{"id":4048,"date":"2016-05-28T01:10:40","date_gmt":"2016-05-27T23:10:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4048"},"modified":"2016-02-21T17:05:44","modified_gmt":"2016-02-21T15:05:44","slug":"un-medecin-au-bagne-chapitre-5","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/05\/un-medecin-au-bagne-chapitre-5\/","title":{"rendered":"Un m\u00e9decin au bagne chapitre 5"},"content":{"rendered":"<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"86\" height=\"118\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 86px) 100vw, 86px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1867\" title=\"Les b\u00e2timents de la r\u00e9clusion par Laurent Maffre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480-300x284.jpg\" alt=\"\" width=\"122\" height=\"116\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480-300x284.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/r-clusion-640x480.jpg 507w\" sizes=\"(max-width: 122px) 100vw, 122px\" \/><\/a>Avec ce chapitre sur la r\u00e9pression qu&rsquo;il place apr\u00e8s celui sur les maladies, le m\u00e9decin au bagne boucle le cycle des violences et des souffrances endur\u00e9es institutionnellement par les hommes punis. Louis Rousseau finit ainsi de d\u00e9crire une organisation syst\u00e9mique totalitaire o\u00f9 le condamn\u00e9 doit forc\u00e9ment s&rsquo;adapter aux divers processus de normation. Le fagot est un rouage et l&rsquo;arbitraire administratif permet de corriger &#8211; au sens propre comme au figur\u00e9 &#8211; tout r\u00e9calcitrant. L&rsquo;arsenal r\u00e9pressif expos\u00e9, des chantiers forestiers (dont celui de Charvein) aux sinistres cachots de l&rsquo;\u00eele Saint Joseph en passant par la d\u00e9tention pr\u00e9ventive et la mise aux fers r\u00e9v\u00e8le en fin de compte que \u00ab\u00a0le r\u00e9gime disciplinaire n&rsquo;a pas en vue l&rsquo;am\u00e9lioration, le redressement du criminel mais tout au contraire son abrutissement.\u00a0\u00bb <!--more--><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Louis Rousseau mentionne des faits, se rattache aux lois et d\u00e9crets r\u00e9gissant le bagne, \u00e9voque sa propre exp\u00e9rience mais il semble aussi avoir \u00e9t\u00e9 grandement influenc\u00e9 par le matricule 34777 avec qui il lia un ind\u00e9fectible lien d&rsquo;amiti\u00e9 alors qu&rsquo;il prodiguait ses soins aux \u00eeles du Salut. Les deux hommes s&rsquo;attaquent \u00e0 l&rsquo;institution et usent du m\u00eame vocable, de la m\u00eame dialectique. Le 27 septembre 1916, Alexandre Jacob \u00e9crit \u00e0 sa m\u00e8re \u00e0 propos de sa condition l\u00e9gale de condamn\u00e9 aux travaux forc\u00e9s\u00a0:<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab\u00a0Alors tu ne sais pas en quoi consiste l&rsquo;am\u00e9lioration possible de mon sort ? Je vais t\u00e2cher de te l&rsquo;expliquer en deux mots. Et d&rsquo;abord, il te faut savoir que deux verbes, dans le langage judiciaire et administratif, dominent toute la l\u00e9gislation. Ce sont devoir et pouvoir. Ainsi, quand il s&rsquo;agit de r\u00e9primer une infraction, le texte dit toujours, invariablement : devra. S&rsquo;agit-il, au contraire, de temp\u00e9rer la rigueur de la r\u00e9pression (circonstances att\u00e9nuantes, lib\u00e9ration conditionnelle) ou bien d&rsquo;accorder une faveur (obtention de la 2e et de la 1re classe, de la concession de terrain, etc.) le texte dit alors toujours invariablement : pourra. Conclusion : devra implique un droit, tandis que pourra signifie \u00e0 peine la possibilit\u00e9 d&rsquo;une faveur. (&#8230;) L&rsquo;administration est seule juge de la question, et ne d\u00e9cide que d&rsquo;apr\u00e8s son optique et son bon vouloir.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour Louis Rousseau, dans ce cinqui\u00e8me chapitre, toute possibilit\u00e9 de r\u00e9volte est enlev\u00e9 au bagnard. M\u00eame le droit de se plaindre est laiss\u00e9 \u00e0 l&rsquo;appr\u00e9ciation de la surveillance qui arrange les textes \u00e0 sa convenance. Aucun garde-fou possible pour le bagnard puni qui subit de facto une double peine malgr\u00e9 les droits que les l\u00e9gislateurs ont pu lui donner car \u00ab\u00a0les verbes pouvoir et devoir \u00e9taient synonymes pour les fonctionnaires du bagne\u00a0\u00bb. Nul doute d\u00e8s lors que les deux hommes, \u00ab\u00a0l&rsquo;oncle et le neveu\u00a0\u00bb, partagent une analyse commune de la r\u00e9pression qui frappe, selon l&rsquo;expression usit\u00e9e par le second, les \u00ab\u00a0vaincus de guerre sociale\u00a0\u00bb. \u00a0L&rsquo;esp\u00e9rance de vie du bagnard \u00e0 son arriv\u00e9e est estim\u00e9e \u00e0 cinq ans\u00a0; tout concourt \u00e0 le faire crever au plus vite. Le but du bagne est bien l&rsquo;\u00e9limination du condamn\u00e9 qui n&rsquo;a que l&rsquo;horizon chim\u00e9rique de la Belle pour sortir de sa mortelle condition. C&rsquo;est ce que Louis Rousseau dit dans le chapitre suivant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\n<p><strong><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"111\" height=\"151\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 111px) 100vw, 111px\" \/><\/a>Louis Rousseau<\/strong><\/p>\n<p><strong>Un m\u00e9decin au bagne<\/strong><\/p>\n<p>Armand Fleury, 1930, p. 139-177<\/p>\n<p><strong>CHAPITRE V<a name=\"bookmark0\">: <\/a><a name=\"bookmark0\">La R\u00e9pression<\/a><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le l\u00e9gislateur de 1925 a supprim\u00e9 quelques-uns des moyens de r\u00e9pression en usage encore hier dans nos ba\u00adgnes. Si la marque et les mutilations appartiennent \u00e0 un pass\u00e9 lointain qui ne reviendra plus et peuvent \u00eatre oubli\u00e9es, il n&rsquo;en est pas de m\u00eame du cachot et des fers tout r\u00e9cemment abolis et qui comptent encore trop de partisans. L&rsquo;histoire de la peine des Travaux forc\u00e9s montre que la l\u00e9gislation de cette peine peut marquer des r\u00e9gressions. En p\u00e9nalogie comme en d&rsquo;autres mati\u00e8res il y a des modes qui disparaissent pour quelquefois reve\u00adnir. Et puis nous connaissons l&rsquo;esprit de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Nous la savons capable de m\u00e9conna\u00eetre des textes qui choquent son point de vue ou heurtent sa rou\u00adtine. Aussi, dans la revue que nous allons faire des moyens de r\u00e9pression, comprendrons-nous ceux qu&rsquo;a supprim\u00e9s le l\u00e9gislateur de 1925. De la sorte le lecteur conna\u00eetra le meilleur de son \u0153uvre et se rendra compte que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire est encore suffisam\u00adment arm\u00e9e pour mener \u00e0 bonne fin sa t\u00e2che \u00e9liminatrice.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PUNITIONS DISCIPLINAIRES SUPPRIMEES en 1926.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Salle de discipline. &#8211; Cette punition ne frappait que les condamn\u00e9s des camps disciplinaires &#8211; art. 44 du d\u00e9cret du 4 septembre 1891. Elle est ainsi d\u00e9finie, art. 45 du m\u00eame d\u00e9cret :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Les condamn\u00e9s punis de salle de discipline sont r\u00e9unis, sous la garde permanente d&rsquo;un ou plusieurs sur\u00adveillants, dans un local o\u00f9 ils sont tenus de marcher au pas et \u00e0 la file, depuis le lever jusqu&rsquo;au coucher du soleil ; la marche est interrompue toutes les demi-heures par un repos d&rsquo;un quart d&rsquo;heure, durant lequel les con\u00addamn\u00e9s sont assis sur des d\u00e9s en pierre ou en bois suffisamment espac\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Les repas sont pris sur place pendant l&rsquo;une des inter\u00adruptions de marche. Le silence le plus absolu doit \u00eatre observ\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab La salle de discipline est prononc\u00e9e pour un mois au plus \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme les autres punitions, la salle de discipline pouvait \u00eatre inflig\u00e9e successivement, par p\u00e9riodes d&rsquo;un mois au plus, pour un nombre illimit\u00e9 de mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Nous avons d\u00e9j\u00e0 dit que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire avait laiss\u00e9 tomber en d\u00e9su\u00e9tude cette punition ridicule. J&rsquo;incline \u00e0 penser que les surveillants, bien que se relayant pour pr\u00e9sider \u00e0 cette farce macabre, durent en avoir vite assez et, dans leur propre int\u00e9r\u00eat, la suppri\u00adm\u00e8rent. D&rsquo;aucuns, il est vrai, sont assez honn\u00eates pour r\u00e9prouver les souffrances inutiles inflig\u00e9es aux condam\u00adn\u00e9s, mais dans ce cas ils ne servent pas dans les camps disciplinaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cachot.\u00a0 &#8211; \u00a0Les cachots avaient les uns treize m\u00e8tres cubes, les autres dix-sept. Ils \u00e9taient d\u00e9pourvus d&rsquo;ouver\u00adture. Il y faisait compl\u00e8tement noir. La ventilation \u00e9tait assur\u00e9e &#8211; mani\u00e8re de parler &#8211; par dix trous minus\u00adcules plac\u00e9s au bas de la porte et un tuyau d&rsquo;a\u00e9ration qui partait du plafond. Le mobilier ? un lit de camp et deux petits baquets identiques en bois ; l&rsquo;un servant \u00e0 l&rsquo;eau de boisson, l&rsquo;autre aux d\u00e9jections. L&rsquo;homme au cachot, plong\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 les aurait confondus \u00e0 coup s\u00fbr si son flair ne lui avait permis de les distinguer. Mis aux fers tous les soirs, le condamn\u00e9 puni de cachot \u00e9tait au pain sec et \u00e0 l&rsquo;eau deux jours sur trois. Le troi\u00adsi\u00e8me jour il touchait la ration normale. Il ne travail\u00adlait jamais ; il \u00e9tait enferm\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 sans une minute de sortie jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de sa punition. Le cachot \u00e9tait inflig\u00e9 pour deux mois au plus. Quand un condamn\u00e9 \u00e9tait au cachot pour plusieurs mois &#8211; cas tr\u00e8s fr\u00e9quent qui impliquait le cumul de plusieurs punitions de cachot &#8211; il \u00e9tait mis huit jours au cachot clair \u00e0 la fin du premier mois, puis retournait au cachot noir pour trente jours et ainsi de suite. Le cachot clair \u00e9tait une cellule o\u00f9 pendant huit jours il b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;un peu de clart\u00e9, mais o\u00f9 d&rsquo;autre part rien n&rsquo;\u00e9tait chang\u00e9 \u00e0 la peine. On estimait que l&rsquo;obscurit\u00e9 absolue pendant plusieurs mois cons\u00e9cutifs risquait d&rsquo;amener un d\u00e9nouement fatal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellules3-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-956\" title=\"cellules3-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellules3-1-300x225.jpg\" alt=\"cellule 2\" width=\"150\" height=\"113\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellules3-1-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellules3-1.