{"id":4100,"date":"2016-12-31T01:10:47","date_gmt":"2016-12-30T23:10:47","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4100"},"modified":"2016-07-12T18:50:20","modified_gmt":"2016-07-12T16:50:20","slug":"un-medecin-au-bagne-chapitre-10","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/12\/un-medecin-au-bagne-chapitre-10\/","title":{"rendered":"Un m\u00e9decin au bagne chapitre 10"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"117\" height=\"159\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 117px) 100vw, 117px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guitard-prison-envolee.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1614\" title=\"Thierry Guitard, prison, Envol\u00e9e\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guitard-prison-envolee-212x300.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"160\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guitard-prison-envolee-212x300.jpg 212w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guitard-prison-envolee.jpg 216w\" sizes=\"(max-width: 114px) 100vw, 114px\" \/><\/a>Fort de son exp\u00e9rience, le docteur Louis Rousseau a d\u00e9crit un syst\u00e8me \u00e9liminatoire sur neuf chapitres. Il s&rsquo;interroge de fait dans les pages suivantes sur les causes cette barbarie carc\u00e9rale qu&rsquo;il a pu constater en Guyane. Les chapitres 10 et 11 peuvent sonner comme une conclusion \u00e0 l&rsquo;\u00e9tude entreprise en dressant une comparaison avec les pratiques p\u00e9nitentiaires m\u00e9tropolitaines et \u00e9trang\u00e8res. L&rsquo;\u00e9cole, la lecture, le travail permettent-ils de r\u00e9g\u00e9n\u00e9rer le condamn\u00e9 dans les ge\u00f4les fran\u00e7aises\u00a0? Sur quelles bases s&rsquo;effectuent le r\u00e9gime des sanctions et le recrutement des surveillants\u00a0? Ces derniers se montrent-ils moins cruels que leurs confr\u00e8res d&rsquo;outre-Atlantique\u00a0? <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis Rousseau doit avouer en introduction sa m\u00e9connaissance du terrain. Ici donc, point de m\u00e9thode empirique mais un travail \u00e0 partir de quatre types de source \u00e9crite. Le propos du m\u00e9decin puise abondamment dans les textes de lois et les nombreux rapports des Inspecteurs G\u00e9n\u00e9raux des Services Administratifs\u00a0; il utilise tout particuli\u00e8rement celui de Roger Capart, paru au Journal Officiel en 1924. L&rsquo;apport d&rsquo;un certain nombre de reportages, ceux de Louis Roubaud en 1925 et d&rsquo;Huguette Godin en 1928 tout particuli\u00e8rement, mais aussi les t\u00e9moignages de d\u00e9tenus finissent de compl\u00e9ter le corpus de recherche du m\u00e9decin. C&rsquo;est alors une d\u00e9monstration \u00e0 charge qu&rsquo;il produit et qui r\u00e9v\u00e8le un engrenage fatal amorc\u00e9 d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge. Ainsi, le chemin semble-t-il tout trac\u00e9 de \u00ab\u00a0l&rsquo;enfance coupable\u00a0\u00bb, g\u00e9r\u00e9e par les maisons de correction, les colonies p\u00e9nitentiaires et autres patronages priv\u00e9s, au sinistre camp forestier de Charvein. La machine \u00e0 broyer et \u00e0 \u00e9liminer se met en place\u00a0; l&rsquo;anecdote dans le rapport du conseiller Alphonse Richard qui fait suite au livre-reportage de Louis Roubaud &#8211; <em>Les enfants de Ca\u00efn<\/em> &#8211; en 1925 vient le prouver en conclusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00e9pisode \u00e9difiant prouve comme l&rsquo;ensemble du chapitre 10 la participation active d&rsquo;Alexandre Jacob au livre de son ami, de son \u00ab\u00a0oncle\u00a0\u00bb Louis. Le 6 mars 1929, le journaliste Louis Roubaud \u00e9crit \u00e0 l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur, redevenu un homme libre depuis deux ans, pour lui annoncer l&rsquo;\u00e9chec des recherches qu&rsquo;il a pu entreprendre aupr\u00e8s du minist\u00e8re de la Justice afin de se procurer ce fameux rapport Richard<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[I]<\/a>. La lettre, d\u00e9pos\u00e9e dans le fonds Jacob du CIRA de Marseille est annot\u00e9e par l&rsquo;anarchiste\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Cependant malgr\u00e9 les d\u00e9marches r\u00e9it\u00e9r\u00e9es que Roubaud fit au minist\u00e8re de la justice, malgr\u00e9 l&rsquo;appui des chefs du cabinet et du ministre lui-m\u00eame, on lui r\u00e9pondit que ce rapport n&rsquo;existait pas. Et pour cause. Ce rapport du conseiller Richard est une charge des plus accablantes pour les pratiques judiciaires et p\u00e9nitentiaires fran\u00e7aises. (&#8230;) Le conseiller Richard a rempli sa mission avec objectivit\u00e9, (&#8230;). C&rsquo;est dans ce rapport qu&rsquo;est cit\u00e9 le cas d&rsquo;un gosse de dix ans, condamn\u00e9 \u00e0 onze ans de prison pour avoir vol\u00e9 &#8230;. une orange ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le projet d&rsquo;un livre commun sur le bagne est lanc\u00e9 d\u00e8s les premi\u00e8res rencontres entre les deux hommes aux \u00eeles du Salut en 1920. Transf\u00e9r\u00e9 en m\u00e9tropole en 1925, \u00a0l&rsquo;ancien bagnard passe par les centrales de Rennes et Melun avant de terminer \u00e0 Fresnes sa peine de r\u00e9clusion en d\u00e9cembre 1927. Ce sont les trois prisons que mentionne Louis Rousseau dans ce chapitre sur les pratiques p\u00e9nitentiaires comme autant d&rsquo;exemples d&rsquo;un syst\u00e8me r\u00e9pressif, totalitaire et global, dont \u00ab\u00a0le but est toujours de punir le condamn\u00e9 et de l&rsquo;exploiter\u00a0\u00bb. L&rsquo;apport informatif d&rsquo;Alexandre Jacob devient \u00e9vident. Faut-il alors voir une esp\u00e8ce d&rsquo;hommage lorsque Louis Rousseau \u00e9crit \u00e0 la fin de ce chapitre\u00a0: \u00ab\u00a0Ceux qui se sauvent se sauvent tout seuls, et malgr\u00e9 le syst\u00e8me. Reconnaissons qu&rsquo;ils ont du m\u00e9rite. \u00bb\u00a0?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"112\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 112px) 100vw, 112px\" \/><\/a>Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p><strong> <\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un m\u00e9decin au bagne<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Editions Fleury, 1930, p.298-328<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>CHAPITRE X<a name=\"bookmark0\"> Vue d\u2019ensemble sur<\/a><a name=\"bookmark1\"> la Pratique P\u00e9nitentiaire Fran\u00e7aise<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e2pret\u00e9 que met l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire colo\u00adniale \u00e0 spolier le condamn\u00e9, son indiff\u00e9rence \u00e0 toute tentative de sauvetage, son hypocrite cruaut\u00e9 lui sont-elles particuli\u00e8res ? S&rsquo;expliquent-elles par la gravit\u00e9 r\u00e9elle ou conventionnelle des infractions criminelles qui motivent la transportation et le rang des Travaux forc\u00e9s dans l&rsquo;\u00e9chelle des peines afflictives et infamantes ? ou par l&rsquo;\u00e9loignement de la m\u00e9tropole et l&rsquo;insuffisance des contr\u00f4les ? Suffirait-il que le l\u00e9gislateur, renon\u00e7ant \u00e0 de vains espoirs de colonisation p\u00e9nale, maintienne en France les condamn\u00e9s aux Travaux forc\u00e9s pour que le probl\u00e8me p\u00e9nitentiaire soit r\u00e9solu ? Et, \u00e0 ce sujet, que nous donne \u00e0 penser l&rsquo;\u00e9tude du r\u00e9gime de nos \u00e9tablisse\u00adments p\u00e9nitentiaires m\u00e9tropolitains ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici je n&rsquo;ai plus d&rsquo;exp\u00e9rience personnelle. Je m&rsquo;en rap\u00adporterai d&rsquo;abord aux textes de loi, d\u00e9cret du 19 janvier 1923 sur le r\u00e9gime de l&#8217;emprisonnement individuel, d\u00e9\u00adcret du 29 juin 1923 sur celui de l&#8217;emprisonnement en commun, loi du 5 ao\u00fbt 1850 sur l&rsquo;\u00e9ducation et le patro\u00adnage des jeunes d\u00e9tenus, etc&#8230;, ensuite aux observations et aux souvenirs d&rsquo;hommes ayant subi les rigueurs des prisons, puis aux plus r\u00e9cents reportages de la presse, enfin et surtout aux rapports des inspecteurs g\u00e9n\u00e9raux des services administratifs, ins\u00e9r\u00e9s dans le Journal Officiel. A ces derniers je ferai de larges emprunts.