{"id":4155,"date":"2016-11-12T01:10:47","date_gmt":"2016-11-11T23:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4155"},"modified":"2016-08-21T14:25:22","modified_gmt":"2016-08-21T12:25:22","slug":"deuxieme-semestre-1912-aux-iles-du-salut-mais-alors-apparait-la-belle","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/11\/deuxieme-semestre-1912-aux-iles-du-salut-mais-alors-apparait-la-belle\/","title":{"rendered":"Deuxi\u00e8me semestre 1912 aux \u00eeles du Salut : mais alors apparait la Belle"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-1-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4156\" title=\"Evasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-1-copier-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"228\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-1-copier-300x202.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-1-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 228px) 100vw, 228px\" \/><\/a>Nous pourrions croire Alexandre Jacob moins entreprenant une fois sa peine de r\u00e9clusion purg\u00e9e. Quarante-quatre mois d&rsquo;encellulement ont de quoi \u00e9puiser l&rsquo;homme qui, il y a peu, ne pesait plus que 39 kg avec ses chaussettes\u00a0! Nous pourrions le croire d\u00e9prim\u00e9 par la claustration, vaincu, bris\u00e9 malgr\u00e9 une sant\u00e9 physique en nette am\u00e9lioration. La multiplication des codes dans sa correspondance r\u00e9v\u00e8le qu&rsquo;il n&rsquo;en est rien. Les p\u00e9rip\u00e9ties de la famille imaginaire de Barrabas montrent tout le contraire. Auguste le fr\u00e8re de Marie va se faire op\u00e9rer\u00a0; il r\u00e9clame \u00e0 sa s\u0153ur trois ouvrages de la biblioth\u00e8que d&rsquo;Elisabeth dont un sur la coutellerie\u00a0; mais, par la suite et du fait des vil\u00e9nies d&rsquo;Octave, Myra (contrepet de Marie) ne doit rien lui envoyer. Tous les for\u00e7ats r\u00eavent d&rsquo;\u00e9vasion\u00a0; le matricule 34777 tente d&#8217;embrasser la Belle par trois fois. Mais par trois fois, la gourgandine se d\u00e9robe.<!--more--><\/p>\n<p>On ne trouve pas trace de son premier essai dans la correspondance de Jacob. Tout au plus, pouvons-nous la situer \u00e0 la fin du mois de juin 1912 ou au d\u00e9but du mois de juillet. Il mentionne sa deuxi\u00e8me tentative dans sa lettre en date du 15 ao\u00fbt 1912 et l&rsquo;\u00e9voque 13 jours avant dans une autre missive. Le 2<sup>e<\/sup> semestre 1912 est alors consacr\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9paration de sa d\u00e9fense en vue de son passage devant le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial. L&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire ne peut rien prouver quand bien m\u00eame elle aurait des soup\u00e7ons. Le troisi\u00e8me \u00e9chec, comme le premier, n&rsquo;apparait pas dans les lettres du bagnard qui, par la suite, s&rsquo;est confi\u00e9 \u00e0 son premier biographe, Alain Sergent<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Premi\u00e8re Belle. D\u00e8s le d\u00e9part, l&rsquo;affaire s&rsquo;engage mal et manque de tr\u00e8s mal tourner. Il s&rsquo;agit avec quatre cod\u00e9tenus de retourner une gu\u00e9rite pour qu&rsquo;elle serve d&#8217;embarcation. Nous ne devons pas nous \u00e9tonner du mat\u00e9riel utilis\u00e9. Tous les moyens sont bons pour le bagnard qui veut recouvrer sa libert\u00e9. A titre d&rsquo;exemple, la tentative d&rsquo;\u00e9vasion de Guillaume Seznec en 1928 fait figure de symbole. Le Breton maquille une vespasienne en barque soigneusement calfeutr\u00e9e. Il ne peut l&rsquo;utiliser car il est d\u00e9nonc\u00e9 avant d&rsquo;avoir pu la mettre \u00e0 l&rsquo;eau. Jacob a semble-t-il proc\u00e9d\u00e9 de la m\u00eame mani\u00e8re. Mais, une fois hors de la case, les cinq fugitifs sont rep\u00e9r\u00e9s par un surveillant. Alain Sergent donne le nom de l&rsquo;agent Simon<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\"><sup><sup>[2]<\/sup><\/sup><\/a> qui croit reconna\u00eetre Jacob mais se trouve fort contrit de trouver le suppos\u00e9 \u00e9vad\u00e9s et ses quatre compagnons endormis sur la planche de leur case\u00a0:<\/p>\n<p><em>Il se trouva devant un homme qui s&rsquo;\u00e9veillait en baillant et s&rsquo;\u00e9tirait, demandant ce que signifiait un tel vacarme. Personne ne fut dupe<\/em><em> et la surveillance qui s&rsquo;\u00e9tait un peu rel\u00e2ch\u00e9e \u00e0 cause de la faiblesse physique du for\u00e7at redevint particuli\u00e8rement vigilante<\/em><a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire en reste l\u00e0. La deuxi\u00e8me tentative donne lieu en revanche \u00e0 l&rsquo;ouverture d&rsquo;un nouveau dossier judiciaire<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>. Elle vaut \u00e0 Jacob de go\u00fbter encore aux joies de la cellule. La correspondance du bagnard pendant la d\u00e9tention pr\u00e9ventive \u00a0ainsi que le dossier d&rsquo;instruction pour une affaire o\u00f9 il n&rsquo;intervient qu&rsquo;\u00e0 titre de complice nous permettent d&rsquo;affiner le propos de Sergent. Jacob projette un d\u00e9part en bateau avec deux hommes disposant contrairement \u00e0 lui d&rsquo;une certaine libert\u00e9 de mouvement\u00a0: l&rsquo;infirmier Radtke et l&rsquo;auxiliaire Deleuze<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\"><sup><sup>[5]<\/sup><\/sup><\/a>. Jacob, estim\u00e9 sp\u00e9cialiste des questions maritimes du fait de son exp\u00e9rience de mousse, est quant \u00e0 lui \u00e0 nouveau \u00e9troitement surveill\u00e9. Il donne ses instructions par billets donn\u00e9s lors de fortuites et br\u00e8ves rencontres. L&rsquo;\u00e9tat de sant\u00e9 du bagnard occasionne l&rsquo;inqui\u00e9tude de ses deux compagnons qui, le moment venu, d\u00e9cident de se passer de ses services. Les deux hommes, b\u00e9otiens de la navigation, se font rattraper tr\u00e8s rapidement dans la nuit du 7 au 8 ao\u00fbt 1912<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>En apprenant la nouvelle, Jacob se d\u00e9sola<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\"><sup><sup>[7]<\/sup><\/sup><\/a>, nous dit Alain Sergent. Et pour cause, le dommage est double pour le bagnard. Les conditions de la pr\u00e9paration permettaient d&rsquo;envisager une r\u00e9ussite facile de l&rsquo;op\u00e9ration. Et il n&rsquo;est pas dit pour Jacob que l&rsquo;occasion ne se repr\u00e9sente. De plus, la fouille effectu\u00e9e sur les deux \u00e9vad\u00e9s repris permet de d\u00e9couvrir les billets \u00e9crits par Jacob<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\"><sup><sup>[8]<\/sup><\/sup><\/a>. Deleuze et Radtke ont commis l&rsquo;imprudence de les garder. Pour Jacob, la perspective d&rsquo;une lourde peine de r\u00e9clusion se profile \u00e0 nouveaux. Le 15 ao\u00fbt 1912, mis en pr\u00e9vention, il rassure sa m\u00e8re. Mais il sait surtout que son courrier est scrupuleusement \u00e9pluch\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3041\" title=\"\u00e9vasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion1-300x281.jpg\" alt=\"\" width=\"214\" height=\"201\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion1-300x281.