{"id":4407,"date":"2018-08-01T09:41:17","date_gmt":"2018-08-01T07:41:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4407"},"modified":"2018-08-01T09:41:17","modified_gmt":"2018-08-01T07:41:17","slug":"liberez-jacob","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2018\/08\/liberez-jacob\/","title":{"rendered":"Lib\u00e9rez Jacob !"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4409 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-280x300.jpg\" alt=\"\" width=\"142\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-280x300.jpg 280w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-768x823.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-956x1024.jpg 956w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob.jpg 1025w\" sizes=\"(max-width: 142px) 100vw, 142px\" \/><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4410 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Jacob-au-bagne-caricature-anonyme.jpg\" alt=\"\" width=\"141\" height=\"154\" \/>Marie Jacob n\u2019a jamais baiss\u00e9 les bras. Elle \u00ab\u00a0a la foi en gomme (\u2026)\u00a0; \u00e0 terre d\u2019un bond, elle rebondit d\u2019un autre, toujours vivace\u00a0\u00bb comme le lui \u00e9crit son bagnard de fils le 4 juin 1923 alors qu\u2019elle tentait une d\u00e9marche aupr\u00e8s du Grand Orient de France, \u00e9tabli au 16 de la rue Cadet dans le 9e arrondissement de Paris. Le \u00ab\u00a0prisonnier de guerre sociale\u00a0\u00bb doute pourtant au d\u00e9but des ann\u00e9es 1920 de l\u2019efficace dynamisme de sa m\u00e8re aimante. Il se leurre. Second\u00e9e par Andr\u00e9 Aron, avocat et ami du s\u00e9nateur-maire de Cahors Anatole de Monzie issu de la Gauche D\u00e9mocrate, la vieille couturi\u00e8re parvient \u00e0 toucher et \u00e0 convaincre autour d\u2019elle. Si l\u2019\u00e9poque est \u00e0 la critique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e du bagne depuis les articles d\u2019Albert Londres, la victoire \u00e9lectorale du cartel des gauches en 1924 ouvre une heureuse et nouvelle perspective en autorisant le relais d\u2019une campagne de presse dans les milieux gouvernementaux. En 1925, la t\u00e9nacit\u00e9 de Marie Jacob finit par \u00e9mouvoir deux journalistes\u00a0: Francis Million du Peuple et Louis Roubaud du <em>Quotidien<\/em>. L\u2019horizon chim\u00e9rique de la lib\u00e9ration du matricule 34777 commence \u00e0 s\u2019\u00e9claircir.<!--more--><\/p>\n<p>Nous avons d\u00e9crit le 12 avril 2014 dans l\u2019article<em><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/04\/antoine-mesclon-l%e2%80%99affaire-capeletti-et-le-forcat-jacob\/\"> Vers la lib\u00e9ration<\/a> <\/em>le long processus qui permet de sortir Jacob de l\u2019enfer carc\u00e9ral guyanais. Nous tenons \u00e0 remercier Jean-Fran\u00e7ois Amary qui, r\u00e9guli\u00e8rement, s\u2019ab\u00eeme les yeux sur Gallica pour nous souligner \u00e7\u00e0 et l\u00e0 des papiers remarquables. Le site internet de la Biblioth\u00e8que Nationale de France a depuis peu mis en ligne tous les num\u00e9ros du <em>Peuple<\/em>. La lecture de la s\u00e9rie \u00a0des treize articles de l\u2019organe de la CGT, du 27 f\u00e9vrier au 16 mai 1925, permet de confirmer le visc\u00e9ral amour maternel de Marie Jacob pour son fils, bagnard d\u00e9crit comme largement repenti et amend\u00e9. Elle t\u00e9moigne aussi de l\u2019incroyable r\u00e9seau de soutiens tiss\u00e9s autour de sa personne. Elle constitue encore un exceptionnel corpus sur la vie de Barrabas aux \u00eeles du Salut, un des for\u00e7ats les plus remarquables de la Guyane.<\/p>\n<p>De l\u2019anarchiste Sautarel \u00e0 Albert Londres, en passant par \u00ab\u00a0l\u2019oncle\u00a0\u00bb Louis Rousseau, Georgette Bouillot, la \u00ab\u00a0bonne voisine\u00a0\u00bb dans la correspondance du bagnard avec sa m\u00e8re[1], et beaucoup d\u2019autres, tous les t\u00e9moignages convergent\u00a0sur cette imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 : il faut lib\u00e9rer Jacob\u00a0! Car Marie Jacob, portraitur\u00e9e comme une m\u00e8re courage, le m\u00e9rite\u00a0! Car le bagnard exemplaire Jacob le m\u00e9rite ! Le 8 juillet 1925, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Gaston Doumergue, accueille favorablement la requ\u00eate de Marie Jacob. La peine de travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 est commu\u00e9e en une peine de cinq ann\u00e9es de r\u00e9clusion \u00e0 purger en m\u00e9tropole. \u00ab\u00a0Mme Jacob pourra revoir son fils\u00a0\u00bb titre le Peuple deux jours plus tard en annon\u00e7ant la mesure gracieuse qui doit \u00eatre officiellement annonc\u00e9e \u00e0 l\u2019occasion de la f\u00eate nationale.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4411 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"84\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme.png 603w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>27 f\u00e9vrier 1925<\/p>\n<p><strong>Le Calvaire d\u2019une M\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>J\u2019ai re\u00e7u la visite, il y a quelques semaines, d\u2019une pauvre femme qui m\u2019a racont\u00e9 la plus navrante histoire.<\/p>\n<p>Son fils, \u00e2g\u00e9 de 46 ans, est au bagne depuis plus de vingt ans et la m\u00e8re \u00e9plor\u00e9e veut \u00e0 tout prix revoir son enfant avant de mourir.<\/p>\n<p>Il s\u2019agit de Jacob, qui fut \u00e0 une \u00e9poque d\u00e9j\u00e0 lointaine, condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 par la Cour d\u2019assises de la Somme, pour pillages de ch\u00e2teaux et de demeures habit\u00e9es par des gens fortun\u00e9s.<\/p>\n<p>Jacob, dont le cerveau avait d\u00fb \u00eatre pr\u00e9cocement bourr\u00e9 par des th\u00e9ories extr\u00eames, avait voulu se dresser seul ou \u00e0 peu pr\u00e8s contre la Soci\u00e9t\u00e9 et il semblait avoir \u00e9t\u00e9 inspir\u00e9 dans ses actes par le projet de r\u00e9aliser, sur une \u00e9chelle restreinte, l\u2019expropriation des bourgeois.<\/p>\n<p>Comme cela \u00e9tait in\u00e9vitable, dans cette lutte in\u00e9gale, Jacob fut rapidement vaincu et une sentence implacable l\u2019envoya pour toujours \u00e0 la Guyane.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019est un condamn\u00e9 de droit commun, diront certains, son cas n\u2019est pas int\u00e9ressant ; il doit payer pour les fautes qu\u2019il a commises. \u00bb<\/p>\n<p>Il ne m\u2019appartient pas de juger si la condamnation qui a frapp\u00e9 Jacob, \u00e0 cette \u00e9poque, \u00e9tait trop s\u00e9v\u00e8re, pas plus d\u2019ailleurs que je n\u2019ai l\u2019intention d\u2019\u00e9mettre une appr\u00e9ciation sur la mentalit\u00e9 du Jacob d\u2019alors.<\/p>\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019une demande en r\u00e9vision de ce proc\u00e8s pas plus que de vaines r\u00e9criminations sur des faits qui sont d\u2019une autre \u00e9poque que la n\u00f4tre.<\/p>\n<p>Je ne connais pas Jacob, mais j\u2019ai vu sa m\u00e8re, et c\u2019est d\u2019elle surtout qu\u2019il importe en ce moment. Quand on a caus\u00e9 quelques minutes avec Mme Jacob, on comprend tout ce qu\u2019un c\u0153ur de m\u00e8re peut contenir de d\u00e9vouement et quel tr\u00e9sor de tendresse a pu accumuler une femme qui, depuis vingt ans, concentre toutes ses pens\u00e9es, toute sa vie, vers un but unique : revoir son fils !<\/p>\n<p>Je d\u00e9fie qui que ce soit, m\u00eame le magistrat le plus glac\u00e9, le plus imp\u00e9n\u00e9trable, de rester insensible devant cette douleur de m\u00e8re qui s\u2019exprime avec une sinc\u00e9rit\u00e9 irr\u00e9sistible !<\/p>\n<p>Inlassablement, patiemment, sans se laisser rebuter par les insucc\u00e8s, Mme Jacob a fait toutes les d\u00e9marches qui lui ont \u00e9t\u00e9 indiqu\u00e9es ; chaque fois, d\u00e9\u00e7ue, mais jamais d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 s\u2019arr\u00eater dans sa route, elle a recommenc\u00e9 mille tentatives pour tenter d\u2019int\u00e9resser au sort de son fils les personnes qu\u2019elle croyait susceptibles de l\u2019aider dans ses efforts.<\/p>\n<p>Quel douloureux calvaire il lui a fallu gravir avec un bien faible espoir d\u2019arriver \u00e0 un r\u00e9sultat, car le cas Jacob n\u2019est pas de ceux qui passionnent l\u2019opinion publique.<\/p>\n<p>Pour que le monde se partage en deux camps au sujet d\u2019un condamn\u00e9, il faut qu\u2019il y ait possibilit\u00e9 de doute sur sa culpabilit\u00e9. C\u2019est la r\u00e8gle du jeu et la condition de toute bataille de ce genre.<\/p>\n<p>Or, cette obligation n\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9e pour l\u2019affaire Jacob, puisqu\u2019il a \u00e9t\u00e9 reconnu coupable r\u00e9guli\u00e8rement par un jury et que cette culpabilit\u00e9, sauf en ce qui concerne l\u2019inculpation de meurtre, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e par l\u2019int\u00e9ress\u00e9. Mais apr\u00e8s avoir reconnu la faute commise, et quelle que soit sa gravit\u00e9, doit-on admettre que Jacob sera d\u00e9finitivement retranch\u00e9 du domaine des vivants et que sa m\u00e8re doit le consid\u00e9rer comme mort pour elle, l\u2019oc\u00e9an constituant une barri\u00e8re infranchissable entre la m\u00e8re et l\u2019enfant.<\/p>\n<p>Cela n\u2019\u00e9tait pas l\u2019intention des jur\u00e9s qui ont prononc\u00e9 la sentence, puisque Jacob n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 mort. Jacob avait \u00e0 peine 23 ans lorsqu\u2019il a accompli les actes pour lesquels il a \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9 au bagne. Que de folies cruelles ou g\u00e9n\u00e9reuses on peut commettre encore \u00e0 cet \u00e2ge suivant les entra\u00eenements auxquels on est soumis. Dans quelles dangereuses erreurs, il est possible de glisser quand on a quotidiennement pr\u00e8s de soi la Mis\u00e8re comme mauvaise conseill\u00e8re ?<\/p>\n<p>Mais un usage courant a admis dans les m\u0153urs judiciaires la loi de pardon pour les fautes b\u00e9nignes commises par des jeunes. Serait-il excessif de consid\u00e9rer qu\u2019une peine de vingt ans de travaux forc\u00e9s est un ch\u00e2timent suffisant pour un d\u00e9butant dans la vie qui a pris la mauvaise route ?<\/p>\n<p>Qu\u2019on se repr\u00e9sente l\u2019existence d\u2019un homme, malgr\u00e9 tout intelligent et ayant une certaine culture, qui reste pendant les vingt meilleures ann\u00e9es de sa jeunesse et de sa maturit\u00e9 dans l\u2019ambiance de l\u2019enfer qu\u2019est le bagne. D\u00e9prim\u00e9 physiquement sous les rayons de feu du soleil de la Guyane, loin de toutes ses affections, meurtri, bris\u00e9 autant qu\u2019on peut l\u2019\u00eatre dans son existence, c\u2019est l\u2019\u00e9pave humaine qui ne conserve qu\u2019un espoir de salut : le miracle que peut accomplir la tendresse de sa m\u00e8re.<\/p>\n<p>C\u2019est le plus dur des ch\u00e2timents. Punition m\u00e9rit\u00e9e, diront peut-\u00eatre des braves gens \u00e0 la sensibilit\u00e9 \u00e9teinte.<\/p>\n<p>Soit. Mais est-ce l\u2019Irr\u00e9parable ? Le mot \u00ab Jamais \u00bb peut-il \u00eatre jet\u00e9 \u00e0 la face de cette pauvre m\u00e8re qui tend ses bras vers celui qui, malgr\u00e9 toutes ses erreurs, n\u2019a cess\u00e9 d\u2019\u00eatre son fils bien cher ?<\/p>\n<p>N\u2019aurait-on laiss\u00e9 la vie \u00e0 ce malheureux que pour le torturer plus longtemps ?<\/p>\n<p>Cela semble impossible \u00e0 la raison et bien davantage encore au sentiment humain. Maintenant que Jacob a pay\u00e9 sa dette \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 il faut lui donner la possibilit\u00e9 de finir sa vie dignement en le rendant \u00e0 la tendresse que sa m\u00e8re veut lui prodiguer.