{"id":4142,"date":"2016-10-15T01:10:31","date_gmt":"2016-10-14T23:10:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4142"},"modified":"2016-08-13T20:48:08","modified_gmt":"2016-08-13T18:48:08","slug":"premier-semestre-1911-sur-lile-saint-joseph-sortir-du-trou","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/10\/premier-semestre-1911-sur-lile-saint-joseph-sortir-du-trou\/","title":{"rendered":"Premier semestre 1912 sur l&rsquo;\u00eele Saint Joseph : sortir du trou"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pepto-kola.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4143\" title=\"Pepto Kola Robin\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/pepto-kola.jpg\" alt=\"\" width=\"141\" height=\"202\" \/><\/a>La sant\u00e9 de Marie, la sienne qui s&rsquo;am\u00e9liore malgr\u00e9 un d\u00e9but de prolapsus rectal et une printani\u00e8re grippe, des annonces de r\u00e9ceptions de colis et de salvatrices missives, des demandes d&rsquo;envoi de linge, de livres ou encore de produits pharmaceutiques, la correspondance du bagnard 34777 r\u00e9v\u00e8le pour le 1<sup>er<\/sup> trimestre 1912 que la vie s&rsquo;\u00e9coule lentement, tr\u00e8s lentement dans les sinistres locaux de la r\u00e9clusion de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph. Jacob esp\u00e8re vainement pouvoir encore passer devant le TMS alors que le 12 novembre de l&rsquo;ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente il \u00e9tait d\u00e9finitivement disculp\u00e9 de l&rsquo;accusation de d\u00e9nonciation calomnieuse dans l&rsquo;affaire du meurtre du for\u00e7at Vinci par le surveillant Bonal. Un voyage \u00e0 Saint Laurent du Maroni lui aurait permis de prendre l&rsquo;air et de briser l&rsquo;ennui de l&rsquo;enfermement. \u00ab\u00a0C&rsquo;est si monotone la vie sur ce rocher qu&rsquo;un peu de changement d&rsquo;horizon ne nuit pas.\u00a0\u00bb. \u00a0Alors Jacob lit et rend compte de ses lectures \u00e0 sa g\u00e9nitrice. Il se rappelle encore quelques souvenirs de cambriolages et de navigation. Mais la sortie du trou est proche et il n&rsquo;a de cesse d&rsquo;organiser sa r\u00e9sistance. La famille imaginaire de Barrabas entre en sc\u00e8ne et la multiplication de passages cod\u00e9s signale au lecteur que Jacob active des r\u00e9seaux de transmission du courrier clandestin, envisage des projets d&rsquo;\u00e9vasion malgr\u00e9 la censure de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire et la surveillance que peut exercer la police parisienne sur sa m\u00e8re et ses amis. Ainsi apprenons-nous l&rsquo;extr\u00eame jalousie de la femme de Julien, les vil\u00e9nies d&rsquo;Octave, peut-\u00eatre renseign\u00e9 par Paulin et de m\u00e8che avec Elise, le \u00ab\u00a0manque de flair\u00a0\u00bb d&rsquo;Augustin confiant ce pauvre F\u00e9licien \u00e0 un \u00ab\u00a0saligaud\u00a0\u00bb. Est-ce Jacques\u00a0? Est-ce Lorand\u00a0? Nous n&rsquo;en savons rien. Toujours est-il que le 17 juin 1912 le bagnard retrouve \u00ab l&rsquo;air libre \u00bb des \u00eeles du Salut apr\u00e8s avoir purg\u00e9 44 mois de r\u00e9clusion cellulaire. Une nouvelle phase commence pour Jacob.<!--more--><\/p>\n<p><strong>2 janvier 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Toujours tr\u00e8s bonnes tes ch\u00e8res nouvelles, puisque tu te portes bien. Il est f\u00e2cheux qu&rsquo;il n&rsquo;en soit pas de m\u00eame pour tante et ta bonne voisine. Esp\u00e9rons cependant que leur indisposition ne sera que passag\u00e8re. Il doit y faire froid, \u00e0 Paris, en ce moment, hein ! De l\u00e0 un accroissement de mis\u00e8res et de douleurs, pour les pauvres s&rsquo;entend.<\/p>\n<p>Pour Laure c&rsquo;est bien ennuyeux, car qui sait si Paulin, autant dire Octave, n&rsquo;a pas profit\u00e9 de ses relations avec \u00c9lise pour lui nuire. Qu&rsquo;en penses-tu ? Sauf cela, il n&rsquo;y a pas lieu de s&rsquo;\u00e9mouvoir de son silence, pas plus du reste que de celui de Paul-Louis<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>. Quant \u00e0 tantine, il est fort probable qu&rsquo;elle soit \u00e0 Batavia o\u00f9 elle a du bien, d&rsquo;ailleurs. L&rsquo;inconv\u00e9nient c&rsquo;\u00e9tait son mari ; mais puisque de M\u00e9n\u00e9las il a la sagesse, n&rsquo;en parlons plus : tout est pour le mieux.<\/p>\n<p>Le colis que tu m&rsquo;as dit avoir exp\u00e9di\u00e9 le 12 novembre 1911, et contenant un livre et un illustr\u00e9, ne m&rsquo;est pas parvenu. Tu peux donc r\u00e9clamer aupr\u00e8s du receveur du bureau de poste de d\u00e9part. Par contre, j&rsquo;ai re\u00e7u celui annonc\u00e9 dans ta lettre du 5 d\u00e9cembre. Il contenait : un volume (<em>Origines de l&rsquo;homme<\/em>), une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em> (<em>Sc\u00e8nes de la vie de Boh\u00e8me<\/em>), quelques catalogues et un flacon de Glob\u00e9ol. N&rsquo;en envoie plus, du Glob\u00e9ol, coquin de sort ! \u00c7a me fait deux flacons en r\u00e9serve que je conserve pour un peu plus tard. Sois sans inqui\u00e9tude : je me porte bien, tr\u00e8s bien.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr qu&rsquo;il me pla\u00eet ce livre ; mais j&rsquo;eusse pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 <em>L&rsquo;Homme selon la science<\/em> ; c&rsquo;est moins aride, plus color\u00e9 et surtout mieux vulgaris\u00e9. Tu me l&rsquo;enverras lorsque tu pourras. Tu m&rsquo;enverras aussi, puisque j&rsquo;y pense, une petite brochure \u00e0 couverture rouge, intitul\u00e9e <em>Fondements de la langue Esp\u00e9ranto<\/em>, prix 10 centimes, ainsi que deux autres, \u00e0 couverture jaune, de plus petit format et co\u00fbtant 10 centimes l&rsquo;une, 5 centimes l&rsquo;autre. Ce n&rsquo;est pas bien cher et \u00e7a me rem\u00e9morera le peu que j&rsquo;en sais. Ces derniers, \u00e0 la librairie Hachette. Certes, dans tout ce qui est catalogu\u00e9, il y en a peu qui ne soient pas de mon go\u00fbt, mais ce n&rsquo;est pas le moment de te faire d\u00e9penser, pas du tout. Lorsqu&rsquo;on t&rsquo;en donne, passe ; mais je t&rsquo;en prie, pense un peu \u00e0 toi et s\u00e9rieusement. Dans ma derni\u00e8re, je t&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 conseill\u00e9 quelques d\u00e9penses pour Joseph et c&rsquo;est bien assez. Tu verras que ce que Lucien te dira dans sa prochaine<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> ou le mois suivant concordera avec mes conseils. En ce moment, ce n&rsquo;est plus huit mois qu&rsquo;il me reste \u00e0 faire, mais cinq seulement. Or, avec ce que je te demande plus haut et les quelques Feuilles litt\u00e9raires qui para\u00eetront d&rsquo;ici l\u00e0, ce sera suffisant.<\/p>\n<p><strong>22 janvier<\/strong><\/p>\n<p>Nouvelles encore meilleures que les pr\u00e9c\u00e9dentes, puisque ta sant\u00e9 est toujours bonne et que tante et ta bonne voisine vont mieux. Avec le printemps qui s&rsquo;approche cela ira mieux encore. Que c&rsquo;est bon le soleil ! Pas trop n&rsquo;en faut pourtant. Ici, la plupart du temps, il est trop g\u00e9n\u00e9reux le soleil. Il en pleut \u00e0 faire tirer la langue aux l\u00e9zards. En ce moment, c&rsquo;est plut\u00f4t frisquet \u00e0 cause des pluies. Quand \u00e7a tombe, c&rsquo;est pas pour rire. Les filets d&rsquo;eau chutent sur la toiture avec des sons de roulement de tambour. Qu\u00e9 da\u00efgo ! Pas comme vache qui pisse, mais comme torrent qui choit.<\/p>\n<p><strong>24 janvier<\/strong><\/p>\n<p>Tiens ! Voil\u00e0 une des surprises du service postal. Je viens de recevoir ta lettre du 12 alors que depuis trois jours j&rsquo;ai re\u00e7u celle du 22. Re\u00e7u aussi deux colis contenant la lecture annonc\u00e9e. Rien n&rsquo;y manque. Il n&rsquo;y a que le colis exp\u00e9di\u00e9 par toi le 12 novembre que je n&rsquo;ai toujours pas re\u00e7u.<\/p>\n<p><strong>28 janvier<\/strong><\/p>\n<p>Je n&rsquo;attends pas l&rsquo;arriv\u00e9e du courrier fran\u00e7ais ; je risquerais de le manquer \u00e0 son retour. J&rsquo;ai bien re\u00e7u les deux tricots de coton que je me suis fait acheter par l&rsquo;administration ; mais c&rsquo;est tout comme si j&rsquo;eusse re\u00e7u deux corsets. Impossible de les employer \u00e0 cause de leur \u00e9troitesse. J&rsquo;ai r\u00e9clam\u00e9. On me les changera d&rsquo;ici P\u00e2ques&#8230; ou \u00e0 la Trinit\u00e9. Au fond, je puis attendre. Les flanelles ne sont pas us\u00e9es. En supposant que j&rsquo;en manque, ne m&rsquo;en envoie pas surtout. Je n&rsquo;aime pas me voir un tas de linge sans emploi imm\u00e9diat. Pour pas changer : tu m&rsquo;enverras un cahier ou deux, de ceux qui ont tant de pages et qui ne co\u00fbtent pas cher (2 sous). Pas de m\u00e9dicaments. Je me porte bien et en plus j&rsquo;ai encore deux flacons de Glob\u00e9ol et six tubes de comprim\u00e9s. Avec deux tubes par mois c&rsquo;est assez.<\/p>\n<p>Lorsque tu recevras des nouvelles de Julien, tu m&rsquo;en informeras, qu\u00e9 ? Cela fait toujours plaisir. J&rsquo;y compte fort pour les vacances de P\u00e2ques.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 sinc\u00e8re \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, bonjour aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, la sinc\u00e8re affection de ton<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3941\" title=\"Publicit\u00e9 Glob\u00e9ol\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier-300x296.jpg\" alt=\"\" width=\"148\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier-300x296.