{"id":4166,"date":"2016-12-17T01:10:47","date_gmt":"2016-12-16T23:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4166"},"modified":"2016-08-24T16:46:17","modified_gmt":"2016-08-24T14:46:17","slug":"premier-semestre-1913-aux-iles-du-salut-blues","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/12\/premier-semestre-1913-aux-iles-du-salut-blues\/","title":{"rendered":"Premier semestre 1913 aux \u00eeles du Salut : blues"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-3.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4167\" title=\"d\u00e9pression\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-3.png\" alt=\"\" width=\"106\" height=\"105\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-3.png 200w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-3-150x150.png 150w\" sizes=\"(max-width: 106px) 100vw, 106px\" \/><\/a>Cela fait six mois, un peu plus m\u00eame, que le matricule 34777 est sorti vivant des cachots de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph. Les trois tentatives d&rsquo;\u00e9vasion au cours du second semestre 1912 r\u00e9v\u00e8lent presque intacte sa volont\u00e9 de r\u00e9sistance. Pour autant, ces trois \u00e9checs ainsi que les cons\u00e9quences physiques de presque quatre ann\u00e9es de claustration, mettent son moral \u00e0 rude \u00e9preuve. \u00ab\u00a0Je suis compl\u00e8tement schopenhauris\u00e9\u00a0\u00bb d\u00e9clare-t-il le 11 mars 1913. Une p\u00e9riode d&rsquo;harassement et de faiblesse mentale commence.<!--more--><\/p>\n<p>Mais Jacob ne se d\u00e9clare pas vaincu aussi facilement\u00a0; l&rsquo;opposition \u00e0 l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire ne faiblit pas. Le nombre de passages cod\u00e9s dans ses lettres vient le confirmer. Certes, les deux hospitalisations qu&rsquo;il subit au cours de ce premier semestre 2013 l&rsquo;affaiblissent physiquement un peu plus mais il cherche par tous les moyens \u00e0 remonter la pente de la d\u00e9pression. Aupr\u00e8s de Joseph Ferrand qu&rsquo;il retrouve sur l&rsquo;\u00eele Royale\u00a0? Les deux hommes finissent par ne plus se supporter et, au mois de juin, l&rsquo;amiti\u00e9 semble se briser d\u00e9finitivement.<\/p>\n<p>Lecteur insatiable, Jacob pense trouver un rem\u00e8de dans le livre et pr\u00e9f\u00e8re d\u00e9sormais des lectures plus s\u00e9rieuses que les romans que sa m\u00e8re lui envoie. Il r\u00e9clame Nietzsche, \u00ab\u00a0ce professeur d&rsquo;\u00e9nergie\u00a0\u00bb, ou encore \u00ab\u00a0un livre fort\u00a0\u00bb comme <em>L&rsquo;unique et sa propri\u00e9t\u00e9<\/em> de Stirner. Il commence aussi \u00e0 s&rsquo;int\u00e9resser de mani\u00e8re plus pointue au droit et d\u00e9veloppe toute une philosophie de la douleur.<\/p>\n<p>La correspondance avec Marie met enfin en relief le r\u00f4le salvateur cette derni\u00e8re. Contre l&rsquo;avis de son fils ch\u00e9ri, elle persiste \u00e0 entreprendre des d\u00e9marches pour am\u00e9liorer son sort. Elle esp\u00e8re encore na\u00efvement le voir d\u00e9sintern\u00e9 alors qu&rsquo;il est class\u00e9 A et B en raison de ses ant\u00e9c\u00e9dents politiques et judiciaires. Elle cherche et trouve des r\u00e9seaux de soutien. Le monde militant ne l&rsquo;a pas oubli\u00e9\u00a0; Vaudois &#8211; Gustave Herv\u00e9 semble impliqu\u00e9. Le monde des avocats par l&rsquo;entremise d&rsquo;Andr\u00e9 Aron, le mari de sa patronne, l&rsquo;artiste parisienne Romanitza, commence \u00e0 s&rsquo;ouvrir \u00e0 elle. Les anciens Travailleurs lib\u00e9r\u00e9s comme Honor\u00e9 Bonnefoy peuvent aussi lui apporter une aide pr\u00e9cieuse. Elle trouve de nouvelles personnes acceptant d&rsquo;\u00eatre des boites \u00e0 lettres pour le courrier clandestin en provenance de Guyane. Elle multiplie enfin les envois de livres, de produits parapharmaceutiques, de papier, de tabac, de linge etc. de mani\u00e8re \u00e0 all\u00e9ger le poids de la d\u00e9tention. Marie Jacob &#8211; Myra, ou encore Elisabeth et ses d\u00e9riv\u00e9s Elise et Elisa &#8211; est ainsi un rouage essentiel du stratag\u00e8me de survie et de r\u00e9sistance du fagot r\u00e9calcitrant, bien mal en point, \u00e0 genoux &#8230; mais pas encore \u00e0 terre.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4168\" title=\"d\u00e9pression\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier1-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"159\" height=\"107\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier1-300x202.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier1.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 159px) 100vw, 159px\" \/><\/a>27 janvier 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Laurent-du-Maroni<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s cinq heures d&rsquo;audience, le tribunal s&rsquo;est aper\u00e7u enfin de ma non-culpabilit\u00e9. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 acquitt\u00e9. Moins heureux, mes deux coaccus\u00e9s<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a> ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 deux ans de travaux forc\u00e9s pour \u00e9vasion et vol. Il est vrai qu&rsquo;ils avaient commis les faits qu&rsquo;on leur reprochait. Il faut m\u00eame avouer qu&rsquo;ils s&rsquo;en sont tir\u00e9s \u00e0 bon compte, car, s&rsquo;acharnant contre moi, le rapporteur leur a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s favorable. Amen !<\/p>\n<p>Il me tarde de recevoir de tes ch\u00e8res nouvelles. J&rsquo;ai bien eu le soin, avant mon d\u00e9part des \u00eeles, de prier le chef de camp de vouloir bien faire suivre ma correspondance ici, mais je l&rsquo;attends encore, cependant que le courrier est arriv\u00e9 depuis quatorze jours. J&rsquo;ai d\u00fb \u00eatre oubli\u00e9&#8230; surtout que j&rsquo;avais indiqu\u00e9 tout l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que j&rsquo;y attachais \u00e0 cause des renseignements juridiques que je t&rsquo;avais dit de m&rsquo;adresser et que j&rsquo;attendais. Puiss\u00e9-je ne plus en avoir besoin ! Je le souhaite sans trop y croire, car il ne se l\u00e2che pas un pet que je ne sois accus\u00e9 d&rsquo;en \u00eatre l&rsquo;auteur&#8230; ou le complice.<\/p>\n<p>Tu as d\u00fb m&rsquo;envoyer le peu de linge que je t&rsquo;ai demand\u00e9 et, peut-\u00eatre aussi, ce livre d&rsquo;histoire en trois volumes, <em>Le R\u00e8gne d&rsquo;\u00c9lisabeth<\/em> que tu m&rsquo;avais annonc\u00e9. Dans l&rsquo;affirmative, je recevrai le tout dans quelques jours, lors de mon arriv\u00e9e aux \u00eeles. La session finissant tr\u00e8s probablement demain, notre d\u00e9part ne peut tarder d&rsquo;avoir lieu. Il me tarde.