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion1.jpg 450w\" sizes=\"(max-width: 214px) 100vw, 214px\" \/><\/a>En feignant l&rsquo;\u00e9tonnement, Alexandre Jacob commence \u00e0 jouer comme il l&rsquo;a fait pour l&rsquo;affaire Capeletti sur le th\u00e8me du complot contre sa personne. S&rsquo;il admet les similitudes d&rsquo;\u00e9criture entre la sienne et celle du billet compromettant, ce n&rsquo;est que pour mieux sugg\u00e9rer sa fausse innocence \u00e0 ses lecteurs de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire. Mais le bagnard complique son sc\u00e9nario et l&rsquo;explique \u00e0 sa m\u00e8re le 17 novembre 1912. A l&rsquo;instruction Deleuze et Radtke d\u00e9clarent que le matricule 34777 ne voulait plus participer \u00e0 la tentative d&rsquo;\u00e9vasion. D&rsquo;ailleurs, d&rsquo;apr\u00e8s leurs dires, Jacob le leur aurait \u00e9crit mais le billet a disparu. Pour prouver cette fausse disparition, Jacob s&rsquo;arrange pour faire voler un certain nombre de pi\u00e8ces \u00e0 conviction, moyennant finance tr\u00e8s certainement. Parmi ces pi\u00e8ces, les magistrats charg\u00e9s de l&rsquo;affaire ne parviennent pas \u00e0 mettre la main sur une boussole prise sur l&#8217;embarcation des deux \u00e9vad\u00e9s. L&rsquo;objet disparu accr\u00e9dite la version de Jacob.<\/p>\n<p>Le 27 janvier 1913, le Tribunal Maritime Sp\u00e9cial ne peut que reprendre les conclusions de la commission disciplinaire des \u00eeles du Salut du d\u00e9but du mois de d\u00e9cembre de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\"><sup><sup>[9]<\/sup><\/sup><\/a>. Pour autant, l&rsquo;A.P. n&rsquo;est pas dupe de la plainte que le bagnard d\u00e9pose contre X et ne porte pas cr\u00e9dit \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un quelconque acharnement \u00e0 le compromettre. Le 27 janvier 1913, Alexandre Jacob est pourtant acquitt\u00e9<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\"><sup><sup>[10]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me essai. A la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1912, ou au tout d\u00e9but de 1913, avant de partir pour Saint Laurent du Maroni, Alexandre Jacob tente de mettre en place une prise d&rsquo;armes. L&rsquo;histoire, narr\u00e9e \u00e0 Alain Sergent par l&rsquo;ancien bagnard, qui voit dans son \u00e9chec \u00ab\u00a0<em>l&rsquo;un de ses plus grands chagrins<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\"><sup><sup>[11]<\/sup><\/sup><\/a>, se retrouve dans les souvenirs du commandant Michel repris par le magazine <em>Confessions<\/em> en 1937<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\"><sup><sup>[12]<\/sup><\/sup><\/a>. Mais le chef du p\u00e9nitencier des \u00eeles du salut\u00a0 analyse l&rsquo;anecdote rocambolesque comme une tentative de soul\u00e8vement des d\u00e9tenus. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une \u00e9vasion collective. Comme pour celle avec Radtke et Deleuze, il ne peut aller et venir comme il l&rsquo;entend. Jacob est personnellement surveill\u00e9 de jour et encha\u00een\u00e9 la nuit sur ordre du commandant Michel. Pour autant, son coup de force est con\u00e7u avec six autres bagnards charg\u00e9s de venir le lib\u00e9rer. Le soir venu, les sept hommes doivent descendre sur le quai de l&rsquo;\u00eele Royale et s&#8217;emparer des armes que le commandant Michel a fait placer dans la demeure du chef de quai Valet<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\"><sup><sup>[13]<\/sup><\/sup><\/a>. Il s&rsquo;agit ensuite de s&#8217;emparer du vapeur accostant vers minuit sur les \u00eeles en se faisant passer pour ledit chef de quai. Une fois le bateau pris de force, Alexandre Jacob et ses complices entendent filer sur le Br\u00e9sil.<\/p>\n<p>Malheureusement pour le bagnard, la porte de sa cellule refuse de s&rsquo;ouvrir malgr\u00e9 toutes ses connaissances techniques en la mati\u00e8re. L&rsquo;op\u00e9ration tourne court et les compagnons de Jacob se voient contraints de regagner leur case. Deux d&rsquo;entre eux sont pourtant surpris dehors et condamn\u00e9s \u00e0 des peines de cachot par la commission disciplinaire. Le commandant Michel fait allusion dans son interview \u00e0 des mesures de repr\u00e9sailles pour faire taire les \u00e9ventuels d\u00e9lateurs. Le bruit de l&rsquo;\u00e9vasion rat\u00e9 que l&rsquo;officier prend pour une tentative de soul\u00e8vement court parmi les for\u00e7ats\u00a0:<\/p>\n<p><em>Le complot \u00e9vent\u00e9, je n&rsquo;eus aucun moyen de trouver des preuves contre Jacob. (&#8230;) Personne n&rsquo;osa parler contre lui. Un d\u00e9tenu t\u00e9moignant au proc\u00e8s aurait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 mort le lendemain sans que Jacob eut m\u00eame \u00e0 intervenir<\/em><a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\"><sup><sup>[14]<\/sup><\/sup><\/a>.<\/p>\n<p>Il n&rsquo;y a pas de proc\u00e8s pour cette affaire et l&rsquo;article qui donne la parole \u00e0 l&rsquo;agent de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire en 1937 se focalise d&rsquo;une mani\u00e8re parano\u00efaque sur le matricule 34777. Il va de soi que, par l&rsquo;entremise de Jacob, le commandant Michel cherche \u00e0 se mettre en valeur \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un Javert poursuivant inlassablement Jean Valjean. Malgr\u00e9 tout, le t\u00e9moignage r\u00e9v\u00e8le la pugnacit\u00e9 d&rsquo;un homme sorti intact ou presque des cachots de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph et qui, \u00e0 la fin de l&rsquo;ann\u00e9e 1912, attend son d\u00e9part pour Saint Laurent du Maroni.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-2-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4157\" title=\"Evasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-2-copier-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"202\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-2-copier-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-2-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 202px) 100vw, 202px\" \/><\/a>2 ao\u00fbt 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Des quatre colis que tu m&rsquo;as annonc\u00e9s le courrier dernier, trois seulement me sont parvenus ; ils contenaient : un flacon de Glob\u00e9ol, une bo\u00eete de Maya, six tubes de coco, sept revues litt\u00e9raires, un recueil de nouvelles et une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em>. J&rsquo;oublie une bo\u00eete de suppositoires. Quant au chocolat, je l&rsquo;attends encore. Si tu l&rsquo;as r\u00e9ellement exp\u00e9di\u00e9, tu peux en faire la r\u00e9clamation. Pour ces colis du mois de mars ou d&rsquo;avril que nous cr\u00fbmes perdus, je les ai tous re\u00e7us quelques jours plus tard. Je crois m\u00eame t&rsquo;en avoir inform\u00e9e d\u00e9j\u00e0. Avant-hier, j&rsquo;ai re\u00e7u deux colis et deux lettres venus par le courrier anglais, car le Fran\u00e7ais ne doit arriver que le 5 \u00e0 cause du conflit \u00e9conomique dont tu m&rsquo;as parl\u00e9. Les colis contenaient : une revue, une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em>, un livre de Clovis et une bo\u00eete de Maya.