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-3-copier.jpg 485w\" sizes=\"(max-width: 148px) 100vw, 148px\" \/><\/a>30 janvier 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je dois partir pour Saint-Laurent-du-Maroni demain soir, samedi. Je ne puis donc pas r\u00e9pondre \u00e0 ta ch\u00e8re lettre qui ne me sera remise qu&rsquo;\u00e0 mon retour. Mais je puis t&rsquo;annoncer cependant la r\u00e9ception des deux colis-\u00e9chantillons que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s au dernier courrier. Bien s\u00fbr qu&rsquo;elle me convient, cette lecture. Sauf le roman-feuilleton, d\u00e9lice des lima\u00e7ons et des sacristains en retraite, lequel m&rsquo;est particuli\u00e8rement indigeste, je m&rsquo;accommode de tout. Au fond, qu&rsquo;importe les \u00e9coles, les genres. Pour qui a un peu v\u00e9cu, l&rsquo;intransigeance et le dogmatisme font sourire. Bien entendu, cela va de soi, je pr\u00e9f\u00e8re ce qui correspond \u00e0 mes go\u00fbts, \u00e0 mes tendances. C&rsquo;est un peu le cas de chacun, du reste.<\/p>\n<p>Encore qu&rsquo;il soit d&rsquo;usage de notifier les ordonnances de non-lieu au si\u00e8ge du tribunal, je ne pense pas en b\u00e9n\u00e9ficier. Je crois, au contraire, que le gouverneur donnera l&rsquo;ordre de mise en jugement. \u00c7a me permettra de me dilater la rate pendant la petite heure que dureront les d\u00e9bats. Ni Jules Moineau<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>, ni son fils, pas plus que Mark Twain, n&rsquo;ont imagin\u00e9 un cas pareil. C&rsquo;est d\u00e9sopilant d&rsquo;illogismes et d&rsquo;incoh\u00e9rences. Il n&rsquo;y a qu&rsquo;\u00e0 moi \u00e0 qui pareille chose arrive. La veine ! Ce qui me turlupine c&rsquo;est de ne pouvoir peut-\u00eatre pas aller en cassation \u00e0 cause de l&rsquo;acquittement. Car la proc\u00e9dure \u00e9tant vici\u00e9e (certitude absolue), \u00e7a me permettrait un deuxi\u00e8me voyage. C&rsquo;est si monotone la vie sur ce rocher qu&rsquo;un peu de changement d&rsquo;horizon ne nuit pas.<\/p>\n<p>As-tu re\u00e7u des nouvelles de Vauvois ? J&rsquo;aime \u00e0 le croire. Malheureusement, comme tu me le dis dans ta derni\u00e8re, il est f\u00e2cheux que Lucien ait chang\u00e9 d&rsquo;id\u00e9e \u00e0 l&rsquo;endroit de Bibyl. Il est probable que ce n&rsquo;est pas, chez lui, esprit de syst\u00e8me. Le mobile doit \u00eatre fond\u00e9. En tout cas, conseille \u00e0 sa soeur de faire pour le mieux et avec circonspection<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Il doit faire froid, qu\u00e9, \u00e0 Paris. J&rsquo;en grelotte rien que d&rsquo;y penser. Je crains pour toi, ma bien bonne ; j&rsquo;ai toujours peur que tu rechutes. Il nous faudrait encore \u00e7a comme bouquet. Aussi soigne-toi bien, qu\u00e9 ; ne commets pas d&rsquo;imprudence. Quant \u00e0 moi, quoique je sois gras comme un [illisible], je me porte bien. Plus de fi\u00e8vre, finie la dysenterie. Je crois fort que les l\u00e9sions de l&rsquo;intestin caus\u00e9es par l&#8217;empoisonnement sont compl\u00e8tement cicatris\u00e9es. Mais, \u00e0 Saint-Laurent, \u00e0 cause de l&rsquo;eau qui est peu salubre, il est probable que je serai rechip\u00e9 par la diarrh\u00e9e. Heureusement que je ne pense pas \u00e0 y moisir. Dans un petit mois, j&rsquo;esp\u00e8re revoir le ch\u00e2teau d&rsquo;If. \u00c0 mon retour, je demanderai \u00e0 \u00eatre vers\u00e9 \u00e0 Saint-Joseph. Je m&rsquo;y plais mieux qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00eele Royale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;occasion, envoie-moi toujours un peu de lecture, quelques bricoles de fumeur, mais pas de tabac ; Joseph m&rsquo;en donne, et, quand tu le pourras, du Glob\u00e9ol. C&rsquo;est gr\u00e2ce \u00e0 ce tonique, je crois, que je puis r\u00e9sister \u00e0 tant de mis\u00e8res. \u00c0 propos, est-ce que mon fr\u00e8re t&rsquo;a \u00e9crit au dernier courrier ? Il me l&rsquo;a assur\u00e9 ; mais il est tellement de Tarascon et si n\u00e9gligent qu&rsquo;il m&rsquo;est permis d&rsquo;en douter. Depuis quelques jours, je ne sais o\u00f9 il est employ\u00e9. Je le vois bien, de-ci de-l\u00e0, mais de loin. Il va si vite que c&rsquo;est \u00e0 croire qu&rsquo;il a une \u00ab 45 chevaux \u00bb dans les souliers. Il est vrai que, lui aussi, ce n&rsquo;est pas la graisse qui l&#8217;emp\u00eache de courir. Il est dess\u00e9ch\u00e9 comme un estoquefi. Et tante, sa sant\u00e9 est-elle bonne ; ses affaires vont-elles aussi bien ? Je l&rsquo;esp\u00e8re, de m\u00eame, d&rsquo;ailleurs, que pour ta bonne voisine.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 de ma part ainsi qu&rsquo;aux camarades. Sinc\u00e8re affection, ton fils,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. J&rsquo;oubliais ; j&rsquo;oublie toujours. Envoie-moi du papier \u00e0 lettres et des enveloppes, ainsi qu&rsquo;un cahier d&rsquo;\u00e9colier.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/maya-bulgare.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4144\" title=\"Maya Bulgare\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/maya-bulgare-300x123.jpg\" alt=\"\" width=\"198\" height=\"81\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/maya-bulgare-300x123.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/maya-bulgare.jpg 505w\" sizes=\"(max-width: 198px) 100vw, 198px\" \/><\/a>1er f\u00e9vrier 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma bien bonne,<\/strong><\/p>\n<p>Ta m\u00e9moire de m\u00e8re a conserv\u00e9 le souvenir d&rsquo;un fait et d&rsquo;une date que j&rsquo;avais oubli\u00e9s. Cependant, il a suffi que tu m&rsquo;en parles pour m&rsquo;en faire rem\u00e9morer. En effet, c&rsquo;est bien \u00e7a. Quatorze jours de retard et plus de tuyau, plus de m\u00e2ts, plus de rouf, le pont \u00e0 nu. Mais, \u00e0 cet \u00e2ge-l\u00e0, on ne se rend pas compte du danger. Aussi ai-je assist\u00e9 \u00e0 ce cyclone sans en appr\u00e9cier toute la gravit\u00e9 : de l\u00e0 mon oubli ou presque. Depuis, j&rsquo;en ai subi bien d&rsquo;autres de temp\u00eates et que tu ne connais pas, tourmentes sociales autrement terribles que celles d\u00e9cha\u00een\u00e9es par les \u00e9l\u00e9ments. Je m&rsquo;en souviens de celles-l\u00e0&#8230;<\/p>\n<p>Les trois colis-\u00e9chantillons annonc\u00e9s m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 remis int\u00e9gralement. Pour le Peptokola, tu m&rsquo;en indiques l&rsquo;absorption vers les 4 \u00e0 5 heures du soir, mais ce n&rsquo;est pas une indication que cela ; il faut tenir compte de l&rsquo;heure des repas. \u00c0 tout hasard, je le prends avant manger, et je crois que c&rsquo;est la bonne mani\u00e8re.<\/p>\n<p>Il a fallu que tu me l&rsquo;envoies, ce tricot de laine, qu\u00e9 ? testamenti ! Bien s\u00fbr, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 le bienvenu. Bonne id\u00e9e aussi pour ce morceau de flanelle ; j&rsquo;ai pu ainsi agrandir les deux gilets dont l&rsquo;\u00e9troitesse me corsetait. D&rsquo;ici peu de temps, du moins je l&rsquo;esp\u00e8re, je recevrai les deux tricots de coton que j&rsquo;ai fait acheter par le service local ; de sorte que me voil\u00e0 gr\u00e9\u00e9 pour plusieurs mois.<\/p>\n<p>Il est certain que la d\u00e9sinfection du tube intestinal ne saurait \u00eatre satisfaisante sans l&rsquo;usage mensuel des comprim\u00e9s de Maya. Car, en outre du r\u00e9gime alimentaire qui, \u00e0 lui seul, d\u00e9termine l&rsquo;\u00e9chauffement, il faut ajouter la qualit\u00e9 de l&rsquo;eau, laquelle n&rsquo;est pas des plus potables. C&rsquo;est ainsi que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement d\u00e9rang\u00e9 hier et avant-hier ; mais il m&rsquo;a suffi de deux tubes pour enrayer l&rsquo;\u00e9coulement des muco-membranes. De nouveau, je me porte aussi bien que possible. Au courrier du 8 ou 9 avril, tu pourras m&rsquo;envoyer encore une bo\u00eete de comprim\u00e9s ainsi qu&rsquo;un flacon de levure. Quant au Glob\u00e9ol, j&rsquo;en ai encore deux flacons intacts. Je vais premi\u00e8rement commencer d&#8217;employer le Peptokola, car avec la temp\u00e9rature ambiante, il se pourrait qu&rsquo;il ne p\u00fbt se conserver. Renseigne-toi au sujet de cette question m\u00e9dicale : un sujet atteint de \u00ab prolapsus \u00bb doit-il n\u00e9cessairement ou utilement subir l&rsquo;ablation d&rsquo;une partie du rectum ? Ici, on appelle prolapsus une chute, une descente du rectum provoqu\u00e9e tant par les efforts caus\u00e9s par la rectite que par ceux r\u00e9sultant de la m\u00e9dication de cette affection, notamment les lavements caustiques. Le baume d&rsquo;acier ne me fait pas peur ; mais ici, nous ne sommes pas en France : il n&rsquo;y a pas ou si peu d&rsquo;asepsie que, neuf fois sur dix, les suites d&rsquo;une op\u00e9ration sont plus \u00e0 redouter que la maladie elle-m\u00eame. Aussi, si le scalpel est n\u00e9cessaire, ma foi, pour \u00e9viter des suites compliqu\u00e9es et f\u00e2cheuses, irai-je sur la table ; mais si ce n&rsquo;est qu&rsquo;utile, c&rsquo;est-\u00e0-dire que s&rsquo;il ne doit en r\u00e9sulter aucune aggravation de l&rsquo;\u00e9tat pr\u00e9sent, eh bien, je m&rsquo;en passerai.