<\/p>\n<p>Encore que la constatation m&rsquo;en ait \u00e9tonn\u00e9 moi-m\u00eame, je dois te dire que je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 malade durant mon s\u00e9jour ici. J&rsquo;ai bien un peu de scorbut, mais c&rsquo;est peu de chose si l&rsquo;on tient compte que j&rsquo;en suis \u00e0 mon 50e mois de r\u00e9gime cellulaire sans d\u00e9semparer. J&rsquo;esp\u00e8re que tu ne vas pas plus mal toi-m\u00eame, qu&rsquo;il ne t&rsquo;est rien arriv\u00e9 de f\u00e2cheux et que tes ch\u00e8res nouvelles seront bonnes, rassurantes \u00e0 l&rsquo;endroit de Vaudois surtout. Tu me diras si Lucien lui a \u00e9crit de nouveau \u00e0 l&rsquo;occasion du nouvel an. J&rsquo;aime \u00e0 croire que oui<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes affectueuses caresses. Ton fils,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Envoie-moi, je te prie, pour rem\u00e9dier aux ravages du scorbut, un dentifrice quelconque, le Dental, par exemple : \u00abEn p\u00e2te ou en poudre, prix : 1,25 franc, en vente chez tous et partout, \u00e0 Paris, comme \u00e0 Jipourtou. \u00bb<\/p>\n<p><strong>31 janvier<\/strong><\/p>\n<p>Pas encore parti. Ce sera, para\u00eet-il, pour demain. T&rsquo;ai-je dit d\u00e9j\u00e0 que L\u00e9on \u00e9tait mort \u00e0 Panama quelques jours apr\u00e8s y \u00eatre arriv\u00e9 ? Lib\u00e9r\u00e9, son changement de r\u00e9sidence lui fut chose facile. De m\u00eame pour Fran\u00e7ois<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a> qui a quitt\u00e9 Surinam le 5 ao\u00fbt par le courrier hollandais, avec autorisation du gouverneur. Tant mieux pour lui. Il pourra revoir son fils qui, \u00e0 pr\u00e9sent, doit \u00eatre soldat quelque part.<\/p>\n<p>Dix + onze = vingt et un. \u00c0 son tour, Lucien ne tardera pas d&rsquo;\u00eatre lib\u00e9r\u00e9 du service. Il doit finir cette ann\u00e9e, \u00e0 la lib\u00e9ration de la classe, en octobre prochain. Il doit lui tarder.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-1.jpeg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4169\" title=\"d\u00e9pression\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-1-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"142\" height=\"142\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-1-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-1-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-1.jpeg 404w\" sizes=\"(max-width: 142px) 100vw, 142px\" \/><\/a>2 f\u00e9vrier 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Me voici de retour et acquitt\u00e9 bien entendu. Je suis encore tout froiss\u00e9, chiffonn\u00e9, rompu comme un colis qui aurait fait trois fois le tour du monde par le peu de confort de la travers\u00e9e. Roul\u00e9 en escargot sur la plaque d&rsquo;un trou d&rsquo;homme de soute \u00e0 charbon, j&rsquo;avais le dos chauff\u00e9 au rouge cerise et le ventre rafra\u00eechi par les paquets de mer. Comme c&rsquo;\u00e9tait gai, charmant, agr\u00e9able ! De l&rsquo;allopathie au supr\u00eame degr\u00e9, quoi. La mer \u00e9tait agit\u00e9e ; mes tripes et mon estomac ne l&rsquo;\u00e9taient pas moins. Amen!&#8230;<\/p>\n<p>Je viens de recevoir ma correspondance et trois colis-\u00e9chantillons dont le contenu est conforme \u00e0 ce que tu m&rsquo;as annonc\u00e9. Un peu tardive, la correspondance, la lettre de<\/p>\n<p>Me Aron surtout. Arriv\u00e9e aux \u00eeles depuis le 15 janvier, j&rsquo;aurais pu, si on l&rsquo;e\u00fbt voulu, la recevoir avant. Mais&#8230;<\/p>\n<p>\u00c9lisa n&rsquo;a donc pas encore eu des nouvelles de Vaudois. Tu me l&rsquo;aurais dit sinon. Au fait, c&rsquo;est un peu pr\u00e9matur\u00e9. J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;occasion des f\u00eates du premier de l&rsquo;An, elle sera plus heureuse. Tante ne sera pas oubli\u00e9e non plus. D\u00e9gag\u00e9 de la mauvaise influence de sa femme, il est probable qu&rsquo;il profitera de la m\u00eame occasion pour lui envoyer son fils. Avec le temps, la concorde r\u00e9gnera. Mieux vaut tard que jamais<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mis sur le camp, \u00e0 l&rsquo;\u00eele Royale. C&rsquo;est un peu moins triste qu&rsquo;\u00e0 Saint-Joseph ; cela me para\u00eet ainsi, du moins. Effet du nouveau, peut-\u00eatre ; mais, en attendant, j&rsquo;en augure bien pour mon moral, qui est passablement d\u00e9prim\u00e9. La monotonie perp\u00e9tuelle du milieu agit forc\u00e9ment sur l&rsquo;organisme, sur les nerfs surtout. De l\u00e0 un \u00e9tat neurasth\u00e9nique que je subis depuis des mois. Je dois avoir une fissure dans le plafond. Je vais faire en sorte de la boucher. Joseph est dans ma case ; mais il ne rentre que le soir, passant la journ\u00e9e, bien avant l&rsquo;aube, \u00e0 cuisiner, confire, p\u00e2tisser. Contrairement \u00e0 ce qu&rsquo;il m&rsquo;avait dit, il ne t&rsquo;a pas \u00e9crit, il y a trois mois. Je n&rsquo;ai pas jug\u00e9 \u00e0 propos de lui en demander le pourquoi. Il n&rsquo;est pas m\u00e9chant, mais seulement frivole, n\u00e9gligent, tr\u00e8s brouillon.<\/p>\n<p><strong>6 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>Hier, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 d\u00e9sign\u00e9 pour filer \u00e0 Saint-Joseph. Allons bon ! voil\u00e0 que \u00e7a recommence&#8230; Mais, indispos\u00e9, j&rsquo;ai pass\u00e9 la visite m\u00e9dicale et j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 hospitalis\u00e9. Rien de grave. Un peu de diarrh\u00e9e. \u00c7a se con\u00e7oit avec tous ces changements, ces tracas de voyage. Peut-\u00eatre suis-je atteint d&rsquo;ankylostomiase. C&rsquo;est une tribu de microbes qui agissent dans l&rsquo;intestin gr\u00eale comme certains hommes dans le corps social. On les traite, ces parasites, avec du formol, je crois. Une vraie m\u00e9decine d&rsquo;\u00e9l\u00e9phant. \u00c7a vous d\u00e9molit un homme comme le mistral renverse une chemin\u00e9e. Enfin, s&rsquo;il le faut&#8230;<\/p>\n<p>Je ne suis pas malade, malade, mais tr\u00e8s prostr\u00e9, abattu, abruti. Ma paresse c\u00e9r\u00e9brale est excessive. J&rsquo;ai de la peine \u00e0 associer deux id\u00e9es. Il me semble que je suis envelopp\u00e9 de nuages.<\/p>\n<p><strong>11 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>Je vais mieux en ce sens que je n&rsquo;ai plus de diarrh\u00e9e ; je suis, au contraire, tr\u00e8s constip\u00e9. Mais j&rsquo;ai toujours de l&rsquo;ent\u00e9rite. C&rsquo;est peu de chose&#8230; Ne va pas, pour cela, comme tu en as l&rsquo;habitude, m&rsquo;envoyer un tas de rem\u00e8des. \u00c0 part le Glob\u00e9ol, le reste ne me para\u00eet pas efficace. Comme je suis d\u00e9muni de tout \u00e9critoire, tu m&rsquo;enverras : deux mains de papier, un gros cahier en bon papier et un autre \u00e0 10 centimes (200 pages) ; quelques plumes ; deux ou trois paquets de poudre, encre, marque Au Soleil levant (en vente dans toutes les drogueries et \u00e9piceries) ; trois ou quatre pelotes de fil blanc ; un porte-plume ; une petite glace ; et enfin un des ouvrages de Nietzsche : <em>La Volont\u00e9 de puissance<\/em>. Encore que je ne partage pas toutes les id\u00e9es de ce philosophe &#8211; il s&rsquo;en faut de beaucoup -, dans l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 je suis j&rsquo;ai besoin, pour me tonifier, de prendre un bain intellectuel avec la philosophie de ce professeur d&rsquo;\u00e9nergie<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>. \u00c7a me fera du bien. Je t&rsquo;en demande, des choses, qu\u00e9 ? Mais, va, c&rsquo;est l&rsquo;indispensable. Ma sant\u00e9 morale et physique exige un traitement \u00e9nergique. Si je me laisse chiper par la paresse, je vais tomber dans l&rsquo;aquoibonisme, et alors, adio\u00f9 botto, je suis fichu. Si c&rsquo;est pour vivre \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un poulpe ou d&rsquo;une past\u00e8que, cela n&rsquo;en vaut gu\u00e8re la peine. Autant s&rsquo;endormir du dernier sommeil.