\u00e9-mensuel-300x270.jpg\" alt=\"\" width=\"208\" height=\"187\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-sin\u00e9-mensuel-300x270.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-sin\u00e9-mensuel-768x692.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-sin\u00e9-mensuel-1024x923.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-sin\u00e9-mensuel.jpg 1080w\" sizes=\"(max-width: 208px) 100vw, 208px\" \/>Le jeu de mot n\u2019est pas terrible. Nous n\u2019en avons pas trouv\u00e9 de plus \u00e9vocateur \u00e0 la suite du bel article de Pierrick Starsky paru dans le n\u00b0 108 de <em>Sin\u00e9 Mensuel<\/em> (juin 2021) sur le cambrioleur Jacob. Si l\u2019on excepte quelques petites boulettes sans cons\u00e9quences, l\u2019honn\u00eate papier donne une honn\u00eate chronologie de l\u2019honn\u00eate homme pour qui le droit de vivre \u2013 et non \u00ab\u00a0la libert\u00e9 de vivre\u00a0\u00bb \u2013 ne se mendiait pas, elle se prenait. On sent m\u00eame chez l\u2019auteur une v\u00e9ritable empathie. Y-a-t\u2019il pour autant lieu de \u00ab\u00a0cesser le d\u00e9bat\u00a0\u00bb sur la lupinose comme en appelle le nota bene \u00e0 la fin du sympathique papier\u00a0? Nous n\u2019en sommes pas vraiment s\u00fbrs.<!--more--><\/p>\n<p>Il y a en effet d\u2019autant moins lieu de le clore que la fin de la saison 1 de <em>Lupin<\/em>, la s\u00e9rie TV de Netflix au succ\u00e8s mondial avec Omar Sy, vient de commencer \u00e0 \u00eatre diffus\u00e9e. \u00c9pisode cinq, quarante et une minute et cinquante-cinq secondes, Claire la m\u00e8re de Raoul, fils d\u2019Assane Diop, voleur fan du h\u00e9ros de Maurice Leblanc, fait r\u00e9viser ses le\u00e7ons \u00e0 son rejeton. Voyant que le petit r\u00e9pond \u00e0 ses questions en feignant l\u2019oubli, elle lui dit avec une certain \u00e9nervement\u00a0: \u00ab\u00a0Marius Jacob est n\u00e9 le 29 septembre 1879, on vient de te le dire Raoul\u00a0!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Nous ne pouvions pas passer \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019\u00e9vident clin d\u2019\u0153il. Roulement de tambour, ce qui devait arriver, forc\u00e9ment vient frapper \u00e0 la porte de notre t\u00e9l\u00e9vision, de notre ordinateur ou encore de notre poste de radio. \u00a0Le balais m\u00e9diatique nous renvoie de facto la poussi\u00e8re lupinienne \u00e0 la face en nous faisant avaler la v\u00e9rit\u00e9 vraie et av\u00e9r\u00e9e\u00a0: Alexandre Jacob est le vrai Ars\u00e8ne Lupin\u00a0!<\/p>\n<p>Pour Lo\u00efse Delacotte dans <em>Cosmopolitan<\/em> (10 juin 2021) \u00ab\u00a0De nombreux historiens ont not\u00e9 des similitudes entre le destin d&rsquo;Ars\u00e8ne Lupin et le parcours de Marius Jacob, un anarchiste cambrioleur de g\u00e9nie c\u00e9l\u00e8bre pour ses d\u00e9guisements et ses \u00e9vasions \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle.\u00a0\u00bb. Seulement, la ptite Lo\u00efse, ne donne pas les noms des historiens. C\u2019est ballot.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5044 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-300x106.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"106\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-300x106.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-768x271.