{"id":4179,"date":"2017-01-21T01:10:58","date_gmt":"2017-01-20T23:10:58","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4179"},"modified":"2016-11-20T10:02:36","modified_gmt":"2016-11-20T08:02:36","slug":"deuxieme-semestre-1913-aux-iles-du-salut-malade-comme-un-bagnard","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2017\/01\/deuxieme-semestre-1913-aux-iles-du-salut-malade-comme-un-bagnard\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me semestre 1913 aux \u00eeles du Salut : malade comme un &#8230; bagnard"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sternum-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4180\" title=\"sternum n\u00e9cros\u00e9\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sternum-copier-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"187\" height=\"141\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sternum-copier-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/sternum-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 187px) 100vw, 187px\" \/><\/a>Si aux \u00eeles du Salut, balay\u00e9es par les vents, le for\u00e7at Jacob peut jouir d&rsquo;un espace relativement plus sain, il n&rsquo;\u00e9chappe en revanche ni aux tracas ordinaires que sont rhumes, fi\u00e8vres et n\u00e9vralgies, ni aux maux issus de la claustration, de la vie carc\u00e9rale et de la promiscuit\u00e9. Le scorbut l&rsquo;a atteint maintes fois dans les cachots de la r\u00e9clusion \u00e0 Saint Joseph et le premier semestre de l&rsquo;ann\u00e9e 1913 l&rsquo;a trouv\u00e9 \u00ab\u00a0compl\u00e9tement schopenhauris\u00e9\u00a0\u00bb. Le second ne s&rsquo;annonce pas mieux. Six mois d&rsquo;hospitalisation, des douleurs insupportables au point que le fagot pense mettre fin \u00e0 ses jours si le supplice recommence. Jacob souffre d&rsquo;une ost\u00e9ite au sternum, cette \u00ab\u00a0carie des os\u00a0\u00bb dont serait mort le pharaon Ramses II en -1213. Ne reste alors plus qu&rsquo;\u00e0 curer les parties infect\u00e9es et attendre une lente, une trop lente cicatrisation.<!--more--><\/p>\n<p>Mais aux \u00eeles comme sur la Grande Terre, le malade est un \u00eatre faible. Il devient une proie facile s&rsquo;il dispose de quelques objets sujets \u00e0 convoitise, et cet ennemi \u00e0 piller peut donc \u00eatre d\u00e9pouill\u00e9 de ses biens plus facilement. Jacob n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle\u00a0: \u00ab quand l&rsquo;arbre tombe, tout le monde monte sur les branches.\u00a0\u00bb. Il n&rsquo;en a cure et ne porte pas grief \u00e0 ses voleurs. Au moins, cela est venu briser la monotonie de l&rsquo;hospitalisation. Car le bagnard s&rsquo;ennuie \u00e0 mourir\u00a0; il en a \u00ab\u00a0plein le dos de cette oisivet\u00e9\u00a0\u00bb, \u00e9crit-il le 17 novembre. Alors il lit, \u00e9crit et annonce \u00e0 sa m\u00e8re sa brouille avec Joseph Ferrand.<\/p>\n<p>Le \u00ab divorce \u00bb est m\u00eame consomm\u00e9. Jacob reproche \u00e0 son ancien camarade de cambriolages de ne pas r\u00e9pondre aux colis que lui envoie sa m\u00e8re, attitude qu&rsquo;il explique par l&rsquo;alcoolisme de ce dernier. Ferrand profite certainement de son poste de cuisinier pour s&rsquo;enivrer \u00e0 bon compte. Il semble avoir perdu, si l&rsquo;on pr\u00eate l&rsquo;oreille aux dires de Jacob, ses volont\u00e9s d&rsquo;opposition et adopter une certaine forme d&rsquo;amendement. L&rsquo;\u00e9thylisme du bagnard Ferrand choque Jacob qui pr\u00e9f\u00e8re rompre les relations avec lui. Les punitions de Ferrand d\u00e9montrent que ce dernier adopte effectivement les m\u0153urs des bagnards auxquels r\u00e9pugnent les anarchistes<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Le courrier du matricule 34777 est riche de l&rsquo;agrandissement de la famille imaginaire et r\u00e9elle de Barrabas. Nous retrouvons Honor\u00e9 Bonnefoy, le complice de Jacob dans le coup de la rue Quincampoix en 1901 <!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]-->mais aussi peut-\u00eatre Louis Matha et les compagnons du<em> Libertaire<\/em> de la rue d&rsquo;Orsel. Vaudoy et Michel, qui ont fait depuis peu leur apparition, semblent surtout prendre le devant de la sc\u00e8ne. Nous ne savons pas vraiment quel r\u00f4le ont pu jouer Gustave Herv\u00e9 et Miguel Almereyda mais toujours est-il qu&rsquo;apr\u00e8s une courte p\u00e9riode de doute sur la qualit\u00e9 de leur soutien \u00e0 Marie Jacob celui-ci semble effectif au regard des occurrences cod\u00e9es dans la correspondance de ce deuxi\u00e8me semestre\u00a01913 : d\u00e9marche administrative\u00a0?, r\u00e9ception de courriers clandestins\u00a0?, pr\u00e9paratif d&rsquo;\u00e9vasion\u00a0? Cet activisme des animateurs de <em>La Guerre Sociale<\/em> justifie alors les appels \u00e0 la prudence car, bien \u00e9videmment Octave &#8211; de la S\u00fbret\u00e9 Parisienne &#8211; veille \u00e0 ce que le bon grain soit bien s\u00e9par\u00e9 de l&rsquo;ivraie carc\u00e9rale. Et, l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire consid\u00e8re Jacob &#8211; Barrabas, m\u00eame malade et diminu\u00e9, comme un de ses plus mauvais sujets.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><\/a>4 juillet 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Encore un coup tes trois lettres me sont arriv\u00e9es ensemble. \u00c7a vaut bien la peine qu&rsquo;il y ait plusieurs courriers. Enfin, l&rsquo;essentiel est que ta sant\u00e9 soit bonne, ce dont je doute un peu avec tous les chagrins que tu as. Fort heureusement que le capital n&rsquo;est pas fond\u00e9. Tu dois en avoir l&rsquo;assurance \u00e0 cette heure. Quant \u00e0 moi, je ne suis pas malade bien que je sois hospitalis\u00e9 depuis une vingtaine de jours. J&rsquo;ai d\u00fb me faire op\u00e9rer d&rsquo;une ost\u00e9ite au sternum. L&rsquo;os \u00e9tant cass\u00e9, il a fallu le gratter. Sous le chloroforme, je n&rsquo;ai rien senti. Par la suite, j&rsquo;ai bien \u00e9t\u00e9 un peu fatigu\u00e9, mais \u00e0 pr\u00e9sent, \u00e7a va tr\u00e8s bien, sauf des boutons aux jambes, si mal plac\u00e9s qu&rsquo;ils m&rsquo;interdisent tout repos. Depuis hier, j&rsquo;ai la t\u00eate en compote par la floraison de petits furoncles dans l&rsquo;oreille. Ce n&rsquo;est pas tenable. Aussi vais-je me les faire inciser tant\u00f4t ou demain. Au fond, un peu de douleur, mais rien de grave. Dans un mois, je serai encore sur pied.