<\/p>\n<p>Excuse-moi aupr\u00e8s de Me Aron<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a> de ne pouvoir le remercier moi-m\u00eame des judicieux conseils juridiques qu&rsquo;il a bien voulu m&rsquo;adresser. Ils \u00e9taient, pour mon cas, d&rsquo;une rigoureuse et tr\u00e8s exacte application. C&rsquo;est, du reste, avec moins de science, ce que j&rsquo;ai soutenu. Je l&rsquo;en remercie tr\u00e8s sinc\u00e8rement.<\/p>\n<p><strong>12 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>Je re\u00e7ois ta lettre du 9 janvier ; mais combien triste, d\u00e9cevante. Tu es toujours la m\u00eame, ma bien bonne ; tu te chagrines pour peu de chose, pour rien, c&rsquo;est le cas de le dire. Un peu de patience, que diable. Si ton travail ne va pas d&rsquo;une fa\u00e7on, eh bien, il ira d&rsquo;une autre. Auguste n&rsquo;en mourra pas pour \u00e7a. Moi qui voudrais te savoir contente. Je vois, au contraire, que tu es toujours chagrin\u00e9e, contrari\u00e9e. C&rsquo;est d\u00e9solant. Je ne suis pas de ton avis. J&rsquo;estime, au contraire, que Myra a tr\u00e8s bien fait. Il ne s&rsquo;agit pas de s&#8217;emballer, de traiter le march\u00e9 au petit bonheur, mais de proc\u00e9der m\u00e9thodiquement, avec circonspection. Toutes ces gens qui ont la figure ronde comme la pleine lune, \u00e7a ne me dit rien qui vaille. Sous des airs paternes, am\u00e8nes, c&rsquo;est tout hypocrisie, ruse, friponnerie. Ouvre l&rsquo;oeil et le bon, et, au besoin, prends conseil d&rsquo;un avou\u00e9, d&rsquo;un camarade<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u \u00e9galement un colis-\u00e9chantillon. Pour le moment, j&rsquo;ai suffisamment d&rsquo;amadou, de silex. Ne m&rsquo;en envoie plus. Mais j&rsquo;attends encore une autre lettre qui doit avoir fil\u00e9 sur Cayenne. Je la recevrai probablement ce soir ou demain. Avec cette affaire de succession, tu as oubli\u00e9 de me donner des nouvelles de ta sant\u00e9. C&rsquo;est pourtant ce qui m&rsquo;int\u00e9resse le plus. J&rsquo;aime \u00e0 croire que tu te portes assez bien malgr\u00e9 la rigueur de l&rsquo;hiver. Je t&rsquo;envoie, ci-joint, un horaire pour 1913. Les dates d&rsquo;arriv\u00e9e \u00e0 Paris y sont approximatives &#8211; un ou deux jours.<\/p>\n<p><strong>13 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>Ta lettre du 14 janvier vient de m&rsquo;\u00eatre donn\u00e9e. Sapristi ! comme c&rsquo;est emb\u00eatant. Bien s\u00fbr que si Lucien<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a> avait su que ce soit b\u00e2cl\u00e9 aussi t\u00f4t, il aurait donn\u00e9 son consentement, et, \u00e0 l&rsquo;heure pr\u00e9sente, ce serait termin\u00e9. Mais, comment veux-tu qu&rsquo;il ait pu le savoir avant que sa s\u0153ur l&rsquo;en ait inform\u00e9 ? Enfin, je te le r\u00e9p\u00e8te, t\u00e2che d&rsquo;arranger les choses pour le mieux et dans l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de tous. Nous avons d\u00e9j\u00e0 bien assez de nos propres affaires sans \u00eatre encore ennuy\u00e9s par ce d\u00e9bat familial.<\/p>\n<p>Je sors aujourd&rsquo;hui de l&rsquo;h\u00f4pital. Je crois que si j&rsquo;y \u00e9tais rest\u00e9 encore huit jours je tombais tout \u00e0 fait malade. Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;ankylostome. J&rsquo;aime mieux \u00e7a. Quant \u00e0 l&rsquo;ent\u00e9rite, si elle m&rsquo;indispose s\u00e9rieusement, dans ma prochaine je te demanderai non pas de la Maya, mais un autre ferment lactique, de meilleure pr\u00e9paration, la Lactobacilline en comprim\u00e9s.<\/p>\n<p>F\u00e2cheux pour Laurence ; mais qu&rsquo;y faire ! Qu&rsquo;allait-elle faire dans cette gal\u00e8re&#8230; Pourquoi Ripin ne m&rsquo;\u00e9crit-il pas ?<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine que je remercie bien pour la serviette et aux camarades. Ton fils affectueux,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Avec tout \u00e7a, tu as omis de me dire si \u00c9lisa avait re\u00e7u des nouvelles de Vaudois.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-2.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4170\" title=\"d\u00e9pression\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-2-300x300.png\" alt=\"\" width=\"143\" height=\"143\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-2-300x300.png 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-2-150x150.png 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-2.png 600w\" sizes=\"(max-width: 143px) 100vw, 143px\" \/><\/a>11 mars 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00cele Royale<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a ne va pas plus mal, mais \u00e7a ne va pas mieux. Non pas que je sois malade car, sauf un peu de fi\u00e8vre ressentie ces jours-ci, je me porte physiquement fort bien ; mais, moralement, c&rsquo;est autre chose. Je crains de ne pouvoir m&rsquo;en relever. Vraiment, je ne me reconnais plus. Quelle d\u00e9pression morale ! Effet de l&rsquo;encellulement, sans doute. Cependant, je fais tout ce qui est en mon pouvoir &#8211; le pouvoir de soi, en ces sortes de cas, quelle blague ! &#8211; pour r\u00e9agir. C&rsquo;est ainsi que sur ma demande j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 mis avec Joseph. Mais j&rsquo;y trouve si peu de consolation, si peu de marques d&rsquo;affection, que sa compagnie n&rsquo;a pas produit en moi le r\u00e9sultat que j&rsquo;en esp\u00e9rais. Son caract\u00e8re est impossible, son humeur profond\u00e9ment acrimonieuse. Cela s&rsquo;entend avec moi, bien s\u00fbr, car avec autrui il fait preuve, au contraire, de beaucoup d&rsquo;affabilit\u00e9. Fa\u00e7on bizarre de comprendre la fraternit\u00e9. Assur\u00e9ment, il doit y avoir une cause \u00e0 cela.<\/p>\n<p>Je me doute fort que la chaleur des fourneaux, je ne dirai l&rsquo;oblige, mais le d\u00e9termine \u00e0 s&rsquo;humecter plus qu&rsquo;il ne conviendrait \u00e0 son appareil digestif. