{"id":4096,"date":"2016-10-29T01:10:37","date_gmt":"2016-10-28T23:10:37","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4096"},"modified":"2016-06-30T10:58:04","modified_gmt":"2016-06-30T08:58:04","slug":"un-medecin-au-bagne-chapitre-8","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/10\/un-medecin-au-bagne-chapitre-8\/","title":{"rendered":"Un m\u00e9decin au bagne chapitre 8"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"83\" height=\"110\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4097\" title=\"cerveau\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"164\" height=\"109\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier-300x202.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 164px) 100vw, 164px\" \/><\/a>Si Louis Rousseau s&rsquo;attache dans un premier temps \u00e0 dresser un tableau d&rsquo;ensemble, pr\u00e9cis et exhaustif, des pratiques p\u00e9nitentiaires dans les bagnes de Guyane, les chapitre VIII et IX composent de toute \u00e9vidence la deuxi\u00e8me partie de son livre en exposant d&rsquo;une mani\u00e8re compl\u00e9mentaire et comparative <em>la conscience des condamn\u00e9s<\/em> et celle de leurs gardiens. De la sorte, et apr\u00e8s avoir longuement montr\u00e9 que le statut des hommes punis est pire que celui des esclaves car il n&rsquo;y a pas une n\u00e9cessit\u00e9 absolue \u00e0 pr\u00e9server un \u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal consid\u00e9r\u00e9 comme un danger social et comme un outil interchangeable, le m\u00e9decin peut logiquement r\u00e9cuser les id\u00e9es de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration et d&rsquo;amendement. Bien s\u00fbr quelques for\u00e7ats sortent du lot et parviennent \u00e0 r\u00e9sister et m\u00eame \u00e0 s&rsquo;extraire de cette entreprise g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e de mort et d&rsquo;avilissement. Mais ce ne sont alors que de rares exceptions venant confirmer ce qu&rsquo;Alexandre Jacob, son ami, \u00e9crivait au Ministres des colonies\u00a0le 11 septembre 1915 : \u00ab\u00a0le r\u00e9gime disciplinaire n&rsquo;a pas en vue l&rsquo;am\u00e9lioration morale, le redressement du criminel, mais tout au contraire son abrutissement.\u00a0\u00bb <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une fois encore, le propos du m\u00e9decin rejoint celui de son collaborateur privil\u00e9gi\u00e9, anarchiste et bagnard lui-m\u00eame. Le \u00ab\u00a0prisonnier de guerre sociale\u00a0\u00bb Jacob a toujours \u00e9voqu\u00e9 ses cong\u00e9n\u00e8res d&rsquo;infortune en tant que \u00ab\u00a0parfaits courtisans d&rsquo;ancien r\u00e9gime\u00a0\u00bb parqu\u00e9s dans des espaces o\u00f9 le \u00ab\u00a0Vae victis\u00a0\u00bb peut s&rsquo;exprimer \u00ab\u00a0dans toute sa violence\u00a0\u00bb. Nous pouvons alors retrouver les m\u00eames termes dans la r\u00e9flexion du docteur Rousseau lorsque, refusant un sch\u00e9ma classique et binaire d&rsquo;analyse, il s&rsquo;attache \u00e0 comprendre la psychologie des condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s et en particulier leur rapport au vol \u00e0 la d\u00e9lation. Il ne peut alors y avoir de bons ou de mauvais bagnard parce que l&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 constitue une notion relative et \u00e0 sens unique, celle du pouvoir qui les a vaincus et qui leur ordonne de se soumettre ou les fait dispara\u00eetre. Le fagot doit ainsi s&rsquo;int\u00e9grer dans un groupement humain particulier o\u00f9 les sentiments religieux et politiques peinent \u00e0 se d\u00e9velopper et cet environnement totalitaire conditionne largement sa fa\u00e7on de penser la solidarit\u00e9, la jalousie, la haine, l&rsquo;opposition, la r\u00e9sistance, la vie en commun, le bien et le mal.<\/p>\n<p align=\"left\">\n<p align=\"left\"><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"115\" height=\"156\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 115px) 100vw, 115px\" \/><\/a>Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\"><strong>Un M\u00e9decin au bagne<\/strong><\/p>\n<p align=\"left\">Editions Fleury, 1930, p.243-275<\/p>\n<p align=\"left\"><strong>CHAPITRE VIII<a name=\"bookmark0\"> <\/a><\/strong><strong>La Conscience des Condamn\u00e9s<\/strong><\/p>\n<p>Pour ceux qui partent de cette id\u00e9e que leur morale est la morale et qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas d&rsquo;autre morale que la leur, les condamn\u00e9s sont des \u00eatres d\u00e9pourvus de sens moral. Pour ceux qui ne s&rsquo;arr\u00eatent pas \u00e0 une d\u00e9finition aussi arbitraire et qui admettent qu&rsquo;un acte est moral ou immoral selon qu&rsquo;il est lou\u00e9 ou bl\u00e2m\u00e9 par la cons\u00adcience commune du milieu auquel appartient son auteur, il est hors de doute que le milieu p\u00e9nal a une conscience commune qui approuve ou d\u00e9sapprouve les actes qui lui paraissent conformes ou contraires \u00e0 sa r\u00e8gle et que cette conscience a donc, comme toutes les consciences, sa morale.<\/p>\n<p>Pour conna\u00eetre la conscience du condamn\u00e9, il faut \u00e9carter toutes les calomnies dont les for\u00e7ats sont l&rsquo;objet, se soustraire \u00e0 toute passion, \u00e0 tout parti pris, \u00e0 tout esprit de syst\u00e8me ou d&rsquo;\u00e9cole et ne conclure qu&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;avoir \u00e9tudi\u00e9e avec la plus parfaite neutralit\u00e9. En sui\u00advant rigoureusement cette m\u00e9thode, on est amen\u00e9 \u00e0 recon\u00adna\u00eetre que la plupart des pratiques du monde p\u00e9nal, bien qu&rsquo;elles rev\u00eatent des formes inusit\u00e9es dans la soci\u00e9t\u00e9 sont en r\u00e9alit\u00e9 d\u00e9termin\u00e9es par des sentiments identiques aux bons sentiments de l&rsquo;honn\u00eate homme et que, dans leur fond, elle ne diff\u00e8rent pas de celles dont s&rsquo;honorent les gens vertueux.<\/p>\n<p>Comme tout honn\u00eate homme, le for\u00e7at ob\u00e9it aux lois d&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral qui r\u00e9gissent son milieu. Seulement &#8211; et c&rsquo;est dans ce seulement que r\u00e9side toute la diff\u00e9rence &#8211; seulement comme honn\u00eate homme et criminel repr\u00e9\u00adsentent par d\u00e9finition deux ennemis en pr\u00e9sence, il s&rsquo;en\u00adsuit qu&rsquo;une m\u00eame action sera qualifi\u00e9e bonne ou mau\u00advaise par l&rsquo;honn\u00eate homme selon qu&rsquo;elle aura \u00e9t\u00e9 com\u00admise par lui ou son ennemi.<\/p>\n<p>Avant d&rsquo;aborder le probl\u00e8me de la conscience des cri\u00adminels, il est bon de r\u00e9futer quelques objections que ne manqueront pas d&rsquo;opposer les partisans du syst\u00e8me p\u00e9ni\u00adtentiaire actuel. Il n&rsquo;est pas exact, diront-ils, que la soci\u00e9t\u00e9 consid\u00e8re le d\u00e9linquant comme un ennemi et le traite comme tel dans ses \u0153uvres p\u00e9nitentiaires. Cette mani\u00e8re de voir, qui a eu son heure alors que nos insti\u00adtutions p\u00e9nales reposaient sur le principe de la vengeance sociale et sur celui de l&rsquo;intimidation, n&rsquo;est plus admise aujourd&rsquo;hui puisque notre l\u00e9gislation p\u00e9nale s&rsquo;inspire uniquement des notions de repentir, de rachat, d&rsquo;amendement et de r\u00e9habilitation. Jadis le criminel \u00e9tait un rebelle qu&rsquo;il fallait \u00e9craser ; aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est un homme qu&rsquo;il s&rsquo;agit de corriger ; il ne tient donc qu&rsquo;\u00e0 lui de faire la paix avec la soci\u00e9t\u00e9&#8230; Certes, je ne mets pas en doute que tout cela est inscrit dans les codes et \u00e9crit dans les livres ; cela c&rsquo;est la doctrine, c&rsquo;est la th\u00e9orie. Belle th\u00e9orie d&rsquo;ailleurs, magnifique doctrine, que malheureusement ignorent la plupart des int\u00e9ress\u00e9s et particuli\u00e8rement les for\u00e7ats. Ceux-ci lisent peu le Dalloz, le Sirey et encore moins les in-octavo de chez Alcan ou de chez Masson. Ces livres leur parviendraient-ils que l&rsquo;administration les leur confisquerait. Les condamn\u00e9s ne croient que ce qu&rsquo;ils voient, ne retiennent que ce qu&rsquo;ils subissent et ils n&rsquo;admettent que les v\u00e9rit\u00e9s de la pratique. Comment en serait-il autrement ? Or, dans la pratique, et cela est surabondamment d\u00e9montr\u00e9 par ailleurs, le for\u00e7at est un vaincu, un serf, un ilote, une chose, une pauvre chose. Il n&rsquo;a que des obligations et aucun droit. Jamais la soci\u00e9t\u00e9 ne s&rsquo;assimilera cet ennemi qui jadis lui d\u00e9clara la guerre puis fut fait prisonnier, parce qu&rsquo;elle ne fait rien pour cela, et tout pour \u00e9terniser le conflit. Sous couleur d&rsquo;humanit\u00e9 on a bien voulu condescendre \u00e0 supprimer l&#8217;empreinte au fer rouge qui marquait d&rsquo;infa\u00admie le rebelle social, mais la marque est rest\u00e9e grav\u00e9e dans le c\u0153ur des honn\u00eates gens qui, en d\u00e9sespoir de cause, coupent les cheveux des condamn\u00e9s en escalier, et, mal\u00adgr\u00e9 toutes les th\u00e9ories et les doctrines, continuent comme par le pass\u00e9 \u00e0 ha\u00efr et \u00e0 maltraiter le vaincu de la m\u00eal\u00e9e sociale. Conscient de cette r\u00e9alit\u00e9, le for\u00e7at se sent un ennemi et traite \u00e0 son tour en ennemi tout ce qui n&rsquo;est pas frapp\u00e9 \u00e0 son image.