<\/p>\n<p>Un recours en gr\u00e2ce, pr\u00e9sent\u00e9 par Mme Jacob, a \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9 r\u00e9cemment encore par la commission des gr\u00e2ces qui s\u2019est certainement fait une opinion seulement sur des notes administratives, sans tenir compte de sentiments qu\u2019elle estime ne pas avoir \u00e0 conna\u00eetre. Par contre, le pr\u00e9sident du conseil, M. Herriot, saisi de cette affaire, a donn\u00e9 un avis favorable pour la gr\u00e2ce. Malheureusement, la solution d\u00e9finitive d\u00e9pend soit du minist\u00e8re de la justice, soit du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique.<\/p>\n<p>Nous voulons esp\u00e9rer qu\u2019une mesure de cl\u00e9mence interviendra sous peu pour Jacob. Albert Londres qui lui a caus\u00e9, lors de son enqu\u00eate \u00e0 la Guyane, nous a apport\u00e9 son t\u00e9moignage en sa faveur. Des personnes d\u2019une honorabilit\u00e9 absolue, s\u2019engagent \u00e0 employer Jacob dans leur maison d\u00e8s sa lib\u00e9ration. D\u2019autres appuis spontan\u00e9s se sont manifest\u00e9s par des lettres qui nous ont \u00e9t\u00e9 adress\u00e9es et que le Peuple publiera prochainement.<\/p>\n<p>C\u2019est l\u2019appel simple et \u00e9mouvant d\u2019une m\u00e8re qui s\u2019\u00e9l\u00e8ve vers les puissances qui d\u00e9tiennent, \u00e0 l\u2019heure actuelle, la vie de Jacob sous leur plume. La brave femme se fait vieille, les tortures morales qu\u2019elle a subies l\u2019ont us\u00e9e, il ne faudrait pas que la cl\u00e9mence soit trop lente \u00e0 venir, car elle risquerait alors d\u2019arriver trop tard. Et la Justice n\u2019aurait pas gagn\u00e9 une brillante victoire en brisant inutilement un pauvre c\u0153ur de m\u00e8re.<\/p>\n<p>Francis MILLION<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4411 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"84\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme.png 603w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>28 f\u00e9vrier 1925<\/p>\n<p><strong>La requ\u00eate de Mme Jacob pour obtenir\u00a0 la gr\u00e2ce de son fils<\/strong><\/p>\n<p>Francis Million a expos\u00e9 hier le cas de Jacob, actuellement au bagne. Nous croyons devoir publier aujourd\u2019hui le texte de la lettre que Mme Jacob m\u00e8re a fait parvenir derni\u00e8rement au ministre de la justice. C\u2019est un expos\u00e9 de l\u2019affaire de son fils, \u00e9crit avec une simplicit\u00e9 vraiment touchante.<\/p>\n<p>R\u00e9sum\u00e9 de la triste vie de mon malheureux fils<\/p>\n<p>D\u00e8s l\u2019\u00e2ge de 11 ans, mon fils partit pour naviguer, ne pouvant supporter la vie que lui faisait son p\u00e8re quand il \u00e9tait sous l\u2019empire de l\u2019alcool, mon mari \u00e9tant un alcoolique violent.<\/p>\n<p>Mon fils n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre le plus s\u00e9rieux et le plus honn\u00eate des travailleurs. Les certificats de ses employeurs successifs : commandant de paquebot des Messageries Maritimes, commandant Freycinet, service de pilotage, patron typographe, restent d\u2019incontestables t\u00e9moignages de la dignit\u00e9 de sa vie tant qu\u2019on lui a laiss\u00e9 la possibilit\u00e9 de travailler honn\u00eatement. (Les certificats sont \u00e0 la Chancellerie).<\/p>\n<p>A l\u2019\u00e2ge de 17 ans, il commen\u00e7a \u00e0 apprendre le m\u00e9tier de typographe et c\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019il commen\u00e7a \u00e0 conna\u00eetre l\u2019engrenage terrible des d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec la police et la justice.<\/p>\n<p>A 17 ans, \u00e0 Marseille.<\/p>\n<p>Avocat, Me Pianello. Il est condamn\u00e9 \u00e0 six mois de prison, sans preuves, pour une affaire de chimie.<\/p>\n<p>Un peu plus tard, nouvelle affaire jug\u00e9e \u00e0 Aix-en-Provence.<\/p>\n<p>Avocat, Me Cabassal. Cette affaire est suivie d\u2019acquittement. Ensuite, \u00e0 Toulon, mon pauvre enfant est envoy\u00e9 dans une maison d\u2019ali\u00e9n\u00e9s d\u2019o\u00f9 il s\u2019\u00e9vada dix mois apr\u00e8s. Enfin, en 1903, c\u2019est la grande et terrible affaire finale d\u2019Amiens. (Avocat, Me Justal).<\/p>\n<p>Mon fils fut arr\u00eat\u00e9 le 22 avril 1903 et condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 le 25 mars 1905 par la Cour d\u2019Amiens. Il avait \u00e0 peine 23 ans et n\u2019avait commis aucun assassinat, ni m\u00eame une tentative de meurtre. C\u2019est par erreur que le dossier porte cette mention. La Chambre des requ\u00eates a d\u2019ailleurs re\u00e7u une d\u00e9nonciation en forfaiture au sujet de ce dossier. Toutes les demandes en gr\u00e2ce ont \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9es \u00e0 cause de cette mention de meurtre.<\/p>\n<p>Il y a dix-neuf ans que mon fils est intern\u00e9 aux Iles du Salut. Trois ans apr\u00e8s son arriv\u00e9e, en raison de sa bonne conduite, il allait passer sur le continent lorsqu\u2019il s\u2019est vu, \u00e9tant \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, impliqu\u00e9 dans un complot d\u2019\u00e9vasion, dont il n\u2019\u00e9tait pas cependant. Ensuite, il fut lentement empoisonn\u00e9 par un autre d\u00e9tenu. Le jour o\u00f9 son camarade et lui prirent \u2019empoisonneur sur le fait, il y eut une bataille o\u00f9 celui-ci fut tu\u00e9.<\/p>\n<p>Mon pauvre enfant fut condamn\u00e9 \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion, malgr\u00e9 les circonstances les plus att\u00e9nuantes et la preuve officielle qu\u2019on l\u2019avait empoisonn\u00e9. Mais le proc\u00e8s \u00e9tait entach\u00e9 de telles irr\u00e9gularit\u00e9s que la Cour de cassation le rompit et l\u2019on r\u00e9duisit la peine \u00e0 deux ans avec la pr\u00e9vention ; il fit tout de m\u00eame quatre ans.<\/p>\n<p>A sa sortie, il croyait \u00eatre enfin tranquille. H\u00e9las ! Un mois apr\u00e8s, il est de nouveau inculp\u00e9 de tentative d\u2019\u00e9vasion. Il passe en jugement et fut acquitt\u00e9, mais il avait fait encore six mois de r\u00e9clusion. Il a fini par passer de deuxi\u00e8me classe, apr\u00e8s quatorze ans de d\u00e9tention, \u00e0 la premi\u00e8re classe le 1er avril 1920.<\/p>\n<p>Mon fils bien-aim\u00e9 m\u2019a constamment \u00e9crit des lettres dans lesquelles il me donne les plus formelles assurances de ses intentions de mener une vie r\u00e9guli\u00e8re et exempte d\u00e9sormais de reproche, s\u2019il peut avoir le bonheur de revenir en France. Il n\u2019a cess\u00e9 de me t\u00e9moigner la plus grande affection.<\/p>\n<p>Je vous en prie, rendez-moi mon fils !<\/p>\n<p>Marie JACOB<\/p>\n<p>P.-S.\u00a0: J\u2019ai fait parvenir une lettre de demande en gr\u00e2ce \u00e0 M. Herriot , pr\u00e9sident du Conseil, qui l\u2019a apostill\u00e9e favorablement.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<div id=\"attachment_321\" style=\"width: 137px\" class=\"wp-caption alignleft\"><img aria-describedby=\"caption-attachment-321\" decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-321\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres-198x300.jpg\" alt=\"\" width=\"127\" height=\"192\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres-198x300.jpg 198w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/albert-londres.jpg 283w\" sizes=\"(max-width: 127px) 100vw, 127px\" \/><p id=\"caption-attachment-321\" class=\"wp-caption-text\">Albert Londres<\/p><\/div>\n<p><strong>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>1er mars<\/p>\n<p><strong>Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le t\u00e9moignage d\u2019Albert Londres<\/strong><\/p>\n<p>Notre camarade Francis Million a re\u00e7u la lettre suivante :<\/p>\n<p><strong>A M. Francis Million, directeur du \u00ab Peuple \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Paris 2 f\u00e9vrier 1925.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cher monsieur<\/strong><\/p>\n<p>Des d\u00e9marches sont tent\u00e9es pour obtenir la gr\u00e2ce du transport\u00e9 Jacob, matricule 34.777.<\/p>\n<p>J\u2019ai vu Jacob aux \u00eeles du Salut. Depuis vingt-deux ans cet homme a bien pay\u00e9 sa dette \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. C\u2019est un devoir pour nous d\u2019aider sa m\u00e8re \u00e0 revoir son fils. Je me joins \u00e0 vous pour demander cette mesure de cl\u00e9mence et suis pr\u00eat \u00e0 vous aider autant qu\u2019il sera en mon pouvoir.<\/p>\n<p>Croyez, cher monsieur, \u00e0 mes sentiments tr\u00e8s sinc\u00e8res.<\/p>\n<p>Albert Londres<\/p>\n<p>Une offre g\u00e9n\u00e9reuse<\/p>\n<p>Jacob est assur\u00e9 d\u2019avoir d\u00e8s sa lib\u00e9ration<\/p>\n<p>D\u2019autre part notre directeur a re\u00e7u cette lettre qui renferme une offre vraiment g\u00e9n\u00e9reuse, et qui suffira \u00e0 lever les h\u00e9sitations de ceux qui auront \u00e0 se prononcer, en derni\u00e8re analyse, sur le cas Jacob :<\/p>\n<p>A M. Million, directeur du journal le \u00ab Peuple \u00bb, 67, quai de Valmy.<\/p>\n<p>Monsieur,<\/p>\n<p>Mme veuve Jacob me demande de vous faire conna\u00eetre mon sentiment sur la demande en gr\u00e2ce qu\u2019elle a pr\u00e9sent\u00e9e en faveur de son fils, Alexandre Jacob, transport\u00e9 aux \u00eeles du Salut.<\/p>\n<p>Depuis plus de dix ans, alors que j\u2019\u00e9tais encore \u00e0 la cour d\u2019appel de Paris, j\u2019ai fait de nombreuses d\u00e9marches en faveur de Jacob qui, \u00e0 mon avi, avait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s durement condamn\u00e9 en vertu des opinions politiques qu\u2019il avait affich\u00e9es, et qui ont sensiblement aggrav\u00e9 dans l\u2019esprit du jury les faits dont il s\u2019\u00e9tait rendu coupable.<\/p>\n<p>Des renseignements personnes que j\u2019ai obtenus de toute part sur la conduite de Jacob aux \u00eeles du Salut, sa correspondance avec sa m\u00e8re dont j\u2019ai pris connaissance depuis de nombreuses ann\u00e9es, m\u2019ont permis d\u2019appr\u00e9cier l\u2019\u00e9nergie et le courage d\u2019un caract\u00e8re tremp\u00e9 par les \u00e9preuves les plus rudes, et je crois \u00e9galement que l\u2019amendement de Jacob est absolu.<\/p>\n<p>J\u2019ajoute que sa m\u00e8re repr\u00e9sente pour moi l\u2019exemple le plus \u00e9lev\u00e9 d\u2019une vie de labeur enti\u00e8rement consacr\u00e9e au rel\u00e8vement et \u00e0 l\u2019am\u00e9lioration du sort de son fils.<\/p>\n<p>A ce double titre, je suis tout pr\u00eat, si Jacob est l\u2019objet d\u2019une mesure de gr\u00e2ce, \u00e0 l\u2019engager \u00e0 mon service, consid\u00e9rant qu\u2019il peut reprendre sa place dans la soci\u00e9t\u00e9, apr\u00e8s avoir ch\u00e8rement rachet\u00e9 ses fautes pass\u00e9es.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-3119 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"216\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier-215x300.jpg 215w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne-3-copier.jpg 414w\" sizes=\"(max-width: 155px) 100vw, 155px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>2 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/strong><\/p>\n<p>Le t\u00e9moignage du Dr Rousseau ancien m\u00e9decin des p\u00e9nitenciers qui connut le condamn\u00e9 aux Iles du Salut<\/p>\n<p>C\u2019est le t\u00e9moignage d\u2019un ancien m\u00e9decin de l\u2019arm\u00e9e coloniale, le docteur Louis Rousseau, actuellement m\u00e9decin de l\u2019office public d\u2019hygi\u00e8ne sociale de la Seine-Inf\u00e9rieure et qui connut Jacob aux Iles du Salut que nous invoquons aujourd\u2019hui en faveur de Jacob :<\/p>\n<p><strong>Rouen, 7 f\u00e9vrier 1925.