{"id":428,"date":"2008-06-14T05:24:38","date_gmt":"2008-06-14T03:24:38","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=428"},"modified":"2008-06-14T06:43:27","modified_gmt":"2008-06-14T04:43:27","slug":"mes-bagnards","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2008\/06\/mes-bagnards\/","title":{"rendered":"Mes bagnards"},"content":{"rendered":"<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/appel-de-banards.jpg\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/commandant-michel-1-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-429\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/commandant-michel-1-1-214x300.jpg\" alt=\"le comandant Michel\" width=\"193\" height=\"279\" \/><\/a><strong>LES \u00abCONFESSIONS\u00bb DU COMMANDANT MICHEL<\/strong><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"italic;\">Le num\u00e9ro 20 de l&rsquo;hebdomadaire des fr\u00e8res Kessel, <\/span><em>Confessions<\/em>, <span style=\"italic;\">donne le 15 avril 1937 la parole au commandant Michel, qui a \u00e9t\u00e9 directeur du bagne des \u00eeles du Salut. L\u2019homme a aussi fait carri\u00e8re en Nouvelle Cal\u00e9donie, jusqu\u2019\u00e0 la fermeture de ces camps des antipodes en 1897. Le propos de l\u2019agent de la Tentiaire, au-del\u00e0 des aspects sensationnels pouvant \u00e9mouvoir un lectorat avide d\u2019exotisme \u00e0 bon march\u00e9, nous parait doublement int\u00e9ressant.<!--more-->\u00a0Il s\u2019agit d\u2019abord d\u2019un t\u00e9moignage. Mais, pour mieux saisir l\u2019univers carc\u00e9ral, il convient de passer outre l\u2019ego du t\u00e9moignant.\u00a0Le lecteur notera alors l\u2019emploi abusif de la premi\u00e8re personne du singulier que l\u2019on retrouve aussi chez les for\u00e7ats ayant commis des souvenirs. Le commandant Michel ne peut s\u2019emp\u00eacher de centraliser le fait narr\u00e9 autour de lui. Apparaissent alors des rapports violents o\u00f9 la probl\u00e9matique de base demeure la survie de l\u2019enferm\u00e9 dans ces mouroirs coloniaux. Ici bien s\u00fbr, le condamn\u00e9, forc\u00e9ment coupable et dangereux, doit expier. Malgr\u00e9 une galerie impressionnante de portraits, l&rsquo;article est ensuite centr\u00e9 principalement sur le matricule <\/span>34777, <span style=\"italic;\">une des b\u00eates noires de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Rus\u00e9. Machiav\u00e9lique. Intelligent. Hors norme carc\u00e9rale. Pr\u00eat \u00e0 tout. Audacieux. A surveiller avec la plus haute attention. Froid. Calculateur. Les qualificatifs ne manquent pas pour d\u00e9signer Jacob dans une description romanesque jouant sur l\u2019ad\u00e9quation de l\u2019attraction et de la r\u00e9pulsion. Le ge\u00f4lier ne peut ainsi dissimuler son admiration pour son <em>vieil adversaire<\/em><\/span>, consid\u00e9r\u00e9<span style=\"italic;\"> comme une <em>\u00e9nigme<\/em> lui ayant donn\u00e9 tant de fil \u00e0 retordre. Jacob ne manquera pas, en 1948, de rectifier les faits narr\u00e9 par le chef des gaffes \u00e0 Jean Maitron. Mais un autre bagnard reste \u00e0 retenir les pages qui suivent. Barrabas, le bagnard droit et int\u00e8gre, vient doubler le for\u00e7at r\u00e9el et, au plus bas de la mis\u00e8re humaine et sociale, demeure une ic\u00f4ne de la justice des hommes. N\u2019oublions alors pas que Jacob est Barrabas. Reste \u00e0 savoir pourquoi le commandant Michel a jou\u00e9 sur cette ambigu\u00eft\u00e9. Le texte qui suit a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9 en partie dans la r\u00e9\u00e9dition des <em>Ecrit<\/em> de Jacob par l\u2019Insomniaque en 2004. Nous pouvons, ici, pour la premi\u00e8re fois depuis 1937, le proposer dans son int\u00e9gralit\u00e9 et en trois parties.