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;\u00e9tait pas utile de faire cette d\u00e9marche pour F\u00e9licie ; c&rsquo;\u00e9tait m\u00eame d\u00e9plac\u00e9. Laisse \u00e7a l\u00e0. Tr\u00e8s probablement fin ao\u00fbt ou septembre, tante aura des nouvelles d&rsquo;Auguste. Puissent-elles \u00eatre bonnes<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>7 ao\u00fbt<\/strong><\/p>\n<p>De tous les colis que tu m&rsquo;\u00e9num\u00e8res dans ta ch\u00e8re lettre du 6 juillet que j&rsquo;ai re\u00e7ue hier soir, il n&rsquo;y a que celui contenant une demi-livre de chocolat que je n&rsquo;ai pas re\u00e7u. Tu l&rsquo;as exp\u00e9di\u00e9 le 22 mai. Tout le reste m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 remis int\u00e9gralement. Je con\u00e7ois fort bien la ou les raisons qui t&rsquo;ont d\u00e9termin\u00e9e \u00e0 m&rsquo;adresser des conseils \u00e0 la place de l&rsquo;\u00e9pilatoire. Mais j&rsquo;eusse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ce dernier. C&rsquo;est toujours la m\u00eame histoire. Enfin, le mal n&rsquo;est pas grand. Autrement s\u00e9rieuses ont \u00e9t\u00e9 les suites de ta dispute avec Jeanne. Je m&rsquo;en doutais bien. Tu en as \u00e9t\u00e9 gravement malade et tu l&rsquo;es encore, bien que tu m&rsquo;assures du contraire. C&rsquo;est p\u00e9nible, \u00e7a l&rsquo;est d&rsquo;autant plus que nous n&rsquo;y pouvons rien ou si peu !<\/p>\n<p>Moi, je ne suis pas pr\u00e9cis\u00e9ment malade ; indispos\u00e9 tout au plus par un peu de rectite et de fi\u00e8vre. J&rsquo;attends la visite m\u00e9dicale aujourd&rsquo;hui afin d&rsquo;avoir du repos ou des travaux l\u00e9gers. Tu es toujours la m\u00eame, ma bien bonne, avec tes envois de m\u00e9dicaments. C&rsquo;est trop. Que veux-tu que j&rsquo;en fasse, de cette pommade surtout, puisque je n&rsquo;ai plus d&rsquo;affection anale. Passe encore pour la Maya et le Glob\u00e9ol, ce qui ne veut pas dire de continuer l&rsquo;envoi, car j&rsquo;en ai encore deux bo\u00eetes et trois flacons.<\/p>\n<p>Les nouvelles d&rsquo;Auguste m&rsquo;ont fait bien plaisir. Comme tu le dis, il vaut mieux courir les risques d&rsquo;une op\u00e9ration savamment pratiqu\u00e9e que de continuer comme par le pass\u00e9 cette m\u00e9thode de tatillonnements. Depuis tant d&rsquo;ann\u00e9es, il se d\u00e9bat dans un cercle vicieux fait d&rsquo;espoir de gu\u00e9rison, de compromissions, et finalement il ne se trouve pas plus avanc\u00e9 \u00e0 la fin qu&rsquo;au commencement. Et pourtant, que de douleurs, que de souffrances. Aussi bien, puisqu&rsquo;en ce moment sa situation est un peu meilleure, puisque la maladie ne l&rsquo;a pas encore d\u00e9prim\u00e9 au point de lui enlever toute \u00e9nergie, fera-t-il bien de tout risquer, m\u00eame la vie. C&rsquo;est le meilleur des calculs qu&rsquo;il puisse faire. Car, qu&rsquo;il se fasse ou ne se fasse pas op\u00e9rer, il n&rsquo;en mourra pas moins un jour. De sorte que si l&rsquo;op\u00e9ration est malheureuse, il y gagnera encore puisqu&rsquo;il ne souffrira plus. Et puis, il ne faut pas \u00eatre \u00e9go\u00efste. Son sacrifice, si toutefois le mot n&rsquo;est pas trop fort, profitera toujours \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9 tant sa maladie est sp\u00e9ciale. Si cela arrivait, ma foi, je t&rsquo;exhorte, non pas, certes, \u00e0 en \u00eatre heureuse (c&rsquo;est ton fr\u00e8re et sa mort ne peut que te peiner) mais \u00e0 ne pas te lamenter. Tu dois, au contraire, en \u00eatre fi\u00e8re, tu dois te montrer forte. Il faut savoir s&rsquo;incliner devant l&rsquo;in\u00e9luctable. Crois-tu que ce soit une vie que la sienne ?<\/p>\n<p>\u00c0 peine de l&rsquo;automatisme, de la v\u00e9g\u00e9tation et encore, sous bien des rapports, nombre de v\u00e9g\u00e9taux, les poires par exemple, sont plus favoris\u00e9s que lui. Cependant, tout ce que je te dis l\u00e0 est du domaine de l&rsquo;hypoth\u00e8se. Les docteurs, tu me l&rsquo;as assur\u00e9 toi-m\u00eame, sont loin de d\u00e9sesp\u00e9rer de l&rsquo;op\u00e9ration. Au contraire, para\u00eetrait-il, ils croient pouvoir la r\u00e9ussir. Je le souhaite de tout mon c\u0153ur et me languis de recevoir de tes ch\u00e8res nouvelles pour en conna\u00eetre le r\u00e9sultat<a name=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a>. Bon courage, ma bien bonne. Soigne-toi bien, ne fais pas d&rsquo;imprudence afin d&rsquo;\u00e9viter une rechute qui pourrait t&rsquo;\u00eatre funeste : en un mot ne n\u00e9glige aucun soin. Pour moi, je te le r\u00e9p\u00e8te, \u00e7a va bien et dans une huitaine \u00e7a ira encore mieux.<\/p>\n<p>La lecture que tu m&rsquo;as envoy\u00e9e m&rsquo;a beaucoup plu. Pour des raisons que tu dois facilement comprendre, je ne puis t&rsquo;en exprimer toutes mes impressions. <em>Humanisme int\u00e9gral<\/em> surtout. C&rsquo;est un livre admirable, malheureusement trop peu compris du grand public.<\/p>\n<p>\u00c0 chaque courrier, continue de m&rsquo;envoyer un peu de lecture, pas beaucoup, quelques cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes et deux ou trois pelotes de fil. C&rsquo;est suffisant.<\/p>\n<p>Pour le moment, \u00e7a va bien, ainsi que pour Joseph. Nous verrons plus tard.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s sinc\u00e8res \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades, et \u00e0 toi, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses. Ton tr\u00e8s affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Je n&rsquo;ai pas encore re\u00e7u les trois colis exp\u00e9di\u00e9s le 4 juillet. Ce sera sans doute pour demain.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-249\" title=\"vue a\u00e9rienne des \u00eeles du Salut\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1-300x217.jpg\" alt=\"vue a\u00e9rienne des \u00eeles du Salut\" width=\"165\" height=\"119\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1-300x217.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1.jpg 330w\" sizes=\"(max-width: 165px) 100vw, 165px\" \/><\/a>15 ao\u00fbt 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>Saint-Joseph<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je suis en pr\u00e9vention depuis deux jours. Rassure-toi. Ce n&rsquo;est pas s\u00e9rieux, malheureusement. Je dis malheureusement parce que je crains fort de ne pouvoir \u00ab b\u00e9n\u00e9ficier \u00bb d&rsquo;un ordre d&rsquo;informer et, partant, ne pouvoir aller vill\u00e9giaturer \u00e0 Saint Laurent du Maroni pour y \u00eatre tout simplement acquitt\u00e9. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un billet dont on m&rsquo;impute la r\u00e9daction et dont la d\u00e9couverte dans un local o\u00f9 couchait un condamn\u00e9 qui tenta de s&rsquo;\u00e9vader constituerait une mani\u00e8re de complicit\u00e9. \u00c0 moins que les Chambres, pour les besoins de cette cause, ne modifient les articles 2 et 60 du code p\u00e9nal, il n&rsquo;y a pas lieu de s&rsquo;\u00e9mouvoir. Du reste, bien que l&rsquo;\u00e9criture soit l\u00e9g\u00e8rement ressemblante, je ne suis pas l&rsquo;auteur de cet \u00e9crit. Donc, laissons pisser le mouton&#8230;<\/p>\n<p>La pr\u00e9vention implique la mise en cellule. J&rsquo;y suis on ne peut mieux pour lire, et c&rsquo;est \u00e0 quoi je m&rsquo;occupe la plupart du temps. Quel plaidoyer en faveur de la Tradition, du principe d&rsquo;Autorit\u00e9, quel r\u00e9quisitoire contre le f\u00e9minisme qu&rsquo;<em>Un divorce<\/em> de P. Bourget<a name=\"_ftnref17\" href=\"#_ftn17\">[17]<\/a> ! Au fond, des pr\u00e9jug\u00e9s habilement par\u00e9s de sophismes. Cependant, je l&rsquo;ai lu avec beaucoup d&rsquo;int\u00e9r\u00eat, car les th\u00e9ories y sont impartialement expos\u00e9es. Tr\u00e8s int\u00e9ressantes aussi ces revues hebdomadaires, bien qu&rsquo;elles me paraissent \u00e9crites surtout pour des gens bien rent\u00e9s. Les trois colis annonc\u00e9s m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 remis ; ils contenaient : un flacon de Glob\u00e9ol, un pot de pommade, un livre et deux Feuilles litt\u00e9raires. J&rsquo;oubliais : un paquet de tabac et quatre cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes. \u00c0 quoi bon m&rsquo;envoyer de la pommade de ratanhia que je n&#8217;emploie pas et que je pourrais ais\u00e9ment me procurer par prescription m\u00e9dicale, si j&rsquo;en avais besoin ? Une bonne fois pour toutes, bon sort, n&rsquo;envoie que ce que je te demande.