<\/strong><\/p>\n<p>Docteur Louis Rousseau, ancien m\u00e9decin de l\u2019arm\u00e9e coloniale, m\u00e9decin de l\u2019Office public d\u2019hygi\u00e8ne sociale de la Seine-Inf\u00e9rieure, 21, rue Louis-Malliot, Rouen.<\/p>\n<p>A monsieur Million,<\/p>\n<p>Directeur du journal le Peuple,<\/p>\n<p>67, quai de Valmy, 67,<\/p>\n<p>Paris (Xme).<\/p>\n<p><strong>Monsieur,<\/strong><\/p>\n<p>Je remets \u00e0 une m\u00e8re malheureuse une lettre qui vous est destin\u00e9e et qu\u2019elle vous remettra elle-m\u00eame. Il s\u2019agit de Mme Marie Jacob dont le fils, qui a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, il y a plus de vingt ans d\u00e9j\u00e0, est \u2013 j\u2019en r\u00e9ponds pour l\u2019avoir connu aux Iles du Salut quand j\u2019\u00e9tais m\u00e9decin des p\u00e9nitenciers \u2013 incontestablement digne d\u2019une mesure gr\u00e2ciante.<\/p>\n<p>Les fautes commises par Jacob, il y ap lus de vingt ans, je les ai sues, je les ai oubli\u00e9es : ce que je puis vous affirmer, c\u2019est qu\u2019elles ont exclusivement consist\u00e9 en attentats \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9, sans la moindre violence contre les personnes, Jacob a donc \u00e9t\u00e9 durement condamn\u00e9.<\/p>\n<p>Jacob doit avoir 45 ans environ Tr\u00e8s intelligent, tr\u00e8s r\u00e9fl\u00e9chi, il a, d\u00e9sormais, perdu toute nocuit\u00e9. Sobre, sans autre passion que celle de l\u2019\u00e9tude, il m\u00e9rite plus que tout autre le b\u00e9n\u00e9fice des faveurs pr\u00e9vues par les lois.<\/p>\n<p>Je vous le recommande chaudement et bien sinc\u00e8rement.<\/p>\n<p>Malheureusement, Jacob s\u2019est fait mal voir de l\u2019ancienne Administration p\u00e9nitentiaire. Connaissant \u00e0 fond les lois et les r\u00e8glements, il s\u2019est fait, en maintes circonstances, l\u2019interpr\u00e8te de ses co-d\u00e9tenus l\u00e9s\u00e9s. L\u2019Administration lui en a voulu de lui pr\u00e9senter des r\u00e9clamations d\u2019une irr\u00e9prochable justesse de fond et \u00e9crites dans une forme impeccable. Elle en a fait un esprit frondeur, alors qu\u2019avec l\u2019\u00e2ge, Jacob est devenu un gar\u00e7on pos\u00e9, travailleur, de peu de besoins, apte \u00e0 gagner facilement sa vie apr\u00e8s une lib\u00e9ration \u00e0 laquelle je souhaite que vous coop\u00e9riez, si votre influence vous le permet.<\/p>\n<p>Si les hommes aupr\u00e8s de qui vous interviendrez ont besoin de mon t\u00e9moignage oral, je suis pr\u00eat \u00e0 me rendre \u00e0 Paris pour leur parler en faveur de Jacob.<\/p>\n<p>Recevez l\u2019assurance de mes meilleurs sentiments.<\/p>\n<p>Rousseau<\/p>\n<p>Nous avons omis hier, le nom de la personne qui tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reusement, s\u2019est offerte \u00e0 assurer \u00e0 Jacob un emploi d\u00e8s sa lib\u00e9ration. Il s\u2019agit de M. Aron.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4411 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"84\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme.png 603w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>4 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>Une \u00e9mouvante lettre de Georgette Bouillot<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons re\u00e7u de notre camarade Georgette Bouillot l\u2019\u00e9mouvante lettre suivante :<\/p>\n<p>Au camarade Million,<\/p>\n<p>Directeur du journal le Peuple,<\/p>\n<p>67, quai de Valmy, 67<\/p>\n<p>Paris (Xme).<\/p>\n<p><strong>Mon cher camarade,<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est avec un vif int\u00e9r\u00eat que j\u2019ai lu votre article paru dans le Peuple du 27 f\u00e9vrier, relatant le calvaire que gravit Mme Jacob depuis le d\u00e9part de son fils pour la Guyane.<\/p>\n<p>Connaissant particuli\u00e8rement Mme Jacob depuis 20 ans, permettez-moi d\u2019apporter ici le t\u00e9moignage de sinc\u00e8re admiration que cette femme m\u00e9rite \u2013 donnant ainsi ma modeste part \u00e0 l\u2019action que vous entreprenez pour la lib\u00e9ration de ce fils, par elle tant aim\u00e9.<\/p>\n<p>Mme Jacob travaille, car elle n\u2019a pas d\u2019autres ressources. Elle accomplit des travaux de couture \u00e0 la journ\u00e9e.<\/p>\n<p>C\u2019est en cette qualit\u00e9 que ma grand\u2019m\u00e8re eut recours \u00e0 elle, voil\u00e0 20 ans environ. Et depuis, elle devint pour ma famille \u2013 qui, pendant ces longues ann\u00e9es, put appr\u00e9cier sa loyaut\u00e9, son honn\u00eatet\u00e9, sa dignit\u00e9 et sa vaillance \u2013 plus qu\u2019une aide : une amie, repr\u00e9sentant la plus pure incarnation du d\u00e9vouement maternel.<\/p>\n<p>Elle est absolument seule, sans autre affection que celle de ce fils qui, dans ses lettres, lui t\u00e9moigne autant de tendresse que d\u2019encouragements.<\/p>\n<p>Depuis que je la connais, jamais un seul instant sa pens\u00e9e ne s\u2019est \u00e9cart\u00e9e de son unique souci : le triste sort de son fils. C\u2019est constamment qu\u2019elle parle de lui, et comme elle para\u00eet se soulager, cette pauvre m\u00e8re, lorsqu\u2019elle peut s\u2019\u00e9pancher !<\/p>\n<p>Elle sait le d\u00e9fendre et expliquer les \u00e9garements o\u00f9 sa jeunesse ignorante et trop impulsive l\u2019a conduit ; mais elle sait aussi d\u00e9crire les grandes qualit\u00e9s de c\u0153ur et de courage qui sont en lui.<\/p>\n<p>Que de souffrances endur\u00e9es par cette femme qui vit dans de continuelles angoisses, accomplissant d\u00e9marches sur d\u00e9marches dans l\u2019espoir \u2013 toujours d\u00e9\u00e7u \u2013 d\u2019obtenir la supr\u00eame joie de le revoir enfin !<\/p>\n<p>Mais elle vieillit et ses forces commencent \u00e0 l\u2019abandonner ; toujours aussi vaillamment cependant, elle suit la route qu\u2019elle s\u2019est trac\u00e9e : d\u00e9livrer son fils, le revoir, lui permettre de conna\u00eetre autre chose de la vie que les douleurs et les amertumes.<\/p>\n<p>C\u2019est avec l\u2019espoir de l\u2019aider \u00e0 atteindre ce but que je vous \u00e9cris.<\/p>\n<p>Puisse l\u2019action que vous avez entreprise aboutir \u00e0 l\u2019acte d\u2019humanit\u00e9 qui s\u2019impose. Merci pour elle, \u00e0 vous et aux personnes qui collaborent avec vous \u00e0 cette tentative qui, si elle est couronn\u00e9e de succ\u00e8s, lui permettra d\u2019avoir la supr\u00e8me consolation de terminer ses jours ayant \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle ce fils qu\u2019elle demande en gr\u00e2ce qu\u2019on lui rende.<\/p>\n<p>Avec l\u2019espoir d\u2019un r\u00e9sultat heureux et rapide, recevez mon cher camarade, mes plus fraternelles salutations.<\/p>\n<p>Georgette BOUILLOT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4411 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"84\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme.png 603w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>6 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>De nouvelles attestations en faveur du transport\u00e9<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons re\u00e7u de nouvelles attestations en faveur de Jacob, qui r\u00e9p\u00e8tent ce que nous avons d\u00e9j\u00e0 dit, \u00e0 savoir que le transport\u00e9 aux Iles du Salut est digne d\u2019int\u00e9r\u00eat et que sa gr\u00e2ce serait accueillie avec satisfaction par tous ceux qui l\u2019ont connu ou qui connaissent sa malheureuse m\u00e8re.<\/p>\n<p>L\u2019une \u00e9mane de M. Abric[2], ancien gestionnaire des approvisionnements aux Iles du Salut.<\/p>\n<p><strong>Draguignan, 7 f\u00e9vrier 1925.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Monsieur,<\/strong><\/p>\n<p>Madame veuve Jacob me demande de vouloir bien vous \u00e9crire au sujet de son fils transport\u00e9 aux Iles du Salut (Guyane fran\u00e7aise).<\/p>\n<p>Je le fais de grand c\u0153ur, attendu que j\u2019ai eu ce condamn\u00e9 \u00e0 mon service comme assign\u00e9, lorsque j\u2019ai \u00e9t\u00e9 affect\u00e9 aux Iles du Salut en 1921 et 1922 comme gestionnaire des approvisionnements.<\/p>\n<p>Je n\u2019ai eu qu\u2019\u00e0 me louer de lui, tant pour son travail que pour son honn\u00eatet\u00e9. Ma confiance en lui a \u00e9t\u00e9 bien plac\u00e9e, car ce gar\u00e7on que l\u2019on repr\u00e9sentait comme un caract\u00e8re indocile a montr\u00e9 dans son travail et dans son attitude chez moi une grande d\u00e9licatesse.<\/p>\n<p>Il est vraiment digne d\u2019int\u00e9r\u00eat et je serais fort heureux pour sa pauvre m\u00e8re et pour lui si votre intervention pouvait lui faire obtenir la gr\u00e2ce enti\u00e8re ou tout au moins une remise de peine.<\/p>\n<p>Dans cet espoir, je vous prie d\u2019agr\u00e9er mes salutations les meilleures.<\/p>\n<p>ABRIC ,<\/p>\n<p>Sous-agent comptable en retraite, Villa les Tro\u00ebnes, Av, de Montferrat, Draguignan (Var)<\/p>\n<p>Voici une autre lettre, non moins \u00e9mouvante que la pr\u00e9c\u00e9dente :<\/p>\n<p><strong>Paris, 4 mars 1925.<\/strong><\/p>\n<p>A Monsieur Million,<\/p>\n<p>Directeur du journal Le Peuple.<\/p>\n<p><strong>Monsieur,<\/strong><\/p>\n<p>Ayant suivi la campagne du Peuple que vous menez pour obtenir la lib\u00e9ration du fils de Mme Jacob, je tiens \u00e0 apporter une marque de sympathie en faveur de cette pauvre m\u00e8re que je connais depuis une quinzaine d\u2019ann\u00e9es et que j\u2019estime beaucoup.<\/p>\n<p>J\u2019ai suivi journellement le calvaire qu\u2019elle subit depuis qu\u2019elle est s\u00e9par\u00e9e de son fils et j\u2019ai pu appr\u00e9cier la grandeur de son d\u00e9vouement maternel. J\u2019ai lu nombre de lettres de son fils et j\u2019ai constat\u00e9 combien ces deux \u00eatres si loin l\u2019un de l\u2019autre \u00e9taient r\u00e9unis par la pens\u00e9e et ne vivaient que dans le seul espoir de se revoir un jour. Puisse mon humble t\u00e9moignage contribuer au rapprochement de ces deux malheureux !<\/p>\n<p>L. JANNOT<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-881 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1-227x300.jpg\" alt=\"\" width=\"166\" height=\"219\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1-227x300.jpg 227w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/les-mysteres-du-bagne-de-jean-normand-1.jpg 364w\" sizes=\"(max-width: 166px) 100vw, 166px\" \/><\/p>\n<p><strong>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>8 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Une lib\u00e9ration d\u00e9sirable<\/strong><\/p>\n<p><strong>La vie de Jacob \u00e0 la Guyane<\/strong><\/p>\n<p>Nous reproduisons ci-apr\u00e8s un passage d\u2019une publication ayant pour titre <em>Les Myst\u00e8res du Bagne<\/em>, dans laquelle l\u2019auteur Jean Normand[3], qui a connu Jacob \u00e0 la Guyane, donne des appr\u00e9ciations tr\u00e8s int\u00e9ressantes sur son caract\u00e8re et ses id\u00e9es actuelles :<\/p>\n<p>C\u2019est un homme vif, adroit, d\u2019une intelligence sup\u00e9rieure, apte \u00e0 s\u2019assimiler rapidement toutes choses, courageux et combatif, \u00e0 la fois enthousiaste et froid, loyal avec ses \u00e9gaux, rus\u00e9 avec l\u2019ennemi (c\u2019est ainsi qu\u2019il appelle son ma\u00eetre). Malheureusement, il est beaucoup trop imaginatif et compliqu\u00e9 dans ses projets qui seraient excellents s\u2019il avait affaire \u00e0 d\u2019autres Jacob, mais qui, avec une population comme la population p\u00e9nale, sont des plus d\u00e9fectueux. Il s\u2019en est d\u2019ailleurs aper\u00e7u \u00e0 ses d\u00e9pens, car il a \u00e9t\u00e9 fort souvent tromp\u00e9 par celle-ci, ce qui l\u2019arr\u00eate maintenant dans sa d\u00e9cision qui fut rapide dans sa jeunesse. S\u2019il est d\u2019une probit\u00e9 excessive avec ses \u00e9gaux, il ne d\u00e9daigne pas de rouler l\u2019ennemi (traduisez tous ceux qui, petits ou grands, repr\u00e9sentent l\u2019administration) et ce, avec une \u00e9vidente satisfaction. Se fait vieux maintenant, car il y aura bient\u00f4t vingt ans qu\u2019il est aux Iles du Salut. Il se soutient dans cette longue d\u00e9tention par la pens\u00e9e de sa m\u00e8re qu\u2019il aime profond\u00e9ment. A lu et lit encore \u00e9norm\u00e9ment. Tr\u00e8s \u00e9pris de Nietzsche, il ne s\u2019est assimil\u00e9 que la rudesse de cet auteur, mais il est rest\u00e9 inaccessible aux id\u00e9es d\u2019un Ruskin ou, d\u2019un Duhamel qu\u2019il trouve trop chr\u00e9tiens. En un mot, c\u2019est un des types les plus int\u00e9ressants \u00e0 \u00e9tudier, et \u00e0 mon avis, un des hommes les plus marquants du bagne. N\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 m\u00eame effleur\u00e9 par aucun des vices si nombreux inh\u00e9rents \u00e0 la cat\u00e9gorie p\u00e9nale. J\u2019ai fait gamelle avec lui pendant deux ans, et ne l\u2019ai jamais perdu de vue depuis huit ans. Libre, il se consacrerait, je pense, au commerce pour lequel il a de tr\u00e8s grandes aptitudes.