<em><\/em><\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00a0<\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-248\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg\" alt=\"Vue des \u00eeles du Salut\" width=\"300\" height=\"131\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><\/span>Pour la premi\u00e8re fois un directeur du bagne, le commandant Michel, \u00e9voque: <\/span><\/span><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">\u00abMes Bagnards!<\/span><\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><strong><em><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Pendant quinze ans, \u00e0 Cayenne, j&rsquo;ai mat\u00e9 15000 fortes t\u00eates\u00bb<\/span><\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un directeur de p\u00e9nitencier \u00e0 la Guyane ne peut vivre un seul jour sans combattre des tentatives d\u2019\u00e9vasions, de vols, de meurtres ou m\u00eame de soul\u00e8vements. De quelles armes dispose-t-il\u00a0? D\u2019un peu de tabac et de sa connaissance des hommes et encore de quelques auxiliaires arm\u00e9s qui ne sont pas tous des hommes de confiance.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Quand je commandais les \u00eeles du Salut, j\u2019avais quinze cents bagnards sous mes ordres. Quelques dizaines d\u2019hommes m\u2019aidaient \u00e0 maintenir la discipline. Mon exp\u00e9rience du commandement \u00ab\u00a0est celle d\u2019un colonel dont le r\u00e9giment serait compos\u00e9 de ses propres ennemis.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Mes bagnards, j\u2019apprenais \u00e0 les conna\u00eetre d\u00e8s leur arriv\u00e9e en Guyane. Je n\u2019\u00e9tonnerai personne en disant que beaucoup \u00e9taient des insatisfaits. Certains s\u2019\u00e9vadaient d\u00e8s le jour m\u00eame de leur arriv\u00e9e \u00e0 Cayenne, sans m\u00eame savoir sur quel continent ils se trouvaient. Interrog\u00e9s par le Conseil disciplinaire\u00a0:<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; O\u00f9 vouliez-vous aller\u00a0?<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Sortir de l\u00e0. On ne veut pas rester au bagne\u00a0! La prochaine fois on aura plus de chance. <\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Oui, il y avait beaucoup d\u2019insatisfaits au bagne. L\u2019un d\u2019eux ne demandait-il pas son rapatriement pour deux raisons majeures\u00a0: tout d\u2019abord, il se disait parent de Sainte Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, et ensuite, il avait pris des le\u00e7ons d\u2019accord\u00e9on avec un ex ministre. Mais d\u2019autres, c\u2019est terrible \u00e0 dire, \u00e9taient satisfaits de leur sort. Et ceux-l\u00e0, je me m\u00e9fiais encore bien plus, car c\u2019\u00e9taient de vraies crapules.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Mes bagnards, des incidents quotidiens m\u2019obligeaient \u00e0 les consid\u00e9rer comme des individus dangereux. Et pourtant, comment aurais-je pu les traiter autrement qu\u2019en \u00eatres humains\u00a0? C\u2019est ainsi que j\u2019avais l\u2019habitude de me faire raser par l\u2019un ou l\u2019autre d\u2019entre eux. Chaque matin j\u2019offrais ma gorge \u00e0 leur rasoir. Je ne pensais pas \u00e0 mal, eux non plus je crois.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"italic;\"><span style=\"small;\"><span style=\"Times New Roman;\">Quand un groupe d\u2019hommes se trouve r\u00e9uni dans une \u00e9troite forteresse de discipline et de sanctions, un haut navire de guerre sans ouverture sur le dehors, il existe entre eux et leurs chefs une puissante solidarit\u00e9. Mais surtout lorsqu\u2019il s\u2019agit d\u2019\u00a0\u00ab\u00a0hommes punis\u00a0\u00bb. Chacun d\u2019entre eux est s\u00e9par\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 par un drame, une peine inf\u00e2mante. Le vaisseau dans lequel ils se trouvent enferm\u00e9s ne doit les mener nulle part. de haut de cette prison, ils voient s\u2019\u00e9couler un flux morne de vie, comme un immense fleuve de boue. Aucune terre n\u2019est en vue.