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les inspecteurs avouent, que la plupart des directeurs des maisons centrale n&rsquo;ont gu\u00e8re d&rsquo;illusions, sur les pos\u00adsibilit\u00e9s de rel\u00e8vement des condamn\u00e9s plac\u00e9s sous leur autorit\u00e9, et font passer les consid\u00e9rations de cet ordre au dernier rang de leurs pr\u00e9occupations. C&rsquo;est avouer que la r\u00e9pression seule les occupe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est par l&rsquo;\u00e9cole, aussi bien dans les prisons d&rsquo;adul\u00adtes que chez les pupilles de l&rsquo;administration p\u00e9niten\u00adtiaire, que pourrait \u00eatre obtenu l&rsquo;amendement qui, pour la plupart des directeurs, reste illusoire. Les maisons centrales, comme aussi les prisons d\u00e9partementales et de concentration sont toutes dot\u00e9es d&rsquo;un instituteur. Cet instituteur, nous dit M. l&rsquo;Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral adjoint Capart<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[II]<\/a> \u00ab sert de secr\u00e9taire au directeur avec lequel il dirige la circonscription p\u00e9nitentiaire dont le si\u00e8ge est \u00e0 la maison centrale. C&rsquo;est lui qui pr\u00e9pare les tra\u00advaux un peu confidentiels, notices annuelles des sur\u00adveillants, correspondance avec l&rsquo;entreprise. Parfois il coop\u00e8re aux travaux du greffe, r\u00e9digeant les proposi\u00adtions de lib\u00e9ration conditionnelle et les \u00e9tats de gr\u00e2ce. Plus rarement il p\u00e9n\u00e8tre dans la d\u00e9tention et, s&rsquo;il arrive qu&rsquo;il remplisse son emploi d&rsquo;instituteur, c&rsquo;est vraiment peu fr\u00e9quent \u00bb. C&rsquo;est m\u00eame rare ajouterons-nous, et quand par hasard la classe se fait, elle r\u00e9unit \u00e0 peine vingt \u00e9l\u00e8ves dans une prison qui compte sept cents hom\u00admes. Elle a lieu de onze heures \u00e0 midi et prive les \u00e9l\u00e8ves de promenade. Elle est faite par deux d\u00e9tenus moniteurs pourvus d&rsquo;un galon vert qui per\u00e7oivent en retour une gratification de un sou par jour. L&rsquo;instituteur ne para\u00eet pas.<\/p>\n<p>Et pourtant l&rsquo;article 106 du d\u00e9cret du 19 juin 1923 prescrit l&rsquo;organisation d&rsquo;un service d&rsquo;enseignement pri\u00admaire dans toutes les maisons de concentration et re\u00adcommande que des lectures et des conf\u00e9rences morales ou instructives soient faites r\u00e9guli\u00e8rement. Un \u00e9tranger, au cours de recherches sur le droit p\u00e9nal compar\u00e9, pourrait, en \u00e9tudiant ce texte, se laisser prendre \u00e0 ce bluff, et d&rsquo;autant mieux que l&rsquo;\u00e9cole cellulaire existe en tant que local. Dans notre \u00e9tablissement mod\u00e8le elle fait m\u00eame double emploi avec, la chapelle, mais on n&rsquo;y fait jamais l&rsquo;\u00e9cole. Au reste les entrepreneurs et les confectionnaires ne louent pas les d\u00e9tenus pour qu&rsquo;une partie de leur temps, soustraite au travail, soit destin\u00e9e \u00e0 des fins morales ou \u00e9ducatives. Ce serait une perte de temps.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;\u00e9ducation par la lecture n&rsquo;est pas mieux comprise. Les \u00e9tablissements les plus g\u00e9n\u00e9reux accordent un livre par semaine, mais les d\u00e9tenus qui veulent accomplir leur t\u00e2che n&rsquo;ont gu\u00e8re le temps de lire, surtout en hiver. La plupart travaillent le dimanche et le bruit des coups de marteau sur l&rsquo;enclume rend p\u00e9nible la lecture \u00e0 ceux qui observent le repos dominical. Pas de livres \u00e9crits dans leur langue pour les d\u00e9tenus italiens, espagnols ou autres, qui, dans certaines maisons centrales &#8211; N\u00eemes &#8211; forment le tiers du contingent. Le choix des livres n&rsquo;est pas judicieux. \u00ab Trop de r\u00e9cits d&rsquo;aventures rocambolesques et trop de romans policiers \u00bb, dit M. l&rsquo;Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral, et il insiste \u00ab sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qui s&rsquo;attacherait \u00e0 ce que des manuels professionnels fussent mis en plus grand nombre dans les mains des condamn\u00e9s \u00bb. En somme les ouvrages des biblioth\u00e8ques p\u00e9nales sont sans int\u00e9r\u00eat \u00e9ducatif. Dans certaines maisons centrales les d\u00e9tenus qui ont acquitt\u00e9 leurs frais de justice peuvent acheter un livre apr\u00e8s avoir vers\u00e9 50 francs pr\u00e9lev\u00e9s sur le p\u00e9cule de r\u00e9serve. Encore faut-il que les bureaux du minist\u00e8re homologuent l&rsquo;autorisation du directeur. Celui-ci est toujours s\u00e9v\u00e8re. Les livres de philosophie ou de sociologie sont tous rejet\u00e9s comme subversifs. Les pasteurs remettent r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 leurs coreligionnaires des livres de science et de voyages. C&rsquo;est de cette fa\u00e7on qu&rsquo;un d\u00e9tenu put lire un jour une relation de la visite de M. G. Clemenceau \u00e0 la prison de Buenos-Ayres en 1911. Il apprit ainsi qu&rsquo;en Argentine l&rsquo;\u00e9cole \u00e9tait faite aux d\u00e9tenus par des professeurs qui professaient, pre\u00adnaient leur t\u00e2che \u00e0 c\u0153ur et obtenaient de tr\u00e8s int\u00e9res\u00adsants r\u00e9sultats. Le directeur de la prison, estimant que l&rsquo;on devait traiter les d\u00e9tenus comme des hommes, avait cr\u00e9\u00e9 un parloir-jardin, sans grilles, sans agents, tout au moins sans agents indiscrets, d&rsquo;une contenance de 1.500 personnes, tout autre chose que les parloirs de nos centrales o\u00f9 il est impossible de s&rsquo;isoler, o\u00f9 une grille s\u00e9pare, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 parents et agents, de l&rsquo;autre les d\u00e9tenus, et o\u00f9 il faut hurler pour se faire entendre. M. Clemenceau, que ces pratiques avaient vivement in\u00adt\u00e9ress\u00e9, disait qu&rsquo;en France de telles innovations \u00e9taient impossibles, la question p\u00e9nitentiaire \u00e9tant r\u00e9gie non par des consid\u00e9rations d&rsquo;\u00e9cole ou de doctrine, mais uni\u00adquement par des consid\u00e9rations budg\u00e9taires. On peut en dire autant de toutes les questions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9gime des maisons centrales comporte l&rsquo;obligation au travail. Diverses industries sont exploit\u00e9es &#8211; chaus\u00adsons, filets, chaises, meubles en rotin, pinces \u00e0 linge, espadrilles, lits en fer, boutons de nacre, galoches, sacs en papier, etc., etc&#8230; &#8211; quelquefois en r\u00e9gie directe, la plupart du temps \u00e0 l&rsquo;entreprise. Dans ce dernier cas, le tarif de la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale est fix\u00e9 apr\u00e8s entente entre l&rsquo;administration et l&rsquo;entrepreneur ou confectionnaire. Ce tarif est divis\u00e9 en deux portions. L&rsquo;une, cor\u00adrespondant \u00e0 un travail p\u00e9nal, va au Tr\u00e9sor et att\u00e9nue les frais d&rsquo;entretien du condamn\u00e9. L&rsquo;autre, les quatre dixi\u00e8mes pour les r\u00e9clusionnaires, correspondant \u00e0 un travail industriel, va au condamn\u00e9. De ces quatre dixi\u00e8\u00admes, deux vont au p\u00e9cule de r\u00e9serve et deux autres au p\u00e9cule disponible ; c&rsquo;est cette derni\u00e8re fraction du sa\u00adlaire qui permet au d\u00e9tenu d&rsquo;am\u00e9liorer par des achats en cantine son r\u00e9gime alimentaire. Si un condamn\u00e9 peut dans certaines industries<sup> <\/sup>faire 200 francs par mois, son p\u00e9cule de r\u00e9serve s&rsquo;augmentera de 40 francs pen\u00addant qu&rsquo;il disposera de 40 francs pour acheter en can\u00adtine divers objets autoris\u00e9s. Si sa peine est de cinq ans il aura pu d\u00e9penser en cantine pendant ses cinq ans 2.400 francs, et le jour de sa lib\u00e9ration, il disposera de 2.400 francs. Un r\u00e9clusionnaire est donc beaucoup plus favoris\u00e9 qu&rsquo;un for\u00e7at. Mais nous avons pris l\u00e0 un tarif relativement \u00e9lev\u00e9. En g\u00e9n\u00e9ral les tarifs de la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale sont tr\u00e8s bas eu \u00e9gard \u00e0 ceux de l&rsquo;industrie libre. Les chambres syndicales ont pourtant protest\u00e9 contre la concurrence faite au travailleur libre par les maisons centrales. Elles ont demand\u00e9 que le d\u00e9\u00adtenu ne touche jamais un salaire inf\u00e9rieur aux deux tiers du salaire libre de l&rsquo;industrie similaire et que l&rsquo;Etat majore du tiers restant ses prix de vente. Ces demandes n&rsquo;ont pas eu de suite. D&rsquo;autre part les commissions des prisons et les inspecteurs ont souvent appel\u00e9 l&rsquo;attention des pouvoirs publics sur l&rsquo;int\u00e9r\u00eat qu&rsquo;il y aurait \u00e0 faire encaisser par le Tr\u00e9sor les b\u00e9n\u00e9fices actuellement effec\u00adtu\u00e9s par les confectionnaires, \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser la r\u00e9gie com\u00adme mode de gestion et, quand le travail se fait \u00e0 l&rsquo;en\u00adtreprise, \u00e0 augmenter les tarifs, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 louer plus cher la main-d&rsquo;\u0153uvre p\u00e9nale \u00e0 ses habituels exploitants. Ceux-ci d\u00e9fendent \u00e2prement leurs int\u00e9r\u00eats qui s&rsquo;oppo\u00adsent \u00e0 ceux de l&rsquo;Etat et du condamn\u00e9. Un arr\u00eat\u00e9 du 