{"id":4035,"date":"2016-04-30T01:10:52","date_gmt":"2016-04-29T23:10:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/?p=4035"},"modified":"2016-04-30T07:06:55","modified_gmt":"2016-04-30T05:06:55","slug":"le-temps-de-fait-rien-a-laffaire","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/2016\/04\/le-temps-de-fait-rien-a-laffaire\/","title":{"rendered":"Le temps de fait rien \u00e0 l&rsquo;affaire &#8230;"},"content":{"rendered":"<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-a-la-nr-1-11-13-copier.jpg\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4036\" title=\"Lupinose \u00e0 la Nouvelle R\u00e9publique du 1er novembre 2013\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-a-la-nr-1-11-13-copier-300x296.jpg\" alt=\"\" width=\"163\" height=\"161\" srcset=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-a-la-nr-1-11-13-copier-300x296.jpg 300w, http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/lupinose-a-la-nr-1-11-13-copier.jpg 486w\" sizes=\"(max-width: 163px) 100vw, 163px\" \/><\/a>Une apparence ordinaire, un butin de cinq millions de francs, une formidable bande de cambrioleurs, un homme revenu de tout, de la guillotine, du bagne et m\u00eame de cette anarchie dont il aurait \u00e9t\u00e9 visc\u00e9ralement attach\u00e9e. Restent quelques copains, dont un travaillant au <em>Canard Encha\u00een\u00e9<\/em>, et un dernier et passionn\u00e9 amour avant de se suicider. N&rsquo;oublions pas non plus un pr\u00e9nom suffisamment m\u00e9ridional pour susciter l&rsquo;exotisme en plein centre de la France. L\u00e0, on pourrait nous objecter qu&rsquo;\u00e0 Reuilly, on ne connaissait gu\u00e8re le vieux marchand forain que sous cette enseigne. Marius Jacob reste d&rsquo;autant plus facilement une l\u00e9gende qu&rsquo;il permet de nourrir son lot de journalistes berrichons &#8211; ou autres. Faute de pouvoir sauter sur Kolwezi dans un pays \u00ab\u00a0o\u00f9 il ne se passe rien\u00a0\u00bb, l&rsquo;honn\u00eate localier nourri aux bons gros st\u00e9r\u00e9otypes peut alors profiter de n&rsquo;importe quel \u00e9v\u00e8nement pour rappeler aux indig\u00e8nes vivant dans cette zone de non droit historique qui \u00e9tait vraiment le vieil et paisible ermite de Bois Saint Denis souvent assis sur un banc devant sa maisonn\u00e9e. Emmanuel B\u00e9du de <em>la Nouvelle R\u00e9publique<\/em> connait son m\u00e9tier et, lorsque l&rsquo;acteur Georges Descri\u00e8res &#8211; celui qui, dans les ann\u00e9es 1970, contribua \u00e0 populariser \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vicon le gentleman de Maurice Leblanc &#8211; meurt le 19 octobre 2013, il ne lui en fallait pas tant pour pondre un papier de l\u00e9gende. De l\u00e9gende\u00a0? Un v\u00e9ritable morceau d&rsquo;anthologie de la lupinose d&rsquo;expression fran\u00e7aise plut\u00f4t. Car si la c\u00e9l\u00e9brit\u00e9 tr\u00e9pass\u00e9e \u00ab\u00a0a laiss\u00e9 une trace cin\u00e9matographique\u00a0\u00bb, le h\u00e9ros du cru demeure quant \u00e0 lui un mythe que l&rsquo;auteur affirme vrai. Le probl\u00e8me avec les mythes, c&rsquo;est qu&rsquo;ils font des trous dans la r\u00e9alit\u00e9. G\u00e9n\u00e9ration Lupin\u00a0? Le temps ne fait rien \u00e0 l&rsquo;affaire.<!