<\/span><\/span><\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\".2pt;\"><span style=\"Times New Roman;\">J&rsquo;ai v\u00e9cu pr\u00e8s de trente ann\u00e9es dans les bagnes. Je n&rsquo;ignore rien de ce qui peut se produire dans ces gal\u00e8res ancr\u00e9es au sol de Guyane ou de Nouvelle-Cal\u00e9donie. Ni les acc\u00e8s de d\u00e9s\u00adespoir, les mutineries de l&rsquo;\u00e9quipage, ni les saturnales de ceux qui se livrent entre eux \u00e0 d&rsquo;hor\u00adribles rixes de jeux et d&rsquo;amour, comme des rats dans les cales, ni le lent d\u00e9p\u00e9rissement de ceux qui refusent obstin\u00e9ment de vivre. Je connais les bassesses de ceux qui briguent un poste favo\u00adris\u00e9 de surveillant ou d&#8217;employ\u00e9, tout autant que la sentimentalit\u00e9 larmoyante, au moment o\u00f9 ils re\u00e7oivent une lettre de leur m\u00e8re, de brutes sanguinaires qui semblaient aussi insensibles \u00e0 la douceur qu&rsquo;\u00e0 la crainte.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Et cependant un cas demeure pour moi une \u00e9nigme&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Moi qui, aux \u00eeles du Salut, connaissais simultan\u00e9ment plus de mille bagnards par leur nom et leur num\u00e9ro de matricule, par leurs m\u00e9rites et leurs tares, j\u2019ai \u00e9t\u00e9 mis en \u00e9chec par l&rsquo;un d\u2019eux.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Pendant des ann\u00e9es, il m\u2019a tenu t\u00eate. Je le consid\u00e9rais d\u00e9finitivement comme un dangereux ennemi de moi-m\u00eame et de la Soci\u00e9t\u00e9. Il fallait l&rsquo;abattre pour ne pas \u00eatre abattu par lui. Et soudain survint un coup de th\u00e9\u00e2tre, qui me laisse encore stup\u00e9fait&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">II s&rsquo;agit de Jacob, le chef des Travailleurs de la nuit.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En quoi \u00e9tais-je pr\u00e9destin\u00e9 \u00e0 ces longues luttes, parfois tragiques, contre des bandits difficiles \u00e0 dompter\u00a0?<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En rien, semble-t-il. Etant enfant, je ne r\u00eavais pas d\u2019une carri\u00e8re aventureuse, et je ne jouais ni au gendarme ni au voleur. Mes \u00e9tudes termin\u00e9es, des amis appartenant \u00e0 l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire me conseill\u00e8rent d\u2019y entrer. \u00ab\u00a0C\u2019est une carri\u00e8re pleine d\u2019avenir, me disaient-ils. La criminalit\u00e9 ne faisant que cro\u00eetre, l\u2019A.P. ne peut que se d\u00e9velopper aussi\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Parmi mes coll\u00e8gues, j\u2019ai surtout rencontr\u00e9 d\u2019anciens officiers de troupes coloniales. Par contre, certains \u00e9taient entr\u00e9s dans l\u2019A.P. comme commis, ou bien ils provenaient d\u2019une autre administration. Ils \u00e9taient presque tous mari\u00e9s ou p\u00e8res de famille. Leurs enfants, comme les miens, allaient \u00e0 l\u2019\u00e9cole o\u00f9 ils rencontraient quelques gosses de condamn\u00e9s. Quant \u00e0 leurs vies, je les d\u00e9crirai en m\u00eame temps que la mienne.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Pendant plusieurs ann\u00e9es, j\u2019ai appartenu \u00e0 l\u2019Administration P\u00e9nitentiaire de Nouvelle Cal\u00e9donie. L\u2019existence y \u00e9tait agr\u00e9able. Le climat de l\u2019\u00eele y est merveilleux, \u00e0 tel point que certains condamn\u00e9s devenaient centenaires. Malgr\u00e9 le bon march\u00e9 de la vie, leur long\u00e9vit\u00e9 \u00e9tait co\u00fbteuse au budget de l\u2019Administration. C\u2019est pour cela que le bagne de Noum\u00e9a fut supprim\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">D\u2019autres faisaient souche dans l\u2019\u00eele apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 lib\u00e9r\u00e9. Certaines familles tr\u00e8s honorables de Nouvelle Cal\u00e9donie comptent un bagnard parmi leurs anc\u00eatres. J\u2019ai h\u00e2te de dire que, dans les galeries de portraits de familles, on ne les repr\u00e9sente pas en tenue de captivit\u00e9 \u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En Guyane, les conditions de vie sont tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Evasion ou d\u00e9c\u00e8s, les condamn\u00e9s n\u2019y durent pas en moyenne plus de six ans bien que leur condamnation soit en principe beaucoup plus longue.