<\/p>\n<p>Depuis sa venue au bagne, Jacob, comme tout homme qui change de milieu, a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 et son \u00e9volution est assez int\u00e9ressante pour le psychologue et vaut qu\u2019on en parle. D\u00e8s qu\u2019il a un moment de tranquillit\u00e9, c\u2019est pour se plonger dans ses livres, ses nombreux d\u00e9m\u00eal\u00e9s avec la justice et les questions juridiques. Il demanda \u00e0 sa m\u00e8re, qui les lui envoya, tous les livres de droit touchant aux questions criminelles et se mit \u00e0 l\u2019\u00e9tude, en sorte que maintenant Jacob est, pour ainsi dire, impr\u00e9gn\u00e9 des id\u00e9es de droit.<\/p>\n<p>Dans ses premi\u00e8res ann\u00e9es de captivit\u00e9, il essaya de conqu\u00e9rir sa\u00a0 libert\u00e9 dans l\u2019\u00e9vasion ; maintenant il n\u2019esp\u00e8re plus que la l\u00e9galit\u00e9. C\u2019est l\u00e0 un curieux ph\u00e9nom\u00e8ne de transformisme : Jacob \u00e9tudie le droit pour se mieux d\u00e9fendre, pour s\u2019en servir et c\u2019est le droit, je veux dire l\u2019esprit du droit, qui l\u2019a saisi tout entier.<\/p>\n<p>A l\u2019heure actuelle, le moi pensant de Jacob est surtout un curieux compos\u00e9 de Nietzsche, et des juristes, lesquels sont pourtant assez distants les uns des autres. Jacob re\u00e7oit p\u00e9riodiquement Le Mercure de France, aussi sa pens\u00e9e sur l\u2019actualit\u00e9 litt\u00e9raire, artistique, philosophique, historique, scientifique, a subi l\u2019influence heureuse des \u00e9crivains de ce bel organe. Il pense litt\u00e9rature avec Jean de Gourmont, Rachilde, etc., il voit les arts avec Georges Kahn, le th\u00e9\u00e2tre avec Henri B\u00e9rand, les journaux avec de Bury, le droit d\u2019actualit\u00e9 ave Renaud, l\u2019histoire avec Barth\u00e9l\u00e9my, les questions militaires avec Jean Morel, et les sciences avec Georges Bohn. C\u2019est encore \u00ab l\u2019influence du milieu \u00bb de Lamarck, aussi vraie, et plus que la \u00ab s\u00e9lection naturelle \u00bb de Darwin. C\u2019est toujours in\u00e9luctablement le d\u00e9terminisme. Le libre arbitre de Jacob est maintenant r\u00e9duit \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Ce qu\u2019il y a en lui de l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 m\u00e9ridionale transpara\u00eet dans quelques gestes exub\u00e9rants, dans une mimique des plus expressives. Ses id\u00e9es ne sont plus maintenant emball\u00e9es, enthousiastes, comme par le pass\u00e9 ; aujourd\u2019hui, il est impr\u00e9gn\u00e9 depuis trop longtemps et avec trop de persistance de la pens\u00e9e froide, r\u00e9fl\u00e9chie, pos\u00e9e, des juristes. Le plus curieux de l\u2019affaire, c\u2019est qu\u2019en observant les Jacob, les Stier, les Deboe, Ullmo, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 pris aux m\u00eames influences, et qu\u2019en les d\u00e9crivant il me semble que c\u2019est de moi que je parle.<\/p>\n<p>En revenant \u00e0 Jacob, et pour en terminer avec lui, il est juste de dire qu\u2019il a rendu infiniment de services \u00e0 la population p\u00e9nale par sa connaissance du droit. Nombreux sont les transport\u00e9s, d\u00e9tenus aux Iles du Salut qui lui doivent de fortes r\u00e9ductions de peine, et si beaucoup d\u2019entre eux savent maintenant se d\u00e9fendre, c\u2019est \u00e0 lui qu\u2019ils le doivent, moi le premier.<\/p>\n<p>Jean NORMAND.<\/p>\n<p><em>Les myst\u00e8res du Bagne<\/em>, ou 4 ans chez les for\u00e7ats.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4414 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Sautarel-5.jpg\" alt=\"\" width=\"84\" height=\"112\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>9 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>Une lettre du directeur du \u00ab Bonnet Catalan \u00bb<\/strong><\/p>\n<p>Notre directeur a re\u00e7u de M. Jacques Sautarel, directeur du Bonnet Catalan, la lettre suivante :<\/p>\n<p><strong>Monsieur,<\/strong><\/p>\n<p>Je vous f\u00e9licite de l\u2019article \u00e9mouvant que vous avez \u00e9crit pour sauver du bagne et infortun\u00e9 Jacob, et pour apaiser le c\u0153ur de sa pauvre et vieille m\u00e8re depuis vingt ans angoiss\u00e9e.<\/p>\n<p>Votre courage est d\u2019un civisme exemplaire, et je vous applaudis.<\/p>\n<p>Puissiez-vous aboutir assez t\u00f4t et h\u00e2ter l\u2019heure de la justice, dont a tant besoin ce malheureux, victime du sort.<\/p>\n<p>Combien qui jouissent de la libert\u00e9 et des honneurs qui ne valent pas un de ses orteils. Personnellement je l\u2019ai jug\u00e9 de pr\u00e8s, c\u2019est le plus d\u00e9licat et le meilleur des hommes.<\/p>\n<p>Dans peu de temps je joindrai mon effort au v\u00f4tre en envoyant par mon journal une \u00ab Lettre ouverte \u00bb \u00e0 M. Herriot.<\/p>\n<p>Dans l\u2019attente, croyez \u00e0 ma consid\u00e9ration distingu\u00e9e.<\/p>\n<p>Jacques SAUTAREL,<\/p>\n<p>Directeur du journal <em>Le Bonnet Catalan<\/em> \u00e0 Perpignan.<\/p>\n<p>Le Peuple. 9 mars 1925<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"size-medium wp-image-4411 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"84\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme-300x84.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Screenshot_2018-08-01-Le-Peuple-organe-quotidien-du-syndicalisme.png 603w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>12 mars 1925<\/p>\n<p><strong>La gr\u00e2ce de Jacob<\/strong><\/p>\n<p>La refuser, ce serait proc\u00e9der contre tout le droit moderne et infliger un amer d\u00e9menti aux promesses de la soci\u00e9t\u00e9 justici\u00e8re<\/p>\n<p>Un \u00e9pisode dans la dure histoire de la Justice. L\u2019opinion en a \u00e9t\u00e9 saisie par l\u2019\u00e9mouvant appel que lan\u00e7ait Million dans le Peuple le 26 f\u00e9vrier.<\/p>\n<p>C\u2019est d\u00e9sormais affaire \u00e0 tous les gens de c\u0153ur de collaborer, par leurs pressantes sollicitations, \u00e0 la d\u00e9cision du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique et de ses bureaux, au nom, sans doute, du plus pur des sentiments qui aient jamais fleuri sur l\u2019humanit\u00e9, l\u2019amour maternel, mais aussi en plein accord avec les notions du droit moderne.<\/p>\n<p>La jeunesse de Jacob fut d\u00e9lictueuse. Peu doit importer, en face de la longue expiation, l\u2019erreur de jadis, si criminelle qu\u2019elle ait pu \u00eatre au regard de la soci\u00e9t\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019aucune tache de sang n\u2019a souill\u00e9 ineffa\u00e7ablement les mains du condamn\u00e9. Plus l\u2019on avance en \u00e2ge, plus aigu\u00eb est l\u2019angoisse du mal et des responsabilit\u00e9s dont la conscience de tous est charg\u00e9e. C\u2019est hier qu\u2019un Oratorien disait, du haut de la chaire de Notre-Dame, s\u2019adressant \u00e0 son public d\u2019hommes favoris\u00e9s par la fortune et la situation ; \u00ab Est-ce qu\u2019il ne vous arrive pas, quelquefois au moins, de voir se dresser l\u2019angoissant probl\u00e8me du mal, ni de soup\u00e7onner que dans ces calamit\u00e9s vous pourriez \u00eatre complices, oui, complices, par votre indiff\u00e9rence, \u00e0 am\u00e9liorer, ou votre \u00e2pret\u00e9 \u00e0 maintenir un ordre social d\u00e9fectueux en tant de parties, pour ne pas dire criant d\u2019injustice ? \u00bb Au moment o\u00f9, ayant \u00e0 parler de la gr\u00e2ce de Jacob, j\u2019\u00e9voque le droit moderne, je ne puis me retenir d\u2019apparenter les paroles prononc\u00e9es dimanche dernier par l\u2019h\u00e9ritier de Lacordaire au farouche r\u00e9quisitoire que jadis, en livrant sa t\u00eate coupable, un propagandiste effr\u00e9n\u00e9 jetait comme une supr\u00eame explication, \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 malfaisante et complice de tant d\u2019aberration.<\/p>\n<p>Mais je ne veux m\u00eame pas ici chercher les excuses, pourtant profondes, aux actes d\u2019Alexandre Jacob, il y a vingt-trois ans.<\/p>\n<p>Vingt ann\u00e9es de bagne p\u00e8sent sur eux. Ne suffisent-elles pas \u00e0 l\u2019expiation ou faut-il que celle-ci soit \u00e9ternelle ?<\/p>\n<p>En d\u00e9cr\u00e9tant la perp\u00e9tuit\u00e9 de la peine, que la Convention avait ray\u00e9e de nos lois, le l\u00e9gislateur semble bien s\u2019\u00eatre recul\u00e9 en de\u00e7\u00e0 du droit moderne. Un croyant pourrait dire qu\u2019il s\u2019appropriait le r\u00f4le de Dieu. Il y a quelque immoralit\u00e9 \u00e0 dire au coupable ; \u00ab Toute ta vie tu expieras jusqu\u2019au bout, quoi que tu fasses, quoi que tu t\u00e9moignes en faveur de ta r\u00e9novation et de ton repentir. \u00bb La perp\u00e9tuit\u00e9 du bagne, sans att\u00e9nuation, serait ainsi une sorte de prime \u00e0 l\u2019endurcissement d\u2019une \u00e2me d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Les ma\u00eetres de nos Codes l\u2019ont si bien compris qu\u2019apr\u00e8s avoir r\u00e9tabli la p\u00e9nalit\u00e9 perp\u00e9tuelle, ils en ont att\u00e9nu\u00e9 le caract\u00e8re au moyen du droit de gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>La gr\u00e2ce\u2026 Petite lueur d\u00e9sormais qui atteint le fond de l\u2019enfer. Lointaine comme une \u00e9toile, fragile ainsi qu\u2019une flamme de cierge et que le damn\u00e9 guette d\u2019un \u0153il noy\u00e9 d\u2019espoirs et travers\u00e9 d\u2019angoisse.<\/p>\n<p>Une \u00e2me coupable mais virile, une conscience p\u00e9cheresse mais inqui\u00e8te doit trouver l\u00e0 de quoi la r\u00e9conforter dans ses \u00e9preuves et l\u2019exciter au rel\u00e8vement. Mais qu\u2019on y prenne garde. Refuser alors une gr\u00e2ce m\u00e9rit\u00e9e, justifi\u00e9e, ce serait proc\u00e9der contre tout le droit moderne et infliger un amer d\u00e9menti aux promesses de la Soci\u00e9t\u00e9 justici\u00e8re. Si l\u2019exemplarit\u00e9 de la peine consiste dans l\u2019intimidation, celle de la gr\u00e2ce porte le beau nom d\u2019exhortation. Mais comment exhorter au bien si l\u2019on est parjure ?<\/p>\n<p>J\u2019entends que le droit de gr\u00e2ce s\u2019exerce dans des limites et avec des conditions que le fait et la coutume ont fix\u00e9es. Il faut que soit constat\u00e9e l\u2019am\u00e9lioration du condamn\u00e9, que certaines assurances soient prises pour \u00e9viter de le laisser, sit\u00f4t sa lib\u00e9ration, en proie \u00e0 des p\u00e9rils et des \u00e9preuves qui lui rendent impossible ou de vivre mat\u00e9riellement, ou de r\u00e9sister aux tristes tentations.