15 avril 1882 prescrit d&rsquo;\u00e9tablir d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le prix de la main-d&rsquo;\u0153uvre libre, le rendement et les frais g\u00e9n\u00e9raux dans l&rsquo;industrie libre, de l&rsquo;autre le rendement et les frais g\u00e9n\u00e9raux dans l&rsquo;industrie p\u00e9nitentiaire ; de l\u00e0 se d\u00e9duit par un calcul simple le prix de la main-d&rsquo;\u0153uvre \u00e0 payer dans la prison. Mais l&rsquo;application restreinte de cette r\u00e9glementation a eu pour r\u00e9sultat de maintenir ind\u00e9finiment des tarifs provisoires auxquels on demande d&rsquo;assurer tout juste aux d\u00e9tenus la possibilit\u00e9 de mai\u00adgres achats en cantine, sans se pr\u00e9occuper de ce que ceux-ci recevraient dans l&rsquo;industrie libre pour un travail similaire. De la sorte les tarifs d&rsquo;avant-guerre, qui \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 bas, ont \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s peu augment\u00e9s et leur mo\u00addeste ascension est loin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 parall\u00e8le \u00e0 celle des tarifs de l&rsquo;industrie libre. Ils furent pourtant augment\u00e9s. Par exemple un d\u00e9tenu t\u00e2ch\u00e9 \u00e0 4 fr.50 par jour en 1926 eut sa t\u00e2che port\u00e9e \u00e0 6 francs en 1927. C&rsquo;est le moins qui pouvait se produire. Le prix de la vie aug\u00admentant sans cesse, l&rsquo;administration et l&rsquo;entreprise se virent oblig\u00e9es de porter l&rsquo;autorisation d&rsquo;acheter en can\u00adtine de 2 fr.25. \u00e0 4 fr.50 par jour. Les 6 francs de t\u00e2che comportant une recette quotidienne de 1 fr.50 au p\u00e9cule disponible, le d\u00e9tenu avec ses trente sous reste encore loin de pouvoir jouir de l&rsquo;autorisation d&rsquo;acheter pour 4 fr.50 de marchandises. En fin de compte, il est moins pay\u00e9 qu&rsquo;avant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/prison-de-fresnes.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-271\" title=\"prison-de-fresnes\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/prison-de-fresnes.jpg\" alt=\"la prison de Fresnes\" width=\"174\" height=\"109\" \/><\/a>Contre l&rsquo;augmentation des tarifs les confectionnaires luttent par tous les moyens. Ils arguent du prix de leur outillage, font valoir que la journ\u00e9e de travail qui \u00e9tait, de dix \u00e0 douze heures avant la guerre n&rsquo;est plus aujour\u00add&rsquo;hui que de six \u00e0 sept heures, se plaignent aussi des interruptions incessantes du travail : c&rsquo;est la visite m\u00e9\u00addicale \u00e0 laquelle est venu s&rsquo;ajouter depuis 1922 le trai\u00adtement sp\u00e9cial antiv\u00e9n\u00e9rien ; c&rsquo;est le pr\u00e9toire, le parloir, l&rsquo;\u00e9cole, la douche, la toilette, la distribution de caf\u00e9, la coupe des cheveux et le rasage des d\u00e9tenus. Enfin ils pr\u00e9tendent, \u00e0 tort ou \u00e0 raison, que l&rsquo;administration re\u00adtire des ateliers pour les mettre au service g\u00e9n\u00e9ral &#8211; travaux en r\u00e9gie, vestiaire, lingerie, literie, infirmerie, cantine et entretien des b\u00e2timents &#8211; les d\u00e9tenus les meilleurs. Tout cela, ce sont de mauvaises raisons. Plus leur outillage est perfectionn\u00e9, plus intense est le ren\u00addement qu&rsquo;ils obtiennent. La journ\u00e9e de travail varie, suivant les maisons centrales, de 8 heures \u00e0 9 heures en \u00e9t\u00e9 et de 8 heures \u00e0 8 h. 30 en hiver. La visite m\u00e9di\u00adcale a lieu trois fois par semaine dans une prison, tous les jours dans une autre, et en g\u00e9n\u00e9ral de 9 heures \u00e0, 10 heures du matin. Elle se fait \u00e0 toute vitesse et les d\u00e9tenus, aussit\u00f4t visit\u00e9s, r\u00e9int\u00e8grent l&rsquo;atelier. Le traitement v\u00e9n\u00e9rien appliqu\u00e9 \u00e0 8 ou 10 % de l&rsquo;effectif est vivement op\u00e9r\u00e9. Le parloir a lieu le dimanche, matin et soir. Il est ouvert une fois dans la semaine, de 10 heures \u00e0 midi, et le d\u00e9tenu n&rsquo;y s\u00e9journe que vingt minutes. L&rsquo;\u00e9cole, quand elle se fait, se fait pendant l&rsquo;heure de la promenade, \u00e0 3 % \u00e0 peine de l&rsquo;effectif. Pour \u00e9conomiser le temps, le caf\u00e9 se distribue \u00e0 l&rsquo;atelier. A l&rsquo;atelier aussi sont faites, par deux ou trois d\u00e9tenus perruquiers, les coupes de cheveux et de barbes, car le dimanche ne suffirait pas \u00e0 tondre et raser tout l&rsquo;\u00e9tablissement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quoiqu&rsquo;il en soit, l&rsquo;administration n&rsquo;a jamais eu la vo\u00adlont\u00e9 ou l&rsquo;autorit\u00e9 suffisante pour obtenir des confec\u00adtionn\u00e2mes des conditions d&rsquo;entreprise plus avantageuses pour l&rsquo;Etat et les d\u00e9tenus. Comment d&rsquo;ailleurs pourrait-elle poursuivre la r\u00e9vision des tarifs d&rsquo;entreprise puisqu&rsquo;elle-m\u00eame n\u00e9glige de r\u00e9viser ses propres tarifs ? Il arrive m\u00eame que dans les ateliers de la r\u00e9gie, les tarifs sont inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux des entreprises, et que le travail dans ces ateliers soit consid\u00e9r\u00e9 par les d\u00e9tenus comme une d\u00e9faveur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois la t\u00e2che \u00e9tablie par l&rsquo;administration, d&rsquo;accord avec le confectionnaire, il faut, bien entendu, que le condamn\u00e9 l&rsquo;accomplisse. Les d\u00e9fauts de t\u00e2che donnent lieu \u00e0 des sanctions diverses. \u00ab Dans la plupart des cas les facilit\u00e9s d&rsquo;achat en cantine sont restreintes pour les d\u00e9faillants \u00bb, se contente de dire M. Breton, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral adjoint dans son rapport publi\u00e9 au Journal Offi\u00adciel du 3 novembre 1925. C&rsquo;est exact, mais incomplet, car l&rsquo;inspecteur ne dit pas comment s&rsquo;op\u00e8re tr\u00e8s sou\u00advent la restriction. Bien qu&rsquo;aucune disposition n&rsquo;auto\u00adrise les directeurs \u00e0 pr\u00e9lever des amendes sur le pro\u00adduit du travail des d\u00e9tenus, tous les directeurs le font. Reprenons notre d\u00e9tenu t\u00e2ch\u00e9 \u00e0 6 francs par jour. Si \u00e0 la fin du mois il n&rsquo;a pas produit une somme \u00e9gale \u00e0 6 multipli\u00e9 par le nombre de jours ouvrables, c&rsquo;est-\u00e0-dire 150 francs, et n&rsquo;a par exemple atteint que 120 francs le directeur pr\u00e9l\u00e8vera non sur le p\u00e9cule global, mais sur le seul p\u00e9cule disponible la somme de 30 francs au profit du Tr\u00e9sor. Son p\u00e9cule disponible, c&rsquo;est-\u00e0-dire son gain mensuel utilisable de 37 fr.50 est r\u00e9duit \u00e0 7 fr.50. C&rsquo;est peu quand, d&rsquo;autre part, on est autoris\u00e9 \u00e0 acheter 4 fr.50 de vivres en cantine par jour. Ces amendes sont fr\u00e9quentes. Elles ont frapp\u00e9 quelquefois des individus qui, dans la suite, ont \u00e9t\u00e9 reconnus inca\u00adpables d&rsquo;accomplir leur t\u00e2che.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tout ceci montre bien que, pas plus que dans la peine des travaux forc\u00e9s, le but r\u00e9\u00e9ducateur du travail n&rsquo;est ici poursuivi. Le profit du Tr\u00e9sor, la diminution des charges de l&rsquo;Etat et les b\u00e9n\u00e9fices des confectionnaires, pr\u00e9occupent seuls une administration pour laquelle le travail p\u00e9nal est avant tout un moyen disciplinaire, une punition. Tout ce qu&rsquo;on peut dire c&rsquo;est que les conditions du travail p\u00e9nal sont moins dures qu&rsquo;au ba\u00adgne, que la punition est moins s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Voyons maintenant dans quel esprit ont \u00e9t\u00e9 institu\u00e9es les sanctions disciplinaires et les r\u00e9compenses, et surtout dans quel esprit sont appliqu\u00e9es ces sanctions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e8glements imposent la tenue quotidienne du pr\u00e9\u00adtoire. Cette r\u00e8gle n&rsquo;est pas suivie. Dans telle maison cen\u00adtrale il n&rsquo;y a pr\u00e9toire qu&rsquo;une fois la semaine ; c&rsquo;est deux fois \u00e0 la prison mod\u00e8le de Melun. \u00ab Il importe d&rsquo;\u00e9viter &#8211; je cite maintenant le rapport de M. Capart, inspecteur g\u00e9n\u00e9ral adjoint &#8211; que la pr\u00e9vention ne se prolonge dans une attente injustifi\u00e9e, surtout lorsqu&rsquo;il y a envoi en cellule imm\u00e9diat. Le principe pos\u00e9 que toute infraction commise doit \u00eatre jug\u00e9e dans les vingt-quatre heures demeure aussi imp\u00e9rieux que par le pass\u00e9&#8230; Les r\u00e9clamations des d\u00e9tenus portent parfois sur la difficult\u00e9 qu&rsquo;ils \u00e9prouvent \u00e0 se justifier, \u00e9tant donn\u00e9e la rapidit\u00e9 avec laquelle sont men\u00e9es ces audiences&#8230; Le d\u00e9tenu comparant doit pouvoir faire entendre ses expli\u00adcations.