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 150px) 100vw, 150px\" \/><\/a>PUNITIONS DISCIPLINAIRES EN VIGUEUR<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Prison de nuit. &#8211; Inflig\u00e9e pour quinze jours au plus. Le condamn\u00e9 puni passe la nuit en cellule et couche sur un lit de camp. Dans la journ\u00e9e il est astreint au travail de sa classe.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cellule. &#8211; Les cellules ont les m\u00eames dimensions que les cachots, treize ou dix-sept m\u00e8tres cubes. Une petite lucarne grillag\u00e9e y laisse passer un peu d&rsquo;air et de lu\u00admi\u00e8re. Le condamn\u00e9 couche sur la planche. Le mobilier consiste en deux petits baquets identiques quant \u00e0 la for\u00adme bien que tout \u00e0 fait diff\u00e9rents quant \u00e0 leurs destina\u00adtions. Aucun meuble, aucune \u00e9tag\u00e8re ; les deux baquets sont \u00e0 terre et le condamn\u00e9 est expos\u00e9 dans l&rsquo;obscurit\u00e9 \u00e0 les renverser et \u00e0 les confondre. Les condamn\u00e9s punis de cellule sont astreints au travail d&rsquo;apr\u00e8s une t\u00e2che d\u00e9termin\u00e9e. Ils sont r\u00e9unis dans un pr\u00e9au pendant deux demi-heures par jour sous la conduite d&rsquo;un surveillant. La cellule est inflig\u00e9e pour un mois au plus. En cas de cumul, le total des jours de cellule est fait par dose de vingt .jours s\u00e9par\u00e9s par des intervalles de vingt jours de la vie normale du p\u00e9nitencier. Autrement dit la pilule est fractionn\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;ancienne punition de cellule ne comportait pas ces interruptions. L&rsquo;homme \u00e9tait au pain sec un jour sur trois bien qu&rsquo;il travaill\u00e2t ce jour-l\u00e0 comme les autres. Il \u00e9tait mis aux fers toute la nuit.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suppression du cachot et les adoucissements appor\u00adt\u00e9s \u00e0 la punition de la cellule ont scandalis\u00e9 les p\u00e9ni\u00adtentiaires. D\u00e8s les premiers jours de l&rsquo;ann\u00e9e 1926 un surveillant principal, chef de d\u00e9p\u00f4t \u00e0 Cayenne, incitait ses subordonn\u00e9s \u00e0 \u00ab tout laisser faire \u00bb. Il comptait ex\u00adploiter les exc\u00e8s de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment p\u00e9nal pour pouvoir exciper en haut lieu de son indiscipline et prouver ainsi les erreurs de la l\u00e9gislation r\u00e9cente. Puis, le mouvement d&rsquo;indignation pass\u00e9, il fallut bien tenir compte des dis\u00adpositions nouvelles. Voici comment il en est tenu compte : les anciens cachots ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9s et le nombre des cellules a augment\u00e9. Si dans un p\u00e9nitencier on a pratiqu\u00e9 dans leurs murs des ouvertures de trente centim\u00e8tres sur cinquante, ces ouvertures ont \u00e9t\u00e9 si bien aveugl\u00e9es par une hotte et si bien grillag\u00e9es que la lu\u00admi\u00e8re y p\u00e9n\u00e8tre difficilement. Au quartier sp\u00e9cial des Iles, o\u00f9 les cachots donnaient sur un couloir, on a sim\u00adplement enlev\u00e9 une des deux portes qui fermaient les anciens cachots et le jour ne p\u00e9n\u00e8tre que par l&rsquo;imposte grillag\u00e9e situ\u00e9e au haut de la porte int\u00e9rieure qui seule subsiste. Dans un autre p\u00e9nitencier enfin, on s&rsquo;est con\u00adtent\u00e9 de faire sauter la plaque trou\u00e9e qui se trouvait au bas de la porte et l&rsquo;air qui entrait par douze petits trous, entre d\u00e9sormais par un grand trou qui est encore bien petit. De plus, il arrive fr\u00e9quemment qu&rsquo;on ne donne pas de travail aux punis de cellule et ceux-ci, en dehors des deux demi-heures de promenade, restent dans l&rsquo;inaction vingt-trois heures sur vingt-quatre. C&rsquo;est ce que les com\u00admandants de p\u00e9nitencier appellent la \u00ab cellule effective \u00bb. Ainsi pendant que le l\u00e9gislateur d\u00e9finissait une punition moins cruelle et plus que suffisante \u00e0 tous les besoins, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire s&rsquo;ing\u00e9niait \u00e0 la rendre aussi cruelle et plus malsaine que l&rsquo;ancienne, en sorte que si le cachot est supprim\u00e9 et la cellule humanis\u00e9e dans les textes, il existe en fait, une punition appel\u00e9e cellule effective, qui n&rsquo;est autre que l&rsquo;ancien cachot sans les fers, il est vrai, ni le pain sec, avec un soup\u00e7on de clart\u00e9 et des interruptions de d\u00e9tente, mais aggrav\u00e9 quelquefois \u00e0 plaisir par le d\u00e9s\u0153uvrement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">PEINES JUDICIAIRES<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Tribunal Maritime sp\u00e9cial condamne \u00e0 l&#8217;emprison\u00adnement, \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire et \u00e0 la peine de mort.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Emprisonnement. &#8211; Cette peine est applicable pen\u00addant six mois au moins et pendant six ans au plus. Un r\u00e8glement du 15 f\u00e9vrier 1905 \u00e9tablit son mode d&rsquo;ex\u00e9cu\u00adtion. Elle se fait \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Saint-Joseph dans un \u00e9tablis\u00adsement ferm\u00e9e Les hommes sont soumis la nuit au r\u00e9gime cellulaire, mais dans la pratique ils couchent en com\u00admun. Il ne faut pas croire que c&rsquo;est le manque de cel\u00adlules qui en est la cause. Les b\u00e2timents de Saint-Joseph en regorgent, mais le personnel paresseux pr\u00e9f\u00e8re n&rsquo;ou\u00advrir et fermer qu&rsquo;une porte plut\u00f4t que d&rsquo;ouvrir et de fermer autant de cellules que de condamn\u00e9s. Le jour, les condamn\u00e9s \u00e0 l&#8217;emprisonnement doivent dix heures de travail en commun. Ils doivent \u00eatre \u00e9cart\u00e9s des autres cat\u00e9gories de condamn\u00e9s, ils sont astreints au silence et ils ont les cheveux coup\u00e9s en escalier. Je n&rsquo;ai jamais compris l&rsquo;utilit\u00e9 de cette derni\u00e8re pratique. Elle rel\u00e8ve du pass\u00e9 : survivance d&rsquo;une \u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on marquait les coupables pour les d\u00e9noncer en public et les retrouver plus facilement s&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9chappaient. Dans le cas qui nous occupe je ne vois pas que les cheveux en escalier soient un obstacle \u00e0 l&rsquo;\u00e9vasion des prisonniers. La mer qui en\u00adtoure l&rsquo;\u00eele Saint-Joseph et les murs du camp sont suffi\u00adsants. Cette mesure prescrite dans le r\u00e8glement r\u00e9dig\u00e9 par un ancien directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ne me para\u00eet avoir qu&rsquo;un but : blesser le condamn\u00e9 dans sa dignit\u00e9, ce qui est m\u00e9chant et sans aucune utilit\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellulesacielouvert-1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-959\" title=\"cellulesacielouvert-1\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellulesacielouvert-1-300x225.jpg\" alt=\"cellule 5\" width=\"158\" height=\"118\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellulesacielouvert-1-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/cellulesacielouvert-1.jpg 320w\" sizes=\"(max-width: 158px) 100vw, 158px\" \/><\/a>R\u00e9clusion cellulaire. &#8211; Infiniment plus dure est la peine de la r\u00e9clusion cellulaire. Criminelle, afflictive et infamante, elle double la peine correctionnelle de l&#8217;em\u00adprisonnement. Elle est inflig\u00e9e pour une dur\u00e9e de six mois \u00e0 cinq ans et se fait aussi \u00e0 l&rsquo;\u00eele de Saint-Joseph.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Notre emprisonnement est une copie du syst\u00e8me auburnien, dont le principe est l&rsquo;isolement la nuit et le travail en commun le jour. Notre r\u00e9clusion cellulaire coloniale est une copie du syst\u00e8me pensylvanien dont le principe est l&rsquo;isolement permanent. Cet isolement a n\u00e9cessit\u00e9 la construction de b\u00e2timents sp\u00e9ciaux. Qu&rsquo;on se figure, situ\u00e9es sous un grand hall sombre, deux rang\u00e9es de cellules s\u00e9par\u00e9es par un mur mitoyen. Le plafond de ces cellules est remplac\u00e9 par des barreaux, en sorte que vues \u00e0 vol d&rsquo;oiseau elles ont l&rsquo;air de cages. Quelques-unes seulement sont plafonn\u00e9es en ma\u00e7onnerie et transform\u00e9es en cachots noirs. Une passerelle situ\u00e9e au-dessus du mur mitoyen qui s\u00e9pare les deux rang\u00e9es de cellules permet aux agents de surveiller les r\u00e9clusionnaires qu&rsquo;ils voient \u00e0 travers les barreaux de leur cellule comme on voit un animal dans une fosse. Les uns assis sur un de leurs deux baquets travaillent \u00e0 faire des balais ou des brosses les autres tournent en rond comme des fauves. Les lits de camp mobiles sont tous relev\u00e9s contre le mur depuis six heures du matin jusqu&rsquo;\u00e0 six heures du soir. Seuls quel\u00adques malades sont autoris\u00e9s \u00e0 avoir leur lit rabattu pen\u00addant la journ\u00e9e. Des m\u00e9decins ont demand\u00e9 que ce mobi\u00adlier sommaire soit am\u00e9lior\u00e9, qu&rsquo;une \u00e9tag\u00e8re soit faite pour poser le r\u00e9cipient \u00e0 eau potable et que ce r\u00e9cipient se diff\u00e9rencie du baquet \u00e0 ordures. Des r\u00e9clusionnaires ont port\u00e9 plainte jusqu&rsquo;au d\u00e9partement. L&rsquo;administration locale consult\u00e9e a r\u00e9pondu que tout meuble pouvait de\u00advenir entre les mains du r\u00e9clusionnaire un projectile dan\u00adgereux pour le personnel en service et qu&rsquo;il y avait donc lieu de s&rsquo;en tenir au mobilier actuel largement suffisant\u00a0! Les portes en fer des cellules sont munies d&rsquo;un guichet par o\u00f9 on passe au condamn\u00e9 sa ration. Ici, c&rsquo;est la maison du silence et toute parole prononc\u00e9e \u00e0 haute voix est rigoureusement punie ; les appels se font par trois coups frapp\u00e9s sur la porte de la cellule ; de temps en temps trois coups rompent le silence, suivis du bruit du guichet qu&rsquo;ouvre et ferme un porte-clefs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9clusionnaire a droit \u00e0 une heure de promenade. A cet effet il se rend dans un syst\u00e8me de cellules analo\u00adgue, pareillement domin\u00e9 par une passerelle, mais situ\u00e9 en plein air, en sorte qu&rsquo;au lieu de voir le dessous d&rsquo;un toit, le r\u00e9clusionnaire voit le ciel pendant une heure par jour. Cette cellule de repos, beaucoup plus grande que l&rsquo;autre, a environ six m\u00e8tres sur quatre. Elle est commu\u00adn\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de pr\u00e9au car il s&rsquo;y trouve un petit pr\u00e9au o\u00f9 s&rsquo;abrite le condamn\u00e9 quand il pleut. Les r\u00e9clusionnaires se rendent \u00e0 leurs pr\u00e9aux isol\u00e9ment, et, \u00e0 l&rsquo;aller comme au retour, ne peuvent ni se rencontrer ni communiquer. Cette sortie a lieu de 7 heures \u00e0 8 heu\u00adres du matin, \u00e0 une heure o\u00f9 le soleil est plus bas que les murs, si bien qu&rsquo;au bout de quelques semaines de ce r\u00e9gime les r\u00e9clusionnaires pr\u00e9sentent tous une p\u00e2leur livide caract\u00e9ristique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9clusionnaire doit travailler dix heures par jour et le genre de travail qu&rsquo;il ex\u00e9cute est choisi de fa\u00e7on qu&rsquo;il s&rsquo;accommode de l&rsquo;isolement cellulaire. En g\u00e9n\u00e9ral, c&rsquo;est le tirage de brins de balai des feuilles de cocotiers.