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;eusse d\u00e9sir\u00e9 \u00eatre plus pr\u00e8s de lui pendant son travail. \u00c0 cet effet, j&rsquo;ai demand\u00e9 un emploi. Mais autant pr\u00eacher dans le Centre-Afrique. Et pourtant, je ne vois pas d&rsquo;autre moyen pour sortir indemne de la crise de nihilisme qui m&rsquo;\u00e9treint depuis des mois et qui finira, pour peu que cela continue, par me terrasser &#8211; je pourrais dire, m&rsquo;immerger. Je suis absolument schopenhaueris\u00e9<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>. J&rsquo;ai beau vouloir r\u00e9agir, je retombe toujours dans le marasme. Le travail que je fais (man\u0153uvre ma\u00e7on) laisse trop les r\u00eanes libres \u00e0 la folle du logis. Tandis que si j&rsquo;avais une occupation capable de captiver toute mon attention, j&rsquo;ai id\u00e9e que ce serait pour moi une planche de salut. Mais, \u00e0 te parler franchement, je n&rsquo;y compte gu\u00e8re sur cette bou\u00e9e de sauvetage. J&rsquo;ai une mauvaise r\u00e9putation ; on craint toujours que je ne m&rsquo;\u00e9vade encore alors que, tant par lassitude que par raisonnement, j&rsquo;ai sinc\u00e8rement rompu avec cette illusion. Aussi bien, comme perche, je m&rsquo;attends plut\u00f4t \u00e0 recevoir un pav\u00e9. Qu&rsquo;y faire ?<\/p>\n<p>Ce soir, j&rsquo;ai re\u00e7u un colis contenant une Feuille litt\u00e9raire, trois cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes, amadou, papier \u00e0 lettre, enveloppes et un flacon de Glob\u00e9ol. Dans ma derni\u00e8re, je t&rsquo;ai demand\u00e9 un tas de choses bien inutiles : papier, cahiers, etc. Je suis \u00e0 me demander pour faire quoi. D\u00e9cid\u00e9ment, je suis un peu piqu\u00e9. Heureusement que ce n&rsquo;est pas une forte d\u00e9pense. Au prochain courrier, tu nous enverras des objets beaucoup plus n\u00e9cessaires. \u00c0 moi, deux tricots en coton blanc ou cr\u00e8me, trois paires de chaussettes en coton noir, un d\u00e9cim\u00e8tre en bois de buis, quelques pelotes de fil blanc, une ceinture de flanelle et une autre \u00e9lastique avec pochette et, enfin, un flacon de Glob\u00e9ol. \u00c0 Joseph : deux tricots de m\u00eame nuance et qualit\u00e9 que les miens, mais plus petits bien s\u00fbr ; trois paires de chaussettes noires pointure 40 ; une paire de jarretelles ; une serviette-\u00e9ponge petit format, fond blanc \u00e0 dessin jaune ou bleu et enfin une ceinture \u00e9lastique comme la mienne. Ensuite, tu nous confectionneras, pour chacun, deux chemisettes blouses en flanelle coton, fond blanc \u00e0 dessin ray\u00e9 noir. Je t&rsquo;en donne la forme et les mesures ci-jointes. Le dessin, peu exact, donne plut\u00f4t l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un costume de scaphandrier. Aussi arrange \u00e7a de ton mieux. Tu nous les exp\u00e9dieras le mois suivant.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u aussi une lettre. Alors tu as encore adress\u00e9 une demande en ma faveur ? Comme tu t&rsquo;illusionnes, ma bien bonne. C&rsquo;est absolument inutile. M\u00eame avec la plus exemplaire des conduites, que je suivrais non pas par espoir de r\u00e9compense, mais tout simplement pour t&rsquo;\u00e9viter le retour de chagrin dont j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 la cause, je n&rsquo;obtiendrai jamais, tu entends bien, jamais, la moindre mesure de cl\u00e9mence. Et puis, \u00e0 quoi bon ? Je suis us\u00e9, las et n&rsquo;ai plus aucun espoir. J&rsquo;ai atteint le bord du gouffre et l&rsquo;envie de faire le dernier pas ne me quitte gu\u00e8re. La pens\u00e9e du chagrin que tu \u00e9prouverais y met seule un frein.<\/p>\n<p>Que veux-tu, ma bien bonne, ne me fais pas de reproche. J&rsquo;ai fait l\u00e0-dessus tous les raisonnements possibles, et j&rsquo;en arrive toujours \u00e0 la m\u00eame conclusion. C&rsquo;est maladif, bien s\u00fbr, mais \u00e0 cause de cela il n&rsquo;y a rien \u00e0 faire. Pour un jour de sant\u00e9 normale, je subis ensuite des semaines de m\u00e9lancolie. Cela m&rsquo;est bien p\u00e9nible, je te l&rsquo;assure. Tu dois le concevoir, d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p>Vraiment, je ne sais pas trop comment cela finira. Tu le vois, je fais tout mon possible pour r\u00e9sister ; je te prie de m&rsquo;adresser des objets tout comme si je devais les recevoir et cependant, deux mois, c&rsquo;est bien long. Que de temp\u00eates morales \u00e0 essuyer durant ce temps ; que de versatilit\u00e9 dans les r\u00e9solutions les plus sinc\u00e8rement prises. Enfin tu n&rsquo;ignores pas, ma bien bonne, combien je tiens \u00e0 toi ; tu sais que tant que je pourrai r\u00e9sister, je le ferai. Ne te chagrine donc pas. Au prochain courrier, je serai peut-\u00eatre moins triste.<\/p>\n<p>Tes derni\u00e8res lettres ne m&rsquo;ont pas encore \u00e9t\u00e9 remises, le courrier ayant \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9 par erreur, dit-on, sur Cayenne. Je ne pourrai donc y r\u00e9pondre que le mois suivant.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong>10 avril 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Encore que je ne sois pas gravement malade, je ne suis pas tr\u00e8s bien portant non plus. Depuis six jours, la fi\u00e8vre ne m&rsquo;a pas quitt\u00e9, la t\u00eate m&rsquo;\u00e9clate, je suis tout courbatur\u00e9. Ce n&rsquo;est pas une fi\u00e8vre cause, mais une fi\u00e8vre effet. La cause, j&rsquo;esp\u00e8re que le m\u00e9decin la d\u00e9couvrira, car je rentre ce soir \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital. En somme, c&rsquo;est l&rsquo;affaire d&rsquo;une quinzaine de jours.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u ta ch\u00e8re lettre ainsi que les trois colis-\u00e9chantillons qui contenaient toute la kyrielle de bibelots que tu m&rsquo;as annonc\u00e9s. Me voil\u00e0 avec de la lecture forte ; mais ce n&rsquo;est pas dans l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit o\u00f9 je suis avec la maladie que j&rsquo;y puis go\u00fbter. J&rsquo;attendrai d&rsquo;\u00eatre r\u00e9tabli, ce qui ne sera pas tr\u00e8s long, il faut l&rsquo;esp\u00e9rer. Bien entendu, je n&rsquo;ai pas encore re\u00e7u le colis postal. Je ne pourrai pas le recevoir avant une quinzaine \u00e0 cause d&rsquo;une formalit\u00e9 quelconque, et inutile d&rsquo;ailleurs puisque les imprim\u00e9s ne payent pas de frais d&rsquo;octroi de mer.<\/p>\n<p>Au prochain courrier, je t&rsquo;\u00e9crirai plus longuement.<\/p>\n<p>Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4171\" title=\"d\u00e9pression\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-300x188.jpg\" alt=\"\" width=\"157\" height=\"98\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression-300x188.