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour ce qui est des audiences de r\u00e9clamations&#8230; nous avons eu l&rsquo;occasion de constater dans une maison cen\u00adtrale du Nord-Ouest que les d\u00e9tenus devaient d&rsquo;abord solliciter du directeur, par lettre, l&rsquo;autorisation de se pr\u00e9senter \u00e0 l&rsquo;audience du samedi et exposer en m\u00eame temps le motif de leur demande. Souvent un \u00ab sans objet \u00bb supprimait pour ce d\u00e9tenu le droit qu&rsquo;il tient des r\u00e8glements. Il convient que la comparution du r\u00e9\u00adclamant soit effective&#8230; ; il est de plus d\u00e9sirable qu&rsquo;elle soit individuelle, c&rsquo;est-\u00e0-dire isol\u00e9e. Or cela n&rsquo;existe que dans peu de maisons et seulement sur une demande sp\u00e9ciale du d\u00e9tenu, qui masque souvent une d\u00e9noncia\u00adtion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La discipline varie d&rsquo;un \u00e9tablissement \u00e0 l&rsquo;autre, sui\u00advant les conceptions des directeurs ; les uns ne voient dans la sanction que le c\u00f4t\u00e9 r\u00e9pressif, d&rsquo;autres, par une plus subtile gradation des punitions, par la pratique des sursis, plus que par la rigueur de la sanction, esp\u00e8rent trouver un revirement de conscience chez les punis. Les uns comptent sur 1&rsquo;harassement physique qui r\u00e9\u00adsulte du s\u00e9jour \u00e0 la salle de discipline, d&rsquo;autres ont foi dans une influence moralisatrice de l&rsquo;isolement cellu\u00adlaire, les uns punissent par la privation de nourriture, les autres par la suppression des envois d&rsquo;argent, nous avons m\u00eame constat\u00e9 qu&rsquo;un directeur avait plac\u00e9 l&rsquo;amende au profit du Tr\u00e9sor au premier rang des sanc\u00adtions distribu\u00e9es dans sa maison&#8230; Punir d&rsquo;une amende de 10 francs un d\u00e9tenu sur lequel a \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 un crayon ne nous semble pas devoir \u00eatre un exemple \u00e0 g\u00e9n\u00e9raliser \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces remarques de l&rsquo;inspecteur ont besoin d&rsquo;\u00eatre com\u00adpl\u00e9t\u00e9es. Il faut voir l&rsquo;esprit dans lequel est accord\u00e9 le sursis dans les rares prisons o\u00f9 il est accord\u00e9. C&rsquo;est toujours l&rsquo;utilit\u00e9 qui r\u00e9git l&rsquo;octroi du sursis, non la morale, et c&rsquo;est toujours un homme dont la pr\u00e9sence est utile \u00e0 l&rsquo;atelier qui en b\u00e9n\u00e9ficie. Par exemple un d\u00e9tenu porteur d&rsquo;une cigarette se voit inflig\u00e9 quarante-cinq jours de cellule ; un autre d\u00e9tenu commet une tentative d&rsquo;ho\u00admicide avec pr\u00e9m\u00e9ditation et guet-apens caract\u00e9ris\u00e9 sur un de ses camarades d&rsquo;atelier, fait vingt-deux jours de cellule et repara\u00eet \u00e0 l&rsquo;atelier parce que bon ouvrier typographe. Cela juge un syst\u00e8me. Quant aux amendes ce n&rsquo;est pas un, mais presque tous les directeurs qui les infligent, non pas dans les cas de d\u00e9gradation ou de d\u00e9t\u00e9rioration des mati\u00e8res, ce qui est r\u00e9gulier, mais hors de propos.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il est \u00e9quitable, continue l&rsquo;inspecteur, de sanction\u00adner plus l\u00e9g\u00e8rement les bavardages \u00e0 l&rsquo;atelier ou sur les pr\u00e9aux qu&rsquo;aux dortoirs o\u00f9 la possibilit\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9sor\u00addre justifie une r\u00e9pression plus rigoureuse qui va sou\u00advent, en r\u00e9alit\u00e9, jusqu&rsquo;\u00e0 la punition de la salle de dis\u00adcipline. On doit souhaiter que les privations d&rsquo;ordre alimentaire soient appliqu\u00e9es judicieusement&#8230; et qu&rsquo;il ne soit recouru que mod\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la mise au pain sec, le d\u00e9tenu devant conserver une certaine force physique pour continuer son travail&#8230; Rappelons que les instruc\u00adtions minist\u00e9rielles n&rsquo;ont pr\u00e9vu la mise au pain sec que pour trois jours cons\u00e9cutifs. Si la punition s&rsquo;\u00e9tend \u00e0 un plus grand nombre de jours&#8230; il doit exister une inter\u00adruption de la punition le quatri\u00e8me jour&#8230; \u00bb Plus loin l&rsquo;inspecteur rappelle aux agents \u00ab qu&rsquo;ils ne doivent porter la main sur les d\u00e9tenus que pour s&rsquo;assurer de leur personne et s&rsquo;ils font mine de r\u00e9sister. Toute vio\u00adlence est express\u00e9ment interdite \u00bb. L&rsquo;inspecteur n&rsquo;en dit pas plus long sur ce sujet. Il en aurait sans doute long \u00e0 dire, car s&rsquo;il est exact que certains directeurs &#8211; Melun ces derni\u00e8res ann\u00e9es par exemple &#8211; se mon\u00adtrent intraitables sur la question des s\u00e9vices, il est d&rsquo;au\u00adtre part av\u00e9r\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 Poissy on assomme, qu&rsquo;\u00e0 Riom on \u00e9reinte, qu&rsquo;\u00e0 N\u00eemes on cogne, qu&rsquo;\u00e0 Fresnes on passe \u00e0 tabac et qu&rsquo;\u00e0 Thouars on a fait encore mieux. Les di\u00adrecteurs ou gardiens chefs qui interdisent les s\u00e9vices de cet ordre sont des exceptions. Notons qu&rsquo;aux termes des prisons affect\u00e9es \u00e0 l&#8217;emprisonnement individuel il est interdit \u00e0 tous les employ\u00e9s et agents de l&rsquo;Adminis\u00adtration p\u00e9nitentiaire de se livrer \u00e0 des actes de violence sur les d\u00e9tenus. Ce texte pr\u00e9voit dans ce cas les sanc\u00adtions qui rel\u00e8vent des articles 309 et suivants du Code p\u00e9nal. Sous la troisi\u00e8me R\u00e9publique il n&rsquo;y eut jamais d&rsquo;agents condamn\u00e9s. En 190.., le surveillant-chef et le greffier de la maison d&rsquo;arr\u00eat de Toulon, accus\u00e9s par deux gendarmes qui avaient conduit \u00e0 cette prison un d\u00e9tenu bien portant d&rsquo;avoir tu\u00e9 ce d\u00e9tenu, furent tra\u00adduits pour meurtre volontaire devant les assises du Var. Ils furent acquitt\u00e9s. Les deux agents reprirent leurs fonctions dans une autre prison. Ils avaient tu\u00e9 le d\u00e9\u00adtenu dans un cachot. Le rapport du m\u00e9decin-l\u00e9giste \u00e9tait accablant. Les agents assassins, beaucoup plus ra\u00adres qu&rsquo;en Guyane, sont toujours impunis ici comme l\u00e0- bas. L&rsquo;autorit\u00e9 croit se renforcer en excusant l&rsquo;homi\u00adcide commis par son repr\u00e9sentant sur son ressortissant, par le sup\u00e9rieur sur l&rsquo;inf\u00e9rieur.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;inspecteur critique la mani\u00e8re dont se fait la punition de la salle de discipline. Le lecteur conna\u00eet cette punition, nous l&rsquo;avons d\u00e9crite au d\u00e9but de ce travail ; nous avons dit que le l\u00e9gislateur de 1925 l&rsquo;avait ray\u00e9e de la pratique p\u00e9nitentiaire coloniale. Nous formons ici le souhait que la pratique m\u00e9tropolitaine, en atten\u00addant une heureuse m\u00e9tamorphose, se d\u00e9barrasse de ce proc\u00e9d\u00e9 barbare et inefficace de dressage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Puis il passe \u00e0 la cellule. Cette punition, dit-il, \u00ab n&rsquo;est g\u00e9n\u00e9ralement redout\u00e9e que parce qu&rsquo;elle en\u00adtra\u00eene la mise au pain sec trois jours sur quatre ; mais prolong\u00e9e dans des conditions restrictives, elle peut d\u00e9\u00adterminer chez les d\u00e9tenus un affaiblissement g\u00e9n\u00e9ral ou une c\u00e9r\u00e9bralit\u00e9 morbide qu&rsquo;il convient de pr\u00e9venir en faisant examiner tr\u00e8s attentivement et \u00e0 des inter\u00advalles rapproch\u00e9s ces punis par le m\u00e9decin. Cependant lorsque le m\u00e9decin prescrit dans tous les cas le r\u00e9ta\u00adblissement des vivres apr\u00e8s un mois de cellule (un directeur peut en infliger trois), nous estimons que cette g\u00e9n\u00e9ralisation est excessive. C&rsquo;est affaire de cons\u00adtitution physique pour chacun des d\u00e9tenus et non une question de principe ; cette bienveillance appliqu\u00e9e automatiquement enl\u00e8ve \u00e0 la peine son principal carac\u00adt\u00e8re r\u00e9pressif et risque d&rsquo;en diminuer l&rsquo;exemplarit\u00e9 \u00bb. En somme, cet inspecteur voudrait qu&rsquo;on affam\u00e2t, sans trop affamer. Sait-il bien ce qu&rsquo;il veut ? Cette partie de son rapport est tr\u00e8s faible. Cette croyance na\u00efve que l&rsquo;on peut atteindre chez un homme un \u00e9tat de faim, une sorte de seuil de besoin de l&rsquo;estomac, assez doulou\u00adreux pour punir, pas assez vif toutefois pour compro\u00admettre la sant\u00e9, comment s&rsquo;\u00e9tonner de la rencontrer chez un homme qui poss\u00e8de sans doute de vastes con\u00adnaissances de droit et d&rsquo;administration mais aucun principe de biologie ? Ne l&rsquo;avons-nous pas rencontr\u00e9e chez M. L\u00e9veill\u00e9, professeur de droit criminel ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-bagne-6-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3046\" title=\"porte de prison, Assiette au Beurre, Bagne, 1907\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-bagne-6-copier-203x300.jpg\" alt=\"\" width=\"106\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-bagne-6-copier-203x300.jpg 203w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-bagne-6-copier.jpg 391w\" sizes=\"(max-width: 106px) 100vw, 106px\" \/><\/a>D&rsquo;autre part l&rsquo;inspecteur exprime la crainte que l&rsquo;ab\u00adsence du chauffage central dans la plupart de nos pri\u00adsons ne fasse h\u00e9siter les directeurs \u00e0 punir de cellule en hiver les d\u00e9tenus qui ont commis de graves infrac\u00adtions \u00e0 la discipline. Les directeurs n&rsquo;h\u00e9sitent pas tous et la punition de cellule en hiver est un v\u00e9ritable sup\u00adplice du froid. La promenade des punis de cellule a lieu tous les deux jours, c&rsquo;est la r\u00e8gle, mais dure trente minutes \u00e0 peine au lieu d&rsquo;une heure comme il est pres\u00adcrit. Le m\u00e9decin ne visite jamais les d\u00e9tenus dans leurs cellules comme le veut l&rsquo;article 69 du d\u00e9cret du 19 jan\u00advier 1923. Ajoutons enfin que l&rsquo;occlusion de la fen\u00eatre par un volet plein, qui est une aggravation pr\u00e9vue de la punition de cellule est pratiqu\u00e9e par syst\u00e8me dans certaines maisons (Fresnes).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour terminer cet examen des sanctions disciplinai\u00adres redonnons la parole \u00e0 l&rsquo;Inspecteur : \u00ab\u00a0&#8230; Outre les cellules proprement dites, il subsiste encore dans les maisons centrales des cachots situ\u00e9s g\u00e9n\u00e9ralement au sous-sol. Ce sont des pi\u00e8ces parfois sans air ni lumi\u00e8re, tr\u00e8s humides et, pour ainsi dire, jamais utilis\u00e9es. Nous estimons que le temps est pass\u00e9 de ces rigueurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quant \u00e0 la mise aux fers, cette p\u00e9nalit\u00e9 a disparu des maisons centrales sauf dans des circonstances tr\u00e8s exceptionnelles de r\u00e9bellion. Un inspecteur g\u00e9n\u00e9ral a pu constater ainsi\u00bb que les cachots d&rsquo;un \u00e9tablissement qu&rsquo;il a visit\u00e9 comportent encore, fix\u00e9 au mur un cram\u00adpon de fer destin\u00e9 \u00e0 attacher le puni \u00e0 la cha\u00eene. Il y est quelquefois recouru pour une p\u00e9riode de sept ou huit jours \u00bb. L&rsquo;inspecteur reconna\u00eet donc que la peine des fers est appliqu\u00e9e et c&rsquo;est moins exceptionnellement qu&rsquo;il le dit. Il termine son rapport sur les sanctions disciplinaires par cette phrase : \u00ab Nous nous \u00e9levons avec force contre son application (la peine des fers) \u00e0 des d\u00e9tenus suspects d&rsquo;ali\u00e9nation mentale, dont la place est, non pas au quartier disciplinaire mais \u00e0 l&rsquo;infirmerie \u00bb. Et nous, nous pensons que la mise aux fers devrait \u00eatre prohib\u00e9e en France comme elle l&rsquo;est en Guyane depuis 1925.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9compenses &#8211; article 70 du d\u00e9cret &#8211; sont comme les punitions, d&rsquo;ordre alimentaire. Il y a cepen\u00addant l&rsquo;autorisation d&rsquo;acheter des livres, de porter des souliers vous appartenant trois mois avant la lib\u00e9ration et de conserver dans sa cellule des photographies de famille. Les r\u00e9compenses usuelles sont d&rsquo;acheter en cantine un demi-litre de vin, ou encore de pr\u00e9lever sur le p\u00e9cule en r\u00e9serve, ou de recevoir de l&rsquo;argent de sa fa\u00admille pour faire des achats en cantine. Ces autorisa\u00adtions sont largement donn\u00e9es : elles font l&rsquo;affaire de l&rsquo;entrepreneur ou de l&rsquo;\u00e9conomat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il y a aussi des galons de conduite qui s&rsquo;obtiennent apr\u00e8s six mois sans punition et des galons de travail attribu\u00e9s apr\u00e8s six mois sans d\u00e9faut de t\u00e2che. \u00ab Dans certaines maisons, dit l&rsquo;inspecteur, les titulaires des ga\u00adlons mangent au r\u00e9fectoire \u00e0 une table sp\u00e9ciale, par opposition aux punis de pain sec, s\u00e9par\u00e9s aussi du reste des autres condamn\u00e9s et nous avons trouv\u00e9 un directeur qui envisage le moyen d&rsquo;autoriser les d\u00e9tenus deux fois galonn\u00e9s \u00e0 manger dans des assiettes de fa\u00efence au lieu de la gamelle de m\u00e9tal \u00bb. L&rsquo;inspecteur ne bl\u00e2me pas ces proc\u00e9d\u00e9s. Nous estimons que ce sont l\u00e0 des r\u00e9com\u00adpenses appropri\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de l&rsquo;\u00e9cole maternelle. Si on r\u00e9glementait que tout d\u00e9tenu qui, dans le mois, a at\u00adteint tel chiffre de salaire verra sa peine r\u00e9duite de tant de semaines, j&rsquo;ai id\u00e9e que cette r\u00e9compense-l\u00e0 se\u00adrait autrement stimulante et autrement utile \u00e0 la so\u00adci\u00e9t\u00e9 que les sottises du r\u00e8glement actuel.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Dans un autre ordre d&rsquo;id\u00e9es, poursuit l&rsquo;inspecteur, nous avons constat\u00e9 la distribution de rations suppl\u00e9\u00admentaires, un ou deux jours par semaine, quelquefois plus, suivant les galons ; nous ne nous \u00e9levons pas contre une d\u00e9cision de cette nature quoiqu&rsquo;elle cons\u00adtituerait, si elle se g\u00e9n\u00e9ralisait, une d\u00e9pense pour le Tr\u00e9sor ; encore faudrait-il cependant que l&rsquo;administra\u00adtion centrale autoris\u00e2t l&rsquo;introduction de semblables fa\u00adveurs, mais nous ne saurions l&rsquo;approuver lorsque les gamelles suppl\u00e9mentaires sont prises sur la part nor\u00admale des d\u00e9tenus \u00bb. L&rsquo;inspecteur reconna\u00eet donc la fa\u00e7on d\u00e9lictueuse dont l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire gra\u00adtifie les d\u00e9tenus. Quand elle en emploie un ou plu\u00adsieurs pour ses besoins et qu&rsquo;elle veut les gratifier elle leur donne des quarts de vin de rabiot, ce qui est un vol au pr\u00e9judice de ceux qui ont command\u00e9 du vin en cantine, ou bien une double ration normale ce qui est toujours un vol au pr\u00e9judice de l&rsquo;ensemble des d\u00e9tenus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Enfin il est encore un moyen pour l&rsquo;administration de reconna\u00eetre la bonne volont\u00e9 des d\u00e9tenus, c&rsquo;est de leur attribuer des postes de faveur : elle cr\u00e9e alors des pr\u00e9v\u00f4ts, charg\u00e9s de l&rsquo;\u00e9cole ou de la surveillance des dortoirs. Ces pr\u00e9v\u00f4ts pay\u00e9s un sou par jour et gratifi\u00e9s aux d\u00e9pens de leurs co-d\u00e9tenus rappellent les porte-cl\u00e9s du bagne guyanais.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le plus s\u00fbr stimulant pour les d\u00e9tenus suscepti\u00adbles de comprendre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de se bien conduire pen\u00addant leur s\u00e9jour en maison centrale, ce serait encore, dit M. l&rsquo;Inspecteur Capart, la perspective de la lib\u00e9ra\u00adtion conditionnelle&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8230;Toutefois, dans les conditions actuelles, le m\u00e9ca\u00adnisme de la lib\u00e9ration conditionnelle est imparfait. Les patronages n&rsquo;existent gu\u00e8re, \u00e0 vrai dire, aupr\u00e8s des maisons centrales, et la plupart des d\u00e9tenus arrivant \u00e0 la moiti\u00e9 de leur peine se trouvent dans l&rsquo;impossibi\u00adlit\u00e9 de se procurer le certificat de travail \u00e0 la sortie, qui est r\u00e9guli\u00e8rement indispensable pour que le dossier soit transmis au Minist\u00e8re&#8230; Dans telle maison centrale d&rsquo;un effectif de 700 d\u00e9tenus, 250 se trouvant \u00e0 moiti\u00e9 peine n&rsquo;ont pu \u00eatre propos\u00e9s au minist\u00e8re pour cette raison \u00bb. A ces remarques de l&rsquo;inspecteur nous ajouterons que, en fait, il n&rsquo;y a pas plus de huit pour cent de lib\u00e9rations conditionnelles dans une prison comme Melun, et que la moiti\u00e9 au moins de ceux qui en b\u00e9n\u00e9ficient l&rsquo;obtiennent par des moyens de haute protection ou p\u00e9cuniaire. C&rsquo;est deux mille francs par ann\u00e9e. Pour b\u00e9n\u00e9ficier de cinq ann\u00e9es il faut verser dix mille francs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 les progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9s depuis quelques ann\u00e9es dans l&rsquo;hygi\u00e8ne des prisons, beaucoup reste \u00e0 faire dans ce domaine. Dans plusieurs maisons centrales les dor\u00adtoirs sont d\u00e9pourvus de lavabos et le lavage des con\u00addamn\u00e9s a lieu \u00e0 l&rsquo;atelier, h\u00e2tif et fragmentaire. Si un d\u00e9tenu arrive \u00e0 la prison sans le sou, il lui faudra quel\u00adquefois travailler tout un mois pour pouvoir, les comp\u00adtes arr\u00eat\u00e9s, en toucher quelques-uns. Sans argent, pas de savon. C&rsquo;est donc le r\u00e9gime de la crasse, car la plu\u00adpart des travaux sont salissants. Assur\u00e9ment les cellu\u00adles sont vastes, bien \u00e9clair\u00e9es, munies de water-closets \u00e0 eau courante dans certaines maisons cellulaires. Il faudrait du savon.