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose-1024x361.jpg 1024w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Lupin-lupinose.jpg 1102w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>LCI remet en ligne la vid\u00e9o du 31 janvier dernier montrant les dites similitudes tandis que Pierrick Starsky, dans le pourtant si sympathique article de <em>Sin\u00e9 Mensuel<\/em>, joue lui aussi de l\u2019accr\u00e9ditation des historiens \u2013 ici qualifi\u00e9s de biographes \u2013 qui auraient montr\u00e9 et prouv\u00e9 cet amalgame que l\u2019auteur ne semble pourtant pas trouver \u00e0 son go\u00fbt puisque qu\u2019il collerait \u00e0 la peau de Jacob comme un \u00ab\u00a0linceul\u00a0\u00bb. Cela ne l\u2019emp\u00eache pas de balancer lui aussi sans source l&rsquo;histoire si peu cr\u00e9dible du billet de d\u00e9dommagement laiss\u00e9 chez Pierre Loti, anecdote qui apparait pour la premi\u00e8re fois dans la premi\u00e8re biographie \u00e9crite par Bernard Thomas en 1970.<\/p>\n<p>Rappelons que c\u2019est ce m\u00eame journaliste au <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em> qui avouait en 1998 \u00e0 l\u2019occasion de sa deuxi\u00e8me biographie de Jacob (parue chez <em>Mazarine<\/em>) que son r\u00e9cit avait \u00ab\u00a0le s\u00e9rieux d\u2019une th\u00e8se universitaire sans en avoir l\u2019ennui\u00a0\u00bb et que quand il n\u2019y avait un vide d\u2019archives, il n\u2019h\u00e9sitait pas \u00e0 combler les trous. La source\u00a0? La lettre de Bernard Thomas est disponible au CIRA de Marseille. Alors\u00a0? Il faudrait cesser le d\u00e9bat\u00a0? Pour les besoins de l\u2019historiographie, nous craignons de ne pouvoir r\u00e9pondre par l\u2019affirmative.<\/p>\n<p>En mars 2021, <em>Lire magazine litt\u00e9raire<\/em> publiait une interview de Jacques Derouard, biographe reconnu de Maurice Leblanc\u00a0; l\u2019article est repris le 7 juin par le quotidien <em>Ouest France<\/em>. L\u2019auteur affirme dans ce long papier\u00a0: \u00ab\u00a0On a pu pr\u00e9tendre qu\u2019Ars\u00e8ne Lupin avait \u00e9t\u00e9 imagin\u00e9 d\u2019apr\u00e8s le personnage, bien r\u00e9el, de Marius Jacob, anarchiste tr\u00e8s c\u00e9l\u00e8bre au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, qui fut condamn\u00e9 au bagne en mars 1905. C\u2019est totalement faux. Leblanc n\u2019a fait que rencontrer l\u2019esprit de son \u00e9poque, r\u00e9solument favorable \u00e0 l\u2019anarchisme.\u00a0\u00bb. Jacques Derouard a une connaissance succincte de l\u2019histoire du mouvement libertaire fran\u00e7ais. Mais nous pouvons n\u00e9anmoins conclure qu\u2019il est des historiens et des biographes qui n\u2019inventent pas des faits balanc\u00e9s comme des v\u00e9rit\u00e9s absolues. Il en est d\u2019autres et quelques gratte-papier \u00e0 leur suite qui ont attrap\u00e9 la lupinose.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-5024 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Omar-Sy-Lupin-Jacob-300x157.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Omar-Sy-Lupin-Jacob-300x157.