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/depression.jpg 451w\" sizes=\"(max-width: 157px) 100vw, 157px\" \/><\/a>29 avril 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Ma derni\u00e8re a d\u00fb te causer bien du chagrin tant elle \u00e9tait laconique et exhalait un parfum de \u00e7a-ne-va-pas-trop-bien. En effet, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 indispos\u00e9. Durant quinze jours, la fi\u00e8vre ne m&rsquo;a point quitt\u00e9 un seul instant. Ensuite, j&rsquo;ai eu une congestion au c\u00f4t\u00e9 gauche. Au d\u00e9but, cela devait avoir vilaine tournure, puisqu&rsquo;il fut question d&rsquo;intervention chirurgicale. Au fond, beaucoup d&rsquo;effet pour rien. Tout \u00e7a a pass\u00e9 et je me porte, ma foi, fort bien. Dans quelques jours, je me ferai extirper un kyste que j&rsquo;ai \u00e0 la tempe droite, apr\u00e8s quoi je sortirai de l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9 j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 fort bien trait\u00e9. J&rsquo;esp\u00e8re que ces nouvelles te rassureront d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elles sont tr\u00e8s exactes.<\/p>\n<p>Quel patraque que ce service postal. Encore un coup me voil\u00e0 sans nouvelles depuis le courrier fran\u00e7ais. Je recevrai probablement toutes tes lettres ensemble dans quelques jours. Cela vaut bien la peine d&rsquo;\u00e9tablir un horaire avec un tas de d\u00e9parts puisqu&rsquo;il n&rsquo;y a, en fait, qu&rsquo;une seule arriv\u00e9e. J&rsquo;ai re\u00e7u les deux dictionnaires de droit, mais l\u00e9g\u00e8rement ab\u00eem\u00e9s, sur les plats, par le frottement des petits clous fixant la suscription. C&rsquo;est peu de chose. L&rsquo;ouvrage me para\u00eet bien agenc\u00e9, tr\u00e8s int\u00e9ressant. J&rsquo;ai l\u00e0 de quoi occuper agr\u00e9ablement et non sans profit mes moments de loisirs.<\/p>\n<p><strong>7 mai<\/strong><\/p>\n<p>Le courrier est arriv\u00e9 hier. Les lettres, quelques-unes du moins, ont \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9es. Je n&rsquo;en ai point re\u00e7u. Par contre, j&rsquo;ai re\u00e7u cinq colis-\u00e9chantillons. Sapristi ! tu n&rsquo;as pas \u00e9t\u00e9 en retard pour nous exp\u00e9dier ces chemisettes ; seulement, comme trop souvent, voulant bien faire, je crains fort que tu n&rsquo;aies fait d&rsquo;inutiles d\u00e9penses. Je t&rsquo;avais dit en flanelle coton et d&rsquo;un dessin fond blanc ray\u00e9 verticalement de gris ou de noir. Au lieu de cela, tu nous as envoy\u00e9 de la pure flanelle, bien blanche, c&rsquo;est-\u00e0-dire tr\u00e8s salissante. Or la flanelle, je te l&rsquo;ai \u00e9crit cent fois, la flanelle blanche, apr\u00e8s avoir subi deux lavages, se r\u00e9tr\u00e9cit tellement que le linge en est hors d&rsquo;usage. Serait-ce, par hasard, une qualit\u00e9 de flanelle exempte de ce d\u00e9faut ? J&rsquo;attends ta ch\u00e8re lettre pour le savoir. \u00c0 part cela, je suis tr\u00e8s satisfait de ce que j&rsquo;ai re\u00e7u. Me voil\u00e0 pourvu en linge pour plusieurs mois. C&rsquo;est m\u00eame dommage pour ces chemisettes, car la confection en est irr\u00e9prochable. Pour le moment, j&rsquo;ai suffisamment de Glob\u00e9ol. Il me faudrait plut\u00f4t un ou deux flacons de levure de bi\u00e8re et 100 grammes environ de naphtaline en boules pour ennuyer les puces qui me le rendent bien.<\/p>\n<p><strong>8 mai<\/strong><\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 promen\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 Cayenne, ta correspondance m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 remise ce matin. \u00c0 mon tour, j&rsquo;ai tort de te reprocher l&rsquo;envoi de flanelles blanches puisqu&rsquo;on a cru devoir, conform\u00e9ment \u00e0 la r\u00e8gle d&rsquo;ailleurs, biffer le \u00ab ray\u00e9 de noir \u00bb. Cependant, tout en t&rsquo;y conformant, tu aurais d\u00fb employer de la flanelle coton, et non de la flanelle pure. Te l&rsquo;avouerai-je ? je n&rsquo;ose pas les laver de crainte de ne plus pouvoir les porter. Et puis, tu sais, ce n&rsquo;est pas en travaillant comme manoeuvre ma\u00e7on que je vais endosser \u00e7a. Je m&rsquo;y ruinerais en savon.<\/p>\n<p>Joseph a re\u00e7u ses quatre colis-\u00e9chantillons. Du reste, j&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;il ne poussera pas la n\u00e9gligence jusqu&rsquo;\u00e0 omettre de t&rsquo;\u00e9crire comme cela lui arrive trop souvent. Certes, \u00e0 mon endroit, sans grand effort, il pourrait \u00eatre plus aimable. Mais&#8230;<\/p>\n<p>Ainsi, tu as encore un coup satisfait ta marotte en retentant une d\u00e9marche de cl\u00e9mence \u00e0 mon sujet ? Si tu savais, ma bien bonne, comme c&rsquo;est inutile, tout \u00e7a. C&rsquo;est ce qu&rsquo;on appelle pisser dans l&rsquo;eau pour faire des beignets. Je m&rsquo;\u00e9tonne que toi, si raisonnable d&rsquo;ordinaire, tu puisses couper en de telles billeves\u00e9es. Quand on est vaincu, c&rsquo;est pour toujours. Laisse donc ces illusions de c\u00f4t\u00e9. Je t&rsquo;ai promis de ne plus rien faire pouvant aggraver ma situation et je n&rsquo;y manquerai pas. Non pour l&rsquo;espoir d&rsquo;une r\u00e9compense, ce que j&rsquo;en fais fi !, mais tout simplement pour t&rsquo;\u00eatre agr\u00e9able par devoir envers toi. M\u00e9nage tes forces. Fais en sorte de vivre une vie sinon heureuse &#8211; heureux qui peut, en v\u00e9rit\u00e9, se flatter de l&rsquo;\u00eatre &#8211; du moins tranquille, exempte, dans la mesure du possible, de tracas. Cela sera pour moi un plaisir, le seul \u00e0 vrai dire, que je puisse effectivement go\u00fbter. De mon bord, sois-en assur\u00e9e, je ne ferai rien qui te puisse chagriner.<\/p>\n<p>Je con\u00e7ois que ma derni\u00e8re ait d\u00fb te peiner. C&rsquo;est que, vraiment, j&rsquo;\u00e9tais dans le marasme. Pr\u00e9sentement, cela va mieux, beaucoup mieux. Moins d\u00e9prim\u00e9, je me suis ressaisi. Il m&rsquo;arrive bien, de-ci de-l\u00e0, de subir quelques crises de spleen, mais c&rsquo;est peu de chose. Ce n&rsquo;est pas \u00e0 comparer avec la profonde neurasth\u00e9nie de ces mois derniers. Il me tarde de sortir de l&rsquo;h\u00f4pital o\u00f9, je te l&rsquo;avoue, je m&rsquo;ennuie copieusement. Ce matin, le m\u00e9decin m&rsquo;a dit que je ne pourrai pas \u00eatre [sorti] avant dimanche \u00e0 cause de la plaie qui n&rsquo;est pas suffisamment ferm\u00e9e. Cela me fera un mois de repos. Franchement, j&rsquo;aime mieux le travail, m\u00eame p\u00e9nible. C&rsquo;est mon meilleur d\u00e9rivatif \u00e0 l&rsquo;ennui.<\/p>\n<p>Tu ne m&rsquo;as pas dit si Honor\u00e9 avait revu Myra. C&rsquo;est un homme de ressources in\u00e9puisables, tr\u00e8s intelligent et qui, je pr\u00e9sume, pourrait parfois \u00eatre utile \u00e0 Julien. Son commerce est \u00e0 cultiver. Si tu es \u00e0 m\u00eame d&rsquo;en avoir, dans ta prochaine, donne-moi de ses nouvelles. Je pourrai, par ton interm\u00e9diaire, donner quelques conseils \u00e0 Myra, \u00e0 qui je te prie d&rsquo;ailleurs d&rsquo;adresser mes sinc\u00e8res amiti\u00e9s.<\/p>\n<p>Tu m&rsquo;as bien annonc\u00e9 le d\u00e9part d&rsquo;\u00c9lisa ; mais tu as oubli\u00e9 de me d\u00e9signer s&rsquo;il s&rsquo;agit de ma tante ou de ma belle-s\u0153ur ; pas un mot non plus de la cause de son d\u00e9part, ni du lieu de sa nouvelle r\u00e9sidence. En sorte que je ne suis que tr\u00e8s m\u00e9diocrement renseign\u00e9.