<\/p>\n<p>Dans le cas d\u2019Alexandre Jacob, toutes ces conditions sont r\u00e9alis\u00e9es. Relisez le dossier \u00e9tabli et publi\u00e9 par les soins du Peuple.\u00a0 Voici des t\u00e9moignages impressionnants, des attestations d\u00e9cisives, \u00e9manant de fonctionnaires attentifs, de sp\u00e9cialistes \u00e9minents. C\u2019est M. Abric, ancien gestionnaire des approvisionnements aux Iles du Salut, qui pr\u00e9cise \u00ab l\u2019honn\u00eatet\u00e9 \u00bb, la \u00ab d\u00e9licatesse \u00bb, le \u00ab labeur \u00bb du condamn\u00e9 plac\u00e9 sous ses ordres. C\u2019est M. le docteur Rousseau, ancien m\u00e9decin des p\u00e9nitenciers, aujourd\u2019hui m\u00e9decin de l\u2019Office public d\u2019hygi\u00e8ne sociale de la Seine-Inf\u00e9rieure, qui affirme que Jacob a perdu toute nocuit\u00e9, qu\u2019il est devenu un \u00ab gar\u00e7on pos\u00e9, travailleur, de peu de besoins \u00bb, et qui \u00ab m\u00e9rite plus que tout autre, le b\u00e9n\u00e9fice des faveurs pr\u00e9vues par les lois \u00bb. C\u2019est notre confr\u00e8re, M. Albert Londres, dont on conna\u00eet les enqu\u00eates scrupuleuses inspir\u00e9es par le souci de l\u2019exacte v\u00e9rit\u00e9, et qui consid\u00e8re \u00ab comme un devoir pour lui d\u2019aider Mme Jacob \u00e0 revoir son fils \u00bb. D\u2019autre part, lib\u00e9r\u00e9, Jacob est assur\u00e9 d\u2019un emploi aupr\u00e8s d\u2019une personne dont le geste g\u00e9n\u00e9reux est un exemple de conscience civique et d\u2019\u00e9l\u00e9gance morale.<\/p>\n<p>Les recommandations du droit et de la loi, les pr\u00e9cisions de l\u2019exp\u00e9rience, les arguments de la raison, les garanties d\u2019une direction tut\u00e9laire \u2013 tel est l\u2019ensemble harmonieux et solide qui milite en faveur de la gr\u00e2ce d\u2019Alexandre Jacob.<\/p>\n<p>Quand ces choses-l\u00e0 sont dites, son sues, qui permettent d\u2019asseoir le jugement, de satisfaire aux pr\u00e9occupations du juriste le plus rigide, ah ! qu\u2019il nous soit alors permis libre de scrupules de cet ordre, de r\u00e9pondre aux appels du c\u0153ur, d\u2019\u00e9couter le cri d\u00e9chirant du calvaire maternel. Depuis vingt ans, elle le gravit, auguste dans ses humbles v\u00eatements de travail, la M\u00e8re \u00e2g\u00e9e, anxieuse, passionn\u00e9e d\u2019Alexandre Jacob. Son c\u0153ur est une immolation quotidienne. Son regard, une supplication de toutes les secondes. Leurs tendresses \u00e0 ces deux \u00e9loign\u00e9s, se croisent sans se lasser depuis vingt ans au-dessus des insondables oc\u00e9ans. Elle puise toutes les forces de vivre en l\u2019espoir de l\u2019arracher \u00e0 l\u2019enfer. Il trouve son courage d\u2019esp\u00e9rer dans les sourires ing\u00e9nus qu\u2019il penche vers les baisers de celle qu\u2019il nomme \u00ab la bien bonne \u00bb, se rencontrant \u00e0 trois si\u00e8cles de distance avec l\u2019expression charmante de la plus spirituelle de nos \u00e9crivains\u2026<\/p>\n<p>Que le plus pur des sentiments qui aient jamais fleuri sur l\u2019humanit\u00e9 soit pour la gr\u00e2ce de Jacob le signe divin du rachat. Les hommes ne sauraient \u00eatre plus s\u00e9v\u00e8res que la justice du Dieu des catholiques qui met au cr\u00e9dit des \u00e2mes punies les souffrances expiatoires de ceux qui les ont aim\u00e9es. Nous souvenant de la page immortelle d\u2019Augustin, illustre t\u00e9moignage de l\u2019amour maternel de Monique, nous lui voudrions une humble r\u00e9plique et lorsque, lib\u00e9r\u00e9, Alexandre Jacob reviendra vers sa m\u00e8re, nous les laisserons \u00ab seuls s\u2019entretenant ensemble avec une douceur inexprimable, se reposant des fatigues du long voyage dans la demeure \u00e9loign\u00e9e du bruit du monde. \u00bb<\/p>\n<p>CIVIS.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-4409 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-280x300.jpg\" alt=\"\" width=\"199\" height=\"213\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-280x300.jpg 280w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-768x823.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-956x1024.jpg 956w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob.jpg 1025w\" sizes=\"(max-width: 199px) 100vw, 199px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>14 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Pour la lib\u00e9ration de Jacob<\/strong><\/p>\n<p><strong>Une requ\u00eate de Mme Jacob pendant la guerre<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons publi\u00e9 r\u00e9cemment la requ\u00eate que Mme Jacob m\u00e8re a adress\u00e9e au ministre de la justice en faveur de son fils. Nous croyons pouvoir revenir aujourd\u2019hui sur la demande que, pendant la guerre, cette malheureuse m\u00e8re fit pour la lib\u00e9ration de son enfant. Personne ne lira sans \u00e9motion cette lettre :<\/p>\n<p>C\u2019est une pauvre m\u00e8re qui vient vous implorer pour son enfant, car mon plus ardent\u00a0 d\u00e9sir serait de le voir \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ses fr\u00e8res combattre pour le droit et la justice contre la barbarie. Vous, monsieur le ministre, qui avez eu un si grand et noble geste de n\u2019associer aucune haine de parti, c\u2019est \u00e0 vous, homme d\u2019un c\u0153ur g\u00e9n\u00e9reux et bon, qu\u2019une pauvre m\u00e8re s\u2019adresse. Ayez, je vous en prie, un mot de pardon pour mon pauvre petit qui est d\u2019une nature droite, courageuse et \u00e9nergique ; ne le laissez pas mourir inutilement.<\/p>\n<p>Bien jeune encore, il avait \u00e0 peine onze ans, il est parti pour naviguer et fuir les mauvais traitements que son p\u00e8re lui faisait subir quand il \u00e9tait sous l\u2019empire de l\u2019alcool.<\/p>\n<p>Il y a d\u00e9j\u00e0 onze ans qu\u2019il est d\u00e9tenu, dont neuf ans \u00e0 la Guyane, aux Iles du Salut ; vous le savez, il ne peut vivre encore de longues ann\u00e9es, le r\u00e9gime et le climat sont mortels. C\u2019est un r\u00e9volt\u00e9, mais quand on est jeune, on est ardent et fougueux, et bien souvent, certaine lecture fausse les id\u00e9es. Mon fils n\u2019a pas tu\u00e9 ; pourtant, il a \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 la prison perp\u00e9tuelle.<\/p>\n<p>Vous, monsieur le ministre, que je crois juste et bon, en lisant son dossier bien erron\u00e9 en certains endroits, je vous en supplie, comme vous l\u2019avez d\u00e9j\u00e0 fait, que la haine de parti soit effac\u00e9e, car mon fils, prisonnier de droit commun, a bien souvent \u00e9t\u00e9 regard\u00e9 comme politique. Il n\u2019y a jamais eu aucune consid\u00e9ration. Comme il \u00e9tait le premier jour, il y a onze ans, il y est encore ; aucune am\u00e9lioration \u00e0 son sort, pas m\u00eame un changement de classe, rien. Il est pourtant rest\u00e9 le temps voulu sans punition pour pouvoir l\u2019obtenir, mais pour lui rien, jamais aucune cl\u00e9mence.<\/p>\n<p>Il serait trop long de vous expliquer ses onze ann\u00e9es pass\u00e9es. Maintenant, il est \u00e0 l\u2019isolement, cela veut dire seul nuit et jour ; mon fils n\u2019a pas voulu m\u2019en dire le motif afin que je ne fasse aucune d\u00e9marche. Il a peut-\u00eatre raison, car on ne peut rien contre un parti pris, si parti pris il y a. Depuis la derni\u00e8re lettre de mon pauvre petit, les \u00e9v\u00e9nements se sont pr\u00e9cipit\u00e9s et je crois de mon devoir de fran\u00e7aise, puisque mon pauvre enfant a perdu ses droits, de venir vous demander et vous prier du plus profond dem on c\u0153ur : prenez-le, ne le laissez pas mourir inutilement. Mon fils est un \u00eatre profond\u00e9ment courageux et \u00e9nergique, il fera son devoir devant l\u2019injustice ; le peu de force qu\u2019il a encore, il\u00a0 la mettra \u00e0 combattre.<\/p>\n<p>Monsieur le ministre, on reproche peut-\u00eatre \u00e0 mon fils de ne s\u2019\u00eatre pas laiss\u00e9 emporter par le courant qui existe au milieu du bagne : l\u2019enti\u00e8re soumission qui fait un bon for\u00e7at. Je ne puis m\u2019expliquer, ce serait trop long ; mais quand on est un homme, dans quelque milieu que l\u2019on se trouve, m\u00eame au bagne, on garde sa dignit\u00e9 d\u2019homme et c\u2019est pourquoi, je sais qu\u2019\u00e0 cela mon fils n\u2019a jamais manqu\u00e9, je viens vous dire, monsieur le ministre, sans aucune pr\u00e9tention que mon fils est un homme et dans cette heure sombre et pourtant pleine d\u2019une lueur d\u2019esp\u00e9rance, la France a besoin de toutes ses \u00e9nergies. Je jette un dernier cri d\u2019espoir et vous prie, monsieur le ministre de penser \u00e0\u00a0 mon pauvre enfant qui se meurt lentement ; et, s\u2019il doit mourir en combattant, que ce soit pour la justice et pour le plus sacr\u00e9 des droits : notre libert\u00e9.<\/p>\n<p>Mme Veuve JACOB.<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4410 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Jacob-au-bagne-caricature-anonyme.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"162\" \/>Quelques lettres de Jacob \u00e0 sa m\u00e8re<\/strong><\/p>\n<p>Nous commen\u00e7ons aujourd\u2019hui la publication de quelques-unes des lettres que Jacob \u00e9crivit \u00e0 sa m\u00e8re depuis son envoi au bagne. En voici une, dat\u00e9e du 12 juin 1910 :<\/p>\n<p><strong>Ile Royale, le 12 juin 1910.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re Maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je m\u2019en doutais bien que ta sant\u00e9 ne devait pas \u00eatre des meilleures ; certes, apr\u00e8s tout ce que tu as souffert, cela ne se pouvait gu\u00e8re ; mais, cependant, je ne te croyais pas aussi malade que ce que tu l\u2019as \u00e9t\u00e9. Que te dirai-je ? Que tu as eu tort de me l\u2019avoir cach\u00e9 car, si je l\u2019avais su, je ne t\u2019aurais pas charg\u00e9e d\u2019un tas de commissions, de d\u00e9marches qui ont \u00e9t\u00e9 la cause peut-\u00eatre de ta rechute. Enfin, s\u2019il est vrai comme tu me l\u2019assures, que tu es en pleine convalescence, que tu es pour ainsi dire gu\u00e9rie, tant mieux. Je ne demande qu\u2019\u00e0 te croire et te souhaite meilleure sant\u00e9 \u00e0 l\u2019avenir. Quant \u00e0 moi, je suis heureux de pouvoir te renouveler ce que je t\u2019ai dit dans ma derni\u00e8re. Je me porte bien, tr\u00e8s bien. J\u2019ai re\u00e7u le flacon de poudre Rocher et, sans lui attribuer tout le m\u00e9rite de mon am\u00e9lioration, je crois qu\u2019il y a un peu contribu\u00e9. Pour le moment, je n\u2019en ai plus besoin, ni d\u2019autres choses non plus. A moins que je ne t\u2019en fasse la demande, ne m\u2019adresse plus rien, on me le confisquerait.