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il touche la ration alimentaire stricte sans aucune pos\u00adsibilit\u00e9 de l&rsquo;am\u00e9liorer.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il porte des v\u00eatements sp\u00e9ciaux qu&rsquo;il touche \u00e0 son entr\u00e9e \u00e0 la maison de force et qu&rsquo;il change une fois par semaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une baille d&rsquo;eau est mise au pr\u00e9au une fois par se\u00admaine \u00e0 sa disposition.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les cheveux sont coup\u00e9s en escalier.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les condamn\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion peuvent \u00eatre autoris\u00e9s \u00e0 lire en dehors des heures de travail et de promenade. Il faut pour cela qu&rsquo;ils n&rsquo;aient pas eu de punitions pen\u00addant trois mois s&rsquo;ils sont condamn\u00e9s \u00e0 un ou deux ans ; pendant six mois s&rsquo;ils sont condamn\u00e9s \u00e0 trois et quatre ans et pendant huit mois s&rsquo;ils ont cinq ans \u00e0 faire. L&rsquo;ab\u00adsence de toute lumi\u00e8re artificielle et la demi-obscurit\u00e9 des locaux rend la r\u00e9compense de la lecture \u00e0 peu pr\u00e8s illu\u00adsoire. Si la conduite du r\u00e9clusionnaire est bonne, il peut \u00e9crire \u00e0 sa famille une fois par mois.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;usage du tabac est rigoureusement interdit, mais l&rsquo;en\u00adnui mortel pousse le r\u00e9clusionnaire \u00e0 rechercher ce plai\u00adsir d\u00e9fendu. Il est alors exploit\u00e9 par ses gardiens. Le porte-cl\u00e9s arabe Bela\u00efda, ignoble mouchard que j&rsquo;ai connu \u00e0 la r\u00e9clusion, achetait aux r\u00e9clusionnaires une demi-ration de pain pour trois cigarettes. Il revendait ce pain, \u00e0 raison de cinquante centimes la ration, aux surveillants qui en nourrissaient leurs volailles \u00e0 un mo\u00adment o\u00f9 le riz et le ma\u00efs \u00e9taient chers. Bela\u00efda n&rsquo;admet\u00adtait pas qu&rsquo;un r\u00e9clusionnaire se procur\u00e2t du tabac autre\u00adment que par son interm\u00e9diaire et d\u00e9non\u00e7ait au surveil\u00adlant charg\u00e9 de la r\u00e9clusion ceux qui fumaient sans avoir en recours \u00e0 lui. La commission disciplinaire les punis\u00adsait alors de cachot ; c&rsquo;\u00e9tait la seule punition disciplinaire inflig\u00e9e aux r\u00e9clusionnaires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il arrive que l&rsquo;administration n&rsquo;a quelquefois aucun travail \u00e0 faire faire \u00e0 tous ces reclus. La peine devient alors intol\u00e9rable et s&rsquo;aggrave du supplice de l&rsquo;inaction forc\u00e9e. J&rsquo;ai vu le cas se produire ; le chef de camp s&rsquo;ing\u00e9nia d&rsquo;ailleurs \u00e0 rem\u00e9dier \u00e0 ce manque d&rsquo;ouvrage. Il est arriv\u00e9 autrefois, au temps du directeur Y&#8230;, que des r\u00e9clusionnaires souffrant de n&rsquo;avoir rien \u00e0 faire et demandant du travail, M. V&#8230;, apr\u00e8s avoir fait la sourde oreille donna l&rsquo;ordre de leur distribuer des briques et d&rsquo;exiger par jour, de chacun d&rsquo;eux, le poids de 33 centi\u00adlitres de poussi\u00e8re de brique finement pulv\u00e9ris\u00e9e !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le m\u00e9decin du p\u00e9nitencier visite les r\u00e9clusionnaires une fois par semaine. Il peut apporter quelques adoucis\u00adsements \u00e0 leur r\u00e9gime quand leur sant\u00e9 l&rsquo;exige, d\u00e9li\u00advrances de citrons, autorisations d&rsquo;avoir le lit de camp rabattu dans la journ\u00e9e, heures suppl\u00e9mentaires \u00e0 passer au pr\u00e9au. Le r\u00e9gime de quelques r\u00e9clusionnaires est quel\u00adquefois adouci irr\u00e9guli\u00e8rement et tr\u00e8s heureusement du reste. Il s&rsquo;agit toujours d&rsquo;ouvriers adroits qui travaillent au pr\u00e9au toute la journ\u00e9e au profit du chef de camp ou du surveillant charg\u00e9 de la r\u00e9clusion.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Tous ces r\u00e9clusionnaires, dont la grande majorit\u00e9 est faite des condamn\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 qui ont commis le crime d&rsquo;\u00e9vasion, deviennent un jour scorbutiques. Mal nourris, clo\u00eetr\u00e9s, vivant en contact intime avec leur petite tinette, infest\u00e9s d&rsquo;ankylostomes, d&rsquo;anguillules ou d&rsquo;amibes, ils sont sujets aux ent\u00e9rites. Cette \u00e9troite captivit\u00e9 irrite les nerveux. Des cas de neurasth\u00e9nie aigu\u00eb se produisent. L&rsquo;un cassera son lit de camp, un autre ses deux petites bailles. Celui-ci frappera \u00e9perdument \u00e0 la porte de sa cellule et chantera vingt-quatre heures de rang jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;on lui passe la camisole et qu&rsquo;on lui mette le revolver sous le nez. Celui-l\u00e0 se maquillera. Seul un service m\u00e9dical attentif et humain peut, par des \u00e9va\u00adcuations opportunes sur l&rsquo;h\u00f4pital, emp\u00eacher cette peine stupide d&rsquo;\u00eatre meurtri\u00e8re.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Strictement appliqu\u00e9e, la peine de la r\u00e9clusion cellu\u00adlaire coloniale, telle que je l&rsquo;ai connue, \u00e9tait infaisable. Si des hospitalisations fr\u00e9quentes et faites \u00e0 temps n&rsquo;in\u00adtervenaient pas, peu d&rsquo;hommes pouvaient accomplir leur peine de bout en bout car, m\u00eame quand elle n&rsquo;\u00e9tait pas de plusieurs ann\u00e9es, elle atteignait ou d\u00e9passait les limites de la r\u00e9sistance humaine.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le l\u00e9gislateur de 1925 frapp\u00e9 de la duret\u00e9 de cette peine ne voulut cependant pas la supprimer. Il se con\u00adtenta d&rsquo;y apporter un temp\u00e9rament.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">C&rsquo;est d&rsquo;abord l&rsquo;article 3 du d\u00e9cret du 18 septembre 1925 qui pr\u00e9cise le mode d&rsquo;ex\u00e9cution de la peine de r\u00e9clusion cellulaire et en adoucit le r\u00e9gime disciplinaire. Sous le r\u00e9gime du 5 octobre 1889, la r\u00e9clusion cellulaire com\u00adportait l&rsquo;isolement de jour et de nuit permanent. Depuis 1925, cet isolement permanent, accompagn\u00e9 de l&rsquo;obli\u00adgation au travail et au silence, est interrompu au bout de trois mois et fait place pour un trimestre \u00e0 l&rsquo;isolement nocturne avec travail en commun le jour et, dans le cas o\u00f9 la sant\u00e9 du d\u00e9tenu ne sera pas bonne, le gouverneur peut, sur l&rsquo;avis du directeur de l&rsquo;administration p\u00e9niten\u00adtiaire et sans doute, &#8211; car le texte ne le dit pas &#8211; sur la prescription du m\u00e9decin, prolonger le r\u00e9gime de moin\u00addre rigueur. Sinon la r\u00e9clusion recommence pour trois mois et ainsi de suite.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce m\u00eame d\u00e9cret, dans son article 5, permet aussi au condamn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire de b\u00e9n\u00e9ficier de la loi du 14 ao\u00fbt 1885 sur la lib\u00e9ration conditionnelle, lorsqu&rsquo;il a subi le quart de sa peine, alors qu&rsquo;aux termes de l&rsquo;arti\u00adcle 2 de la loi susvis\u00e9e, les r\u00e9cidivistes &#8211; un r\u00e9clusionnaire cellulaire est toujours un r\u00e9cidiviste l\u00e9gal &#8211; ne pouvaient en b\u00e9n\u00e9ficier qu&rsquo;apr\u00e8s avoir accompli les deux tiers de leur peine. Mieux encore : le r\u00e9clusionnaire cel\u00adlulaire qui, apr\u00e8s avoir b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de cette disposition, a \u00e9t\u00e9 frapp\u00e9 de d\u00e9ch\u00e9ance, peut, malgr\u00e9 la r\u00e9vocation de cette mesure, en b\u00e9n\u00e9ficier derechef, mais seulement pour la moiti\u00e9 du temps qu&rsquo;il lui reste \u00e0 purger.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semble donc \u00e0 qui se contente de lire les textes sans \u00e9tudier la pratique de la r\u00e9clusion coloniale que les arti\u00adcles 3 et 5 du d\u00e9cret du 18 septembre 1925 att\u00e9nuent la barbarie de cette peine. A vrai dire cette barbarie \u00e9tait en g\u00e9n\u00e9ral att\u00e9nu\u00e9e par un service m\u00e9dical attentif ou par un surveillant suffisamment intelligent. Tr\u00e8s souvent le r\u00e9clusionnaire ne faisait pas trois mois d&rsquo;encellulement strict avant que survienne une entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ou une quelconque att\u00e9nuation au r\u00e9gime. En cas de carence des initiatives auxquelles il devait des adoucissements aux rigueurs de sa peine, il se trouvera bien d\u00e9sormais d&rsquo;\u00eatre prot\u00e9g\u00e9 par un texte moins inhumain.