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u les deux flacons de levure de bi\u00e8re, les deux Feuilles litt\u00e9raires et la naphtaline. Bien s\u00fbr que non qu&rsquo;il ne faut pas m&rsquo;envoyer toutes ces revues. \u00c7a ne me dit plus rien. \u00c0 te dire vrai, pour le moment, avec ce que j&rsquo;ai et ce que je recevrai au courrier prochain, je n&rsquo;ai pas besoin de grand-chose. Un peu de chocolat, si tu veux, ainsi qu&rsquo;un lorgnon \u00e0 verres jaunes pour le soleil. Quoique bonne, ma vue faiblit en pleine lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>Pour Honor\u00e9 ? Mais, ma bien bonne, fais un peu comme tu voudras. Sur place, en commerce avec les gens, tu es \u00e0 m\u00eame de pouvoir appr\u00e9cier les choses beaucoup mieux que moi. Assur\u00e9ment, c&rsquo;est un homme tr\u00e8s intelligent, ne manquant pas de hardiesse et de pr\u00e9cision en ses projets ; cependant, de sa nature, il a le c\u0153ur tr\u00e8s sec. Et puis, il a pr\u00e8s de la cinquantaine, et tu sais, \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0, les hommes comme lui ne pincent pas des airs de guitare. J&rsquo;ai id\u00e9e que son offre, si offre il y avait, cacherait plus de calcul que de d\u00e9vouement. En tout cas, en fait d&rsquo;argent, ne t&rsquo;engage en rien. Alors, il est associ\u00e9 avec son fils ? Pas fort robuste ce petit, ce petit qui doit avoir \u00e0 pr\u00e9sent 24 ans. Pendant notre s\u00e9jour \u00e0 Bordeaux, alors que nous exploitions l&rsquo;usine des vernis, il fut presque toujours malade.<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a><\/p>\n<p>Sais-tu que tu en as de dr\u00f4les, parfois ? Est-ce que tu crois que la peine que je subis consiste \u00e0 choisir tel ou tel labeur plut\u00f4t que tel autre ? Je fais ce qu&rsquo;on me fait faire. Et puis tu sais, pour un homme valide, c&rsquo;est tr\u00e8s, tr\u00e8s supportable. Il est probable qu&rsquo;\u00e0 la suite de l&rsquo;op\u00e9ration que je viens de subir je serai class\u00e9 aux travaux l\u00e9gers, peut-\u00eatre impotent. Mais cela ne change presque rien \u00e0 la chose : dans bien des cas, les travaux sont les m\u00eames pour toutes les cat\u00e9gories. Sois sans inqui\u00e9tude \u00e0 ce sujet.<\/p>\n<p>Le travail, m\u00eame p\u00e9nible, me profite mieux que le sans rien faire. Tu n&rsquo;as qu&rsquo;\u00e0 voir, lorsque j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 malade, cela a toujours \u00e9t\u00e9 pendant mon s\u00e9jour en cellule o\u00f9 l&rsquo;on ne travaille pas. Et m\u00eame ce que j&rsquo;ai en ce moment est une cons\u00e9quence de ce r\u00e9gime : miroir physiologique. Esp\u00e9rons que cette r\u00e9paration me sera profitable. Je te quitte pour aller soigner mon oreille qui me fait bien mal.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Je pense que Joseph t&rsquo;\u00e9crira. Ce n&rsquo;est ni le sentiment ni le temps qui lui font d\u00e9faut ; seulement il s&rsquo;adonne de plus en plus \u00e0 l&rsquo;ivrognerie, malgr\u00e9 mes remontrances, et il lui arrive d&rsquo;attendre l&rsquo;arriv\u00e9e du courrier alors qu&rsquo;il ne fait que de partir. Tu peux le semoncer. Il le m\u00e9rite.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"144\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 144px) 100vw, 144px\" \/><\/a>28 juillet 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Depuis mon op\u00e9ration, bien des complications ont surgi ; apr\u00e8s mes furoncles d&rsquo;oreille, cela a \u00e9t\u00e9 des n\u00e9vralgies intercostales, qui petit \u00e0 petit ont fini par m&rsquo;envahir tout le corps sauf les jambes. \u00c0 te dire vrai, \u00e7a n&rsquo;est pas supportable et, sans les narcotiques et la morphine, je ne pourrais pas y tenir. Le m\u00e9decin me dit que c&rsquo;est de l&rsquo;hyst\u00e9rie, une de ces n\u00e9vroses h\u00e9r\u00e9ditaires qui surgissent sous le choc de l&rsquo;op\u00e9ration, \u00e0 l&rsquo;\u00e9branlement du syst\u00e8me nerveux. \u00c7a peut se passer au moment o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;y attend le moins, mais en attendant, je souffre atrocement, ne puis pas faire de mouvement au point que je dois de pouvoir t&rsquo;\u00e9crire \u00e0 l&rsquo;obligeance d&rsquo;un camarade. Tu dois voir que le docteur qui t&rsquo;a dit que l&rsquo;Urodonal me r\u00e9ussirait n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 heureux dans son diagnostic. Voil\u00e0 plus d&rsquo;un mois que je suis op\u00e9r\u00e9 et la plaie n&rsquo;est pas encore ferm\u00e9e ; cependant physiologiquement, elle va bien. Je dois ajouter aussi que je suis fort bien trait\u00e9. Esp\u00e9rons que le mois prochain tout sera pass\u00e9 et que je pourrai te donner de meilleures nouvelles sur ma sant\u00e9.<\/p>\n<p>Je con\u00e7ois que ce soit tr\u00e8s ennuyeux cette commission et ce voyage en Suisse, dans l&rsquo;incertitude, nous ne pouvons rien tenter aupr\u00e8s de M. Grancourt. Que diable ! on s&rsquo;en passera. Tu dois bien penser qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, ou pour mieux dire demain, Auguste, avec les moyens dont il dispose, n&rsquo;aura pas besoin de lui, mais plut\u00f4t le contraire.<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a><\/p>\n<p>Pour tous ces cachets, pour tous ces m\u00e9dicaments, tu sais, je ne crois pas que ce soit bien efficace, mais enfin, puisque \u00e7a te fait plaisir, envoie-les tout de m\u00eame. Quant au linge, chocolat, ce n&rsquo;est pas la peine. Du linge, j&rsquo;en ai tr\u00e8s suffisamment (surtout avec un si long s\u00e9jour \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital). \u00c0 l&rsquo;occasion, comme je te l&rsquo;avais demand\u00e9, et je m&rsquo;\u00e9tonne de ne pas l&rsquo;avoir re\u00e7u, <em>L&rsquo;Unique et sa propri\u00e9t\u00e9 <\/em>de Max Stirner. En ce moment, je suis encore sous les effets de la morphine, ma torpeur est telle que je ne puis t&rsquo;\u00e9crire plus longuement. Au prochain courrier, j&rsquo;irai certainement mieux, je me rattraperai.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus affectueuses caresses. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>1er ao\u00fbt 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00cele Royale<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>N&rsquo;ayant re\u00e7u ta lettre du 16 juillet qu&rsquo;apr\u00e8s les deux autres, ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;un demi-mal, le courrier ne passant que demain. En effet, cet incident est fort f\u00e2cheux : il n&rsquo;y a que deux mani\u00e8res de le r\u00e9soudre : 1) par la vengeance, et cela entend une foule de proc\u00e9d\u00e9s ; 2) la voie l\u00e9gale ; je te dirais bien de l&rsquo;attaquer reconventionnellement en dommages et int\u00e9r\u00eats pour d\u00e9nonciation calomnieuse.<\/p>\n<p>Mais tu sais qu&rsquo;en ces sortes d&rsquo;affaires<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a> c&rsquo;est le plus souvent celui qui a la v\u00e9rit\u00e9 pour soi qui succombe ; d&rsquo;autre part, il te faudrait demander l&rsquo;assistance judiciaire, que tu obtiendrais, c&rsquo;est entendu ; ensuite un avocat viendrait te consulter, d\u00e9j\u00e0 charg\u00e9 d&rsquo;au moins cinquante affaires pareilles et qui parfois s&rsquo;entend avec les deux parties.<\/p>\n<p>Et puis crois-tu que cette salet\u00e9 fait \u00e7a \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re ? Qui ne me dit pas qu&rsquo;elle s&rsquo;est assur\u00e9 le t\u00e9moignage de plusieurs locataires et de la concierge ? Il ne faut pas s&rsquo;y fier, ma bien bonne. Tels qui, au su de cette nouvelle, t&rsquo;ont fait des g\u00e9nuflexions en accents circonflexes en te disant : \u00abMa bonne dame, c&rsquo;est p\u00e9nible pour vous \u00bb, n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 les derniers \u00e0 toucher un cadeau pour faire un faux t\u00e9moignage \u00e0 ton endroit. Assur\u00e9ment, ce serait encore un meilleur moyen que celui de lui retirer de l&rsquo;argent et encore avec l&rsquo;appui des gendarmes ! Enfin t\u00e2che de voir ce qui pourrait r\u00e9sulter d&rsquo;une enqu\u00eate si elle avait lieu et fais-m&rsquo;en part ; je te ferai alors une mani\u00e8re d&rsquo;acte d&rsquo;accusation dont elle se tirerait difficilement, je crois.<\/p>\n<p>Quant aux colis-\u00e9chantillons, je ne les ai pas encore touch\u00e9s ; ce sera probablement pour demain&#8230; ou les jours suivants. Dans tous les cas, ce sera s\u00fbrement pour le courrier prochain, ce qui me permettra de t&rsquo;annoncer le r\u00e9sultat.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 ma maladie, toujours m\u00eame chose, souffrances impossibles ; il me tarde que cela finisse. Je suis toujours sous la torpeur des narcotiques, tu dois du reste t&rsquo;en apercevoir.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus affectueux sentiments. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"151\" height=\"158\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/><\/a>26 ao\u00fbt 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Pour une fois le service postal a \u00e9t\u00e9 r\u00e9gulier ; c&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai re\u00e7u deux de tes lettres au courrier anglais il y a une dizaine de jours. Tu as tr\u00e8s bien fait de ne pas exp\u00e9dier de colis \u00e0 ce courrier-l\u00e0, car depuis peu on ne les distribue qu&rsquo;une fois par mois au courrier fran\u00e7ais. J&rsquo;ai aussi re\u00e7u ta ch\u00e8re lettre du 3 ao\u00fbt. Quant aux colis, ils me seront d\u00e9livr\u00e9s dans deux ou trois jours. Je suis \u00e0 me demander si tu as re\u00e7u ma lettre de juin ou bien si, l&rsquo;ayant re\u00e7ue, tu l&rsquo;as bien comprise. Je ne t&rsquo;ai jamais dit que j&rsquo;avais eu une \u00e9ruption de boutons. Ce que j&rsquo;ai eu, ce que j&rsquo;ai encore, ce que j&rsquo;aurai toujours, c&rsquo;est la tuberculose. Dans ma prime jeunesse, tu le sais bien, elle \u00e9tait pulmonaire. \u00c0 pr\u00e9sent, elle est all\u00e9e se nicher dans les os. De l\u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration que j&rsquo;ai subie et dont je ne suis pas encore compl\u00e8tement gu\u00e9ri. Une premi\u00e8re fois, on m&rsquo;a gratt\u00e9 le sternum ; puis, lorsque la plaie \u00e9tait presque ferm\u00e9e, il y a eu complications. On a d\u00fb d&rsquo;abord me gratter une c\u00f4te \u00e0 droite, et ensuite, une autre c\u00f4te \u00e0 gauche. Si la carie ne s&rsquo;est pas propag\u00e9e ailleurs dans une quarantaine de jours, je pourrai sortir de l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9, entre parenth\u00e8ses, je ne puis plus me sentir. Je crois t&rsquo;avoir \u00e9crit, au dernier courrier, que le choc de l&rsquo;op\u00e9ration avait d\u00e9termin\u00e9 en moi une forte n\u00e9vrose. J&rsquo;ai eu, pendant quelques jours, des troubles mentaux. Mais, maintenant, j&rsquo;ai l&rsquo;esprit tr\u00e8s lucide et mes forces reviennent de jour en jour. Du reste, je suis tr\u00e8s bien soign\u00e9. Avec cela, tu dois comprendre que j&rsquo;ai beaucoup souffert. M\u00eame en ce moment, je ne suis pas sur un lit de roses. Cependant, si c&rsquo;est douloureux ce n&rsquo;est pas grave. Ce n&rsquo;est pas une maladie dont on meurt brusquement. J&rsquo;aurais m\u00eame pu \u00e9viter de me faire op\u00e9rer. Et, si c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 recommencer, c&rsquo;est bien ce que je ferais. J&rsquo;ignorais ce que j&rsquo;avais. Je croyais qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un simple abc\u00e8s. Enfin, c&rsquo;est presque pass\u00e9, n&rsquo;en parlons plus.<\/p>\n<p>Il ne faut plus m&rsquo;envoyer de l&rsquo;Urodonal. Que veux-tu que cela me fasse ? Si tu y tiens, renseigne-toi aupr\u00e8s d&rsquo;un docteur pour savoir s&rsquo;il se trouve un m\u00e9dicament pour pr\u00e9venir le retour de la carie en une autre r\u00e9gion, ce dont je doute. \u00c0 mon sens, il ne peut y avoir d&rsquo;efficace que l&rsquo;intervention chirurgicale, et, sous ce rapport, j&rsquo;ai ici tout ce qu&rsquo;il me faut. En somme, ce malheur aura de bons r\u00e9sultats pour moi, la douleur \u00e9tant encore, quand on y r\u00e9siste, le meilleur des toniques. Quand on a endur\u00e9 ce que j&rsquo;ai souffert, je t&rsquo;assure que l&rsquo;on ne craint plus rien.