<\/p>\n<p>Dans les premiers jours du mois prochain, je m\u2019attends \u00e0 \u00eatre transf\u00e9r\u00e9 dans les locaux de la r\u00e9clusion cellulaire, \u00e0 l\u2019\u00eele Saint-Joseph, pour y purger ma condamnation que je subirai int\u00e9gralement \u00e0 moins que tes d\u00e9marches ne soient couronn\u00e9es de succ\u00e8s \u2013 ce qui est probable du reste, si tu as proc\u00e9d\u00e9 comme je te l\u2019ai recommand\u00e9. Au fond, \u00e7a ne me pla\u00eet pas beaucoup, mais puisque cela te fait plaisir, puisque en quelque sorte tu t\u2019es engag\u00e9e \u00e0 l\u2019endroit de personnes qui ont \u00e9t\u00e9 bonnes pour toi, fais comme tu l\u2019entendras ; venant de toi, ce sera toujours bien. Si tu as fait pr\u00e9senter ton recours imm\u00e9diatement apr\u00e8s le rejet du pourvoi en cassation, le dossier de l\u2019affaire se trouvant \u00e0 Paris, il est pr\u00e9sumable qu\u2019il y sera donn\u00e9 une suite favorable et que la d\u00e9cision ne se fera pas trop attendre ; mais si tu as retard\u00e9 ta d\u00e9marche de quelques jours seulement, je crains fort que le r\u00e9sultat n\u2019en soit pas le m\u00eame ; en tous les cas, la r\u00e9ponse sera beaucoup plus tardive. Quoi qu\u2019il en soit fais tout ton possible pour m\u2019informer du r\u00e9sultat d\u00e8s que tu le conna\u00eetras. Ne confonds pas surtout. Il ne s\u2019agit pas de ma peine des travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 : il s\u2019agit de celle de deux ans de r\u00e9clusion cellulaire prononc\u00e9e par le tribunal maritime sp\u00e9cial pour coups et blessures volontaires, ayant occasionn\u00e9 la mort sans intention de la donner, avec admission d\u2019excuse l\u00e9gale et de circonstances att\u00e9nuantes.<\/p>\n<p>C\u2019est par erreur que mon dossier porte la mention : meurtre, ou pour mieux dire, c\u2019\u00e9tait l\u2019accusation qui soutenait cette version ; mais le tribunal ne l\u2019a pas admis, sans quoi j\u2019aurais \u00e9t\u00e9, j\u2019aurais pu \u00eatre condamn\u00e9 \u00e0 mort. D\u2019ailleurs, si, comme je l\u2019esp\u00e8re, Me Justal a compuls\u00e9 le dossier au greffe de la Cour supr\u00eame, il doit d\u00e9j\u00e0 t\u2019avoir inform\u00e9e de cela ; il doit d\u2019avoir dit aussi que la d\u00e9nonciation en forfaiture avait \u00e9t\u00e9 adress\u00e9e \u00e0 la chambre des requ\u00eates, de sorte que tu n\u2019auras pas eu besoin de t\u2019en occuper. Depuis quelques jours, tu dois conna\u00eetre la d\u00e9cision de cette juridiction puisque l\u2019affaire y a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9e entre le 26 mai et le 4 juin.<\/p>\n<p>Il me faut attendre l\u2019arriv\u00e9e du prochain courrier fran\u00e7ais pour le savoir moi-m\u00eame. Attends donc. Quelle que soit la d\u00e9cision, je ne saurais trop te recommander de ne pas te\u00a0 chagriner pour moi. Je te le r\u00e9p\u00e8te, je me porte bien, et ma foi, avec la sant\u00e9, on fait et on supporte bien des choses.<\/p>\n<p>En attendant de tes ch\u00e8res nouvelles, re\u00e7ois, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses.<\/p>\n<p>Alexandre Jacob<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4410 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Jacob-au-bagne-caricature-anonyme.jpg\" alt=\"\" width=\"145\" height=\"158\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>23 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Quelques lettres de Jacob<\/strong><\/p>\n<p>Nous continuons aujourd\u2019hui la publication de quelques-unes des lettres les plus curieuses que Jacob, depuis sa condamnation, a \u00e9crites \u00e0 sa m\u00e8re. Elles pr\u00e9sentent un r\u00e9el int\u00e9r\u00eat, car ind\u00e9pendamment de la sympathie que l\u2019on peut \u00e9prouver pour le d\u00e9port\u00e9 et qu\u2019elles ne peuvent que renforcer, elles d\u00e9notent un esprit critique des plus vifs et un sens de l\u2019humour que la douleur morale et la souffrance physique n\u2019ont pas \u00e9mouss\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>Iles du Salut, ce 2 juillet 1914.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma bien bonne,<\/strong><\/p>\n<p>C\u2019est une surprise, une bonne surprise que la photo. Vraiment H\u00e9l\u00e8ne n\u2019avait pas exag\u00e9r\u00e9. Tu me parais bien toujours la m\u00eame. Mais tes pauvres yeux ont d\u00fb souvent verser des larmes ; ils expriment beaucoup de souffrances. Et c\u2019est ce qu\u2019il faut \u00e9viter, c\u2019est ce contre quoi il faut r\u00e9agir.<\/p>\n<p>Les choses sont ce qu\u2019elles peuvent et doivent \u00eatre, elles sont ce que la fatalit\u00e9 de l\u2019existence et nous-m\u00eames les avons faites. La vie est une guerre, la m\u00eal\u00e9e sociale est une bataille sans piti\u00e9 ni merci et, quand on est vaincu ce ne sont pas des larmes qu\u2019il faut verser ; il faut se ressaisir, il faut surmonter ce ferment de nihilisme qui est en nous et tenir bon jusqu\u2019au bout, \u00e9nergiquement, au m\u00e9pris de la mort.<\/p>\n<p>Je suis m\u00eame tr\u00e8s heureux que tu te sois un peu p\u00e9n\u00e9tr\u00e9e de ces id\u00e9es, car ta derni\u00e8re lettre me donne cette impression.<\/p>\n<p>Cultive ta sant\u00e9, car sans la sant\u00e9, point de force et sans la force pas de puissance, et bannis le chagrin de ton c\u0153ur. C\u2019est un effet de l\u2019ignorance et de la religiosit\u00e9 que de mettre un \u00ab si \u00bb devant les questions. A quoi bon ? Puisque c\u2019est ainsi, \u00e7a ne peut \u00eatre autrement. Si \u00e7a pouvait, \u00e7a serait, que diable : Il y a des situations o\u00f9 il faut avoir le courage, la fermet\u00e9 de courage de se prononcer cat\u00e9goriquement par une affirmation \u2013 ou alors il ne reste plus qu\u2019\u00e0 se ficher des fifles \u00e0 soi-m\u00eame. &#8212; Faut-il accepter le m\u00e9pris de soi ? Jamais.<\/p>\n<p>Je ne te dirai rien de ma situation, tu ferais encore des d\u00e9marches \u00e0 droite et \u00e0 gauche et \u00e7a me d\u00e9pla\u00eet souverainement. Ne rien demander, ni rien accepter, cela donne la mesure de ce que l\u2019on est en droit de s\u2019accorder soi-m\u00eame. Pas de compromission. Chacun son camp.<\/p>\n<p>Ma sant\u00e9 n\u2019est pas mauvaise. J\u2019ai bien quelques crises de cardiopathie, la n\u00e9crose osseuse me taquine bien un peu, mais c\u2019est supportable. J\u2019en ai support\u00e9 bien d\u2019autres.<\/p>\n<p>J\u2019esp\u00e8re que Tante sera tout \u00e0 fait remise de son indisposition. Il doit faire beau \u00e0 Paris en ce moment, et \u00e0 son \u00e2ge, le beau temps influe beaucoup sur la sant\u00e9. Amiti\u00e9s de ma part ainsi qu\u2019\u00e0 ta bonne voisine et aux camarades.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4410 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Jacob-au-bagne-caricature-anonyme.jpg\" alt=\"\" width=\"155\" height=\"169\" \/>Iles du Salut, le 30 juin 1910.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Me voil\u00e0 encore d\u00e9\u00e7u dans mon attente. Je croyais apprendre par toi la d\u00e9cision de la Cour supr\u00eame, et je ne la conna\u00eetrai que dans trois jours, officiellement, car je crois fort que l\u2019arr\u00eat a \u00e9t\u00e9 rendu le 6 juin au plus tard. Quoi qu\u2019il en soit, cela n\u2019a pas grande importance. Ce qui en a le plus, c\u2019est que ta sant\u00e9 soit r\u00e9ellement satisfaisante, apr\u00e8s tout ce que tu as souffert, ma bien bonne, il est temps que tu sois un peu mieux. Si cela pouvait durer\u2026 N\u2019oublie pas d\u2019adresser mes sinc\u00e8res remerciements aux personnes qui t\u2019on assist\u00e9e de leurs bons soins : \u00e0 Jeanne, \u00e0 tate, \u00e0 ta bonne voisine surtout, ainsi qu\u2019\u00e0 celles que je ne connais pas. De m\u00eame que je ha\u00efrais fortement quiconque te ferait du mal, je ne puis qu\u2019aimer ceux qui te font du bien, cela se con\u00e7oit. Et dans le m\u00eame ordre d\u2019id\u00e9es, pour ne pas me ha\u00efr moi-m\u00eame \u2013 puisque ma mani\u00e8re de voir te fait de la peine \u2013 je vais faire en sorte de te contenter, c\u2019est-\u00e0-dire de me conformer \u00e0 tes d\u00e9sirs \u2013 d\u00e9sirs qui, au fond, ont toujours \u00e9t\u00e9 les miens, bien que j\u2019aie employ\u00e9 d\u2019autres moyens pour les satisfaire.<\/p>\n<p>Si au lieu de t\u2019aimer comme je t\u2019aime, plus que tout au monde, je d\u00e9sirais ta mort, oh ! alors, \u00e0 la bonne heure ! Je te dirais : Viens au plus vite. Mais, comme je ne veux pas \u00eatre un matricide, comme je d\u00e9sire que tu vives le plus longtemps possible, bien sinc\u00e8rement, du fond du c\u0153ur, je te supplierai de n\u2019en rien faire, car ce n\u2019est pas \u00e0 ton \u00e2ge, ma bien bonne, avec tous les assauts que les maladies t\u2019ont livr\u00e9s, que tu pourrais impun\u00e9ment affronter un tel climat, un tel milieu social, un tel genre de vie : tu n\u2019y r\u00e9sisterais pas six mois.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 ce qu\u2019on a sans doute oubli\u00e9 de te dire ; c\u2019est pourquoi je crois bon de t\u2019en informer.<\/p>\n<p>Certes, ces explications sont plut\u00f4t d\u00e9courageantes ; cependant, il ne faut pas se d\u00e9sesp\u00e9rer. Si r\u00e9ellement, comme tu l\u2019assures, il y a de bonnes personnes qui veulent bien tenter quelque chose pour nous, pour toi surtout qui le m\u00e9rites tant, j\u2019ai id\u00e9e que ce sera possible. De ce que je t\u2019ai expliqu\u00e9 plus haut, il r\u00e9sulte que l\u2019\u00e9cueil, pour mon cas, est la crainte de mon \u00e9vasion, crainte motiv\u00e9e, du reste, il faut l\u2019avouer, par ma conduite pass\u00e9e.<\/p>\n<p>De sorte que si tu sollicitais pour moi une concession, on ne manquerait pas de penser, sinon de r\u00e9pondre, que le d\u00e9sir de ce b\u00e9n\u00e9fice est plut\u00f4t un moyen qu\u2019un but.<\/p>\n<p>Aurais-je la plus exemplaire des conduites, la plus soumise des attitudes, que rien n\u2019y ferait. Invariablement, la r\u00e9ponse serait toujours n\u00e9gative. C\u2019est pour cela que je ne serai jamais d\u00e9sintern\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire que je ne quitterai jamais les \u00eeles du Salut.<\/p>\n<p>En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, aux \u00eeles du Salut, il n\u2019y a pas de concessions. Cependant, il y a un pr\u00e9c\u00e9dent, celui du camarade Pini, lequel \u00e9tait concessionnaire \u00e0 l\u2019Ile Royale. Or, pourquoi ne m\u2019accorderait-on pas ce qui fut d\u00e9j\u00e0 accord\u00e9 \u00e0 un autre ? Si, pour un motif quelconque, on ne pouvait donner une concession agricole \u00e0 l\u2019\u00eele Royale, on pourrait toujours en accorder une commerciale comme l\u2019exploitation d\u2019une cantine, par exemple. D\u2019ailleurs, \u00e0 d\u00e9faut de l\u2019\u00eele Royale, il y a l\u2019\u00eele du Diable et l\u2019\u00eele Saint-Joseph o\u00f9 les terres incultes ne manquent pas. Ce ne sont pas les modes et les moyens d\u2019entreprise qui me manqueraient, si on voulait l\u2019autoriser.<\/p>\n<p>L\u2019essentiel est d\u2019obtenir l\u2019autorisation minist\u00e9rielle. Alors, dans ce cas, tu pourrais venir me rejoindre ; je n\u2019y verrais plus d\u2019inconv\u00e9nient, parce que le climat des \u00eeles n\u2019est pas malsain comme celui du continent.<\/p>\n<p>C\u2019est dans ce sens qu\u2019il te faut orienter tes d\u00e9marches, ma bien bonne. De mon c\u00f4t\u00e9, sois assur\u00e9e que je ne ferai rien pour les entraver. Si, jusqu\u2019ici, j\u2019ai cherch\u00e9 \u00e0 briser mes cha\u00eenes, ce n\u2019a \u00e9t\u00e9 que pour pouvoir vivre aupr\u00e8s de toi. C\u2019est te dire combien mes id\u00e9es auraient t\u00f4t fait de changer de direction si cela pouvait se r\u00e9aliser. Que m\u2019importe de vivre \u00e0 Rome ou \u00e0 P\u00e9kin ? Le lieu m\u2019indiff\u00e8re : ce que j\u2019ai toujours d\u00e9sir\u00e9, ce que je d\u00e9sire et ce que je d\u00e9sirerai toujours, c\u2019est de vivre \u00e0 tes c\u00f4t\u00e9s, paisiblement, en travaillant de mon mieux,<\/p>\n<p>En attendant de tes ch\u00e8res nouvelles, re\u00e7ois ma bien bonne mes plus tendres et affectueuses caresses.<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"wp-image-4410 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Jacob-au-bagne-caricature-anonyme.