{"id":4098,"date":"2016-11-26T01:10:31","date_gmt":"2016-11-25T23:10:31","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4098"},"modified":"2016-07-02T18:40:43","modified_gmt":"2016-07-02T16:40:43","slug":"un-medecin-au-bagne-chapitre-9","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/11\/un-medecin-au-bagne-chapitre-9\/","title":{"rendered":"Un m\u00e9decin au bagne chapitre 9"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"112\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 112px) 100vw, 112px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4099\" title=\"Le surveillant militaire dans l\\'Assiette au beurre, n340, 30 octobre 1907\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"110\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg 219w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg 351w\" sizes=\"(max-width: 110px) 100vw, 110px\" \/><\/a>Avec le chapitre 9 sur \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb, le docteur Louis Rousseau en vient \u00e0 d\u00e9crire et \u00e0 expliquer comment, dans un syst\u00e8me pyramidal de type quasi f\u00e9odal, les agents de l&rsquo;AP peuvent \u00e0 loisir s&rsquo;entra\u00eener \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9. Si tout au long de son ouvrage il n&rsquo;a de cesse de d\u00e9noncer le sadisme, la f\u00e9rocit\u00e9, la brutalit\u00e9, la perversit\u00e9, la veulerie, la l\u00e2chet\u00e9, l&rsquo;alcoolisme du chaouch qui, pour se couvrir, pour b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un avancement, pour punir plus s\u00e9v\u00e8rement un condamn\u00e9 ou encore pour profiter d&rsquo;un trafic, n&rsquo;h\u00e9site pas \u00e0 d\u00e9noncer ou \u00e0 produire de faux t\u00e9moignages\u00a0; cela peut se justifier par la haine sociale du criminel. Mais le rapport fort-faible autorise surtout pour le surveillant l&rsquo;oubli et le refoulement de sa propre condition sociale. De la sorte et en jouant sur le sentiment raciste, les porte-cl\u00e9s, ces suppl\u00e9tifs de la surveillance majoritairement choisis dans la population p\u00e9nale arabe, reproduisent le m\u00eame sch\u00e9ma de domination et de violence exerc\u00e9e sur les hommes punis.<!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Mais Rousseau ne parle finalement que tr\u00e8s peu de l&rsquo;organisation interne du syst\u00e8me bagne m\u00eame s&rsquo;il \u00e9voque longuement au 1<sup>er<\/sup> chapitre les lois et d\u00e9crets r\u00e9gissant la transportation et la rel\u00e9gation. Th\u00e9oriquement, le Directeur de l&rsquo;Administration P\u00e9nitentiaire se trouve sous la coupe du gouverneur de la Guyane. En r\u00e9alit\u00e9, l&rsquo;autorit\u00e9 de ce dernier s&rsquo;arr\u00eate aux portes des p\u00e9nitenciers m\u00eame si le d\u00e9cret du 20 mars 1895 permet au chef du service judiciaire de la colonie d&rsquo;organiser au moins une fois par an des tourn\u00e9es d&rsquo;inspection et d&rsquo;en r\u00e9f\u00e9rer par rapport \u00e0 son ministre de tutelle. Nombreux sont ainsi les \u00e9crits de journalistes ou d&rsquo;historiens mettant en relief l&rsquo;in\u00e9vitable et perp\u00e9tuel conflit entre les deux autorit\u00e9s\u00a0: politique (le gouverneur) et p\u00e9nitentiaire (le Directeur). Nomm\u00e9 en conseil des ministres, le Directeur r\u00e9side \u00e0 Saint Laurent du Maroni. De l\u00e0, il envoie ses ordres aux commandants des p\u00e9nitenciers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Chaque camp est tenu par un \u00ab\u00a0chef de centre\u00a0\u00bb, g\u00e9n\u00e9ralement un militaire de 1<sup>e<\/sup> classe. Comme les bagnards, les surveillants se divisent en trois classes en fonction de leur avancement et de leurs \u00e9tats de service. La Guyane compte alors environ un demi-millier de ces fonctionnaires (surveillants militaires et civils de l&rsquo;A.P.) charg\u00e9s d&rsquo;organiser la vie de dix fois plus de condamn\u00e9s. Mais, en tenant compte des maladies et des cong\u00e9s d&rsquo;un an pass\u00e9s en m\u00e9tropole, ce nombre doit \u00eatre ramen\u00e9 \u00e0 moins de 400. Cette faiblesse num\u00e9rique explique non seulement la duret\u00e9 du comportement du garde-chiourme mais \u00e9galement l&#8217;emploi des porte-cl\u00e9s. A l&rsquo;origine, ces derniers ne font que fermer et ouvrir les portes des cases. D&rsquo;o\u00f9 leur nom. Peu \u00e0 peu, leurs fonctions, pourtant non l\u00e9gales, s&rsquo;\u00e9toffent. Ils effectuent des tours de ronde avec les surveillants, fouillent les cases et les bagnards. Certains peuvent \u00eatre arm\u00e9s de sabre d&rsquo;abatis pour pr\u00eater main forte en cas de probl\u00e8me.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;autorit\u00e9 honnie s&rsquo;incarne ainsi au quotidien par le surveillant militaire, le garde-chiourme, le chaouch. Nombre d&rsquo;entre eux viennent de Bretagne et de Corse, viviers traditionnels de fonctionnaires. Si Paul Rousseng, bagnard anarchiste, reconna\u00eet que\u00a0\u00ab\u00a0<em>parmi eux se trouvaient de bons gar\u00e7ons<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\"><sup><sup>[1]<\/sup><\/sup><\/a>, la majorit\u00e9 des t\u00e9moignages ceux des fagots, ceux des journalistes, ceux enfin de m\u00e9decins comme L\u00e9on Collin<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> rejoignent le propos du Dr Rousseau. Le surveillant, asserment\u00e9, profite des droits que lui conf\u00e8re sa fonction pour faire r\u00e9gner la terreur parmi la population carc\u00e9rale et pour profiter d&rsquo;elle aussi. Alain Sergent, dans la biographie d&rsquo;Alexandre Jacob qu&rsquo;il commet en \u00a01950, reprend \u00e0 son compte la r\u00e9plique apocryphe de Napol\u00e9on III \u00e0 qui l&rsquo;on demandait en 1854 par qui il ferait garder tous ces bandits\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Par de plus bandits qu&rsquo;eux\u00a0!