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Omar-Sy-Lupin-Jacob.jpg 768w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Sin\u00e9 Mensuel<\/strong><\/p>\n<p>N\u00b0108, juin 2021<\/p>\n<p><strong>Voleur politique, cambrioleur anar<\/strong><\/p>\n<p>Pour calancher en bonne sant\u00e9, Jacob a trouv\u00e9 la solution : il se refroidit \u00e0 75 piges. Anarchiste ill\u00e9galiste plein d&rsquo;humour et de ruse, il verra dans la cambriole la m\u00e9thode de son engagement. Cet entrepreneur de \u00ab d\u00e9molition\u00a0\u00bb aura pour cible les riches, patrons ou militaires. Pied de nez, ses mille vies sont joliment habill\u00e9es d&rsquo;\u00e9l\u00e9gance, mais aussi d&rsquo;honn\u00eatet\u00e9.<\/p>\n<p>Pour le cercueil, adressez-vous \u00e0 M. Blanchet ; pri\u00e8re de lui recommander de l&rsquo;ampleur cot\u00e9 pieds, j&rsquo;ai des cors. Pour l&rsquo;ouverture et la fermeture du caveau, adressez-vous \u00e0 M. Leplantine\u00a0; c&rsquo;est un artisan habile, avec lui pas d&rsquo;\u00e9vasion \u00e0 redouter. [&#8230;] Et enfin, pour le constat de d\u00e9c\u00e8s, faites appeler ce brave docteur Appart. N&rsquo;ayant encore jamais ressuscit\u00e9 personne, j&rsquo;aime \u00e0 croire qu&rsquo;il n&rsquo;innovera pas avec moi. [&#8230;] Aussi bien je vous quitte sans d\u00e9sespoir, le sourire aux l\u00e8vres, la paix dans le c\u0153ur. Vous \u00eates trop jeunes pour pouvoir appr\u00e9cier le plaisir qu&rsquo;il y a \u00e0 partir en bonne sant\u00e9, en faisant la nique \u00e0 toutes les infirmit\u00e9s qui guettent la vieillesse. Elles sont toutes l\u00e0, r\u00e9unies ces salopes, pr\u00eates \u00e0 me d\u00e9vorer. Tr\u00e8s peu pour moi. Adressez-vous \u00e0 ceux qui s&rsquo;accrochent \u00e0 la vie. J&rsquo;ai v\u00e9cu, je puis mourir, amen.\u00bb<\/p>\n<p>Alexandre Marius Jacob a 75 barreaux et il est en grande forme pour son \u00e2ge quand il d\u00e9cide de dire c&rsquo;est marre, et couic. Un joyeux suicide, du sourire plein la tronche et de l&rsquo;humour plein la plume. Avec ses \u00e9conomies, le jour m\u00eame, il organise un grand gueuleton pour les enfants pauvres du quartier. Derni\u00e8res heures \u00e0 contempler avec malice les minots qui jouent, heureux et rassasi\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>\u00c0 13 ans, il fait un peu le gigolo<\/strong><\/p>\n<p>Un an plus t\u00f4t, il a diff\u00e9r\u00e9 son suicide, pour cause de Josette et Robert. C&rsquo;est un couple d&rsquo;instituteurs dont il s&rsquo;est amourach\u00e9. Le c\u0153ur a ses raisons. Et Josette, de trente ans sa cadette, c&rsquo;est sa derni\u00e8re grande histoire d&rsquo;amour. \u00c7a vaut bien un report. Jacob a v\u00e9cu plusieurs vies, et il a commenc\u00e9 t\u00f4t. N\u00e9 \u00e0 Marseille en 1879, il quitte l&rsquo;\u00e9cole \u00e0 11 ans (c&rsquo;est un autodidacte) et devient mousse. \u00c0 13 ans, il fait un peu le gigolo pour ces dames de la haute qui pullulent sur les paquebots. L&rsquo;ann\u00e9e suivante, il embauche dans la piraterie. N&rsquo;ayant pas vocation \u00e0 faire couler le raisin\u00e9, il d\u00e9serte et revient en France.<\/p>\n<p>D&rsquo;abord typographe \u00e0 Marseille, il devient assez vite voleur. Son premier coup d&rsquo;\u00e9clat avant de partir pour Paname : le cambriolage du mont-de-pi\u00e9t\u00e9, pr\u00eateur sur gages saignant les<\/p>\n<p>Pauvres de la ville. Et par la porte de devant\u00a0! Avec trois complices, habill\u00e9s comme lui en gendarmes, la guirlande tricolore et le tintouin, il fait une razzia au grand jour. Le pr\u00eateur balbutiant coop\u00e8re.