{"id":4454,"date":"2018-11-03T01:10:47","date_gmt":"2018-11-03T00:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4454"},"modified":"2018-08-28T11:26:57","modified_gmt":"2018-08-28T09:26:57","slug":"eugene-et-les-toubibs-du-bagne","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2018\/11\/eugene-et-les-toubibs-du-bagne\/","title":{"rendered":"Eug\u00e8ne et les toubibs du bagne"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4455 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/DESSIN-13-Copier-236x300.jpg\" alt=\"\" width=\"236\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/DESSIN-13-Copier-236x300.jpg 236w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/DESSIN-13-Copier.jpg 605w\" sizes=\"(max-width: 236px) 100vw, 236px\" \/>La lettre porte en en-t\u00eate l\u2019adresse du d\u00e9corateur-fabricant de meubles \u00e9tabli au 75 de la rue du Faubourg Saint Antoine dans le XIe arrondissement parisien. Elle est dat\u00e9e du 21 ao\u00fbt 1930. \u00a0Depuis son retour du Br\u00e9sil en novembre 1927, Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 m\u00e8ne une vie libre et tranquille dans son atelier. Bien s\u00fbr, il a particip\u00e9 \u00e0 la campagne de lib\u00e9ration de son camarade Paul Vial en 1928 et a jou\u00e9 son propre r\u00f4le dans la pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre Au bagne de Maurice Prax et Henry Mas. Le spectacle tir\u00e9 des \u00e9crits d\u2019Albert Londres ne connait pas un franc succ\u00e8s. Comme le signale le <em>dictionnaire Maitron des anarchistes<\/em>, il s\u2019est \u00e9loign\u00e9 du mouvement libertaire et s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 la r\u00e9daction de ses souvenirs. <em>La vie des for\u00e7ats<\/em> parait chez <em>Gallimard<\/em> peu de temps avant cette missive \u00e9crite pour le docteur Paul Moinet de Vichy. Ce dernier, remarque Franck S\u00e9nateur dans le livret <em>Dieudonn\u00e9 des \u00ab\u00a0Assiettes\u00a0\u00bb aux \u00ab\u00a0Durs\u00a0\u00bb<\/em> publi\u00e9 en 2015, est le beau-fr\u00e8re du c\u00e9l\u00e8bre reporter. L\u2019homme envisagerait un livre sur les m\u00e9decins au bagne et a adress\u00e9 une demande de renseignements \u00e0 Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 qui s\u2019est empress\u00e9 r\u00e9pondre \u00e0 ses neufs questions.<!--more--><\/p>\n<p>Nous ne les connaissons pas n\u2019ayant \u00e0 notre disposition que la plume de Dieudonn\u00e9. Mais nous pouvons ais\u00e9ment les deviner au regard des \u00e9crits de l\u2019ancien bagnard qui laisse alors un t\u00e9moignage particuli\u00e8rement instructif sur la pratique m\u00e9dicale et chirurgicale en milieu carc\u00e9ral, et sur les rapports entre les for\u00e7ats et ces militaires qui ont pr\u00eat\u00e9 le serment d\u2019Hippocrate, le plus souvent peu dupes de la pratique du maquillage. Parmi les nombreux m\u00e9decins mentionn\u00e9s par l\u2019ancien bagnard, il en est un qui retient notre attention. Nous avons mis en gras les passages o\u00f9 apparait le \u00ab\u00a0Grand Docteur Rousseau\u00a0\u00bb. Dieudonn\u00e9 renvoie le beau-fr\u00e8re d\u2019Albert Londres \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019oncle\u00a0\u00bb d\u2019Alexandre Jacob pour parfaire sa connaissance. C\u2019est