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La composition du r\u00e9gime alimentaire &#8211; article 71 du d\u00e9cret &#8211; est fix\u00e9e par l&rsquo;administration. Il com\u00adporte deux r\u00e9gimes gras par semaine. La nourriture, meilleure que celle du bagne guyanais, n&rsquo;est ni bonne, ni saine. Les restes ferment\u00e9s de la veille sont toujours m\u00e9lang\u00e9s avec la soupe du jour. Les l\u00e9gumes secs, hari\u00adcots et lentilles, mac\u00e8rent un jour entier avant d&rsquo;\u00eatre mis \u00e0 cuire, mauvaise pratique qui amorce les fermentations et rend leur digestion difficile. Le pain est le plus souvent mal cuit. Les d\u00e9tenus reconnaissent que les vivres de cantine sont en g\u00e9n\u00e9ral de bonne qualit\u00e9, mais tout ce qui devrait \u00eatre distribu\u00e9 chaud, le rago\u00fbt par exemple, est toujours distribu\u00e9 froid. Enfin il est cons\u00adtant que de petits vols soient commis entre la cuisine et la cellule du d\u00e9tenu pendant la distribution. C&rsquo;est peu de chose \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qui se passe en Guyane.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La literie des d\u00e9tenus est bonne. Le vestiaire d&rsquo;hiver est dans la plupart des maisons centrales en tr\u00e8s mauvais \u00e9tat. Signalons en passant le port obligatoire du capu\u00adchon pour les condamn\u00e9s cellulaires. Cette mesure a pour but de pr\u00e9venir les communications visuelles entre d\u00e9tenus. Certains directeurs ne suivent pas cette mesure &#8211; Rennes. L\u00e0 o\u00f9 elle est suivie, elle n&rsquo;est pas appliqu\u00e9e rigoureusement et manque son but. Elle est un pr\u00e9texte \u00e0 punitions et caricature le d\u00e9tenu sans aucune utilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Je suis peu renseign\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9tat sanitaire de nos pri\u00adsons m\u00e9tropolitaines. Les inspecteurs se plaignent de la rapidit\u00e9 avec laquelle les m\u00e9decins passent la visite et de leurs irr\u00e9gularit\u00e9s. Il me semble que la visite en vitesse est une n\u00e9cessit\u00e9 du r\u00e9gime tel qu&rsquo;il est compris par les directeurs. Quand il y a soixante malades \u00e0 la visite, si le m\u00e9decin consacrait trois minutes \u00e0 l&rsquo;examen de cha\u00adcun, les inspecteurs eux-m\u00eames s&rsquo;\u00e9l\u00e8veraient contre la perte de temps et le m\u00e9decin ne se contenterait plus d&rsquo;un traitement de 2.500 francs, m\u00eame avec l&rsquo;espoir si r\u00e9confortant pour quelques-uns d&rsquo;entre eux, d&rsquo;\u00eatre un jour honor\u00e9 d&rsquo;une d\u00e9coration. Retenons ce fait signal\u00e9 par l&rsquo;inspecteur : \u00ab La mortalit\u00e9 dans les maisons cen\u00adtrales est remarquable par la place terrifiante qu&rsquo;y prend la tuberculose \u00bb, et notons comme un progr\u00e8s int\u00e9res\u00adsant l&rsquo;institution dans nos prisons de la prophylaxie v\u00e9\u00adn\u00e9rienne.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour terminer cette \u00e9tude r\u00e9sum\u00e9e du r\u00e9gime des prisons m\u00e9tropolitaines, je voudrais permettre au lecteur \u00e0 qui j&rsquo;ai montr\u00e9 ce qu&rsquo;\u00e9tait le personnel p\u00e9nitentiaire colonial de se faire une id\u00e9e du personnel m\u00e9tropoli\u00adtain. Dans ce but, je ne saurais mieux faire que citer encore le tr\u00e8s instructif rapport de l&rsquo;inspecteur g\u00e9n\u00e9ral adjoint auquel j&rsquo;ai d\u00e9j\u00e0 tant emprunt\u00e9 :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La l\u00e9gislation des emplois r\u00e9serv\u00e9s \u00bb &#8211; aux anciens militaires et aux mutil\u00e9s de guerre &#8211; \u00ab int\u00e9resse l&rsquo;ad\u00administration p\u00e9nitentiaire tant au point de vue du per\u00adsonnel administratif, qui doit y puiser les quatre cin\u00adqui\u00e8mes de ses commis et la moiti\u00e9 de ses instituteurs, qu&rsquo;au point de vue du personnel de surveillance, r\u00e9serv\u00e9 en totalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arm\u00e9e, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de commis greffiers ou de simples surveillants.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/a-bas-toutes-les-prisons.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-719\" title=\"A bas les prisons, toutes les prisons, Insomniaque, 1999\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/a-bas-toutes-les-prisons.jpg\" alt=\"\" width=\"94\" height=\"134\" \/><\/a>Le recrutement militaire peut fournir aux cadres p\u00e9\u00adnitentiaires un contingent d&rsquo;agents fermes et disciplin\u00e9s, ou de commis poss\u00e9dant d\u00e9j\u00e0 une certaine connaissance des m\u00e9thodes administratives&#8230;, mais il importe que l&rsquo;accession \u00e0 l&#8217;emploi soit subordonn\u00e9e \u00e0 la possibilit\u00e9 pour les b\u00e9n\u00e9ficiaires de remplir convenablement l&#8217;emploi sollicit\u00e9. Or ce recrutement, tel qu&rsquo;il nous semble \u00eatre compris par les autorit\u00e9s militaires, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 plut\u00f4t une tendance \u00e0 \u00ab caser \u00bb des candidats qu&rsquo;\u00e0 leur trouver un emploi correspondant \u00e0 leurs facult\u00e9s. D&rsquo;une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale&#8230; il n&rsquo;est pas tenu suffisamment compte des besoins des administrations civiles o\u00f9 l&rsquo;on a introduit des candidats infirmes et illettr\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Des candidatures se sont manifest\u00e9es au petit bonheur et, malheureusement, ont \u00e9t\u00e9 accueillies trop facilement, On ne se pr\u00e9occupe pas toujours suffisamment de la conduite pass\u00e9e du demandeur. Tel commis avait subi une condamnation de plusieurs ann\u00e9es, ce n&rsquo;\u00e9tait pas pourtant un titre pour le placer dans l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire&#8230; Tel charretier, promu bureaucrate, n&rsquo;a pas le moindre rudiment d&rsquo;orthographe et de syntaxe. Voici un commis qui, dans une dict\u00e9e de quinze lignes, fait sept ou huit fautes lourdes de grammaire, en voici un autre dont l&rsquo;\u00e9criture est celle d&rsquo;un enfant de dix ans&#8230;, un autre dont le dossier ne comporte pas d&rsquo;\u00e9preu\u00adves sur les connaissances exig\u00e9es par l&#8217;emploi. Nous avons \u00e9galement trouv\u00e9 deux surveillants dont les li\u00advrets militaires mentionnaient la r\u00e9forme, l&rsquo;un pour troubles mentaux, l&rsquo;autre pour idiotie. Les certificats n&rsquo;avaient-ils pas, d\u00e8s lors, \u00e9t\u00e9 d\u00e9livr\u00e9s avec quelque l\u00e9g\u00e8ret\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il est vrai que dans la g\u00e9n\u00e9ralit\u00e9 des cas les incon\u00adv\u00e9nients d\u00e9nonc\u00e9s ci-dessus pourront \u00eatre limit\u00e9s aux seuls cadres subalternes. Ne perdons pas de vue cependant que, dans l&rsquo;administration qui nous occupe les 4\/5 des emplois sup\u00e9rieurs sont r\u00e9serv\u00e9s aux comptables issus eux-m\u00eames, pour une proportion identique, du recrutement militaire, et nous devons nous repr\u00e9senter ce que seront ces cadres dans dix ou quinze ans, lors\u00adqu&rsquo;ils ne comprendront plus, en majorit\u00e9, que des em\u00adploy\u00e9s comme ceux dont nous avons not\u00e9 l&rsquo;insuffisance. C&rsquo;est l\u00e0 un point inqui\u00e9tant&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et, parlant sp\u00e9cialement des surveillants ordinaires r\u00e9cemment promus, l&rsquo;inspecteur remarque : \u00ab Il im\u00adporte de veiller \u00e0 la sobri\u00e9t\u00e9 des nouveaux venus et, d&rsquo;autre part, aux tentations de trafic avec les d\u00e9tenus qui peuvent assaillir un jeune agent \u00e0 la conscience h\u00e9sitante. Dans leur int\u00e9r\u00eat m\u00eame l&rsquo;attention des jeunes agents doit \u00eatre appel\u00e9e sur le caract\u00e8re, non seulement d\u00e9lictueux, mais aussi d\u00e9gradant, de telles pratiques, dont souffrirait l&rsquo;honneur du corps p\u00e9nitentiaire tout entier \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ici j&rsquo;interromps l&rsquo;inspecteur pour lui faire remarquer que les h\u00e9sitations du jeune agent \u00e0 son entr\u00e9e dans la carri\u00e8re disparaissent bien vite devant les exemples ve\u00adnus de haut. S&rsquo;il n&rsquo;arrivait pas que certain haut fonc\u00adtionnaire se fasse habiller et chausser au rabais, lui, sa femme, sa fille et son chauffeur par le tailleur et le cordonnier de la maison centrale de son d\u00e9partement, que les \u00e9conomes et des directeurs aient la faiblesse &#8211; et pour cause &#8211; de tol\u00e9rer le coulage dans les maga\u00adsins, les agents subalternes qui, malgr\u00e9 la d\u00e9fense aux d\u00e9tenus de fumer, leur vendent le paquet de tabac dix, vingt et vingt-cinq francs, seraient peut-\u00eatre moins nom\u00adbreux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Si l&rsquo;on ne rencontre qu&rsquo;assez rarement des exc\u00e9dents et des d\u00e9ficits dans le d\u00e9nombrement des objets \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 \u00bb, nous dit l&rsquo;inspecteur \u00e0 propos de la tenue des magasins, \u00ab par contre il est extr\u00eamement rare pour les denr\u00e9es au poids, de trouver une parfaite concordance entre les \u00e9critures et la situation de fait. Ici c&rsquo;est une diff\u00e9rence de 130 kilos de savon blanc, ailleurs de 12 kilos de chocolat, de 12 litres de vin, de 18 litres de vinaigre, etc&#8230; Cela donne naturellement \u00e0 penser que les r\u00e9colements n\u00e9cessaires sont trop rarement effec\u00adtu\u00e9s par les \u00e9conomes et encore moins par les direc\u00adteurs \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme nous retrouvons dans nos prisons m\u00e9tropo\u00adlitaines affect\u00e9es \u00e0 l&#8217;emprisonnement individuel et \u00e0 l&#8217;emprisonnement en commun le m\u00eame esprit que dans les bagnes de la Transportation. Le but est toujours de punir le condamn\u00e9 et de l&rsquo;exploiter. Aucun souci, nulle part, de le pr\u00e9parer \u00e0 sa lib\u00e9ration.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">***<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3790\" title=\"Gavroche n152 octobre-novembre-decembre 2007, Mettray\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8-300x195.jpg\" alt=\"\" width=\"165\" height=\"107\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8-300x195.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/gavroche-n152-octobre-novembre-decembre-2007-8.jpg 361w\" sizes=\"(max-width: 165px) 100vw, 165px\" \/><\/a>C&rsquo;est dans ce m\u00eame esprit d\u00e9plorable que sont admi\u00adnistr\u00e9es nos colonies p\u00e9nitentiaires et correctionnelles destin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;enfance coupable, primitivement appel\u00e9es maisons de correction. Ces \u00e9tablissements ont donc chang\u00e9 de nom. C&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on a chang\u00e9, mais la chose subsiste : la honteuse exploitation de l&rsquo;enfance coupable, on dirait plus justement de l&rsquo;enfance aban\u00addonn\u00e9e et maltrait\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces colonies sont r\u00e9gies par la loi du 5 ao\u00fbt 1850 sur l&rsquo;\u00e9ducation et le patronage des jeunes d\u00e9tenus. P\u00e9ni\u00adtentiaires, elles sont pour la plupart publiques, quel\u00adques-unes priv\u00e9es, affect\u00e9es les unes aux gar\u00e7ons, les autres aux filles. Elles sont affect\u00e9es aux mineurs de 13 \u00e0 16 ans condamn\u00e9s \u00e0 moins de deux ans d&#8217;empri\u00adsonnement, aux mineurs de 13 \u00e0 18 ans acquitt\u00e9s pour d\u00e9faut de discernement, aux mineurs de 21 ans, pupil\u00adles indisciplin\u00e9s de l&rsquo;Assistance publique. Correction\u00adnelles, elles sont publiques et destin\u00e9es aux mineurs de 21 ans rel\u00e9gables, aux mineurs de 13 \u00e0 16 ans, condam\u00adn\u00e9s \u00e0 plus de deux ans d&#8217;emprisonnement, aux indisci\u00adplin\u00e9s de tous les autres \u00e9tablissements.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis 1850 la l\u00e9gislation de l&rsquo;enfance coupable s&rsquo;est enrichie de textes nombreux. Le plus important est la loi du 22 juillet 1912 sur les Tribunaux pour enfants et adolescents et sur la libert\u00e9 surveill\u00e9e. Cette loi a fix\u00e9 \u00e0 13 ans la p\u00e9riode d&rsquo;irresponsabilit\u00e9 p\u00e9nale abso\u00adlue, sp\u00e9cialis\u00e9 les tribunaux et les magistrats qui s&rsquo;oc\u00adcupent des affaires concernant les mineurs et modifi\u00e9 la proc\u00e9dure de ces affaires. Elle a surtout rendu possible la remise de l&rsquo;enfant coupable \u00e0 sa famille ou \u00e0 un tiers, personne ou institution charitable, sous le r\u00e9gime de la libert\u00e9 surveill\u00e9e avec le contr\u00f4le permanent du Tribunal par l&rsquo;interm\u00e9diaire d&rsquo;un d\u00e9l\u00e9gu\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis lors, de nombreuses institutions charitables recueillirent les mineurs que les tribunaux leur con\u00adfiaient. Les patronages recevaient de l&rsquo;Etat, en vertu de la loi de 1912, la somme de 2fr.50 par enfant et par jour. Le plus souvent ils pla\u00e7aient les pupilles et, tant\u00f4t touchaient une seconde indemnit\u00e9 sur leurs salaires, tan\u00adt\u00f4t se contentaient de les vendre pour la somme de 1 franc par jour, gardant ainsi la somme de 1 fr.50. Le rapport de M. l&rsquo;Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral Imbert, publi\u00e9 dans le Journal Officiel du 3 novembre 1925, critique le mode de gestion de ces \u0153uvres de bienfaisance qui n&rsquo;\u00e9taient et ne sont encore que des soci\u00e9t\u00e9s d&rsquo;exploita\u00adtion de l&rsquo;enfance. Une circulaire de M. le Garde des sceaux r\u00e9duit les 2 fr.50 \u00e0 0 fr.70 quand le patronage ne garde pas l&rsquo;enfant et le place. Mais cela n&#8217;emp\u00eache pas l&rsquo;enfance d&rsquo;\u00eatre toujours exploit\u00e9e. Depuis cette \u00e9po\u00adque, M. l&rsquo;Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral Rouvier a montr\u00e9, dans un tr\u00e8s \u00e9difiant rapport au ministre de la Justice, la cupidit\u00e9, le manque de scrupules, la carence \u00e9ducative des \u0153uvres de bienfaisance<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\">[3]<\/a>. Toutes occupent leurs pensionnaires \u00e0 leur propre service et les emploient \u00ab au petit bonheur, sans s\u00e9lection, sans discernement, sans qu&rsquo;il soit fait aucun effort en vue de leur donner une orientation professionnelle \u00bb. Par exemple les enfants seront occup\u00e9s six heures par jour \u00e0 confectionner des \u00e9tiquettes pour colis \u00e0 exp\u00e9dier par chemin de fer. Plac\u00e9s chez des patrons ils travailleront dix, douze, qua\u00adtorze heures et seront souvent mal nourris. La plus grande partie de leurs gages retourne au patronage, le reste passe en frais de route, frais de justice, frais de m\u00e9decins. S&rsquo;ils travaillent au patronage, celui-ci leur d\u00e9\u00adlivre non un salaire, mais une gratification hebdoma\u00addaire d\u00e9risoire que les amendes, donn\u00e9es \u00e0 tout propos, r\u00e9duisent au point que la constitution d&rsquo;un p\u00e9cule con\u00advenable est impossible. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;en 1926 les mi\u00adneurs d&rsquo;un patronage n&rsquo;ont touch\u00e9 que 190.695 francs sur 1.286.300 francs de salaire. Si l&rsquo;enfant proteste, se bute ou s&rsquo;enfuit, c&rsquo;est l&rsquo;envoi en colonie p\u00e9nitentiaire ou correctionnelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le fonctionnement de ces \u0153uvres charitables \u00e9chappe au contr\u00f4le de l&rsquo;Etat. La libert\u00e9 surveill\u00e9e qu&rsquo;il a ins\u00adtitu\u00e9e n&rsquo;est donc qu&rsquo;un mot. Le contr\u00f4le judiciaire n&rsquo;existe pas. On ne saurait exiger des magistrats, dont tous les instants sont pris par la besogne courante, de s&rsquo;informer des milliers d&rsquo;enfants \u00e9parpill\u00e9s sur tout le territoire. Ces magistrats ont donc des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s, mais ces d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s sont pr\u00e9cis\u00e9ment les pr\u00e9sidents des patro\u00adnages sous l&rsquo;\u0153il indulgent de qui se perp\u00e9tue l&rsquo;exploi\u00adtation de l&rsquo;enfance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La plupart de ces \u0153uvres, surtout celles qui sont re\u00adligieuses, \u00e9chappent au contr\u00f4le administratif aussi bien qu&rsquo;au judiciaire. A cet \u00e9gard voici ce que nous dit M. l&rsquo;Inspecteur g\u00e9n\u00e9ral Rouvier, des couvents o\u00f9 sont plac\u00e9es par les patronages sept ou huit cents filles : \u00ab Quant aux conditions mat\u00e9rielles, morales, \u00e9ducati\u00adves, professionnelles, dans lesquelles sont plac\u00e9es les fillettes et jeunes filles enferm\u00e9es dans les \u00ab Bon Pas\u00adteur \u00bb, on ne peut pas ici se prononcer. Les r\u00e8gles de contr\u00f4le administratif d&rsquo;institutions aussi particuli\u00e8res n&rsquo;ayant pas encore \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9es, l&rsquo;inspecteur ne peut gu\u00e8re se borner qu&rsquo;\u00e0 un appel de noms et \u00e0 une visite discr\u00e8te de ceux des locaux qui lui sont ouverts \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;Etat, certes, doit pouvoir contr\u00f4ler ses pupilles. N&rsquo;est-il pas plus urgent encore qu&rsquo;il exerce d&rsquo;abord ce contr\u00f4le sur lui-m\u00eame, dans les \u00e9tablissements qu&rsquo;il r\u00e9\u00adgit ? Peut-il se donner comme mod\u00e8le ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La population des colonies p\u00e9nitentiaires et correc\u00adtionnelles de l&rsquo;Etat est d&rsquo;une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 n\u00e9faste. A c\u00f4t\u00e9 de mineurs condamn\u00e9s \u00e0 l&#8217;emprisonnement on y trouve d&rsquo;autres mineurs acquitt\u00e9s comme ayant agi sans discernement, des pupilles de l&rsquo;Assistance qui ont donn\u00e9 \u00e0 leur patron des sujets de m\u00e9contentement, des enfants punis par leur p\u00e8re ou tuteur en vertu du droit de correction paternelle. Chez ceux-l\u00e0, une majorit\u00e9 de pervers, de tar\u00e9s sans avenir. Chez ceux-ci de petits malchanceux n\u00e9s de parents inconnus ou indignes, re\u00adjet\u00e9s par leurs patrons pour des motifs d&rsquo;ordre le plus souvent disciplinaire. A ceux-ci au moins l&rsquo;Etat devrait accorder toute sa sollicitude. Il n&rsquo;en est rien. Qu&rsquo;il s&rsquo;a\u00adgisse des colonies p\u00e9nitentiaires de l&rsquo;Etat ou des place\u00adments par les patronages, partout l&rsquo;enfant, fille ou gar\u00ad\u00e7on, porte le poids d&rsquo;une faute qu&rsquo;admettent sans exa\u00admen tous ceux qui s&rsquo;en occupent et ne recueille que m\u00e9pris et mauvais traitements. A un \u00e2ge o\u00f9 le surme\u00adnage est particuli\u00e8rement nuisible, l&rsquo;enfant est con\u00addamn\u00e9 \u00e0 accomplir, \u00e0 longueur de journ\u00e9es, des tra\u00advaux qui plus tard ne lui seront d&rsquo;aucune utilit\u00e9. Quelquefois un enseignement technique est donn\u00e9 qui pa\u00adra\u00eet solide et pratique &#8211; Aubagne &#8211; mais le travail, toujours pr\u00e9sent\u00e9 aux \u00e9l\u00e8ves sous la forme de la con\u00adtrainte et du surmenage, en sera discr\u00e8tement et infail\u00adliblement ha\u00ef. D\u00e9go\u00fbt\u00e9s par dix heures de travail quotidien acharn\u00e9 sous une discipline de fer, ils ne trouve\u00adront \u00e0 leur lib\u00e9ration aucun conseil, aucun soutien. L&rsquo;Etat n&rsquo;a d&rsquo;ailleurs pas de vis\u00e9es bien hautes pour ces d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. Ses colonies de filles sont des p\u00e9pini\u00e8res de domestiques, celles de gar\u00e7ons d&rsquo;engag\u00e9s volontaires. Parmi ceux-ci il se peut que quelques-uns soient sau\u00adv\u00e9s, c&rsquo;est le petit nombre. J&rsquo;en ai rencontr\u00e9 qui, par mues successives avaient pass\u00e9 de la colonie au r\u00e9giment et du r\u00e9giment dans l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. C&rsquo;\u00e9\u00adtaient pour la plupart des fripons dont les friponne\u00adries n&rsquo;\u00e9taient honn\u00eates que parce qu&rsquo;elles se retour\u00adnaient contre les for\u00e7ats. Ils faisaient ce qu&rsquo;on leur avait fait. C&rsquo;\u00e9taient de bons \u00e9l\u00e8ves.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous, filles et gar\u00e7ons sont \u00e9lev\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole de la per\u00adversion sexuelle. II est facile de comprendre que n&rsquo;ayant ni p\u00e8re ni m\u00e8re, priv\u00e9s des affections du milieu familial et des mille distractions de la vie normale, ces enfants demandent \u00e0 la satisfaction des instincts sexuels le seul bonheur qu&rsquo;on ne peut leur enlever. Chez les filles comme chez les gar\u00e7ons l&rsquo;homosexualit\u00e9 s\u00e9vit. L\u00e0 saphisme, ici p\u00e9d\u00e9rastie. L&rsquo;Etat m\u00eale, \u00e0 plaisir dirait-on, de petits vagabonds de quatorze ans \u00e0 des soute\u00adneurs de dix-huit \u00e0 vingt ans en pleine vigueur et sans scrupules, pour qui le respect de la personnalit\u00e9 hu\u00admaine est chose inconnue.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Qu&rsquo;ont fait cependant la plupart de ces petits r\u00e9\u00adprouv\u00e9s ? M. le Conseiller Richard, d\u00e9sign\u00e9 en 1925 par la Commission de l&rsquo;enfance coupable pour faire, apr\u00e8s un reportage qui avait \u00e9mu l&rsquo;opinion<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>, une contre-enqu\u00eate sur les colonies p\u00e9nitentiaires, cite dans son rapport le cas d&rsquo;un enfant de dix ans condamn\u00e9 \u00e0 onze ans de correction pour avoir vol\u00e9 une orange. Cette monstrueuse erreur judiciaire ne divisera pas la France en deux camps. C&rsquo;est peut-\u00eatre parce qu&rsquo;elle est reconnue \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9 qu&rsquo;elle se commet si facilement tous les jours.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un tr\u00e8s grand nombre de ces enfants termineront leur existence \u00e0 la Guyane. Il serait frappant d&rsquo;\u00e9tablir une statistique des pensionnaires des maisons centrales et des transport\u00e9s et rel\u00e9gu\u00e9s qui ont pass\u00e9 tout ou par\u00adtie de leur enfance dans les colonies priv\u00e9es ou publi\u00adques.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En r\u00e9sum\u00e9, et c&rsquo;est l\u00e0 ce que nous voulons mettre en \u00e9vidence, le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire fran\u00e7ais apprend le d\u00e9lit et le crime \u00e0 l&rsquo;enfant abandonn\u00e9, maintient dans l&rsquo;erreur l&rsquo;enfant d\u00e9linquant, le pousse \u00e0 la r\u00e9cidive, le confirme dans son attitude antisociale, et, lorsqu&rsquo;il commet de nouveaux d\u00e9lits ou de nouveaux crimes, le fait passer d&rsquo;une prison \u00e0 l&rsquo;autre pour le mener insensi\u00adblement par la fili\u00e8re correctionnelle ou criminelle \u00e0 Saint-Jean-du-Maroni. Le Tout-\u00e0-la-Rel\u00e9gation dont nous parlions au d\u00e9but de notre \u00e9tude est donc l&rsquo;ex\u00adpression sublime du syst\u00e8me r\u00e9pressif fran\u00e7ais qui fait tout pour \u00e9liminer, rien pour sauver. Ceux qui se sau\u00advent se sauvent tout seuls, et malgr\u00e9 le syst\u00e8me. Recon\u00adnaissons qu&rsquo;ils ont du m\u00e9rite.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[I]<\/a> Comme Louis Roubaud, nous n&rsquo;avons pu retrouver le rapport du conseiller Alphonse Richard qu&rsquo;Alexandre Jacob a lu tr\u00e8s certainement \u00e0 Melun alors qu&rsquo;il travaillait aux ateliers de l&rsquo;Imprimerie Administrative de la centrale. L&rsquo;ancien bagnard y est intern\u00e9 du 22 d\u00e9cembre 1925 au 3 ao\u00fbt 1926. Il est possible en revanche de dresser une courte biographie de cet homme de loi \u00e0 la brillante carri\u00e8re. N\u00e9 \u00e0 Nantes en 1872, il est dans les ann\u00e9es 1920 secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Comit\u00e9 des Enfants traduits en justice et vice-pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des Patronages de France. A 27 ans, il est devenu chef du secr\u00e9tariat du ministre du commerce puis substitut \u00e0 Tours en 1903 avant de prendre les fonctions de procureur \u00e0 Epernay. Il est nomm\u00e9 vice-pr\u00e9sident du tribunal de la Seine en 1918. C&rsquo;est donc un homme \u00e0 la carri\u00e8re accomplie qui dresse un constat accablant &#8211; selon Jacob &#8211; sur la prison fran\u00e7aise \u00e0 cette \u00e9poque. Conseiller \u00e0 la cour de cassation en 1936, il prend sa retraite en 1940. Fut-elle ordonn\u00e9e par le gouvernement de Vichy\u00a0? Toujours est-il qu&rsquo;il reprend du service \u00e0 la fin de la guerre en tant que commissaire du gouvernement pr\u00e8s de la Commission d&rsquo;\u00e9puration interprofessionnelle. Il meurt \u00e0 Nantes en 1956.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[II]<\/a> Journal Officiel de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise du 28 septembre 1924.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Cf. \u00ab L&rsquo;Enfance coupable \u00bb, par Huguette Godin, dans Le Quoti\u00addien, 18-21 octobre 1928.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Louis Roubaud. \u00ab Les enfants de Ca\u00efn \u00bb, 1925.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fort de son exp\u00e9rience, le docteur Louis Rousseau a d\u00e9crit un syst\u00e8me \u00e9liminatoire sur neuf chapitres. 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