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ces dispositions nouvelles qui r\u00e9gissent le mode d&rsquo;ex\u00e9\u00adcution de la r\u00e9clusion cellulaire, c&rsquo;est au scorbut que nous les devons. Sachant que pour lutter contre ce mal, les m\u00e9decins coupaient la r\u00e9clusion par des s\u00e9jours \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, le l\u00e9gislateur poursuivit le m\u00eame but par un rel\u00e2chement p\u00e9riodique du r\u00e9gime cellulaire, pr\u00e9voyant m\u00eame son interruption jusqu&rsquo;\u00e0 nouvel ordre quand la sant\u00e9 ne va plus du tout. La solution qui s&rsquo;imposait \u00e9tait la suppression de cette peine. Par un savant dosage, le l\u00e9gislateur a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 en conserver tout le b\u00e9n\u00e9fice, c&rsquo;est- \u00e0-dire la ruine \u00e0 bas bruit de la sant\u00e9, et diminuer le risque du scorbut \u00e0 forme \u00e9pid\u00e9mique, difficile \u00e0 cacher, et les entr\u00e9es incessantes \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">On peut se demander si c&rsquo;est \u00e0 dessein ou par omission qu&rsquo;il ne parle pas des punitions disciplinaires applicables aux condamn\u00e9s \u00e0 la r\u00e9clusion cellulaire, jusque-l\u00e0 passi\u00adbles du cachot ? A notre avis c&rsquo;est \u00e0 dessein, et son silence s&rsquo;explique bien simplement : il a compris que la r\u00e9clusion cellulaire en Guyane, m\u00eame \u00e0 la dose de trois mois, d\u00e9\u00adpassait les limites de la r\u00e9pression. On punit cependant beaucoup. Parler \u00e0 voix haute, correspondre illicitement, fumer, rabattre son lit de camp, voil\u00e0 les \u00e9ternels motifs. Le cachot n&rsquo;existant plus, on se rabat sur la cellule. Comme cette punition ne modifie en rien la vie du r\u00e9clusionnaire qui est un encellulement aggrav\u00e9, elle lui serait indiff\u00e9rente si, port\u00e9e sur son livret, elle ne venait compromettre sa lib\u00e9ration conditionnelle qui, sous l&rsquo;admi\u00adnistration de certains gouverneurs, n&rsquo;est pour ainsi dire jamais accord\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le supplice de la r\u00e9clusion cellulaire subsiste donc. Il est fractionn\u00e9, mais a conserv\u00e9 tous ses caract\u00e8res. Les r\u00e9clusionnaires touchent bien chaque jour douze centi\u00adlitres de vin &#8211; toujours la prophylaxie du scorbut, on l&rsquo;appelle du reste le vin m\u00e9dical &#8211; mais combien peu le boivent ! Priv\u00e9s de tabac ils le troquent contre deux cigarettes que leur c\u00e8de le porte-cl\u00e9s. La nourriture est ignoble, l&rsquo;eau de lavage rationn\u00e9e. Lorsqu&rsquo;un r\u00e9clusionnaire obs\u00e9d\u00e9 r\u00e9clame, c&rsquo;est fini pour sa tranquillit\u00e9. Il est cot\u00e9, toujours signal\u00e9 et puni. Devant la longueur de la peine qui est distribu\u00e9e avec plus de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 depuis qu&rsquo;elle a \u00e9t\u00e9 amend\u00e9e dans les textes, le r\u00e9clusionnaire s&rsquo;efforce de la subir sans broncher pour obtenir cette lib\u00e9ration conditionnelle au quart de sa peine par laquelle le tient l&rsquo;administration, mais c&rsquo;est alors en tout supportant, faim, fatigue et crasse, au prix d&rsquo;une r\u00e9signa\u00adtion tr\u00e8s pr\u00e9judiciable \u00e0 sa sant\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guillotine.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-1226\" title=\"guillotine\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guillotine-300x225.jpg\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"115\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guillotine-300x225.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/guillotine.jpg 580w\" sizes=\"(max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Peine de mort. &#8211; Comme en France elle est appliqu\u00e9e au moyen de la guillotine. Deux machines sont \u00e0 demeure en Guyane, l&rsquo;une \u00e0 Saint-Laurent-du-Maroni, l&rsquo;autre aux \u00eeles du Salut. La peine de mort est prononc\u00e9e par la Cour d&rsquo;assises de la Guyane s&rsquo;il s&rsquo;agit de rel\u00e9gu\u00e9s ou de transport\u00e9s lib\u00e9r\u00e9s, par le Tribunal maritime sp\u00e9cial s&rsquo;il s&rsquo;agit de condamn\u00e9s en cours de peine. Les ex\u00e9cutions l\u00e9gales sont rares. De 1905 \u00e0 1925 on en compte huit. En vingt ans deux for\u00e7ats ont \u00e9t\u00e9 ex\u00e9cut\u00e9s pour avoir attent\u00e9 \u00e0 la vie de surveillants militaires. L&rsquo;un de ceux-ci, le surveillant principal Raymond, est mort quatorze ans apr\u00e8s l&rsquo;agression dont il fut victime. Les transport\u00e9s sont d&rsquo;ailleurs \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard du personnel bien peu agressifs. C&rsquo;est ce qu&rsquo;est oblig\u00e9 de reconna\u00eetre M. de la Loy\u00e8re, fonction\u00adnaire p\u00e9nitentiaire, dans un ardent plaidoyer en faveur de la transportation paru dans la Revue bleue en 1909. \u00ab Je ne pense pas m&rsquo;aventurer, \u00e9crit-il, en disant que depuis 55 ans que la transportation existe il n&rsquo;y a pas eu un seul cas de mutinerie concert\u00e9e&#8230; Les assassinats de surveillants militaires, de chefs de camps et de centres seraient tr\u00e8s faciles \u00e0 commettre en raison de la faiblesse num\u00e9rique du personnel dirigeant. Eh bien ils sont extr\u00ea\u00admement rares, si rares qu&rsquo;on peut les consid\u00e9rer comme des quantit\u00e9s n\u00e9gligeables au point de vue statistique \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">DETENTION PREVENTIVE<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L\u00e9galement parlant, un condamn\u00e9 en cours de peine inculp\u00e9 d&rsquo;un d\u00e9lit ou d&rsquo;un crime ne peut pas b\u00e9n\u00e9ficier du temps pour lequel il est d\u00e9tenu \u00e0 titre pr\u00e9ventif puisque pendant ce temps il purge \u00e9galement sa peine des travaux-forc\u00e9s. Aussi l&rsquo;expression d\u00e9tention pr\u00e9ven\u00adtive, quand il s&rsquo;agit d&rsquo;un transport\u00e9, perd tout sens pro\u00adpre. D&rsquo;apr\u00e8s cette interpr\u00e9tation l\u00e9gale tout transport\u00e9 pr\u00e9ventivement d\u00e9tenu devrait conserver jusqu&rsquo;\u00e0 con\u00addamnation le b\u00e9n\u00e9fice de tous les droits compatibles avec les exigences de la discipline, que lui accorde le r\u00e8glement. Ainsi par exemple les transport\u00e9s devraient continuer de coucher dans leur hamac. Illogique et arbi\u00adtraire, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire viole la r\u00e8gle en soumettant indistinctement tous les d\u00e9tenus pr\u00e9ventifs \u00e0 la cellule et au lit de camp &#8211; elle y ajoutait la mise aux fers la nuit jusqu&rsquo;en 1926.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le caf\u00e9 matinal est allou\u00e9 aux pr\u00e9venus d&rsquo;une fa\u00e7on intermittente. Tant\u00f4t il est allou\u00e9, tant\u00f4t et plus souvent il cesse de l&rsquo;\u00eatre : cela d\u00e9pend du chef du p\u00e9nitencier ou du directeur. Cependant, les instructions minist\u00e9rielles et celles du chef de la colonie concernant la question sont unanimes \u00e0 prescrire l&rsquo;allocation du caf\u00e9 matinal \u00e0 tous les condamn\u00e9s, malades aussi bien que valides. Il n&rsquo;y a pas non plus de refus de travail qui pourrait expliquer une r\u00e9duction dans la ration, car si le pr\u00e9venu ne va pas au travail, c&rsquo;est, sauf de rares exceptions, parce qu&rsquo;on refuse de l&rsquo;y laisser aller. Le caract\u00e8re pr\u00e9ventif de la d\u00e9tention ne pouvant l\u00e9galement aggraver le r\u00e9gime du condamn\u00e9, il est hors de doute que ce condamn\u00e9 doit r\u00e9\u00adguli\u00e8rement b\u00e9n\u00e9ficier de l&rsquo;allocation du caf\u00e9 matinal.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le r\u00e9gime des pr\u00e9ventionnaires est aggrav\u00e9 de plusieurs fa\u00e7ons encore, et cela par des proc\u00e9d\u00e9s tellement abusifs que le moins qu&rsquo;on en puisse dire, c&rsquo;est qu&rsquo;ils violent les droits et les garanties les plus \u00e9l\u00e9mentaires de la d\u00e9fense. C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;aux termes d&rsquo;une d\u00e9cision d&rsquo;un directeur, les transport\u00e9s ne peuvent \u00e9crire que quatre lettres par mois dont une au plus pour leur correspondance de famille. Il reste donc au pr\u00e9venu trois lettres, trois feuilles de papier de format m\u00e9diocre, ce qui ne saurait lui suffire, tant pour se plaindre au point de vue disciplinaire qu&rsquo;au point de vue judiciaire et \u00e9tablir ses moyens de d\u00e9fense. Quand on songe \u00e0 tous les abus, \u00e0 toutes les vexations dont sont coutumiers les agents char\u00adg\u00e9s du service des locaux disciplinaires, on est forc\u00e9 d&rsquo;admettre que dans un mois, trois feuilles de papier sont vite employ\u00e9es surtout quand le chef du p\u00e9nitencier ne visite jamais les locaux disciplinaires, ce qui est souvent le cas. Quand on pense que les magistrats d&rsquo;occasion charg\u00e9s d&rsquo;enqu\u00eater et d&rsquo;instruire les proc\u00e8s sont d&rsquo;une ignorance crasse en mati\u00e8re de droit criminel, il faut bien convenir que trois feuilles de papier par mois ne sont pas suffisantes pour exposer les abus, les d\u00e9nis de justice que les fonctionnaires du bagne, peut-\u00eatre sans le vouloir et sans le savoir, commettent \u00e0 tout instant. Le pr\u00e9venu peut \u00eatre poursuivi pour un simple vol, mais il peut l&rsquo;\u00eatre aussi pour homicide. Il est inadmissible qu&rsquo;un homme qui d\u00e9fend sa vie, soit limit\u00e9 dans ses moyens de d\u00e9fense. La loi et la r\u00e8gle accordent \u00e0 cet \u00e9gard toute latitude et il n&rsquo;appartient pas \u00e0 l&rsquo;administration p\u00e9niten\u00adtiaire de poser des limites au droit d&rsquo;\u00e9crire aux autorit\u00e9s.