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">A mon arriv\u00e9e \u00e0 Cayenne, je fus d\u2019abord s\u00e9duit par la beaut\u00e9 des \u00eeles du Salut. Entour\u00e9es par une mer violente, elles sont riches de lumi\u00e8re et de v\u00e9g\u00e9tation tropicale. On y acc\u00e8de par des gr\u00e8ves de sable bord\u00e9e de cocotiers.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dreyfus.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-431\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/dreyfus.jpg\" alt=\"Dreyfus\" width=\"133\" height=\"200\" \/><\/a>Je pense surtout \u00e0 l\u2019une d\u2019elle, le Diable, qui fut \u00ab\u00a0l\u2019\u00eele Dreyfus\u00a0\u00bb pendant cinq ans. Quand j\u2019y parvins, Dreyfus achevait sa peine. Il y vivait seul avec cinq surveillants, constamment renouvel\u00e9s de peur qu\u2019il ne r\u00e9uss\u00eet \u00e0 gagner l\u2019un d\u2019eux \u00e0 ses projets d\u2019\u00e9vasion. On craignait que les Allemands ne tentent de le ramener en France. La consigne \u00e9tait de tuer imm\u00e9diatement le prisonnier en cas d\u2019attaque venant de l\u2019ext\u00e9rieur.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un pavillon, la premi\u00e8re construction de l\u2019\u00eele, avait \u00e9t\u00e9 b\u00e2ti sp\u00e9cialement pour Dreyfus. Il avait droit \u00e0 la moiti\u00e9 d\u2019une pi\u00e8ce, l\u2019autre moiti\u00e9 \u00e9tant constamment habit\u00e9e par un surveillant, \u00e0 qui il \u00e9tait formellement interdit de parler au prisonnier.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dreyfus avait le droit de se promener une heure par jour autour du pavillon, dans un enclos. La palissade, haute de cinq m\u00e8tres, l\u2019emp\u00eachait de voir l\u2019\u00eele.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En 1899, peu apr\u00e8s mon arriv\u00e9e, Dreyfus quitta les \u00eeles. L\u2019ann\u00e9e suivante, il y eut un autre \u00e9v\u00e8nement notable\u00a0: M. V\u00e9rignon prit la direction du bagne de Cayenne. Je n\u2019avais eu jusqu\u2019alors que des relations cordiales avec les bagnards, mais je faillis me battre avec le directeur \u2026<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">M. V\u00e9rignon \u00e9tait un M\u00e9ridional approchant de la soixantaine, malgr\u00e9 ses cheveux blonds. Apr\u00e8s avoir travaill\u00e9 comme conducteur de travaux publics en France, il avait d\u00e9but\u00e9 dans l\u2019A.P. comme chef de bureau. Tr\u00e8s actif, circulant beaucoup sur les chantiers, ce fut lui qui cr\u00e9a de toute pi\u00e8ce Saint Laurent du Maroni.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cependant cet organisateur remarquable avait un langage exub\u00e9rant. Notre premi\u00e8re entrevue fut dramatique. Deux candidats s\u2019opposaient \u00e0 ce moment-l\u00e0 pour les \u00e9lections. M. V\u00e9rignon soutenait Franconi. Me sachant partisan d\u2019Usleur, il me convoqua dans son bureau pour m\u2019admonester dans les termes les plus vifs. Comme il m\u2019accusait de f\u00e9lonie, je saisis une chaise\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Un mot de plus, cria-je, et je vous assomme\u00a0!