<\/p>\n<p>La ruse et l&rsquo;humour jalonneront son parcours dans la cambriole, le vol n&rsquo;\u00e9tant que la m\u00e9thode de son engagement. Car je ne vous ai pas dit le plus important : Alexandre Jacob est anarchiste ill\u00e9galiste.<\/p>\n<p>Entrepreneur, oui, mais selon sa formule: \u00ab\u00a0entrepreneur de d\u00e9molition\u00a0\u00bb. Fort de son exp\u00e9rience grandissante, il fonde Les Travailleurs de la Nuit, une association (de malfaiteurs) dont il forme les nombreux membres. Leurs cibles\u00a0: les riches\u00a0; patrons ou militaires. Ils tissent leur toile sur toute la France, qu&rsquo;ils sillonnent en train. Ils mettent du c\u0153ur \u00e0 l&rsquo;ouvrage\u00a0: plusieurs casses par jour, plus de 150 en tout. Alexandre et ses zigues ne s&rsquo;enrichissent pas pour autant. Ils se versent un salaire, mais injectent des brouzoufs dans les caisses de soutien et financent la cause, notamment la presse anar. Jacob vit chichement. Il ach\u00e8te le meilleur matos pour gagner en efficacit\u00e9 ou se fait livrer d&rsquo;outre-Atlantique les meilleurs coffres-forts afin d&rsquo;en \u00e9tudier les m\u00e9canismes.<\/p>\n<p>Arriv\u00e9s par les toits, Les Travailleurs de la Nuit percent un petit trou dans lequel ils font passer un parapluie qu&rsquo;ils ouvrent. Ils agrandissent le passage et r\u00e9cup\u00e8rent les gravats sans faire de bruit. Un soir, ils visitent une turne et s&rsquo;aper\u00e7oivent que c&rsquo;est celle de l&rsquo;\u00e9crivain Pierre Loti. Jacob laisse un mot d&rsquo;excuse et un bifton pour la vitre cass\u00e9e : \u00ab\u00a0Vous n&rsquo;avez jamais exploit\u00e9 personne.\u00a0\u00bb Car c&rsquo;est de \u00e7a qu&rsquo;il s&rsquo;agit. Du vol comme arme politique, de reprise individuelle et non violente, de cambriolage comme acte r\u00e9volutionnaire. De voler les voleurs.<\/p>\n<p><strong>Plus fort que le bagne<\/strong><\/p>\n<p>Puis, \u00e7a arrive, ils se font prendre. Mars 1905, Amiens, le proc\u00e8s. Jacob assume ses actes, endosse les responsabilit\u00e9s pour d\u00e9charger ses complices. De son proc\u00e8s, il fait une tribune. Chaque jour, il alpague public et journalistes par de bons mots. Par le rire. Le juge : \u00ab\u00a0Jacob, levez-vous. \u00bb Jacob : \u00ab Non, vous restez bien assis, vous.\u00a0\u00bb Pourquoi avoir vol\u00e9 un dipl\u00f4me d&rsquo;avocat sans valeur marchande\u00a0? \u00ab\u00a0Je pr\u00e9parais d\u00e9j\u00e0 ma d\u00e9fense.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Une fois l&rsquo;auditoire hame\u00e7onn\u00e9, il encha\u00eene avec une harangue politique, revendicative. La soci\u00e9t\u00e9 pensait faire le proc\u00e8s de Jacob, Jacob la condamne publiquement. <em>Germinal<\/em>, journal du peuple, canard financ\u00e9 par les larcins des voleurs r\u00e9volutionnaires, couvre le proc\u00e8s. Jacob y publie la longue lettre ouverte \u00ab\u00a0Pourquoi j&rsquo;ai cambriol\u00e9\u00a0\u00bb, br\u00fblot dans lequel il assume ses actes, les explique, et affirme ne pas reconna\u00eetre la justice bourgeoise comme l\u00e9gitime. \u00ab\u00a0La libert\u00e9 de vivre ne se mendie pas, elle se prend.