<\/p>\n<p>Au fond, cela n&rsquo;a que peu d&rsquo;importance puisque je ne leur \u00e9cris pas. \u00c0 propos de correspondance, si tante n&rsquo;a pas encore, n&rsquo;avait pas encore re\u00e7u pour mieux dire, des nouvelles d&rsquo;Auguste, cela tient non pas \u00e0 un accident comme vous l&rsquo;avez trop t\u00f4t suppos\u00e9, mais parce que son amie \u00e9tait \u00e0 ce moment de l&rsquo;ann\u00e9e en vill\u00e9giature dans les Ardennes. Quel fichu pays, entre parenth\u00e8ses ! Je suis persuad\u00e9 qu&rsquo;au prochain courrier tes nouvelles confirmeront nos pr\u00e9somptions<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>Pourquoi ne m&rsquo;as-tu point \u00e9crit aux dates de d\u00e9part indiqu\u00e9es sur l&rsquo;horaire que je t&rsquo;ai adress\u00e9 ? C&rsquo;est bien long, vingt-huit jours sans nouvelles. Tu as fort bien fait de compl\u00e9ter ta correspondance par l&rsquo;envoi de cette carte-lettre en m&rsquo;informant de la cause du changement d&rsquo;\u00e9criture pour la suscription des colis-\u00e9chantillons. Je l&rsquo;avais faite, la remarque, tu dois le penser. Je n&rsquo;en ai pas dormi de la nuit. Lorsque tu m&rsquo;annonces l&rsquo;envoi d&rsquo;ouvrages de lecture quelconque, ne manque jamais d&rsquo;en indiquer le titre. Les deux derni\u00e8res brochures \u00e9taient d&rsquo;Alphonse Daudet. \u00c9tait-ce bien cela ? Ce n&rsquo;est pas la peine de m&rsquo;envoyer tant de litt\u00e9rature. Tout \u00e7a ce ne sont que des mots, de l&rsquo;encre, du papier, de la pure blague. J&rsquo;en ai soup\u00e9 de toutes ces fictions, de tous ces mensonges hypocrites, fort bien \u00e9crits d&rsquo;ailleurs, finement cisel\u00e9s, mais puant la fausset\u00e9 \u00e0 plein nez. Tu dois penser que, dans ma situation, les airs de guitare, les romances du sentiment, les tralalas du romantisme me laissent fort indiff\u00e9rent. \u00c0 l&rsquo;occasion, un livre fort, sinc\u00e8re, je ne dis pas non. Mais rien d&rsquo;autre. Il convient de te dire que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 litt\u00e9ralement charm\u00e9 par le Nietzsche. Quel terrible raisonnement ! Le dernier courrier, j&rsquo;ai re\u00e7u trois revues dont deux <em>Revue des deux mondes<\/em> en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat et une Revue ; mais j&rsquo;attends toujours <em>La Cour de la reine Betty<\/em>, que tu m&rsquo;avais annonc\u00e9 \u00e0 ce qu&rsquo;il me semble, si ma m\u00e9moire est heureuse.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine et aux camarades. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. \u00c0 ce courrier j&rsquo;ai re\u00e7u : 2 tricots, 2 chemises flanelle, 3 paires de chaussettes, 1 ceinture \u00e9lastique, 1 flanelle, 1 glace, 4 pelotes de fil, 1 flacon de Glob\u00e9ol, 2 brochures, 1 Feuille litt\u00e9raire, 1 paire de jarretelles.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2098995937_small_1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1244\" title=\"Docteur Lapinos\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2098995937_small_1-277x300.jpg\" alt=\"\" width=\"142\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2098995937_small_1-277x300.jpg 277w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/2098995937_small_1.jpg 370w\" sizes=\"(max-width: 142px) 100vw, 142px\" \/><\/a>1er juin 1913<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Se tromper de cette mani\u00e8re vaut beaucoup mieux que d&rsquo;annoncer une mauvaise nouvelle que, par la suite, on ne peut d\u00e9mentir. C&rsquo;est \u00e0 cause de ce que t&rsquo;avait annonc\u00e9 Julien au sujet de Bibyl<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a> que je te dis cela. Que veux-tu, d\u00e9prim\u00e9 comme il \u00e9tait \u00e0 cette \u00e9poque, ses recherches ont d\u00fb laisser tr\u00e8s \u00e0 d\u00e9sirer. Le principal est que tout soit pour le mieux. All right.<\/p>\n<p>Comme tu exag\u00e8res ! Bien s\u00fbr, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 indispos\u00e9, mais pas malade, malade comme tu le crois. En tout cas, je n&rsquo;y pense m\u00eame plus et me porte, ma foi, fort bien. Cela s&rsquo;entend de toutes les mani\u00e8res, au physique comme au moral. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;un implique toujours l&rsquo;autre. Quelle diff\u00e9rence de mentalit\u00e9, de point de vue, entre le malade et l&rsquo;homme sain, bien portant.<\/p>\n<p>Pour ma part, je t&rsquo;assure que je vois les choses sous un angle bien diff\u00e9rent de celui sous lequel je le voyais il y a quelques mois \u00e0 peine. Du nihilisme o\u00f9 je pataugeais, terrass\u00e9 par la neurasth\u00e9nie, j&rsquo;ai \u00e9volu\u00e9 \u00e0 grandes enjamb\u00e9es vers le vouloir-vivre, de la n\u00e9gative \u00e0 l&rsquo;affirmation de la vie. Bien s\u00fbr, la vie que je m\u00e8ne ici, en ce moment surtout, affect\u00e9 \u00e0 un labeur qui, encore que bien p\u00e9nible, n&rsquo;en est pas moins aga\u00e7ant de monotonie, de toujours m\u00eame chose, n&rsquo;a rien de bien agr\u00e9able ; mais j&rsquo;ai fini par m&rsquo;ext\u00e9rioriser, par ne plus attacher d&rsquo;importance \u00e0 ce qui me d\u00e9pla\u00eet, et cette mani\u00e8re de philosophie me r\u00e9ussit fort bien. Je vis, dans la mesure o\u00f9 cela m&rsquo;est permis, \u00e0 ma guise, sans me soucier d&rsquo;autrui. Je sais que je dois finir mes jours ici et, ma foi, je fais en sorte pour les passer le mieux possible. Tous les soirs, je me dispute avec Joseph. Cela est devenu une habitude, presque un besoin. Nous nous chicanons comme d&rsquo;autres plus heureux vont au th\u00e9\u00e2tre. C&rsquo;est une distraction.<\/p>\n<p>Au fond, nous sommes toujours d&rsquo;accord, c&rsquo;est-\u00e0-dire que nous vivons en bonne intelligence. Je ne sais ce qu&rsquo;il a fait des jarretelles que tu lui as envoy\u00e9es, mais il ne les a plus et j&rsquo;ai d\u00fb lui donner les miennes. C&rsquo;est une fa\u00e7on de te dire de m&rsquo;en adresser une autre paire. Est-il gamin cet enfant-l\u00e0 ! Imagine-toi que d\u00e8s ses colis re\u00e7us il n&rsquo;a trouv\u00e9 rien de plus press\u00e9 que de s&rsquo;endosser, un jour apr\u00e8s l&rsquo;autre, et les tricots et les chemises. Point de m\u00e9thode, pas d&rsquo;esprit d&rsquo;\u00e9conomie. Un peu plus, il les aurait mis tous les quatre \u00e0 la fois. Aussi, c&rsquo;est un peu de ta faute. Je t&rsquo;avais cependant bien dit d&rsquo;espacer les envois d&rsquo;un courrier \u00e0 l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Enfin, le mal n&rsquo;est pas grand. Pour son travail, le livre que tu lui as envoy\u00e9 ne lui suffit pas. Il est bien indigent comme technique et comme recettes, ce livre. Tu lui ferais bien plaisir et l&rsquo;aiderais en lui envoyant celui-ci : <em>La Cuisine et la Table modernes<\/em>, prix broch\u00e9 5 francs, en vente et \u00e9dit\u00e9 par la librairie Larousse, 17, rue Montparnasse, \u00e0 Paris ; envoi franco. Envoie-lui aussi un flacon d&rsquo;Antisudoral.