<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">M. V\u00e9rignon ne pronon\u00e7a pas un mot de plus mais il m\u2019expulsa de son bureau. Cependant, une heure apr\u00e8s, il me parlait affectueusement\u00a0:<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">&#8211; Alors mon fi\u00a0! C\u2019est fini maintenant, votre col\u00e8re est pass\u00e9e\u00a0? Eh bien, j\u2019aime votre fa\u00e7on de faire. Au moins, vous r\u00e9agissez quand on vous attaque.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Nos relations s\u2019am\u00e9lior\u00e8rent par la suite. Et je regrettai ce grand animateur au moment de son d\u00e9part. Il commen\u00e7ait alors \u00e0 transporter le bagne vers les r\u00e9gions aurif\u00e8res de Guyane o\u00f9 la main d\u2019\u0153uvre p\u00e9nale f\u00fbt devenue productive.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cependant son successeur, M. Bravard, homme calme, \u00e0 t\u00eate de Christ, fut lui aussi un administrateur de qualit\u00e9. Cet esprit fin, lettr\u00e9 d\u00e9licat, sut poursuivre le programme V\u00e9rignon avec une remarquable compr\u00e9hension de sa t\u00e2che.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Au moment ou M. Bravard devint directeur du bagne, nous re\u00e7\u00fbmes aux \u00eeles le condamn\u00e9 Jacob.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alexandre Jacob, le chef des \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb, celui qui inspira au romancier Mau\u00adrice Leblanc le type de son h\u00e9ros, Ars\u00e8ne Lupin: Jacob, une figure digne d&rsquo;entrer dans la l\u00e9gende.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Les \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb, une bande de vingt-cinq hommes, avaient \u00e9t\u00e9 jug\u00e9s par la cour d&rsquo;assises d&rsquo;Amiens. Pendant dix ans, ils avaient \u00abvisit\u00e9\u00bb les ch\u00e2teaux et les \u00e9glises de toute la France, choisissant toujours d&rsquo;une mani\u00e8re s\u00fbre les plus beaux objets d&rsquo;art. Leur chef \u00e9tait Alexandre Jacob.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">A 11 ans, Jacob s&rsquo;\u00e9tait embarqu\u00e9 comme novice \u00e0 bord du <em>Thibet. <\/em>A 16 ans, il fr\u00e9quentait les milieux anarchistes de Marseille. Typographe, il gagnait 30 sous par jour, qu&rsquo;il consacrait exclusivement \u00e0 l&rsquo;achat de livres. L\u2019ann\u00e9e suivante, il \u00e9tait condamn\u00e9 pour fabrication d&rsquo;ex\u00adplosifs.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Enferm\u00e9 \u00e0 Aix-en- Provence, il s&rsquo;\u00e9vada. Et c&rsquo;est alors que commenc\u00e8rent les exploits des Travailleurs de la nuit. Villas, ch\u00e2teaux, \u00e9glises, Jacob ex\u00e9cuta plus de cent cinquante cambriolages, rien que pendant les trois derni\u00e8res ann\u00e9es qui pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent son arrestation.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">II s&rsquo;\u00e9rigeait en punisseur des riches. Apres son passage, on trouvait dans les demeures cambriol\u00e9es des billets signes \u00abAttila\u00bb, dans lesquels il bl\u00e2mait les propri\u00e9taires de leur richesse excessive. Et parfois Attila br\u00fblait les villas dans lesquelles il \u00e9tait pass\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Dans un ch\u00e2teau, il eut la surprise de d\u00e9couvrir que le ch\u00e2telain, loin de poss\u00e9der une for\u00adtune, \u00e9tait accabl\u00e9 de factures et de traites. Jacob ne vola rien. Au contraire, il d\u00e9posa la somme de 10000 francs a l&rsquo;intention du ch\u00e2telain.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Convaincu de centaines de cambriolages, il garda la t\u00eate haute aux assises. Cet homme n&rsquo;avait pas de besoins, mais il avait trop d&rsquo;orgueil. C&rsquo;est lui qui, du bagne, \u00e9crivait \u00e0 sa m\u00e8re :<span style=\"1;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span>\u00abLorsqu&rsquo; on peut affirmer qu&rsquo;on n&rsquo;a jamais trahi personne et toujours respect\u00e9 la parole donn\u00e9e, cela d\u00e9passe de beaucoup les vaines approbations d&rsquo;autrui&#8230;\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un seul meurtre avait \u00e9t\u00e9 commis par la bande des Travailleurs de la nuit. L\u2019agent Pru\u00advost avait surpris Jacob et l&rsquo;un de ses lieutenants pendant un cambriolage a Abbeville. Le poli\u00adcier \u00e9tait mort, abattu de deux balles.