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Le bagne, \u00e0 perp\u00e8te. On l&rsquo;envoie dans les \u00eeles du Salut. La peine de mort qui ne dit pas son nom. L&rsquo;esp\u00e9rance de vie y est de cinq ans. On y calanche \u00e0 coup s\u00fbr des conditions m\u00e9t\u00e9orologiques, de maladie, de malnutrition, de la violence meurtri\u00e8re des gardiens, de celle des bagnards ou en tentant de s&rsquo;\u00e9vader. Jacob y survivra vingt ans. Autant de tentatives d&rsquo;\u00e9vasion. Bout \u00e0 bout, onze ann\u00e9es au cachot. Jacob \u00e9tudie les textes de loi, il lit, il lutte.<\/p>\n<p>Le commandant Michel dirige l&rsquo;\u00eele d&rsquo;une main de fer. Il dira\u00a0: \u00ab\u00a0Un cas demeure pour moi une \u00e9nigme. [&#8230;] Moi qui, aux \u00eeles du Salut, connaissais simultan\u00e9ment plus de mille bagnards par leur nom et leur num\u00e9ro de matricule, par leurs m\u00e9rites et leurs tares, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9chec par l&rsquo;un d&rsquo;eux. Pendant des ann\u00e9es, il m&rsquo;a tenu t\u00eate. Je le consid\u00e9rais d\u00e9finitivement comme un dangereux ennemi de moi-m\u00eame et de la soci\u00e9t\u00e9. Il fallait l&rsquo;abattre pour ne pas \u00eatre abattu par lui. II s&rsquo;agit de Jacob, le chef des Travailleurs de la Nuit.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Au bagne, Jacob rencontre Albert Londres (dont les articles sur le bagne contribueront des ann\u00e9es plus tard \u00e0 leur fermeture) et, surtout, le docteur Rousseau. Il se lie d&rsquo;amiti\u00e9 avec l&rsquo;homme, qui est indign\u00e9 par ce qu&rsquo;il d\u00e9couvre en prenant ses fonctions sur l&rsquo;\u00eele. Du fruit de leurs conversations na\u00eetra un ouvrage \u00e0 charge contre le bagne : <em>Les Hommes punis<\/em>.<\/p>\n<p>Le 14 juillet 1925, par gr\u00e2ce pr\u00e9sidentielle, Jacob voit sa peine commu\u00e9e. Il revient sur le continent, fait trois ans de prison. Puis \u00e0 48 b\u00e2tons, dont vingt-six ans d\u2019enfermement, il est libre. Il retrouve les milieux anarchistes et n\u00e9o-malthusiens. Il \u00e9pouse une antifasciste fuyant l&rsquo;Italie de Mussolini. Lorsqu&rsquo;elle ne milite pas, elle est secr\u00e9taire. Il l&rsquo;aidera \u00e0 retranscrire le manuscrit illisible d&rsquo;un certain L.-F. Destouches ; les voil\u00e0 premiers lecteurs du <em>Voyage au bout de la nuit<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Il ne sait faire que \u00e7a\u00a0: lutter<\/strong><\/p>\n<p>Il organise et anime des conf\u00e9rences contre l&rsquo;enfermement. Le communisme est en vogue, et Jacob ne s&rsquo;y retrouve pas. Il se carapate dans l&rsquo;Indre, o\u00f9 il devient marchand ambulant sous le nom de Marius. En 1936, il dispara\u00eet quelque temps en Espagne. Il revient d\u00e9\u00e7u de la r\u00e9volution r\u00e9publicaine. En 1939, il tombe amoureux de Pauline Charron et se remarie. Puis ce sont la guerre, la ruine et la mort de sa m\u00e8re, qui l&rsquo;a soutenu et a milit\u00e9 pour lui durant tout son enfermement. Bris\u00e9, il se rel\u00e8ve\u00a0; il ne sait faire que \u00e7a\u00a0: lutter.