<\/p>\n<p>Je pressens une autre objection. Dans la pratique quel\u00adques rares for\u00e7ats, un, peut-\u00eatre deux sur mille, sont r\u00e9habilit\u00e9s. Donc, objectera-t-on, le syst\u00e8me p\u00e9nitentiaire actuel compte des succ\u00e8s et restitue \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 des cri\u00adminels repentis. Le nombre infime de ces \u00e9lus, fait de quelques sujets remarquables d&rsquo;une grande force de carac\u00adt\u00e8re, et de quelques limaces d&rsquo;une passivit\u00e9 exception\u00adnelle, condamne le syst\u00e8me au lieu de le soutenir. Si notre syst\u00e8me p\u00e9nal avait r\u00e9ellement en vue l&rsquo;\u00e9ducation morale du condamn\u00e9, on me conc\u00e9dera que ce n&rsquo;est pas un ou deux, mais au moins vingt-cinq, trente, cinquante r\u00e9habilitations pour mille qu&rsquo;il compterait. Or, j&rsquo;y re\u00adviens, la m\u00e9moire du for\u00e7at ne peut \u00eatre faite que de ce qu&rsquo;il obtient, non de ce qu&rsquo;il pourrait obtenir. D&rsquo;ailleurs qu&rsquo;obtient le for\u00e7at r\u00e9habilit\u00e9 ? Est-ce que, \u00e0 \u00e9galit\u00e9 de valeur, et m\u00eame lorsque le criminel r\u00e9habilit\u00e9 a une valeur sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;honn\u00eate homme sans pass\u00e9 judiciaire, est-ce que dans toutes les circonstances de la vie, celui-l\u00e0 ne sera pas plac\u00e9 dans une situation inf\u00e9rieure \u00e0 celui-ci ? Donc, dans les tr\u00e8s rares cas o\u00f9 la pratique s&rsquo;accorde avec la th\u00e9orie, l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 persiste en faisant du r\u00e9habilit\u00e9 le moins favoris\u00e9, en sorte que, \u00e0 le dire net, toutes ces belles choses n&rsquo;apparaissent au criminel averti que comme autant de duperies. A se sentir conti\u00adnuellement r\u00e9prouv\u00e9, honni, m\u00e9pris\u00e9, l&rsquo;ancien d\u00e9lin\u00adquant qui ne peut vider son c\u0153ur sur la voie publique, concentre ses rancunes et, oppress\u00e9 par le poids de cette m\u00e9sestime g\u00e9n\u00e9rale, prend position contre tous ceux qui, socialement, sont situ\u00e9s en dehors de son milieu.<\/p>\n<p>En cas de guerre le citoyen d&rsquo;un pays bellig\u00e9rant tue, vole, incendie, trompe et calomnie son ennemi. Le cri\u00adminel agit de m\u00eame avec le non criminel. Son ennemi, celui qu&rsquo;il a choisi pour victime, c&rsquo;est l&rsquo;honn\u00eate homme qu&rsquo;il appelle pante ou cave. Entre le cav\u00e9 et le criminel existe une cat\u00e9gorie interm\u00e9diaire ; ce sont les demi-sels ou cav\u00e9s affranchis. Le cav\u00e9 affranchi, c&rsquo;est, si l&rsquo;on veut, une mani\u00e8re d&rsquo;ennemi sympathique. C&rsquo;est un homme qui est tol\u00e9r\u00e9 dans la soci\u00e9t\u00e9 des criminels, mais qui, tout en admettant leurs proc\u00e9d\u00e9s, n&rsquo;en userait pas lui-m\u00eame. Le cav\u00e9 affranchi devient quelquefois un complice, quel\u00adquefois il passe carr\u00e9ment dans le camp inverse et four\u00adnit des renseignements \u00e0 la police. Il lui arrive d&rsquo;\u00eatre grug\u00e9 et d\u00e9pouill\u00e9 comme un vrai honn\u00eate homme. En somme, bien qu&rsquo;affranchi, c&rsquo;est toujours un cav\u00e9. Ces consid\u00e9rations s&rsquo;appliquent aux individus en puissance d&rsquo;infraction, au monde des malfaiteurs libres et en guerre sociale. R\u00e9sulte-t-il de l\u00e0 que, lorsque les malfaiteurs sont condamn\u00e9s et vivent en commun, lorsqu&rsquo;ils consti\u00adtuent le milieu p\u00e9nal, l&rsquo;union sacr\u00e9e soit de rigueur entre les membres de cette communaut\u00e9? Pas le moins du monde ! Ici l&rsquo;ennemi change de nom, ce n&rsquo;est plus le cav\u00e9, c&rsquo;est celui qui par la d\u00e9lation pr\u00e9judicie aux int\u00e9\u00adr\u00eats du groupement, c&rsquo;est le tra\u00eetre, le mouchard, le bourricot. Dans la premi\u00e8re situation, le criminel se consi\u00add\u00e9rant comme l&rsquo;agresseur ne faisait pas grief au cav\u00e9 de se plaindre en justice. Il trouvait que cela \u00e9tait nor\u00admal, dans l&rsquo;ordre, de bonne guerre ; c&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;ennemi qui se prot\u00e9geait et se d\u00e9fendait par les moyens en rapport avec sa mentalit\u00e9 d&rsquo;honn\u00eate homme. Dans la seconde situation, se consid\u00e9rant comme l&rsquo;agress\u00e9, il use de repr\u00e9\u00adsailles envers celui qui a failli \u00e0 l&rsquo;honneur et au devoir. Et il trouve tout naturel d&rsquo;agir ainsi. Cela est en effet tellement naturel que dans des cas absolument iden\u00adtiques, en cas de guerre notamment, les diff\u00e9rents pays ne proc\u00e8dent pas autrement vis-\u00e0-vis de leurs ren\u00e9gats. Pen\u00addant la guerre, il y eut quelques cas de d\u00e9faillance chez des prisonniers fran\u00e7ais en captivit\u00e9 dans les camps alle\u00admands. Apr\u00e8s l&rsquo;armistice, ceux de ces prisonniers qui re\u00adtourn\u00e8rent en France furent d\u00e9nonc\u00e9s \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9 mili\u00adtaire pour avoir, pendant leur captivit\u00e9, rendu des servi\u00adces \u00e0 l&rsquo;ennemi. Tous ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s, de dix \u00e0 vingt ans. Les for\u00e7ats qui n&rsquo;ont ni bagne ni prison \u00e0 leur disposition usent d&rsquo;une justice plus sommaire en tuant quelquefois leurs tra\u00eetres, les mal\u00adtraitant souvent, en les m\u00e9prisant toujours. Ainsi, des deux c\u00f4t\u00e9s il s&rsquo;agit d&rsquo;individus trahissant les int\u00e9r\u00eats de leur groupement pour la satisfaction des leurs propres. Cependant tandis que la loi punit la f\u00e9lonie de l&rsquo;un, elle r\u00e9compense la trahison de l&rsquo;autre, et cette contra\u00addiction qui a sa source dans le principe d&rsquo;utilit\u00e9 conduit \u00e0 de bizarres cons\u00e9quences. Le militaire qui ne transige pas avec les lois du devoir et de l&rsquo;honneur est estim\u00e9 comme un bon soldat, un parfait citoyen, alors que le for\u00e7at qui agit pareillement en s&rsquo;interdisant la d\u00e9lation est consid\u00e9r\u00e9 comme un tr\u00e8s mauvais sujet. Le soldat f\u00e9lon est durement frapp\u00e9, d\u00e9grad\u00e9 et m\u00e9pris\u00e9 alors que le for\u00e7at d\u00e9lateur est estim\u00e9 et r\u00e9compens\u00e9 en raison des services qu&rsquo;il rend \u00e0 son ennemi, \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3061\" title=\"Jacobil bagnard\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"150\" height=\"150\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire estime qu&rsquo;en lui appor\u00adtant des renseignements, et surtout en lui portant plainte contre un cod\u00e9tenu, son ennemi d&rsquo;hier capitule et re\u00adconna\u00eet sa souverainet\u00e9. Elle consid\u00e8re la d\u00e9lation comme la pierre de touche de l&rsquo;amendement moral. C&rsquo;est dire \u00e0 quel point elle la cultive. La faim, les brimades et les s\u00e9vices commis entre d\u00e9tenus sont autant de facteurs qui favorisent l&rsquo;\u00e9closion de cette qualit\u00e9 morale. Toutefois le nombre des mouchards n&rsquo;est pas aussi \u00e9lev\u00e9 que le laisse entendre l&rsquo;autorit\u00e9 dont l&rsquo;int\u00e9r\u00eat est de semer la m\u00e9fiance entre les condamn\u00e9s. Le bourricot est celui qui par d\u00e9lation porte pr\u00e9judice aux int\u00e9r\u00eats du groupement p\u00e9nal et compromet sa s\u00e9curit\u00e9. Au contraire le for\u00e7at correct, s\u00fbr, de confiance, le criminel honorable en un mot, est celui qui, par point d&rsquo;honneur, s&rsquo;interdit tout ce que le code de l&rsquo;honneur p\u00e9nal d\u00e9fend et que le bour\u00adricot commet ou peut commettre. Ce serait un tort de croire que cette conception de l&rsquo;honneur est particuli\u00e8re au monde des d\u00e9linquants : ainsi, le fr\u00e8re qui dans sa famille endosse sans broncher un reproche paternel qui tombe \u00e0 faux, l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve qui \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole se laisse punir sans protester pour une faute commise par un condisciple, le militaire qui au r\u00e9giment ne d\u00e9nonce pas un camarade soup\u00e7onn\u00e9 d&rsquo;indiscipline, le membre du club select qui, \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;un conflit mondain, s&rsquo;interdit toute action en justice, n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre conception de l&rsquo;honneur, La diff\u00e9rence de position