<\/p>\n<p>Il est vrai. Tu m&rsquo;avais envoy\u00e9 d\u00e9j\u00e0 deux des Feuilles litt\u00e9raires re\u00e7ues ce jour ; mais pour les trois autres, tu avais oubli\u00e9. Le mal n&rsquo;est pas grand, pas vrai ?<\/p>\n<p>Les promesses ! Comment, tu en es encore \u00e0 la croyance des promesses ! Sainte femme, comme tu retardes. Pour ma part, je n&rsquo;y ai pas cru un seul instant. Marchands de p\u00e2te \u00e0 rasoir que ces gens-l\u00e0. Or la fonction cr\u00e9e l&rsquo;organe, de sorte que ceux qui promettent et qui tiennent ne sont pas employ\u00e9s dans cette boutique.<\/p>\n<p><strong>14 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>Bigre ! ce mois-ci le courrier hollandais n&rsquo;est pas en retard. Pourquoi te chagriner pour une chose aussi naturelle et surtout si n\u00e9cessaire que la mort ? Imagine-toi le monde peupl\u00e9 de tous les \u00eatres appel\u00e9s organis\u00e9s depuis le jour de l&rsquo;apparition de la vie jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. C&rsquo;est fantastique. Bien s\u00fbr qu&rsquo;au point de vue social et familial, la mort d&rsquo;un parent, d&rsquo;un ami, nous fait toujours quelque peine, mais ce n&rsquo;est pas une raison pour s&rsquo;en affliger outre mesure. Au fond, la naissance tout comme la mort ne sont qu&rsquo;une question de mots, rien de plus. La meilleure des preuves en est que, si l&rsquo;on pouvait peser la terre apr\u00e8s un million de naissances, elle n&rsquo;en augmenterait pas d&rsquo;un seul milligramme. De m\u00eame pour la mort, ou mieux, ce que l&rsquo;on a coutume d&rsquo;appeler ainsi. La vie, m\u00eame dans la mis\u00e8re, vaut la peine qu&rsquo;on la vive ; mais soit que les circonstances en exigent le sacrifice, soit que l&rsquo;usure de la machine le veuille, eh bien, ma foi, il n&rsquo;y a pas \u00e0 le regretter. \u00c0 quoi bon se lamenter sur un \u00e9v\u00e9nement n\u00e9cessaire et in\u00e9luctable ?<\/p>\n<p>Re\u00e7u une Feuille litt\u00e9raire et un livre : Le Triomphe des vaincus, que je vais lire attentivement tant le titre est prometteur.<\/p>\n<p><strong>16 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>De mieux en mieux, ce service postal. Il faudra lui donner un berlingot. Je viens de recevoir le courrier anglais : une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em>, un livre : George Sand et ta ch\u00e8re lettre. Meilleures, elles auraient pu l&rsquo;\u00eatre ces nouvelles. Quand la fatalit\u00e9 s&rsquo;en m\u00eale, elle nous joue de ces tours ! Ainsi vois un peu pour Lucie \u00e0 l&rsquo;occasion de la mort de F\u00e9licie. Vraiment c&rsquo;est une malchance inexplicable mais pourtant r\u00e9elle. Car juste au moment o\u00f9 Lucie lui envoie son petit, voil\u00e0 qu&rsquo;elle d\u00e9c\u00e8de. Et Myra qui se borne \u00e0 dire de ne pas se d\u00e9ranger \u00e0 cause de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement. Bien facile \u00e0 dire \u00e7a, oui, bien facile. Enfin j&rsquo;esp\u00e8re, esp\u00e9rons tous, qu&rsquo;ils ne vont pas pousser la rancune familiale jusqu&rsquo;\u00e0 laisser Octave se faire nommer tuteur de cet enfant. Soit Myra, soit la m\u00e8re de F\u00e9licie, elles sauront bien, l&rsquo;une ou l&rsquo;autre, le sauver de ses griffes, que diable ! Le gendre de tante serait-il si peu g\u00e9n\u00e9reux jusqu&rsquo;\u00e0 ne vouloir pas se pr\u00eater \u00e0 la circonstance ? J&rsquo;aime \u00e0 croire le contraire. En tout cas, ma bien bonne, fais tout ton possible pour pacifier la question. Puisses-tu r\u00e9ussir. Dans cette affaire, c&rsquo;est Auguste qui doit s&rsquo;amuser<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a> !<\/p>\n<p>Que te dirais-je encore ? Ah ! puisque j&rsquo;y pense, je n&rsquo;ai toujours pas re\u00e7u ce colis \u00e9gar\u00e9. C&rsquo;est bien simple. Il te suffira de r\u00e9clamer \u00e0 la poste pour te le faire d\u00e9livrer ; et, si tu n&rsquo;as pas le temps de te d\u00e9ranger toi-m\u00eame, tu peux y envoyer n&rsquo;importe qui. \u00c7a n&rsquo;a pas d&rsquo;importance. Tu dois avoir le talon de la recommandation. Il vient de Cayenne.<\/p>\n<p><strong>22 f\u00e9vrier<\/strong><\/p>\n<p>Tu as le culte des dates, qu\u00e9 ? \u00c7a ne te dit rien, le 22 ? Bah ! il y a de la s\u00e8ve \u00e0 pr\u00e9sent. Courage. L&rsquo;arbre pourra encore donner des fruits. J&rsquo;ai lu avec un bien vif plaisir ces deux ouvrages. Magnifiques l&rsquo;un et l&rsquo;autre, bien que d&rsquo;un genre diff\u00e9rent. L&rsquo;intrigue du <em>Triomphe<\/em> m&rsquo;a paru inspir\u00e9e d&rsquo;une page d&rsquo;histoire d&rsquo;Europe centrale et m\u00e9ridionale, mais tr\u00e8s librement interpr\u00e9t\u00e9e. Les types en qui s&rsquo;incarnent les diverses \u00e9coles socialistes ainsi, d&rsquo;ailleurs, que leurs antagonistes sont dessin\u00e9s avec beaucoup de v\u00e9rit\u00e9 et de talent. C&rsquo;est une \u0153uvre hardie. Je le relirai encore plusieurs fois car il y a de-ci de-l\u00e0 des phrases \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;aphorismes frapp\u00e9s au coin d&rsquo;un rare bon sens et qui font penser. Quant \u00e0 la biographie de George Sand, c&rsquo;est une petite merveille de bon go\u00fbt, de style \u00e9l\u00e9gant et de critique \u00e9pur\u00e9e. L&rsquo;analyse en est sobre, mais profonde et tr\u00e8s document\u00e9e. \u00c0 lire, j&rsquo;ai pass\u00e9 l\u00e0 de bonnes heures. Assur\u00e9ment que les \u0153uvres de H.G. Wells me plaisent. Je croyais te l&rsquo;avoir dit d\u00e9j\u00e0. Au reste, s&rsquo;il me fallait te citer tous les auteurs et les genres qui me conviennent, je crois bien que ce serait un peu long. Tu n&rsquo;ignores pas que j&rsquo;ai la manie des livres pour les lire, non pour les \u00ab emprisonner \u00bb.<\/p>\n<p>Passons au refrain du mois. Tu m&rsquo;enverras un petit pain de savon \u00e0 la glyc\u00e9rine et une petite bo\u00eete de coco dit de Calabre (je suis all\u00e9 en Calabre, mais je n&rsquo;y ai pas plus vu de cocotiers que je ne vois de platanes ici). L&rsquo;eau, \u00e0 cause de la s\u00e9cheresse qui s\u00e9vit extraordinairement en cette saison, n&rsquo;est pas des meilleures. Donc, ce coco me permettra de pouvoir boire un peu plus, car l&rsquo;eau est tellement saum\u00e2tre que j&rsquo;ai peur de me transformer en chameau tant je suis sobre. \u00c0 propos de rem\u00e8des, il ne faut pas m&rsquo;envoyer un laxatif quelconque pour corriger la paresse intestinale caus\u00e9e par le prolapsus. Je ne le prendrais pas car je ne veux plus entendre parler de purges ou de leurs d\u00e9riv\u00e9s. Je sors d&rsquo;en prendre. Bien portant je suis, et mieux portant encore je tiens \u00e0 devenir.<\/p>\n<p>La place me manque pour adresser longuement mes amiti\u00e9s \u00e0 la famille et aux camarades, mais j&rsquo;en ai encore assez pour assurer ma bien bonne de ma sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p>P.-S. N&rsquo;oublie pas de me donner des nouvelles d&rsquo;Auguste, si tu en re\u00e7ois, comme il est fort probable. Quant \u00e0 Lorand et \u00e0 Jacques, je crois bien que l&rsquo;un et l&rsquo;autre se moquent de Myra et l&rsquo;ont en suspicion<a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\">[6]<\/a>. Quelle famille !<\/p>\n<p>P.-P.-S. Tu devrais bien m&rsquo;envoyer deux petites calottes en toile blanche que tu confectionneras toi-m\u00eame ; tu sais bien, des calottes comme en portent les pr\u00eatres. Toutes simples. C&rsquo;est bonnement pour me garantir du coryza. Je me suis accoutum\u00e9 \u00e0 me couvrir la t\u00eate.<\/p>\n<p>P.-P.-P.-S. J&rsquo;ai oubli\u00e9 de te faire des compliments du Pepto-kola. \u00c7a me fait du bien.<\/p>\n<p>Soigne-toi tr\u00e8s bien aussi, qu\u00e9, ma bien bonne. Et surtout avec ces mauvais temps, sois prudente.<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-248\" title=\"iles-du-salut\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg\" alt=\"Vue des \u00eeles du Salut\" width=\"196\" height=\"86\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut-300x131.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 196px) 100vw, 196px\" \/><\/a>2 mars 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma bien bonne,<\/strong><\/p>\n<p>Je viens de recevoir ta ch\u00e8re lettre et un colis contenant deux volumes : <em>L&rsquo;Espoir<\/em> et La <em>Nietzsch\u00e9enne<\/em>, ainsi qu&rsquo;une Feuille litt\u00e9raire.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-il encore arriv\u00e9 avec Jeanne? Rien de bon, sans doute. Aussi pourquoi ne pas avoir cess\u00e9 toute relation \u00e0 la suite de la premi\u00e8re incartade. Avec un sujet d&rsquo;une telle mentalit\u00e9, \u00e9go\u00efste jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;avachissement, il fallait s&rsquo;y attendre. Il y avait Yvonne, bien s\u00fbr, et je con\u00e7ois que sans ce trait d&rsquo;union, c&rsquo;est bien ce que tu eusses fait. Mais, que veux-tu ? ta libert\u00e9 et ta tranquillit\u00e9 avant tout, que diable. La raison n&rsquo;est pas suffisante pour t&rsquo;exposer au retour de semblable fait. Elle a de la chance d&rsquo;avoir affaire \u00e0 une bonne p\u00e2te comme toi. Enfin, cette fois-ci, ce sera l&rsquo;ultime, je pense. Surtout, ne te laisse pas entra\u00eener par de sentimentales consid\u00e9rations. Pourrie jusqu&rsquo;\u00e0 la moelle, elle ne m\u00e9rite aucune attention. Assur\u00e9ment, c&rsquo;est regrettable pour la petite. Mais qu&rsquo;y faire ? Passer outre, renouer dans son int\u00e9r\u00eat, ne serait-ce pas alimenter, et partant, \u00e9terniser la question ? Donc, tiens-t&rsquo;en \u00e0 la r\u00e9serve, \u00e0 la non-intervention. Comme tu le dis, sa fille saura appr\u00e9cier.