d\u2019ailleurs cette ann\u00e9e-l\u00e0 que Louis Rousseau fait para\u00eetre aux <em>\u00e9ditions Fleury<\/em> son <em>M\u00e9decin au bagne<\/em>. Retenons alors que ce dernier, malgr\u00e9 un court temps pass\u00e9 aux \u00eeles du Salut, a r\u00e9ellement marqu\u00e9 par son action le monde des hommes punis de Guyane et qu\u2019il en a gard\u00e9 depuis des relations amicales avec certains d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong>Paris 21 ao\u00fbt 30<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au Dr Paul Moinet<\/strong><\/p>\n<p>21 rue Lucas, Vichy<\/p>\n<p><strong>Cher Monsieur le Docteur<\/strong><\/p>\n<p>Je me fais un plaisir de r\u00e9pondre par courrier \u00e0 votre int\u00e9ressante lettre de ce matin.<\/p>\n<p>Tout d\u2019abord, soyez assez bon pour me rappeler au bon souvenir de Monsieur Albert Londres et lui souhaiter un prompt r\u00e9tablissement aux suites de sa derni\u00e8re \u00e9vasion, pardon, je veux dire de sa derni\u00e8re randonn\u00e9e en Arabie dite heureuse.<\/p>\n<p>Je me souviens en effet d\u2019une campagne de presse sur un certain L\u00e9on, militaire m\u00e9decin, tortionnaire pay\u00e9 par les familles de ses victimes, momentan\u00e9ment soldats. Je dois dire, toutefois, que ce num\u00e9ro est plut\u00f4t assez rare si j\u2019en crois mon exp\u00e9rience personnelle.<\/p>\n<p>Au r\u00e9giment 1905-06, 6e bataillon d\u2019artillerie \u00e0 pied, Toul, nous avions un major Gascon, plut\u00f4t bon type, que nous roulions naturellement comme une ganache. Peut-\u00eatre aussi le voyait-il et s\u2019en moquait. Nous \u00e9tions quelques dr\u00f4les, d\u00e9nu\u00e9s d\u2019aptitudes guerri\u00e8res, qui, en attendant la classe, faisions de petits stages \u00e0 l\u2019infirmerie de la porte de Metz, \u00e0 Toul.<\/p>\n<p>A 20 ans, quand on est costaud, il n\u2019y a gu\u00e8re qu\u2019un moyen de tricher les majors, celui-ci :<\/p>\n<p>L\u2019infirmier nous pr\u00e9parait une sorte de cr\u00e8me jaun\u00e2tre que nous injections avant la visite dans le canal de l\u2019ur\u00e8tre. Et voil\u00e0. Bons pour l\u2019infirmerie, diagnostic : blennorragie. \u00c7a nous co\u00fbtait un d\u00eener \u00e0 l\u2019infirmier chez \u00ab Marius \u00bb, co\u00fbt avec le pourboire 1,10 francs.<\/p>\n<p>Les h\u00e9ro\u00efques pratiquaient l\u2019entorse : du sable dans une manche de bourgeron faisait une masse avec quoi le simulateur se frappait la cheville jusqu\u2019\u00e0 grossissement, sans laisser de trace de coups.<\/p>\n<p>Mais j\u2019arrive \u00e0 votre questionnaire :<\/p>\n<p>1\u00b0 Les m\u00e9decins de l\u2019infanterie coloniale soignent les for\u00e7ats, les administrateurs et agents de la p\u00e9nitentiaire<\/p>\n<p>2\u00b0 ils ont les m\u00eames droits qu\u2019au r\u00e9giment et, par cons\u00e9quent, peuvent exempter de travail les malades. En g\u00e9n\u00e9ral, ils le font volontiers, sauf aux carottiers habituels.<\/p>\n<p>3\u00b0 Difficile \u00e0 r\u00e9pondre pour un profane comme moi il y a des ganaches, il y a des consciencieux, enfin des chercheurs d\u00e9vou\u00e9s et humains. Le genre L\u00e9on s\u00e9vissait plut\u00f4t avant les campagnes de presse d\u2019A. Londres, dans une proportion d\u2019un sur 3 ou 4. Il faut dire qu\u2019ils ont besoin des for\u00e7ats, lesquels sont leurs cuisiniers, domestiques, jardiniers, infirmiers, pr\u00e9parateurs en pharmacie, etc., et ont int\u00e9r\u00eat \u00e0 les m\u00e9nager.