sociale ne fait pas perdre au condamn\u00e9 la notion d&rsquo;un sentiment qui ne fait que s&rsquo;adapter \u00e0 une condition sp\u00e9ciale. Par essence cette conception de l&rsquo;honneur reste identique dans tous les milieux. Le prin\u00adcipe d&rsquo;utilit\u00e9 sociale seul en diff\u00e9rencie les manifestations en accordant la louange aux uns et le bl\u00e2me aux autres. C&rsquo;est ainsi que la morale courante estime ce fr\u00e8re, cet \u00e9l\u00e8ve, ce militaire, ce gentleman, alors qu&rsquo;elle m\u00e9sestime le criminel qui ne d\u00e9nonce pas son complice,<\/p>\n<p>Le d\u00e9lateur a dans le milieu p\u00e9nal la m\u00eame puissance nocive que l&rsquo;espion qui, en temps de guerre, est con\u00addamn\u00e9 \u00e0 mort, L&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e9tant permanente entre les repr\u00e9sentants du pouvoir ex\u00e9cutif et le groupement p\u00e9nal, quand celui-ci frappe un de ses membres coupables d&rsquo;intelligence avec l&rsquo;ennemi, il ob\u00e9it aux m\u00eames motifs de protection que l&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>L&rsquo;honorabilit\u00e9 du condamn\u00e9 &#8211; je parle de l&rsquo;honora\u00adbilit\u00e9 selon le canon du bagne &#8211; est en relation assez \u00e9troite avec son genre de criminalit\u00e9. Il est assez rare de rencontrer des hommes de caract\u00e8re parmi les escrocs, les faussaires, les criminels \u00e9rotiques et passionnels. Il est plus fr\u00e9quent d&rsquo;en trouver parmi les cambrioleurs, les meurtriers, les condamn\u00e9s d&rsquo;origine p\u00e9nale militaire \u00a0et les faux-monnayeurs. Certes il ne faudrait pas croire que tous ceux-l\u00e0 soient des d\u00e9lateurs et tous ceux-ci des condamn\u00e9s corrects. Des deux c\u00f4t\u00e9s on peut relever des exceptions, mais je crois que, consid\u00e9r\u00e9e en bloc, l&rsquo;obser\u00advation est juste. Les id\u00e9es du condamn\u00e9 sur ses devoirs de condamn\u00e9 sont celles d&rsquo;un ennemi vaincu et captur\u00e9 qui ne veut pas se soumettre. Il est naturel que les cam\u00adbrioleurs qui par temp\u00e9rament et profession s&rsquo;apparen\u00adtent au guerrier ou au corsaire soient plus irr\u00e9ductibles que l&rsquo;escroc et le faussaire qui comprennent la lutte pour l&rsquo;existence d&rsquo;une toute autre fa\u00e7on. Les uns violent, usent du couteau et du revolver ; les autres, fourbes, trompent par l&rsquo;\u00e9criture et la parole. Chez le d\u00e9linquant passionnel l&rsquo;infraction est un accident et non un moyen de lutte pour l&rsquo;existence. Elle a \u00e9t\u00e9 commise par d&rsquo;honn\u00eates gens brutalement d\u00e9racin\u00e9s du milieu social qui, replant\u00e9s dans l&rsquo;ambiance p\u00e9nale, continuent par habitude et par \u00e9ducation la mani\u00e8re civique en d\u00e9non\u00e7ant \u00e0 tout propos et hors de propos tout ce qui peut plaire \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9. Le genre de l&rsquo;infraction ne fait d&rsquo;ailleurs qu&rsquo;indiquer une pr\u00e9disposition, un \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me que les rigueurs du r\u00e9gime disciplinaire et les mille conflits qui surgissent du frottement entre d\u00e9tenus favorisent ou d\u00e9truisent se\u00adlon les cas. C&rsquo;est ainsi que tel transport\u00e9, consid\u00e9r\u00e9 comme un cav\u00e9, acquiert en s&rsquo;assimilant \u00e0 la morale p\u00e9nale, une bonne r\u00e9putation. Un autre qui, au cours de son proc\u00e8s a d\u00e9nonc\u00e9 ses complices par d\u00e9faut d&rsquo;exp\u00e9rience plut\u00f4t que par perversit\u00e9, regrette sa conduite et la rach\u00e8te par une tenue conforme \u00e0 la tradition p\u00e9nale. Au contraire un condamn\u00e9, brim\u00e9 par des cod\u00e9tenus qui veulent abuser de sa personne, se r\u00e9fugie dans le giron de l&rsquo;autorit\u00e9 pour se venger des mauvais traitements subis. Le canon bagnard a donc des adeptes et des dissi\u00addents de toutes origines.<\/p>\n<p>En poursuivant ses tra\u00eetres, le milieu p\u00e9nal fait \u00e9chec \u00e0 la politique de l&rsquo;administration. Depuis plusieurs an\u00adn\u00e9es cependant une crise de rel\u00e2chement caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;affaiblissement des qualit\u00e9s d\u00e9fensives du milieu p\u00e9nal, a port\u00e9 atteinte aux vieilles traditions. Jusque vers 1914, le mouchard, cet ennemi par excellence, \u00e9tait pro\u00adfond\u00e9ment m\u00e9sestim\u00e9, tenu \u00e0 l&rsquo;index, \u00e0 l&rsquo;occasion b\u00e2tonn\u00e9, parfois m\u00eame, mais rarement, ex\u00e9cut\u00e9. La baston\u00adnade s&rsquo;appelait la friction Prosper. Depuis la guerre cette mani\u00e8re de justice distributive n&rsquo;est plus appliqu\u00e9e. Plus encore ! Il arrive que les d\u00e9tenus les plus corrects adressent la parole \u00e0 des mouchards av\u00e9r\u00e9s, leur serrent la main, traitent affaires avec eux. Les porte-clefs p\u00e9n\u00e8\u00adtrent tranquillement dans les cases, coudoient leurs pires ennemis et tiennent parfois le jeu, supr\u00eame renverse\u00adment dans l&rsquo;ordre des choses, puisque le privil\u00e8ge de tenir le jeu est consid\u00e9r\u00e9 comme ne pouvant \u00e9choir qu&rsquo;au transport\u00e9 irr\u00e9prochable quant \u00e0 l&rsquo;honneur. Celui qui d\u00e9nonce une \u00e9vasion ou qui trahit son ami n&rsquo;est plus toujours inqui\u00e9t\u00e9. Accepter l&#8217;emploi de porte-cl\u00e9s cons\u00adtituait jadis le dernier degr\u00e9 de l&rsquo;infamie. Aujourd&rsquo;hui, les for\u00e7ats les plus s\u00e9rieux pensent que c&rsquo;est d\u00e9choir, mais trouvent \u00e0 cette d\u00e9ch\u00e9ance des circonstances att\u00e9\u00adnuantes. Il y a quinze ans, la conscience p\u00e9nale aurait r\u00e9prim\u00e9 plus s\u00e9v\u00e8rement que la cour d&rsquo;assises les pirates, rel\u00e9gu\u00e9s, lib\u00e9r\u00e9s ou habitants qui assassinent pour les d\u00e9pouiller les for\u00e7ats fugitifs. Actuellement, ils ne sont m\u00eame plus \u00e9gratign\u00e9s. Le for\u00e7at d&rsquo;aujourd&rsquo;hui manque de ce sens moral traditionnel que son a\u00een\u00e9 poss\u00e9dait \u00e0 un degr\u00e9 si \u00e9lev\u00e9. Jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre l&rsquo;arriv\u00e9e semes\u00adtrielle d&rsquo;un contingent d&rsquo;hommes robustes et pleins de ressort \u00e9tait le puissant antidote de l&rsquo;avachissement du milieu p\u00e9nal. L&rsquo;incorporation p\u00e9riodique d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9s aidait ce milieu \u00e0 maintenir haut et ferme ses principes de protection. Survint le torpillage du navire transport et la suppression des convois pendant cinq ans. Ceux-ci reprirent en 1922, mais ne relev\u00e8rent pas le niveau moral du milieu p\u00e9nal, ne vivifi\u00e8rent pas comme on pouvait s&rsquo;y attendre son esprit de lutte contre l&rsquo;administration. Il est vrai que ces convois apport\u00e8rent en majorit\u00e9 des d\u00e9tenus qui avaient perdu beaucoup de leur vigueur et de leurs qualit\u00e9s morales pendant de longs s\u00e9jours en maison centrale.<\/p>\n<p>Pendant la travers\u00e9e de Saint-Martin-de-R\u00e9 \u00e0 la Guyane, alors que les haines sont tr\u00e8s vivaces et que les transport\u00e9s ne sont pas encore avachis par le syst\u00e8me dis\u00adciplinaire et le climat, les d\u00e9nonciateurs sont maltrait\u00e9s s&rsquo;ils ne sont pas log\u00e9s isol\u00e9ment. Cette hostilit\u00e9 se fait sentir quelques mois encore apr\u00e8s l&rsquo;arriv\u00e9e du convoi, mais plus tard, apr\u00e8s la s\u00e9paration par camps et p\u00e9niten\u00adciers, elle s&rsquo;att\u00e9nue graduellement. Celui qui a \u00e9t\u00e9 l\u00e9s\u00e9 n&rsquo;oublie pas cependant. Les attentats commis \u00e0 titre de repr\u00e9sailles sur la personne des d\u00e9tenus d\u00e9lateurs sont aujourd&rsquo;hui plus rares, mais la haine de ces d\u00e9lateurs reste toujours le principe fondamental de la justice entre condamn\u00e9s et la vengeance choisit un autre moyen : le vol, le d\u00e9pouillement.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4097\" title=\"cerveau\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"183\" height=\"123\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier-300x202.