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"162\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>24 mars 1925<\/p>\n<p><strong>Quelques lettres de Jacob<\/strong><\/p>\n<p>Voici pour faire suite \u00e0 notre publication d\u2019hier, une nouvelle et curieuse lettre de Jacob :<\/p>\n<p><strong>Royale, ce 11 mars 1913.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a ne va pas plus mal, mais \u00e7a ne va pas mieux. Non pas que je sois malade, car, sauf un peu de fi\u00e8vre ressentie ces jours-ci, je me porte physiquement fort bien ; mais moralement c\u2019est autre chose. Je crains ne pouvoir m\u2019en relever.<\/p>\n<p>Vraiment, je ne me reconnais plus. Quelle d\u00e9pression morale ! Effets de l\u2019encellulement, sans doute. Cependant, je fais tout ce qui est en mon pouvoir \u2013 le pouvoir de soi, en ces sortes de cas, quelle blague ! \u2013 pour r\u00e9agir. C\u2019est ainsi que, sur ma demande, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis avec Joseph. Mais j\u2019y trouve si peu de consolation, si peu de marques d\u2019affection, que sa compagnie n\u2019a pas produit sur moi le r\u00e9sultat que j\u2018en esp\u00e9rais. Son caract\u00e8re est impossible, son humeur profond\u00e9ment acrimonieuse. Cela s\u2019entend avec moi, bien s\u00fbr, car avec autrui il fait preuve, au contraire, de beaucoup d\u2019affabilit\u00e9 : fa\u00e7on bizarre de comprendre la fraternit\u00e9.<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment il doit y avoir une cause \u00e0 cela. Je me doute fort que la chaleur des fourneaux, je ne dirai pas l\u2019oblige, mais le d\u00e9termine \u00e0 humecter plus qu\u2019il ne conviendrait son appareil digestif. C\u2019est pourquoi j\u2019eusse d\u00e9sir\u00e9 \u00eatre plus pr\u00e8s de lui pendant son travail. A cet effet, j\u2019ai demand\u00e9 un emploi. Mais autant pr\u00eacher dans le Centre-Afrique. Et pourtant je ne vois pas d\u2019autre moyen pour sortir indemne de la crise de nihilisme qui m\u2019\u00e9treint depuis des mois et qui finira, pour peu que cela continue, \u00e0 me terrasser \u2013 je pourrais dire \u00e0 m\u2019immerger. \u2013 Je suis absolument schopenhaueris\u00e9. Cela se con\u00e7oit d\u2019ailleurs. J\u2019ai beau vouloir r\u00e9agir, je retombe toujours dans le marasme. Le travail que je fais (man\u0153uvre-ma\u00e7on) me laisse trop les r\u00eanes libres \u00e0 la folle du logis. Tandis que si j\u2019avais une occupation capable de captiver mon attention, j\u2019ai id\u00e9e que ce serait pour moi une planche de salut. Mais, \u00e0 te parler franchement, je ne compte gu\u00e8re sur cette bou\u00e9e de sauvetage.<\/p>\n<p>J\u2019ai une mauvaise r\u00e9putation : on craint toujours que je m\u2019\u00e9vade, encore que, tant par lassitude que par raisonnement, j\u2019aie sinc\u00e8rement rompu avec cette illusion. Aussi bien, comme perche, je m\u2019attends plut\u00f4t \u00e0 recevoir un pav\u00e9. Qu\u2019y faire ?<\/p>\n<p>J\u2019ai re\u00e7u une lettre. Alors, tu as encore adress\u00e9 une demande en ma faveur. Comme tu t\u2019illusionnes, ma bien bonne, c\u2019est absolument inutile. M\u00eame avec la plus exemplaire des conduites \u2013 que je suivrai, non par espoir de r\u00e9compense, mais tout simplement pour t\u2019\u00e9viter le retour de chagrins dont j\u2019ai \u00e9t\u00e9 la cause \u2013 je n\u2019obtiendrai jamais, tu entends bien, jamais, la moindre mesure de cl\u00e9mence. Et puis \u00e0 quoi bon ? Je suis us\u00e9, las, je n\u2019ai plus aucun espoir, j\u2019ai atteint le bord du gouffre, et l\u2019envie de faire le dernier pas ne me quitte gu\u00e8re ; la pens\u00e9e du chagrin que tu en \u00e9prouverais y met seule un frein.<\/p>\n<p>Que veux-tu, ma bien bonne, ne me fais pas de reproches, j\u2019ai fait l\u00e0-dessus tous les raisonnements possibles et j\u2019en arrive toujours \u00e0 la m\u00eame conclusion. C\u2019est maladif, bien s\u00fbr, mais \u00e0 cause de cela, il n\u2019y a rien \u00e0 faire. Pour un jour de sant\u00e9 morale, je subis ensuite des semaines de m\u00e9lancolie. Cela m\u2019est bien p\u00e9nible, je te l\u2019assure. Tu dois le concevoir, d\u2019ailleurs.<\/p>\n<p>Vraiment, je ne sais pas trop comment cela finira. Tu le vois, je fais tout mon possible pour r\u00e9sister, je te prie de m\u2019adresser des objets tout comme si je devais les recevoir et cependant, deux mois c\u2019est bien long. Que de temp\u00eates morales \u00e0 essuyer durant ce temps ; que de versatilit\u00e9s dans les r\u00e9solutions les plus sinc\u00e8rement prises ! Enfin, tu n\u2019ignores pas, ma bien bonne, combien je tiens \u00e0 toi ; tu sais que tant que je pourrai r\u00e9sister, je le ferai. Ne te chagrine donc pas. Au prochain courrier, je serai peut-\u00eatre moins triste.<\/p>\n<p>Tes derni\u00e8res lettres ne m\u2019ont pas encore \u00e9t\u00e9 remises, le courrier ayant \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 par erreur, dit-on, sur Cayenne.<\/p>\n<p>Je ne pourrai donc y r\u00e9pondre que le mois suivant.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res \u00e0 Tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9 :<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-130\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans-208x300.jpg\" alt=\"\" width=\"127\" height=\"183\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans-208x300.jpg 208w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/15ans.jpg 481w\" sizes=\"(max-width: 127px) 100vw, 127px\" \/><\/p>\n<p><strong>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>16 mai 1925<\/p>\n<p><strong>Pour la gr\u00e2ce de Jacob<\/strong><\/p>\n<p>Des informations parvenues de la Guyane nous signalent que Jacob est propos\u00e9 sur le tableau des gr\u00e2ces de cette ann\u00e9e pour une remise de 15 ans. Des notes excellentes lui sont attribu\u00e9es par l\u2019autorit\u00e9 locale et le gouverneur se d\u00e9clare lui-m\u00eame partisan de la gr\u00e2ce.<\/p>\n<p>Dans ces conditions, il semble donc tr\u00e8s probable que Jacob sera compris dans une mesure de bienveillance qui sera prise prochainement \u00e0 l\u2019\u00e9gard de plusieurs condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>Nous esp\u00e9rons fermement que M. Steeg, ministre de la justice, voudra bien donner son avis favorable pour h\u00e2ter l\u2019application d\u2019une d\u00e9cision qui avait \u00e9t\u00e9 envisag\u00e9e sous son pr\u00e9d\u00e9cesseur, M. Ren\u00e9 Renoult.<\/p>\n<p>Nous croyons int\u00e9resser nos lecteurs en publiant aujourd\u2019hui le curieux t\u00e9moignage qui nous a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9 spontan\u00e9ment sur Jacob par M. Mesclon (Antoine), auteur de\u00a0 Comment j\u2019ai subi 15 ann\u00e9es de bagne.<\/p>\n<p><strong>Monsieur le directeur,<\/strong><\/p>\n<p>Je prends seulement connaissance de la s\u00e9rie d\u2019articles que le \u00ab Peuple \u00bb a consacr\u00e9s au cas \u00ab Alexandre Jacob \u00bb \u00e0 qui je dois, entre autres, un t\u00e9moignage particulier.<\/p>\n<p>Son affaire avait eu un \u00e9norme retentissement au bagne et il y \u00e9tait attendu comme un chef reconnu \u00e0 l\u2019avance par l\u2019immense majorit\u00e9 des condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>La publicit\u00e9 extraordinaire donn\u00e9e \u00e0 ce qu\u2019on appela en ce temps, \u00ab l\u2019Affaire des bandits d\u2019Abbeville \u00bb, avait mis au courant toute la population du bagne des id\u00e9es plus ou moins aventur\u00e9es de Jacob. Mais c\u2019est son attitude surtout qui plaisait. Elle admirait qu\u2019il s\u00fbt ainsi se d\u00e9fendre, affirmer ses id\u00e9es, et traduire intelligemment la r\u00e9volte obscure de tant de bagnards d\u2019entre elle, qui auraient pu \u00eatre \u00ab d\u2019honn\u00eates ouvriers \u00bb.<\/p>\n<p>Car M. Chenel, gouverneur de la Guyane et actuellement grand chef de l\u2019administration p\u00e9nitentiaire de l\u00e0-bas, a tr\u00e8s explicitement marqu\u00e9 dans le \u00ab Matin \u00bb du 23 mars dernier que l\u2019immense majorit\u00e9 des condamn\u00e9s furent contraints par la duret\u00e9 de leur vie \u00e0 la r\u00e9volte qui les fit for\u00e7ats.<\/p>\n<p>\u00ab J\u2019ai \u00e9tudi\u00e9 les 7.000 dossiers des condamn\u00e9s actuellement en Guyane, dit M. Chenel, et parmi eux 85% sont des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s de tout livr\u00e9s \u00e0 tous les hasards, \u00e0 toutes les emb\u00fbches, \u00e0 toutes les mis\u00e8res de la vie sociale \u00ab d\u00e8s leur plus tendre enfance \u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui est moralement \u00e9difiant et mat\u00e9riellement concluant.<\/p>\n<p>85% de ces condamn\u00e9s au moins \u2013 et cela est conforme \u00e0 mes observations \u2013 auraient pu ne pas \u00eatre des condamn\u00e9s, des r\u00e9volt\u00e9s, s\u2019ils avaient \u00e9t\u00e9 prot\u00e9g\u00e9s, soutenus, \u00e9duqu\u00e9s.<\/p>\n<p>Oh ! Je n\u2019accuse pas la chose sociale. Accuser n\u2019est pas gu\u00e9rir et gu\u00e9rir seulement pour moi importe. Et puis la chose sociale \u2013 comme les individus eux-m\u00eames \u2013 a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent ce qu\u2019elle a pu \u00eatre.<\/p>\n<p>Mais il importe aujourd\u2019hui que les consciences, de plus en plus nombreuses, qui comprennent tout l\u2019imp\u00e9rieux indispensable de la solidarit\u00e9, cr\u00e9ent ce mouvement d\u2019enthousiasme r\u00e9fl\u00e9chi d\u2019o\u00f9 sortira pour le\u00a0 mieux de l\u2019ordre social, chaque jour, un peu plus d\u2019harmonie et de justice.<\/p>\n<p>Mais pour ce qui est de Jacob, je dois d\u2019abord d\u00e9clarer que tous ceux qui avaient esp\u00e9r\u00e9 voir en lui un chef furent d\u00e9\u00e7us. Car il est naturel que, qui ne sait se guider et se sentant perdu dans la tourmente cherche un guide\u2026 qui le sauvera.<\/p>\n<p>Il n\u2019appartenait qu\u2019\u00e0 l\u2019administration et non \u00e0 un condamn\u00e9 d\u2019\u00eatre ce guide, selon la norme. Las ! elle ne suit pas plus que ses pupilles, se guider elle-m\u00eame.<\/p>\n<p>Jacob ne fut pas ce que sa dangereuse popularit\u00e9 aurait pu\u00a0 le pousser \u00e0 \u00eatre. Il fut circonspect\u2026 et quelque temps apr\u00e8s son arriv\u00e9e, ayant d\u00e9\u00e7u les espoirs insens\u00e9s de r\u00e9volte organis\u00e9e, nourris par de pauvres \u00eatres perdus \u00e0 toute esp\u00e9rance, le bagne dit : \u00ab Il est comme les autres \u00bb.<\/p>\n<p>Mais Jacob devait prendre une belle revanche.<\/p>\n<p>En 1907, \u00e0 l\u2019\u00eele Saint-Joseph, les cuisiniers allaient, comme on dit, un peu fort.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait admis de tradition au bagne, que le cuisinier devait en un an ramasser les quelques centaines de francs n\u00e9cessaires pour assurer son \u00e9vasion \u00e0 la grande terre. Pour cela, viande, lard, graisse, caf\u00e9, savon, etc., \u00e9taient vendus \u00e0 son profit, tant aux condamn\u00e9s d\u00e9brouillards, qu\u2019au personnel amateur de bon march\u00e9.<\/p>\n<p>Mais avec le cuisinier de ce temps-l\u00e0 la ration d\u00e9j\u00e0 mince avait part trop fondue. Il y eut des protestations unanimes.<\/p>\n<p>Jacob devint cuisinier, ce qui ne lui plaisait gu\u00e8re pourtant. Et pendant plus d\u2019un an, plus un gramme de viande, lard, graisse, caf\u00e9, etc., ne fut distrait. Et de plus, la ration fut pr\u00e9par\u00e9e avec tout le soin possible.<\/p>\n<p>Et cependant, que de mouchards, d\u2019envieux de la place, l\u2019\u00e9pi\u00e8rent pour l\u2019accuser de ce qui \u00e9tait ou de ce qui n\u2019\u00e9tait pas !