<\/p>\n<p>Exempte : Un pharmacien-major a son enfant malade. C&rsquo;\u00e9tait aux \u00eeles du salut. Il lui faut des carottes comme r\u00e9gime. Le major demande \u00e0 la P\u00e9nitentiaire, qui lui fait un bon de carottes pour le surveillant-jardinier. Pas de carottes. Furieux le major hurle qu\u2019on veut lui tuer son enfant, enguirlande tout te monde, se d\u00e9m\u00e8ne comme un diable. En vain. Pas de carottes. Son cuisinier for\u00e7at, un nomm\u00e9 Bouliche, entendant ta sc\u00e8ne dit au major\u00a0: \u00ab Donnez-moi 40 sous et je vous ram\u00e8ne des carottes \u00bb. Sceptique le major donne 40 sous. Bouliche sort avec un panier et dix minutes apr\u00e8s, revient avec une \u00e9norme botte de carottes. Joie du Major et col\u00e8re aussi :<\/p>\n<p>\u00ab Ou les as-tu eues, dr\u00f4le ? \u00bb<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Mais chez Pied de choux le surveillant-jardinier !<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Hein ? Tu vas m\u2019expliquer.<\/p>\n<p>&#8211;\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Soit, mais vous le gardez pour vous.<\/p>\n<p>Les carottes \u00e9tant rares, Pied de choux les donne \u00e0 son gar\u00e7on de famille, lequel les vend aux autres gar\u00e7ons de famille ou cuisiniers. Moiti\u00e9-moiti\u00e9 avec Pied de choux, c\u2019est sa d\u00e9brouille,<\/p>\n<p>Et voil\u00e0. Il en est pour tout ainsi. Un major rosse se \u00ab mettra la ceinture \u00bb, un bon aura tout \u00e0 gogo. Les for\u00e7ats, d\u00e9brouillards n\u00e9s, se vengent ainsi, car eux seuls travaillent et connaissent des \u00ab combines \u00bb \u00e0 d\u00e9sarmer Sherlock Holmes.<\/p>\n<p>Il y eut des majors comme Br\u00e9mont, qui a d\u00e9couvert l\u2019enkylostomiase et est mort des suites de ses recherches.<\/p>\n<p>Il y eut Le Dantec, parent du biologiste-philosophe, qui lutta des ann\u00e9es contre la p\u00e9nitentiaire. Tout cela est d\u00e9j\u00e0 loin, 20 ans environ.<\/p>\n<p>Plus proche dans ma m\u00e9moire, il y eut le Grand Docteur Rousseau, un ap\u00f4tre-m\u00e9decin, qui a laiss\u00e9 dans le c\u0153ur de tous les for\u00e7ats le souvenir d\u2019un saint la\u00efque, d\u2019un Vincent de Paul m\u00e9decin. Ses successeurs tent\u00e8rent de l\u2019imiter, tant est grande l\u2019influence d\u2019un homme vraiment bon. Les docteurs Morel, Cl\u00e9ment, Caro, j\u2019en oublie, comme vous pouvez penser, march\u00e8rent sur ses traces. Ils firent beaucoup de bien, gu\u00e9rirent souvent, un profane peut donc dire qu&rsquo;ils \u00e9taient capables.<\/p>\n<p>Il y eut un m\u00e9decin fou : Docteur Savouret qui fit des ravages sans en \u00eatre responsable.<\/p>\n<p>Il y eut des majors-gaz\u00e9s, vous jugez de l\u2019effet de leurs ordonnances contradictoires.