<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><sup><sup>[3]<\/sup><\/sup><\/a>. Pour Michel Pierre, historien, \u00ab\u00a0<em>il semble que l&rsquo;ivraie l&rsquo;ait emport\u00e9 sur le bon grain<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\"><sup><sup>[4]<\/sup><\/sup><\/a>. Les \u00e9crits d&rsquo;Alexandre Jacob \u00e9voquent de temps \u00e0 autre le monde des surveillants. Force est de constater que le portrait par lui dress\u00e9 est rarement \u00e0 leur avantage. Force est constater que le propos de l&rsquo;honn\u00eate cambrioleur aboutit au m\u00eame constat que celui de son ami, le docteur Louis Rousseau qui signale encore que les rares bagnards qui ont su r\u00e9sister \u00e0 la vindicte du surveillant militaire sont \u00ab\u00a0des hommes d&rsquo;une trempe remarquable. On les compte.\u00a0\u00bb Il y a tout lieu de penser que Jacob fut de ceux-l\u00e0.<\/p>\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"114\" height=\"154\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 114px) 100vw, 114px\" \/><\/a>Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Un m\u00e9decin au bagne<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Editions Fleury, 1930, p.278-295<\/p>\n<p align=\"left\"><strong>CHAPITRE IX<a name=\"bookmark0\"> : L&rsquo;Esprit P\u00e9nitentiaire<\/a><\/strong><\/p>\n<p>Les fonctionnaires de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire d\u00e9testent les condamn\u00e9s. Ils cherchent peut-\u00eatre la jus\u00adtification de leurs dispositions hostiles dans le senti\u00adment g\u00e9n\u00e9ral de r\u00e9probation \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des criminels, qui anime le public. Je crois plut\u00f4t que la criminalit\u00e9 des condamn\u00e9s est un mobile tr\u00e8s secondaire de leur haine qui trouve surtout son aliment dans l&rsquo;exercice quoti\u00addien d&rsquo;un m\u00e9tier mal con\u00e7u. D\u00e8s son arriv\u00e9e au service le fonctionnaire, surveillant militaire ou cadre civil, voit que la barri\u00e8re qui le s\u00e9pare de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal s\u00e9pare, non les honn\u00eates gens des criminels, mais les forts des faibles. II n&rsquo;aura que du m\u00e9pris pour ceux qui, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9, sont sans droits ni moyens, de l&rsquo;a\u00adversion pour ceux qui ne savent pas se garder eux-m\u00ea\u00admes et l&rsquo;obligent \u00e0 travailler. Comme s&rsquo;exaltent les bons sentiments s&rsquo;exaltent aussi les mauvais. On ne pardonne pas \u00e0 son prochain le mal qu&rsquo;on lui fait, les services qu&rsquo;il vous rend. A d\u00e9pouiller le condamn\u00e9, \u00e0 le punir, \u00e0 l&#8217;emprisonner \u00e0 l&rsquo;abri des r\u00e8glements inhu\u00admains impitoyablement appliqu\u00e9s, les fonctionnaires du bagne s&rsquo;entra\u00eenent \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9. Mais, s&rsquo;\u00e9crieront-ils, nous n&rsquo;appliquons m\u00eame pas le r\u00e8glement comme nous serions en droit de le faire, et en accor\u00addant \u00e0 nos administr\u00e9s de nombreuses libert\u00e9s nous fermons en r\u00e9alit\u00e9 les yeux sur autant d&rsquo;infractions !&#8230; Nous savons ce que vaut cette d\u00e9fense. Elle se base sur un fait exact : quelques r\u00e8glements en effet ne sont pas appliqu\u00e9s, mais s&rsquo;il en est ainsi c&rsquo;est qu&rsquo;ils sont inapplicables \u00e0 force d&rsquo;\u00eatre trop durs, qu&rsquo;ils nuiraient trop manifestement \u00e0 la sant\u00e9 des condamn\u00e9s, abr\u00e9ge\u00adraient trop leur vie pour que l&rsquo;arriv\u00e9e r\u00e9guli\u00e8re des convois suffise \u00e0 maintenir l&rsquo;effectif constant d\u00e9sirable, ou risqueraient de provoquer la r\u00e9volte. C&rsquo;est aussi que leur application fatiguerait le personnel. Enfin, en n&rsquo;appliquant pas certains r\u00e8glements pourtant applica\u00adbles d&rsquo;apr\u00e8s les textes \u00e0 tous et en tout temps, en se r\u00e9\u00adservant de ne les appliquer qu&rsquo;\u00e0 certains individus, \u00e0 des cat\u00e9gories limit\u00e9es, voire \u00e0 un p\u00e9nitencier tout en\u00adtier, mais pour un temps d\u00e9termin\u00e9, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire s&rsquo;est constitu\u00e9 un syst\u00e8me de r\u00e9pression qui r\u00e9pond \u00e0 ses besoins, compl\u00e8te le syst\u00e8me pr\u00e9vu et permet \u00e0 tous les chefs de camps et de p\u00e9nitenciers de punir directement, et sans laisser de traces \u00e9crites. C&rsquo;est ce qu&rsquo;ils appellent appliquer le r\u00e8glement, serrer la vis ou encore cesser d&rsquo;\u00eatre bons ! C&rsquo;est par ce calcul et nullement par humanit\u00e9 que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire laissera les condamn\u00e9s fumer en case et y jouer de la mandoline ; avoir des emplois d\u00e9fendus par leurs classements et, faire du commerce avec ses agents ; qu&rsquo;elle r\u00e9duira leurs heures de travail pour laisser les surveil\u00adlants libres aux heures de sieste et d&rsquo;ap\u00e9ritif&#8230; L&rsquo;admi\u00adnistration p\u00e9nitentiaire \u00e9tale ces tol\u00e9rances avec com\u00adplaisance quand le besoin s&rsquo;en fait sentir. C&rsquo;est ainsi que devant les gouverneurs et les procureurs g\u00e9n\u00e9raux en inspection, elle masquera d&rsquo;une apparente philantro\u00adpie sa r\u00e9elle cruaut\u00e9. Toujours au contraire, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire applique lois, d\u00e9crets et r\u00e8gle\u00adments dans le sens le plus d\u00e9favorable aux condamn\u00e9s. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;administration courante, de punitions ou de r\u00e9compenses, toujours l&rsquo;action administrative leur est hostile. Les punitions, nous savons avec quelle lar\u00adgesse elles sont distribu\u00e9es, mais les r\u00e9compenses, il faut entendre par l\u00e0 les att\u00e9nuations pr\u00e9vues par les r\u00e8glements aux peines de tout ordre, on pourrait croire qu&rsquo;ici l&rsquo;hostilit\u00e9 cesse pour faire place \u00e0 la bienveil\u00adlance ? Il n&rsquo;en est rien. Ce sont des raisons mat\u00e9rielles ou politiques qui contraignent l&rsquo;administration \u00e0 pro\u00adnoncer les d\u00e9sinternements des \u00eeles, les d\u00e9classements du camp disciplinaire et les lib\u00e9rations conditionnelle pr\u00e9vues pour les condamn\u00e9s \u00e0 la prison sp\u00e9ciale ou \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire : ce sont les locaux trop petits qu&rsquo;il faut d\u00e9congestionner, ce sont des particuliers tou\u00adjours g\u00e9n\u00e9reux qui demandent de la main-d&rsquo;\u0153uvre en abondance, c&rsquo;est enfin la n\u00e9cessit\u00e9 de produire en fin d&rsquo;ann\u00e9e des statistiques o\u00f9 figurera au moins un petit nombre de b\u00e9n\u00e9ficiaires des r\u00e9compenses pr\u00e9vues par la loi. Ce seront aussi des int\u00e9r\u00eats inavouables qui pr\u00e9\u00adsideront au trafic des envois en assignation et en con\u00adcession. La justice intervient peu dans la distribution de ces faveurs, jamais la bienveillance.<\/p>\n<p>Comme l&rsquo;Administration de la Justice aggrave encore cette s\u00e9v\u00e9rit\u00e9, que sur cent mesures de gr\u00e2ces propos\u00e9es par l&rsquo;Administration p\u00e9nitentiaire, quatre-vingt-quinze sont syst\u00e9matiquement rejet\u00e9es<a name=\"_ftnref5\" href=\"#_ftn5\">[5]<\/a>, on peut dire qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;instar de la porte d&rsquo;entr\u00e9e du paradis chr\u00e9tien, la porte de sortie de notre enfer p\u00e9nitentiaire a les di\u00admensions du ch\u00e2s d&rsquo;une aiguille.<\/p>\n<p>La pluralit\u00e9 des p\u00e9nitenciers, des camps, des locaux de discipline mais surtout celle des chantiers et des corv\u00e9es qui fractionne la population p\u00e9nale en petits groupes diss\u00e9min\u00e9s, a n\u00e9cessit\u00e9 la cr\u00e9ation des porte-cl\u00e9s. Depuis qu&rsquo;ils furent cr\u00e9\u00e9s, le personnel n&rsquo;a jamais cess\u00e9 de r\u00e9clamer qu&rsquo;on augmente leur nombre. Pouss\u00e9 par la paresse, il voit en eux non seulement des auxi\u00adliaires faits pour all\u00e9ger sa t\u00e2che, mais des suppl\u00e9ants capables de faire \u00e0 peu pr\u00e8s tout le service, corv\u00e9ables \u00e0 merci et \u00e0 qui toute revendication est interdite, ce qui est encore une bonne affaire. Quoi de plus tentant que de faire faire la surveillance des for\u00e7ats par les for\u00e7ats eux-m\u00eames ? Recrut\u00e9s parmi les condamn\u00e9s des deux premi\u00e8res classes, soixante-dix pour cent des porte-cl\u00e9s sont arabes, les autres europ\u00e9ens. L&#8217;emploi a ses avantages. Finie la .corv\u00e9e qui est l&rsquo;essence m\u00eame de la peine, fini le travail qui d\u00e9shonore ! D\u00e9sormais ce seront les heures de pr\u00e9sence oisives, supr\u00eame r\u00e9\u00adcompense des fain\u00e9ants et la surveillance qui rapporte, id\u00e9al des vagabonds. Ce seront des occasions journa\u00adli\u00e8res d&rsquo;exploiter les co-d\u00e9tenus et de vivre \u00e0 leurs d\u00e9pens. Mais comme il faut garder une si bonne place, il faudra pour cinquante condamn\u00e9s \u00e0 qui on vend le silence en trahir cinquante autres pour plaire \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9, lui montrer qu&rsquo;on fait son service et qu&rsquo;on est un auxiliaire indispensable. Peu \u00e0 peu le personnel paresseux trouvant plus commode de substituer \u00e0 sa surveillance propre celle des porte-cl\u00e9s, a perdu l&rsquo;ha\u00adbitude de voir par lui-m\u00eame, a encourag\u00e9 les porte-cl\u00e9s \u00e0 tout voir et tout rapporter, a m\u00eame perdu l&rsquo;habitude de contr\u00f4ler leurs rapports, et s&rsquo;est aveugl\u00e9ment fi\u00e9 \u00e0 eux. Ainsi la d\u00e9lation a pris peu \u00e0 peu la place de la surveillance directe, la seule digne d&rsquo;une administration honn\u00eate, et l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire est devenue une administration de mouchards.<\/p>\n<p>Le bon accueil r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 tous les rapports vrais ou\u00a0 faux incite les porte-cl\u00e9s \u00e0 mentir. Jamais un faux rap\u00adport ne leur est reproch\u00e9, quelquefois il leur vaut un paquet de tabac. Aussi usent-ils de ce moyen pour tromper l&rsquo;administration sur ceux de leurs co-d\u00e9tenus qui leur d\u00e9plaisent ou qui d\u00e9plaisent \u00e0 d&rsquo;autres for\u00ad\u00e7ats qui les paient pour mentir.