<\/p>\n<p>En 1950, son \u00e9pouse passe l&rsquo;arme \u00e0 gauche. Jacob prend un chien pour lequel, toujours joueur, il fera une demande de carte d&rsquo;\u00e9lecteur. Son compagnon de la derni\u00e8re ligne droite. Car Jacob est fatigu\u00e9, il se fait vieux et diminue les tourn\u00e9es. Il lit. Il envoie bouler les biographes qui se succ\u00e8dent \u00e0 sa porte. Il c\u00e8de finalement \u00e0 l&rsquo;un d&rsquo;eux : Alain Sergent. Le livre, <em>Un anarchiste de la Belle \u00c9poque<\/em>, touche au palpitant de Robert et Josette Passas, un couple d&rsquo;instituteurs, qui demandent \u00e0 le rencontrer. Le coup de c\u0153ur sera r\u00e9ciproque.<\/p>\n<p>On y est&#8230; Le projet de suicide report\u00e9, l&rsquo;amiti\u00e9, l&rsquo;amour, la f\u00eate avec les gosses, la derni\u00e8re danse. Ah\u00a0! Sa lettre d&rsquo;adieu, elle finit ainsi : \u00ab\u00a0Linge lessiv\u00e9, rinc\u00e9 s\u00e9ch\u00e9, pas repass\u00e9, j&rsquo;ai la cosse. Excusez. Vous trouverez deux litres de ros\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la paneterie. \u00c0 votre sant\u00e9\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><strong>Pierrick Starsky<\/strong><\/p>\n<p>Pour en savoir plus, lisez l&rsquo;indispensable <em>Voleur et anarchiste<\/em>, de Jean-Marc Delpech, chez Nada. Si vous d\u00e9nichez le difficilement trouvable <em>\u00c9crits<\/em>, d&rsquo;Alexandre Marius Jacob, aux \u00e9ditions L&rsquo;Insomniaque, pr\u00eatez-le apr\u00e8s lecture.<\/p>\n<p>De Jacob\u00a0: <em>Les Travailleurs de la Nuit<\/em>. <em>Pourquoi j&rsquo;ai cambriol\u00e9<\/em>. Des docus tra\u00eenent \u00e9galement sur la Toile, ainsi que des \u00e9missions et des fictions bien ficel\u00e9es sur France Cul. \u00c0 votre sant\u00e9.<\/p>\n<p>N.B\u00a0: Jacob aurait inspir\u00e9 Lupin, d\u2019apr\u00e8s plusieurs biographes (Leblanc a toujours d\u00e9menti), et Ars\u00e8ne lui aura toujours coll\u00e9 \u00e0 la peau comme un linceul. Cessons le d\u00e9bat\u00a0! Jacob \u00e9tait lui-m\u00eame un personnage, et pas le plus anodin.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Lo\u00efse Delacotte, article \u00ab\u00a0La s\u00e9rie Netflix Lupin est-elle tir\u00e9e d&rsquo;une histoire vraie ?\u00a0\u00bb, Cosmopolitan, 10 juin 2021\u00a0: https:\/\/www.cosmopolitan.fr\/serie-netflix-lupin-histoire-vraie,2052295.asp<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le jeu de mot n\u2019est pas terrible. Nous n\u2019en avons pas trouv\u00e9 de plus \u00e9vocateur \u00e0 la suite du bel article de Pierrick Starsky paru dans le n\u00b0 108 de Sin\u00e9 Mensuel (juin 2021) sur le cambrioleur Jacob. Si l\u2019on excepte quelques petites boulettes sans cons\u00e9quences, l\u2019honn\u00eate papier donne une honn\u00eate chronologie de l\u2019honn\u00eate homme [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1452],"tags":[738,112,97,5631,4604,5624,5630,5407,1035,5617,5615,126,5629,5097],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5042"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=5042"}],"version-history":[{"count":6,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5042\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":5050,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/5042\/revisions\/5050"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=5042"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=5042"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=5042"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}