<\/p>\n<p>Alors, il fait si froid que cela ? Bigre ! Ce n&rsquo;est pas gai, pour ceux surtout qui n&rsquo;ont point d&rsquo;abri, et ils sont nombreux. Mais qu&rsquo;est-ce que tu me racontes avec cette histoire de cheval tomb\u00e9, de pompiers sauveteurs et d&rsquo;incendie possible ? Serait-il arriv\u00e9 quelque catastrophe dans ton quartier ou plus particuli\u00e8rement dans l&rsquo;immeuble que tu habites ? Je ne sais que penser avec tes circonlocutions. Ce serait si facile, pourtant, de me dire exactement ce qui est arriv\u00e9, si \u00e9v\u00e9nement f\u00e2cheux il y a eu. Ne dirait-on pas que les mauvaises nouvelles me font tourner le sang ?<\/p>\n<p>Certes, ti crisi, que tu as bien fait de ne pas sortir avec un temps pareil. Si ce n&rsquo;est pas au courrier du 12, ce sera \u00e0 celui du 23, ou m\u00eame le mois prochain. \u00c7a ne lui presse pas plus que \u00e7a, ce livre. \u00c0 un mois pr\u00e8s, il peut attendre.<\/p>\n<p>Dans ma derni\u00e8re, au sujet de Laurence et de Jacques, je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;effleurer un doute qui m&rsquo;est venu; mais je crois fort ne pas m&rsquo;\u00eatre tromp\u00e9. Ce silence persistant apr\u00e8s sa lettre cordiale et plaintive, ce n&rsquo;est pas clair. Sur les conseils calomnieux de l&rsquo;un, l&rsquo;autre, par exc\u00e8s de prudence, a pu supposer que la curiosit\u00e9 de Myra \u00e9tait int\u00e9ress\u00e9e par un mobile de malveillance. Bien s\u00fbr, c&rsquo;est b\u00eate et c&rsquo;est vil. Mais ignores-tu que les Jacques mesurent tout \u00e0 leur [aune]. Au fond, Myra doit bien savoir qu&rsquo;Auguste n&rsquo;a jamais tabl\u00e9 sur l&rsquo;un ni sur l&rsquo;autre. Il n&rsquo;est plus d&rsquo;un \u00e2ge \u00e0 croire \u00e0 ces sortes de miracles, j&rsquo;imagine. Selon moi, s&rsquo;il a conseill\u00e9 sa s\u0153ur dans ce sens, c&rsquo;\u00e9tait surtout, \u00e0 l&rsquo;occasion, pour aider Laurence. Ainsi, en raison de son attitude et en admettant que mes doutes soient fond\u00e9s &#8211; aussi bien je me suis tromp\u00e9 \u00e0 sa place -, leur rendrais-je la monnaie de leur pi\u00e8ce en les envoyant promener. Fais-en part \u00e0 Myra de fa\u00e7on qu&rsquo;elle proc\u00e8de comme il convient<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Bien triste, la fin de Betty. De d\u00e9sespoir, encore, passe. Tous les temp\u00e9raments n&rsquo;ont pas la m\u00eame force de r\u00e9sistance. Mais de mis\u00e8re ! Et en pleine civilisation, c&rsquo;est-\u00e0 dire au milieu de la surabondance ! Moi, en pareil cas, je me ferais plut\u00f4t anthropophage. Pour s\u00fbr. Peut-\u00eatre un peu l\u00e9g\u00e8re de caract\u00e8re (si jeune) mais elle avait du c\u0153ur. Son offre en fut une sinc\u00e8re preuve.<\/p>\n<p><strong>14 mars<\/strong><\/p>\n<p>Hier, j&rsquo;ai re\u00e7u lettre et colis, ce dernier contenant deux int\u00e9ressants volumes : une brochure d&rsquo;histoire politique, sociale et philosophique, et une biographie : Marie Stuart.<\/p>\n<p>Bien bonnes, et surtout, consolantes ces nouvelles. Il vaut mieux que le p\u00e8re Lucien n&rsquo;ait pas envoy\u00e9 son petit-fils \u00e0 Paris au lendemain de ce d\u00e9c\u00e8s. Ce retard arrange bien les choses. Je croyais qu&rsquo;\u00c9lisa- e\u00fbt pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 l&rsquo;avoir aupr\u00e8s d&rsquo;elle plus t\u00f4t ; n\u00e9anmoins, \u00e0 cause d&rsquo;Octave, d&rsquo;une part, et de la temp\u00e9rature, de l&rsquo;autre, fin avril vaut mieux que fin f\u00e9vrier. Un froid, \u00e0 cet \u00e2ge, est si vite attrap\u00e9. Au mois de mai, Julien- en sera inform\u00e9. Qu&rsquo;en penses- tu ? D&rsquo;un autre c\u00f4t\u00e9, la famille aurait tort de lui en vouloir, parce qu&rsquo;il s&rsquo;est adress\u00e9 aux Cainboulay au lieu d&rsquo;avoir recours \u00e0 sa tante comme les convenances le lui dictaient. Il doit y avoir \u00e9t\u00e9 contraint par de plausibles motifs qu&rsquo;il saura bien vous exposer lui-m\u00eame au retour de son voyage. Au fond, il n&rsquo;y a pas de mal, car ce sont de bien braves gens<a name=\"_ftnref8\" href=\"#_ftn8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Pardieu ! Que tu as raison de ne pas sortir puisque le mauvais temps continue. Rien ne br\u00fble. Et puis, \u00e7a br\u00fblerait que \u00e7a serait la m\u00eame chose, t\u00e9.<\/p>\n<p>Au mieux aussi pour Yvonne. Je veux dire pour sa m\u00e8re. Tu verras que tu t&rsquo;en trouveras bien.<\/p>\n<p>Pour les comprim\u00e9s de Maya, il est vrai, c&rsquo;est d&rsquo;une efficacit\u00e9 incontestable. Mais il est bon de te dire, lors du premier envoi d&rsquo;une seule bo\u00eete je n&rsquo;en usais qu&rsquo;avec parcimonie, donc insuffisamment, et m&rsquo;arr\u00eatais d\u00e8s qu&rsquo;une l\u00e9g\u00e8re am\u00e9lioration se faisait sentir. En outre, je continuais de suivre, concurremment, les prescriptions du m\u00e9decin du lieu : lavements au nitrate d&rsquo;argent, au permanganate, pilules de ceci, potion de cela et autres assassineries qui me conduisirent, par la d\u00e9nutrition d&rsquo;abord, et la d\u00e9sassimilation ensuite, \u00e0 deux doigts de la mort. Car c&rsquo;est quelque chose, tu sais, de diminuer en poids de 17 kilos. Fort heureusement pour moi que le m\u00e9decin qui me traita \u00e0 mon retour de Saint-Laurent employait une m\u00e9thode bien diff\u00e9rente de celle de son pr\u00e9d\u00e9cesseur. Le lait, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et ce que tu m&rsquo;as envoy\u00e9, d&rsquo;un autre, m&rsquo;ont bien remis d&rsquo;aplomb. Je continue \u00e0 me bien porter. N&rsquo;aie crainte, va. Je ne th\u00e9saurise pas les m\u00e9dicaments. Ce mois, j&rsquo;ai attaqu\u00e9 un nouveau flacon de Glob\u00e9ol. Il me faut \u00e7a pour \u00e9quilibrer le r\u00e9gime alimentaire (celui que je suis), car je ne mange presque jamais de viande. Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;elle soit mauvaise. Tu dois bien penser que si elle n&rsquo;\u00e9tait pas de bonne qualit\u00e9, on ne nous la donnerait pas. En douterais-tu ?<\/p>\n<p>Qu&rsquo;est-ce que tu me dis ou veux dire avec mon retour en cellule. Mais il y a trente-trois mois que j&rsquo;y suis en cellule. En pr\u00e9vention, j&rsquo;\u00e9tais en cellule, \u00e0 Saint-Laurent encore en cellule et aux fers par-dessus le march\u00e9, \u00e0 l&rsquo;infirmerie, toujours en cellule et isol\u00e9, bien qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;ordinaire ce local soit occup\u00e9 par trois condamn\u00e9s malades. \u00c0 vrai dire, j&rsquo;aime mieux \u00e7a. La vie en commun, en troupeau pour mieux dire, a ses d\u00e9sagr\u00e9ments quoiqu&rsquo;elle offre un peu plus de libert\u00e9s. De libert\u00e9s ! je me demande ce que ce mot est venu faire sous ma plume.<\/p>\n<p><strong>18 mars<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e9tonnant que je n&rsquo;aie pas re\u00e7u de lettre ce matin, le courrier \u00e9tant pass\u00e9 hier. Ce sera donc pour le 25. Pourvu que ta sant\u00e9 soit bonne.<\/p>\n<p><strong>19 mars<\/strong><\/p>\n<p>Je conservais tout de m\u00eame un peu d&rsquo;espoir, mais en vain. Le caboteur a d\u00fb quitter Saint-Laurent avant l&rsquo;arriv\u00e9e du courrier anglais. Allons ! encore six jours d&rsquo;attente. \u00c0 moins, cependant, que le cargo-beef passe dans l&rsquo;intervalle.<\/p>\n<p>Je viens d&rsquo;apprendre que l&rsquo;horaire des courriers \u00e9tait chang\u00e9. \u00c0 partir du 17 avril il y aura un d\u00e9part de Saint-Nazaire toutes les quatre semaines, le mercredi. Renseigne-toi un peu, qu\u00e9 ! De m\u00eame pour les courriers hollandais et anglais qui, aussi, ont pu subir des changements d&rsquo;horaires.<\/p>\n<p><strong>23 mars<\/strong><\/p>\n<p>En admettant comme certaine la date du d\u00e9part du courrier fran\u00e7ais, tu m&rsquo;enverras, par celui du mercredi 15 mai, de fa\u00e7on \u00e0 ce que je le re\u00e7oive au moment de ma lib\u00e9ration, ce qui suit : un briquet complet dont deux silex ; deux ou trois cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes ; un petit couteau de poche \u00e0 extr\u00e9mit\u00e9 arrondie, pas pointue, on ne me le remettrait pas ; un petit flacon contenant une trentaine de comprim\u00e9s de chlorhydrate de quinine et enfin, une ceinture de flanelle. Qu\u00e9 tiradou !<\/p>\n<p>Pour Julien, avant de lui donner satisfaction, p\u00e8se bien tous ses moyens. Jalouse et surtout m\u00e9ticuleuse \u00e0 l&rsquo;exc\u00e8s, sa femme doit tout ignorer, sinon tu vois d&rsquo;ici le pastis. Aussi bien, Myra peut avoir mieux \u00e0 lui offrir. En tout cas, ce sont l\u00e0 des choses que seule l&rsquo;exp\u00e9rience d\u00e9montre. C&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;avant de se prononcer, il est bon que les essais aient donn\u00e9 des garanties. Ne manque pas, en lui \u00e9crivant, de lui adresser mes amiti\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour Louise, ma foi, ce n&rsquo;est pas ce que j&rsquo;ai suppos\u00e9. Je ne vois pas pourquoi tu ne r\u00e9pondrais pas \u00e0 ses politesses. Chacun est ma\u00eetre de disposer de soi \u00e0 sa guise. Avec celui-l\u00e0 ou avec un autre. La fonction ? Bien s\u00fbr. Le choix e\u00fbt pu \u00eatre plus heureux, pour mieux dire, plus logique. Au fond, cela ne nous regarde pas<a name=\"_ftnref9\" href=\"#_ftn9\">[9]<\/a>.