<\/p>\n<p>Tous les fonctionnaires du bagne consid\u00e8rent que la d\u00e9lation est le signe de l&rsquo;amendement du criminel. C&rsquo;est par la d\u00e9lation que le for\u00e7at, en rendant service \u00e0 l&rsquo;ad\u00administration, fait un premier pas vers elle, reconna\u00eet sa force et s&rsquo;y soumet. Aucune autre voie n&rsquo;est ouverte aux r\u00e9prouv\u00e9s du bagne pour faire savoir \u00e0 l&rsquo;adminis\u00adtration p\u00e9nitentiaire qu&rsquo;ils sont pr\u00eats d\u00e9sormais \u00e0 sui\u00advre les lois de la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils ont offens\u00e9e, et \u00e0 vivre en bonne intelligence avec elle. A de telles conditions, les meilleurs des condamn\u00e9s et les plus intelligents, pr\u00e9f\u00e8rent se renfermer jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de leur peine dans leur dignit\u00e9 d&rsquo;outlaws, plut\u00f4t que de se rapprocher de la soci\u00e9t\u00e9 qui les a punis parce que, entre elle et eux, se dresse cette inqualifiable administration p\u00e9nitentiaire qui ne sourit qu&rsquo;aux d\u00e9lateurs.<\/p>\n<p>La d\u00e9lation s\u00e9vit, dans le personnel autant et plus que dans le monde p\u00e9nal. Les chefs l&rsquo;utilisent \u00e0 toutes fins. Comme ils se renseignent sur les condamn\u00e9s par l&rsquo;interm\u00e9diaire des surveillants et d&rsquo;autres condamn\u00e9s, ils se renseignent sur les surveillants par l&rsquo;interm\u00e9\u00addiaire des condamn\u00e9s et des autres surveillants. Eux- m\u00eames sont espionn\u00e9s. Le Directeur a deux yeux sur chaque p\u00e9nitencier, l&rsquo;un dans le monde p\u00e9nitentiaire, l&rsquo;autre dans le monde p\u00e9nal.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4099\" title=\"Le surveillant militaire dans l\\'Assiette au beurre, n340, 30 octobre 1907\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg 219w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg 351w\" sizes=\"(max-width: 111px) 100vw, 111px\" \/><\/a>Les fonctionnaires du bagne ont tous conscience de la laideur de leur m\u00e9tier. Priv\u00e9s des satisfactions que donne l&rsquo;accomplissement journalier d&rsquo;un travail hono\u00adrable, lass\u00e9s par les longues heures de surveillance d\u00e9s\u0153uvr\u00e9e, souffrant en silence de la d\u00e9consid\u00e9ration dont ils se savent l&rsquo;objet, beaucoup de ces fonctionnai\u00adres boivent. Lors d&rsquo;une visite m\u00e9dicale \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Saint- Joseph, le chef de camp me dit :<\/p>\n<p>\u00ab Vous ne vous figurez pas la collection d&rsquo;alcooli\u00adques que j&rsquo;ai ici sous mes ordres. Ils sont douze et je n&rsquo;en connais gu\u00e8re qu&rsquo;un qui ne boive pas. D&rsquo;autre part, j&rsquo;en compte six qui sont tellement sao\u00fbls tous les soirs quand ils montent \u00e0 la R\u00e9clusion prendre leur service, que d\u00e8s le d\u00e9but de leur garde ils ne tardent pas \u00e0 s&rsquo;endormir profond\u00e9ment. Je fais mon possible pour doubler toujours un ivrogne d&rsquo;un gar\u00e7on s\u00e9rieux, mais j&rsquo;ai de la peine \u00e0 y arriver. Heureusement que les porte-cl\u00e9s sont l\u00e0 ! L&rsquo;autre jour dans ma ronde j&rsquo;ai sur\u00adpris Z&#8230; qui, tout surveillant de premi\u00e8re classe qu&rsquo;il est, \u00e9tait \u00e9tendu sur une chaise-longue et ronflait la bouche ouverte et les mains sur le ventre dans le cou\u00adloir du premier b\u00e2timent de la R\u00e9clusion. Le bougre s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9barrass\u00e9 de son revolver qu&rsquo;il avait pendu par la courroie au dossier de la chaise. J&rsquo;ai pris le revol\u00adver et suis parti. A son r\u00e9veil il fut, comme vous le pensez, fort ennuy\u00e9 et oblig\u00e9 de me rendre compte de la disparition de son arme. Je lui fis de vifs repro\u00adches, lui rendis son revolver et le pr\u00e9vins que la pro\u00adchaine fois je le signalerais. Il me promit alors qu&rsquo;il ne boirait plus, mais depuis il est toujours aussi sao\u00fbl. Eh bien, ici, presque tous les surveillants sont comme \u00e7a ! Le jour o\u00f9 je voudrais les faire punir s\u00e9v\u00e8rement, je n&rsquo;ai qu&rsquo;\u00e0 les surprendre endormis pendant leurs gardes, ils m&rsquo;en fournissent \u00e0 chaque instant l&rsquo;occa\u00adsion \u00bb.<\/p>\n<p>Ces buveurs sont tous asserment\u00e9s et la justice du ba\u00adgne repose sur l&rsquo;infaillibilit\u00e9 de leur parole. Ici encore les faits abondent qui donneront une id\u00e9e de la jus\u00adtice \u00e0 laquelle peut pr\u00e9tendre un condamn\u00e9.<\/p>\n<p>Le 3 mars 192.., le surveillant Vas&#8230; lyncha sans au\u00adcun motif le condamn\u00e9 arabe Omar, qui travaillait sur l&rsquo;appontement de Saint-Laurent au d\u00e9chargement d&rsquo;un cargo. Le for\u00e7at Perrin, qui \u00e9tait pr\u00e9sent, arracha aux mains du surveillant son co-d\u00e9tenu qui fut incapable de travailler pendant dix jours.<\/p>\n<p>Le 6 juillet suivant Perrin comparut devant le Tri\u00adbunal maritime, inculp\u00e9 d&rsquo;outrage et de r\u00e9bellion. Au Tribunal., figurait un madrier en bois d&rsquo;ang\u00e9lique, de dix kilos ; c&rsquo;\u00e9tait une pi\u00e8ce \u00e0 conviction.<\/p>\n<p>Perrin, partag\u00e9 depuis l&rsquo;incident entre l&rsquo;espoir que donne le bon droit et l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 inspir\u00e9e par une justice dont on doute, fut, au grand \u00e9tonnement du monde p\u00e9\u00adnitentiaire et p\u00e9nal, acquitt\u00e9.<\/p>\n<p>Que s&rsquo;\u00e9tait-il donc pass\u00e9 ?<\/p>\n<p>Le commandant du cargo, t\u00e9moin du sanglant pas\u00adsage \u00e0 tabac, avait \u00e0 son arriv\u00e9e en France remis un rapport \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 maritime sur la sc\u00e8ne scandaleuse. Ce rapport fut transmis au gouverneur de la Guyane, puis au directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire qui dut le transmettre au rapporteur. Celui-ci le versa au dossier l&rsquo;avant-veille de l&rsquo;audience. Il \u00e9tait temps !