<\/p>\n<p><strong>3 juin<\/strong><\/p>\n<p>Je re\u00e7ois une deuxi\u00e8me lettre qui, encore que dat\u00e9e du 4 avril, m&rsquo;arrive en retard. Bon sort ! comme tu es sensible \u00e0 des choses, des appr\u00e9ciations qui n&rsquo;ont pas la moindre valeur. Faiblesse que de se laisser toucher par cela. L&rsquo;estime de soi suffit. Qu&rsquo;importe l&rsquo;appr\u00e9ciation de gens qui font profession de relater ces sortes de choses. Au fond, c&rsquo;est une erreur commise par un employ\u00e9 tr\u00e8s myope sans doute qui a \u00e9crit \u00ab sp\u00e9cial \u00bb au lieu de \u00ab qualifi\u00e9 \u00bb. Ce dernier terme est exact et s&rsquo;applique \u00e0 mon arrestation, \u00e0 Toulon, en 1899, alors que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 porteur d&rsquo;une perforeuse et d&rsquo;une somme sup\u00e9rieure \u00e0 100 francs<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Cela se nomme vagabondage qualifi\u00e9. D&rsquo;ailleurs, si j&rsquo;eusse \u00e9t\u00e9 un souteneur, je ne serais pas trait\u00e9 avec autant de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Laissons ces questions-l\u00e0 de c\u00f4t\u00e9 ; en causer, c&rsquo;est leur donner une valeur qu&rsquo;elles n&rsquo;ont pas. Tu as tort, ma bien bonne, de te chagriner pour des mots \u00e9crits par un plumitif press\u00e9 et de vue basse. C&rsquo;est toujours ta sensibilit\u00e9 de chr\u00e9tienne qui te cause ces d\u00e9chirements. T\u00e2che de te d\u00e9faire de cette morale contre nature, morale de troupeau. De pareils faits ne m\u00e9ritent pas m\u00eame un haussement d&rsquo;\u00e9paules. Le geste serait encore de trop. M&rsquo;envoyer cette lettre ? et pourquoi faire ? Le grain du papier est trop grossier pour l&rsquo;usage auquel je l&#8217;emploierais. Mets-la plut\u00f4t aux ordures. C&rsquo;est sa place. Avais-je raison de te conseiller de ne pas t&rsquo;abaisser \u00e0 ces pleurnicheries. J&rsquo;entends : \u00e7a a \u00e9t\u00e9 fait avec dignit\u00e9, etc. De la blague. \u00c0 elle seule, la d\u00e9marche n&rsquo;est pas digne. On n&rsquo;implore pas qui on a combattu. Un vaincu est toujours un ennemi. Et c&rsquo;est logique. Chacun son drapeau. Les haillons et la fine dentelle ne peuvent se trouver dans le m\u00eame sac. Te l&rsquo;avouerai-je ? eh bien, j&rsquo;ai du regret d&rsquo;avoir demand\u00e9 un emploi pour \u00eatre avec Joseph comme je te l&rsquo;ai annonc\u00e9. Ce n&rsquo;est pas dire que je manquerai \u00e0 la promesse que je t&rsquo;ai faite. Non. Ta sant\u00e9, ta tranquillit\u00e9 morale en d\u00e9pendent. Mais j&rsquo;aime encore mieux travailler o\u00f9 l&rsquo;on peine le plus, sans am\u00e9lioration, que d&rsquo;\u00eatre employ\u00e9 quelque part. La fonction cr\u00e9e l&rsquo;organe.<\/p>\n<p>Or qui me prouve que je ne m&rsquo;abrutirai pas jusqu&rsquo;\u00e0 devenir un lima\u00e7on, comme tant d&rsquo;autres ? La souffrance, comprise non au sens chr\u00e9tien comme n\u00e9gation, mais au point de vue individualiste comme renforcement d&rsquo;\u00e9nergie, est un puissant tonique. Ne te fais donc pas d&rsquo;illusions sur mon cas, particuli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des administrateurs locaux. Leur opinion est exactement la m\u00eame que celle qui t&rsquo;a tant touch\u00e9e, sauf l&rsquo;erreur trop grossi\u00e8re pour \u00eatre crue par eux, car par l&rsquo;exp\u00e9rience ils s&rsquo;y connaissent en hommes. Pourquoi te chagriner, ma bien bonne ? Tu me parles toujours d&rsquo;\u00e9nergie et de courage et, ma foi, il me semble que tu en manques pour accepter la r\u00e9alit\u00e9 de nos situations. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;amendement ni de repentir qui tiennent.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai vingt-huit mois sans punition, au fond, \u00e7a c&rsquo;est encore une vaste blague ; \u00e7a ne prouve rien du tout en faveur ou contre la conscience d&rsquo;un homme mais enfin puisque c&rsquo;est l&rsquo;usage, la morale du jour et du lieu. Je les ai ces vingt-huit mois sans anicroches avec la discipline ; et, avec mon caract\u00e8re, nos moeurs, je puis rester sur cette voie jusqu&rsquo;\u00e0 la Saint-Triplepatte. Eh bien, malgr\u00e9 cela, je ne serai jamais nomm\u00e9 de 1re classe ; quant \u00e0 obtenir une concession, il ne faut pas en parler. Donc, pourquoi te mettre dans la t\u00eate cet espoir illusoire entre tous de me venir rejoindre ? Restons chacun o\u00f9 nous sommes, ma bien bonne. Il n&rsquo;y a pas de meilleure solution. Point de r\u00eaves. <a name=\"OLE_LINK2\"><\/a><a name=\"OLE_LINK1\">Voyons la r\u00e9alit\u00e9 en face et sachons accepter courageusement les cons\u00e9quences de ce que j&rsquo;ai commis seul.<\/a><\/p>\n<p>Parlons d&rsquo;autre chose. Fort bien proc\u00e9d\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Me Ripin. Assur\u00e9ment, il voulait t&rsquo;exploiter. \u00c0 ce prix-l\u00e0, bien s\u00fbr, la sauce co\u00fbte plus cher que le fricot. Aussi bien ce n&rsquo;est pas indispensable comme Julien l&rsquo;a dit \u00e0 Myra en \u00e9crivant \u00e0 tante. N&rsquo;oublie pas, \u00e0 chaque r\u00e9ception, de me donner de ses nouvelles. Quant \u00e0 Brunwich, j&rsquo;ai appris, il y a de cela trois ans, par une lettre qu&rsquo;il m&rsquo;adressa, qu&rsquo;il dirigeait une banque \u00e0 Francfort-sur-le-Main avec deux filiales : une \u00e0 Londres, l&rsquo;autre \u00e0 Milan. Il faut croire que ses affaires n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 fort prosp\u00e8res. De l\u00e0 sa retraite. Quel [illisible], sinon de race, mais de mentalit\u00e9 ! Qui sait ! il est peut-\u00eatre mort. Bon sommeil !<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a><\/p>\n<p>T&rsquo;ai-je dit que j&rsquo;avais re\u00e7u deux colis contenant levure de bi\u00e8re, comprim\u00e9s de Lactobacilline, alo\u00e8s, et quelques revues et <em>Feuilles litt\u00e9raires<\/em>. Pour ces derni\u00e8res, \u00e7a va bien, ce n&rsquo;est pas cher et tu peux toujours me les adresser ; mais quant aux revues, aux livres, c&rsquo;est de la pure blague, partant de l&rsquo;argent d\u00e9pens\u00e9 mal \u00e0 propos. Je t&rsquo;ai dit un livre fort, par exemple <em>L&rsquo;Unique et sa propri\u00e9t\u00e9<\/em> de Max Stirner ; quant \u00e0 toute cette litt\u00e9rature de salon, c&rsquo;est bon pour des marchands de chandelles, des douaniers en retraite et des jockeys en rupture de selle. Je suis trop immoral pour go\u00fbter ces \u00e2neries.<\/p>\n<p>Tu m&rsquo;en dis une bonne ! Bien s\u00fbr que l&rsquo;alo\u00e8s ne me donnera pas des forces. Mais, il contribuera \u00e0 m&rsquo;en faciliter l&rsquo;acquisition, par son r\u00f4le exterminateur d&rsquo;Attila des microbes intestinaux. J&rsquo;ai suffisamment de Glob\u00e9ol. Un flacon de levure \u00e0 chaque courrier fran\u00e7ais, un par mois, me suffit. Dis-moi un peu combien on te la fait payer. Je n&#8217;emploierai les comprim\u00e9s que dans un cas d&rsquo;urgence. Pour le moment, \u00e7a va tr\u00e8s bien. Cependant, j&rsquo;ai une esp\u00e8ce de grosseur en \u00e9tat de vagabondage qui, en ce moment, r\u00e9side sous la clavicule gauche. Le m\u00e9decin ne sait pas ce que c&rsquo;est au juste. Ni moi non plus. Crois-tu qu&rsquo;un flacon d&rsquo;Urodonal n&rsquo;en aurait pas raison ? Si on essayait ?