<\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s heureux qu&rsquo;Auguste ait \u00e9t\u00e9 satisfait pour \u00c9lisa. J&rsquo;esp\u00e8re que, au prochain courrier, tu pourras m&rsquo;en donner de meilleures nouvelles<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p><strong><em>27 ao\u00fbt<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Les colis ont \u00e9t\u00e9 remis aujourd&rsquo;hui. Ce ne sont pas six colis qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9s, mais seulement cinq ; en outre, je n&rsquo;ai r\u00e9ellement touch\u00e9 qu&rsquo;une tablette de chocolat (dix divisions), un mouchoir, une <em>Feuille litt\u00e9raire, <\/em>un livre <em>(L&rsquo;Unique et sa propri\u00e9t\u00e9) <\/em>et un tube de savon antiseptique. Quant au reste : lorgnons, conserves, crayons de menthol, Urodonal, levure de bi\u00e8re et pastilles, le tout a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 la d\u00e9cision de M. le m\u00e9decin-major qui, je l&rsquo;esp\u00e8re, me les fera remettre demain. En tous les cas, comme je te l&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0 souvent, ne m&rsquo;envoie plus de ces tas de rem\u00e8des qui, au fond, ne me sont d&rsquo;aucun secours. Borne-toi \u00e0 m&rsquo;adresser un peu de fil, quelques cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes, un tube ou deux de p\u00e2te dentifrice, du chocolat et les <em>Feuilles litt\u00e9raires<\/em>. L&rsquo;autre jour, pendant que j&rsquo;\u00e9tais sous l&rsquo;effet de la morphine, on m&rsquo;a vol\u00e9 pas mal de bricoles. Quand l&rsquo;arbre tombe, tout le monde monte sur les branches. Enfin, c&rsquo;est peu de chose. N&rsquo;en parlons plus. Tu m&rsquo;enverras donc aussi deux mouchoirs et deux paires de chaussettes couleur jaune.<\/p>\n<p>Je ne d\u00e9sire qu&rsquo;une chose, ma bien bonne, c&rsquo;est que tu ne sois pas malade et surtout que la situation de Julien ne t&rsquo;alarme pas. Encore que je ne la connaisse que par ce que tu m&rsquo;en as dit, j&rsquo;ai id\u00e9e qu&rsquo;il ne pouvait rien lui arriver de plus heureux. L&rsquo;essentiel est que Myra le soutienne de ses efforts et lui fournisse les moyens de faire face aux premi\u00e8res \u00e9ch\u00e9ances ; le reste ira tout seul<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. De m\u00eame pour moi. Ne te chagrine pas pour la maladie qui vient de m&rsquo;assaillir. Elle m&rsquo;a fortement secou\u00e9, je te l&rsquo;assure ; mais elle ne m&rsquo;a pas terrass\u00e9 : j&rsquo;ai tenu bon. Aujourd&rsquo;hui, je suis rest\u00e9 lev\u00e9 presque toute la journ\u00e9e et je me sens tout \u00e0 fait bien. Bien s\u00fbr, au toucher, les plaies me font un peu mal. Mais c&rsquo;est peu de chose. Les tissus repoussent \u00e0 vue d&rsquo;\u0153il. Bref c&rsquo;est l&rsquo;affaire d&rsquo;un mois, pour que tout soit ferm\u00e9.<\/p>\n<p>Tu as bien fait de m&rsquo;envoyer ce livre. Il contribuera beaucoup \u00e0 ma gu\u00e9rison par le go\u00fbt et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que j&rsquo;y attache.<\/p>\n<p>Alors, Joseph ne t&rsquo;a pas \u00e9crit. C&rsquo;est \u00e9c\u0153urant. Il est absolument abruti par son vice. Au fait, tant pis pour lui \u00e0 la fin. Qu&rsquo;il en boive du vin, \u00e0 en crever. C&rsquo;est encore ce qui pourrait lui arriver de plus heureux.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai eu des nouvelles de Helline. Elle est toujours rue d&rsquo;Orsel et c&rsquo;est Louis qui n&rsquo;y est plus. On l&rsquo;a chass\u00e9, para\u00eet-il, \u00e0 cause de son inconduite d&rsquo;arriviste rest\u00e9 en panne.<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine que je remercie pour son cadeau et aux camarades.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><\/a>12 septembre 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas tout \u00e0 fait gu\u00e9ri ; mais il s&rsquo;en faut de si peu que ce n&rsquo;est pas la peine d&rsquo;en parler ; j&rsquo;entends par gu\u00e9rison la fermeture des plaies. Quant \u00e0 l&rsquo;ost\u00e9ite, elle est enray\u00e9e depuis plusieurs jours. Le traumatisme qui en est r\u00e9sult\u00e9 m&rsquo;a fichu une rude secousse, mais je tiens encore bon. C&rsquo;est l&rsquo;essentiel. Je pense pouvoir sortir de l&rsquo;h\u00f4pital dans un mois environ.<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment, pour L\u00e9onie, il est pr\u00e9f\u00e9rable que tu n&rsquo;y songes plus. Le dommage serait-il encore plus \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;il vaudrait encore mieux passer outre que de s&rsquo;enliser par un tas de d\u00e9marches aussi oiseuses qu&#8217;emb\u00eatantes. Laisse courir.<\/p>\n<p>Il est heureux qu&rsquo;\u00c9lisa ait pu satisfaire Auguste. Il doit en \u00eatre fort content. Du reste M. Vaudoyer, que je t&rsquo;engage \u00e0 aller voir \u00e0 sa nouvelle adresse, par les conseils qu&rsquo;il lui donnera et dont il a fort besoin, lui permettra de r\u00e9aliser de gros b\u00e9n\u00e9fices. Ne serait-il pas temps enfin qu&rsquo;il r\u00e9uss\u00eet \u00e0 quelque chose apr\u00e8s tant de t\u00e2tonnements et d&rsquo;\u00e9checs<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> ? Pour cette affaire de contentieux qu&rsquo;il avait entreprise, il est fort probable qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de sa faute. Il a d\u00fb user de toute son influence. Mais son d\u00e9part pr\u00e9cipit\u00e9 pour la province, puis, surtout, sa longue maladie, l&rsquo;ont contraint \u00e0 abandonner l&rsquo;affaire. Il est possible encore que les int\u00e9ress\u00e9s se soient adress\u00e9s ailleurs. Le premier, il doit en \u00eatre pein\u00e9. Qu&rsquo;y faire?&#8230;<\/p>\n<p><strong><em>26 septembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u ta lettre du 25 ao\u00fbt et un colis retardataire, celui annonc\u00e9 le mois \u00e9coul\u00e9 que je t&rsquo;avais indiqu\u00e9 comme \u00e9gar\u00e9. Il contenait, ce colis, 250 grammes de chocolat et un mouchoir, rien de plus. Il est bon de te dire que, depuis peu, les colis-\u00e9chantillons sont dirig\u00e9s sur Saint-Laurent-du-Maroni pour y \u00eatre soumis aux frais d&rsquo;octroi de mer, lesquels sont, sauf \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de quelques objets non autoris\u00e9s \u00e0 recevoir d&rsquo;ailleurs, de 10%. En sorte que, pour pouvoir toucher ce que tu m&rsquo;as envoy\u00e9 \u00e0 ce courrier, je devrais verser une somme de 0,3525 franc. C&rsquo;est peu de chose. Et, si on l&rsquo;exige, je trouverai toujours de quoi y satisfaire. Cependant, \u00e0 l&rsquo;avenir, \u00e0 seule fin de parer \u00e0 toutes ces chinoiseries qui occasionnent un retard dans la distribution des colis, je te prie de m&rsquo;adresser un mandat postal de 2 francs. Quant aux <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>et autres lectures, ne les exp\u00e9die plus sous la rubrique, incorrecte d&rsquo;ailleurs, de : colis-\u00e9chantillons, mais sous celle de : imprim\u00e9s, ces derniers n&rsquo;\u00e9tant pas soumis aux droits d&rsquo;octroi de mer. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;ils me seront remis aussit\u00f4t. En tout cas, ce serait r\u00e9gulier et surtout logique, mais&#8230;<\/p>\n<p>Excellente id\u00e9e que de m&rsquo;avoir envoy\u00e9 un flacon de Glob\u00e9ol. Il me tarde de le recevoir pour activer ma gu\u00e9rison. Quant \u00e0 la levure de bi\u00e8re, j&rsquo;en ai encore ; c&rsquo;est te dire de ne plus m&rsquo;en adresser. Je pr\u00e9f\u00e9rerais recevoir deux flacons de capsules Th\u00e9venat au ga\u00efacol iodoform\u00e9, car depuis peu je n&rsquo;arr\u00eate pas de tousser. Ce n&rsquo;est pas grave pourtant. Simple rhume de poitrine caus\u00e9 par le pansement de mes plaies. La poitrine couverte d&rsquo;un tas d&rsquo;\u00e9toupes et de chiffons, je sue \u00e0 grosses gouttes et suis constamment mouill\u00e9. Le m\u00e9dicament que je te demande en aura facilement raison. J&rsquo;en ai vu bien d&rsquo;autres de ce genre-l\u00e0 !<\/p>\n<p>Quelle surprise ! Je viens de recevoir ce colis du courrier dernier que je t&rsquo;avais annonc\u00e9 comme \u00e9gar\u00e9 ainsi que ta lettre du 3 septembre. Pourquoi veux-tu que je sois m\u00e9content ? Mais \u00e7a va tr\u00e8s bien, <em>benissimo<\/em>. Pourquoi te chagrines-tu sans motifs ? Tu devrais comprendre que la cicatrisation d&rsquo;une plaie n&rsquo;est pas l&rsquo;oeuvre d&rsquo;un jour. Il faut le temps. Et dans les pays chauds, \u00e7a marche <em>pianissimo<\/em>. Qu&rsquo;importe puisque \u00e7a marche vers le mieux. Je te le r\u00e9p\u00e8te, je suis hors de tout danger. [<em>illisible<\/em>] je n&rsquo;ai pas de peine \u00e0 croire qu&rsquo;\u00c9lisa a trouv\u00e9 pas mal d&rsquo;obstacles en ses d\u00e9marches.<\/p>\n<p>Comme tu le dis, apr\u00e8s ces \u00e9v\u00e9nements c&rsquo;est \u00e0 qui se r\u00e9cusera. Il faut compter avec ces choses dans la vie et ne pas y attacher d&rsquo;importance, sauf pour la le\u00e7on de choses qui en d\u00e9coule. Tiens ! moi qui croyais Michel tout autre ! Remerciements de ma part. Dans quelque condition qu&rsquo;il se fasse, ce mariage lui fera plaisir. Que veux-tu, tu es dr\u00f4le aussi. S&rsquo;ils ont cru bon de le remettre aux premiers mois de l&rsquo;ann\u00e9e prochaine c&rsquo;est, \u00e0 n&rsquo;en pas douter, que les circonstances &#8211; succession, maladie &#8211; les y ont contraints. \u00c0 moi, tu le con\u00e7ois, ces choses-l\u00e0 m&rsquo;indiff\u00e8rent. Je n&rsquo;y attache d&rsquo;importance que pour la part et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que tu y prends.<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a><\/p>\n<p>Tu joindras \u00e0 ce que je t&rsquo;ai demand\u00e9 deux crayons de menthol.<\/p>\n<p>Sinc\u00e8res amiti\u00e9s aux camarades, \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 143px) 100vw, 143px\" \/><\/a>23 octobre 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Bien que je souffre du plus l\u00e9ger malaise, disons le mot : que je me porte comme un charme, je suis toujours en traitement \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, en attendant que ces fichues plaies se veuillent donner la peine de se boucher. C&rsquo;est long, mais, ma foi, je m&rsquo;en bats l&rsquo;orbite. Quand on ne souffre pas, on peut laisser tourner la plan\u00e8te tout \u00e0 son aise. Amen ! R\u00e9gulier, le service postal, ce mois-ci. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 tes deux lettres, tr\u00e8s ordinaires d&rsquo;ailleurs. Je n&rsquo;attends plus que la troisi\u00e8me arrivant avec le courrier fran\u00e7ais, lequel s&rsquo;est offert un retard de quatre jours.<\/p>\n<p><strong><em>25 octobre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Encore que le courrier soit arriv\u00e9 hier, les lettres ont fil\u00e9 \u00e0 Cayenne. Je ne les aurai que demain et encore&#8230; C&rsquo;est te dire que je ne puis r\u00e9pondre \u00e0 ta lettre. Peu importe. Je serai plus long le mois prochain.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u aussi ce que tu m&rsquo;as adress\u00e9 en ao\u00fbt : un flacon de levure de bi\u00e8re, un autre de Glob\u00e9ol, deux <em>Feuilles litt\u00e9raires <\/em>et cinq brochures. Contrairement \u00e0 ce que je supposais, les frais d&rsquo;octroi de mer n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 per\u00e7us. C&rsquo;est bien dommage car il y avait mati\u00e8re \u00e0 discussion. Je m&rsquo;ennuie tant&#8230;<\/p>\n<p>Je m&rsquo;ennuie du farniente, je m&rsquo;ennuie de cette vie de mollusque qu&rsquo;est celle du convalescent, de ce cadre toujours m\u00eame chose. Et dire que pourtant c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;id\u00e9al, le r\u00eave, le bonheur des lima\u00e7ons qui aspirent \u00e0 la tranquillit\u00e9. Bonnes gens !<\/p>\n<p>Tu dois le concevoir, avec la sant\u00e9, ma combativit\u00e9 s&rsquo;\u00e9veille. Il me faut du travail, du travail tr\u00e8s p\u00e9nible. Comme l&rsquo;autre, pour cela, je me sens des app\u00e9tits d&rsquo;artiste. D&rsquo;ailleurs, je ne tarderai pas \u00e0 me pouvoir satisfaire. Mon exeat n&rsquo;est plus qu&rsquo;une question de jours, une quinzaine environ.<\/p>\n<p>As-tu re\u00e7u des nouvelles de Vauvay d&rsquo;abord, de tante ensuite ? Je l&rsquo;esp\u00e8re. C&rsquo;est ce que m&rsquo;apprendra ta lettre ou la suivante. Comme je te l&rsquo;ai dit dans ma derni\u00e8re, ne te mets pas martel en t\u00eate pour les d\u00e9marches aupr\u00e8s d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne. Si \u00e7a va tout seul, bon ; mais \u00e0 la moindre complication, \u00e0 la moindre d\u00e9robade, plaque tout et laisse courir. Ce n&rsquo;est pas indispensable, encore que fort utile. Ai-je besoin de te pr\u00e9venir contre les agissements probables d&rsquo;Octave ? Fais toujours en sorte d&rsquo;\u00eatre irr\u00e9prochable<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Envoie-moi une bo\u00eete de grains de Vals (2,10 francs) et 500 g de Coca granul\u00e9 (2,75 francs). C&rsquo;est tout pour le moment ce dont j&rsquo;ai besoin.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades, \u00e0 Michel surtout.