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sum\u00e9, les m\u00e9decins-majors coloniaux m&rsquo;ont sembl\u00e9 dans l\u2019ensemble, assez aptes \u00e0 soigner les maladies coloniales dont ils ont l\u2019exp\u00e9rience, Beaucoup ne peuvent pas soigner \u00e0 leur gr\u00e9 les malades, parce qu&rsquo;ils manquent souvent de m\u00e9dicaments. Ils sont souvent en lutte avec la p\u00e9nitentiaire, et les for\u00e7ats en profitent. Enfin, les for\u00e7ats sont habitu\u00e9s \u00e0 la \u00ab dure \u00bb, et les soins consistent souvent en repos, bonne nourriture, fortifiants, que les majors donnent quand ils peuvent, je veux dire quand les magasins n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 pill\u00e9s par les charg\u00e9s de cambuse qui mettent, le plus souvent, les plus \u00e9l\u00e9mentaires scrupules sous la semelle de leurs souliers.<\/p>\n<p>4\u00b0 Bons chirurgiens? Humm, \u00e7a d\u00e9pend.<\/p>\n<p>Des novices trouvent parmi les for\u00e7ats un champ d\u2019exp\u00e9rience facile. Un mort de plus ou de moins, \u00e7a n\u2019a pas d\u2019importance. La pauvret\u00e9 des salles d\u2019op\u00e9ration ne permet pas non plus de travailler en conscience. Pour ma part, j\u2019ai refus\u00e9 de me laisser op\u00e9rer d\u2019une hydroc\u00e8le. J\u2019ai tra\u00een\u00e9 \u00e7a tout le temps de mon \u00e9vasion et me suis fait op\u00e9rer \u00e0 Paris, 2 ans apr\u00e8s. Le docteur Rousseau a op\u00e9r\u00e9 beaucoup de malades avec succ\u00e8s. Il \u00e9tait parti quand j\u2019ai eu cette hydroc\u00e8le. Je me serais laiss\u00e9 faire par lui.<\/p>\n<p>5\u00b0 Tr\u00e8s long \u00e0 r\u00e9pondre. Lisez \u00ab La vie des for\u00e7ats \u00bb, chapitre \u00ab les \u00eeles du salut \u00bb, ma relation des maquillages, assez compl\u00e8te. Elle est en tout cas tr\u00e8s exacte.<\/p>\n<p>6\u00b0 M\u00eame r\u00e9ponse que la 5e question.<\/p>\n<p>7\u00b0 Il y a une trentaine de l\u00e9preux. On n\u2019en a jamais gu\u00e9ri.<\/p>\n<p>8\u00b0 Les p\u00e9d\u00e9rastes au bagne le deviennent plut\u00f4t par n\u00e9cessit\u00e9 que par vice. Pas de femmes, donc&#8230; Je n\u2019ai donc pu remarquer les signes caract\u00e9ristiques que vous signalez, attendu que les 3\/4 des hommes s\u2019adonnent \u00e0 ce sport. Dans ces 3\/4 il y a certainement des types tr\u00e8s divers, l\u00e8vres minces ou lignes, yeux brid\u00e9s ou saillants. Pour cette question, Monsieur Andr\u00e9 Gide, qui osa le premier dire JE, pourrait vous renseigner exactement.<\/p>\n<p>8\u00b0 Oui on donnait de la quinine \u00e0 la demande.<\/p>\n<p>9\u00b0 Il y a en Guyane la plupart des serpents venimeux du Br\u00e9sil. Malgr\u00e9 plusieurs mois d\u2019\u00e9vasion en brousse, je n\u2019en ai jamais vu. Par ou\u00ef-dire, je connais Ce serpent-grage, le serpent-minute, le serpent-liane, Ce crotale. Encore une fois, je n&rsquo;en ai jamais vu. Mais pire que le serpent, il y a l\u2019homme, le chasseur d\u2019homme, le for\u00e7at-mouchard, toutes b\u00eates plus dangereuses que n\u2019importe quelles b\u00eates f\u00e9roces. Pour ces derni\u00e8res esp\u00e8ces, on ne conna\u00eet gu\u00e8re de rem\u00e8de. Les hommes se sont toujours entendus \u00e0 martyriser l\u2019homme. Mais pour les morsures de serpents, les noirs ont des drogues v\u00e9g\u00e9tales qui paraissent efficaces, je les ignore.