<\/p>\n<p><strong>16 ao\u00fbt<\/strong><\/p>\n<p>Je viens d&rsquo;\u00eatre transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 Royale. \u00c0 l&rsquo;occasion du convoi dont l&rsquo;arriv\u00e9e est tr\u00e8s prochaine, on attend la visite du gouverneur. Je crains fort que, sur la proposition du directeur, il ne me traduise devant la commission disciplinaire. L\u00e0, plus d&rsquo;acquittement possible. \u00c7a sera un 30 de cachot, le maximum. Apr\u00e8s tout, \u00e7a ferait bien mon affaire. La forte lumi\u00e8re du soleil me fatiguait la vue. L&rsquo;obscurit\u00e9 y rem\u00e9diera. Tout le chagrin sera pour toi, ma bien bonne, car, selon la date de mon entr\u00e9e au cachot et celle du passage du courrier, je ne pourrai peut-\u00eatre pas t&rsquo;\u00e9crire. Ne sois pas pein\u00e9e pour \u00e7a, va. \u00c0 la prochaine, je serai plus abondant. Ma sant\u00e9 est tr\u00e8s bonne, excellente. C&rsquo;est l&rsquo;essentiel. C&rsquo;est la tienne, de sant\u00e9, qui me chagrine, et fort. Tous ces assauts que tu subis depuis quelques mois ne sont pas de bons signes avant-coureurs.<\/p>\n<p><strong>24 ao\u00fbt<\/strong><\/p>\n<p>Je viens d&rsquo;\u00eatre appel\u00e9 par M. le directeur. Il m&rsquo;a renouvel\u00e9 les d\u00e9marches que les personnes que tu sais ont tent\u00e9es \u00e0 mon endroit et a trouv\u00e9 f\u00e2cheux que ma conduite f\u00fbt un obstacle aux promesses qu&rsquo;il avait presque faites \u00e0 ces personnes. Ma conduite, cela signifie ma pr\u00e9sente pr\u00e9vention motiv\u00e9e par un crime que je n&rsquo;ai pas commis. Je suis poursuivi pour complicit\u00e9 de tentative d&rsquo;\u00e9vasion. Au fond, je suis tr\u00e8s heureux d&rsquo;aller devant le tribunal maritime sp\u00e9cial, car, je te le r\u00e9p\u00e8te, c&rsquo;est un acquittement certain. J&rsquo;en suis convaincu par la connaissance de cinq \u00e0 six arr\u00eats de la Cour supr\u00eame qui, en m\u00eame occurrence, a cass\u00e9 les jugements et renvoy\u00e9 les accus\u00e9s des fins de toute poursuite. L&rsquo;accusation, en ce qui me concerne, ne pourra jamais r\u00e9unir les \u00e9l\u00e9ments n\u00e9cessaires pour \u00e9tablir l\u00e9galement ma complicit\u00e9. Je l&rsquo;en d\u00e9fie, tout ignorant que je sois pour ces sortes de choses. Ne te chagrine donc pas pour moi, ma bien bonne. La session ayant lieu en novembre ou d\u00e9cembre, ce n&rsquo;est jamais que trois ou quatre mois de cellule. J&rsquo;en ai tant fait d\u00e9j\u00e0 que je n&rsquo;y attache plus la moindre importance. L&rsquo;essentiel pour moi, c&rsquo;est que tu ne sois pas malade, que tu ne sois plus en peine. Ce n&rsquo;est pas chanceux ce qui m&rsquo;arrive, il est vrai ; mais qu&rsquo;y faire ? Les circonstances et les \u00e9v\u00e9nements dominent nos vouloirs. Envoie-moi toujours un peu de lecture, deux ou trois cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes (des gros Riz-la-Croix, \u00e0 10 centimes), trois ou quatre pelotes de fil blanc (fort), un paquet d&rsquo;aiguilles (assez fortes), deux ou trois silex, mais point de tabac : si j&rsquo;en veux, Joseph m&rsquo;en donnera.<\/p>\n<p><strong>25 ao\u00fbt<\/strong><\/p>\n<p>Pas en retard, ce mois-ci, le courrier. Je re\u00e7ois ta ch\u00e8re lettre. S&rsquo;il est bien vrai que tu sois mieux, c&rsquo;est fort heureux, mais il faut que ce soit vrai. Tu me dis si peu la v\u00e9rit\u00e9 \u00e0 cet \u00e9gard que je doute toujours. Tu en aurais tant besoin, pourtant, de donner cong\u00e9 \u00e0 la maladie. Enfin, je crois n\u00e9anmoins qu&rsquo;il y a eu am\u00e9lioration et j&rsquo;en suis tr\u00e8s heureux. En voil\u00e0 des id\u00e9es pour la biblio. Ce n&rsquo;est pas \u00e9tonnant si, avec un tel point de vue, tu ne te portes pas mieux, puisque tu te prives de soins qui pourtant te sont indispensables. Sois donc un peu plus raisonnable, que diable ! Ce n&rsquo;est pas bien, \u00e7a non, pas du tout. Excellent pour ce malaise les <em>Sept-Vaudoyer<\/em>. \u00c0 l&rsquo;occasion. Mais pour le moment, tu le con\u00e7ois, ce n&rsquo;est gu\u00e8re possible. D&rsquo;ailleurs Auguste t&rsquo;a avis\u00e9e que, pr\u00e9sentement, il y en avait deux \u00e0 Valthard. J&rsquo;esp\u00e8re que dans ta prochaine, tu pourras me donner des d\u00e9tails.<\/p>\n<p>Est-ce la pr\u00e9vention qui est arriv\u00e9e bien \u00e0 propos pour les livres ou le contraire ? Toujours est-il que j&rsquo;en ai re\u00e7u de quoi attendre la d\u00e9cision du chef de la colonie. J&rsquo;en ai lu d\u00e9j\u00e0 quelques-uns, mais je les lirai et relirai tous avec plaisir. C&rsquo;est un genre de litt\u00e9rature qui me convient.<\/p>\n<p>Si je m&rsquo;en rapporte \u00e0 la teneur de ta derni\u00e8re lettre, Joseph n&rsquo;a pas encore pu t&rsquo;accuser r\u00e9ception du livre qu&rsquo;il doit avoir re\u00e7u, ce n&rsquo;est pas douteux ; il n&rsquo;a pu t&rsquo;en informer que par le dernier courrier. En ce moment ou dans peu de jours, tu recevras sa lettre s&rsquo;il t&rsquo;a \u00e9crit.<\/p>\n<p>Pour les m\u00e9dicaments, j&rsquo;ai encore deux flacons de Glob\u00e9ol et une bo\u00eete de comprim\u00e9s. Pour l&rsquo;instant c&rsquo;est suffisant. Au prochain envoi de comprim\u00e9s, tu changeras de marque ; tu m&rsquo;enverras du Lactozimase-B. J&rsquo;appr\u00e9cierai la diff\u00e9rence. Mais ne change pas le Glob\u00e9ol ; il est trop efficace. Sans exag\u00e9ration, c&rsquo;est un excellent tonique. Ce n&rsquo;est pas dire, par l\u00e0, que les comprim\u00e9s de Maya ne soient pas bons. Je d\u00e9sire seulement go\u00fbter des autres qui, moins chers, sont peut-\u00eatre aussi efficaces.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. J&rsquo;ai re\u00e7u, en deux colis-\u00e9chantillons, tout ce que tu m&rsquo;as annonc\u00e9. Joins \u00e0 ton prochain envoi un fume-cigarette en merisier, 10 centimes chez tous les marchands de tabac.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-3-barque-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4158\" title=\"Evasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-3-barque-copier-300x224.jpg\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"152\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-3-barque-copier-300x224.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-3-barque-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><\/a>24 septembre 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u ta ch\u00e8re lettre hier, ainsi que deux colis contenant : trois livres, une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em>, deux cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes et un paquet de m\u00e8ches [illisible]. Bien s\u00fbr que c&rsquo;est fort ennuyeux cette attente de nouvelles, dans notre situation surtout, mais, bon sort, tu ne devrais pas te chagriner si fort pour \u00e7a, ma bien bonne, toi surtout qui es au courant des \u00e9v\u00e9nements qui en sont la cause. Tu le sais bien qu&rsquo;il y a un grand conflit \u00e9conomique tant en France qu&rsquo;en Angleterre ; de l\u00e0 le retard des courriers postaux. Partie d&rsquo;Europe, la vague gr\u00e9viste ondule jusqu&rsquo;ici. De sorte que le retard de l&rsquo;aller implique n\u00e9cessairement le retard du retour. Cependant, le courrier \u00e9tant parti de Cayenne le 10 ao\u00fbt, je ne m&rsquo;explique pas que, \u00e0 la date du 2 septembre, tu ne l&rsquo;aies pas encore re\u00e7u. Il est vrai que, ici, ils ne marchent pas tr\u00e8s vite, tu sais, les bateaux. Plan-plan, ti puiss\u00e8s pas. Tout ce qu&rsquo;il y a de plus omnibus, quoi. Enfin, j&rsquo;arrive \u00e0 croire qu&rsquo;en ce moment, depuis pas mal de jours m\u00eame, tu dois \u00eatre tranquillis\u00e9e. Tu en as bien besoin.