<\/p>\n<p>Nous voil\u00e0 au 26 et point de lettre. Quelle patraque que ce service postal ! \u00c0 pr\u00e9sent je n&rsquo;y compte plus avant le courrier fran\u00e7ais. Attendrai-je jusque-l\u00e0 pour finir ma lettre ? Cela d\u00e9pendra de la date d&rsquo;arriv\u00e9e de la malle. G\u00e9n\u00e9ralement, elle arrive le 29. Or le mois \u00e9tant de trente et un jours, j&rsquo;aurai encore le temps de r\u00e9pondre \u00e0 tes deux lettres, car j&rsquo;en attends deux, celles du 22 f\u00e9vrier et du 9 mars.<\/p>\n<p><strong>30 mars<\/strong><\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est pas la peine que j&rsquo;attende davantage ce chameau de bateau car, m\u00eame s&rsquo;il arrive dans la journ\u00e9e, je n&rsquo;aurai pas mes lettres avant lundi matin. Plut\u00f4t tardive, la distribution, ici.<\/p>\n<p>T&rsquo;ai-je dit que ma sant\u00e9 \u00e9tait toujours satisfaisante, je pourrais m\u00eame dire excellente si je la comparais \u00e0 celle du plus grand nombre de mes cod\u00e9tenus. Le scorbut et la diarrh\u00e9e font des ravages. J&rsquo;ai bien de-ci de-l\u00e0 quelques [illisible]. Mais c&rsquo;est l&rsquo;in\u00e9luctable. Les deux r\u00e9gimes, l&rsquo;alimentaire et le p\u00e9nal, ne sont pas pr\u00e9cis\u00e9ment pour nous tonifier. Cela se comprend, du reste. Ainsi, depuis plusieurs jours &#8211; \u00e0 cause du printemps, sans doute &#8211; j&rsquo;ai le corps couvert de pustules d&rsquo;acn\u00e9. Mais je ne crois pas que ce soit dangereux. En tout cas, ce n&rsquo;est pas douloureux. L&rsquo;app\u00e9tit est normal, la vigueur passable, la lucidit\u00e9 parfaite, donc je m&rsquo;en fiche. Ce certain prolapsus m&rsquo;inqui\u00e8te davantage tant il me constipe. Sans moyens m\u00e9caniques, que j&rsquo;ai r\u00e9duits \u00e0 l&rsquo;introduction de petits c\u00f4nes de savon dans le pertuis anal, je resterais jusqu&rsquo;\u00e0 sept ou huit jours sans aller \u00e0 la selle. C&rsquo;est pour cela que je t&rsquo;ai demand\u00e9, dans ma derni\u00e8re, du savon \u00e0 la glyc\u00e9rine. Plus antiseptique et moins caustique que l&rsquo;autre, je pense qu&rsquo;il me r\u00e9ussira mieux.<\/p>\n<p>Tiens ! le voil\u00e0 qui siffle ce bougre d'[\u00e2ne] de courrier. Allons ! j&rsquo;attends jusqu&rsquo;\u00e0 demain pour remettre ma lettre.<\/p>\n<p><strong>31 mars<\/strong><\/p>\n<p>Non pas; le 30, 3 heures du soir. Un vrai miracle, quoi! Je n&rsquo;ai jamais re\u00e7u aussi vivement la correspondance. Alors, tu n&rsquo;as re\u00e7u ma lettre que le 27. C&rsquo;est bien simple. Octave doit bien savoir pourquoi. Moi, m&rsquo;en fouti. Tu as bien fait de me tranquilliser au sujet de cet incendie. Je ne savais que penser. Il vaut mieux comme cela. Laisse donc trompeter ces marchands de gloire. Tu penses ! s&rsquo;ils ont d\u00fb chiper la balle au bond, mani\u00e8re de d\u00e9layer leur m\u00e9chancet\u00e9! Bah! au fond, il n&rsquo;y a encore que des gens int\u00e9ress\u00e9s ou des imb\u00e9ciles pour s&rsquo;y laisser prendre. Ton fils n&rsquo;a jamais cambriol\u00e9 des bureaux de r\u00e9daction de La Guerre sociale ou autres feuilles similaires. Au contraire. Plus d&rsquo;une fois, anonymement, leur a-t-il vers\u00e9 le produit partiel de ses op\u00e9rations de \u00ab reprise individuelle \u00bb<a name=\"_ftnref10\" href=\"#_ftn10\">[10]<\/a>. Au fait, laissons ces questions en paix. Te le dirai-je ? Je ne m&rsquo;en souviens plus de ces brochures et, sans pr\u00e9juger, il est probable que, au moins dans le d\u00e9tail, je ne les signerais plus aujourd&rsquo;hui. Quant \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e ma\u00eetresse, je la trouve toujours juste, logique et ne m&rsquo;explique pas cette sorte de revirement qu&rsquo;a eue \u00c9lisa \u00e0 te donner \u00e0 entendre le contraire. Bien s\u00fbr, qu\u00e9 compreni ! Mais \u00e0 quoi bon ?<\/p>\n<p>Tr\u00e8s heureuses les nouvelles de Lucien. \u00c7a se dessine bien, qu\u00e9 ? Les nuages se dissipent, le soleil radie \u00e0 l&rsquo;horizon. Il en avait besoin le pauvre ! J&rsquo;esp\u00e8re qu&rsquo;\u00e0 ta prochaine, tu seras un peu plus prolixe.<\/p>\n<p>Tante est-elle un peu mieux ? Je l&rsquo;esp\u00e8re, car tu as oubli\u00e9 de me le dire.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 de ma part ainsi qu&rsquo;\u00e0 ta bonne voisine et aux camarades. Re\u00e7ois, ma bien bonne, mes plus tendres et affectueuses caresses,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1867\" title=\"Les b\u00e2timents de la r\u00e9clusion par Laurent Maffre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480-300x284.jpg\" alt=\"\" width=\"147\" height=\"139\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480-300x284.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480.jpg 507w\" sizes=\"(max-width: 147px) 100vw, 147px\" \/><\/a>8 mai 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Sur trois lettres et trois colis que j&rsquo;attendais, je n&rsquo;ai re\u00e7u que celle du 12 avril, la derni\u00e8re \u00e9crite, et un livre, <em>Humanisme int\u00e9gral<\/em>. Les autres ont-ils \u00e9t\u00e9 \u00e0 Cayenne ? Dans ce cas, je les aurai demain, \u00e0 moins, pourtant, qu&rsquo;ils ne soient perdus dans un naufrage. C&rsquo;est \u00e7a qui serait ennuyeux \u00e0 cause des rem\u00e8des que j&rsquo;attendais. Figure-toi que, comme un fait expr\u00e8s, du jour o\u00f9 je n&rsquo;ai plus eu de Maya, l&rsquo;ent\u00e9rite m&rsquo;a repris et, pendant presque tout le mois \u00e9coul\u00e9, m&rsquo;a passablement tourment\u00e9 ; m\u00eame en ce moment, \u00e7a me taquine encore. Mais ce n&rsquo;est pas grave. D&rsquo;ailleurs, j&rsquo;ai des soins. Du lait, des m\u00e9dicaments.<\/p>\n<p>Plus s\u00e9rieux doit \u00eatre ton cas. Car tu as beau me dire : ma sant\u00e9 se maintient (phrase qui ne signifie rien), il m&rsquo;a suffi de te lire pour me convaincre que tu \u00e9tais malade. Aurais-tu pris froid ? C&rsquo;est bien possible. \u00c0 Paris, le printemps est perfide. Et puis, tu es bien triste, triste comme les choses que tu aurais \u00e0 me dire et que tu tais. Bien s\u00fbr que, dans notre situation, tu ne peux pas sauter \u00e0 la corde. Mais quoi, il ne faut pas non plus se dess\u00e9cher de chagrin. Laisse donc le pass\u00e9 en paix et table sur l&rsquo;avenir. \u00c0 quoi bon se laisser endormir par des airs de guitare ? Il vaut mieux se p\u00e9n\u00e9trer des r\u00e9alit\u00e9s, toutes p\u00e9nibles qu&rsquo;elles soient, en t\u00e2chant de les vaincre, si possible. Al\u00e9atoire ! dis-tu. Mais quoi ne l&rsquo;est pas ? Heureusement que Lucien n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;encouragement, car ce ne sont pas ces airs de chanson qui pourraient lui donner de l&rsquo;\u00e9nergie.<\/p>\n<p>Enfin, j&rsquo;esp\u00e8re bien que ta prochaine lettre m&rsquo;apportera de meilleures nouvelles. Je ne pense pas la recevoir avant la fin de ce mois, m\u00eame dans les premiers jours de juin. Quant aux deux lettres et aux deux colis que je n&rsquo;ai pas re\u00e7us, il me faut, para\u00eetrait-il, en faire mon deuil. Ils auraient \u00e9t\u00e9 engloutis lors de ce sinistre maritime. Adresse une plainte au receveur du bureau d&rsquo;exp\u00e9dition, et tu verras bien ce que l&rsquo;on te r\u00e9pondra. Tu as droit \u00e0 une indemnit\u00e9 ; les droits aff\u00e9rents aux valeurs postales \u00e9tant couverts par assurance. Je dis deux colis, mais c&rsquo;est peut-\u00eatre trois. Sans lettres, je ne puis savoir. Depuis celui contenant <em>L&rsquo;Homme selon la science<\/em> et les trois brochures d&rsquo;Esp\u00e9ranto ainsi qu&rsquo;une <em>Feuille litt\u00e9raire<\/em>, je n&rsquo;ai re\u00e7u que celui indiqu\u00e9 au d\u00e9but de ma lettre. C&rsquo;est donc \u00e0 toi de voir ce qui me manque. Vraiment, je n&rsquo;ai point de chance. Moi qui tablais sur la levure de bi\u00e8re et les comprim\u00e9s pour me retaper les tripes avant ma lib\u00e9ration de fa\u00e7on \u00e0 ne pas moisir en case, me voil\u00e0 d\u00e9\u00e7u. Il me faut attendre&#8230; un peu longtemps. Enfin, puisqu&rsquo;il le faut.<\/p>\n<p>Alors, tu ne trouves pas pour Joseph ? C&rsquo;est pourtant bien facile. Chez n&rsquo;importe quel libraire, demande le catalogue des collections Roret ou Hetzel (ce dernier, \u00e9diteur, rue Jacob, 6e), et dans la nomenclature des guides, trait\u00e9s, manuels (ce ne sont que des ouvrages techniques), tu y verras ce qu&rsquo;il lui faut. Si possible, une \u00e9dition r\u00e9cente, mise \u00e0 jour. Tu n&rsquo;as pas besoin de te d\u00e9ranger. \u00c9cris \u00e0 la librairie Hetzel (ce nom est mal orthographi\u00e9<a name=\"_ftnref11\" href=\"#_ftn11\">[11]<\/a>, vois le Bottin) avec un timbre pour la r\u00e9ponse et tu seras servie. Tu vois que c&rsquo;est simple.<\/p>\n<p>Cette perte de lettres, de colis, ajout\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9nervement r\u00e9sultant de mon malaise me rend b\u00eate comme une limace. Je ne sais plus que te dire ; \u00e0 bient\u00f4t de tes nouvelles.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9s \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades. Ton fils affectueux.