<\/p>\n<p>La parole de l&rsquo;inculp\u00e9 ayant ainsi re\u00e7u une confir\u00admation aussi \u00e9clatante que providentielle, le rapporteur dut renverser ses conclusions et le surveillant, con\u00advaincu d&rsquo;avoir produit une fausse pi\u00e8ce \u00e0 conviction, fut r\u00e9primand\u00e9 par le pr\u00e9sident.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 l&rsquo;arabe lynch\u00e9, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire prolongea \u00e0 plaisir la d\u00e9tention pr\u00e9ventive dans la\u00adquelle il croupissait, car lui aussi, inculp\u00e9 de r\u00e9bellion, devait \u00eatre jug\u00e9 \u00e0 la session suivante. Le directeur ne pronon\u00e7a le non-lieu que quinze mois apr\u00e8s l&rsquo;incident. Il fallait bien le punir s\u00e9v\u00e8rement puisqu&rsquo;il avait eu le tort d&rsquo;\u00eatre battu par un agent.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 un hasard que Perrin dut de sortir indemne de cette affaire. Par principe, l&rsquo;administration p\u00e9niten\u00adtiaire, forte de son immunit\u00e9, r\u00e9pond : \u00ab tu mens \u00bb au condamn\u00e9 qui dit la v\u00e9rit\u00e9, cela est courant, quoti\u00addien, et il est exceptionnel de voir un tiers confondre son audace insolente et prendre la d\u00e9fense de l&rsquo;opprim\u00e9.. Si cela arrive, elle encaisse sans r\u00e9pondre, mais reste fid\u00e8le \u00e0 ses traditions.<\/p>\n<p>Voici un exemple tr\u00e8s remarquable o\u00f9 on la voit prise \u00e0 ses propres filets : quand un rel\u00e9gu\u00e9 s&rsquo;\u00e9vade et se fait arr\u00eater par un surveillant, ce dernier touche une prime de capture de dix francs. Or ce rel\u00e9gu\u00e9 n&rsquo;encourt pas une peine terrible comme les condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s ; il se voit infliger quelques jours de cachot seulement &#8211; cellule aujourd&rsquo;hui -, <a name=\"_ftnref6\" href=\"#_ftn6\"><sup><sup>[6]<\/sup><\/sup><\/a> en sorte que beaucoup d&rsquo;entre eux s&rsquo;\u00e9vadent et se font re\u00adprendre \u00e0 plaisir par un surveillant avec qui ils sont de connivence. Ce dernier touche chaque fois dix francs et en remet cinq au rel\u00e9gu\u00e9 qui est tr\u00e8s heureux de faire quelques jours de cellule pour cinq francs. Lors de l&rsquo;inspection mobile de 1917, un surveillant de Saint-Laurent-du-Maroni, d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de ces proc\u00e9d\u00e9s en faveur au p\u00e9nitencier de la Rel\u00e9gation, signala le fait aux ins\u00adpecteurs et leur remit une d\u00e9claration \u00e9crite et circons\u00adtanci\u00e9e visant particuli\u00e8rement un certain coll\u00e8gue qui abusait vraiment de ce genre d&rsquo;escroquerie. Un rel\u00e9\u00adgu\u00e9 avait fait de son c\u00f4t\u00e9 une d\u00e9claration analogue con\u00adcernant le m\u00eame surveillant. Les inspecteurs firent part au directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire de la seule d\u00e9claration du rel\u00e9gu\u00e9, et dans une note o\u00f9 ils paraissaient ne pas mettre en doute la parole de ce re\u00adl\u00e9gu\u00e9, appelaient vivement l&rsquo;attention du directeur sur les pratiques d\u00e9lictueuses de certains de ses agents. La r\u00e9ponse du directeur fut des plus vives : comment, messieurs les inspecteurs, osez-vous ajouter foi aux d\u00e9\u00adclarations d&rsquo;un rel\u00e9gu\u00e9 qui ne pense qu&rsquo;\u00e0 mentir et \u00e0 nuire, et qui, flatt\u00e9 de la confiance que vous lui faites, en profite pour donner libre cours aux extravagances de son mauvais esprit ? Comme on voit, messieurs, que vous n&rsquo;avez aucune exp\u00e9rience de ces gens-l\u00e0 ! Je ne saurais trop vous mettre en garde&#8230; etc&#8230; Les inspec\u00adteurs adress\u00e8rent alors au directeur la d\u00e9claration du sur\u00adveillant. Le directeur dut trouver que les inspecteurs \u00e9taient des fonctionnaires bien mal \u00e9lev\u00e9s, mais il se tint coi et les choses en rest\u00e8rent l\u00e0. Cette histoire, comme tant d&rsquo;autres, a \u00e9t\u00e9 relat\u00e9e dans des rapports of\u00adficiels, qui, s&rsquo;ils n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits dorment encore dans les cartons du Minist\u00e8re des Colonies.<\/p>\n<p>La moiti\u00e9 des punitions encourues par les condamn\u00e9s r\u00e9sultent des rapports faux ou exag\u00e9r\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans les premiers mois de mon s\u00e9jour aux Iles, le commandant du p\u00e9nitencier m&rsquo;invita \u00e0 assister \u00e0 une s\u00e9ance de commission disciplinaire \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Saint-Joseph. Je fus profond\u00e9ment d\u00e9go\u00fbt\u00e9. Je vis d\u00e9filer une s\u00e9rie de condamn\u00e9s squelettiques auxquels un mois de cachot fut inflig\u00e9. L&rsquo;un avait jou\u00e9 aux cartes en case, l&rsquo;autre avait vol\u00e9 des cocos&#8230;<\/p>\n<p>Je me souviens de l&rsquo;un d&rsquo;eux qui avait vol\u00e9 des toma\u00adtes dans un jardin du Service des cultures : il eut de ce fait trente jours de cachot. Comme il avait vendu les tomates vol\u00e9es et se refusait \u00e0 dire \u00e0 qui il les avait vendues, il eut encore trente jours de plus. Or, cet homme non seulement en toute \u00e9quit\u00e9, mais aux termes m\u00eame des r\u00e8glements ne devait \u00eatre puni qu&rsquo;une fois. Mais la plupart des surveillants et des commandants de p\u00e9nitencier excellent \u00e0 couper les motifs de punition en deux ou trois pour &lsquo;punir davantage. Ainsi pour une seule et m\u00eame faute le condamn\u00e9 est puni deux ou trois fois. Ceci se passait avant 1925, au temps du ca\u00adchot et des fers. Or pour qui sait ce qu&rsquo;\u00e9taient trente jours de cachot, il y avait l\u00e0 un abus r\u00e9voltant dont souffraient beaucoup de malheureux qui n&rsquo;avaient commis que de mis\u00e9rables petites peccadilles. Si le condamn\u00e9 se plaignait au directeur, celui-ci lui donnait quelquefois raison ; dans ce cas la r\u00e9ponse arrivait toujours quand le condamn\u00e9 avait fait ses deux ou trois mois de cachot. Il y gagnait toutefois que les punitions imm\u00e9rit\u00e9es \u00e9taient effac\u00e9es de son livret, ce qui \u00e9tait important pour les avancements en classe, mais sa sant\u00e9 en avait bien souffert.