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Rendu responsable, le chef de la bande fut condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perpetuit\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"Times New Roman;\"><span style=\"Times New Roman;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-chef-de-bande-jacob-lillustration-18-mars-1905-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-369\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-chef-de-bande-jacob-lillustration-18-mars-1905-1-194x300.jpg\" alt=\"Le chef de bande Jacob dans l\\'Illustration du 18 mars 1905\" width=\"194\" height=\"300\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-chef-de-bande-jacob-lillustration-18-mars-1905-1-194x300.jpg 194w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/le-chef-de-bande-jacob-lillustration-18-mars-1905-1.jpg 207w\" sizes=\"(max-width: 194px) 100vw, 194px\" \/><\/a><\/span><\/span>A l&rsquo;arriv\u00e9e de Jacob \u00e0 Cayenne, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire re\u00e7ut pour consigne de le tenir constamment en cellule. On craignait qu&rsquo;un tel chef de bande, un organisateur dou\u00e9 de ce caract\u00e8re froid et rus\u00e9, f\u00fbt capable d&rsquo;entra\u00eener tout un p\u00e9nitencier dans une r\u00e9volte san\u00adglante. La suite des \u00e9v\u00e9nements montra que cette crainte n&rsquo;\u00e9tait pas vaine.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Or une r\u00e9bellion semblable peut entra\u00eener les plus violents d\u00e9sordres, la mort de centai\u00adnes d&rsquo;hommes. Beaucoup de gens qui ignorent la vie des bagnes se sont fait une id\u00e9e de ces bagarres d&rsquo;apr\u00e8s les films am\u00e9ricains tels que <em>Big House. <\/em>Pour ma part, j&rsquo;ai assist\u00e9 \u00e0 l&rsquo;un de ces terribles <span style=\"yes;\">\u00a0<\/span>drames, la r\u00e9volte de l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">C&rsquo;est dans cette \u00eele que sont rel\u00e9gu\u00e9es les fortes t\u00eates, les r\u00e9cidivistes d&rsquo;\u00e9vasion, les hommes condamn\u00e9s pour crime commis au bagne. Enfin, les fous y ont leur asile.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Peu avant l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 Jacob arriva au bagne, une centaine de bagnards avaient d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;\u00e9vader de Saint-Joseph. Ils savaient que le vapeur reliant p\u00e9riodiquement Cayenne \u00e0 Saint Laurent mouillait \u00e0 date fixe en face de l\u2019\u00eele Royale. Lorsqu&rsquo;il y avait un surveillant \u00e0 rapatrier de Saint-Joseph ou du mat\u00e9riel \u00e0 exp\u00e9dier, une chaloupe mont\u00e9e par un surveillant et six condamnes faisait la navette entre l&rsquo;\u00eele et le vapeur. Les r\u00e9volt\u00e9s avaient complot\u00e9 de s&#8217;em\u00adparer de cette embarcation.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Chacun des b\u00e2timents de Saint-Joseph contient une centaine de cellules en ciment arm\u00e9, dont le plafond est une grille. Un surveillant de ronde peut ainsi surveiller jour et nuit ce que font les hommes en cage. Ils sont l\u00e0, comme dans une fosse, pendant vingt-trois heures par jour.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Ces d\u00e9tenus s&rsquo;\u00e9taient concert\u00e9s chaque matin, pendant l&rsquo;heure de promenade qui leur est accord\u00e9e. On devine quelles pr\u00e9cautions ils avaient prises pour garder leur projet secret. Heu\u00adreusement pour eux, les mouchards sont peu nombreux \u00e0 Saint-Joseph, o\u00f9 se retrouvent seu\u00adles les fortes t\u00eates.