<\/p>\n<p><strong>9 mai<\/strong><\/p>\n<p>Je viens de les recevoir, tes deux lettres, ma bien bonne, et, comme le courrier ne passe que demain, je pense pouvoir t&rsquo;adresser \u00e0 temps ce petit mot pour te tranquilliser. Tu es bien assez chagrine comme cela sans l&rsquo;\u00eatre encore davantage par ce faux retard. Ainsi tout va bien. Je vais pouvoir me soigner aux petits oignons de mani\u00e8re \u00e0 \u00eatre fort comme deux Turcs au jour tr\u00e8s prochain de ma lib\u00e9ration. Je pourrai ainsi aller au travail. J&rsquo;aime mieux \u00e7a que d&rsquo;\u00eatre contraint \u00e0 demeurer en case.<\/p>\n<p>Je n&rsquo;ai pas encore re\u00e7u les six colis annonc\u00e9s ; mais je les toucherai certainement demain matin. M&rsquo;en as-tu envoy\u00e9 un tas de choses ! Tr\u00e8s utiles pour la plupart, d&rsquo;autres le sont moins. Le tube de vaseline est de ce nombre. C&rsquo;est l\u00e0 un m\u00e9dicament que je puis me procurer \u00e0 profusion et tant d&rsquo;autres ! Pour l&rsquo;op\u00e9ration, je ne suis pas de ton avis. Elle est, au contraire, des plus d\u00e9licates. Et il ne s&rsquo;agit pas de \u00ab r\u00e9paration \u00bb mais bien d&rsquo;ablation ! Aussi, comme \u00e7a ne me tourmente pas plus que \u00e7a, eh bien, je m&rsquo;en passerai, qu\u00e9 ? \u00c7a ne me dit rien qui vaille les lumi\u00e8res de la science chirurgicale, appliqu\u00e9es aux for\u00e7ats du moins. Et puis, un homme op\u00e9r\u00e9 est un homme incomplet, m\u00eame lorsqu&rsquo;il ne s&rsquo;agit que d&rsquo;un morceau de tripe. Ma guenille m&rsquo;est ch\u00e8re !<\/p>\n<p>Que te dirai-je encore ? Que je vais mieux aujourd&rsquo;hui. Que tu n&rsquo;es pas tr\u00e8s raisonnable de tout penser \u00e0 la biblio car, forc\u00e9ment et \u00e0 cause de cela, tu te n\u00e9gliges. Encore si c&rsquo;est bien vrai que tu ne sois pas trop malade, \u00e7a ne serait que demi-mal. C&rsquo;est peut-\u00eatre le souci de Lucien qui t&rsquo;a rendue si triste. Bah ! tu verras qu&rsquo;il n&rsquo;y aura rien de mauvais m\u00eame en mettant les choses au pire. Perte de temps rien plus.<\/p>\n<p>\u00c0 bient\u00f4t de tes ch\u00e8res et bonnes nouvelles, ma bien bonne. Je t&#8217;embrasse bien affectueusement,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnard-lettre.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3593\" title=\"bagnard lettre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnard-lettre-218x300.jpg\" alt=\"\" width=\"108\" height=\"149\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnard-lettre-218x300.jpg 218w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/bagnard-lettre.jpg 262w\" sizes=\"(max-width: 108px) 100vw, 108px\" \/><\/a>11 mai 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Je viens de les recevoir ces colis. Quel d\u00e9ballage ! Rien n&rsquo;y manquait; mais quelques-uns ont mal support\u00e9 la travers\u00e9e, ou une visite plut\u00f4t brutale, car plusieurs tubes de coco avaient vomi leur contenu dans le paquet. Quelle salade ! Au fond, il n&rsquo;y a pas grand mal. Tu m&rsquo;as fait rire avec tes calottes. Il fallait en envoyer une douzaine puisque tu y \u00e9tais. Quelle manie de ne pas t&rsquo;en tenir \u00e0 ce que je te demande. Toujours en plus. Il est vrai que condamn\u00e9 \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9, j&rsquo;ai ou j&rsquo;aurai probablement le temps de les user si je les emploie.<\/p>\n<p>Et la coupe. Super chic, cette coupe ! \u00c0 premi\u00e8re vue, j&rsquo;ai cru que c&rsquo;\u00e9tait des petits sacs. On dirait que pour mod\u00e8le, tu as pris cette esp\u00e8ce de gaine cr\u00e2nienne qui recouvre le chef de Jules II<a name=\"_ftnref12\" href=\"#_ftn12\">[12]<\/a>. Ce n&rsquo;est pas assez de te mettre en quatre pour moi, il faut encore que je te gal\u00e8je, qu\u00e9 ? En revanche, tu as eu joliment raison de m&rsquo;envoyer ces suppositoires. \u00c7a me soulagera beaucoup. Trop caustique, le savon dont je me servais m&rsquo;irritait les muqueuses et devait me produire plus de mal que de bien. Bonne id\u00e9e aussi pour la glyc\u00e9rine ; mais celle que j&rsquo;ai re\u00e7ue lui est bien sup\u00e9rieure. Par contre, la poudre de coco n&rsquo;est pas fameuse. La travers\u00e9e et le climat ont d\u00fb l&rsquo;avarier. C&rsquo;est te dire de ne plus m&rsquo;en envoyer. Quant aux copeaux de quassia, il n&rsquo;\u00e9tait pas besoin d&rsquo;y ajouter un adjectif. On s&rsquo;en aper\u00e7oit, \u00e0 l&rsquo;user, que ce n&rsquo;est pas du miel. Mais c&rsquo;est tr\u00e8s bon, tant pour couper l&rsquo;eau que pour stimuler l&rsquo;app\u00e9tit. J&rsquo;en ai pour longtemps.<\/p>\n<p><strong>17 mai<\/strong><\/p>\n<p>Encore un mois et mes horizons seront moins \u00e9troits. En douceur, \u00e7a se d\u00e9croche. Lorsque tu recevras ma lettre, je serai sur le camp depuis onze \u00e0 douze jours<a name=\"_ftnref13\" href=\"#_ftn13\">[13]<\/a>. Cela me fera quelque chose comme quarante-deux mois d&rsquo;encellulement. Cependant, je ne suis pas encore pourri. Les microbes ne m&rsquo;ont pas trop rendu vermoulu. Bien s\u00fbr, en ce moment surtout, les tripes sont un peu \u00e9chauff\u00e9es. Mais d&rsquo;ici \u00e0 la fin du mois, elles seront d\u00e9sinfect\u00e9es, retap\u00e9es, radoub\u00e9es et remises \u00e0 neuf.<\/p>\n<p><strong>29 mai<\/strong><\/p>\n<p>Ce changement d&rsquo;horaires a perturb\u00e9 le service postal. Depuis deux mois, toutes tes lettres m&rsquo;arrivent ensemble avec le courrier fran\u00e7ais. Il n&rsquo;est donc pas utile de continuer ce syst\u00e8me. Une seule fois suffit, \u00e0 moins que les autres courriers n&rsquo;aient chang\u00e9 ou ne changent leur horaire. Selon les renseignements que tu auras \u00e0 ce sujet, tu feras pour le mieux. Je t&rsquo;envoie un horaire \u00e0 peu pr\u00e8s exact (\u00e0 un jour pr\u00e8s) du courrier fran\u00e7ais. Pour les m\u00e9dicaments, je ne pense pas en avoir besoin de sit\u00f4t. En ce moment, je suis tout \u00e0 fait r\u00e9tabli. Je continue n\u00e9anmoins la Maya et la levure jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement, de fa\u00e7on \u00e0 obtenir une s\u00e9rieuse d\u00e9sinfection. Ensuite, j&rsquo;attaquerai mon dernier flacon de Glob\u00e9ol. Tu dois voir par l\u00e0 que je n&rsquo;ai manqu\u00e9 de rien. Continue seulement de m&rsquo;envoyer les Feuilles litt\u00e9raires et autres lectures (quand tu en auras, s&rsquo;entend) ainsi que deux ou trois cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes chaque mois. Si j&rsquo;ai besoin d&rsquo;autres objets, je te le dirai. J&rsquo;ai re\u00e7u &#8211; j&rsquo;avais omis de te l&rsquo;annoncer &#8211; deux gilets de flanelle en remplacement des deux tricots trop \u00e9troits que l&rsquo;administration m&rsquo;avait achet\u00e9s avec l&rsquo;argent vers\u00e9 \u00e0 mon p\u00e9cule et provenant de la vente des quelques colis que tu m&rsquo;avais adress\u00e9s. C&rsquo;est te dire que je suis pourvu suffisamment de linge. Ah ! j&rsquo;oubliais. Figure-toi que depuis quelques mois l&rsquo;un des c\u00f4t\u00e9s de ma moustache a compl\u00e8tement disparu. Il ne faut pas compter sur la repousse. C&rsquo;est pourquoi je voudrais bien que tu m&rsquo;envoies un \u00e9pilatoire (poudre, p\u00e2te ou onguent) afin d&rsquo;obtenir \u00e9galement la disparition de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9. Il y en a de chers et de bon march\u00e9 ; mais les uns ou les autres ont tous la m\u00eame efficacit\u00e9. Pour mon cas, les moins chers sont m\u00eame les meilleurs et le mieux sera encore de t&rsquo;adresser \u00e0 ton pharmacien en lui expliquant le cas et le r\u00e9sultat \u00e0 obtenir.<\/p>\n<p><strong>5 juin<\/strong><\/p>\n<p>Le courrier fran\u00e7ais est arriv\u00e9 depuis deux jours et de lettres, de colis, point. Qu&rsquo;es aco ? Je me suis inform\u00e9 et je ne suis pas le seul. Nombreux sont ceux qui n&rsquo;ont rien re\u00e7u. De prime r\u00e9flexion, j&rsquo;ai pens\u00e9 \u00e0 un accident te concernant ; mais ensuite, la pluralit\u00e9 des cas m&rsquo;a fait opiner en un autre sens. La faute en est tout enti\u00e8re au service postal. Pas fameux, ce service, depuis que, seule, une compagnie fran\u00e7aise l&rsquo;assure. Allons, patience ! Je pense recevoir les unes et les autres dans une quinzaine de jours, en admettant cependant, que le courrier, ce coup-ci, ne fasse point naufrage.<\/p>\n<p>Je ne t&rsquo;ai encore rien dit des livres que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s. Un surtout, <em>Humanisme int\u00e9gral<\/em>, m&rsquo;a beaucoup plu. Tu devais t&rsquo;en douter d&rsquo;ailleurs. Quant aux po\u00e9sies, un peu fades. Je re\u00e7ois ta lettre du 13 mai m&rsquo;annon\u00e7ant quatre colis contenant divers objets au nombre desquels je n&rsquo;ai pas lu de ceinture de flanelle. Sans doute me l&rsquo;as-tu exp\u00e9di\u00e9e le 6. Dans ce cas, je ne la recevrai que plus tard.<\/p>\n<p>Tu dois penser que je ne suis pas de bonne humeur. \u00c0 l&rsquo;avenir, il est un moyen bien simple d&rsquo;\u00e9viter tous ces tracas. Puisque \u00c9lisa s&rsquo;ent\u00eate \u00e0 la Voltaire, eh bien, mani\u00e8re de couper court \u00e0 tout accident de ce genre, Augustin n&rsquo;a qu&rsquo;\u00e0 ne plus lui envoyer son enfant. C&rsquo;est m\u00eame ce qu&rsquo;il aurait d\u00fb faire depuis longtemps. Il n&rsquo;en serait pas r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat o\u00f9 il se trouve. Bref, pour moi, laisse-moi en paix avec toutes ces questions de famille. J&rsquo;ai assez d&rsquo;ennuis comme \u00e7a sans m&rsquo;en cr\u00e9er de nouveaux. Heureusement, ma sant\u00e9 est bonne. Pour le livre de Joseph, si d&rsquo;ici l\u00e0 tu n&rsquo;as pas encore envoy\u00e9 celui que je t&rsquo;ai indiqu\u00e9 dans ma derni\u00e8re, je te donnerai une r\u00e9ponse au prochain courrier.