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 183px) 100vw, 183px\" \/><\/a>Le vol commis \u00e0 titre de repr\u00e9sailles, consid\u00e9r\u00e9 comme un moyen de se rendre justice, repr\u00e9sente un des c\u00f4t\u00e9s les plus curieux et les moins connus de la mentalit\u00e9 p\u00e9nale. Le vol \u00e9quivaut ici, \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, \u00e0 l&rsquo;amende, \u00e0 la restitution et aux dommages-int\u00e9r\u00eats que la loi pro\u00adnonce contre certaines infractions. La proc\u00e9dure est r\u00e9\u00adduite \u00e0 n\u00e9ant et le d\u00e9linquant a l&rsquo;avantage d&rsquo;\u00eatre exon\u00e9r\u00e9 de tous les frais de justice. C&rsquo;est surtout \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e des convois et entre d\u00e9tenus d&rsquo;un m\u00eame convoi que se com\u00admettent les vols \u00e0 titre de repr\u00e9sailles. Chemises, panta\u00adlons, vareuses, souliers, couvertures d\u00e9filent alors subrep\u00adticement chez le receleur. Tr\u00e8s souvent ce receleur est un condamn\u00e9, mais il n&rsquo;est pas rare que ce soit aussi un agent de l&rsquo;administration. En ce dernier cas la pro\u00adpri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un ennemi passe \u00e0 un autre ennemi. Cela n&rsquo;a aucune importance pour le justicier qui, dans l&rsquo;exercice de repr\u00e9sailles qui lui paraissent l\u00e9gitimes, n&rsquo;oublie pas toujours le profit. J&rsquo;ai pu noter, il est vrai, quelques rares cas o\u00f9 le justicier d\u00e9pouillait un tra\u00eetre pour le seul plaisir de le punir sans en tirer le moindre b\u00e9n\u00e9fice ma\u00adt\u00e9riel mais en g\u00e9n\u00e9ral il estime qu&rsquo;on doit rendre la justice profitable. Dans beaucoup de vols, l&rsquo;id\u00e9e de profit domine souvent l&rsquo;id\u00e9e de vengeance et quelquefois m\u00eame le vol, le vrai vol prend le masque de la vengeance pour se l\u00e9gitimer. Ce souci de l\u00e9gitimer un acte qui en somme ne choque pas beaucoup par lui-m\u00eame la mentalit\u00e9 de la majorit\u00e9 du groupe, vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate. Si la morale p\u00e9nale estime juste et bien que l&rsquo;on attente \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un mouchard, elle trouve injuste et mal que l&rsquo;on vole un condamn\u00e9 correct. Cette action serait presque un nouveau sujet de repr\u00e9sailles. Il ne s&rsquo;agit plus alors de punir un tra\u00eetre, mais un d\u00e9linquant qui a touch\u00e9 au bien d&rsquo;un d\u00e9tenu qui ne le m\u00e9ritait pas. Lorsque l&rsquo;auteur d&rsquo;un de ces vols est connu, un ou plusieurs tiers interviennent aupr\u00e8s de lui pour l&rsquo;engager \u00e0 restituer sa prise. Ils y parviennent tr\u00e8s souvent. Cependant si le voleur persiste \u00e0 ne pas l\u00e2cher prise, ces tiers ne se m\u00ealent d&rsquo;aucune r\u00e9pression. Jamais non plus ils ne d\u00e9signeront le voleur au vol\u00e9. Mais malgr\u00e9 cette discr\u00e9tion il arrive que celui-ci d\u00e9couvre celui-l\u00e0, et c&rsquo;est alors que le conflit surgit. Selon l&rsquo;importance du pr\u00e9judice, selon les temp\u00e9raments des parties l&rsquo;affaire se termine en paroles ou en rixes. La r\u00e9\u00adprobation que trouvent dans le milieu p\u00e9nal les atteintes \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9tenu correct diff\u00e8re encore de celle que, dans la soci\u00e9t\u00e9, le vol trouve chez l&rsquo;honn\u00eate homme. Outre que dans la soci\u00e9t\u00e9 la r\u00e9pulsion qu&rsquo;inspire le vol et sa r\u00e9pression sont ins\u00e9parables, dans le milieu p\u00e9nal ce n&rsquo;est pas le vol en soi qui est bl\u00e2m\u00e9 et quelquefois r\u00e9prim\u00e9, c&rsquo;est seulement la mani\u00e8re. On ne reproche pas au contrevenant d&rsquo;\u00eatre un voleur, mais d&rsquo;avoir vol\u00e9 un tel plut\u00f4t que tel autre. Il est bon de remarquer que cette mani\u00e8re de sentir n&rsquo;est pas particuli\u00e8re au monde des criminels. Lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif &#8211; et la men\u00adtalit\u00e9 p\u00e9nale ne conna\u00eet que l&rsquo;int\u00e9r\u00eat &#8211; le bellig\u00e9rant voit les choses de la m\u00eame mani\u00e8re. Il glorifie le vol commis contre un ennemi, et m\u00eame l&rsquo;homicide, alors qu&rsquo;il bl\u00e2me et punit les m\u00eames actes commis sur un des siens ou de ses alli\u00e9s. D&rsquo;o\u00f9 il appert que le m\u00eame motif, l&rsquo;hostilit\u00e9, engendre la m\u00eame morale<a name=\"_ftnref1\" href=\"#_ftn1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p>Le vol consid\u00e9r\u00e9 comme moyen de repr\u00e9sailles se pra\u00adtique aussi contre les repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9 coupa\u00adbles de s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 excessive, de s\u00e9vices et de vol envers les d\u00e9tenus. Quand un agent arrive aux Iles ou en part, il arrive que ses bagages, d\u00e9barqu\u00e9s ou embarqu\u00e9s par la main p\u00e9nale, sont manipul\u00e9s avec un tel soin qu&rsquo;il n&rsquo;est pas rare que sa vaisselle soit r\u00e9duite en miettes. Si les circonstances le permettent les bagages sont \u00e9ventr\u00e9s, fouill\u00e9s et d\u00e9lest\u00e9s de tout ce qui para\u00eet pr\u00e9cieux. La sur\u00adveillance est quelquefois si \u00e9troite et le d\u00e9sir de repr\u00e9\u00adsailles si imp\u00e9rieux que les for\u00e7ats ne pouvant rien sous\u00adtraire, simulent un accident et laissent choir un ou plu\u00adsieurs colis \u00e0 la mer. Pendant son s\u00e9jour sur le p\u00e9niten\u00adcier insulaire, l&rsquo;agent mal vu aura de gros d\u00e9boires du c\u00f4t\u00e9 de sa basse-cour, car le for\u00e7at est toujours un renard fam\u00e9lique.<\/p>\n<p>Il convient de remarquer que cette r\u00e9pression ne s&rsquo;exerce pas indistinctement contre tous les agents ou fonctionnaires, mais seulement contre les plus mauvais, alors que tous cependant, quels qu&rsquo;ils soient, sont des ennemis. Pourquoi cette distinction entre les repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9, alors qu&rsquo;il est de doctrine absolue de consid\u00e9rer tous les mouchards sans exception comme des ennemis. ? \u00c0 premi\u00e8re vue elle peut para\u00eetre contradictoire, mais en fait elle est simplement humaine et juste. Plusieurs agents m&rsquo;ont d\u00e9clar\u00e9 avoir \u00e9t\u00e9 soign\u00e9s avec d\u00e9vouement par des condamn\u00e9s au cours de leurs maladies. Tous les condamn\u00e9s cit\u00e9s \u00e9taient des condam\u00adn\u00e9s corrects qui n&rsquo;auraient jamais d\u00e9nonc\u00e9 un des leurs ni rendu le moindre service \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9, mais que l&rsquo;admi\u00adnistration cotait comme dangereux. Quant aux agents, c&rsquo;\u00e9taient tous des hommes qui avaient l&rsquo;excellente habi\u00adtude de laisser la paix aux malheureux. Il est aussi des guerriers chevaleresques qui distinguent les ennemis im\u00adplacables de ceux qui pouvant leur nuire ont us\u00e9 de cl\u00e9mence \u00e0 leur \u00e9gard. Nous constatons encore que le condamn\u00e9 dont on bl\u00e2me tant les usages fait quelquefois preuve de beaux sentiments. De plus, la r\u00e9pression exerc\u00e9e par le condamn\u00e9 est toujours personnelle alors que celle des guerriers qui razzient, pillent ou mitraillent des villages, est collective, partant plus barbare.<\/p>\n<p>Se basant sur ce fait, exact d&rsquo;ailleurs, que les criminels n&#8217;emploient que la violence pour exercer leur justice, M. J. Maxwell<a name=\"_ftnref2\" href=\"#_ftn2\">[2]<\/a> opine en faveur du r\u00e9tablissement des ch\u00e2timents corporels pour une certaine cat\u00e9gorie de criminels. Ce distingu\u00e9 criminaliste semble oublier que le groupement p\u00e9nal, pas plus que le monde des d\u00e9lin\u00adquants libres, n&rsquo;a de prison \u00e0 sa disposition. Il se rabat donc sur le seul mode de r\u00e9pression qui soit \u00e0 sa port\u00e9e. Ce serait peut-\u00eatre r\u00e9trograder que de revenir aux ch\u00e2\u00adtiments corporels d&rsquo;o\u00f9 sont issues par transformations successives nos peines actuelles tout comme nos amendes d\u00e9rivent du vol par repr\u00e9sailles.<\/p>\n<p>Dans la soci\u00e9t\u00e9 le criminel appelle \u00ab cav\u00e9 \u00bb l&rsquo;honn\u00eate homme. Par extension ce terme sert \u00e0 d\u00e9signer tous les d\u00e9tenus qui manquent de moyens offensifs et d\u00e9fensifs dans la lutte pour l&rsquo;existence. On dit de certains condam\u00adn\u00e9s \u00ab c&rsquo;est un cav\u00e9 ! \u00bb comme on dirait \u00ab c&rsquo;est un imb\u00e9cile ! \u00bb Avec son sens aigu des choses pratiques le for\u00e7at appr\u00e9cie par dessus tout l&rsquo;aptitude \u00e0 se tirer d&rsquo;affaire, \u00e0 se d\u00e9brouiller pour \u00e9chapper \u00e0 la faim et \u00e0 la mis\u00e8re. Tout le reste est pour lui n\u00e9gligeable. Il admire celui qui sait cameloter, et m\u00e9sestime le voleur de grand style qui, d\u00e9sorbit\u00e9 dans un tel milieu, ne sait le plus souvent que faire de ses dix doigts. Celui-ci, \u00e0 son tour, inaccou\u00adtum\u00e9 \u00e0 de telles mesquineries et trop fier pour les com\u00admettre m\u00e9prise celui-l\u00e0. Les uns par rapport aux autres sont des cav\u00e9s.