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le pr\u00e9venu&rsquo; n&rsquo;a d&rsquo;autre rem\u00e8de contre l&rsquo;ennui que la lecture, que le r\u00e8glement autorise ; mais s&rsquo;il arrive quel\u00adquefois que les livres courent les cellules, il arrive aussi trop souvent qu&rsquo;ils sont rigoureusement prohib\u00e9s sans raison. Souvent aussi les d\u00e9tenus sont priv\u00e9s pour qua\u00adrante, cinquante, soixante jours de la promenade d&rsquo;une heure r\u00e9glementaire. En somme le r\u00e9gime de la d\u00e9ten\u00adtion pr\u00e9ventive qui, en droit, ne devrait pas aggraver celui de la peine en cours d&rsquo;ex\u00e9cution n&rsquo;est, en fait, qu&rsquo;une constante aggravation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au bagne, la lenteur des informations d\u00e9passe tout ce qu&rsquo;on peut imaginer. De cette lenteur r\u00e9sulte la lon\u00adgueur des d\u00e9tentions pr\u00e9ventives, si bien qu&rsquo;on peut dire que dans la plupart des cas ce qui est la vraie peine n&rsquo;est pas celle \u00e9nonc\u00e9e par le jugement, mais bien la rigueur inh\u00e9rente \u00e0 la pr\u00e9vention. Quand une infraction est commise, le d\u00e9linquant suppos\u00e9 est arr\u00eat\u00e9. Le Chef de centre en sa qualit\u00e9 d&rsquo;officier de police judiciaire &#8211; ou un chef de camp qu&rsquo;il d\u00e9signe &#8211; proc\u00e8de \u00e0 une infor\u00admation dans les formes prescrites par le Code de Justice Militaire maritime, appel\u00e9e enqu\u00eate pr\u00e9liminaire. Remis au chef du p\u00e9nitencier, le dossier est ensuite transmis au directeur. Le directeur y joint son avis motiv\u00e9, s&rsquo;il le juge \u00e0 propos, et le passe au deuxi\u00e8me bureau qui, apr\u00e8s avoir \u00e9tabli l&rsquo;\u00e9tat matricule et signal\u00e9tique du pr\u00e9\u00advenu, le d\u00e9pose au parquet de la juridiction maritime sp\u00e9ciale. L\u00e0, il est examin\u00e9 par le Commissaire rappor\u00adteur qui se prononce pour un non-lieu ou pour l&rsquo;ordre d&rsquo;informer. A cet effet il transmet le dossier au gouver\u00adneur qui en d\u00e9cide. Dans le premier cas, l&rsquo;ordre de mise en non-lieu est adress\u00e9 au Commissaire rapporteur qui en informe le substitut du p\u00e9nitencier o\u00f9 eut lieu l&rsquo;in\u00adfraction, lequel \u00e0 son tour le notifie \u00e0 l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9. Dans le second cas, l&rsquo;ordre d&rsquo;information joint au dossier fait retour au commissaire rapporteur qui le passe au subs\u00adtitut lequel, \u00e0 ses moments de loisir, proc\u00e8de \u00e0 l&rsquo;informa\u00adtion. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;\u00e0 partir de ce moment que le d\u00e9tenu est en d\u00e9tention pr\u00e9ventive. Jusqu&rsquo;alors il n&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9tenu qu&rsquo;en, attendant d\u00e9cision. Quand l&rsquo;information est close, le substitut fait retour du dossier au commissaire rapporteur en y joignant son rapport qui constitue l&rsquo;acte d&rsquo;accusation. Si ces conclusions tendent \u00e0 la non culpa\u00adbilit\u00e9, le commissaire rapporteur transmet le dossier au gouverneur avec une demande de mise en non-lieu ; si, au contraire, elles requi\u00e8rent coupable, le commissaire rapporteur demande un ordre de mise en jugement. Le gouverneur d\u00e9cide. Le dossier retourn\u00e9 au commissaire rapporteur reste alors d\u00e9finitivement au parquet de la juridiction maritime sp\u00e9ciale et \u00e0 la prochaine session du Tribunal maritime sp\u00e9cial, quelquefois quatre, cinq ou six mois apr\u00e8s, le pr\u00e9venu est jug\u00e9. Le r\u00e9gime de la d\u00e9ten\u00adtion pr\u00e9ventive, que l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire fait si dur, est ind\u00e9finiment prolong\u00e9 par cette proc\u00e9dure.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;administration ne m\u00e9conna\u00eet d&rsquo;ailleurs pas cette rigueur. Loin de la contester, elle r\u00e9pond aux protesta\u00adtions : \u00ab Il ne fallait pas vous \u00e9vader ou commettre telle ou telle infraction \u00bb. Cette r\u00e9ponse aussi sotte que facile ne justifie pas les abus. D&rsquo;abord tous les pr\u00e9venus ne sont pas coupables, puisque la proportion des acquit\u00adtements est dans la proportion de dix pour cent environ. Seraient-ils condamn\u00e9s &#8211; et presque tous ceux qui le sont, le sont pour \u00e9vasion &#8211; de quel droit l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire assujettit-elle des hommes \u00e0 un r\u00e9gime que les l\u00e9gislateurs n&rsquo;ont pas pr\u00e9vu ? Puisque la dur\u00e9e de leur d\u00e9tention pr\u00e9ventive compte sur celle de leur peine principale et pas sur la peine qui suit la d\u00e9tention, c&rsquo;est donc que par un moyen purement administratif et qui n&rsquo;a rien de judiciaire, deux peines leur sont inflig\u00e9es pour un m\u00eame fait.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-anonyme-2.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-594\" title=\"Lettre\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-anonyme-2-300x203.jpg\" alt=\"logo lettre\" width=\"151\" height=\"102\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-anonyme-2-300x203.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lettre-anonyme-2.jpg 506w\" sizes=\"(max-width: 151px) 100vw, 151px\" \/><\/a>DROIT DE SE PLAINDRE<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le droit d&rsquo;\u00e9crire et de se plaindre int\u00e9resse tous les condamn\u00e9s, quelle que soit leur condition. Le d\u00e9cret du 4 septembre 1891 (art. 16 et 28) autorisait les transport\u00e9s \u00e0 pr\u00e9senter leurs r\u00e9clamations par plis ouverts et ferm\u00e9s au Directeur de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire, au Gouverneur de la colonie, au Procureur g\u00e9n\u00e9ral de la colonie, enfin aux Ministres de la Justice et des Colonies. Cette limitation ne s&rsquo;appliquait qu&rsquo;aux plis clos. Des plis ouverts adress\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres personnalit\u00e9s, Ligue des Droits de l&rsquo;Homme par exemple, \u00e9taient transmis ou retourn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9diteur suivant que le commandant du p\u00e9nitencier admettait ou n&rsquo;admettait pas le fond et la forme de la r\u00e9clamation. Depuis les s\u00e9vices commis \u00e0 Charvein en 1902, a paru le d\u00e9cret du 31 juillet 1903 autorisant les condamn\u00e9s \u00e0 correspondre sous pli ferm\u00e9 non seulement avec les deux ministres, mais aussi avec toutes les autorit\u00e9s administratives et judiciaires de la colonie. Cette modification choqua les fonctionnaires de l&rsquo;administra\u00adtion. Les chefs de camp ne voulaient pas recevoir de let\u00adtres closes \u00e0 l&rsquo;adresse du chef du p\u00e9nitencier, du Procu\u00adreur de la R\u00e9publique et du Pr\u00e9sident du Tribunal mari\u00adtime sp\u00e9cial. Encore aujourd&rsquo;hui, ils voient d&rsquo;un mauvais \u0153il ce droit d&rsquo;\u00e9crire sous pli ferm\u00e9, qui leur para\u00eet une atteinte au principe de hi\u00e9rarchie, et inqui\u00e8te ceux d&rsquo;en\u00adtre eux qui n&rsquo;ayant pas la conscience tranquille, redou\u00adtent les d\u00e9nonciations. En ce qui concerne le Pr\u00e9sident du Tribunal maritime sp\u00e9cial, le directeur de l&rsquo;administra\u00adtion p\u00e9nitentiaire lui-m\u00eame, interdit dans certains cas au condamn\u00e9 la correspondance close. Si le transport\u00e9 \u00e9crit au Pr\u00e9sident de ce tribunal pendant la p\u00e9riode d&rsquo;instruc\u00adtion de son affaire ou apr\u00e8s sa condamnation, les plis clos sont tol\u00e9r\u00e9s. Mais s&rsquo;il est acquitt\u00e9 le directeur impose le pli ouvert. Ce que craint le directeur, c&rsquo;est que le p\u00e9ti\u00adtionnaire se plaigne au pr\u00e9sident de la punition disci\u00adplinaire &#8211; avant 1926, c&rsquo;\u00e9tait le plus souvent deux mois de cachot &#8211; que, malgr\u00e9 l&rsquo;acquittement du Tribunal, la commission disciplinaire ou le directeur, ajoutant encore aux rigueurs d&rsquo;une d\u00e9tention pr\u00e9ventive et m\u00e9connais\u00adsant le non bis in idem, lui inflige en raison du fait de son inculpation. En 1911, \u00e0 la suite d&rsquo;une plainte de ce genre le Pr\u00e9sident D&#8230;, capitaine de gendarmerie fit sortir du cachot neuf acquitt\u00e9s punis. Mais \u00e0 la session suivante l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire reprenait sa pratique qu&rsquo;elle continue encore aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de condamn\u00e9s s&rsquo;imaginent qu&rsquo;un grand nom\u00adbre de leurs lettres adress\u00e9es aux autorit\u00e9s sont intercep\u00adt\u00e9es par les chefs de camp ou les commandants de p\u00e9ni\u00adtencier. Ils ont tort. Ils sont bien na\u00effs de croire que les agents de l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire ont tr\u00e8s peur de la plupart de leurs r\u00e9clamations. S&rsquo;il s&rsquo;agit de rigueurs, les textes ne sont-ils pas l\u00e0 pour les couvrir ? S&rsquo;il s&rsquo;agit de mauvaise alimentation les arguments ne manqueront pas pour se justifier. Et puis, seraient-ils \u00e0 court de mau\u00advaises raisons, le principe d&rsquo;autorit\u00e9 n&rsquo;est pas toujours l\u00e0 pour tout leur permettre? Il est cependant certain que dans les camps \u00e9loign\u00e9s, certains chefs de camp, craignant des d\u00e9nonciations relatives \u00e0 leur camelote ou \u00e0 celle de leurs subordonn\u00e9s, interceptent les lettres de condamn\u00e9s qui leur paraissent suspectes. Aux \u00eeles du Salut et d&rsquo;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale dans les camps discipli\u00adnaires &#8211; camp de Charvein avant 1926 &#8211; la correspondance remise est enregistr\u00e9e sur un cahier \u00e9marg\u00e9 par l&rsquo;int\u00e9ress\u00e9 qui a ainsi la garantie de son envoi.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9dacteurs du d\u00e9cret du 4 septembre 1891 ont-ils accord\u00e9 ce droit d&rsquo;\u00e9crire et de se plaindre dans le but de pr\u00e9venir les abus de pouvoir, de les d\u00e9noncer et de les corriger ? C&rsquo;est possible. Il me para\u00eet beaucoup plus cer\u00adtain que, bons psychologues, ils eurent le g\u00e9nie, en don\u00adnant cette arme d\u00e9fensive au condamn\u00e9, de ne fortifier que l&rsquo;autorit\u00e9 administrative. Ils ont consid\u00e9r\u00e9 que le droit de se plaindre \u00e9tait un exutoire n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;esprit de r\u00e9volte. Un condamn\u00e9 est-il outrag\u00e9, maltrait\u00e9, frapp\u00e9, l\u00e9s\u00e9 de l&rsquo;une ou de l&rsquo;autre fa\u00e7on, lui fait-on un passe-droit ? Son premier geste est de demander une feuille de papier. \u00ab Donnez-moi une feuille de papier \u00bb signifie \u00ab Vous allez me le payer ; vous allez voir ce que \u00e7a va vous co\u00fbter \u00bb. Or, \u00e0 ce moment m\u00eame, ces expressions et d&rsquo;autres \u00e9quivalentes quoique moins \u00e9l\u00e9gantes bouillon\u00adnent dans son cerveau. Il se retient, cela vaut mieux, et il \u00e9crit. Puis il d\u00e9laye son courroux dans l&rsquo;encre et l&rsquo;\u00e9tale sur le papier. Sa p\u00e9tition r\u00e9dig\u00e9e, il n&rsquo;est d\u00e9j\u00e0 plus le m\u00eame homme et rayonne de joie. Il la relit et se grise de la sonorit\u00e9 des mots. Eteinte la col\u00e8re, apais\u00e9e la r\u00e9\u00advolte. C&rsquo;est lui \u00e0 pr\u00e9sent qui, par anticipation, se d\u00e9lecte en pensant \u00e0 la punition qui frappera celui \u00e0 qui il en veut ou encore \u00e0 la poursuite judiciaire qu&rsquo;il pr\u00e9sume possible. Or deux mois, six mois, quelquefois un an apr\u00e8s, la r\u00e9ponse arrive. Neuf fois sur dix, c&rsquo;est lui qui est puni avec le motif \u00ab R\u00e9clamation non fond\u00e9e \u00bb ou \u00ab D\u00e9\u00adnonciation calomnieuse \u00bb, et cependant neuf fois sur dix il a raison !