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-nouvelle-republiquefr.png\"><img decoding=\"async\" loading=\"lazy\" class=\"alignleft size-medium wp-image-4037\" title=\"la Nouvelle R\u00e9publique.fr logo\" src=\"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-content\/uploads\/logo-nouvelle-republiquefr.png\" alt=\"\" width=\"227\" height=\"59\" \/><\/a>Indre patrimoine<\/p>\n<p><strong>Marius-Alexandre Jacob : g\u00e9n\u00e9ration Lupin <\/strong><\/p>\n<p>Nouvelle R\u00e9publique<\/p>\n<p>01\/11\/2013<\/p>\n<p>Les gentlemen cambrioleurs, vrais et faux, s&rsquo;\u00e9clipsent. Georges Descri\u00e8res mort le 19\u00a0octobre, a laiss\u00e9 une trace cin\u00e9matographique. Jacob, un mythe.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0A l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 le feuilleton passait \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision, je recevais des lettres de gens me demandant d&rsquo;intervenir pour que leur pension leur soit pay\u00e9e. Comme si j&rsquo;\u00e9tais r\u00e9ellement le justicier Lupin\u00a0\u00bb<\/em>, racontait Georges Descri\u00e8res, dans les ann\u00e9es 80. Heureux com\u00e9dien, d\u00e9c\u00e9d\u00e9 le 19\u00a0octobre, qui avait commenc\u00e9 sa carri\u00e8re en 1954, l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame o\u00f9 Marius-Alexandre Jacob avait d\u00e9cid\u00e9 d&rsquo;en finir avec la vie. Le gentleman cambrioleur disparaissait. Son double naissait et fera vivre une partie de sa m\u00e9moire sur le petit \u00e9cran, dans les ann\u00e9es 70.<\/p>\n<p>Les deux hommes ne se sont donc jamais rencontr\u00e9s. Maurice Leblanc est l&rsquo;artisan de leur virtuelle rencontre. Le journaliste, qu&rsquo;il \u00e9tait alors, suivit le proc\u00e8s de l&rsquo;anarchiste-libertaire, Marius Jacob, qui signait ses m\u00e9faits du nom d&rsquo;Attila. Auteur de plus de 150\u00a0cambriolages avec sa bande, nomm\u00e9e La Brigade des \u00ab\u00a0Travailleurs de la nuit\u00a0\u00bb, il comparut au tribunal d&rsquo;Amiens. L&rsquo;affaire fit grand bruit et toute la presse \u00e9tait au rendez-vous. Marius Jacob n&rsquo;\u00e9tait pas un cambrioleur comme les autres. Il volait aux riches pour redonner aux pauvres et \u00e0 la cause anarchiste qu&rsquo;il d\u00e9fendra toute sa vie. <em>\u00ab\u00a0Le droit de vivre ne se mendie pas, il se prend\u2009!\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crivait-il. Une l\u00e9gende \u00e9tait n\u00e9e.<br \/>\nUne l\u00e9gende qui avait tu\u00e9, au passage, un policier et qui n&rsquo;eut pas la t\u00eate tranch\u00e9e, par on ne sait quel miracle judiciaire. Direction le bagne de Cayenne. Celui dont on ne revient jamais. L&rsquo;an 1905\u00a0lui \u00e9tait fatal, croyait-on. La m\u00eame ann\u00e9e, Maurice Leblanc inventait Ars\u00e8ne Lupin, un monte-en-l&rsquo;air, habill\u00e9 comme un quidam, qui n&rsquo;avait en rien l&rsquo;allure d&rsquo;un homme de la haute avec ses frac, monocle, canne, huit-reflets&#8230; L&rsquo;homme \u00e9tait d&rsquo;apparence d&rsquo;ordinaire. Comme Jacob.<em> \u00ab\u00a0Il \u00e9tait petit, corpulent et muscl\u00e9 et, surtout, il avait des yeux tr\u00e8s noirs. Ils \u00e9taient per\u00e7ants. Magnifiques\u2009!\u00a0\u00bb<\/em>, se souvient sa derni\u00e8re compagne, Josette, qui a partag\u00e9 sa derni\u00e8re ann\u00e9e. Josette avait 27\u00a0ans et Marius, 74\u00a0ans. Un amour fou naissait apr\u00e8s vingt ann\u00e9es de bagne, sous le matricule\u00a034477, et quelques lustres pass\u00e9s \u00e0 arpenter les march\u00e9s avec son \u00e9tal de bonneterie. C&rsquo;est \u00e0 Reuilly qu&rsquo;il avait d\u00e9cid\u00e9 de s&rsquo;installer, <em>\u00ab\u00a0le pays o\u00f9 il ne passe jamais rien\u00a0\u00bb<\/em>.