<\/p>\n<p>Pouss\u00e9s par la mis\u00e8re qui r\u00e8gne au bagne en ma\u00eetresse, quelques condamn\u00e9s pratiquent le vol pour le vol sans qu&rsquo;intervienne aucun esprit de repr\u00e9sailles, et comme ventre affam\u00e9 n&rsquo;a pas d&rsquo;oreilles, ceux qui s&rsquo;y livrent ne s&#8217;embarrassent d&rsquo;aucun principe, pas plus des principes de morale p\u00e9nale que des autres. Les for\u00e7ats honorables aussi bien que les mouchards, les bons agents aussi bien que les mauvais, tous sont \u00e0 l&rsquo;occasion d\u00e9pouill\u00e9s. Mais cette cat\u00e9gorie de petits voleurs n&rsquo;est pas consid\u00e9r\u00e9e. Voleurs par habitude, \u00e9ducation ou dressage, maniaques du chapardage, plus kleptomanes que voleurs, ces d\u00e9te\u00adnus sont la plaie des cases. Pouss\u00e9s par le besoin, et plus encore par la force irr\u00e9sistible de l&rsquo;habitude, ils sont constamment \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d&rsquo;une ration de savon, d&rsquo;un paquet de tabac, d&rsquo;une paire de souliers, d&rsquo;un pantalon. Plac\u00e9s dans un emploi, ils s&rsquo;approprient sans prudence tout ce qui est \u00e0 leur port\u00e9e et se font souvent prendre.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3061\" title=\"Jacobil bagnard\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a>A ces vols commis par repr\u00e9sailles ou par cupidit\u00e9 au pr\u00e9judice des personnes s&rsquo;ajoutent les vols commis au pr\u00e9judice de l&rsquo;Etat ou de la collectivit\u00e9 p\u00e9nale par tous les condamn\u00e9s qui camelotent. Cette forme de vol que nous avons d\u00e9crite d&rsquo;autre part, est tellement ancr\u00e9e dans les m\u0153urs, elle est tellement li\u00e9e aux besoins de la vie p\u00e9\u00adnale que presque tous ceux qui s&rsquo;y livrent &#8211; et ils sont l\u00e9gion &#8211; la consid\u00e8rent comme un proc\u00e9d\u00e9 absolument normal. On con\u00e7oit cette mani\u00e8re de voir quand le vol, commis dans un magasin par exemple, ne l\u00e8se que l&rsquo;Etat ; on la con\u00e7oit moins quand le for\u00e7at se vole lui-m\u00eame ou vole ses co-d\u00e9tenus. Le cuisinier qui d\u00e9tourne le saindoux d\u00e9j\u00e0 distribu\u00e9 pr\u00e9judicie aux int\u00e9r\u00eats du milieu p\u00e9nal ; de m\u00eame le boulanger qui soustrait de la farine et le cambusier de l&rsquo;h\u00f4pital qui baptise le vin apr\u00e8s distribution. Le milieu p\u00e9nal sait qu&rsquo;il est tromp\u00e9, mais comme le proc\u00e9d\u00e9 est admis, il est tr\u00e8s rare qu&rsquo;il occasionne des protestations. Il ne s&rsquo;agit pas bien entendu de r\u00e9clamer \u00e0 une administration qu&rsquo;on ne veut pas reconna\u00eetre, mais on pourrait s&rsquo;en prendre aux d\u00e9tenus qui vous d\u00e9pouil\u00adlent. Jamais cela ne se fait. Cette indiff\u00e9rence en face des pr\u00e9judices quotidiens l&rsquo;est pour le moins incoh\u00e9rente, si on la compare \u00e0 l&rsquo;indignation qui quelquefois d\u00e9termine un d\u00e9tenu \u00e0 en tuer un autre pour un larcin des plus futiles. Ainsi tel qui se r\u00e9volterait, se battrait, tuerait m\u00eame pour un morceau de pain vol\u00e9 \u00e0 sa place apr\u00e8s la distribution individuelle, restera indiff\u00e9rent au vol par\u00adtiel de sa ration commis tous les jours \u00e0 la cuisine. Ce rapport inverse entre les r\u00e9actions d&rsquo;un individu et les dommages qu&rsquo;il subit est \u00e9trange. Dans le premier cas l&rsquo;orgueil fait bondir la victime ; dans l&rsquo;autre elle sup\u00adporte le dommage subi en commun. Cela tient \u00e0 ce qu&rsquo;il est admis dans le milieu p\u00e9nal que tout for\u00e7at se d\u00e9\u00adbrouille pour am\u00e9liorer sa situation. On peut m\u00eame admettre que l&rsquo;arri\u00e8re-pens\u00e9e de pouvoir un jour \u00eatre voleur fait patienter les vol\u00e9s.<\/p>\n<p>La mentalit\u00e9 du groupe p\u00e9nal est celle de tous les criminels qui s&rsquo;y retrouvent. Elle est caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;hostilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la soci\u00e9t\u00e9 et de ceux qui se rangent sous ses lois. Au bagne, cette hostilit\u00e9 augmente sous le coup de la fl\u00e9trissure dont le frappent la loi et l&rsquo;esprit public ; elle augmente en raison de l&rsquo;hostilit\u00e9 en retour dont il se sent tous les jours l&rsquo;objet, hostilit\u00e9 implacable, irr\u00e9ductible, qui s&rsquo;oppose \u00e0 toute r\u00e9conciliation. Tout ce qui \u00e9mane de notre l\u00e9gislation p\u00e9nale et de notre pou\u00advoir ex\u00e9cutif, tous nos principes de morale tendent \u00e0 avilir le criminel : pour les uns c&rsquo;est un r\u00e9prouv\u00e9, pour les autres un inf\u00e2me. Chez l&rsquo;Europ\u00e9en en g\u00e9n\u00e9ral et le Fran\u00ad\u00e7ais en particulier, le sentiment que l&rsquo;honn\u00eate homme \u00e9prouve en face du criminel est de m\u00eame essence que celui que l&rsquo;Hindou pur \u00e9prouve en face de son cong\u00e9n\u00e8re impur. L&rsquo;honn\u00eatet\u00e9 europ\u00e9enne a-t-elle donc besoin pour se maintenir de cette barricade morale ? Ce sentiment d&rsquo;hostilit\u00e9, p\u00e9tri de haine et de m\u00e9pris, qui poursuit le for\u00e7at jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort, est-il n\u00e9cessaire \u00e0 la protection de la soci\u00e9t\u00e9 ? Pour moi, tant que nos conceptions p\u00e9niten\u00adtiaires seront sorties de la haine, aucune croisade vrai\u00adment efficace ne pourra \u00eatre entreprise contre la r\u00e9cidive criminelle. Et par r\u00e9cidive, je n&rsquo;entends pas seulement la rechute apr\u00e8s la lib\u00e9ration, mais encore et surtout la per\u00admanence de l&rsquo;infraction pendant l&rsquo;ex\u00e9cution de la peine. Cette forme de r\u00e9cidive r\u00e9sulte au premier chef de la pratique p\u00e9nitentiaire qui, au nom d&rsquo;une pr\u00e9tendue mo\u00adrale, n&rsquo;enseigne \u00e0 vrai dire que l&rsquo;immoralisme ; qui agit au nom de la justice alors qu&rsquo;elle est en fait la n\u00e9gation de toute justice, qu&rsquo;elle a cr\u00e9\u00e9 \u00e0 toutes les \u00e9poques le contraire de la justice. A \u00eatre constamment l\u00e9s\u00e9, tromp\u00e9, vol\u00e9, le for\u00e7at ne peut avoir confiance dans cette justice.<\/p>\n<p>C&rsquo;est pourquoi il s&rsquo;\u00e9rige lui-m\u00eame en justicier. J&rsquo;ai eu l&rsquo;occasion de recueillir de la bouche m\u00eame du Procureur g\u00e9n\u00e9ral venu aux Iles du Salut en inspection, cette \u00e9ton\u00adnante remarque : \u00ab Il est assez plaisant, me dit-il, de voir ces gens-l\u00e0, qui ont tous viol\u00e9 la loi, profiter du moindre pr\u00e9texte pour parler justice et arguer des textes pour obtenir ce qu&rsquo;ils appellent leur droit \u00bb. La remarque du plus haut repr\u00e9sentant de la justice distributive dans la colonie refl\u00e8te la pens\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du monde p\u00e9niten\u00adtiaire toujours hostile au criminel. Elle constitue un aveu bon \u00e0 retenir et montre que si le for\u00e7at \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 comme un homme pouvant se plaindre et obtenir quel\u00adquefois justice, on n&rsquo;irait pas chercher si le plaignant d&rsquo;aujourd&rsquo;hui a commis autrefois des infractions ; on se contenterait d&rsquo;examiner en toute conscience si les griefs du moment sont fond\u00e9s. Le Procureur avoue au contraire que le for\u00e7at est par avance celui qui a tort, qui fatale\u00adment doit avoir tort.<\/p>\n<p>Nous savons comment les agents de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire vivent du condamn\u00e9. Dans ce vaste tripot qu&rsquo;est le bagne, le for\u00e7at si exploit\u00e9 qu&rsquo;il soit, trouve cependant \u00e0 tous les trafics que l&rsquo;on d\u00e9signe commun\u00e9\u00adment sous le nom de camelote d&rsquo;appr\u00e9ciables avantages puisqu&rsquo;il peut gagner quelques sous, jouer aux cartes et acheter du tabac. Mais ses gardiens lui imposent des conditions tellement dures que sa mauvaise humeur le pousse parfois \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever contre un r\u00e9gime qu&rsquo;il sait \u00eatre contraire au r\u00e8glement. Alors il r\u00e9clame et d\u00e9nonce les abus.