<\/p>\n<p>La suppression du cachot et des fers, l\u00e9gif\u00e9r\u00e9e en 1925 n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 pour ces abus un obstacle d\u00e9finitif. Il reste encore aux commandants de p\u00e9nitenciers qui ch\u00e9rissent la mani\u00e8re forte la cellule effective qui, bien mani\u00e9e, leur donne de grosses satisfactions.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4099\" title=\"Le surveillant militaire dans l\\'Assiette au beurre, n340, 30 octobre 1907\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"116\" height=\"159\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg 219w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg 351w\" sizes=\"(max-width: 116px) 100vw, 116px\" \/><\/a>Le fonctionnaire p\u00e9nitentiaire vit tout pr\u00e8s du con\u00addamn\u00e9. A la corv\u00e9e, au camp, au chantier, dans les ate\u00adliers, dans les bureaux, \u00e0 la salle de r\u00e9union, le con\u00addamn\u00e9 est \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui. Gar\u00e7on de famille, il entre dans son intimit\u00e9, se fait son mouchard, assiste \u00e0 ses beuveries, prend pied dans le m\u00e9nage. En d\u00e9pit de cette promiscuit\u00e9 jamais le fonctionnaire du bagne ne conna\u00eetra le condamn\u00e9. Jamais il n&rsquo;essaiera dans un but de consolation et de rel\u00e8vement de se pencher sur ses mis\u00e8res, de causer avec lui. Il croirait faillir \u00e0 son de\u00advoir. L&rsquo;esprit de la maison s&rsquo;y oppose. Le ferait-il d&rsquo;ail\u00adleurs, ce serait peine perdue. Pour s&rsquo;ouvrir en con\u00adfiance, il faut au condamn\u00e9 quelqu&rsquo;un qu&rsquo;il connaisse, de vieille date et qui sache garder une confidence. Les fonctionnaires de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire sont in\u00adcapables d&rsquo;une pareille discr\u00e9tion, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;a\u00adgisse d&rsquo;\u00eatre le complice d&rsquo;un mauvais coup. Ayant pouss\u00e9 les for\u00e7ats \u00e0 la d\u00e9lation, ils n&rsquo;en retirent que le mensonge, et pendant que les faibles leur disent tout ce qui leur semble bon, except\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9, les meilleurs, se renferment dans un mutisme absolu et d\u00e9finitif. Les seules personnes \u00e0 qui ceux-ci consentiront \u00e0 parler sinc\u00e8rement seront \u00e9trang\u00e8res \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9ni\u00adtentiaire. C&rsquo;est ainsi que certains pr\u00eatres ou pasteurs, certains patrons bons pour leurs assign\u00e9s, ont pu re\u00adcueillir leurs pens\u00e9es intimes. Ce fut aussi le cas des m\u00e9decins qui comprirent leur devoir et surent regar\u00adder les criminels autrement qu&rsquo;avec des yeux de garde-chiourme. Ceux-l\u00e0 ont vu, dans la p\u00e8gre p\u00e9nale des bons, des moins bons, des mauvais comme partout ail\u00adleurs. Ils ont vu des d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s et des fous, surtout beau\u00adcoup de sujets ressemblant \u00e9trangement \u00e0 ceux qu&rsquo;on voit partout, et qui pour avoir vers\u00e9 dans le crime n&rsquo;en sont pas moins des hommes dignes de piti\u00e9. Le fonc\u00adtionnaire de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire consid\u00e8re que toutes ces nuances ne sont que des finasseries. D\u00e9\u00adcoulant de sa haine et de sa paresse, les id\u00e9es qu&rsquo;il se fait de la psychologie du condamn\u00e9 ne sont pas compli\u00adqu\u00e9es : ils sont tous les m\u00eames, ces gaillards-l\u00e0 ! Je les connais comme si je les avais faits ! Il n&rsquo;y en a pas un, entendez-vous, pas un qui un jour ou l&rsquo;autre ne puisse vous faire un sale coup !&#8230; Affirmation gratuite dont l&rsquo;exp\u00e9rience montre l&rsquo;absurdit\u00e9, puisque la grande majo\u00adrit\u00e9 des condamn\u00e9s meurent sans avoir fait le moindre \u00ab sale coup \u00bb \u00e0 un surveillant.<\/p>\n<p>Cette m\u00e9diocrit\u00e9 en mati\u00e8re de psychologie a conduit l&rsquo;administration \u00e0 des pratiques d\u00e9testables et cruelles dont les n\u00e9vros\u00e9s, les originaux et les fous sont les plus innocentes victimes. Certains condamn\u00e9s sont ainsi de\u00advenus de v\u00e9ritables souffre-douleurs. Les agents se les passent en consigne : \u00ab Fais-y attention \u00e0 celui-l\u00e0 ; c&rsquo;est une forte t\u00eate, un r\u00e9clamateur. Quand tu ouvri\u00adras sa cellule, ouvre l&rsquo;\u0153il ! il est capable de tout ! \u00bb Puis la l\u00e9gende se propage en dehors du p\u00e9nitencier. Le nom du condamn\u00e9 f\u00e9roce est connu du public. Quand le porte-cl\u00e9 ouvre sa cellule, on dispose un sur\u00adveillant \u00e0 droite, un surveillant \u00e0 gauche pr\u00eats \u00e0 faire feu ou \u00e0 ma\u00eetriser l&rsquo;agresseur. Le procureur et le m\u00e9\u00addecin s&rsquo;attendent \u00e0 voir un exalt\u00e9 bondir de sa cellule comme un diable \u00e0 ressort de sa bo\u00eete, et ils voient un malheureux, tout nu, comme on le lui ordonne, d\u00e9\u00adcharn\u00e9, les yeux surpris par la lumi\u00e8re, les mains tom\u00adbantes et les talons joints dans l&rsquo;attitude du soldat sans armes.