<\/p>\n<p>Je suis de ton avis. Il ne faut pas prendre \u00e0 la lettre ce qu&rsquo;Auguste a demand\u00e9 \u00e0 tante. Sauf pour les trois ouvrages de la biblioth\u00e8que \u00c9lisabeth, m\u00e9lang\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres, il ne me para\u00eet pas tr\u00e8s utile que sa soeur le satisfasse tant au sujet de la coutellerie que de la parfumerie : canifs, dentifrices, objets magn\u00e9tiques me semblent, comme \u00e0 toi, d&rsquo;une vente difficile \u00e0 cette saison. Tu comprends, n&rsquo;est-ce pas, qu&rsquo;il vaut beaucoup mieux pour lui qu&rsquo;il s&rsquo;en tienne \u00e0 son commerce de librairie o\u00f9 sa comp\u00e9tence et sa client\u00e8le lui assurent un b\u00e9n\u00e9fice certain. \u00c0 quoi bon courir deux li\u00e8vres \u00e0 la fois ?<\/p>\n<p>Parlons un peu de moi. J&rsquo;en suis encore \u00e0 attendre une d\u00e9cision. Commission disciplinaire ou tribunal maritime sp\u00e9cial, je ne sais toujours pas devant laquelle de ces juridictions je serai traduit. Attendons. J&rsquo;esp\u00e8re que, au prochain courrier, je pourrai t&rsquo;annoncer du nouveau.<\/p>\n<p>Tr\u00e8s bonne, ma sant\u00e9. Je n&rsquo;\u00e9tais encore rest\u00e9 si longtemps sans souffrir de l&rsquo;ent\u00e9rite. J&rsquo;attribue ce r\u00e9sultat au Glob\u00e9ol dont je ne me fais pas faute. Il ne m&rsquo;en reste plus qu&rsquo;un flacon que j&#8217;emploierai probablement le mois prochain, de fa\u00e7on \u00e0 combattre le plus possible le d\u00e9primant r\u00e9gime de la cellule. Aussi bien, est-ce encore ce que tu peux m&rsquo;envoyer de meilleur et de plus profitable. \u00c7a me tonifie non seulement le corps mais encore le moral. Lorsque j&rsquo;en consomme, l&rsquo;esprit est moins paresseux, les id\u00e9es sont plus claires, les ressorts physiques moins, beaucoup moins affaiss\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour la Maya, j&rsquo;en ai encore une bo\u00eete. Or, comme les tripes me paraissent retap\u00e9es, il n&rsquo;est pas n\u00e9cessaire que tu m&rsquo;en envoies, pour le moment du moins, car le moindre froid \u00e0 l&#8217;embouligou suffit pour d\u00e9terminer une rechute. C&rsquo;est en cette pr\u00e9vision, d&rsquo;ailleurs, que je conserve la bo\u00eete que j&rsquo;ai. Tu peux ajouter aussi un peu de fil, et autres bricoles. Assur\u00e9ment qu&rsquo;ils me conviennent, les livres que j&rsquo;ai re\u00e7us. Ils me plaisent m\u00eame beaucoup. \u00c0 l&rsquo;occasion, tu me feras plaisir en m&rsquo;en adressant quelques autres. Tu m&rsquo;as bien fait rire avec tes appr\u00e9ciations sur la propri\u00e9t\u00e9 des d\u00e9pilatoires. Mais je le savais, \u00e7a, ma bien bonne. Qu\u00e9 testamenti ! Envoie-m&rsquo;en un quelconque.<\/p>\n<p>Alors il y a de nouvelles d\u00e9fections ? Qui \u00e7a ? Jacques, Louis ? Que veux-tu, la fringale des app\u00e9tits leur fait enfin montrer le bout de l&rsquo;oreille. Et d\u00e9put\u00e9, rien que \u00e7a ? Bigre !<\/p>\n<p>J&rsquo;oubliais. Tu sais bien ce livre sp\u00e9cial aux choses maritimes que j&rsquo;avais demand\u00e9 \u00e0 tante, eh bien, ce n&rsquo;est pas la peine qu&rsquo;elle te le donne pour me l&rsquo;adresser. L&rsquo;\u00e9dition en est sans doute \u00e9puis\u00e9e et puis, en ce moment, je n&rsquo;ai gu\u00e8re la t\u00eate \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude<a name=\"_ftnref18\" href=\"#_ftn18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma plus sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Il est bien entendu que je ne te crois pas malade, puisque tu me l&rsquo;assures avec tant d&rsquo;\u00e9nergie. Ai-je besoin de te dire combien j&rsquo;en suis heureux ? Toutes mes pens\u00e9es gravitent autour de cette question.<\/p>\n<p><strong>22 octobre 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Re\u00e7u deux lettres : une du 12 septembre, l&rsquo;autre du 30 du m\u00eame mois et deux colis, les derniers exp\u00e9di\u00e9s. Je pense recevoir l&rsquo;autre demain. Adresse une r\u00e9clamation \u00e0 la poste \u00e0 Paris, au bureau exp\u00e9diteur pour celui envoy\u00e9 en mars ou avril et que je n&rsquo;ai pas re\u00e7u. Tu as droit \u00e0 une indemnit\u00e9. Pour les deux que tante dit ne pas conna\u00eetre, de deux choses l&rsquo;une : ou bien Octave y a mis emp\u00eachement, [illisible]<a name=\"_ftnref19\" href=\"#_ftn19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Je ne peux te donner aucune nouvelle. J&rsquo;attends toujours que l&rsquo;on veuille bien prendre une d\u00e9cision \u00e0 mon \u00e9gard. Crois-tu qu&rsquo;il en faut de la patience ! Si ce n&rsquo;\u00e9tait pas pour toi, ma bien bonne, je serais plus prompt, moi, \u00e0 prendre une d\u00e9cision. Enfin&#8230;<\/p>\n<p>Garde-t&rsquo;en bien de renouveler ces d\u00e9marches. Pas de compromissions. Laisse-moi, au moins, la satisfaction de pouvoir agir, \u00e0 l&rsquo;occasion, comme je pense. Ces gens-l\u00e0 ont une mentalit\u00e9 de formation toute professionnelle et ne jugent en toutes choses qu&rsquo;\u00e0 travers le prisme de leurs app\u00e9tits. Lorsqu&rsquo;ils t&rsquo;ont r\u00e9pondu \u00ab c&rsquo;est ceci, c&rsquo;est cela \u00bb, tu pouvais le traduire par \u00ab il porte pr\u00e9judice \u00e0 mes int\u00e9r\u00eats, qui sont de toucher tant de mille francs par an \u00bb.<\/p>\n<p>Encore des commentaires pour cet envoi ? Tu aurais pu t&rsquo;en passer. Crois-tu que j&rsquo;ignore tout ce que tu as soulign\u00e9 ? Si je te l&rsquo;ai demand\u00e9, c&rsquo;est que j&rsquo;en avais besoin, que diable. Inconsciemment, tu t&rsquo;ing\u00e9nies \u00e0 me faire du tort. \u00c0 l&rsquo;avenir, ne m&rsquo;envoie plus ni cahiers \u00e0 cigarettes, ni silex, ni aiguilles, ni m\u00e8ches. J&rsquo;en ai une pleine bo\u00eete, n&rsquo;ayant pu consommer ceux que j&rsquo;ai re\u00e7us. Un peu de lecture (si tu en as encore) et un flacon de Glob\u00e9ol, c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il me faut pour le moment.<\/p>\n<p>Sauf un fort \u00e9nervement caus\u00e9 par un tas d&rsquo;ennuis, je me porte tr\u00e8s bien. Les intestins me paraissent compl\u00e8tement remis. Ce qui est certain, c&rsquo;est que, depuis quatre-vingts jours, je n&rsquo;ai pas eu la moindre rechute. Seul ce r\u00e9gime de sardines \u00e0 l&rsquo;huile sans huile, constamment enterr\u00e9 dans un cube de pierre, m&rsquo;est p\u00e9nible au point que, par moments, je crains pour ma raison. Au fond, ce n&rsquo;est pas tant le r\u00e9gime lui-m\u00eame que la cause injuste qui m&rsquo;y retient qui me d\u00e9termine cette humeur. Si j&rsquo;avais r\u00e9ellement tent\u00e9 de m&rsquo;\u00e9vader, ma foi, c&rsquo;est l\u00e0 un de ces crimes qui ne laissent gu\u00e8re de remords et je m&rsquo;en soucierais peu. Mais rien, m&rsquo;entends-tu, rien ; pas la moindre participation<a name=\"_ftnref20\" href=\"#_ftn20\">[20]<\/a> . Enfin&#8230; nous verrons bien o\u00f9 cela nous conduira.