<\/p>\n<p>L&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire est hostile aux r\u00e9clamateurs. Elle appelle mauvais condamn\u00e9 celui qui se plaint contre l&rsquo;autorit\u00e9, qui r\u00e9clame contre la pratique p\u00e9ni\u00adtentiaire. D&rsquo;o\u00f9 il suit que le for\u00e7at est consid\u00e9r\u00e9 comme dangereux en raison de son sens de la justice. S&rsquo;il rap\u00adpelle l&rsquo;administration \u00e0 la r\u00e8gle, celle-ci le consid\u00e8re comme capable de tout. A y regarder de pr\u00e8s, cela n&rsquo;est pas flatteur pour les repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9, mais cela est ainsi. Comme beaucoup de repr\u00e9sentants de la justice officielle sont plus v\u00e9reux que le condamn\u00e9 qui r\u00e9clame, il en d\u00e9coule que celui-ci, lorsqu&rsquo;il ne veut pas ou ne veut plus \u00eatre leur complice et les d\u00e9nonce \u00e0 l&rsquo;autorit\u00e9, est consid\u00e9r\u00e9 comme un for\u00e7at des plus dangereux. Le r\u00e9clamateur est un g\u00eaneur, un indisciplin\u00e9, un r\u00e9calcitrant, bref le plus nocif parmi les mauvais. De l\u00e0 l&rsquo;animad\u00adversion toute particuli\u00e8re dont il est l&rsquo;objet. Cela para\u00eet monstrueux, scandaleux et pourtant cela ne manque pas de logique, \u00e9tant donn\u00e9 ce que nous savons des id\u00e9es traditionnelles des deux milieux p\u00e9nal et p\u00e9nitentiaire. L\u00e0 o\u00f9 le vol &#8211; et la camelote est un euph\u00e9misme p\u00e9ni\u00adtentiaire qui signifie vol &#8211; l\u00e0 o\u00f9 le vol constitue le moyen le plus usuel d&rsquo;am\u00e9liorer l&rsquo;existence des uns et des autres, des condamn\u00e9s et du personnel, il est pour ainsi dire fatal que celui qui prend position contre ces m\u0153urs soit de ce fait trait\u00e9 en ennemi. Ce qui dans un bagne honn\u00eate, c&rsquo;est-\u00e0-dire dans un bagne o\u00f9 on agirait l\u00e9galement, pa\u00adra\u00eetrait tout simplement moral et civique est consid\u00e9r\u00e9 ici comme immoral et agressif. Cela est tellement exact que le r\u00e9clamateur est non seulement ha\u00ef et m\u00e9sestim\u00e9 de la gent p\u00e9nitentiaire, mais encore, dans bien des cas du moins, de la gent p\u00e9nale. Cela d\u00e9montre la solidarit\u00e9 d\u00e9lictueuse qui existe entre surveillants et surveill\u00e9s, les uns d\u00e9tournant ce que les autres rec\u00e8lent.<\/p>\n<p>Il s&rsquo;en faut que ce soit toujours un d\u00e9sir de justice qui pousse les hommes \u00e0 r\u00e9clamer. Tant\u00f4t le r\u00e9clamateur d\u00e9\u00adnonce par jalousie un trafic illicite que lui-m\u00eame a quel\u00adquefois commis et qu&rsquo;il a l&rsquo;espoir, le cas \u00e9ch\u00e9ant, de commettre \u00e0 nouveau : la course aux emplois et la con\u00adcurrence mercantile d\u00e9terminent de telles r\u00e9clamations. Tant\u00f4t le r\u00e9clamateur d\u00e9nonce par vengeance un fait irr\u00e9gulier ou d\u00e9lictueux avec la seule intention d&rsquo;user de repr\u00e9sailles contre un agent qui l&rsquo;a puni ou l\u00e9s\u00e9. Dans tous ces cas le protestataire est d\u00e9nu\u00e9 de tout souci moral d&rsquo;ordre g\u00e9n\u00e9ral. Il est d&rsquo;autres cas o\u00f9 il est m\u00fb par un juste et pur sentiment de r\u00e9volte auquel s&rsquo;allie toujours l&rsquo;hostilit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 toute revendication, puisque r\u00e9cla\u00admer c&rsquo;est en somme contre-attaquer l&rsquo;autorit\u00e9 qui vous a nui. La r\u00e9clamation peut alors nuire \u00e0 celui contre qui elle a \u00e9t\u00e9 dirig\u00e9e, mais elle n&rsquo;avait qu&rsquo;un but : venir en aide \u00e0 la communaut\u00e9 opprim\u00e9e. C&rsquo;est le cas de toutes les r\u00e9clamations relatives \u00e0 l&rsquo;habillement, \u00e0 la nourriture, \u00e0 l&rsquo;inobservation des prescriptions m\u00e9dicales, aux s\u00e9vices, aux ill\u00e9galit\u00e9s de toutes sortes. Ceux qui r\u00e9clament dans cet esprit sont consid\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;administration comme les condamn\u00e9s les plus nocifs. L&rsquo;administration ne tol\u00e8re que les r\u00e9clamations larmoyantes et \u00e0 but individuel, o\u00f9 la flatterie s&rsquo;allie \u00e0 la soumission. Pour augmenter ses chan\u00adces d&rsquo;avoir gain de cause, le p\u00e9titionnaire h\u00e9rissera sa lettre de majuscules, s&rsquo;adressera tr\u00e8s humblement aux Tr\u00e8s Hautes Autorit\u00e9s, flattera leur Infinie Bienveillance, demandera timidement s&rsquo;il ne serait pas possible de lui faire son droit, s&rsquo;excusera de son audace, opposera sa mis\u00e9rable et basse condition \u00e0 l&rsquo;Autorit\u00e9 Toute Puissante, se frappera la poitrine, puis se confondra en remer\u00adciements et en Tr\u00e8s Profonds Respects. Cette humilit\u00e9 a tous les suffrages de l&rsquo;administration et si la r\u00e9clamation reste sans suite la forme au moins fera pardonner le fond. Dans tous les mondes, l&rsquo;autorit\u00e9 pr\u00e9f\u00e8re le chien qui l\u00e8che \u00e0 celui qui mord.<\/p>\n<p>Au contraire, tout r\u00e9clamant qui, dans une forme sobre et correcte g\u00eane l&rsquo;administration par la justesse de ses plaintes est trait\u00e9 d&rsquo;intellectuel. Ce mot ne sert pas \u00e0 d\u00e9signer des condamn\u00e9s intelligents, riches de lettres et d&rsquo;esprit distingu\u00e9. Dans la pens\u00e9e d&rsquo;un garde-chiourme, qu&rsquo;il soit directeur ou surveillant de troisi\u00e8me classe, l&rsquo;intellectuel est celui qui discute bien, raisonne juste, se plaint quand il a un motif de se plaindre, bref qui ne se laisse pas faire. C&rsquo;est un homme chez qui l&rsquo;\u00e9nergie mo\u00adrale domine les app\u00e9tits et qui s&rsquo;accommode mal des m\u0153urs et usages du milieu. Craint, redout\u00e9, voire res\u00adpect\u00e9, il est pour l&rsquo;autorit\u00e9 un adversaire qui compte. Partout d&rsquo;ailleurs o\u00f9 la valeur de l&rsquo;homme est consid\u00e9r\u00e9e en relation de son automatisme, de sa passivit\u00e9, de son ob\u00e9issance, on retrouve ce conflit entre l&rsquo;individu fort et l&rsquo;autorit\u00e9. Partout aussi, mais au bagne encore plus qu&rsquo;ailleurs, on voit l&rsquo;autorit\u00e9 flatter les passions pour venir \u00e0 ses fins. Un inverti que la seule menace d&rsquo;\u00eatre s\u00e9par\u00e9 d&rsquo;un complice ram\u00e8ne \u00e0 l&rsquo;ordre est tr\u00e8s appr\u00e9ci\u00e9 de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. L&rsquo;ivrogne qui retire n&rsquo;importe quelle r\u00e9clamation pour un verre de tafia est aussi l&rsquo;enfant ch\u00e9ri de l&rsquo;autorit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4097\" title=\"cerveau\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier-300x202.jpg\" alt=\"\" width=\"204\" height=\"138\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier-300x202.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cerveau-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 204px) 100vw, 204px\" \/><\/a>Les irr\u00e9gularit\u00e9s commises au bagne par l&rsquo;administra\u00adtion et les condamn\u00e9s sont les unes avec les autres en si \u00e9troite d\u00e9pendance qu&rsquo;elles forment un bloc homog\u00e8ne contre lequel se heurte en vain le r\u00e9clamateur. De l\u00e0 la r\u00e9probation dont il est l&rsquo;objet de la part du monde p\u00e9nal qui, par contre-coup, peut se trouver momentan\u00e9ment l\u00e9s\u00e9 dans l&rsquo;exercice toujours avantageux d&rsquo;un commerce illicite. Si \u00e0 l&rsquo;issue d&rsquo;une distribution d&rsquo;aliments avari\u00e9s toute une case crie, hurle, proteste, tout le monde se tait d\u00e8s que le commandant du p\u00e9nitencier menace de punir les protestataires. Parfois un condamn\u00e9 moins af\u00adfaiss\u00e9 que les autres refuse nettement sa ration et s&rsquo;ex\u00adpose ainsi \u00e0 une punition certaine. Non contagieux, ce m\u00e2le exemple n&rsquo;est pas suivi des autres d\u00e9tenus qui apr\u00e8s coup, tout en \u00e9tant honteux de leur conduite, bl\u00e2ment pour des raisons sp\u00e9cieuses l&rsquo;attitude de celui qui a lutt\u00e9 pour l&rsquo;int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral. Il faut dire le mot : dans les questions collectives les for\u00e7ats sont l\u00e2ches. Mais cette l\u00e2chet\u00e9 r\u00e9sulte directement de la conviction qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de justice \u00e0 attendre de la part de l&rsquo;autorit\u00e9, qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien \u00e0 esp\u00e9rer de la bonne foi des fonctionnaires du bagne, que le for\u00e7at bien qu&rsquo;ayant raison, doit toujours avoir tort. De l\u00e0 aussi vient que le protestataire est consid\u00e9r\u00e9 comme un na\u00eff, ou comme un cr\u00e2neur, ou encore comme un homme qui par une originalit\u00e9 maladive attire sur la communaut\u00e9 la col\u00e8re et la haine du pouvoir.<\/p>\n<p>Cependant comme la conscience humaine n&rsquo;est faite que de contradictions et d&rsquo;oppositions, il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cette l\u00e2chet\u00e9 collective le for\u00e7at qui par n\u00e9cessit\u00e9 est profond\u00e9ment individualiste, fait preuve par ailleurs de toutes les formes de la solidarit\u00e9. La plupart des punis de cachot et de cellule, les r\u00e9clusionnaires, les d\u00e9tenus \u00e0 titre pr\u00e9ventif et les hospitalis\u00e9s sont assist\u00e9s en tabac et en vivres par un ami ou par un clan. Il est de solidarit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire et indiscut\u00e9e d&rsquo;aider et de secou\u00adrir un \u00e9vad\u00e9. Quand un mouchard av\u00e9r\u00e9 est assassin\u00e9, le produit des cagnotes de case est vers\u00e9 au meurtrier par les tenanciers du jeu. Parfois aussi des collectes sont faites au profit de d\u00e9tenus indigents. Les condamn\u00e9s qui ont de bons emplois, partagent souvent un suppl\u00e9ment de nourriture avec des co-d\u00e9tenus moins favoris\u00e9s. Ce qui caract\u00e9rise toutes ces formes de bienfaisance, c&rsquo;est qu&rsquo;elles sont pratiqu\u00e9es sans ostentation, simplement, voire avec d\u00e9licatesse. D&rsquo;ailleurs malgr\u00e9 sa rudesse et son manque d&rsquo;\u00e9ducation le for\u00e7at est souvent plus d\u00e9licat que son cornac. Pendant mon s\u00e9jour aux Iles, le d\u00e9port\u00e9 X&#8230;, sous l&#8217;empire d&rsquo;une crise de mysticisme, r\u00e9solut de faire p\u00e9nitence et cessa, \u00e0 bien peu pr\u00e8s, de prendre toute nourriture. Il offrit donc gratuitement ses vivres aux quelques transport\u00e9s affect\u00e9s aux corv\u00e9es de l&rsquo;Ile du Diable. Ceux-ci par d\u00e9licatesse voyant l&rsquo;\u00e9tat de maigreur du d\u00e9port\u00e9 les refus\u00e8rent. Ils ne voulaient pas contribuer \u00e0 aggraver la sant\u00e9 de leur compagnon de captivit\u00e9. X&#8230;, offrit alors sa ration quotidienne \u00e0 l&rsquo;agent chef de camp et celui-ci sans la moindre h\u00e9sitation ni le plus l\u00e9ger scrupule l&rsquo;accepta d&#8217;embl\u00e9e.