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-3061\" title=\"Jacobil bagnard\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-300x300.jpg\" alt=\"\" width=\"153\" height=\"153\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-300x300.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard-150x150.jpg 150w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/playmobil-bagnard.jpg 600w\" sizes=\"(max-width: 153px) 100vw, 153px\" \/><\/a>LA SUPPRESSION DES FERS<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La suppression des fers est trop r\u00e9cente, leur usage trop regrett\u00e9 de nos agents p\u00e9nitentiaires pour \u00eatre s\u00fbr qu&rsquo;on n&rsquo;y aura plus jamais recours et qu&rsquo;un autre l\u00e9gis\u00adlateur ne les r\u00e9tablisse demain. Aussi convient-il d&rsquo;en, parler.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le Code de justice militaire maritime du 4 juin 1858, prescrivait en son article 369 la peine disciplinaire de deux mois de prison avec boucle simple et la peine de dix jours de cachot avec double boucle, c&rsquo;est-\u00e0-dire avec les deux chevilles pass\u00e9es dans un anneau de fer ou manille. Son article 373 laissait \u00e0 des d\u00e9crets le soin de d\u00e9terminer la police des chiourmes. C&rsquo;est ainsi que le d\u00e9cret du 5 octobre 1889 (art. 12) \u00e9tablit que les fautes disciplinaires et les contraventions de police commises par les for\u00e7ats seraient jug\u00e9es par une commission disci\u00adplinaire et que celui du 4 septembre 1891 (art. 16 et 17) fixa le mode d&rsquo;ex\u00e9cution des peines prononc\u00e9es par cette juridiction sp\u00e9ciale : c&rsquo;\u00e9tait la punition de cachot avec la double boucle et celle de la cellule avec boucle simple. Si l&rsquo;on veut bien consid\u00e9rer que la peine de la double boucle n&rsquo;exc\u00e9dait pas la dur\u00e9e de dix jours pour les hommes libres au service de l&rsquo;Etat, il \u00e9tait logique que ce mode de punition fut appliqu\u00e9 \u00e0 des criminels, \u00e0 des doses plus fortes. D&rsquo;ailleurs le d\u00e9cret de 1891 disait d&rsquo;au\u00adtre part (art. 6) que tout condamn\u00e9 de troisi\u00e8me classe pouvait \u00eatre mis \u00e0 la boucle simple, sans dire pourquoi ni comment. En 1899 ou 1900, les dispositions de l&rsquo;ar\u00adticle 369 du Code de justice militaire maritime furent modifi\u00e9es et la mise aux fers fut purement et simplement supprim\u00e9e dans la marine en tant que ch\u00e2timent. Chefs d&rsquo;escadre et commandants de navire n&rsquo;envisag\u00e8rent plus d\u00e9sormais la barre de justice que comme une mesure de s\u00fbret\u00e9 que seuls des \u00e9v\u00e9nements extraordinaires pou\u00advaient justifier et, en fait, les instructions furent strictement observ\u00e9es. Il apparait cependant qu&rsquo;un comman\u00addant de navire peut, au cours de sa navigation, rencontrer beaucoup plus d&rsquo;occasions l\u00e9gitimes d&rsquo;avoir recours aux fers que le commandant d&rsquo;un bagne construit en ma\u00e7on\u00adnerie. Un progr\u00e8s en appelle un autre. Le d\u00e9cret du 19 d\u00e9cembre 1900 promulgu\u00e9 \u00e0 la Guyane le 19 mars 1901 supprimait d&rsquo;une mani\u00e8re absolue la double boucle et sp\u00e9cifiait que la boucle simple pouvait \u00eatre appli\u00adqu\u00e9e l\u00e0 o\u00f9 la double boucle \u00e9tait autrefois pr\u00e9vue. Mais le 28 d\u00e9cembre 1900, Monsieur Albert Decrais, Ministre des Colonies, adressait au Gouverneur de la Guyane une d\u00e9p\u00eache qui aurait pu avoir une telle importance dans l&rsquo;histoire p\u00e9nitentiaire fran\u00e7aise qu&rsquo;il me faut la citer presque enti\u00e8re :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Il m&rsquo;a paru apr\u00e8s examen de divers rapports fort bien \u00e9tudi\u00e9s et int\u00e9ressants qui m&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 fournis sur la question par les administrations des deux colonies p\u00e9ni\u00adtentiaires que ce mode de r\u00e9pression &#8211; la boucle &#8211; \u00e9tait un des derniers vestiges des ch\u00e2timents corporels autrefois en usage dans les bagnes et qu&rsquo;il \u00e9tait d\u00e9sirable de voir dispara\u00eetre du r\u00e9gime disciplinaire de nos \u00e9tablis\u00adsements p\u00e9nitentiaires. En effet, dans les p\u00e9nitenciers, quartiers disciplinaires de la transportation et de la rel\u00e9\u00adgation o\u00f9 existent des cellules ou des cachots b\u00e2tis en pierre et offrant des garanties de solidit\u00e9 et de s\u00e9curit\u00e9, la peine des fers peut \u00eatre supprim\u00e9e sans inconv\u00e9nients. Toutefois, il a sembl\u00e9 d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;il est actuellement impossible de renoncer, au moins quant \u00e0 pr\u00e9sent, \u00e0 l&rsquo;application de la boucle simple sur les \u00e9tablissements qui ne pr\u00e9sentent pas les m\u00eames garanties de s\u00e9curit\u00e9 et o\u00f9 les d\u00e9tenus sont pour ainsi dire intern\u00e9s \u00e0 l&rsquo;air libre. Mais bien que le d\u00e9cret en question pr\u00e9voit le rem\u00adplacement de la double boucle par la boucle simple, je tiens \u00e0 bien sp\u00e9cifier qu&rsquo;on ne devra avoir recours \u00e0 ce mode de correction que par mesure exceptionnelle et lors\u00adque les camps n&rsquo;offriront pas les moyens de placer en cellule ou en cachots les condamn\u00e9s punis&#8230; \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi \u00e9tait supprim\u00e9 l&rsquo;usage de la double boucle et l&rsquo;usage de la boucle simple restreint sans ambiguit\u00e9 \u00e0 des cas bien d\u00e9finis. Mais aux termes du d\u00e9cret la boucle simple pouvait \u00eatre appliqu\u00e9e. Les verbes pouvoir et devoir \u00e9tant synonymes pour les fonctionnaires du bagne, ceux-ci ne firent jamais le moindre cas des instructions de la d\u00e9p\u00eache de Monsieur Decrais. Jusqu&rsquo;en 1926, les con\u00addamn\u00e9s et rel\u00e9gu\u00e9s punis de cachot, les condamn\u00e9s du camp disciplinaire ont toujours \u00e9t\u00e9 mis aux fers alors que les locaux disciplinaires sont solidement b\u00e2tis en pierre. Bien plus ! tous les condamn\u00e9s punis de cellule, les d\u00e9tenus pr\u00e9ventivement, les condamn\u00e9s d\u00e9sign\u00e9s pour le camp disciplinaire ou les \u00eeles du Salut qui n&rsquo;avaient pas encore quitt\u00e9 Saint-Laurent, les condamn\u00e9s \u00e0 l&#8217;empri\u00adsonnement de Saint-Joseph, \u00e9taient tous et toujours mis aux fers tous les soirs. C&rsquo;\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop de voir attacher ainsi par la jambe tous ces condamn\u00e9s, mais ce qui d\u00e9passait la mesure, c&rsquo;est que, malades \u00e0 Saint-Laurent, ils gardaient les fers \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital ! La boucle qui depuis 1900 ne devait plus \u00eatre appliqu\u00e9e que pour cause de s\u00e9curit\u00e9 l&rsquo;\u00e9tait plus que jamais \u00e0 titre de ch\u00e2timent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les agents p\u00e9nitentiaires la regrettent. La mise \u00e0 la boucle \u00e9tait un des moyens d&rsquo;existence, une des d\u00e9brouil\u00adles, pour parler le langage du bagne, des porte-cl\u00e9s affec\u00adt\u00e9s aux locaux disciplinaires. Ainsi, moyennant finances, le porte-cl\u00e9s donnait en location au puni pour la dur\u00e9e de sa peine une large manille. Il en avait toujours une demi-douzaine r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 cet effet, de sorte que, la porte ferm\u00e9e, le puni pouvait se d\u00e9ferrer ais\u00e9ment. Faute de manilles assez larges, le porte-cl\u00e9s soudoy\u00e9 serrait impar\u00adfaitement l&rsquo;\u00e9crou de la barre de justice et son client se d\u00e9ferrait tout seul. En somme, l\u00e0 comme ailleurs, avec de l&rsquo;argent on arrivait \u00e0 tout. S&rsquo;il y avait de larges manilles, il y en avait surtout de petites qui ne laissent aucun jeu \u00e0 la cheville. Elles permettaient \u00e0 des porte-cl\u00e9s ou \u00e0 des surveillants de satisfaire leur vengeance.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour un homme de sant\u00e9 robuste la boucle simple pouvait se tol\u00e9rer quelques jours, mais elle \u00e9tait tr\u00e8s g\u00eanante. Punaises et moustiques s&rsquo;acharnaient sur le membre immobilis\u00e9 et l&rsquo;impossibilit\u00e9 de se retourner \u00e0 son aise \u00e9tait un supplice. Bien des sujets ne pouvaient dormir avant quinze jours ou trois semaines d&rsquo;accoutu\u00admance. Le froid du fer \u00e9tait insupportable \u00e0 beaucoup; En Guyane o\u00f9 il fait pourtant chaud, mais o\u00f9 aucun v\u00eatement n&rsquo;est interpos\u00e9 entre le fer et la peau, le fer aux derni\u00e8res heures de la nuit refroidissait assez la cheville pour provoquer des douleurs.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En cas de maladie, la boucle devenait cruelle. Dans cer\u00adtains p\u00e9nitenciers le m\u00e9decin ne passe qu&rsquo;une fois par semaine ; un rhumatisant, un diarrh\u00e9ique, un homme atteint, de r\u00e9tention d&rsquo;urine pouvaient souffrir pendant sept jours avant que le m\u00e9decin, en l&rsquo;\u00e9vacuant sur l&rsquo;h\u00f4\u00adpital, ne mette un terme \u00e0 ses souffrances. Encore fal\u00adlait-il que cet h\u00f4pital ne soit pas celui de Saint-Laurent o\u00f9 les malades conservaient leurs fers !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En somme la boucle simple \u00e9tait couramment employ\u00e9e en Guyane comme ch\u00e2timent corporel jusqu&rsquo;au jour o\u00f9 le l\u00e9gislateur de 1925 la supprima et limita son usage \u00e0 des cas de d\u00e9tention provisoire ou de surexcitation pas\u00adsag\u00e8re, ivresse, menaces violentes, etc&#8230; C&rsquo;est l\u00e0 le meil\u00adleur de son \u0153uvre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/charvein-photograhie-de-leon-collin-probablement-1909-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4049\" title=\"Charvein, photograhie de L\u00e9on Collin, probablement 1909\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/charvein-photograhie-de-leon-collin-probablement-1909-copier-300x200.jpg\" alt=\"\" width=\"158\" height=\"105\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/charvein-photograhie-de-leon-collin-probablement-1909-copier-300x200.