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;espoir que tu sois toujours en bonne sant\u00e9, re\u00e7ois, ma bien bonne, les marques de ma sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ler-reve-du-forcat.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-298\" title=\"le r\u00eave du for\u00e7at, aquarelle de bagnard\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ler-reve-du-forcat-255x300.jpg\" alt=\"La Belle : aquarelle de bagnard\" width=\"132\" height=\"155\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ler-reve-du-forcat-255x300.jpg 255w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/ler-reve-du-forcat.jpg 272w\" sizes=\"(max-width: 132px) 100vw, 132px\" \/><\/a>3 novembre 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment, je ne suis bon qu&rsquo;\u00e0 te faire de la peine. Que veux-tu, j&rsquo;\u00e9tais \u00e9nerv\u00e9, tr\u00e8s surexcit\u00e9, tant par cette vie toute v\u00e9g\u00e9tative qui est celle de l&rsquo;encellulement que par l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de l&rsquo;accusation dont je suis l&rsquo;objet. Ces jours-ci, la temp\u00e9rature a fra\u00eechi et je vais mieux. Je parle comme \u00e9tat d&rsquo;esprit, car, physiquement, je me porte comme un charme. J&rsquo;en suis m\u00eame surpris. J&rsquo;en d\u00e9duis donc que ce qui m&rsquo;a tenu si longtemps malade, c&rsquo;\u00e9tait surtout les soins que je recevais.<\/p>\n<p>Je les ai re\u00e7us ces deux colis en retard, rien n&rsquo;y manquait. Mais pour le d\u00e9pilatoire, c&rsquo;est tout bonnement de la poudre \u00e0 faire baver les lima\u00e7ons. Tu le savais peut-\u00eatre, qu\u00e9 ? Enfin, n&rsquo;en parlons plus. Je n&rsquo;en ai plus besoin.<\/p>\n<p><strong>5 novembre<\/strong><\/p>\n<p>Je viens d&rsquo;\u00eatre avis\u00e9 que l&rsquo;ordre d&rsquo;informer avait \u00e9t\u00e9 donn\u00e9 par le gouverneur. Cela signifie que l&rsquo;affaire va \u00eatre instruite. J&rsquo;aime mieux \u00e7a. J&rsquo;irai ainsi \u00e0 Saint-Laurent pour y b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une ordonnance de non-lieu, ou tout au moins, d&rsquo;un acquittement.<\/p>\n<p><strong>7 novembre<\/strong><\/p>\n<p>Je re\u00e7ois ta carte-lettre. Encore op\u00e9r\u00e9e ! Ma bien bonne, vraiment, tu n&rsquo;as pas de chance. Tu t&rsquo;efforces de me rassurer, bien s\u00fbr, mais, au fond, je ne le suis pas plus que cela. Aussi est-ce avec anxi\u00e9t\u00e9 que j&rsquo;attends de plus r\u00e9centes nouvelles.<\/p>\n<p><strong>10 novembre<\/strong><\/p>\n<p>Re\u00e7u un colis contenant trois livres : deux <em>Ann\u00e9es scientifiques<\/em> et <em>La Vie de Luther<\/em> que je lirai avec plaisir et int\u00e9r\u00eat un peu plus tard, lorsque les besoins de ma d\u00e9fense captiveront moins mon attention.<\/p>\n<p><strong>17 novembre<\/strong><\/p>\n<p>\u00c7a y est, enfin. L&rsquo;instruction est close. De deux choses l&rsquo;une : ou bien la cellule m&rsquo;a rendu idiot, cr\u00e9tin, ou bien l&rsquo;accusation soutenue contre moi est digne de figurer en lettres de radium dans le plus beau des dor\u00e9s sur tranche des P\u00eale-M\u00eale. Je n&rsquo;y comprends plus rien, absolument. C&rsquo;est pourquoi je vais, en deux mots, t&rsquo;exposer mon cas, de fa\u00e7on \u00e0 ce que tu demandes l&rsquo;avis d&rsquo;une personne comp\u00e9tente, un avocat par exemple. Un de mes cod\u00e9tenus me propose de nous \u00e9vader de concert. J&rsquo;accepte. Durant plusieurs jours, nous \u00e9changeons l&rsquo;un et l&rsquo;autre une correspondance, exposant des moyens nous paraissant les plus propres, selon nous, \u00e0 nous \u00e9vader. Par les id\u00e9es, cette correspondance est tendancieuse, subversive m\u00eame; par les moyens, elle est, bien entendu, plut\u00f4t technique.<\/p>\n<p>Bref, \u00e0 la suite de divergences de vues, je me retire volontairement du projet. Ce point me demeure acquis, c&rsquo;est admis. Mon ex-associ\u00e9, \u00e0 la suite de mon d\u00e9sistement, s&rsquo;abouche avec un autre condamn\u00e9, et dans la nuit du 7 au 8 ao\u00fbt, ils tentent de fuir en construisant un radeau \u00e0 l&rsquo;aide de mat\u00e9riaux qu&rsquo;ils durent tout d&rsquo;abord voler. Surpris, ils furent arr\u00eat\u00e9s et mis en pr\u00e9vention. Comme de juste, les billets que ce d\u00e9tenu m&rsquo;avait adress\u00e9s, je les avais d\u00e9truits, et pour cause ; mais, moins prudent, lui conserva ceux que je lui avais \u00e9crits, en sorte que, les ayant trouv\u00e9s, ils motiv\u00e8rent ma mise en pr\u00e9vention sous la double\u00a0 inculpation de complicit\u00e9 de vol et de tentative d&rsquo;\u00e9vasion. Tel est le fond de l&rsquo;affaire.<\/p>\n<p>Le dossier de l&rsquo;enqu\u00eate pr\u00e9liminaire ayant \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 la d\u00e9cision de M. le gouverneur, l&rsquo;ordre d&rsquo;informer fut d\u00e9livr\u00e9, mais seulement, en ce qui me concerne, quant au chef de complicit\u00e9 de tentative d&rsquo;\u00e9vasion. Nous abordons ici le c\u00f4t\u00e9 formel de l&rsquo;affaire. Le vol ayant pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l&rsquo;\u00e9vasion et ayant \u00e9t\u00e9 commis pour y servir de moyens, il y a non seulement connexit\u00e9, mais encore, indivisibilit\u00e9. De sorte que, puisqu&rsquo;il est l\u00e9galement admis que ma correspondance n&rsquo;est pas un \u00e9l\u00e9ment suffisamment constitutif du crime de vol, il est fort surprenant qu&rsquo;on la trouve suffisante pour celui de tentative d&rsquo;\u00e9vasion. Autre argument. Ces \u00e9crits d\u00e9notent bien des intentions, il est vrai, mais ce ne sont m\u00eame pas, en droit, des actes pr\u00e9paratoires ; ce sont tout simplement des id\u00e9es, des moyens qui n&rsquo;ont jamais re\u00e7u, de ma part, un commencement d&rsquo;ex\u00e9cution, puisque, la veille, je m&rsquo;en suis d\u00e9sist\u00e9. Peut-on, en ces conditions, m&rsquo;appliquer les dispositions de l&rsquo;article 59 du code p\u00e9nal ? Je t&rsquo;ai retrac\u00e9 l\u00e0, \u00e0 grands traits, les points principaux de l&rsquo;affaire. Mes copr\u00e9venus confirment enti\u00e8rement mes dires. Tu me feras savoir, par retour du courrier, ce que l&rsquo;on t&rsquo;aura r\u00e9pondu.<\/p>\n<p>De toutes les mani\u00e8res, je te l&rsquo;affirme tr\u00e8s sinc\u00e8rement, je suis innocent. Si ce n&rsquo;\u00e9tait pour toi, ma bien bonne, je ne me serais m\u00eame pas d\u00e9fendu ; j&rsquo;aurais laiss\u00e9 aller les poursuites, tant je vois de la m\u00e9chancet\u00e9 dans cette affaire. Car enfin, il suffit de savoir lire pour se p\u00e9n\u00e9trer de mon innocence. Mais, pour toi, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 patient, je le serai encore jusqu&rsquo;au tribunal, s&rsquo;il le faut jusqu&rsquo;\u00e0 la Cour supr\u00eame. Mais apr\u00e8s, vois-tu, ce sera au-dessus de mes forces. R\u00e9fl\u00e9chis ce que doit souffrir un homme r\u00e9ellement innocent. Lorsqu&rsquo;il m&rsquo;arrive de protester de mon innocence, on me r\u00e9pond par un de ces sourires qui veut dire : \u00abNe nous rase pas. \u00bb Juge un peu ce qu&rsquo;il me faudrait endurer pendant deux ans de r\u00e9clusion car, ce fait, ce crime pour parler le langage des honn\u00eates gens, va de deux \u00e0 cinq ans de r\u00e9clusion cellulaire. Certes, si j&rsquo;avais tent\u00e9 de m&rsquo;\u00e9vader, si j&rsquo;y avais particip\u00e9, \u00e0 cette tentative, je me ferais une raison de circonstance ; mais innocent, ce n&rsquo;est pas possible. Je ne pourrais pas, absolument pas l&rsquo;accepter. Alors&#8230;<\/p>\n<p><strong>19 novembre<\/strong><\/p>\n<p>Ta lettre m&rsquo;a un peu rassur\u00e9, si toutefois tes dires sont bien vrais. Puisses-tu, dans ta prochaine, m&rsquo;annoncer ton complet r\u00e9tablissement que je souhaite, que j&rsquo;esp\u00e8re.