<\/p>\n<p>Les criminalistes de carri\u00e8re ont une tendance mar\u00adqu\u00e9e \u00e0 classer les d\u00e9linquants en deux principales cat\u00e9\u00adgories : les primaires et les r\u00e9cidivistes qu&rsquo;ils appellent volontiers des incorrigibles. Aux premiers ils pr\u00eatent tou\u00adtes les qualit\u00e9s ; aux seconds tous les d\u00e9fauts. L&rsquo;exp\u00e9rience est loin de confirmer leur opinion. La v\u00e9rit\u00e9 est moins absolue et la proposition inverse se rapprocherait autant, si ce n&rsquo;est plus, de la v\u00e9rit\u00e9. En premier lieu, le primaire n&rsquo;est pas toujours celui qui n&rsquo;a commis qu&rsquo;une seule infraction, mais bien plut\u00f4t celui qui n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 pris qu&rsquo;une seule fois. Certes il est possible que la premi\u00e8re condamnation co\u00efncide avec la commission de la pre\u00admi\u00e8re Infraction. Cela se voit assez souvent chez les d\u00e9lin\u00adquants passionnels, mais il arrive souvent que plusieurs infractions ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 celle qui motive la premi\u00e8re pour\u00adsuite. Dans ce cas, on ne voit pas la diff\u00e9rence qui peut exister au point de vue moral entre ce pr\u00e9tendu pri\u00admaire et le r\u00e9cidiviste. En second lieu, il est imprudent de croire par syst\u00e8me que le primaire r\u00e9el soit plus susceptible d&rsquo;amendement que le r\u00e9cidiviste. La possibilit\u00e9 d&rsquo;amendement ne r\u00e9side pas dans la qualit\u00e9 r\u00e9elle ou suppos\u00e9e de primaire, mais bien dans la r\u00e9flexion et la volont\u00e9 du sujet consid\u00e9r\u00e9. C&rsquo;est ainsi que tel qui a vol\u00e9 dix et vingt fois peut ne plus vo\u00adler au bagne, tandis que celui qui n&rsquo;a vol\u00e9 qu&rsquo;une fois peut persister dans le d\u00e9lit tant qu&rsquo;il est au bagne et, ayant pris l&rsquo;habitude, continuer de voler apr\u00e8s sa li\u00adb\u00e9ration. Cela s&rsquo;est vu et se voit tous les jours. A l&rsquo;arri\u00adv\u00e9e de chaque convoi, on voit des condamn\u00e9s qui n&rsquo;ont jamais vol\u00e9, notamment des ruraux, d\u00e9linquants \u00e9roti\u00adques et passionnels, presque tous primaires, s&rsquo;adapter rapidement au milieu et devenir des virtuoses en mati\u00e8re de camelote. Tout le monde sait que dans la vieille Corse voler est infamant alors que tuer, ou tout au moins tuer par vengeance, est glorifiant. Les Corses condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s pour meurtre, en qui survit la vieille mentalit\u00e9 insulaire, repr\u00e9sentent bien le type parfait du primaire qui a horreur du vol. L&rsquo;un d&rsquo;eux avait \u00e9crit sur sa musette \u00ab Mort aux voleurs !\u00a0\u00bb Quelques mois plus tard ce for\u00e7at int\u00e8gre faisait le coup du p\u00e8re Fran\u00e7ois \u00e0 ses co-d\u00e9tenus voleurs r\u00e9cidi\u00advistes, et ainsi de nombreux primaires passionnels. C&rsquo;est l\u00e0 le r\u00e9sultat de la m\u00e9thode de rel\u00e8vement moral qui non seulement cultive la d\u00e9lation, mais dresse au vol et r\u00e9veille tous les mauvais penchants au lieu de les combattre. Au contraire, et quelque paradoxal que cela puisse para\u00eetre, un voleur de profession peut, apr\u00e8s dix ans de bagne, \u00eatre plus capable de probit\u00e9 qu&rsquo;un mari qui aura tu\u00e9 sa femme et n&rsquo;aura jamais vol\u00e9 avant de venir au bagne. Je ne conclus pas de l\u00e0 que le r\u00e9cidiviste est beaucoup plus susceptible que le pri\u00admaire de devenir un honn\u00eate homme. Je constate que la plupart des primaires se corrompent au bagne et que la plupart des r\u00e9cidivistes ne s&rsquo;y am\u00e9liorent pas. Mais il est certain que beaucoup de condamn\u00e9s, plus nombreux peut-\u00eatre dans la seconde cat\u00e9gorie que dans la pre\u00admi\u00e8re savent se soustraire aux attaches passionnelles qui livrent pieds et poings li\u00e9s le for\u00e7at \u00e0 l&rsquo;administration, conservent le respect de leur individu et, malgr\u00e9 l&rsquo;ambiance du bagne, perdent \u00e0 la longue toute nocuit\u00e9. Ces condamn\u00e9s-l\u00e0 sont consid\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;administration comme les plus dangereux.<\/p>\n<p>L&rsquo;optique p\u00e9nitentiaire n&rsquo;appr\u00e9cie pas la nocuit\u00e9 d&rsquo;un condamn\u00e9 d&rsquo;apr\u00e8s son degr\u00e9 de moralit\u00e9, sa ri\u00adchesse ou son indigence en bons instincts, mais uni\u00adquement d&rsquo;apr\u00e8s le danger qu&rsquo;il repr\u00e9sente contre elle. Or, elle, administration p\u00e9nitentiaire, \u00e9tant quel\u00adque chose de fonci\u00e8rement malhonn\u00eate, il en r\u00e9sulte que le condamn\u00e9 qui proteste contre cette malhonn\u00eatet\u00e9 est par cela m\u00eame ha\u00ef et maltrait\u00e9, tandis que celui qui fait cause commune avec elle est au contraire estim\u00e9 et bien trait\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-249\" title=\"vue a\u00e9rienne des \u00eeles du Salut\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1-300x217.jpg\" alt=\"vue a\u00e9rienne des \u00eeles du Salut\" width=\"157\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1-300x217.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/iles-du-salut1.jpg 330w\" sizes=\"(max-width: 157px) 100vw, 157px\" \/><\/a>Sur le p\u00e9nitencier des Iles du Salut o\u00f9 sont group\u00e9s les individus les plus nocifs, la timebilit\u00e9<a name=\"_ftnref3\" href=\"#_ftn3\"><em><strong>[3]<\/strong><\/em><\/a> du condamn\u00e9 n&rsquo;est pas plus qu&rsquo;ailleurs appr\u00e9ci\u00e9e en raison du crime qu&rsquo;il a commis, mais \u00e0 peu pr\u00e8s uniquement en raison de sa tendance \u00e0 se soustraire \u00e0 l&rsquo;ex\u00e9cution de sa peine en s&rsquo;\u00e9vadant. Autant il est naturel que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, dont c&rsquo;est le devoir, emp\u00eache les condam\u00adn\u00e9s de s&rsquo;\u00e9vader, autant il est juste de n&rsquo;accepter qu&rsquo;avec r\u00e9serve l&rsquo;appr\u00e9ciation qu&rsquo;elle porte sur les coutumiers de l&rsquo;\u00e9vasion. Certes on peut objecter que ces individus sont surtout dangereux en raison des moyens qu&rsquo;ils pour\u00adraient employer pour arriver \u00e0 leur but. Admettons-le. Et apr\u00e8s ? Est-ce qu&rsquo;au bagne de Guyane l&rsquo;\u00e9vasion n&rsquo;est pas neuf fois sur dix un acte de pure n\u00e9cessit\u00e9 accom\u00adpli dans la crainte de la mort certaine ? Est-ce que par son imp\u00e9ritie, ses pratiques dolosives, sa flagrante in\u00adjustice, le pouvoir ex\u00e9cutif ne viole pas la loi et la r\u00e8\u00adgle ? Les jacobins d&rsquo;aujourd&rsquo;hui oublient-ils que leurs grand-p\u00e8res ont inscrit dans la fameuse d\u00e9claration des droits de l&rsquo;homme que l\u00e0 o\u00f9 la loi est viol\u00e9e, le droit d&rsquo;insurrection et de r\u00e9volte devient un acte sacr\u00e9 ? \u00ab Nul, dit Rossi, ne peut qualifier d&rsquo;assassin celui qui recourt m\u00eame \u00e0 la violence pour recouvrer sa libert\u00e9. Il ne suffit pas de mettre un homme \u00e0 mort, de le tuer sciemment, volontairement, avec pr\u00e9m\u00e9ditation pour \u00eatre un assassin&#8230; La raison, la justice \u00e9ternelle deman\u00addent avant tout dans quel but, dans quelles circonstan\u00adces le fait a eu lieu<a name=\"_ftnref4\" href=\"#_ftn4\">[4]<\/a>&#8230; \u00bb Vers le milieu du si\u00e8cle dernier les plus autoris\u00e9s des juristes anglais all\u00e8rent plus loin encore. Ils rejet\u00e8rent une demande d&rsquo;extradi\u00adtion formul\u00e9e par le gouvernement des Etats-Unis contre des esclaves \u00e9vad\u00e9s qui, embarqu\u00e9s \u00e0 bord de la Cr\u00e9ole se r\u00e9volt\u00e8rent, tu\u00e8rent le bosseman, mirent aux fers le capitaine et le second et s&#8217;empar\u00e8rent du na\u00advire qu&rsquo;ils conduisirent dans les eaux anglaises. Dans la longue discussion qui