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/charvein-photograhie-de-leon-collin-probablement-1909-copier.jpg 640w\" sizes=\"(max-width: 158px) 100vw, 158px\" \/><\/a>CAMPS DISCIPLINAIRES DE CORRECTION<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tout temps l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire a eu des camps<sup> <\/sup>forestiers et des \u00e9tablissements agricoles o\u00f9 la vie p\u00e9nale \u00e9tait particuli\u00e8rement p\u00e9nible et sur lesquels elle dirigeait ceux de ses administr\u00e9s qu&rsquo;elle jugeait m\u00e9riter une existence plus dure encore que celle des p\u00e9niten\u00adciers fixes de Cayenne et de Saint-Laurent. Eloign\u00e9s et peu contr\u00f4l\u00e9s, les surveillants <em>\u00e0 poigne<\/em> sp\u00e9cialement choi\u00adsis comme chefs de ces camps appliquaient \u00e0 leur fa\u00e7on les r\u00e8glements et en aggravaient \u00e0 plaisir l&rsquo;extr\u00eame ri\u00adgueur \u00e0 la grande satisfaction des directeurs. Ceux-ci voulaient que la population p\u00e9nale v\u00e9cut sous la menace d&rsquo;un purgatoire o\u00f9 seraient dirig\u00e9s les sujets les moins souples.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A la suite des sc\u00e8nes sauvages dont le camp de l&rsquo;Orapu fut le th\u00e9\u00e2tre en 1896, le directeur V\u00e9rignon, ob\u00e9issant au d\u00e9cret du 4 septembre 1891, cr\u00e9a en f\u00e9vrier 1897 le camp disciplinaire de Charvein o\u00f9 le r\u00e9gime, moins abandonn\u00e9 \u00e0 la fantaisie d&rsquo;agents subalternes, serait autant que pos\u00adsible administrativement d\u00e9fini.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Furent alors dirig\u00e9s sur ce camp :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1\u00b0 Les condamn\u00e9s \u00e0 temps ayant plus de trois \u00e9va\u00adsions.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2\u00b0 Les transport\u00e9s de toutes cat\u00e9gories qui s&rsquo;\u00e9taient vu infliger par les commissions disciplinaires plus de trois punitions de cachot en un trimestre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le s\u00e9jour fut limit\u00e9 \u00e0 six mois, \u00e0 condition toutefois que le condamn\u00e9 fasse ses six mois sans punition et sans exemption de travail.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette r\u00e8glementation ne modifia en aucune fa\u00e7on les m\u0153urs p\u00e9nitentiaires. La r\u00e9putation du camp de Charvein allait d\u00e9passer celle du camp de l&rsquo;Orapu quand, en 1903, lors d&rsquo;une inspection qui fait date dans l&rsquo;histoire du bagne &#8211; pas l&rsquo;histoire officielle bien entendu &#8211; M. le Procureur g\u00e9n\u00e9ral Liontel, indign\u00e9 des tortures impos\u00e9es aux condamn\u00e9s, les r\u00e9fr\u00e9na. Il d\u00e9livra ceux-ci de l&rsquo;enchainement \u00e0 deux et de la double boucle qui \u00e9tait pourtant supprim\u00e9e depuis deux ans par le d\u00e9cret promulgu\u00e9 en Guyane le 19 mars 1901. Mais il ne put qu&rsquo;interdire l&rsquo;usage des moyens de r\u00e9pression ill\u00e9gaux. Ainsi ses indignations rest\u00e8rent st\u00e9riles et, \u00e0 la double boucle pr\u00e8s, le camp de Charvein resta aussi terrible qu&rsquo;autrefois, jusqu&rsquo;en 1926, date de sa suppression. Voici le tableau que j&rsquo;en fis, il y a aujourd&rsquo;hui six ans.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-510\" title=\"Un m\u00e9decin au bagne, \u00e9ditions Fleury, 1930\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg\" alt=\"\" width=\"108\" height=\"147\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1-221x300.jpg 221w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/medecin-bagne1.jpg 540w\" sizes=\"(max-width: 108px) 100vw, 108px\" \/><\/a>LE CAMP DE CHARVEIN<br \/>\nsupprim\u00e9 en 1926<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les incorrigibles &#8211; c&rsquo;est le nom donn\u00e9s aux condam\u00adn\u00e9s des camps disciplinaires jusqu&rsquo;aux d\u00e9crets de 1925 &#8211; souffrent tous de la faim. Ni gratification, ni tabac. Silence jour et nuit. La nuit, mise aux fers \u00e0 la boucle simple. Cheveux coup\u00e9s en escalier. Infraction les plus minimes punies de cachot. Les effets r\u00e8glementaires sont retir\u00e9s aux incorrigibles qu&rsquo;on habille d&rsquo;une grossi\u00e8re toile \u00e0 sac. Au retour de la corv\u00e9e quotidienne l&rsquo;homme peut se doucher, mais \u00e0 peine se lave-t-il depuis deux minutes qu&rsquo;il est rappel\u00e9 pr\u00e9cipitamment. Veut-il laver son pantalon et sa vareuse pleins de vase ? On lui r\u00e9\u00adpond : \u00ab pas de lavage en semaine ! \u00bb Et le samedi quand ce lavage est autoris\u00e9, on le rappelle avant m\u00eame qu&rsquo;il ait eu le temps de passer \u00e0 l&rsquo;eau ses effets. S&rsquo;il r\u00e9clame on lui r\u00e9pond grossi\u00e8rement. S&rsquo;il insiste il passe \u00e0 la com\u00admission. De l\u00e0 est n\u00e9 un usage qui, sans correspondre \u00e0 des r\u00e8glements officiels, est cependant r\u00e9guli\u00e8rement ob\u00adserv\u00e9 : les hommes travaillent toujours nus dans les chan\u00adtiers pour moins salir leurs effets&#8230; Les cases o\u00f9 logent les incorrigibles sont faites de poteaux juxtapos\u00e9s, plant\u00e9s dans le sol, et solidement unis les uns aux autres par des anneaux de fer, des vis et des boulons. Entre ces poteaux il y a des jours, par o\u00f9 les surveillants peuvent voir tout ce qui se passe \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur. Les hommes aux fers, sur le lit de camp, d\u00e9vor\u00e9s par les moustiques, reposent mal. Ils ont un baquet \u00e0 vidange pour douze. Comme le baquet est assez lourd et n&rsquo;est pas toujours \u00e0 la port\u00e9e de celui qui veut s&rsquo;en servir, celui-ci immobilis\u00e9 par les fers doit faire appel \u00e0 ses voisins, et le surveillant qui est \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt, libelle un motif de punition pour bavardage ; aussi beau\u00adcoup ne demandent plus le baquet, au moins pour uriner, et de la place o\u00f9 ils sont, attach\u00e9s par le pied, urinent devant eux sur la terre battue de la case.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quand un condamn\u00e9 a pass\u00e9 six mois au camp disci\u00adplinaire, il faut encore pour que le d\u00e9classement soit assur\u00e9 que le bon plaisir du chef de camp d\u00e9cide que l&rsquo;incorrigible est amend\u00e9 ! Etre amend\u00e9 pour ces mora\u00adlistes de fortune, c&rsquo;est \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de loque hu\u00admaine, incapable de tout acte spontan\u00e9, amaigri, an\u00e9mi\u00e9 et sans force ; c&rsquo;est avoir perdu le vouloir en m\u00eame temps que la sant\u00e9. Les six mois de Charvein suffisent en g\u00e9n\u00e9\u00adral \u00e0 produire ce r\u00e9sultat. L\u00e0, plus encore qu&rsquo;ailleurs, il faut pour \u00eatre bien vu avoir d\u00e9nonc\u00e9 un camarade : c&rsquo;est l\u00e0 le crit\u00e8re administratif de l&rsquo;amendement, du retour aux bonnes id\u00e9es. Le mouchard ne fera que ses six mois. Bien vu aussi celui qui ob\u00e9it sans r\u00e9criminer aux fantaisies du chef de camp, reste froid \u00e0 toutes les provocations accepte le travail malsain, excessif et impro\u00adductif avec une passivit\u00e9 toujours \u00e9gale. Au contraire, celui qui supporte mal les provocations et les abus, qui s&rsquo;indigne et r\u00e9clame, celui-l\u00e0 est puni s\u00e9v\u00e8rement et fera, s&rsquo;il ne meurt pas, deux, quatre, six ans de cachot \u00e0 peu pr\u00e8s ininterrompus !<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;effectif du camp disciplinaire d\u00e9passe rarement cent cinquante hommes, mais comme il y en a un grand nom\u00adbre au cachot on n&rsquo;en voit jamais plus de quatre-vingts au travail. Le service du camp est assur\u00e9 par douze sur\u00adveillants c\u00e9libataires. Ce service est assez dur. Ils ont la consigne d&rsquo;\u00eatre s\u00e9v\u00e8res et de faire faire aux condamn\u00e9s un travail p\u00e9nible. Ils sont vite \u00e0 la hauteur de leur t\u00e2che et comme les travaux ex\u00e9cut\u00e9s \u00e0 Charvein ne sauraient \u00eatre par eux-m\u00eames plus p\u00e9nibles que dans tout autre chantier forestier, ils se chargent de les rendre p\u00e9nibles en provoquant et en punissant les condamn\u00e9s. Le manque de distraction et, pour les plus r\u00e9fl\u00e9chis, la conscience de faire un sale m\u00e9tier, les poussent \u00e0 boire. L&rsquo;action du cli\u00admat jointe \u00e0 celle du tafia a vite fait d&rsquo;en faire des excit\u00e9s peu commodes. Il est fr\u00e9quent de voir des surveillants ivres, escort\u00e9s par des porte-cl\u00e9s arabes, passer de nuit dans les cachots, revolver au poing, et mettre les condam\u00adn\u00e9s \u00e0 la camisole de force sans motif. En 1918, c&rsquo;\u00e9tait de\u00advenu une habitude ; la camisole de force \u00e9tait aussi serr\u00e9e que possible, et les cordes mouill\u00e9es pour qu&rsquo;en r\u00e9tr\u00e9\u00adcissant elles augmentent la douleur du patient : \u00ab De\u00admande pardon, saligaud ! \u00bb criait un surveillant en br\u00fb\u00adlant le condamn\u00e9 du feu de sa cigarette et l&rsquo;homme de\u00admandait pardon, sinon il gardait la camisole jusqu&rsquo;\u00e0 perte de connaissance. D&rsquo;autres fois c&rsquo;\u00e9taient des paris cruels dont l&rsquo;enjeu \u00e9tait toujours une bouteille de tafia : c&rsquo;\u00e9tait \u00e0 qui battrait le record des punitions de cachot et des journ\u00e9es de pain sec. Certains d&rsquo;\u00eatre approuv\u00e9s dans leurs exc\u00e8s de punitions, ces agents asserment\u00e9s pouvaient mentir pour se justifier et accusaient au hasard les incorri\u00adgibles d&rsquo;indiscipline ou de tapage.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Charvein le condamn\u00e9 cr\u00e8ve de faim. M\u00eame en dehors du cachot, le pain sec est fr\u00e9quent. Ces journ\u00e9es de pain sec ne sont pas port\u00e9es en comptabilit\u00e9. Les den\u00adr\u00e9es ainsi d\u00e9tourn\u00e9es par les surveillants servent \u00e0 ali\u00admenter leurs volailles et les trente chiens du camp. Bien des condamn\u00e9s ont d\u00fb manger en cachette des racines crues de patate et de cramanioc.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1918, le gouverneur de la colonie visita Charvein. Il fit remarquer au directeur de l&rsquo;\u00e9tablissement p\u00e9ni\u00adtentiaire, Monsieur Z&#8230;, qui l&rsquo;accompagnait, que les con\u00addamn\u00e9s \u00e9taient unanimes \u00e0 se plaindre d&rsquo;une faim d\u00e9vo\u00adrante perp\u00e9tuelle :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00ab Eh ! que voulez-vous que j&rsquo;y fasse, Monsieur le Gou\u00adverneur ? r\u00e9pondit le directeur, la ration est ce qu&rsquo;elle est, mais ces gens-l\u00e0 sont insatiables ! \u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Et se tournant vers les condamn\u00e9s il ajouta d&rsquo;un ton path\u00e9tique :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">&#8211; \u00ab Nos pauvres soldats n&rsquo;en ont pas tant sur le front ! Vous devriez avoir honte de r\u00e9clamer \u00bb.