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"149\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 149px) 100vw, 149px\" \/><\/a>29 octobre 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Pour ne pas changer ! Ainsi ce sera toujours la m\u00eame chose. Tu ne peux donc pas t&rsquo;en tenir \u00e0 ce que je te demande : il faut que tu ajoutes toujours quelque chose et quelle chose : de la poudre \u00e0 faire baver les escargots, autant dire. Que veux-tu que j&rsquo;en fiche de cette composition pour frictionner les jambes. Je ne suis pas apprenti cul-de-jatte, que diable ! Elles sont bonnes, tr\u00e8s solides, mes jambes. Je n&rsquo;en ai jamais souffert. C&rsquo;est \u00e0 croire, bon sort, que tu as de l&rsquo;argent \u00e0 gaspiller.<\/p>\n<p>Je ne sais si les personnes de tes connaissances ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement gu\u00e9ries de l&rsquo;ost\u00e9ite tuberculeuse par l&rsquo;intervention chirurgicale. Ce que je sais mieux, par exemple, c&rsquo;est que, pour mon cas, \u00e7a me para\u00eet une fameuse balan\u00e7oire. Non pas que je souffre, non pas que je sois d\u00e9prim\u00e9 ; seulement \u00e7a ne se ferme pas, \u00e7a coule toujours. Me faudrait-il encore faire le cobaye, me faire tailler la couenne, gratter les os ? Zut ! je ne marche plus. Si \u00e7a ne veut pas se boucher, \u00e7a peut rester ouvert. M&rsquo;en [<em>illisible<\/em>]. Je ne suis pas encore d\u00e9soss\u00e9. Bien s\u00fbr que je les ai re\u00e7us, les cale\u00e7ons, de m\u00eame que ce livre, <em>L&rsquo;Invasion<\/em>. Alors tu crois que j&rsquo;ai perdu le nord. N&rsquo;aie crainte, je le poss\u00e8de, mon p\u00f4le magn\u00e9tique, solidement.<\/p>\n<p><strong><em>17 novembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>Arriv\u00e9e du courrier et distribution des derniers colis, de ceux arriv\u00e9s au pr\u00e9c\u00e9dent courrier. J&rsquo;ai tout re\u00e7u, jusqu&rsquo;au fameux flacon de \u00ab frictionnage \u00bb. Tout \u00e9tait en bon \u00e9tat sauf le tube de dentifrice, dont on avait ouvert le fond pour v\u00e9rifier le contenu et qu&rsquo;on a oubli\u00e9 de refermer. Les chaussettes et les mouchoirs en \u00e9taient tout emp\u00eatr\u00e9s. Petit malheur !&#8230; \u00c7a n&rsquo;a pas d&rsquo;importance que tu ne m&rsquo;aies pas envoy\u00e9 de lecture \u00e0 ce courrier-ci. Le Nietzsche et le Stirner me suffisent.<\/p>\n<p>Ai-je besoin de te dire que je suis toujours en traitement \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ? Il faudra bien, pourtant, que j&rsquo;en sorte de ce trou. J&rsquo;en ai plein le dos de cette oisivet\u00e9. Il me tarde de me trouver au grand air, de travailler un peu selon mes forces : je compte bien que ce sera pour la fin de ce mois.<\/p>\n<p>Assur\u00e9ment, si grand-maman ne t&rsquo;a rien envoy\u00e9, tu ne pouvais pas y suppl\u00e9er toi-m\u00eame. Tu n&rsquo;as pas \u00e0 te chagriner non plus pour la part de Julien. Je ne pense pas qu&rsquo;il en ait un pressant besoin. Du reste, s&rsquo;il en \u00e9tait autrement, il sera encore temps de le lui adresser lorsqu&rsquo;il t&rsquo;en fera la demande. L&rsquo;essentiel, pour le moment, est que ses affaires n&rsquo;aillent point trop mal. Il est ennuyeux, certes, que M. Rabattu ne lui ait pas encore fait de visite. Mais, en raison des circonstances, ce retard n&rsquo;a rien d&rsquo;alarmant. Avec un peu de patience, il faut esp\u00e9rer qu&rsquo;il fera face aux premi\u00e8res \u00e9ch\u00e9ances. Le reste ira tout seul.<\/p>\n<p>Je pr\u00e9voyais le r\u00e9sultat des d\u00e9marches de Lisa aupr\u00e8s d&rsquo;H\u00e9l\u00e8ne. C&rsquo;est pourquoi, dans ma derni\u00e8re lettre, je te disais de ne pas insister. Il ne faut pas jeter les hauts cris pour cela. La vie est dure, p\u00e9nible. C&rsquo;est avec des actes que l&rsquo;on arrive \u00e0 s&rsquo;affranchir des lois de la n\u00e9cessit\u00e9 et non avec des formules s\u00e9duisantes mais creuses. \u00c9go\u00efste? Mais tous les \u00eatres sont \u00e9go\u00efstes. L&rsquo;\u00e9go\u00efsme est le pivot sur lequel le monde a roul\u00e9, roule et roulera toujours.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, il y a la mani\u00e8re. Ainsi, \u00eatre \u00e9go\u00efste dans les petites choses, mesquinement, bassement avec une bonne dose de crapulerie, ce n&rsquo;est pas beau, ni digne. Mais son petit-fils ne me para\u00eet pas se classer en cette cat\u00e9gorie. \u00c0 mon gr\u00e9, il est encore trop id\u00e9aliste. \u00c0 vrai dire, ce n&rsquo;est pas un d\u00e9faut. Encore que toute foi soit fausse, qu&rsquo;il n&rsquo;y ait rien de vrai, il est de toute n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en avoir une, de tenir quelque chose pour vrai.<\/p>\n<p>C&rsquo;est le levier qui fait agir, stimulant qui r\u00e9conforte. Et puis, tu sais, je puis me tromper, il est vrai, mais H\u00e9l\u00e8ne aussi. Il y a donc dans son opinion querelle de chapelle, de petite \u00e9glise. Au fait, l&rsquo;avenir nous renseignera. Je savais l&rsquo;accident arriv\u00e9 au directeur de cette feuille<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>Je savais aussi, par le peu que je l&rsquo;ai connu, [<em>illisible<\/em>] pour mieux dire, la hauteur de ses sentiments. Qu&rsquo;y faire ? Peut-on reprocher \u00e0 un moineau de ne pas \u00eatre une autruche?<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr que, si l&rsquo;on s&rsquo;en tient aux r\u00e8gles d&rsquo;une stricte [<em>illisible<\/em>], le proc\u00e9d\u00e9 d&rsquo;Auguste \u00e0 Vauvay peut passer pour incorrect. Mais si l&rsquo;on tient compte des situations, des circonstances plut\u00f4t difficiles qui l&rsquo;ont contraint de proc\u00e9der ainsi, il me para\u00eet excusable. N&#8217;emp\u00eache, \u00e0 l&rsquo;avenir, il s&rsquo;y prendra autrement, j&rsquo;esp\u00e8re. Il suffira, pour cela, que sa s\u0153ur l&rsquo;en informe<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai oubli\u00e9, dans ma derni\u00e8re, de te r\u00e9pondre \u00e0 ce que tu me disais au sujet de Joseph. Vraiment, crois-tu que je sois encore au biberon? C&rsquo;est un arsouille, te dis-je, une baille \u00e0 vin. Il est ivre du matin au soir. Comme valeur, c&rsquo;est plut\u00f4t indigent. Si cela lui pla\u00eet, peu me chaut. Tu dois bien penser qu&rsquo;\u00e9tant sans piti\u00e9 pour moi-m\u00eame je ne vais pas m&rsquo;attendrir sur sa faiblesse. C&rsquo;est bien simple. Il n&rsquo;avait qu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9voir la force invincible de l&rsquo;habitude et ne pas commencer \u00e0 s&rsquo;enivrer. Que le diable l&#8217;emporte ! Ce qui m&rsquo;\u00e9tonne, c&rsquo;est sa r\u00e9sistance \u00e0 la paralysie g\u00e9n\u00e9rale progressive cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;intoxication alcoolique. Sans doute le vin est pour lui ce que le vinaigre est aux cornichons. \u00c7a le conserve.