<\/p>\n<p>Remercie bien tante et ta bonne voisine de ma part de leur envoi.<\/p>\n<p>Je termine, car \u00e9nerv\u00e9 comme je suis, je trouverais encore bien le moyen de t&rsquo;adresser des reproches alors que tu ne sais que faire pour m&rsquo;\u00eatre agr\u00e9able. La faute, en ce cas, ce n&rsquo;est pas \u00e0 toi, sainte femme, qu&rsquo;elle est imputable, mais \u00e0 ce saligaud \u00e0 qui F\u00e9licien fut confi\u00e9. Il manque de flair, Augustin. Il est vrai aussi que situation oblige. Enfin, laissons \u00e7a l\u00e0. N&rsquo;y pensons plus. Le mois prochain, les nouvelles seront peut-\u00eatre meilleures.<\/p>\n<p>Au sujet de Louise, ma foi, tu pourrais y aller. Si tu supposes ses intentions int\u00e9ress\u00e9es, par les demandes, les questions qui te seront adress\u00e9es, tu seras \u00e0 m\u00eame de savoir ainsi les r\u00e9ponses qu&rsquo;elle voudrait obtenir. Tel qui croit prendre se trouve pris. As-tu compris ? Bien entendu, ce n&rsquo;est l\u00e0 qu&rsquo;une id\u00e9e de ma part. Au fond, tu sais mieux que moi ce que tu dois faire<a name=\"_ftnref14\" href=\"#_ftn14\">[14]<\/a>.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma sinc\u00e8re et inalt\u00e9rable affection. Ton affectionn\u00e9,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-540\" title=\"globeol-2\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2-224x300.jpg\" alt=\"publicit\u00e9 pour le Glob\u00e9ol\" width=\"118\" height=\"159\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2-224x300.jpg 224w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/globeol-2.jpg 359w\" sizes=\"(max-width: 118px) 100vw, 118px\" \/><\/a>6 juin 1912<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00celes du Salut<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ma ch\u00e8re maman,<\/strong><\/p>\n<p>Elles m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 remises hier soir, \u00e0 la nuit, tes deux lettres que je comptais ne recevoir que plus tard et, cela va de soi, les colis sont arriv\u00e9s aussi. Je pense les toucher demain. Ce n&rsquo;est pas assez de tracas de famille, il faut encore que je te cause du chagrin avec de fausses nouvelles. Allons ! \u00e0 l&rsquo;avenir, j&rsquo;attendrai le dernier d\u00e9lai avant de remettre ma lettre ; de cette fa\u00e7on, je risquerai moins d&rsquo;\u00eatre inexact.<\/p>\n<p>Je le con\u00e7ois, ma bien bonne, que tu sois pein\u00e9e au sujet de ce mauvais sujet de gosse. Mais que veux-tu y faire ? Dans ces sortes de cas, on ne r\u00e9colte que ce que l&rsquo;on a sem\u00e9 et, on l&rsquo;esp\u00e8re, comme je te l&rsquo;ai dit d\u00e9j\u00e0, il n&rsquo;y a pas lieu de se chagriner. C&rsquo;est f\u00e2cheux, bien s\u00fbr, mais avec un peu de patience, il sera tr\u00e8s facile d&rsquo;y rem\u00e9dier. Il est tout jeune et avec une meilleure \u00e9ducation, il se corrigera certainement. Comme toi, \u00e7a m&rsquo;a un peu \u00e9nerv\u00e9 &#8211; il en faut si peu dans ma situation -, mais enfin ce n&rsquo;est pas une raison pour s&rsquo;en tenir \u00e0 ce que je t&rsquo;ai conseill\u00e9 dans un moment d&rsquo;humeur. Attends que son p\u00e8re ait quitt\u00e9 la province (ce qui ne saurait tarder) ; puis, lorsqu&rsquo;il sera \u00e0 Paris, ses coud\u00e9es \u00e9tant plus franches, il fera lui-m\u00eame ce que jusqu&rsquo;ici il a \u00e9t\u00e9 contraint de confier \u00e0 d&rsquo;autres, d\u00e9vou\u00e9s, je ne dis pas non, mais peut-\u00eatre peu aptes. Surtout &#8211; tu entends bien -, surtout conseille \u00e0 Myra de ne pas le tracasser, le harceler par des ah ! mon Dieu ! et patati, et patata<a name=\"_ftnref15\" href=\"#_ftn15\">[15]<\/a>. \u00c0 chaque chose, il faut le temps. Penses-tu qu&rsquo;il soit moins press\u00e9 qu&rsquo;elle ? D&rsquo;ailleurs, les j\u00e9r\u00e9miades n&rsquo;ont pas la vertu de faire activer les affaires. Ainsi envisag\u00e9es, les choses iront beaucoup mieux et cela nous \u00e9vitera, \u00e0 toi comme \u00e0 moi, des cassements de t\u00eate qui, en somme, ne peuvent produire que de f\u00e2cheux effets.<\/p>\n<p>Il faut que je te gronde au sujet des objets que tu m&rsquo;as envoy\u00e9s. Pour la Maya, passe. Une bo\u00eete de r\u00e9serve, c&rsquo;est d&rsquo;une bonne pr\u00e9voyance. Mais pour le Glob\u00e9ol, ce n&rsquo;\u00e9tait pas utile. J&rsquo;en ai encore un flacon intact. Ignores-tu que dans les colonies les choses ne se conservent pas aussi bien que dans un climat temp\u00e9r\u00e9. Autre reproche pour la quinine. De ce que tu m&rsquo;as adress\u00e9, je puis en avoir des kilos en le demandant au m\u00e9decin. Je t&rsquo;avais demand\u00e9 des comprim\u00e9s et non pas des cachets. Je m&rsquo;en doutais de ce coup-l\u00e0. Que d&rsquo;argent gaspill\u00e9. Enfin, le mal n&rsquo;est pas grand. Est-il besoin de te dire de ne plus m&rsquo;envoyer de m\u00e9dicaments. Car tu serais bien capable, mani\u00e8re de r\u00e9parer ton erreur, de m&rsquo;envoyer cette fois des comprim\u00e9s. Garde-t&rsquo;en bien. Je ne saurais qu&rsquo;en faire. Une bonne fois pour toutes, testamenti ! ne m&rsquo;envoie pas autre chose que ce que je te demande et exactement ce qui est demand\u00e9, rien plus. C&rsquo;est comme pour la ceinture de flanelle : je ne l&rsquo;ai pas encore vue, mais je me fiche qu&rsquo;elle ne soit pas \u00ab jolie \u00bb. L&rsquo;essentiel est qu&rsquo;elle me tienne chaud aux tripes, lesquelles sont sensibles au froid comme une colonne de mercure. M&rsquo;en envoyer une autre un peu plus tard ? Et pourquoi faire ? Attends que j&rsquo;aie us\u00e9 celle-l\u00e0 et apr\u00e8s nous verrons. Nom d&rsquo;un topinambour ! Si je te laissais faire, tu m&rsquo;enverrais le magasin du Louvre.<\/p>\n<p>Mais qu&rsquo;est-ce que tu me racontes l\u00e0, mis\u00e9 op\u00e9ration. Tu te figures que je vais me faire patouiller les andouilles pour presque rien. Zut ! je les vois bien, ceux qui ont subi cette op\u00e9ration ; ils sont bien plus malades apr\u00e8s qu&rsquo;avant. Renseignements pris, l&rsquo;op\u00e9ration consiste \u00e0 enlever l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 osseuse de la colonne vert\u00e9brale (coccyx). Tu vois que c&rsquo;est plus compliqu\u00e9 que ce que tu crois. D&rsquo;ailleurs, je n&rsquo;en ressens pas la n\u00e9cessit\u00e9 pour le moment, toujours. Plus tard je verrai. Mais en attendant, ne te tracasse pas pour \u00e7a. \u00c7a n&rsquo;en vaut vraiment pas la peine.<\/p>\n<p>Comme tu as d\u00fb t&rsquo;en apercevoir, je connaissais d\u00e9j\u00e0 ce fameux sinistre maritime. Assur\u00e9ment, c&rsquo;est un grand malheur. Toutes les ann\u00e9es, en France seulement, il y cinq \u00e0 six cents hommes qui sombrent dans le gouffre social du bagne. On s&rsquo;en occupe moins,\u00a0 rien que, si l&rsquo;on voulait, ce soit l\u00e0 un genre de naufrage que l&rsquo;on pourrait \u00e9viter. Amen !<\/p>\n<p><strong>7 juin<\/strong><\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;il soit l&rsquo;heure o\u00f9 le soleil va se laver les pieds, je n&rsquo;ai pas encore re\u00e7u les colis. Sont-ils seulement arriv\u00e9s ? Je le saurai demain.<\/p>\n<p><strong>8 juin<\/strong><\/p>\n<p>Tu ne m&rsquo;avais annonc\u00e9 que six colis et j&rsquo;en ai re\u00e7u sept. Que de choses, bon sort ! Surtout remercie bien tante- et ta bonne voisine-. Que de bont\u00e9 ! Mais elle est \u00e9patante, cette ceinture. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il me faut. Le principal c&rsquo;est qu&rsquo;au lavage, elle ne se r\u00e9tr\u00e9cisse pas. Excellente id\u00e9e pour ces romans. Pourvu qu&rsquo;ils soient du m\u00eame genre, tu pourras m&rsquo;en envoyer d&rsquo;autres. Ai-je besoin de te dire que ces fleurs sont arriv\u00e9es \u00ab pass\u00e9es \u00bb comme une momie de la premi\u00e8re dynastie ? Quelle id\u00e9e aussi de m&rsquo;envoyer \u00e7a. Tu ne peux pas les laisser vivre, les plantes ? Joli, ce canif. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;il me faut. Et ainsi de tout, d&rsquo;ailleurs.<\/p>\n<p><strong>15 juin<\/strong><\/p>\n<p>Ces jours pass\u00e9s, il a fait un temps abominable. Un vent, ma bonne, \u00e0 d\u00e9raciner les baobabs, une pluie \u00e0 dessaler l&rsquo;oc\u00e9an. Un temps, quoi, \u00e0 r\u00e9jouir tous les membres de la cr\u00e9ation, les pharmaciens et les marchands de mouchoirs. J&rsquo;ai chop\u00e9 un rhume de primo cartello. Le nez me coulait comme la fontaine de Vaucluse. Avec \u00e7a, la fi\u00e8vre, la diarrh\u00e9e, n\u00e9vralgies frontales, courbatures, etc. : en un mot, la grippe. Salope de grippe ! Enfin, c&rsquo;est pass\u00e9. La saison des pluies, l&rsquo;hiver ici, tire sur sa fin. Vivement la bonne saison.<\/p>\n<p><strong>19 juin<\/strong><\/p>\n<p>Je suis lib\u00e9r\u00e9 (de la r\u00e9clusion) depuis deux jours. Le changement de r\u00e9gime m&rsquo;a surpris, fatigu\u00e9. C&rsquo;est l&rsquo;affaire de quelques jours et je m&rsquo;en remettrai facilement.