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai re\u00e7u deux colis : livres, Glob\u00e9ol, amadou, fil, etc. Voil\u00e0 de quoi combattre les effets r\u00e9ellement nocifs de l&rsquo;encellulement. Remercie bien le donateur. Que de bont\u00e9 ! Je suis tr\u00e8s heureux de te savoir si bien soign\u00e9e. Il y a tant de mis\u00e8res, de souffrances, que, par comparaison, j&rsquo;ai toujours peur pour toi, ma bien bonne. Aussi bien, \u00e0 ce sujet, tes lettres me font beaucoup de bien, en me rassurant.<\/p>\n<p>Je vais au travail depuis deux jours, l&rsquo;instruction \u00e9tant close. Je ne me porte pas mal, mais un peu de mouvement et beaucoup d&rsquo;air et de lumi\u00e8re me feront mieux porter encore.<\/p>\n<p>La date de la session n&rsquo;est pas encore fix\u00e9e. Je pense qu&rsquo;elle aura lieu dans la deuxi\u00e8me quinzaine de janvier. Je partirai donc pour Saint-Laurent dans un mois environ.<\/p>\n<p>Et Joseph, t&rsquo;a-t-il \u00e9crit ? Tu ne m&rsquo;en as rien dit. Il est vrai qu&rsquo;avec tous les tracas d&rsquo;une op\u00e9ration tu as pu l&rsquo;oublier. Hier j&rsquo;ai pu lui serrer la main, mais n&rsquo;ai pas eu le temps de lui causer longuement. Il m&rsquo;a paru se bien porter.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai plus de linge. Il me faudrait trois mouchoirs, trois paires de chaussettes en couleurs, tr\u00e8s bon march\u00e9 (c&rsquo;est seulement pour me prot\u00e9ger de la piq\u00fbre des moustiques, la nuit) et une serviette-\u00e9ponge, mais plus petite que la derni\u00e8re que tu m&rsquo;as envoy\u00e9e et de couleur.<\/p>\n<p>Le flacon de Glob\u00e9ol que tu m&rsquo;as adress\u00e9 est arriv\u00e9 bien \u00e0 propos. Je me souciais d\u00e9j\u00e0 de ne pas en avoir, en pr\u00e9vision de mon s\u00e9jour \u00e0 Saint-Laurent. Quant au Maya, j&rsquo;use, en ce moment, la derni\u00e8re bo\u00eete. Je ne suis pas malade du ventre pourtant, mais seulement indispos\u00e9. Les premiers jours de ma sortie, j&rsquo;ai beaucoup bu de l&rsquo;eau, trop m\u00eame, de l\u00e0 un l\u00e9ger d\u00e9rangement. Ne m&rsquo;en envoie plus tant que je ne t&rsquo;en demanderai pas.<\/p>\n<p>Moi aussi, je t&rsquo;\u00e9cris un peu \u00e0 la briscambille. Bah ! tu me comprendras toujours, qu\u00e9 ? Alors ne te fais pas de mauvais sang, ma bien bonne. Soigne-toi bien, r\u00e9tablis-toi compl\u00e8tement. Dans ta prochaine, tu me diras si Myra a re\u00e7u des nouvelles de Lucien Vaudoyer.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma toute bonne, ma sinc\u00e8re et profonde affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-824\" title=\"\u00e9vasion\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-300x226.jpg\" alt=\"Evasion\" width=\"201\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion-300x226.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/evasion.jpg 636w\" sizes=\"(max-width: 201px) 100vw, 201px\" \/><\/a>10 d\u00e9cembre 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Bien que ma lettre ne parte pas avant le courrier du 20, je me vois oblig\u00e9 de t&rsquo;\u00e9crire avant la r\u00e9ception de la tienne. Je dois compara\u00eetre devant la commission disciplinaire et, pour l\u00e9g\u00e8re que pourra \u00eatre la punition que l&rsquo;on m&rsquo;impliquera, si je ne m&rsquo;y prenais pas \u00e0 l&rsquo;avance, je ne pourrais te donner de mes nouvelles. Tu as assez d&rsquo;ennuis comme cela, ma bien bonne, sans \u00eatre encore chagrin\u00e9e par mon silence.<\/p>\n<p>Je ne sais toujours rien de neuf quant \u00e0 mon affaire. \u00c0 pr\u00e9sent, je ne compte plus sur un non-lieu. Il ne me reste que l&rsquo;espoir d&rsquo;un acquittement. Il est probable que le tribunal maritime sp\u00e9cial ouvrira sa session en janvier prochain. Je m&rsquo;attends donc \u00e0 \u00eatre dirig\u00e9 sur Saint-Laurent-du-Maroni incessamment.<\/p>\n<p>Comme toi, j&rsquo;estime qu&rsquo;il est bien f\u00e2cheux que Myra n&rsquo;ait pu satisfaire un peu plus t\u00f4t au d\u00e9sir d&rsquo;Auguste. Ce retard pourrait lui \u00eatre fort pr\u00e9judiciable. Aussi bien serait-il pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 pr\u00e9sent, s&rsquo;il en est encore temps, de le remettre \u00e0 un peu plus tard. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;une id\u00e9e de ma part, mais que tu ferais bien de lui communiquer lorsque tu lui \u00e9criras<a name=\"_ftnref21\" href=\"#_ftn21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>Ma sant\u00e9 est toujours bonne. Je suis bien un peu indispos\u00e9 par la grippe, qui depuis quelques jours est \u00e9pid\u00e9mique, mais ce n&rsquo;est pas grave. J&rsquo;attends impatiemment le courrier pour savoir s&rsquo;il n&rsquo;a pas surgi de complications \u00e0 la suite de ton op\u00e9ration. Voici l&rsquo;hiver. Soigne-toi bien, ma bien bonne. Il en faut si peu, \u00e0 ton \u00e2ge surtout, pour \u00eatre gravement atteint.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;occasion, envoie-moi quelque lecture, pas de la biblio \u00c9lisabeth ; pour l&rsquo;instant du moins, et quelques bricoles comme \u00e0 l&rsquo;ordinaire, articles fumeurs, mais pas de tabac, ainsi qu&rsquo;un cahier \u00e9colier. En fait de rem\u00e8des, il n&rsquo;est pas utile que tu m&rsquo;adresses encore des comprim\u00e9s de Maya, car j&rsquo;ai constat\u00e9 que le Glob\u00e9ol, en me fortifiant, \u00e9tait en m\u00eame temps tr\u00e8s d\u00e9sinfectant du tube digestif.<\/p>\n<p>Je pense que Joseph t&rsquo;\u00e9crira \u00e0 ce courrier. Il a pu me venir voir quelquefois \u00e0 mon travail et causer un peu. Sans \u00eatre heureux, tout est relatif, sa situation est bien meilleure que la mienne. Il esp\u00e8re \u00eatre nomm\u00e9 prochainement 2e classe et par la suite d\u00e9sintern\u00e9. Je le lui souhaite. Ai-je besoin d&rsquo;ajouter qu&rsquo;il s&rsquo;est montr\u00e9 tr\u00e8s d\u00e9vou\u00e9 pour moi ? Tu dois bien le penser.<\/p>\n<p>En attendant de tes ch\u00e8res nouvelles, re\u00e7ois, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong>19 d\u00e9cembre 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>J&rsquo;ai bien comparu devant la commission disciplinaire, mais j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9 sine die. En tout cas, je ne serai pas puni ; je ne peux pas l&rsquo;\u00eatre, bien qu&rsquo;au fond ce soit une v\u00e9tille. Ce renvoi me permet donc de pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 ta ch\u00e8re lettre que j&rsquo;ai re\u00e7ue hier. Excuse-moi, ma bien bonne, de t&rsquo;avoir fait de la peine. Tu dois penser dans quelle disposition d&rsquo;esprit je suis en de tels moments. Je souffre d&rsquo;autant plus que je suis tr\u00e8s sensible.