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 h\u00e2tivement \u00e9crites les r\u00e9ponses que je peux faire de m\u00e9moire. Je manque de documents pr\u00e9cis, dat\u00e9s, qui pourraient vous renseigner de fa\u00e7on certaine. Le Docteur Rousseau est si aimable, qu&rsquo;il se fera un r\u00e9el plaisir, j\u2019en suis s\u00fbr, de vous documenter. Il habite \u00e0 Rouen o\u00f9 il exerce; N&rsquo;ayant pas voulu devenir inspecteur militaire, il est donc devenu m\u00e9decin civil. Je n\u2019ai pas son adresse. Je vais ce soir m\u00eame la demander \u00e0 mon ami Gruault \u00e0 \u00ab D\u00e9tective \u00bb et la joindrai \u00e0 ma lettre.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 la\u00ab trempe \u00bb qu&rsquo;on vous a donn\u00e9e commentant la mienne, Mon Dieu\u00a0! C&rsquo;est exag\u00e9r\u00e9. Je suis un homme comme un autre, mais il m\u2019a bien fallu me d\u00e9fendre pour ne pas laisser mes os dans les ge\u00f4les ou les for\u00eats tropicales. J&rsquo;ai eu la chance de m&rsquo;en sortir. C&rsquo;est tout.<\/p>\n<p>Usez de moi comme et quand vous voulez :<\/p>\n<p>Je pars demain soir avec la pi\u00e8ce d\u2019Albert Londres, c&rsquo;est pourquoi je vous demande d\u2019excuser ma r\u00e9ponse h\u00e2tive.<\/p>\n<p>Croyez, je vous prie \u00e0 mes meilleurs sentiments et \u00e0 mes v\u0153ux pour votre livre prochain.<\/p>\n<p>Vous pouvez m\u2019\u00e9crire \u00e0 mon adresse\u00a0; on me fait suivre.<\/p>\n<p>Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9<\/p>\n<p>Au moment de clore ma lettre, je me rappelle ceci, \u00e0 propos de gu\u00e9risseurs :<\/p>\n<p>Un for\u00e7at est atteint d\u2019un coup de soleil : un rayon a travers\u00e9 la toiture et s\u2019est pos\u00e9 sur la t\u00eate du for\u00e7at faisant la sieste. Le pauvre est \u00e9carlate, il souffre. Un vieux for\u00e7at, B\u00e2tis, prend un verre d\u2019eau, y jette un louis d\u2019or, renverse le verre sur ta t\u00eate du malade sans faire verser l\u2019eau, et cherche, en promenant le verre sur la t\u00eate, l\u2019endroit pr\u00e9cis du coup de soleil. Arriv\u00e9 \u00e0 cet endroit, l\u2019eau du verre se met peu \u00e0 peu \u00e0 bouillir, le Louis d\u2019or danse dans le verre et le patient se sent de mieux en mieux et finalement compl\u00e8tement bien. C\u2019est un rem\u00e8de cr\u00e9ole. On ne l\u2019explique pas, on le constate. Je l\u2019ai vu de mes yeux.<\/p>\n<p>Une autre maladie, le pion ou p\u00e9on, sorte de bobos co\u00fbteux qui voyagent d\u2019une place \u00e0 l\u2019autre sur le corps, produit par le fr\u00f4lement d\u2019une herbe ou liane en brousse, se gu\u00e9rit ainsi : mettre sur les plaies des feuilles de n\u00e9nuphar que l\u2019on trouve sur les flaques d\u2019eau des savanes. La gu\u00e9rison, partit-il est certaine.<\/p>\n<p>Le Docteur Rousseau doit conna\u00eetre ce rem\u00e8de, que la science ignore et n\u2019explique pas.<\/p>\n<p>E.D.<\/p>\n<p>Adresse Dr Rousseau<\/p>\n<p>20C laboratoire d\u2019hygi\u00e8ne<\/p>\n<p>Boulevard des Belges<\/p>\n<p>Rouen<\/p>\n<p>Actuellement en vacances, ses lettres suivent sans doute.<\/p>\n<p>E.D.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La lettre porte en en-t\u00eate l\u2019adresse du d\u00e9corateur-fabricant de meubles \u00e9tabli au 75 de la rue du Faubourg Saint Antoine dans le XIe arrondissement parisien. Elle est dat\u00e9e du 21 ao\u00fbt 1930. \u00a0Depuis son retour du Br\u00e9sil en novembre 1927, Eug\u00e8ne Dieudonn\u00e9 m\u00e8ne une vie libre et tranquille dans son atelier. 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