<\/p>\n<p><strong>1er juillet<\/strong><\/p>\n<p>En avance d&rsquo;un jour, le courrier m&rsquo;a apport\u00e9 ta lettre du 6 juin. Mais, comme toujours, celle du 22 mai est rest\u00e9e en route. Je la recevrai probablement demain. Ma lettre a d\u00fb t&rsquo;arriver incompl\u00e8te car j&rsquo;y avais ajout\u00e9 un mot pour te pr\u00e9venir que les colis que je supposais perdus m&rsquo;avaient \u00e9t\u00e9 remis. Jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour (sauf ceux exp\u00e9di\u00e9s le 22 mai et le 6 juin que je recevrai demain ou apr\u00e8s-demain), tous me sont parvenus. Tu n&rsquo;as donc aucune d\u00e9marche \u00e0 faire. De m\u00eame pour F\u00e9licie. Ne t&rsquo;en inqui\u00e8te plus. Tu verras que tout s&rsquo;arrangera et au mieux. \u00c0 pr\u00e9sent, la situation de Lucien est des plus brillantes. Je suis convaincu que lui-m\u00eame ne se doutait pas que l&rsquo;encha\u00eenement des circonstances lui serait si favorable. Je con\u00e7ois qu&rsquo;il en ait \u00e9t\u00e9 \u00e9tonn\u00e9 lui-m\u00eame. Tiens-moi toujours au courant de ses affaires lorsqu&rsquo;il t&rsquo;\u00e9crira. Maintenant ses nouvelles seront moins rares. Tu dois le penser, bien qu&rsquo;Octave soit \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt de ses moindres succ\u00e8s et cela en raison des r\u00e9cents grabuges qu&rsquo;il y a eu dans la famille. \u00c0 cet \u00e9gard, je suis absolument de ton avis. Laisse-le faire. Il se fatiguera bien<a name=\"_ftnref16\" href=\"#_ftn16\">[16]<\/a> *.<\/p>\n<p>Encore des rem\u00e8des, nom de nom ! Mais, j&rsquo;en ai encore de la Maya et du Glob\u00e9ol. Il faut en user et non en abuser, que diable ! \u00c0 pr\u00e9sent, arr\u00eate un peu, ma bien bonne. Je me porte comme un charme. C&rsquo;est tout juste si l&rsquo;affreuse temp\u00e9rature que nous subissons depuis quelques jours m&rsquo;a l\u00e9g\u00e8rement indispos\u00e9. Un rhume. Borne-toi \u00e0 m&rsquo;envoyer quelques lectures, deux ou trois cahiers de feuilles \u00e0 cigarettes, deux ou trois pelotes ou bobines de fil blanc et un paquet de m\u00e8ches \u00e0 amadou. Rien plus, pour le moment. Pour le livre de Joseph, envoie-lui en un pour la cuisine, mais dont le prix ne sera pas sup\u00e9rieur \u00e0 3,50 francs. C&rsquo;est suffisant.<\/p>\n<p>Amiti\u00e9 \u00e0 tante, \u00e0 ta bonne voisine, aux camarades et \u00e0 toi, ma bien bonne, ma sinc\u00e8re affection,<\/p>\n<p>Alexandre<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Jacob \u00e9met l&rsquo;hypoth\u00e8se que la S\u00fbret\u00e9 soit la cause de la disparition de Laure, ceci avec l&rsquo;aide de cet indicateur.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> Jacob annonce \u00e0 sa m\u00e8re l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;une lettre clandestine.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> De son vrai nom, Joseph-D\u00e9sir\u00e9 Moineaux (1815-1895), le p\u00e8re de Courteline fut \u00e9crivain, humoriste mais aussi chroniquer pour la Gazette Judiciaire et journaliste au Charivari. Il \u00e9crivit des pi\u00e8ces pour Offenbach. Sa satire du milieu policier, Le Bureau du Commissaire, est publi\u00e9e en 1886 avec une pr\u00e9face d&rsquo;Alexandre Dumas fils.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> On ne comprend pas bien qui peut \u00eatre Bibyl : un ami de Marie, comme c&rsquo;est le cas pour ce Vauvois que l&rsquo;on retrouvera plus souvent et qui lui, plus certainement, sert d&rsquo;interm\u00e9diaire en France pour r\u00e9ceptionner du courrier clandestin.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Il semblerait que la correspondance secr\u00e8te de Jacob connaisse \u00e0 nouveau quelques difficult\u00e9s. Ici il para\u00eet craindre que la S\u00fbret\u00e9 ne mette la main sur un courrier, du fait d&rsquo;une m\u00e9sentente avec sa m\u00e8re sur les destinataires de ses messages.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Jacob annonce \u00e0 sa m\u00e8re l&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un courrier par la fili\u00e8re Auguste tout en lui demandant d&rsquo;agir avec circonspection \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de Lorand et de Jacques en qui il n&rsquo;a pas confiance (voir lettre suivante).<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Ici Jacob semble demander \u00e0 sa m\u00e8re de se m\u00e9fier de deux bo\u00eetes aux lettres en lesquelles il n&rsquo;a pas confiance.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn8\" href=\"#_ftnref8\">[8]<\/a> Les probl\u00e8mes pos\u00e9s par l&rsquo;organisation de son courrier clandestin ont retard\u00e9 les projets de Jacob (une \u00e9vasion ?). Craignant l&rsquo;accroissement de la surveillance polici\u00e8re \u00e0 l&rsquo;approche de sa lib\u00e9ration de cellule, il repousse ses projets. \u00c0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse encore une fois que d&rsquo;une question de courrier parall\u00e8le.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn9\" href=\"#_ftnref9\">[9]<\/a> Craignant l&rsquo;intervention de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, \u00ab sa femme jalouse \u00bb, Jacob recommande \u00e0 sa m\u00e8re une grande prudence.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn10\" href=\"#_ftnref10\">[10]<\/a> Le journal de Gustave Herv\u00e9 aurait-il b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des reprises des Travailleurs de la nuit ? Jacob le donne ici \u00e0 penser, ce qui, encore une fois, participe de son absence de parti pris id\u00e9ologique. Pour cet \u00ab entrepreneur en d\u00e9molition \u00bb, tous ceux qui s&rsquo;attaquaient pratiquement au \u00ab vieux monde \u00bb m\u00e9ritaient ses redistributions. Cela nous parait toutefois bien improbable dans la mesure o\u00f9 le 1<sup>er<\/sup> num\u00e9ro de cette feuille socialiste r\u00e9volutionnaire et antimilitariste parait le 19 d\u00e9cembre 1906. Cela n&#8217;emp\u00eache bien \u00e9videmment pas un lien entre Jacob et Herv\u00e9 ou Almereyda, ce dernier apparaissant dans la correspondance du bagnard sous les traits de Michel.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn11\" href=\"#_ftnref11\">[11]<\/a> Jacob m\u00e9sestime sa m\u00e9moire : Hetzel, \u00e9diteur de Proudhon, banni apr\u00e8s le coup d&rsquo;\u00c9tat du 2 d\u00e9cembre, fonda en 1864 une maison d&rsquo;\u00e9dition sp\u00e9cialis\u00e9e dans la presse enfantine et les ouvrages techniques. \u00c0 sa mort en 1886, son fils reprendra la maison jusqu&rsquo;\u00e0 son rachat par Hachette en 1914<\/p>\n<p><a name=\"_ftn12\" href=\"#_ftnref12\">[12]<\/a> Pape de 1503 \u00e0 1513, il organisa la Sainte Ligue pour chasser les troupes du roi de France du nord de l&rsquo;Italie.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn13\" href=\"#_ftnref13\">[13]<\/a> Jacob ne r\u00e9int\u00e9grera finalement la d\u00e9tention \u00ab normale \u00bb que le 17 juin.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn14\" href=\"#_ftnref14\">[14]<\/a> Ne recevant pas un courrier attendu, Jacob, constatant que la surveillance dont il est l&rsquo;objet ne diminue pas malgr\u00e9 la fin prochaine de sa peine d&rsquo;encellulement, demande \u00e0 sa m\u00e8re de ne plus utiliser une fili\u00e8re qu&rsquo;il pense \u00e9vent\u00e9e.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn15\" href=\"#_ftnref15\">[15]<\/a> Jacob presse sa m\u00e8re de ne plus s&rsquo;inqui\u00e9ter sur son sort. Il lui explique aussi que sa peine de r\u00e9clusion se terminant, il va pouvoir se passer d&rsquo;interm\u00e9diaires incapables.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn16\" href=\"#_ftnref16\">[16]<\/a> Lib\u00e9r\u00e9 de r\u00e9clusion, Jacob explique \u00e0 sa m\u00e8re qu&rsquo;il lui sera plus facile de lui envoyer des nouvelles clandestines. Il lui recommande par ailleurs de redoubler de prudence par rapport \u00e0 la police.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> Normal   0         21         false   false   false      FR   X-NONE   X-NONE <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:widow-orphan;\n\tfont-size:11.0pt;\n\tfont-family:\"Calibri\",\"sans-serif\";\n\tmso-ascii-font-family:Calibri;\n\tmso-ascii-theme-font:minor-latin;\n\tmso-hansi-font-family:Calibri;\n\tmso-hansi-theme-font:minor-latin;\n\tmso-fareast-language:EN-US;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La sant\u00e9 de Marie, la sienne qui s&rsquo;am\u00e9liore malgr\u00e9 un d\u00e9but de prolapsus rectal et une printani\u00e8re grippe, des annonces de r\u00e9ceptions de colis et de salvatrices missives, des demandes d&rsquo;envoi de linge, de livres ou encore de produits pharmaceutiques, la correspondance du bagnard 34777 r\u00e9v\u00e8le pour le 1er trimestre 1912 que la vie s&rsquo;\u00e9coule [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[6,4398],"tags":[168,738,2977,50,3989,449,5222,450,5224,5223,673,5228,2978,479,478,69,2107,1866,3,4912,3508,85,675,444,5227,82,5225,170,1637,169,5226],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4142"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4142"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4142\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4142"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4142"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4142"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}