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Un condamn\u00e9 maquille sa serrure. Au jour convenu, il bondit sur le surveillant au moment o\u00f9 celui-ci passe pour la ronde de 7 heures. Il l&rsquo;\u00e9trangle de ses mains sans que celui-ci ait pu crier.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">L\u2019homme saisit le revolver et les clefs du garde-chiourme \u00e9croul\u00e9 \u00e0 terre. Il lib\u00e8re ses compagnons. Etonn\u00e9 de ne pas voir revenir son camarade, le second gardien p\u00e9n\u00e8tre \u00e0 son tour dans le corridor. Cern\u00e9 par les r\u00e9volt\u00e9s, il tire sur eux un coup de revolver. Mais ils l&rsquo;assom\u00adment avec une barre de fer.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Deux condamnes rev\u00eatent les costumes des surveillants abattus. Ils p\u00e9n\u00e8trent dans la salle o\u00f9 les autres gardiens sont en train de manger. A coups de revolver, ils les assomment avant que ceux-ci n\u2019aient eu le temps de se d\u00e9fendre. Les surveillants sont d\u00e9pouill\u00e9s de leurs costu\u00admes et ligot\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Alors, les bagnards d\u00e9guis\u00e9s en gardes-chiourme vont attendre sur l&rsquo;appontement de l&rsquo;\u00eele l&rsquo;arriv\u00e9e de la chaloupe. A ce moment, le chef de camp n\u2019a pas encore \u00e9t\u00e9 attaqu\u00e9, car il habite avec sa femme au bord du quai.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Soudain, il voit courir vers lui un homme demi nu qui appelle au secours. C\u2019est un des surveillants ligot\u00e9s qui est parvenu \u00e0 se d\u00e9faire de ses liens.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Les condamn\u00e9s pr\u00e9cipitent leur attaque. La femme du chef de camp ferme en h\u00e2te la porte du pavillon. Elle manoeuvre les signaux d&rsquo;alarme. Les r\u00e9volt\u00e9s la tuent presque aussit\u00f4t, apr\u00e8s avoir abattu son mari.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cependant, de l&rsquo;\u00eele Royale, on aper\u00e7oit les signaux. Par bonheur, la chaloupe n&rsquo;a pas encore accost\u00e9 \u00e0 Saint-Joseph. On envoie aussit\u00f4t \u00e0 la rescousse un deuxi\u00e8me canot mont\u00e9 par douze surveillants arm\u00e9s. La r\u00e9volte de Saint-Joseph a \u00e9chou\u00e9.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le lendemain, la troupe d\u00e9barque dans l&rsquo;\u00eele. C\u2019est une chasse a l&rsquo;homme sans piti\u00e9. Cer\u00adtains bagnards se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans des grottes et d&rsquo;autres en haut des cocotiers. On les des\u00adcend des arbres \u00e0 coups de fusil, comme du gibier. Les survivants sont condamn\u00e9s a mort.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">D\u00e8s son arriv\u00e9e, Jacob est donc mis en cellule dans l&rsquo;\u00eele Royale, afin de nous garantir contre une tentative de soul\u00e8vement organis\u00e9e par lui. Et, pendant la journ\u00e9e, lorsqu&rsquo;il par\u00adticipe \u00e0 une corv\u00e9e, il est l&rsquo;objet d&rsquo;une surveillance toute sp\u00e9ciale.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Cependant, il parvient a correspondre avec d&rsquo;autres condamn\u00e9s. Les travaux de propret\u00e9 de sa cellule sont assur\u00e9s chaque jour par un bagnard. Ce seul contact avec l&rsquo;ext\u00e9rieur, quelques mots \u00e9chang\u00e9s en profitant de l&rsquo;inattention des gardiens, suffisent \u00e0 Jacob pour se faire conna\u00eetre. Peu \u00e0 peu, il prend de l&rsquo;autorit\u00e9 sur les autres condamn\u00e9s. Et c&rsquo;est lui, l&rsquo;homme enferm\u00e9 dans une cage, qui devient l&rsquo;un des chefs les plus dangereux des hommes punis rel\u00e9gu\u00e9s dans les \u00eeles.