<\/p>\n<p><strong><em>20 novembre<\/em><\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u les trois derniers colis int\u00e9gralement. C&rsquo;est te dire qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas, comme les pr\u00e9c\u00e9dents, \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9s sur Saint-Laurent-du-Maroni. D&rsquo;ailleurs, je ne m&rsquo;explique pas cette mesure, car je n&rsquo;ai jamais pay\u00e9 un centime de frais d&rsquo;octroi de mer. Les capsules de ga\u00efacol iodoform\u00e9 ne me gu\u00e9riront pas de l&rsquo;ost\u00e9ite, c&rsquo;est certain. Aussi bien ne me les suis-je pas fait envoyer pour cet effet, mais plut\u00f4t pour rem\u00e9dier \u00e0 une bronchite probable que je ne manquerai pas de chiper lorsque je n&rsquo;aurai plus de pansement, \u00e9v\u00e9nement qui co\u00efncidera avec le d\u00e9but de la saison pluvieuse. Ces deux flacons me suffiront amplement. De m\u00eame pour le Glob\u00e9ol. En somme je suis muni, pour le moment, de tout ce qu&rsquo;il me faut ; c&rsquo;est te dire de ne plus rien m&rsquo;adresser, sauf quelque lecture, mais, puisque tu m&rsquo;as dit que l&rsquo;on avait ray\u00e9 le passage relatif aux <em>Feuilles litt\u00e9raires<\/em>, ce n&rsquo;est pas la peine. Je les lirai tout aussi bien en me les faisant pr\u00eater par ceux de mes camarades \u00e0 qui il est permis d&rsquo;en recevoir.<\/p>\n<p>Avec tout \u00e7a, tu me dis bien que tu n&rsquo;es pas malade, mais \u00e7a ne signifie pas que ta sant\u00e9 soit satisfaisante. Attention, ma bien bonne. Il ne doit pas faire bien chaud \u00e0 Paris, en ce moment. Ne fais pas d&rsquo;imprudence. J&rsquo;esp\u00e8re aussi que tu ne seras pas surmen\u00e9e, en payant trop de ta personne, pour satisfaire aux exigences de Julien. Octave ne te le pardonnerait pas. Car il faut toujours t&rsquo;attendre \u00e0 ce qu&rsquo;il te cause plus d&rsquo;ennui que de plaisir.<\/p>\n<p>Cela s&rsquo;entend aussi bien pour Michel<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. \u00c0 pr\u00e9sent, et d&rsquo;apr\u00e8s ce que tu m&rsquo;en as dit, les choses me paraissent aller heureusement. D&rsquo;ailleurs, vous qui \u00eates sur place, devez le savoir encore mieux que moi.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 Michel, et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma sinc\u00e8re affection. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4181\" title=\"h\u00f4pital\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital-286x300.jpg 286w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/hopital.jpg 900w\" sizes=\"(max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><\/a>19 d\u00e9cembre 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien re\u00e7u tes deux ch\u00e8res lettres ainsi que les quatre colis-\u00e9chantillons. Aimable attention que d&rsquo;y avoir joint de la r\u00e9glisse. J&rsquo;ai mang\u00e9 jusqu&rsquo;au papier, crainte d&rsquo;en perdre. La lecture aussi me pla\u00eet. Ce n&rsquo;est pas cher et \u00e7a me distrait quelque peu.<\/p>\n<p>J&rsquo;oubliais de te dire que je ne suis plus en traitement \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, bien que je ne sois pas gu\u00e9ri -par gu\u00e9rison j&rsquo;entends la fermeture des plaies. J&rsquo;ai toujours, au c\u00f4t\u00e9 droit, une cavit\u00e9 lat\u00e9rale intercostale d&rsquo;environ 3 \u00e0 4 centim\u00e8tres de profondeur. Et pourtant je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 class\u00e9, ni impotent ni travaux l\u00e9gers. Il est vrai qu&rsquo;\u00e0 d\u00e9faut de la rubrique j&rsquo;ai la chose. Pour tout travail, je balaye, et ne me fatigue pas au-dessus de mes forces qui, tu dois le penser, ne sont pas des plus fortes.<\/p>\n<p>Je con\u00e7ois que la m\u00e8re de Riette ne lui ait point donn\u00e9 satisfaction. Malade et avec une mentalit\u00e9 qui, quoique d\u00e9vou\u00e9e, n&rsquo;est pourtant pas la m\u00eame que celle d&rsquo;\u00c9lisa, elle ne peut comprendre les choses sous leur jour v\u00e9ritable. Beaucoup d&rsquo;illusions. D&rsquo;autre part, il n&rsquo;est pas f\u00e2cheux que la m\u00e8re de Julien ait agi de m\u00eame. Il sera toujours temps lorsque Julien le lui demandera. Pour l&rsquo;instant, rien ne presse, que je sache.<\/p>\n<p>Comme toi, je trouve qu&rsquo;\u00c9lisa a manqu\u00e9 de r\u00e9serve en s&rsquo;adressant \u00e0 Auguste. Pourquoi, en effet, aller parler de corde dans la maison d&rsquo;un pendu ? Bien s\u00fbr, Octave ne s&rsquo;en est pas aper\u00e7u ; mais le contraire aurait fort bien pu se produire. Encore qu&rsquo;il ne puisse absolument rien envers Auguste (d&rsquo;apr\u00e8s ce que tu m&rsquo;en as dit) pas plus d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;envers \u00c9lisa ni Michel (je l&rsquo;esp\u00e8re), il est bon de surveiller ses agissements, qui, tu dois le savoir par exp\u00e9rience, ne sont pas des plus courtois<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>. Ainsi, je crois fort qu&rsquo;il n&rsquo;est pas \u00e9tranger \u00e0 l&rsquo;accident survenu \u00e0 notre ex-voisin camionneur du boulevard Gilly.<\/p>\n<p>C&rsquo;est p\u00e9nible pour lui, car peu fortun\u00e9, il aura \u00e0 supporter les frais, lesquels ne seront pas inf\u00e9rieurs \u00e0 200 francs. Ce n&rsquo;est pas \u00e9norme, bien s\u00fbr ; mais pour lui c&rsquo;est beaucoup. Demi-mal encore si son malheur se borne l\u00e0, puisque sa robustesse lui a permis de r\u00e9sister \u00e0 la gravit\u00e9 de sa maladie. Du reste les premi\u00e8res provisions, qu&rsquo;il n&rsquo;a pu toucher encore mais qui lui seront d\u00e9livr\u00e9es apr\u00e8s prononc\u00e9 du jugement, lui restent acquises. C&rsquo;est toujours \u00e7a.<\/p>\n<p>C&rsquo;est avec plaisir aussi que j&rsquo;ai appris la compl\u00e8te gu\u00e9rison de Julien. Tu le vois, il n&rsquo;\u00e9tait pas aussi atteint que ce que tu supposais. Bonne graine sait r\u00e9sister. Tant mieux pour lui.