<\/p>\n<p>Mais jamais quelqu\u2019un ne put ni acheter, ni voir vendre quoi que ce soit.<\/p>\n<p>Et Jacob ne mangeait sa ration que pr\u00e9par\u00e9e avec celle de tout le camp. Force fut donc \u00e0 tous de reconna\u00eetre la rigide et exemplaire honn\u00eatet\u00e9 de Jacob qui ne pouvait penser que 20 ans plus tard cela lui servirait\u2026<\/p>\n<p>Un bagnard pouvait donc \u00eatre cuisinier et ne pas vendre \u00e0 son profit la ration de ses camarades.<\/p>\n<p>Jacob n\u2019\u00e9tait donc pas comme les autres<\/p>\n<p>Non ! et pour cause, son intelligence et sa sensibilit\u00e9 pr\u00e9cocement exasp\u00e9r\u00e9es par tout l\u2019anormal social, l\u2019avaient, \u00e0 l\u2019occasion de circonstances assez exceptionnelles, comme l\u2019\u00e9tablit l\u2019histoire de sa jeunesse, jet\u00e9 hors sa voie normale.<\/p>\n<p>Je ne plaide pas son cas je l\u2019expose apr\u00e8s d\u2019autres car il est, avec un relief lumineux et pr\u00e9cis, l\u2019histoire de trop d\u2019autres r\u00e9volt\u00e9s plus ternes mais \u00e9galement int\u00e9ressants du point de vue humain qui doit primer tous les autres.<\/p>\n<p>Mais en Jacob, gr\u00e2ce \u00e0 ses facult\u00e9s l\u2019\u00e2ge et l\u2019\u00e9tude ont accompli leur aboutissement naturel. Il a reconnu la r\u00e9alit\u00e9 des choses, il a pu juger que : \u00ab plus fait douceur \u00bb.<\/p>\n<p>Car la douceur inlassable du d\u00e9vouement de sa m\u00e8re l\u2019a non seulement grandement soutenu, lui, mais a fini par \u00e9mouvoir et user cette vindicte sociale dress\u00e9e contre son fils d\u2019autant plus implacable que celui qui l\u2019encourut \u00e9tait plus courageux et plus d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 lui faire face.<\/p>\n<p>Aujourd\u2019hui, le temps a fait son \u0153uvre. Jacob, que le bagne n\u2019a non seulement pas entam\u00e9 au point de vue de la propret\u00e9 morale, mais qui est devenu un exemple de ce que peut la pers\u00e9v\u00e9rance dans la d\u00e9cence et la dignit\u00e9, peut \u00eatre tr\u00e8s utile \u00e0 l\u2019\u0153uvre de rel\u00e8vement de beaucoup de condamn\u00e9s.<\/p>\n<p>Avec le concours des docteurs Toulouse et Legrain, de M. Brieux, le dramaturge, et d\u2019autres consciences d\u2019hommes, je fonde une Ligue pour la lutte contre la criminalit\u00e9 par la r\u00e9duction de la r\u00e9cidive en \u00e9duquant les r\u00e9cidivistes \u00e9ventuels.<\/p>\n<p>Pour peu que j\u2019y sois aid\u00e9 j\u2019affirme que d\u2019ici trois ans le nombre des crimes et des attentats actuellement commis par des r\u00e9cidivistes, aura diminu\u00e9 de 80% &#8212; parce que les r\u00e9cidivistes que fabrique le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire actuel \u2013 seront devenus des travailleurs.<\/p>\n<p>Et je sais que Jacob pourrait \u00eatre un bon ouvrier pour cette \u0153uvre.<\/p>\n<p>La moisson promise est magnifique, car ici en France, comme en Guyane, l\u2019immense majorit\u00e9 des condamn\u00e9s normaux aspirent \u00e0 redevenir ou \u00e0 devenir des hommes tranquilles.<\/p>\n<p>J\u2019en ferai la preuve autant qu\u2019on voudra. Et je me rappelle que pr\u00e9cis\u00e9ment l\u2019amour de la m\u00e8re de Jacob pour son fils et pour aussi celui d\u2019une autre m\u00e8re pour un autre condamn\u00e9 de ce temps, faisaient l\u2019objet des conversations, \u00e0 l\u2019arriv\u00e9e des courriers surtout. Et ces amours de m\u00e8res, un peu extraordinaires, \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9es par une tr\u00e8s grande part des 85% qu\u2019a d\u00e9nombr\u00e9s M. Chanel, comme un bonheur envi\u00e9 mais jamais connu. Et on admirait sans plus, simplement, cela s\u2019imposait\u2026<\/p>\n<p>Ah oui, disait-on, la m\u00e8re d\u2019un tel\u2026 la m\u00e8re de Jacob, quelles m\u00e8res ! Ils en ont de la chance !&#8230;<\/p>\n<p>Le sentiment finira par mener le monde, me disait le docteur Legrain \u00e0 la fin d\u2019une conf\u00e9rence, \u00e0 la seconde pr\u00e9cise o\u00f9 j\u2019allais lui faire la m\u00eame r\u00e9flexion.<\/p>\n<p>Il faut avoir la foi que cela sera et que nous devenons toujours de plus en plus g\u00e9n\u00e9reux et plus justes les uns envers les autres.<\/p>\n<p>En faisant appel aux bons sentiments des condamn\u00e9s, et il y a des moyens presque infaillibles pour cela, au lieu d\u2019avoir la vaine pr\u00e9tention de les dompter, nous d\u00e9sarmerons leurs rancunes, nous leur ferons sentir le prix et le besoin de la Justice.<\/p>\n<p>Pour la m\u00e8re de Jacob, si humainement digne de la juste cl\u00e9mence qu\u2019elle implore pour son fils, je ne crois pas que notre soci\u00e9t\u00e9 puisse plus longtemps ne pas l\u2019entendre.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur des hommes s\u2019ouvre de tous c\u00f4t\u00e9s aux d\u00e9sirs, aux besoins de paix. La beaut\u00e9 de l\u2019amour de cette m\u00e8re enfin r\u00e9compens\u00e9, c\u2019est un peu la paix sociale \u00e9pandue sur nous tous et sur nos soucis, et nous en avons autant besoin que cette m\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour Jacob, s\u2019il a pu para\u00eetre indispensable en 1903 de faire un exemple si notre machine judiciaire a cru devoir \u00eatre implacable, il est certain aujourd\u2019hui que nous devons nous souvenir que l\u2019oubli et le pardon \u00e9tant pr\u00e9vus dans notre Code, Jacob les a vraiment m\u00e9rit\u00e9s par son redressement.<\/p>\n<p>Que la commission des gr\u00e2ces, que le garde des sceaux prennent aujourd\u2019hui, sans crainte, la mesure n\u00e9cessaire, tous les hommes de c\u0153ur, toutes les consciences \u00e9prises de justice meilleure les approuveront.<\/p>\n<p>Croyez, Monsieur le Directeur, \u00e0 mes sentiments bien d\u00e9vou\u00e9s.<\/p>\n<p>Antoine Mesclon,<\/p>\n<p>Auteur de : <em>Comment j\u2019ai subi 15 ans de bagne<\/em>.<\/p>\n<p>N.-B. \u2013 Le \u00ab Peuple \u00bb du 8 mars pr\u00eate \u00e0 Jacques Normand ce que Dieudonn\u00e9 a \u00e9crit sur Jacob. Dieudonn\u00e9 dont M. Chanel se porte aujourd\u2019hui garant dans le m\u00eame article du \u00ab Matin \u00bb. Rendons \u00e0 C\u00e9sar\u2026<\/p>\n<p>Mais M. Jacques Normand, qui fut fonctionnaire, a \u00e9t\u00e9 mieux plac\u00e9 pour nous renseigner sur la mentalit\u00e9 du personnel, il l\u2019a d\u2019ailleurs fait avec une pr\u00e9cision et une ind\u00e9pendance qui nous fixent sur le souvenir qu\u2019il en a gard\u00e9. J\u2019ai cependant regrett\u00e9 pour lui que dans ses observations il n\u2019ait pas \u00e9t\u00e9 plus objectif et qu\u2019il n\u2019ait pas assez marqu\u00e9 les causes qui resteront fatales tant que nous ne nous attaqueront pas m\u00e9thodiquement \u00e0 elles. Et je r\u00e9p\u00e8te : mieux vaut gu\u00e9rir que critiquer ou accuser.<\/p>\n<p>A.M.<\/p>\n<p>45, rue Rib\u00e9ra (16e).<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><strong><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\" wp-image-4409 alignleft\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-280x300.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"165\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-280x300.jpg 280w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-768x823.jpg 768w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob-956x1024.jpg 956w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/Le-PEUPLE-10-juillet-1925-Marie-Jacob.jpg 1025w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/>Le Peuple<\/strong><\/p>\n<p>10 juillet 1925<\/p>\n<p><strong>Mme Jacob pourra revoir son fils<\/strong><\/p>\n<p>Une bonne nouvelle qui r\u00e9jouira toutes les m\u00e8res.<\/p>\n<p>Mme Jacob va enfin trouver la r\u00e9compense du sublime d\u00e9vouement maternel qu\u2019elle a montr\u00e9 sans cesse pendant plus de vingt ann\u00e9es. Elle va pouvoir bient\u00f4t embrasser son fils, pas encore compl\u00e8tement libre, mais tout de m\u00eame rapproche d\u2019elle, en attendant mieux.<\/p>\n<p>Nous apprenons, en effet, qu\u2019\u00e0 l\u2019occasion du 14 juillet, la peine prononc\u00e9e contre Jacob, par la cour d\u2019assises d\u2019Amiens, le condamnant aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, va \u00eatre commu\u00e9e en cinq ann\u00e9es de d\u00e9tention.<\/p>\n<p>Jacob va donc \u00eatre ramen\u00e9 en France par un prochain courrier et sa m\u00e8re aura la facult\u00e9 de le voir d\u00e9sormais r\u00e9guli\u00e8rement. D\u2019autre part, cette mesure de cl\u00e9mence, qui donne, en grande partie, satisfaction au d\u00e9sir exprim\u00e9 par Le Peuple et par la presse de gauche, qui a soutenu notre campagne en faveur de Jacob, sera, para\u00eet-il, susceptible d\u2019\u00eatre suivie dans un d\u00e9lai rapproch\u00e9, d\u2019une autre mesure de gr\u00e2ce d\u00e9finitive.<\/p>\n<p>Le Peuple est heureux de pouvoir noter une d\u00e9cision d\u2019humanit\u00e9 qui honore un r\u00e9gime de d\u00e9mocratie et il souhaite qu\u2019elle soit compl\u00e9t\u00e9e le plus t\u00f4t possible par la gr\u00e2ce enti\u00e8re.\u00a0 Mme Jacob qui a connu pendant vingt ann\u00e9es l\u2019angoisse d\u2019une m\u00e8re priv\u00e9e de ce qu\u2019elle avait de plus cher au monde, va conna\u00eetre la seule joie qui compte actuellement pour elle : revoir son fils.<\/p>\n<p>Et cette parcelle de bonheur jaillissant dans un c\u0153ur de m\u00e8re est une lueur de beaut\u00e9 qui fait supporter bien des m\u00e9diocrit\u00e9s de l\u2019existence humaine.<\/p>\n<p>F.M.<\/p>\n<p>.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>[1] N\u00e9e le 9 d\u00e9cembre 1892 \u00e0 Paris, Georgette Bouillot d\u00e9clare le 4 mars 1925 dans ce journal \u00ab\u00a0conna\u00eetre particuli\u00e8rement Mme Jacob depuis 20 ans\u00a0\u00bb. Affili\u00e9e \u00e0 la CGT de l\u2019Habillement, elle r\u00e9sid\u00e9 au 24 de la rue Voltaire dans le 11e arrondissement de la capitale, soit \u00e0 deux pas de l\u2019impasse Delaunay o\u00f9 loge Marie Jacob.<br \/>\n[2] Il s\u2019agit d\u2019Alric, le Peuple fait ici une faute de frappe sur le nom de l\u2019ancien gestionnaire des \u00eeles du Salut.<br \/>\n[3] N\u00e9 \u00e0 Cherbourg en 1885, le romancier entretient une amiti\u00e9 avec Jacob qu\u2019il rencontre au bagne. Il existe d\u2019ailleurs une correspondance entre Jacob et Raoul Lematte, vrai nom de Normand, conserv\u00e9e dans le fonds Jacob du CIRA de Marseille.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Marie Jacob n\u2019a jamais baiss\u00e9 les bras. Elle \u00ab\u00a0a la foi en gomme (\u2026)\u00a0; \u00e0 terre d\u2019un bond, elle rebondit d\u2019un autre, toujours vivace\u00a0\u00bb comme le lui \u00e9crit son bagnard de fils le 4 juin 1923 alors qu\u2019elle tentait une d\u00e9marche aupr\u00e8s du Grand Orient de France, \u00e9tabli au 16 de la rue Cadet dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1163,6,4],"tags":[168,180,738,2709,5466,797,2712,32,48,3146,725,2710,3885,5465,510,411,479,478,69,25,1410,5467,117,909,3997,2711,446,606,85,5468,414],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4407"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4407"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4407\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":4416,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4407\/revisions\/4416"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4407"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4407"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4407"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}