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les condamn\u00e9s accabl\u00e9s par la comparaison ne r\u00e9pon\u00addirent rien. Quelques mois apr\u00e8s, ce directeur \u00e9tait mis \u00e0 la retraite d&rsquo;office, \u00e0 la suite de tripotages malhonn\u00eates, pour n&rsquo;avoir pas su pendant la guerre interrompre ses honteuses habitudes de camelote. Que dirait cet hypocrite aux incorrigibles de Charvein d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, dont la plu\u00adpart ont fait la guerre et n&rsquo;ont cependant jamais tarit et si longtemps souffert de la faim ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les incorrigibles savent qu&rsquo;il est inutile de se plaindre aux autorit\u00e9s de passage qui visitent le camp. Autrefois, quand M. X&#8230;, directeur, venait \u00e0 Charvein pr\u00e9sider la commission disciplinaire, le chef de camp qui connaissait bien son homme, lui offrait un bon d\u00e9jeuner dont le plat de fond \u00e9tait souvent un bon canard. Il va de soi qu&rsquo;apr\u00e8s cette petite ripaille, le condamn\u00e9 qui allait se plaindre du chef de camp au directeur sortant de table, \u00e9tait mal re\u00e7u et m\u00eame quelquefois puni. Depuis ce temps, quand les hautes autorit\u00e9s judiciaires, administratives ou p\u00e9ni\u00adtentiaires inspectent les p\u00e9nitenciers et qu&rsquo;elles \u00e9condui\u00adsent un r\u00e9clamant malgr\u00e9 la justesse de ses dol\u00e9ances, le for\u00e7at une fois de plus d\u00e9\u00e7u s&rsquo;\u00e9crie d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment : \u00ab Encore un qui a mang\u00e9 le canard ! \u00bb Cette locution est devenue proverbiale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">A Charvein, le cachot est distribu\u00e9 avec une folle exa\u00adg\u00e9ration. Il n&rsquo;y a plus aucune proportion avec les fautes commises. Fumer, rire, prononcer quelques mots \u00e0 haute voix, \u00eatre trouv\u00e9 en possession d&rsquo;une aiguille, croquer une patate crue quand on meurt de faim, toutes ces infractions font des mois et des mois et finalement des ann\u00e9es de cachot. Cet exc\u00e8s de rigueur est la faiblesse du syst\u00e8me. Un condamn\u00e9 qui pour avoir parl\u00e9 se serait vu infliger huit jours de cellule en aurait tenu compte et se serait observ\u00e9 pour ne pas r\u00e9cidiver. Voyant au contraire que de si petites choses, commises souvent sans faire expr\u00e8s, entra\u00eenent des semestres de cachot, il se d\u00e9courage. Tant qu&rsquo;\u00e0 \u00eatre si puni, pourquoi se priver de parler et de fumer ? Le condamn\u00e9 subit alors l&rsquo;attirance de l&rsquo;infraction, bavarde, fume et, entra\u00een\u00e9 par une sorte de vertige, accumule des ann\u00e9es de cachot. En se faisant punir pour des riens il se complait \u00e0 cr\u00e9er entre l&rsquo;insi\u00adgnifiance de ses peccadilles et l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 des peines qu&rsquo;on lui inflige une disproportion absurde qui &#8211; du moins il l&rsquo;esp\u00e8re &#8211; lui am\u00e8nera un jour un retour de piti\u00e9 ou de bienveillance et confondra par son absurdit\u00e9 m\u00eame, l&rsquo;administration p\u00e9nitentiaire. Les punitions \u00e9tant deve\u00adnues inop\u00e9rantes, la camisole de force et les passages \u00e0 tabac surviennent et le cachot r\u00e9glementaire qui suffit d\u00e9j\u00e0 \u00e0 tuer son homme s&rsquo;aggrave de terribles accessoires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Beaucoup de condamn\u00e9s sont morts \u00e0 Charvein ; d&rsquo;au\u00adtres sont devenus fous ; d&rsquo;autres se sont r\u00e9volt\u00e9s et leurs tentatives de voies de fait ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9prim\u00e9es \u00e0 coups de revolver ; d&rsquo;autres se sont \u00e9vad\u00e9s sous la fusillade. Tous ceux qui s&rsquo;en sont tir\u00e9s en sont sortis an\u00e9mi\u00e9s, amaigris et ext\u00e9nu\u00e9s. La mort ou la d\u00e9ch\u00e9ance, voil\u00e0 le r\u00e9sultat obtenu ; n&rsquo;est-ce pas aussi celui qui est cherch\u00e9 ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Deux fois par an le directeur de l&rsquo;administration p\u00e9ni\u00adtentiaire vient \u00e0 Charvein. Il y voit des malheureux qui sont au cachot depuis dix, douze, quinze mois. Il est implor\u00e9, il gracie. Le lendemain, ces cadavres vivants sont arm\u00e9s d&rsquo;une lourde pioche et envoy\u00e9s au travail. P\u00e2les comme la mort, les yeux tum\u00e9fi\u00e9s pour \u00eatre depuis long\u00adtemps priv\u00e9s de lumi\u00e8re, \u00e9tourdis par le passage brusque du cachot au grand air, ils s&rsquo;arr\u00eatent ext\u00e9nu\u00e9s apr\u00e8s une demi-heure de travail, sont signal\u00e9s pour mauvaise vo\u00adlont\u00e9 et reviennent au cachot o\u00f9 ils restent jusqu&rsquo;\u00e0 ce que leur \u00e9tat de sant\u00e9 impose leur hospitalisation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De tout temps l&rsquo;incorrigible malade a \u00e9t\u00e9 consid\u00e9r\u00e9 comme un coupable qu&rsquo;il faut ch\u00e2tier. Bien s\u00fbr la bar\u00adbarie n&rsquo;a pas toujours s\u00e9vi sur un mode uniforme et a souvent \u00e9t\u00e9 coup\u00e9e par des p\u00e9riodes de moindre s\u00e9v\u00e9rit\u00e9. A Charvein comme ailleurs c&rsquo;est le matin au r\u00e9veil que le condamn\u00e9 se fait porter malade. Il est alors mis \u00e0 nu, fouill\u00e9, isol\u00e9 dans une case sp\u00e9ciale toujours tr\u00e8s sale et mis au pain sec. C&rsquo;est l\u00e0 le moins qui puisse lui arriver. Presque toujours il est sp\u00e9cialement surveill\u00e9 et fait l&rsquo;ob\u00adjet sous un pr\u00e9texte quelconque d&rsquo;un libell\u00e9 de punition. Or, quand on veut un pr\u00e9texte, on le trouve toujours : la fouille n&rsquo;a pas d&rsquo;autre but. Jamais en effet on ne trouve exactement dans le sac d&rsquo;un for\u00e7at que les objets stric\u00adtement r\u00e9glementaires. Si une pi\u00e8ce de son \u00e9quipement a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e, si on trouve du papier ou une aiguille, le condamn\u00e9 est signal\u00e9 et puni. Le malade est donc puni et comme la visite m\u00e9dicale n&rsquo;a lieu que tous les huit jours, quelquefois tous les quinze jours ou tous les mois, quand les m\u00e9decins font d\u00e9faut, il est au pain sec jus\u00adqu&rsquo;au jour de la prochaine visite, c&rsquo;est-\u00e0-dire quelque\u00adfois pour longtemps. Si le condamn\u00e9 est pris au chantier d&rsquo;un malaise qui l&rsquo;oblige \u00e0 quitter le travail il reste nu, menottes aux mains, contraint \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9, expos\u00e9 \u00e0 la pluie ou au soleil jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du travail. Au moindre mouvement, il est mis en joue et signal\u00e9. Au retour, il est mis au pain sec et sera souvent puni \u00e0 la prochaine commission disciplinaire pour mauvaise volont\u00e9 au tra\u00advail. L&rsquo;infirmier de ce camp est souvent choisi parmi les mouchards. Il trompe les m\u00e9decins sur ses camarades et les leur pr\u00e9sente comme des simulateurs ou des hommes dangereux. Il est regrettable que certains m\u00e9decins aient \u00e9t\u00e9 assez na\u00effs et assez mauvais observateurs pour \u00e9couter ces mauvais condamn\u00e9s et s&rsquo;armer pour passer leur visite d&rsquo;un revolver dont &#8211; il est inutile de le dire &#8211; ils n&rsquo;ont jamais eu l&rsquo;occasion de se servir. Aussi beaucoup de con\u00addamn\u00e9s sont morts au cachot, alors qu&rsquo;un m\u00e9decin qui aurait su se d\u00e9barrasser des influences p\u00e9nitentiaires aurait pu \u00e9viter des d\u00e9c\u00e8s par de larges \u00e9vacuations sur l&rsquo;h\u00f4pital de Saint-Laurent.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le l\u00e9gislateur de 1925, a peu touch\u00e9 \u00e0 la r\u00e9glementa\u00adtion des camps de correction. Il impose un stage d&rsquo;au moins trois mois, mais laisse ind\u00e9termin\u00e9e la dur\u00e9e du s\u00e9\u00adjour qui doit d\u00e9pendre des notes du condamn\u00e9. Celui-ci couche sur la planche, isol\u00e9 la nuit si le b\u00e2timent s&rsquo;y pr\u00eate. Il est astreint aux travaux les plus p\u00e9nibles. La punition de cellule peut \u00eatre inflig\u00e9e \u00e0 la dose de soixante jours. La suppression des fers, du cachot noir et du pain sec est \u00e0 peu pr\u00e8s la seule chose qui, dans les textes nouveaux, modifie l&rsquo;ancien r\u00e9gime.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Depuis l&rsquo;arr\u00eat\u00e9 du 28 novembre 1925 &#8211; Gouverneur Chanel &#8211; le camp de Charvein est supprim\u00e9 et les con\u00addamn\u00e9s de mauvaise conduite sont d\u00e9tenus \u00e0 l&rsquo;\u00eele Royale (\u00eeles du Salut). Ils y sont employ\u00e9s \u00e0 des travaux d&rsquo;entretien des routes et des quais, \u00e0 des corv\u00e9es d&rsquo;eau et d&rsquo;hygi\u00e8ne, au d\u00e9chargement des bateaux, etc&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie qui leur est faite est incontestablement moins dure qu&rsquo;\u00e0 Charvein. Simple question de mani\u00e8re dans l&rsquo;application des textes, car, ne l&rsquo;oublions pas, si en ce qui concerne les camps de correction et d&rsquo;amendement le d\u00e9cret de 1925 n&rsquo;est pas plus dur que celui qu&rsquo;il rem\u00adplace, il lui ressemble singuli\u00e8rement et, interpr\u00eat\u00e9 \u00e0 la lettre, il permet \u00e0 la mani\u00e8re forte de se donner encore libre cours. Nous pouvons donc demain voir r\u00e9appara\u00eetre un nouveau Charvein.<\/p>\n<p><!--[if gte mso 9]><xml> <\/xml><![endif]--><!--[if gte mso 10]>\n\n\n\n<style>\n \/* Style Definitions *\/\n table.MsoNormalTable\n\t{mso-style-name:\"Tableau Normal\";\n\tmso-tstyle-rowband-size:0;\n\tmso-tstyle-colband-size:0;\n\tmso-style-noshow:yes;\n\tmso-style-priority:99;\n\tmso-style-parent:\"\";\n\tmso-padding-alt:0cm 5.4pt 0cm 5.4pt;\n\tmso-para-margin:0cm;\n\tmso-para-margin-bottom:.0001pt;\n\tmso-pagination:none;\n\tfont-size:12.0pt;\n\tfont-family:\"Arial Unicode MS\",\"sans-serif\";\n\tmso-bidi-language:FR;}\n<\/style>\n\n<![endif]--><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec ce chapitre sur la r\u00e9pression qu&rsquo;il place apr\u00e8s celui sur les maladies, le m\u00e9decin au bagne boucle le cycle des violences et des souffrances endur\u00e9es institutionnellement par les hommes punis. 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