<\/p>\n<p>On m&rsquo;a larcin\u00e9 l&rsquo;un de mes tricots tandis qu&rsquo;il s\u00e9chait. Pour le remplacer, tu m&rsquo;enverras une autre chemisette en flanelle coton, blanche. Point de plis dans le dos, si possible et les poches un peu plus bas, ras la bordure. Les miennes vont tr\u00e8s bien comme longueur ; mais celles de Joseph sont trop courtes d&rsquo;au moins 5 \u00e0 8 centim\u00e8tres. Tu crois qu&rsquo;il a encore dix ans, que diable ! Plus tard, apr\u00e8s usure de ce qu&rsquo;il a re\u00e7u, si tu lui en adresses d&rsquo;autres, tu les feras un peu plus longues pour lui. Pour le moment, adresse-nous \u00e0 chacun deux cale\u00e7ons en flanelle coton m\u00eame tissu que les chemises aux mesures que voici. Pour moi, longueur : 106, entrejambes : 76, ceinture : 85, bassin : 97, bas : 23. Pour Joseph, longueur : 98, entrejambes : 70, ceinture : 76, bassin : 88, bas : 23. Coupe [illisible]. \u00c7a c&rsquo;est un peu fort. C&rsquo;est donc de la cr\u00e8me Chantilly que ta Babliot : tu enl\u00e8ves et c&rsquo;est toujours le m\u00eame niveau. \u00c7a frise la sorcellerie.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, les plus affectueuses caresses de ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> L&rsquo;auxiliaire Deleuze et l&rsquo;infirmier Radtke (voir deuxi\u00e8me semestre 2012).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Jacob cherche \u00e0 v\u00e9rifier si une lettre, qu&rsquo;il a envoy\u00e9e illicitement, est bien arriv\u00e9e \u00e0 destination. Il est probable que Vaudois d\u00e9signe Gustave Herv\u00e9, Jacob faisant mention dans une pr\u00e9c\u00e9dente lettre aux bureaux de la <em>Guerre Sociale<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Seule allusion \u00e0 cet homme. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un \u00e9vad\u00e9, d&rsquo;un ancien compagnon ? Si Fran\u00e7ois nous parait bien myst\u00e9rieux, il est \u00e0 peu pr\u00e8s s\u00fbr que la mort L\u00e9on \u00e0 Panama soit celle de P\u00e9lissard qui, lib\u00e9r\u00e9 mais astreint \u00e0 la r\u00e9sidence perp\u00e9tuelle en Guyane, a ainsi pu s&rsquo;\u00e9vader plus facilement.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Premi\u00e8re allusion \u00e0 l&rsquo;action entreprise par cet ami Vaudois. Sa lettre n&rsquo;est pas parvenue \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, mais Jacob esp\u00e8re que cette interruption sera momentan\u00e9e.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> On retrouve dans une grande partie de la correspondance une \u00ab influence \u00bb de Nietzsche ; Jacob cherchait \u00e0 se d\u00e9barrasser des pr\u00e9jug\u00e9s jud\u00e9o-chr\u00e9tiens qui auraient pu le faire sombrer dans la morale et le d\u00e9sespoir, et \u00e0 se persuader qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de douleur, mais une id\u00e9e de la douleur.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Me Aron est l&rsquo;avocat qui a conseill\u00e9 Marie Jacob jusqu&rsquo;\u00e0 la lib\u00e9ration d&rsquo;Alexandre. Il a aussi \u00e9crit un t\u00e9moignage en sa faveur pendant la campagne de 1925 et lui a fourni une promesse d&#8217;embauche afin de compl\u00e9ter la demande de gr\u00e2ce. Le bagnard fait bien s\u00fbr ici allusion \u00e0 sa comparution devant le TMS\u00a0; il avait demand\u00e9 \u00e0 sa m\u00e8re les conseils d&rsquo;un avocat et celle-ci n&rsquo;est pas all\u00e9e chercher bien loin puisque Andr\u00e9 Aron est le mari de Romanitza Aron, l&rsquo;artiste dont Marie Jacob est la couturi\u00e8re depuis au moins 1910.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Conseils de m\u00e9fiance vis-\u00e0-vis d&rsquo;un interm\u00e9diaire trop intentionn\u00e9 dans l&rsquo;envoi du courrier clandestin\u00a0?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Jacob signale \u00e0 sa m\u00e8re que leurs lettres clandestines ont d\u00fb se croiser malencontreusement.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Philosophe allemand (1788-1860), Schopenhauer est une des sources du nihilisme europ\u00e9en. Le monde, selon lui, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une immense illusion produite par un vouloir aveugle. Plus vulgairement consid\u00e9r\u00e9 comme le philosophe du d\u00e9sespoir. Jacob semble \u00eatre au plus bas.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Passage compliqu\u00e9 : d&rsquo;une part Jacob interroge sa m\u00e8re sur des relations entre deux amis de la m\u00e9tropole, il peut s&rsquo;agir d&rsquo;Honor\u00e9 Bonnefoy qui, \u00e0 Laon au mois d&rsquo;octobre 1905 avait \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9 \u00e0 7 ans de r\u00e9clusion en appel du proc\u00e8s d&rsquo;Amiens. Honor\u00e9 Bonn\u00e9foy, compromis dans le vol de la rue Quincampoix avec Jacob et Clarenson, est donc lib\u00e9r\u00e9 depuis 1912. Moins si l&rsquo;on tient compte de la prison pr\u00e9ventive subie \u00e0 Abbeville depuis 1904. Jacob imagine ainsi que son acien compagnon puisse \u00eatre un soutien et un relais. Le bagnard signale enfin un probl\u00e8me d&rsquo;adresses en rapport avec l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ; enfin il explique qu&rsquo;il n&rsquo;a pas pu \u00e9crire soit parce qu&rsquo;il \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, soit parce que celui qui lui faisait passer ses lettres a \u00e9t\u00e9 emp\u00each\u00e9.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> On comprend ici, en comparant les deux apparitions de Bibyl (voir la lettre du 3 janvier 1912), que Lucien et Julien sont un seul et m\u00eame personnage : Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Allusion \u00e0 l&rsquo;arrestation de Jacob \u00e0 la suite de laquelle il fut intern\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asile de Mont-Perrin \u00e0 Aix-en-Provence d&rsquo;o\u00f9 il s&rsquo;\u00e9vada.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Nous ne savons pas qui se cache derri\u00e8re Brunwich. S&rsquo;agit-il d&rsquo;un ancien complice\u00a0? D&rsquo;un compagnon anarchiste\u00a0? Toujours est-il que son comportement semble des plus d\u00e9cevants.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Cela fait six mois, un peu plus m\u00eame, que le matricule 34777 est sorti vivant des cachots de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph. Les trois tentatives d&rsquo;\u00e9vasion au cours du second semestre 1912 r\u00e9v\u00e8lent presque intacte sa volont\u00e9 de r\u00e9sistance. 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