<\/p>\n<p>\u00c0 pr\u00e9sent, \u00e7a ne va pas bien, bien s\u00fbr (\u00e7a ne peut jamais aller bien), mais il y a n\u00e9anmoins am\u00e9lioration. Je sors au travail et, la fatigue aidant, j&rsquo;ai les nerfs un peu plus repos\u00e9s, bris\u00e9s pour mieux dire. Selon les nouvelles de la derni\u00e8re heure, la session n&rsquo;aura lieu qu&rsquo;en fin janvier, peut-\u00eatre en f\u00e9vrier. Il ne nous reste qu&rsquo;\u00e0 attendre. J&rsquo;ai la conviction que l&rsquo;on ne peut pas me condamner. Ce qui est certain, c&rsquo;est qu&rsquo;en France un juge d&rsquo;instruction, ou au pire la chambre des mises en accusation, m&rsquo;aurait accord\u00e9 un non-lieu. Enfin, nous verrons bien.<\/p>\n<p>Je crois t&rsquo;avoir annonc\u00e9 au dernier courrier la r\u00e9ception de six volumes, d&rsquo;un feuilleton et des deux <em>Feuilles litt\u00e9raires<\/em> ainsi que d&rsquo;un flacon de Glob\u00e9ol, le tout conforme \u00e0 ton \u00e9num\u00e9ration. Je n&rsquo;ai pas encore re\u00e7u les deux colis que tu m&rsquo;as annonc\u00e9s dans ta derni\u00e8re. Je les toucherai ce soir ou demain. Pour les ouvrages de la collection Betty, maintenant, ce n&rsquo;est gu\u00e8re le moment. Avec tous ces tracas, je n&rsquo;ai pas beaucoup la t\u00eate \u00e0 lire des ouvrages techniques. Nous verrons plus tard. Je sais bien que si Myra ne te les a pas remis plus t\u00f4t pour me les exp\u00e9dier, il n&rsquo;y a pas de sa faute, laquelle incombe tout enti\u00e8re aux \u00e9v\u00e9nements<a name=\"_ftnref22\" href=\"#_ftn22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p>Je suis tr\u00e8s heureux que ta sant\u00e9 soit bonne. J&rsquo;avais si peur que tu ne sois malade, malgr\u00e9 l&rsquo;assurance contraire que tu m&rsquo;en donnais. Prends garde, ma bien bonne, aux rigueurs de l&rsquo;hiver. Ne fais pas d&rsquo;imprudences. Il t&rsquo;en faudrait si peu pour rechuter.<\/p>\n<p>Sois certaine que je me porte bien, physiquement du moins. Il y avait des ann\u00e9es que je n&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 aussi robuste. Il va de soi que le Glob\u00e9ol, d&rsquo;une part, et les soins de Dunin, de l&rsquo;autre, n&rsquo;y sont pas \u00e9trangers.<\/p>\n<p>Tant mieux que je me sois tromp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;endroit du d\u00e9positaire. Au demeurant, ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une id\u00e9e, id\u00e9e qui n&rsquo;avait gu\u00e8re de consistance. Quant \u00e0 Auguste, je ne suis pas de ton avis. Sa confiance est si r\u00e9serv\u00e9e que, comme il me l&rsquo;\u00e9crivait un jour, il voit en tout homme un ennemi possible. S&rsquo;il se trompe, tant mieux et, s&rsquo;il voit juste, il a toujours la satisfaction de ne pas \u00eatre dup\u00e9<a name=\"_ftnref23\" href=\"#_ftn23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma profonde affection. Ton fils qui t&rsquo;aime bien,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. Tu m&rsquo;enverras un petit canif semblable \u00e0 celui que tu m&rsquo;as envoy\u00e9 d\u00e9j\u00e0 et que l&rsquo;on m&rsquo;a soustrait.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Alain Sergent, <em>Un anarchiste de la Belle Epoque<\/em>, Le Seuil, 1950.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Sergent Alain, op. cit., p.161.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Sergent Alain, op. cit., p.161.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> A.O.M., H1481\/Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> A.O.M., H5009, jugement du Tribunal Maritime Sp\u00e9cial, 27 janvier 1913.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> A.O.M., H5009, jugement du Tribunal Maritime Sp\u00e9cial, 27 janvier 1913.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Sergent Alain, op. cit., p.162.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> A.O.M., H5009, jugement du Tribunal Maritime Sp\u00e9cial, 27 janvier 1913.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> A.O.M., H1481\/Jacob.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> A.O.M., H5009, jugement du Tribunal Maritime Sp\u00e9cial, 27 janvier 1913.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Sergent Alain, op. cit., p.164.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Commandant Michel, article \u00ab\u00a0<em>Mes bagnards<\/em> \u00bb, dans <em>Confessions<\/em>,\u00a0 15 avril 1937.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Sergent Alain, op. cit., p.164.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Commandant Michel, article \u00ab\u00a0<em>Mes bagnards<\/em> \u00bb, dans <em>Confessions<\/em>,\u00a0 15 avril 1937.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Annonce d&rsquo;une \u00e9vasion \u00e0 venir\u00a0?<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Le code pour Auguste \u00e9claire la situation : Jacob \u00e9tant \u00e0 la fois l&rsquo;exp\u00e9diteur et le destinataire de la nouvelle, il est probable qu&rsquo;il parle de lui-m\u00eame et de sa nouvelle tentative d&rsquo;\u00e9vasion, apparemment dangereuse, \u00e9tant donn\u00e9 sa grande faiblesse physique.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn17\" href=\"#_ftnref17\">[17]<\/a> \u00c9crivain originaire d&rsquo;Amiens (1852-1935), compagnon de jeunesse de Bruneti\u00e8re, sp\u00e9cialiste de romans dits psychologiques \u00e0 forte tendance moraliste.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn18\" href=\"#_ftnref18\">[18]<\/a> Vraisemblablement cod\u00e9 ; il doit s&rsquo;agir soit d&rsquo;un envoi de mat\u00e9riel (carte maritime ? boussole ?), soit d&rsquo;informations interdites par l&rsquo;administration et que Jacob, enferm\u00e9 en cellule, ne peut r\u00e9ceptionner.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn19\" href=\"#_ftnref19\">[19]<\/a> Possible surveillance de la police parisienne sur le courrier re\u00e7u par Marie.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn20\" href=\"#_ftnref20\">[20]<\/a> Jacob racontera plus tard qu&rsquo;il aurait d\u00fb participer \u00e0 cette tentative d&rsquo;\u00e9vasion. Il esp\u00e9rait certainement que l&rsquo;administration, lisant la lettre, se persuaderait de son innocence.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn21\" href=\"#_ftnref21\">[21]<\/a> Jacob doit indiquer \u00e0 sa m\u00e8re qu&rsquo;\u00e9tant donn\u00e9 la situation il est pr\u00e9f\u00e9rable de diff\u00e9rer un envoi pr\u00e9vu pr\u00e9c\u00e9demment.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn22\" href=\"#_ftnref22\">[22]<\/a> La supposition pr\u00e9c\u00e9dente est confirm\u00e9e : c&rsquo;est bien du mat\u00e9riel \u00ab technique \u00bb dont Jacob parlait \u00e0 sa m\u00e8re.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn23\" href=\"#_ftnref23\">[23]<\/a> \u00c0 coup s\u00fbr, c&rsquo;est Jacob qui parle par la voix d&rsquo;Auguste ; il expliquerait ainsi les raisons de son soup\u00e7on envers le \u00ab d\u00e9positaire \u00bb d&rsquo;un envoi.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if !mso]><span class=\"mceItemObject\"   classid=\"clsid:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D\" id=ieooui><\/span>\n\n\n\n<style>\nst1\\:*{behavior:url(#ieooui) }\n<\/style>\n\n<![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous pourrions croire Alexandre Jacob moins entreprenant une fois sa peine de r\u00e9clusion purg\u00e9e. Quarante-quatre mois d&rsquo;encellulement ont de quoi \u00e9puiser l&rsquo;homme qui, il y a peu, ne pesait plus que 39 kg avec ses chaussettes\u00a0! Nous pourrions le croire d\u00e9prim\u00e9 par la claustration, vaincu, bris\u00e9 malgr\u00e9 une sant\u00e9 physique en nette am\u00e9lioration. 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