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">II y a d\u2019autres chefs de bande aux \u00eeles du Salut, au moment o\u00f9 j\u2019en deviens le commandant. C\u2019est ainsi que Baille, un de mes vieux \u00ab clients \u00bb, est tenancier de jeux dans la case num\u00e9ro 2. II exerce son autorit\u00e9 sur les soixante hommes de la case. La cagnotte du jeu de la \u00ab Mar\u00adseillaise\u00bb et la vente du caf\u00e9 aux joueurs lui procurent de s\u00e9rieux b\u00e9n\u00e9fices. C\u2019est une bonne \u00abd\u00e9brouille \u00bb. Il a ses vassaux et ses \u00abmignons \u00bb. Ses gains lui permettent de tenter fr\u00e9quem\u00adment des \u00e9vasions. Et l\u2019administration est impuissante \u00e0 r\u00e9primer ces habitudes du bagnard.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Non, Jacob n\u2019\u00e9tait pas joueur. II fit toujours preuve d&rsquo;une grande sobri\u00e9t\u00e9. A l&rsquo;encontre de Baille, qui fut tu\u00e9 dans la case num\u00e9ro 2 par un rival \u00e0 cause du mome Tata, Jacob n&rsquo;avait pas de moeurs contre nature. Dans sa cellule, il lisait tous les livres qu&rsquo;il pouvait trouver, Nietzsche, Ruskin, et surtout le Code. Il \u00e9tait abonn\u00e9 au <em>Mercure de France. <\/em>C&rsquo;\u00e9tait un homme secret, un v\u00e9ritable chef. Il pr\u00eachait la solidarit\u00e9 entre condamn\u00e9s. L\u2019administration \u00e9tait l&rsquo;ennemi commun.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">La premi\u00e8re alerte fut un complot de soul\u00e8vement dans l&rsquo;\u00eele Royale, dont je fus averti par des d\u00e9lateurs. D&rsquo;apr\u00e8s leurs renseignements, Jacob voulait tenter de saisir des armes du d\u00e9ta\u00adchement d&rsquo;infanterie coloniale qui assurait la s\u00e9curit\u00e9 de 1&rsquo;\u00eele.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le projet \u00e9tait r\u00e9alisable. Certains soldats fraternisaient sans m\u00e9fiance avec les bagnards. Pour un chef comme Jacob, c&rsquo;\u00e9tait un jeu d\u2019enfant de saisir leurs armes \u00e0 1&rsquo;improviste. Apres? Je ne sais quel \u00e9tait son plan. Car la mer est violente autour des \u00eeles du Salut. L\u2019\u00e9vasion de sept \u00e0 huit cents condamn\u00e9s avec des moyens de fortune n&rsquo;est pas d\u2019une r\u00e9ussite facile.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">Le complot \u00e9ventr\u00e9, je n&rsquo;eus aucun moyen de trouver des preuves contre Jacob. Dans sa remarquable compr\u00e9hension de son r\u00f4le de chef, il s&rsquo;arrangeait pour ne jamais se mettre en \u00e9vidence. Ses hommes auraient tu\u00e9 pour lui, mais il ne serait pas compromis lui-m\u00eame.<\/span><\/p>\n<p class=\"MsoNormal\" style=\"none;\"><span style=\"Times New Roman;\">En 1&rsquo;interrogeant, j&rsquo;observai attentivement son visage. Rien de tr\u00e8s particulier, si ce n\u2019est un teint bilieux, assez bronz\u00e9. Sa taille ne d\u00e9passait pas la moyenne. Mais il contr\u00f4\u00adlait fort bien ses paroles. Et, depuis plusieurs ann\u00e9es de captivit\u00e9, il m\u00fbrissait patiemment ses projets.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"AR-SA;\">Personne n&rsquo;osa parler contre lui. Un d\u00e9lateur t\u00e9moignant au proc\u00e8s aurait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 mort le lendemain, sans que Jacob eut m\u00eame a intervenir.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES \u00abCONFESSIONS\u00bb DU COMMANDANT MICHEL Le num\u00e9ro 20 de l&rsquo;hebdomadaire des fr\u00e8res Kessel, Confessions, donne le 15 avril 1937 la parole au commandant Michel, qui a \u00e9t\u00e9 directeur du bagne des \u00eeles du Salut. L\u2019homme a aussi fait carri\u00e8re en Nouvelle Cal\u00e9donie, jusqu\u2019\u00e0 la fermeture de ces camps des antipodes en 1897. 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