eut lieu au parlement anglais, les lords judiciaires et les avocats de la Couronne fu\u00adrent unanimes \u00e0 penser que les esclaves ne pouvaient \u00eatre extrad\u00e9s pour assassinat. L&rsquo;un d&rsquo;eux m\u00eame dit que, si on essayait de les arr\u00eater, ils auraient le droit de r\u00e9\u00adsister, que s&rsquo;ils tuaient un agent de l&rsquo;autorit\u00e9 judi\u00adciaire ce serait un homicide licite, et que si un esclave \u00e9tait tu\u00e9, ceux qui auraient ordonn\u00e9 son arrestation ou sa d\u00e9tention pourraient \u00eatre poursuivis pour meurtre. On ne manquera pas d&rsquo;objecter que ce qui pouvait et devait l\u00e9galement \u00eatre admis pour des esclaves ne sau\u00adrait l&rsquo;\u00eatre aujourd&rsquo;hui pour les for\u00e7ats, car si la cha\u00eene de l&rsquo;esclave \u00e9tait une injustice sociale, celle du for\u00e7at lui vient de sa mauvaise conduite. Distinction purement formelle ! En fait, la condition du for\u00e7at plac\u00e9 sous le r\u00e9gime de la pratique p\u00e9nitenciaire est pire que celle de l&rsquo;esclave. L&rsquo;\u00e9go\u00efsme du propri\u00e9taire est une garantie pour l&rsquo;esclave : on ne maltraite pas de ga\u00eet\u00e9 de c\u0153ur une marchandise on\u00e9reuse et utile. Les repr\u00e9sentants du pouvoir ex\u00e9cutif consid\u00e8rent le for\u00e7at comme leur chose, comme une chose gratuite et sans cesse renouve\u00adl\u00e9e, en usent et en abusent \u00e0 merci. Quand on songe que plus de vingt pour cent de l&rsquo;effectif p\u00e9nal n&rsquo;est di\u00adrectement employ\u00e9 qu&rsquo;\u00e0 des besognes domestiques et priv\u00e9es, que par mille moyens incorrects, mille proc\u00e9\u00add\u00e9s d\u00e9lictueux, le restant du contingent ne sue, ne peine et ne meurt que pour engraisser l&rsquo;habitant et l&rsquo;a\u00adgent de l&rsquo;administration, il faut bien convenir qu&rsquo;un rapprochement s&rsquo;impose entre la situation du for\u00e7at \u00e9vad\u00e9 d&rsquo;aujourd&rsquo;hui et celle des esclaves marrons d&rsquo;au\u00adtrefois. Jug\u00e9s de ce point de vue, les moyens extr\u00eames que peut employer un for\u00e7at pour briser sa cha\u00eene sont loin de prouver sa \u00ab timebilit\u00e9 \u00bb. De tels condamn\u00e9s peuvent \u00eatre dangereux pour les repr\u00e9sentants de l&rsquo;autorit\u00e9 ; cela n&rsquo;implique pas qu&rsquo;ils le soient ou puis\u00adsent l&rsquo;\u00eatre pour le corps social. J&rsquo;estime m\u00eame qu&rsquo;en raison du ressort de leur caract\u00e8re, ces individus mis en face des plus s\u00e9duisantes tentations de nuire se\u00adraient capables de dire non, l\u00e0 o\u00f9 beaucoup de for\u00e7ats r\u00e9put\u00e9s amend\u00e9s diraient oui En r\u00e9sum\u00e9, le bon for\u00ad\u00e7at de l&rsquo;administration est souvent un individu per\u00adverti, incorrig\u00e9, amoral. Le mauvais for\u00e7at est un cri\u00adminel qui s&rsquo;est souvent amend\u00e9 tout seul et qui est sou\u00advent assez fort pour r\u00e9sister aux tentations de r\u00e9cidiver.<\/p>\n<p>Bien s\u00fbr la qualit\u00e9 de cet amendement n&rsquo;est pas de la m\u00eame essence que celle dont parle le langage p\u00e9ni\u00adtentiaire officiel. Il n&rsquo;y entre pas la moindre parcelle de repentir dans le sens o\u00f9 l&rsquo;ont entendu les r\u00e9dacteurs de la loi sur la Transportation. De digestion c\u00e9r\u00e9brale facile, le criminel ne rumine pas son pass\u00e9. Il recon\u00adna\u00eetra qu&rsquo;il a beaucoup souffert en perdant sa libert\u00e9 et qu&rsquo;il a par cons\u00e9quent choisi une mauvaise voie. Il se promettra d&rsquo;en suivre d\u00e9sormais une meilleure pour rester libre et \u00eatre plus heureux, et c&rsquo;est tout ce qu&rsquo;on peut lui demander. Mais il ne se frappera pas la poi\u00adtrine. Le repentir est un sentiment essentiellement reli\u00adgieux auquel ne sont accessibles que les croyants. Il est assez plaisant de voir notre gouvernement, qui, en mati\u00e8re religieuse, a des pr\u00e9tentions \u00e0 l&rsquo;indiff\u00e9rence et \u00e0 la neutralit\u00e9, exiger de ses criminels un repentir qui n&rsquo;a plus aucun sens pour nos dirigeants libres penseurs.<\/p>\n<p>Si on excepte les Arabes musulmans chez lesquels on rencontre quelques rares observateurs du Coran, les autres confessions religieuses n&rsquo;ont pas au bagne de pratiquants fid\u00e8les. Les statistiques que le service de la Transportation porte chaque ann\u00e9e sur ses Notices n&rsquo;ont aucune valeur. Elles se bornent \u00e0 indiquer la confession \u00e0 laquelle appartient le condamn\u00e9 par tra\u00addition, mais ne s&rsquo;inqui\u00e8te nullement de son v\u00e9ritable \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me religieux. Lorsque le desservant catholique et le pasteur protestant visitent les p\u00e9nitenciers, quel\u00adques transport\u00e9s vont bien aupr\u00e8s d&rsquo;eux, mais leur d\u00e9\u00admarche, motiv\u00e9e par des int\u00e9r\u00eats temporels ou par simple curiosit\u00e9, est d\u00e9nu\u00e9e de tout sentiment religieux. La plupart des condamn\u00e9s sont areligieux. Quelques- uns portent pendues \u00e0 leur cou ou \u00e0 leur poignet des breloques renfermant les images de ceux qui leur sont chers ; quelques autres une m\u00e9daille de la Vierge ou d&rsquo;un. saint ; d&rsquo;autres enfin sont p\u00e9n\u00e9tr\u00e9s d&rsquo;un vague d\u00e9isme, vestige atavique de la religion de leurs p\u00e8res, lumi\u00e8re peut-\u00eatre entretenue par l&rsquo;espoir d&rsquo;un monde meilleur o\u00f9 r\u00e8gne une justice plus cl\u00e9mente que celle des hommes.<\/p>\n<p>La population p\u00e9nale ne fait pas de politique. Elle se d\u00e9sint\u00e9resse compl\u00e8tement de la Ligue et du Roy. Si l&rsquo;on excepte les anarchistes, repr\u00e9sent\u00e9s au bagne par une tr\u00e8s infime minorit\u00e9, on ne compte que des indi\u00advidus compl\u00e8tement d\u00e9munis d&rsquo;instruction civique et qui n&rsquo;ont aucune opinion politique. Cela est assez na\u00adturel chez des gens qui ont perdu toute relation avec la soci\u00e9t\u00e9. On ne con\u00e7oit pas davantage que celui qui a purg\u00e9 des ann\u00e9es de bagne en passant au laminoir de toutes ses rigueurs, puisse se faire raisonnablement le d\u00e9fenseur d&rsquo;un pays o\u00f9 il eut tant \u00e0 souffrir. Cela ne para\u00eet pas logique. Mais l&rsquo;\u00eatre sentimental et mys\u00adtique s&#8217;embarrasse si peu de logique que pendant la guerre de tr\u00e8s nombreux for\u00e7ats manifest\u00e8rent sinc\u00e8re\u00adment leurs sentiments patriotiques. Quelques-uns de\u00admand\u00e8rent \u00e0 partir sur le front : ce fut inutile. Tous ceux qui avaient de l&rsquo;argent particip\u00e8rent \u00e0 des collec\u00adtes au profit des bless\u00e9s. Quelques \u00e9vad\u00e9s r\u00e9fugi\u00e9s dans les deux Am\u00e9riques all\u00e8rent en France s&rsquo;enr\u00f4ler. Le public commenta ces manifestations en termes p\u00e9jora\u00adtifs et presque injurieux. Ici encore nous retrouvons l&rsquo;hostilit\u00e9 inflexible contre le criminel auquel on ne pardonne jamais rien, encore moins ses bonnes actions que ses mauvaises.<\/p>\n<hr size=\"1\" \/><a name=\"_ftn1\" href=\"#_ftnref1\">[1]<\/a> Cette mani\u00e8re de voir trouve sa confirmation dans l&rsquo;ouvrage de J.Maxwell : \u00ab Le Concept social du crime \u00bb, F. Alcan, 1914.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\" href=\"#_ftnref2\">[2]<\/a> J. Maxwell : \u00ab Le Crime et la Soci\u00e9t\u00e9\u00bb<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\" href=\"#_ftnref3\">[3]<\/a> <strong>NDLR\u00a0:<\/strong> <em>Le terme de <\/em><strong>t\u00e9mibilit\u00e9 <\/strong><em>est un n\u00e9ologisme issue de l&rsquo;\u00e9cole italienne de criminologie d\u00e9signant peu ou prou la dangerosit\u00e9 d&rsquo;un individu r\u00e9sultant de sa soumission \u00e0 diverses influences exog\u00e8nes et endog\u00e8nes comme la famille, le milieu social, l&rsquo;environnement social, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, le groupe culturel, politique, religieux, g\u00e9ographique, etc. La <\/em><strong>t\u00e9mibilit\u00e9<\/strong><em> int\u00e8gre l&rsquo;id\u00e9e du criminel-n\u00e9 d\u00e9fendue et popularis\u00e9e par les th\u00e8ses de Lombroso notamment<\/em>.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\" href=\"#_ftnref4\">[4]<\/a> In Beanchet : \u00ab Trait\u00e9 de l&rsquo;Extradition. \u00bb<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Si Louis Rousseau s&rsquo;attache dans un premier temps \u00e0 dresser un tableau d&rsquo;ensemble, pr\u00e9cis et exhaustif, des pratiques p\u00e9nitentiaires dans les bagnes de Guyane, les chapitre VIII et IX composent de toute \u00e9vidence la deuxi\u00e8me partie de son livre en exposant d&rsquo;une mani\u00e8re compl\u00e9mentaire et comparative la conscience des condamn\u00e9s et celle de leurs gardiens. 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