<\/p>\n<p>Chaque p\u00e9nitencier compte toujours un certain nom\u00adbre de condamn\u00e9s irr\u00e9ductibles, que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire s&rsquo;efforce de mater par le cachot et la faim. J&rsquo;en ai connu qui ne quittaient pas le cachot. Ils y \u00e9taient depuis plusieurs ann\u00e9es et devaient y vivre plusieurs ann\u00e9es encore. Au d\u00e9but, je me suis demand\u00e9 si ces hommes-cloportes ne recherchaient pas l&rsquo;encellulement, n&rsquo;aimaient pas les murs ? Il n&rsquo;en est rien ; ce sont tous des d\u00e9traqu\u00e9s, des d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9s, de grands malheureux. Ils ne sont pas fous au point d&rsquo;\u00eatre inter\u00adn\u00e9s et restent aux mains de l&rsquo;Administration p\u00e9niten\u00adtiaire. Celle-ci leur applique la mani\u00e8re uniform\u00e9ment brutale qui lui est ch\u00e8re. Au cours de duels de plu\u00adsieurs ann\u00e9es, dans lesquels elle est loin d&rsquo;avoir le beau r\u00f4le, elle torture et transforme en martyrs des indivi\u00addus auxquels leur constitution enl\u00e8ve toute valeur sociale et qui devraient \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;un traitement sp\u00e9\u00adcial. Mais la psychiatrie n&rsquo;a pas ici droit de cit\u00e9.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime du bagne met toujours en relief les tares physiques et mentales des condamn\u00e9s. Il donne aussi \u00e0 ceux qui lui r\u00e9sistent l&rsquo;occasion de prouver qu&rsquo;ils sont normalement et m\u00eame solidement construits. Les rares for\u00e7ats qui sans tomber dans la d\u00e9lation et tout en conservant leur dignit\u00e9 ont su \u00e9chapper aux rigueurs de ce r\u00e9gime d&rsquo;une f\u00e9rocit\u00e9 insoup\u00e7onnable et ont pu accomplir leur peine sans une punition sont, cela est hors de doute, des hommes de trempe remarquable\u00a0: on les compte. Aussi pour les condamn\u00e9s du bagne fran\u00ad\u00e7ais est-ce une t\u00e2che effrayante de revenir sur la bonne route apr\u00e8s s&rsquo;en \u00eatre \u00e9cart\u00e9. Jamais ils n&rsquo;auront une pa\u00adrole d&rsquo;encouragement ou de pardon. Et quand un de ces hommes remplis de bonne volont\u00e9 a accompli le tour de force de subir sa peine sans punition et qu&rsquo;il demande un adoucissement \u00e0 son sort comme par exem\u00adple une lev\u00e9e d&rsquo;interdiction de s\u00e9jour, une dispense de la r\u00e9sidence obligatoire ou la rel\u00e9gation individuelle \u00e0 la place de la rel\u00e9gation collective, presque toujours la demande annot\u00e9e d\u00e9favorablement au bas de l&rsquo;\u00e9chelle est retourn\u00e9e \u00e0 son auteur avec un refus. On fait savoir au condamn\u00e9 que les autorit\u00e9s comp\u00e9tentes n&rsquo;ont pas cru devoir faire un accueil favorable \u00e0 sa supplique. Plus paresseuses que comp\u00e9tentes, elles n&rsquo;ont fait que r\u00e9p\u00e9ter sous une autre forme l&rsquo;annotation initiale d&rsquo;un chef de camp ou d&rsquo;un commandant de p\u00e9nitencier qui dix fois sur dix, \u00e0 moins qu&rsquo;il ne s&rsquo;agisse d&rsquo;un d\u00e9lateur ou d&rsquo;un gros pistonn\u00e9, aura moul\u00e9 au bas de la lettre du for\u00e7at la formule consacr\u00e9e : \u00ab Mauvais sujet, ne s&rsquo;est pas amend\u00e9. Avis d\u00e9favorable \u00bb. D\u00e8s lors on com\u00adprend tr\u00e8s bien comment l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 minist\u00e9riel du 18 sep\u00adtembre 1925 relatif au mode de notation pour consta\u00adter l&rsquo;amendement moral et r\u00e9gler l&rsquo;avancement en classe des condamn\u00e9s ne peut donner aucun heureux r\u00e9sul\u00adtat. De m\u00eame on voit mal comment le principe des sen\u00adtences ind\u00e9termin\u00e9es serait appliqu\u00e9 par de pareils fonctionnaires. Jamais ils ne s&rsquo;occupent des condamn\u00e9s, aussi le jour o\u00f9 ils ont \u00e0 dire leur avis sur l&rsquo;un d&rsquo;eux, ils adop\u00adtent la m\u00eame formule pour tous, et de peur de se trom\u00adper dans un sens qui pourrait \u00eatre dangereux pour la soci\u00e9t\u00e9 qu&rsquo;ils croient d\u00e9fendre, ils adoptent pour tous une formule p\u00e9jorative : \u00ab Sujet dangereux, ne s&rsquo;est pas amend\u00e9. \u00bb Et le condamn\u00e9 est toujours abandonn\u00e9 \u00e0 sa mis\u00e8re, alors m\u00eame qu&rsquo;il a tout fait pour qu&rsquo;une main secourable se tende vers lui.<\/p>\n<p>J&rsquo;ai voulu voir si les m\u00e9decins des prisons \u00e9taient \u00e0 l&rsquo;endroit des for\u00e7ats un peu plus respectueux de leurs devoirs que les fonctionnaires du bagne. H\u00e9las ! quel\u00adques-uns au moins s&rsquo;attardent bien peu \u00e0 cette client\u00e8le, si d&rsquo;autres s&rsquo;en occupent. Avant leur d\u00e9part de Saint-Martin-de-R\u00e9 pour la Guyane, tous les for\u00e7ats doivent \u00eatre visit\u00e9s un par un et class\u00e9s en plusieurs cat\u00e9gories suivant leurs aptitudes physiques. Un jour je pris les livrets de trois nouveaux arrivants. Le premier \u00e9tait celui d&rsquo;un unijambiste porteur d&rsquo;un pilon, l&rsquo;autre celui d&rsquo;un ataxique qui pouvait \u00e0 peine se tenir debout \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un b\u00e2ton, le troisi\u00e8me celui d&rsquo;un tuberculeux cavitaire. Ces trois livrets portaient comme ceux des trois cents for\u00e7ats du convoi la mention : \u00ab Apte \u00e0 tous les travaux sous tous les climats \u00bb.