<\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0\u2009On s&rsquo;est beaucoup aim\u00e9\u2009\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p>C&rsquo;est l\u00e0, dans l&rsquo;Indre, qu&rsquo;il avait mis ses id\u00e9es aux repos, celles-l\u00e0 m\u00eame qu&rsquo;il lan\u00e7ait avec force et aisance devant ses juges\u2009: <em>\u00ab\u00a0Si je me suis livr\u00e9 au vol, \u00e7a n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 une question de gains, de livres, mais une question de principe, de droit. J&rsquo;ai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 conserver ma libert\u00e9, mon ind\u00e9pendance, ma dignit\u00e9 d&rsquo;homme, que me faire l&rsquo;artisan de la fortune d&rsquo;un ma\u00eetre.\u00a0\u00bb <\/em>Une id\u00e9ologie qui ne cessa de l&rsquo;habiter, lui qui se dira, plus tard, d\u00e9\u00e7u des anarchistes.<br \/>\nJosette et son mari, tous deux enseignants, \u00e9taient \u00e0 ses yeux, avec quelques amis, dont Robert Treno, directeur du <em>Canard encha\u00een\u00e9<\/em>, les seuls survivants de cette cause. Libertaires, ils trouvaient en la personne de Marius un ma\u00eetre. <em>\u00ab\u00a0C&rsquo;\u00e9tait un homme surhumain<\/em>, confie Josette, du haut de ses 86\u00a0ans. <em>J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 conquise par son intelligence et son humour. Oui, on s&rsquo;est beaucoup aim\u00e9. Nous consid\u00e9rions que l&rsquo;amour ne devait pas rester enferm\u00e9 dans le cercle de deux bras.\u00a0\u00bb<\/em><br \/>\nLors de son proc\u00e8s, constitu\u00e9 de 25.000\u00a0pi\u00e8ces au dossier, il fut \u00e9tabli qu&rsquo;il avait d\u00e9rob\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivalent de cinq millions de francs (\u00e0 titre de comparaison, un menuisier gagnait 300\u00a0francs par mois). Il n&rsquo;en restait rien. Tout avait \u00e9t\u00e9 redistribu\u00e9. <em>\u00ab\u00a0Il aimait raconter aussi ses histoires comme le jour o\u00f9 il se rendit compte qu&rsquo;il \u00e9tait en train de cambrioler l&rsquo;\u00e9crivain Pierre Loti. Il remit tout avec un petit mot\u2009: je ne saurais rien prendre \u00e0 qui vit de sa plume. Tout travail m\u00e9rite salaire. PS\u2009: ci-joint dix francs pour la vitre bris\u00e9e et le volet endommag\u00e9.\u00a0\u00bb<\/em> Sign\u00e9\u2009: Attila. Lupin \u00e9tait n\u00e9.<\/p>\n<p>Emmanuel B\u00e9du<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Une apparence ordinaire, un butin de cinq millions de francs, une formidable bande de cambrioleurs, un homme revenu de tout, de la guillotine, du bagne et m\u00eame de cette anarchie dont il aurait \u00e9t\u00e9 visc\u00e9ralement attach\u00e9e. Restent quelques copains, dont un travaillant au Canard Encha\u00een\u00e9, et un dernier et passionn\u00e9 amour avant de se suicider. [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"jetpack_publicize_message":"","jetpack_is_tweetstorm":false,"jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","enabled":false}}},"categories":[1452],"tags":[1453,862,863,60,2417,3087,1078,1270,5046,1485,5407,750,1035,247,116,5048,5047,24,5049],"jetpack_publicize_connections":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4035"}],"collection":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=4035"}],"version-history":[{"count":0,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/4035\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=4035"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=4035"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/www.atelierdecreationlibertaire.com\/alexandre-jacob\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=4035"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}