<\/p>\n<p>La sant\u00e9 nous favorise beaucoup moins, nous autres. Toi, ma bien bonne, tu es pour ainsi dire malade en permanence, je sais bien pourquoi et moi, encore que je ne souffre pas trop, ne vaux gu\u00e8re mieux. Quelle existence ! Pour ma part, sois certaine que je ne repasserai plus par les douleurs que je viens de subir. Si jamais je m&rsquo;infecte malgr\u00e9 toutes les pr\u00e9cautions que je prends, je saurai y mettre un terme radical, \u00e0 ma mani\u00e8re. \u00c0 cet \u00e9gard et en toute sinc\u00e9rit\u00e9, je dois te dire que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 fort bien trait\u00e9 par le m\u00e9decin-major.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 Julien, j&rsquo;aime \u00e0 croire qu&rsquo;il ne manquera pas d&rsquo;aller te voir en avril prochain lors de son voyage annuel<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>, ainsi qu&rsquo;\u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, \u00e0 Michel et aux camarades. Ton bien affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Au prochain courrier, envoie-moi : 1\u00b0) deux paires de chaussettes (pas comme les derni\u00e8res, elles ne font pas assez d&rsquo;usage mais pareilles \u00e0 celles que tu m&rsquo;envoyas il y a six ou sept mois) ; 2\u00b0) une serviette-\u00e9ponge ; 3\u00b0) un mouchoir ; et 4\u00b0) un flacon de grains de Vals.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> En 1915, par exemple, alors que Ferrand est employ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital militaire de l&rsquo;\u00eele Royale comme cuisinier p\u00e2tissier, il doit subir 30 jours de cachot pour vol \u00e0 la pharmacie et d\u00e9tournement de vivres.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Alexandre Jacob et Honor\u00e9 Bonnefoy ont d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 sur Bordeaux pour se faire oublier apr\u00e8s le fameux coup de la rue Quincampoix (Vol Bourdin du 6 octobre 1901) \u00e0 Paris. Jacob va ensuite s&rsquo;installer sur Toulouse avant de revenir sur Paris.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Ce passage cod\u00e9 parait bien myst\u00e9rieux. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un avis m\u00e9dical ou bien d&rsquo;une demande de conseil aupr\u00e8s d&rsquo;un avocat\u00a0?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Nous n&rsquo;avons pas pu retrouver trace de cet \u00e9pisode : il semble frapper Marie elle-m\u00eame et concerner une histoire de calomnie ou de d\u00e9nonciation.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Peu explicite : Jacob se r\u00e9jouit-il d&rsquo;un complot qu&rsquo;il pr\u00e9parerait contre l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ? d&rsquo;une demande faite par Marie aupr\u00e8s de cette m\u00eame administration ? ou bien encore de cette bien myst\u00e9rieuse affaire de d\u00e9nonciation calomnieuse qui aurait \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e\u00a0(voir lettre du 1<sup>er<\/sup> ao\u00fbt) ?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Jacob demande \u00e0 sa m\u00e8re de ne pas s&rsquo;inqui\u00e9ter et de continuer \u00e0 lui apporter l&rsquo;aide n\u00e9cessaire \u00e0 un de ses projets.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> En septembre 1910, Louis Matha c\u00e9da le poste d&rsquo;administrateur du Libertaire \u00e0 Pierre Martin et participa avec Anna Mah\u00e9, Emile Dulac, Henry Combes et Elie Murmain \u00e0 la r\u00e9organisation du journal dont les locaux, rue d&rsquo;Orsel, avaient pu \u00eatre acquis gr\u00e2ce aux ill\u00e9gaux subsides des Travailleurs de la Nuit. Le pr\u00e9nom H\u00e9l\u00e8ne &#8211; ici Helline &#8211; d\u00e9signe peut-\u00eatre un de ces cinq anarchistes.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Il s&rsquo;agit bien d&rsquo;une d\u00e9marche \u00ab administrative \u00bb entreprise par Marie avec l&rsquo;aide de Vaudoyer (ou Vaudois) au profit de Jacob : peut-\u00eatre au sujet du passage de classe, ou tout simplement d&rsquo;une demande d&rsquo;am\u00e9lioration du r\u00e9gime alimentaire.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Elisa, Michel, un mariage report\u00e9, Jacob fait tr\u00e8s certainement allusion \u00e0 une tentative d&rsquo;\u00e9vasion qu&rsquo;il ne peut mettre en \u0153uvre du fait de son hospitalisation.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Jacob doit \u00e9crire par deux fili\u00e8res : l&rsquo;une \u00e0 cet ami Vauvay (Vaudois vraisemblablement), et l&rsquo;autre \u00e0 tante. Il pr\u00e9vient sa m\u00e8re de se m\u00e9fier des enqu\u00eates polici\u00e8res \u00e0 leur sujet. Quelque chose est en pr\u00e9paration.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> On peut penser que Jacob inverse les choses pour brouiller les pistes de d\u00e9codage de l&rsquo;administration qui surveille le courrier ; ainsi il faudrait comprendre que c&rsquo;est H\u00e9l\u00e8ne qui a entrepris des d\u00e9marches, peut-\u00eatre journalistiques, aupr\u00e8s de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, et que celles-ci n&rsquo;aboutissent pas ; ce personnage est li\u00e9 au <em>Libertaire<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Jacob demande \u00e0 sa m\u00e8re de l&rsquo;excuser aupr\u00e8s de cet ami Vauvay d&rsquo;un courrier qui a d\u00fb \u00eatre envoy\u00e9 dans de mauvaises conditions.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Jacob exhorte sa m\u00e8re et cet ami Michel \u00e0 la plus grande prudence vis-\u00e0-vis de la police pour ce qu&rsquo;ils pr\u00e9parent depuis la m\u00e9tropole en sa faveur.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Toujours le m\u00eame proc\u00e9d\u00e9 : cette fois-ci, c&rsquo;est Jacob qui a d\u00fb soit s&rsquo;adresser, soit laisser transpara\u00eetre un projet \u00e0 l&rsquo;administration et qui le regrette, craignant que la police s&rsquo;en m\u00eale.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Soit Jacob parle avec optimisme d&rsquo;une \u00e9vasion prochaine, soit il brouille les pistes en d\u00e9doublant Julien.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-bidi-font-family:\"Times New Roman\";\n\tmso-bidi-theme-font:minor-bidi;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si aux \u00eeles du Salut, balay\u00e9es par les vents, le for\u00e7at Jacob peut jouir d&rsquo;un espace relativement plus sain, il n&rsquo;\u00e9chappe en revanche ni aux tracas ordinaires que sont rhumes, fi\u00e8vres et n\u00e9vralgies, ni aux maux issus de la claustration, de la vie carc\u00e9rale et de la promiscuit\u00e9. 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