<a name=\"_ftnref7\" href=\"#_ftn7\">[7]<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4099\" title=\"Le surveillant militaire dans l\\'Assiette au beurre, n340, 30 octobre 1907\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"157\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1-219x300.jpg 219w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/assiette-au-beurre-n340-30-octobre-1907-au-bagne-4-copier1.jpg 351w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a>L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire qui, par la faim, la cellule et la d\u00e9lation s&rsquo;efforce d&rsquo;amener le condamn\u00e9 \u00e0 la soumission veut aussi un personnel qui lui ob\u00e9isse au doigt et \u00e0 l&rsquo;\u0153il. Le microcosme p\u00e9nitentiaire est un petit monde isol\u00e9 dans lequel personne d&rsquo;\u00e9tranger \u00e0 son administration ne peut p\u00e9n\u00e9trer ; c&rsquo;est ce qui per\u00admet \u00e0 son chef d&rsquo;agir en ma\u00eetre absolu. Celui-ci est bien sous l&rsquo;autorit\u00e9 du Gouverneur de la Guyane et \u00e0 cer\u00adtains points de vue sous le contr\u00f4le du Chef du Service judiciaire. Ces deux personnages font bien une tourn\u00e9e annuelle dans les p\u00e9nit\u00e9nciers, mais, uniquement pr\u00e9oc\u00adcup\u00e9s d&rsquo;\u00e9viter les histoires, ils ne mettent jamais le nez dans les affaires du fief p\u00e9nitentiaire. Leur suzerainet\u00e9 est donc peu g\u00eanante et le grand ma\u00eetre de la chiourme peut agir \u00e0 sa guise. Sans pouvoir r\u00e9clamer ni crier les abus, la grande masse des condamn\u00e9s souffre et cr\u00e8ve de faim. Quelques-uns parmi eux, acceptent d&rsquo;ignobles fonctions, font n&rsquo;importe quoi pour se remplir le ventre. D&rsquo;autres, \u00e0 force de volont\u00e9, arrivent par un travail opini\u00e2tre et fort mal r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 dont profitent les fonc\u00adtionnaires du bagne, \u00e0 gagner quelques sous. En plantant, jardinant, p\u00eachant, chassant, travaillant aux ate\u00adliers pour leurs gardiens, ils obtiendront quelques avan\u00adtages qui leur rendront la vie moins dure. Mais \u00e0 quel prix ! Au-dessus de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal profitent et engrais\u00adsent surveillants, commis et commandants de p\u00e9niten\u00adciers. Tous ceux-ci n&rsquo;ont qu&rsquo;un but : vivre largement aux d\u00e9pens du condamn\u00e9 et avancer en grade. Seuls avan\u00adcent ceux qui, fervents adeptes du r\u00e9gime, joignent la flatterie \u00e0 la d\u00e9lation. Il ne s&rsquo;agit pas ici de flatteries en paroles, mais de ces flatteries en nature qui rem\u00adplissent les poches et les garde-manger des sup\u00e9rieurs. Tous ces agents auront les postes lucratifs dits \u00ab poste \u00e0 camelote \u00bb et les postes de tout repos dans les bureaux du chef-lieu o\u00f9 l&rsquo;on est si bien \u00e0 l&rsquo;abri des morsures du climat et \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt des d\u00e9corations. Tous leurs efforts tendront \u00e0 augmenter, en m\u00eame temps que le leur, le casuel de leurs patrons, en sorte que le directeur des p\u00e9nitenciers commande un petit domaine f\u00e9odal o\u00f9, sous pr\u00e9texte de justice, de travaux forc\u00e9s, d&rsquo;amende\u00adment des criminels, six milliers d&rsquo;ilotes renouvelables et qui, par cons\u00e9quent, n&rsquo;ont pas \u00e0 \u00eatre m\u00e9nag\u00e9s, en\u00adtretiennent pr\u00e8s d&rsquo;un millier de paresseux.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Rousseng Paul, L&rsquo;enfer du bagne, Libertalia, 2016, p.52.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> L\u00e9on Collin, Des hommes et des bagnes, Libertalia, 2015<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> Sergent Alain, Un anarchiste de la Belle Epoque, LE Seuil, 1950, p.124.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> Pierre Michel, Bagnard, la terre de la grande punition, Editions Autrement, collection M\u00e9moires, n\u00b067, novembre 2000, p.88.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\" href=\"#_ftnref5\">[5]<\/a> Revue p\u00e9nitentiaire. Ann\u00e9e 1924 p. 455. M. Franceschi, directeur de l&rsquo;A. P, Min. des Colonies.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\" href=\"#_ftnref6\">[6]<\/a> Telle est du moins dans la pratique la punition inflig\u00e9e \u00e0 un rel\u00e9gu\u00e9 qui n&rsquo;est pas sorti du territoire de la Guyane fran\u00e7aise. Dans le cas contraire l&rsquo;\u00e9vad\u00e9 est traduit devant le Tribunal correctionnel qui peut infliger de 2 \u00e0 5 ans de prison. Par application de l&rsquo;article 463 du C. P. la peine peut \u00eatre r\u00e9duite jusqu&rsquo;\u00e0 8 jours de prison.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\" href=\"#_ftnref7\">[7]<\/a> Cette constatation e\u00fbt pu relever le corps m\u00e9dical dans l&rsquo;estime de M. Rivi\u00e8re, magistrat honoraire, qui se d\u00e9fie du sentimentalisme des m\u00e9decins. Voir Revue p\u00e9nitentiaire, 1924, p. 457.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if !mso]><span class=\"mceItemObject\"   classid=\"clsid:38481807-CA0E-42D2-BF39-B33AF135CC4D\" id=ieooui><\/span>\n\n\n\n<style>\nst1\\:*{behavior:url(#ieooui) }\n<\/style>\n\n<![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec le chapitre 9 sur \u00ab\u00a0l&rsquo;esprit p\u00e9nitentiaire\u00a0\u00bb, le docteur Louis Rousseau en vient \u00e0 d\u00e9crire et \u00e0 expliquer comment, dans un syst\u00e8me pyramidal de type quasi f\u00e9odal, les agents de l&rsquo;AP peuvent \u00e0 loisir s&rsquo;entra\u00eener \u00e0 la m\u00e9chancet\u00e9. 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